Résumé du chapitre précédent :

James, perturbé par les révélations de Regulus au sujet de Sirius, décide de se changer les idées en allant voir Lily. Il lui confie alors que depuis qu'il a publié l'extrait incriminant Rosier, de nombreux témoignages de victimes allant dans se sens ont afflué. Ils se posent alors des questions : doit-il les publier ou non ?

Padfoot quant à lui comprend que Regulus à découvert la vérité à son sujet. Pris de panique, il décide de fuir, sans plan en tête, rongé par la peur et la folie. Regulus qui a pourtant les preuves de l'usurpation d'identité dont a été victime son frère veut encore croire qu'il y a une bonne manière d'arranger les choses. Il espère que Padfoot accepte de libérer son frère pour que tout puisse redevenir comme avant. Malheureusement James n'est pas de son avis. Il craint de devoir forcer l'esprit à devoir s'éclipser et ignore comment faire.

Après une nuit dehors, Padfoot n'est toujours pas avancé. Il sait que maintenant que la vérité a éclaté, il ne peut plus se cacher. Il doit rendre son corps au Sirius de ce monde et retourner à sa place, tapis dans les ténèbres. Comme à chaque fois, au pied du mur, Padfoot trouve refuge auprès de Remus. Il tente de lui avouer la vérité, mais le Poufsouffle à du mal à le croire et encore plus à comprendre ses propos décousus. Lorsque Regulus et James débarquent, Remus y voit plus clair et est anéanti en apprenant la vérité.

Il décide tout de même de participer à l'opération visant à ramener Sirius parmi eux. C'est tous les quatre qu'ils explorent le subconscient de leur ami pour retrouver Sirius. Regulus, James et Remus sont choqués de voir leur ami si mal en point et font tout leur possible pour l'aider à revenir parmi eux. Après de longues discussions et la promesse d'une aide appropriée, Sirius finit par accepter. Padfoot lui offre un dernier cadeau avant de s'éclipser discrètement, une manière de s'excuser pour le mal qu'il a fait ses derniers mois.


Chapitre 60 : Quand sonne le glas.

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Quand Sirius ouvrit de nouveau les yeux, c'était comme si ces derniers mois n'avaient jamais existé, à part dans sa tête. Pourtant, physiquement, c'était différemment. Il devait retrouver l'usage de son corps, éprouver de nouveau des sensations qu'il avait oubliées. Il avait à la fois faim et sommeil.

Padfoot était parti et lui devait réapprendre à vivre.

Son retour était brutal, tout s'était passé si vite. Cela aurait dû l'anéantir, l'effrayer ou l'énerver. Il était pourtant prêt à se reconstruire un quotidien, à faire face. Il se pouvait qu'il flanche, c'était même très probable, mais il savait à quoi il s'exposait en revenant. Il savait quel genre de démon il allait devoir affronter. Son cœur se serra. C'était douloureux, mais étrangement pas autant qu'il le pensait. Il devait faire face pour pouvoir continuer à avancer.

Padfoot était parti, et une partie de lui était morte en quelque sorte. Lui-même ne comprenait pas bien ce qu'il ressentait. C'était comme se voir mourir, mais être aussi toujours en vie, respirer... En même temps, il ne pouvait y avoir deux Sirius dans ce monde. Padfoot avait commencé à sombrer, à se transformer en ce qu'il ne voulait pas et redouter le plus. Mais il avait eu la lucidité et le courage nécessaire pour se mettre définitivement en retrait. Sirius savait qu'il avait une part de responsabilité dans ce qu'il s'était passé ces dernières semaines. Il avait laissé Padfoot agir par lâcheté, alors qu'au fond de lui, il avait toujours su que ce n'était pas la solution et surtout, que cela n'aurait pas pu marcher sur le long terme. La mort de Padfoot était symbolique. Une manière de tourner la page.

Il voulait devenir un nouvel homme. Comme James qui avait quitté Poudlard après que Greyback l'ait mordu et qui avait su se réorienter, trouver un sens à sa vie en lançant son magazine. Il empruntait une nouvelle voie et semblait sincèrement heureux.

Sirius voulait suivre son exemple, mais en était-il capable ?

Il avait été incapable de se sortir seul de cette situation, ses amis avaient dû venir le chercher. Il se sentait pitoyable, peu importe qu'ils prétendent le contraire. La seule chose qu'il pouvait faire pour les remercier et aussi pour se sentir mieux, c'était de ne pas laisser ce qu'il avait vécu le définir. Il était la victime dans l'histoire, pourtant il avait toujours autant de mal à se dire que c'était le cas.

-Sirius ? l'appela son meilleur ami. Est-ce que ça va ?

Sirius regarda James, soupira et se passa une main dans les cheveux. Ils étaient encore dans le garage. La moto de l'aîné des Black était rangée à sa place mais la porte fermée laissait tout de même filtrer les bruits de l'extérieur.

-Pas totalement, mais ça va mieux qu'avant, répondit-il honnêtement.

-Je suis désolé de ne rien vous avoir dit au sujet de Padfoot, s'excusa son petit-frère.

-Regulus, on en a déjà parlé, tu n'as rien à te reprocher, le rassura son petit ami.

-Non, tu ne comprends pas… Padfoot voulait tout vous dire dès le départ, c'est moi qui ne voulais pas. Je pensais que si vous saviez qui il était, vous me le voleriez. C'était mon ami et mon gardien… Il était aussi mon plus fort soutien, j'ai été égoïste en voulant tenter de conserver ce lien si étroit que nous avions…

-Je suppose que si je ne t'avais pas ignoré toutes ces années, tu n'aurais pas eu besoin de chercher chez un autre ce que je ne pouvais pas te donner, murmura Sirius.

Après s'être enfermé au plus profond de lui-même et avoir laissé les rênes à Padfoot, ils avaient échangé de nombreuses fois ensemble. Si l'esprit avait pu voir certains de ses souvenirs, l'inverse avait également été vrai. Il avait donc été conscient des choix et des actions de l'esprit tout le temps où celui-ci l'avait contrôlé.

-J'imagine le choc terrible que ça a dû vous faire, Remus et James, d'apprendre qu'il y avait un autre Sirius, soupira le Serpentard.

Regulus leva les yeux vers eux mais Remus resta une fois de plus silencieux. Il était étrange depuis qu'il les avait rejoints dans le garage plus tôt. Quant à James, il n'eut pas le temps de répondre car son père entra dans le garage.

-Vous êtes là depuis un moment ! Qu'est-ce que vous complotez donc ? lança-t-il sur le ton de l'humour.

Sirius sentit un grand sentiment de confort l'envahir soudain. C'était bon de revoir Fleamont. C'était agréable de rentrer à la maison.

-Papa ? s'étonna James.

-Avec ta mère, on ne va pas tarder à partir. On pensait d'ailleurs que tu nous aiderais avec nos affaires.

James cligna des yeux, surpris.

-Tu n'as pas oublié qu'on part ce matin pour notre voyage, n'est-ce pas ? reprit Fleamont.

À la tête que faisait l'ancien Gryffondor, il était évident que c'était le cas.

-Bien sûr que non, vous en parlez tout le temps depuis genre un mois !

Le quatuor quitta finalement le garage accompagné de Fleamont pour retourner dans la maison et dire au revoir au couple. Un taxi était en route pour les emmener jusqu'à la gare. Euphémia ne tenait plus en place. Avant que James ne vienne au monde, le couple avait eu l'habitude de parcourir le monde. Ils avaient l'impression, avec ce voyage, de retrouver un peu de leur jeunesse.

Sirius, qui était encore un peu sonné par son retour à la réalité, mit du temps à comprendre la situation. Les Potter partaient et ne reviendraient pas avant un mois. Il les étreignit longuement, heureux de les voir une dernière fois avant leur départ. Si le couple fut surpris de cet élan d'amour, il ne s'en plaignit pas, attendri. Après un instant qui dura bien trop longtemps, le brun les relâcha et se détourna pour cacher son émotion. Il entendit ses amis leur dire au revoir à leur tour et respira profondément pour reprendre le contrôle.

-Regulus, mon chéri, je compte sur toi pour faire en sorte que James et Sirius ne veillent pas trop tard et mangent autre chose que des cochonneries, lui confia Euphémia.

-Maman ! se plaignit James.

Sirius esquissa un sourire. Regulus était le plus jeune, pourtant la mère de son meilleur ami avait plus confiance en lui qu'en eux. Et il la comprenait très bien. Son petit frère était de loin le plus raisonnable d'eux trois.

-On sait faire attention à nous et surtout, on n'a plus 10 ans ! râla l'autre maraudeur.

-Hum… De toute façon, notre elfe de maison passera tous les deux jours pour vous préparer les repas et faire le ménage.

-Mais ne laissez pas la maison en chantier et évitez de lui donner trop de travail, leur rappela Fleamont.

-Nous ferons attention, promit Regulus.

-Remus, tu es le bienvenu, bien entendu, ajouta la mère de famille. N'hésite pas à passer aussi souvent que tu le veux. Cela fait si longtemps que nous ne t'avions pas vu !

-Je suis désolé, j'étais occupé et avec ce qui m'est arrivé, c'était compliqué.

-Bien sûr, nous comprenons, le rassura Fleamont. Nous sommes heureux que tu ailles bien.

Alors que les parents du Gryffondor étaient encore occupés à distiller leurs dernières recommandations, James alla voir à travers la fenêtre si le taxi n'était pas arrivé. Une fois qu'il fut évident qu'ils ne pouvaient pas repousser encore de 5 minutes leur départ, James et Sirius les aidèrent à sortir leurs affaires.

-Pourquoi vous n'avez pas tout fait rétrécir ? s'étonna James.

-Il y a des objets précieux qui supportent mal l'utilisation répétée de ce sort, lui expliqua sa mère.

James se contenta de soupirer.

-Comment allez-vous faire pour tout transporter à chaque fois ? s'inquiéta Remus.

-Aucun souci ! Arrivés à la gare, ce sera un service particulier qui s'occupera d'acheminer directement et à chaque fois nos bagages directement dans nos différents hôtels !

-C'est une bonne idée, releva Regulus.

-Bon, assez perdu de temps. Maman, papa, je vous aime, faites bon voyage.

James les poussa presque dans le taxi sous l'œil amusé du chauffeur.

-James, le rabroua alors Regulus.

-Ils ne vont jamais partir sinon, lui montra-t-il en répondant aux grands signes de ses parents derrière la vitre.

Le quatuor resta ensuite quelques secondes dehors le temps de voir disparaître le taxi au bout de la rue. Sirius ressentit un léger pincement au cœur en voyant les Potter partir. Tout s'était passé si vite, il aurait aimé discuter un peu plus avec eux, tout simplement. Mais James avait raison, ses parents ne pouvaient repousser leur départ indéfiniment, ni même faire attendre trop longtemps leur chauffeur. Il avait eu des dizaines de jours pour profiter de leur présence mais il avait préféré pleurer comme un petit garçon, à l'abri dans sa cachette, pour éviter le monde réel.

Sirius observa finalement son meilleur ami. Il se mit à sourire, heureux de l'avoir retrouvé. L'ancien Gryffondor savait qu'il accueillait aussi avec joie cette liberté qu'il gagnait avec le départ de ses parents. Regulus, comme à son habitude, était stoïque. Sirius se demandait si un jour, il oserait être honnête et montrer l'affection qu'il ressentait pour les Potter.

Et puis, il y avait Remus. Il était ailleurs.

-Je vais vous laisser, souffla d'ailleurs rapidement ce dernier.

-Tu rentres déjà ? s'étonna Sirius.

L'ancien Poufsouffle acquiesça.

-J'avais dit à mes parents que je ne serai pas long. Je ne veux pas les inquiéter.

Sirius aurait aimé le retenir, mais n'osa rien dire. Il lui était difficile d'affronter le regard si abattu et déçu du châtain. De plus, il n'était pas sûr que celui-ci ait envie de lui parler. S'ils avaient à discuter, qu'auraient-ils à se dire aujourd'hui ?

Pour ne pas laisser le temps à James et Regulus de le convaincre de rester, Remus s'empressa de partir. Sirius mit alors ses mains dans ses poches.

-Wow, c'était froid...

-Ça fait beaucoup pour lui, laisse-lui du temps, lui rappela son meilleur ami.

-Je pense qu'il doit se poser beaucoup de questions. Il doit assimiler le fait que le Sirius qu'il avait fréquenté ces derniers temps n'était pas vraiment le bon. Mais surtout, votre rupture doit le travailler, approuva Regulus.

-Rentrons, proposa James.

xXx

Le matin même, Dawlish avait reçu une missive de St-Mangouste l'informant que les premiers résultats des analyses effectuées sur Remus Lupin étaient tombés. Il faudrait en faire d'autres pour confirmer ceux-ci, mais ils étaient sûrs à plus de 75%. L'Auror s'en contenterait très bien ! Après des mois d'enquête, d'errance et d'acharnement, ils avaient enfin obtenu une preuve concrète contre le psychomage. Malheureusement, il ne savait pas encore s'il serait possible de faire condamner l'homme pour l'attaque de Poudlard. Il le désirait tellement ! Dans le cas contraire, ce serait comme une demi-victoire.

Si Marlene McKinonn acceptait de témoigner, cela pourrait aider. Mais cela ne serait peut-être pas suffisant. L'agent était d'accord avec son collaborateur : le groupe d'étudiants de Poudlard leur cachait des choses. Ils en savaient beaucoup trop sur Jedusor. Le problème était qu'ils ne voulaient pas dévoiler leur source. Maugrey comptait bien les faire avouer car l'heure n'était plus aux cachotteries. Jedusor avait commencé à se cacher, preuve qu'il se savait recherché et sous surveillance.

Mais chaque chose en son temps. Il fallait d'abord faire tomber le psychomage pour empoisonnement et utilisation d'une magie interdite et immorale. Une fois à Azkaban, ils auraient tout le temps nécessaire pour prouver également sa culpabilité quant à l'évasion des prisonniers et l'attaque de Poudlard.

Déterminé, l'agent se présenta à l'accueil de l'hôpital.

-Bonjour, je suis l'agent Dawlish. Je viens récupérer les premiers résultats des analyses de monsieur Lupin.

On le fit attendre quelques instants le temps de se renseigner sur sa visite et si la directrice du pôle analyse pouvait le recevoir. L'Auror aurait probablement dû prévenir, mais dans son euphorie, il avait oublié. Heureusement, Rute Mendy, la directrice du pôle, vint le trouver.

-Bonjour, je me doutais que vous viendriez de bonne heure.

-Je m'excuse si je vous dérange.

-Il n'y a pas de problème, je me doute bien que c'est une affaire qui ne pouvait pas attendre.

-Je vous remercie d'avoir pu faire aussi vite.

La directrice sourit.

-Il faut dire que vous nous avez contactés un nombre incalculable de fois pour nous rappeler qu'il n'était pas possible d'abandonner.

Il n'ajouta rien. Elle avait raison mais il savait qu'il avait bien fait. La preuve, il avait même pu obtenir des résultats plus vite que prévu. Mendy l'emmena dans son bureau et lui proposa de s'asseoir. Voyant qu'il était pressé, elle ne lui proposa pas de thé et alla chercher le document.

-Personne d'autre à part le personnel de votre groupe n'a pu avoir accès à ce document, nous sommes d'accord ?

-Comme vous nous l'aviez spécifié, un nombre de personnes limité ont pu avoir accès à la phase finale, confirma-t-elle.

-Je vous remercie. Ça ne vous gêne pas si je regarde tout de suite ce qu'il y a dans l'enveloppe ?

-Non, je vous en prie.

Dawlish ouvrit l'enveloppe avec empressement. Il sentit son cœur battre plus vite et plus fort sous l'émotion. Il avait tant attendu ce moment.

Le rapport faisait plusieurs pages. Il les feuilleta rapidement pour pouvoir tomber sur l'information essentielle, celle qui l'intéressait le plus.

Présence d'essence magique de Tom Jedusor repérée. Validité du test : minimum 75%.

Il le tenait ! Il avait enfin une preuve matérielle des mauvais agissements du psychomage. Il n'était plus question de soupçons, mais de faits. Dawlish avait eu raison de suivre son intuition et de faire confiance à Remus Lupin, d'enquêter dans ce sens. De ne pas abandonner afin d'obtenir la seule preuve actuelle contre Tom Jedusor.

xXx

Maugrey se tenait devant la porte fermée de son appartement. Il revenait tout juste d'un rendez-vous avec Hugo et Dawlish durant lequel ce dernier leur avait annoncé avoir enfin en sa possession les résultats des examens tant attendus. L'Auror était sur le point de demander un mandat d'arrêt au bureau à l'encontre du psychomage. C'était une bonne nouvelle, Maugrey en était heureux.

Il avait lui-même demandé des congés pour en apprendre plus sur Jedusor, obtenir des preuves et le confondre pour son implication dans la tuerie qu'avait connue Poudlard. Il était animé par la volonté d'arrêter le vrai coupable du massacre de l'école. Une part de lui avait pourtant l'impression d'avoir échoué. Jedusor paierait forcément pour ce qu'il avait fait à Remus, mais ce n'était pas suffisant.

L'Auror le savait, dans cette histoire, que ce soient les frères Black, Remus Lupin ou James Potter, ils détenaient forcément une partie de la vérité. Malheureusement, la seule carte que lui était en mesure de jouer était Marlene. Les délais seraient trop courts pour lui permettre d'aller voir Remus et tenter de lui faire avouer. Il mettrait du temps à parler, et au-delà de cet aspect, Maugrey n'était pas sûr que Remus détienne toutes les informations. Le plus sûr serait d'investiguer après l'arrestation du sorcier. Maugrey pourrait alors reprendre du service et avoir de meilleurs moyens pour faire son travail.

Il avait pensé à une hypothèse qui, selon lui, pourrait expliquer une grande partie des derniers évènements survenus ces derniers mois.

Grâce au passé de Jedusor et aux informations qu'il avait pu recueillir en se renseignant sur ses agissements et ses contacts, Maugrey était néanmoins certain d'une chose : Tom Jedusor, blessé par son passé et voulant prouver la noblesse de ses origines, désirait percer en politique. Pour lui, il s'agissait probablement d'une revanche, d'une place qu'il méritait amplement. Cela n'aurait rien d'étonnant car le psychomage avait une haute opinion de lui-même.

Jedusor était prêt à tout pour atteindre son but. Pour lui, les sorciers se divisaient en deux catégories : ceux qui pouvaient lui être utiles et les autres. C'était un habile manipulateur. Malheureusement, dans le plan parfait qu'il avait conçu, un problème était survenu. D'une façon ou d'une autre, Remus, James et les frères Black avaient appris ce qu'il avait fait à Azkaban grâce à Marlene, mais pas seulement, l'Auror en était persuadé. Le psychomage l'avait appris et avait menacé Regulus Black pour le faire taire. Puis, voyant que cela n'avait rien donné, il avait décidé de s'attaquer à Remus Lupin, probablement pour reprendre la main, savoir exactement ce que le groupe savait et mieux préparer la suite.

En agissant ainsi, Jedusor avait compris qu'il se compromettait. Habituellement, faute de moyens, les enquêtes de police et des agents affectés aux affaires non magiques allaient peu jusqu'au bout. Le bureau et les autorités compétentes préféraient l'utilisation du veritaserum, moins contraignant. Néanmoins, son utilisation était très contrôlée, et devait faire l'objet d'une demande juridique. Il fallait un dossier solide. Une partie de Jedusor avait probablement compté sur le fait que ces analyses, comme tant d'autres, n'aboutiraient jamais. Mais rien ne le garantissait et Maugrey ne voyait pas l'homme miser sur une probabilité.

L'agent fronça les sourcils, tentant de réfléchir à ce qui avait poussé l'homme à agir si dangereusement. Pensait-il ne pas se faire attraper ? Pensait-il que même s'il se faisait attraper, il ne risquerait rien ? Après tout, l'alerte quant à l'état de l'élève avait été donnée tôt, il avait dû penser qu'il aurait plus de temps.

L'Auror avait un mauvais pressentiment.

Il se passa une main dans les cheveux. Il y avait une autre ombre au tableau. Il ne voyait pas Jedusor compromettre sa couverture en s'en prenant au quatuor simplement parce que Marlene leur avait parlé. Dans cette histoire, Jedusor n'avait fait que lui soumettre une idée, l'inciter à passer à l'action. Même s'il l'avait manipulée, cela restait à prouver devant la justice. Marlene restait la principale coupable et c'était une accusation dont il pouvait aisément se servir. Il avait l'intelligence pour. C'était d'ailleurs pour cette raison que même après les aveux de l'ancienne Serdaigle, son partenaire et lui avaient dû continuer à enquêter dans ce sens, ne possédant pas assez d'éléments pour l'incriminer.

Le châtain soupira, sa main encore sur la poignée de la porte. Qu'allait-il se passer à présent ? Il l'ignorait, mais bientôt il ne serait plus seul et pourrait se reposer sur le bureau pour enfin boucler cette affaire.

Soudain, la porte s'ouvrit et, la main encore sur la poignée, Maugrey suivit le mouvement. Il tomba alors sur Marlene qui grimaça.

-Ça fait je ne sais combien de temps que tu es devant la porte. Il y a un problème ? Que voulait l'agent Dawlish ? s'inquiéta-t-elle.

Maugrey se massa le front un instant avant de lui attraper le bras et de la pousser légèrement à l'intérieur puis de rentrer à son tour. Il prit ensuite le soin de fermer derrière lui.

-Non, tout s'est bien passé. On arrive au dénouement de cette histoire, se contenta-t-il de dire.

-Vraiment ?!

Marlene sourit, soulagée.

Maugrey la regarda et devant ce sourire si sincère, si beau, il sentit la culpabilité l'assaillir. Cela faisait longtemps qu'il lui mentait, pourquoi ? Il pouvait se l'avouer maintenant, c'était parce qu'il n'avait pas envie de la décevoir. Il était certain qu'elle ne comprendrait pas ce qui avait poussé Dawlish et lui à agir ainsi.

-Est-ce que tout va bien ? lui demanda-t-elle en voyant son expression préoccupée.

-Oui.

Il voulut passer à côté et aller dans sa chambre, mais elle le suivit. Il s'arrêta alors.

-Pourquoi ai-je l'impression que tu mens ?

Maugrey la regarda, incapable de dire quoi que ce soit. Quelque chose passa dans le regard de la jeune femme comme dans le sien, mais l'un comme l'autre était encore incapable d'en parler. Il ressentit alors la gêne de Marlene, l'attraction diffuse qu'ils ressentaient l'un pour l'autre sans savoir quoi en faire.

Maugrey ne s'était jamais autorisé à s'imaginer en couple, ou même engagé dans une quelconque relation. Il ne se voyait pas imposer sa mauvaise humeur, son boulot dangereux à une compagne. Peut-être était-il temps de remettre de la distance entre Marlene et lui.

-Et même si c'était le cas, qu'est-ce que cela changerait ? On collabore, mais ça ne fait pas pour autant de nous des partenaires. Je suis un Auror et tu es une criminelle.

Il sut aussitôt après avoir prononcé ces mots que cela blessa Marlene. Pourtant, il ne le regretta pas. Il se rappela soudain une conversation qu'il avait eue avec la sorcière il y a quelques jours. Celle concernant la mère de Jedusor et d'autres criminels que la population jugeait moins durement, à qui elle aurait tendance à pardonner malgré leur crime. Au fond, Maugrey n'avait-il pas été charmé par Marlene, attendri par son histoire ? S'il s'était agi d'un dossier comme un autre, s'il ne l'avait jamais rencontrée, l'Auror aurait eu des mots bien plus durs à son égard.

Mais là… Il laissait les sentiments altérer son jugement. Le crime qu'elle avait commis était peut-être mineur, mais il avait eu des conséquences désastreuses. C'était en partie à cause d'elle que tout avait commencé. Bien entendu, il n'y avait pas que ses sentiments qui le rendaient amer. Il y avait la fatigue. Maugrey était fatigué et en colère. Il ne pouvait pas laisser Jedusor s'en sortir et même s'ils étaient en bonne voie pour l'arrêter, il avait un mauvais pressentiment.

-Je croyais qu'on avait dépassé ce stade-là mais en réalité, rien n'a changé, n'est-ce pas ? lui fit calmement remarquer Marlene. Nous sommes encore dans cette forêt quand nous avons passé un marché. Combien de fois vais-je devoir prouver que je regrette, que j'ai changé ? s'énerva-t-elle soudain. J'ai accepté de témoigner ! Vouloir que ma famille ne chute pas avec moi, est-ce si incompréhensible ? Et puis, je t'aide depuis des semaines ! Tout ça ne compte donc pas ?!

-Ce document…

Maugrey secoua la tête.

-Ce document qu'on t'a montré, il n'a pas été signé par le ministre, mais par Dawlish. Le ministre avait refusé de nous aider et je ne voulais pas passer à côté de cette info alors j'ai convaincu mon mentor de signer à sa place.

Cela faisait des jours qu'il pensait à lui dire la vérité. Tout ce temps où il s'était tu, il s'était fait l'effet d'un vil manipulateur, d'un menteur. Il pensait que s'en débarrasser l'apaiserait au moins en partie, mais ce ne fut pas le cas. Au contraire, l'expression trahie de la sorcière fut dure à affronter.

-Quoi ? Non…, bredouilla-t-elle, incapable d'y croire.

Maugrey resta silencieux, lui laissant le temps de comprendre les implications de cette révélation.

-Ça veut dire que… que ma famille et moi sommes considérés comme des fugitifs ?! Si Jedusor parle maintenant, on…

Elle s'arrêta, désemparée. Imaginant le pire.

Maugrey tenta de faire un pas vers elle mais Marlene le gifla si fort que le bruit résonna dans l'appartement. Elle sembla elle-même choquée par son geste. Ils restèrent ensuite immobiles sans oser se regarder.

L'Auror ignorait où il avait voulu en venir en lui dévoilant cette information. Avait-il seulement tenté de soulager sa conscience ? Qu'est-ce qu'il avait espéré obtenir en lançant les hostilités ? Comme d'habitude, incapable de discuter normalement, d'affronter ses sentiments, il s'était montré dur et distant. Marlene aurait mérité d'apprendre les choses en douceur.

À présent, rien ne la retenait ici avec lui. Elle allait pouvoir partir et lui pourrait respirer de nouveau, arrêter de croire qu'il pouvait avoir une vie normale. Qu'il pouvait ne pas être seul alors qu'il l'avait toujours été depuis la mort de ses parents. Mourir en service, c'était ce qui l'attendait aussi…

Le châtain releva la tête, regarda la jeune femme et tenta de contenir la douleur qui l'assaillit. Elle avait l'air si jeune et vulnérable. Il savait que Marlene était majeure, mais il avait cette sensation étrange d'avoir une petite fille face à lui. Il ressentit alors un sentiment de dégoût. Sans rien ajouter de plus, il alla dans sa chambre pour pouvoir s'isoler et digérer ce qu'il venait de se passer.

xXx

-Toc toc, lança James en ouvrant la porte de la chambre de son meilleur ami.

-C'est la troisième fois que tu passes depuis qu'on a fini de manger. Tu sais que tu n'es pas discret du tout ?

-Je sais que tu sais que je te surveille. Et malin comme tu es, je suppose que tu savais que je savais qu-

-James !

Allongé sur son lit, Sirius pouffa de rire. Le propriétaire d'Harry sauta alors sur le lit puis rebondit une fois avant d'écraser le ventre de son ami en se stabilisant. Sirius poussa un petit cri d'agonie et son ami s'excusa. James savait qu'il pouvait être presque étouffant pour l'aîné des Black mais c'était plus fort que lui, il ne voulait pas passer à côté de quelque chose.

Sirius était en train de se réadapter à la vie ici, avec eux, et également avec ses démons. Il disait qu'il allait bien et il en avait l'air, mais c'était son devoir de meilleur ami de s'inquiéter. Cette fois, il ne voulait pas le laisser souffrir seul.

-Alors, souffla James. Ce truc que Padfoot a fait concernant tes souvenirs, ça marche ?

James vit son ami bouger sur le lit, tentant de trouver une position où il se sentait à l'aise. Bien entendu, ce ne fut pas le cas.

-Je n'en sais trop rien, j'évite de penser à ce qui s'est passé. Je n'ai pas spécialement envie de tester jusqu'à quand mon cerveau peut tenir avant de dégénérer…

Il se gratta la tête, fuyant le regard de son ami.

-J'apprécierais que tu ne me ramènes pas à ça toutes les cinq minutes, avoua-t-il ensuite.

Comprenant qu'une fois de plus, il avait été maladroit dans son approche et ses propos, James eut honte de lui. Cela ne faisait pas deux jours que Sirius était revenu. Il devait se montrer plus patient, moins envahissant aussi. Mais… mais il avait si peur que la même chose se reproduise encore. Il se contenta pourtant d'acquiescer, espérant réussir à respecter ce que désirait son ami.

D'un coup, lui parler de la véritable raison de sa visite fut plus dur. Mais sur ce sujet-là en particulier, il ne pouvait faire marche arrière.

-En fait, j'ai quelque chose à te dire, soupira-t-il.

-Oh. Si tu comptes enfin m'avouer que tu es amoureux de moi, sache que ce n'est pas réciproque !

Si son ami faisait des blagues, c'est qu'il n'était pas au fond du trou et cela fit plaisir à James.

-C'est sérieux, Sirius.

-Je déteste quand tu es sérieux, ça finit toujours mal, lui fit alors remarquer son meilleur ami en grimaçant.

-Pas cette fois, tenta de le rassurer l'ancien Gryffondor.

James sortit de sa poche une carte de visite. Il la regarda ensuite quelques secondes avant de se résoudre à la tendre à son ami.

-Dr Venidir Michelle, psychomage, lut Sirius. Hum…

-Je ne veux pas avoir l'air de te mettre la pression mais ça fait des mois que tu as dit que tu irais. J'ai envie de t'aider à faire le premier pas.

-Je me sens un peu forcé là.

-Je sais.

James grimaça. Techniquement, il n'avait pas tort mais il détestait avoir l'impression de jouer le mauvais rôle.

-Il te suffit de gratter le dos pour avoir la date d'un premier rendez-vous gratuit de 20 à 30 minutes. Ça te permet de savoir si tu te sens de continuer, d'aller au bout de la démarche, et elle, ça lui permet d'avoir un premier avis sur toi avant de te suivre. Si la date ne te convient pas, il suffit de continuer à gratter.

Sirius acquiesça et James lui fit signe de gratter. Son ami souffla, hésita, puis se rappela qu'il souhaitait changer, mais surtout guérir de ses blessures. Pour tout processus, il fallait faire un premier pas et c'était souvent le plus dur. James avait raison, cela faisait trop longtemps qu'il repoussait. Il était temps d'arrêter de se cacher.

Il gratta.

Il se crispa en voyant qu'il y avait une disponibilité pour la fin de journée. C'était trop tôt ! Il continua à gratter et eut une nouvelle proposition pour dans trois jours. Il hésita à gratter encore puis souffla et, avant de changer d'avis, fila la carte à son ami.

-Génial ! Son cabinet se trouve à 15 minutes à pied d'ici. J'irai avec toi !

-Je m'en serais douté…

James continua à sourire, observant le livre que lisait son ami avant de jeter un coup d'œil à la fenêtre.

-Remus me manque, avoua-t-il soudain.

Sirius le regarda bizarrement et James soupira.

-J'ai envie qu'on s'amuse de nouveau tous ensemble mais j'ai l'impression que ça ne sera pas pour tout de suite. Il avait l'air très troublé après toute cette histoire… Dans un certain sens, après toi, il est sans doute celui qui a le plus souffert de la possession de Padfoot.

Sirius garda le silence. Que pouvait-il répondre à ça ? Il le savait très bien.

-Est-ce que tu l'aimes encore ? lui demanda son ami.

Sirius fut surpris par la question mais prit le temps de réfléchir.

-Je ne sais pas, avoua-t-il finalement.

-Comment ça tu ne sais pas ? s'étonna l'héritier des Potter.

James avait l'air de tomber des nues. Comme s'il avait posé la question en envisageant une seule réponse possible. L'ancien Gryffondor était pourtant honnête. Il ne savait plus très bien où il en était. Il remettait beaucoup de choses en question. Il n'était même plus certain d'avoir un jour éprouvé de réels sentiments pour le châtain.

-Tu sais, j'ai commencé à m'intéresser à lui et à me rapprocher de lui à l'arrivée de Padfoot, quand on est rentrée en 7e année…

-N'importe quoi ! Tu étais déjà intéressé, tu étais juste trop immature pour t'en rendre compte ! contra James.

Sirius n'en avait pas l'air si sûr.

-Ce n'est pas si simple, et probablement que Remus aussi le sait. L'arrivée de Padfoot nous a tous influencés.

-Remus et Padfoot étaient amis dans sa réalité. Rien à voir avec ce que vous représentez l'un pour l'autre ici, insista James.

-Je…

-Sirius ! À quoi joues-tu à la fin ? Parfois, j'ai l'impression que tu fais exprès de faire du mal à Moony !

-Quoi ? Mais non !

-Tu l'as harcelé puis tu l'as laissé seul assumer le scandale de la photo que Rita avait sorti. Tu as couché avec sa meilleure amie, puis tu l'as laissé tomber avant de sortir avec lui sans assumer, faisant passer ça pour une relation « ami avec avantages » alors que tu savais déjà qu'il t'aimait ! Et franchement, je pourrais continuer. Remus t'aime vraiment, Sirius, mais même pour lui, un jour ce sera trop et tu ne pourras t'en prendre qu'à toi-même.

Sirius était surpris par les propos un peu durs de son ami. James n'avait fait que dire la vérité, pourtant cela restait violent. N'était-il pas censé le ménager après le calvaire qu'il avait vécu ? À moins qu'il ne tente simplement de lui ouvrir les yeux... Sirius n'en savait rien.

-Si je suis tel que tu le décris, je ne vois pas pourquoi continuer, murmura-t-il alors en sentant les larmes lui monter aux yeux.

-Mais non, tu dois te battre ! Tu vas le reconquérir, vous allez vivre heureux et avoir plein d'enfants ! s'exclama l'héritier des Potter.

-C'est impossible…

-Qui a dit ça ? s'énerva James. N'abandonne pas avant d'avoir essayé !

-Pas la peine, je te dis, sourit tristement Sirius. Tu vois, il y a un truc qui existe et qui s'appelle la biologie. C'est ce qui rend impossible le fait d'avoir naturellement des enfants pour un couple du même sexe. Tu n'en rates pas une, se moqua-t-il ensuite doucement. Tu me désespères, mais en même temps, je suis tellement heureux de te connaître... Tout le monde devrait avoir un James dans sa vie…

-Tu m'idéalises trop, je suis ordinaire, marmonna son meilleur ami.

-J'ai envie d'être à nouveau avec lui, avoua soudain Sirius. Mais il guérit déjà de ses précédentes blessures, si je le blessais de nouveau ? Ne vaut-il mieux pas que je le laisse être avec quelqu'un qui pourra le rendre vraiment heureux ?

-Peut-être. Dans tous les cas, c'est à lui de décider. Offre-lui le choix d'être de nouveau avec toi ou non.

-Si je me prends un vent, ce sera de ta faute.

James en resta coi. C'était la meilleure, ça ! Son ami grogna de mécontentement et Sirius s'allongea de nouveau sur le lit.

Il ferma un instant les yeux et souffla. Par curiosité, il tenta de ressentir la présence de Padfoot. Il ne savait pas si c'était possible car il n'avait jamais réussi jusqu'à présent et il pensait savoir pourquoi...

-Il faut que je te dise un truc moi aussi, murmura-t-il.

Il ouvrit les yeux et regarda James qui se tourna vers lui.

-Je pense que Padfoot nous a menti.

James fronça les sourcils.

-A quel sujet ?

-Au sujet de sa disparition programmée.

Sirius pensait qu'il n'était pas possible que l'esprit se désintègre simplement de sa tête. C'était bizarre et un peu trop simple. De plus, il aurait dû forcément souffrir dans le processus : avoir mal à la tête, être pris de nausée ou d'autres symptômes.

-À mon avis, Padfoot savait qu'il ne pourrait pas disparaître de façon naturelle et en douceur en restant à l'intérieur de ma tête.

-Tu penses qu'il va revenir une fois de plus pour prendre ta place ? s'inquiéta James.

-Non. Il a vraiment disparu, je ne sens plus sa présence et je pense même qu'il a disparu presque aussitôt après notre retour ici.

James était complètement perdu.

-S'il nous a menti, c'était probablement pour qu'on retourne plus facilement à notre vie, qu'aucun de nous ne culpabilise. Je pense surtout qu'il voulait épargner Regulus.

-Lui épargner quoi ? Sa mort ? Il est bien mort, non ? Et pour de vrai cette fois, n'est-ce pas ?

Sirius acquiesça.

-J'en suis presque sûr. Dans mon esprit, il pouvait matérialiser son corps, être perceptible.

Il souffla.

-La seule solution pour lui de mourir était de se suicider.

Un son étrange sortit de la bouche de son ami sous le choc.

-Aucun de nous n'aurait eu le cran de le tuer, alors il s'est débrouillé seul, ajouta doucement Sirius.

-Comment… Comment tu peux en être sûr ?

-C'est ce que j'aurais fait, moi.

Sirius ferma les yeux, fatigué et accablé. Serait-il à la hauteur de cette chance qu'on lui avait offerte ?

xXx

À la fin de ses études, Hugo avait eu pour projet de simplement réaliser ses rêves. Il n'était pas quelqu'un de motivé par l'argent ni par le prestige et après Beauxbâtons, il avait souvent éprouvé des difficultés financières. Pour autant, il n'avait jamais dévié de sa route, de son but. L'exploration, c'était plus qu'une vocation. Pour le garçon un peu bizarre qu'il était, c'était la première fois qu'il s'était vraiment senti à sa place, partout et nulle part en particulier. Tant qu'il était dans la nature, qu'il pouvait côtoyer la beauté de ce monde parfois cachée, il était heureux.

C'est pourquoi jamais il n'aurait pensé un jour se retrouver à faire le guet à côté d'une poubelle toute la journée et parfois la nuit devant chez les Black. Enfin, plus ou moins, car la maison ne lui était pas accessible, ni même visible depuis la rue.

Au début, motivé et déterminé, il s'était équipé pour tenir son poste, observer et pouvoir avertir ses coéquipiers si les Black avaient un agissement inhabituel. Malheureusement, il avait vite déchanté. Au bout de trois heures à peine, l'ennui et l'impatience s'étaient mêlés et il avait regretté sa tâche. Il lui était impossible de tenir ainsi pendant plusieurs jours, surtout s'il ne se passait pas grand-chose. Le français avait donc dû réfléchir à la suite. Camper devant une maison qui ne lui était pas accessible ne servait à rien. Il avait donc installé dans la ruelle en face une larve du némura. Il s'agissait d'une merveilleuse créature capable d'informer ses congénères de tout mouvement dans leur secteur. Il s'agissait d'une éclaireuse, élément habituel dans ces bandes, qui étaient nécessaires pour assouvir la prospérité de ces êtres.

Et aujourd'hui, après plusieurs jours, la larve avait envoyé un signe à sa congénère. Quand Hugo l'avait vu s'illuminer pendant un instant avant de reprendre son aspect translucide, il avait pratiquement sauté au plafond. Ce n'était peut-être rien, mais il se devait de vérifier. De plus, après la conversation qu'il avait eue avec les deux Aurors, il ne pouvait rien négliger. C'était bientôt la fin pour le psychomage Tom Jedusor.

Hugo ne savait pas s'il avait joué un rôle quelconque dans la future arrestation du criminel, mais s'il avait pu être utile ne serait-ce qu'un peu, il en était heureux.

Un homme âgé était entré chez les Black et l'explorateur ignorait de qui il s'agissait. Jusqu'à présent, Walburga et Orion avaient reçu très peu de visites. Ainsi, le blond était certain que cet homme n'était pas n'importe qui et qu'il s'agissait de tout sauf d'une visite de courtoisie. Hugo s'était donc à nouveau posté dans la ruelle et avait attendu.

Enfin, l'homme ressortit. Il semblait paniqué et pressé. Hugo se tassa contre le mur pour éviter d'attirer l'attention. Heureusement qu'il faisait nuit, sinon il aurait forcément eu l'air louche.

Walburga salua le vieil homme courbé avant de rentrer chez elle et, curieux, l'explorateur décida de le suivre. Cet homme qui n'avait à priori aucun lien avec la famille Black l'intriguait. Il n'était pas resté longtemps et son attitude plus que douteuse attirait l'attention. L'explorateur espérait que la filature lui réussirait plus que la planque. Pour l'instant, il se débrouillait bien, mais seulement parce que le vieil homme ne faisait pas attention à lui. C'était d'ailleurs étrange en soi mais Hugo pensait que ce n'était pas tant grâce à ses talents qu'à cause de la nervosité de l'individu. Qu'avaient-ils bien pu se dire chez les Black ?

Au bout d'un long moment, l'homme entra dans un hôtel et, sans réfléchir, Hugo le suivit avant de se demander ce qu'il allait pouvoir dire si on l'interrogeait, ou même si le vieil homme le repérerait. Il avait beau ne pas le connaître, l'inverse n'était sans doute pas vrai. Fichue popularité !

Au pire, il ferait semblant de se renseigner sur les chambres de l'hôtel et leurs disponibilités. Cela n'aurait rien d'étrange. Il pourrait même pousser la filature jusqu'au bout en y dormant quelques jours pour continuer sa surveillance. Persuadé d'avoir l'excuse parfaite, il patienta donc derrière le vieil homme à l'accueil.

La réceptionniste qui s'était absentée reprit son poste derrière le comptoir lorsque le sorcier qui précédait le blond s'acharna sur la sonnette.

-Bonjour, monsieur…

Elle n'eut pas le temps d'en dire plus car le vieil homme ne semblait pas vouloir s'embarrasser de formule de politesse.

-Je voudrais régler ma chambre maintenant !

La réceptionniste eut l'air surprise et décontenancée, mais elle se reprit vite.

-Bien sûr, j'annule donc les 4 autres nuits que vous aviez prévu, c'est cela ?

-Oui.

Elle acquiesça et prit un document dans un de ses tiroirs. Elle calcula probablement le prix puis écrivit quelque chose avant de le tendre au client.

Il prit une minute pour lire le document et le signa. Il sortit alors de sa poche une bourse et posa le règlement sur le comptoir. La réceptionniste compta puis rangea l'argent avant de fournir un reçu. En apercevant la monnaie, Hugo comprit qu'il s'agissait d'un hôtel moldu.

-Vous devez quitter la chambre avant 15h, rappela-t-elle. L'hôtel Nenuphar vous remercie d'avoir choisi de passer votre séjour chez nous, en espérant que celui-ci a été agréable. Merci, monsieur Elvis, termina-t-elle.

L'homme hocha la tête avant de se détourner et Hugo fit semblant de s'intéresser au petit étalage de magazines non loin tout en rabattant sa casquette sur sa tête.

L'homme l'avait-il vu ? Il avait une sensation bizarre. Elvis… C'était le nom du grand-père maternel de Jedusor. Cela ne pouvait pas être un hasard, n'est-ce pas ? Elvis était mort. Était-ce Jedusor ? Il aurait utilisé une potion pour changer d'apparence et continuer ses activités illicites sans se faire repérer ? Maugrey lui avait dit que le psychomage se faisait très discret ces derniers temps. N'était-ce pas plutôt qu'il désirait brouiller les pistes en adoptant une autre apparence ?

-Bonjour, monsieur, puis-je vous renseigner ? demanda la réceptionniste.

Hugo sursauta avant de rougir de honte. Il tenta ensuite de sourire à la dame pour masquer sa gêne.

-Client difficile ? lança-t-il en désignant du menton l'homme qui venait de sortir.

La réceptionniste se contenta de sourire.

-Je dirai seulement qu'il est exigeant. Les gens ne sont pas toujours aimables, mais nous ignorons tout de leur vie et de leurs problèmes. J'essaie donc de ne pas les juger trop durement.

-Je comprends.

Hugo chercha quoi dire pour en savoir plus.

-Je voulais louer une chambre et s'il part, une place se libère si je comprends bien.

-Tout à fait, répondit-elle.

-Quel type de chambre occupe Monsieur…

Il laissa sa phrase en suspens, espérant que la réceptionniste la termine. Il ne voulait pas non plus montrer qu'il avait écouté avec trop d'intérêt la conversation.

-Monsieur Elvis occupe actuellement une chambre simple avec vue sur le jardin à l'arrière de l'hôtel.

-Elvis, répéta Hugo. C'est un nom peu commun. Rassurez-moi, il ne part pas à cause d'un quelconque problème lié à l'établissement que je devrais connaitre ?

-Oh non, bien sûr que non ! Il part pour des raisons personnelles, je présume que ses affaires ont connu un rebondissement. M. Elvis n'est pas souvent présent, je le vois très peu, alors je ne suis pas vraiment étonnée qu'il décide de partir plus tôt que prévu. Je vous assure que notre établissement est de haut standing !

-Je vous crois, assura Hugo.

-Si vous désirez une chambre individuelle nous en avons quelques-unes de disponible.

-Euh…

Hugo bégaya quand il la vit ouvrir son carnet où elle notait les réservations.

-Nous avons une chambre au deuxième étage avec salle de bain qui donne sur la cour. Le petit-déjeuner peut être inclus dans le tarif. Combien de nuits souhaitez-vous rester ?

-C'est à dire que j'ai changé d'avis… Je souhaitais juste me renseigner mais pour le peu de temps qu'il me reste, il vaut mieux que je reste dans l'hôtel où je loge déjà.

La réceptionniste fronça les sourcils, surprise par son revirement. Avant qu'elle ne tente d'en savoir plus cependant, il s'excusa et quitta le hall de l'hôtel.

Dehors, Hugo tenta de reprendre ses esprits. Il lui fallait digérer tout ce qu'il venait d'apprendre. Il alla s'installa dans un café en face de l'hôtel et se prit la tête dans les mains. Était-ce Jedusor ? L'avait-il réellement trouvé ? Que s'était-il passé chez les Black plus tôt ?

Tom était un puissant sorcier et un habile manipulateur. Il était arrogant et pensait que malgré ses quelques faux pas, il menait toujours le jeu. Dans son esprit, il lui était encore possible d'arriver à son but. Qu'avait-il à craindre d'agents qui étaient à sa poursuite depuis des mois sans pour autant avoir réussi à rassembler de preuves ?

Jedusor avait le soutien des Black et d'autres familles fortunées. Il pensait s'en sortir, d'une façon ou d'une autre. Il était proche de son but, il était donc moins vigilant. Et surtout, s'il savait qu'on enquêtait sur lui, il ignorait tout de la filature que Dawlish, Maugrey et lui avaient mis en place. S'il pouvait l'attraper là, ce serait merveilleux. Dans tous les cas, il ne devait pas le laisser fuir.

Mais était-ce réellement lui ? Et s'il faisait erreur ? Le nom Elvis avait beau ne pas être courant, il pouvait s'agir d'une coïncidence avec le nom du grand-père de Jedusor. Mais alors pourquoi cet homme se serait entretenu avec les Black ? C'était un sorcier, ça ne faisait aucun doute. Il n'aurait pas pu connaitre et s'entretenir avec les Black sinon. Et en ce moment, le français ne voyait qu'une personne susceptible d'entrer en contact avec eux pour avoir plus d'information ou encore mener ses affaires. Le problème était qu'il était difficile de prouver qu'il s'agissait bien de Jedusor sans l'attraper avant. Et de ce qu'il avait compris, l'homme était sur le départ.

-Bonjour monsieur, avez-vous choisi ?

Hugo avez l'estomac noué et ne se sentait pas d'avaler quoi que ce soit mais il savait qu'on lui demanderait probablement de partir s'il ne comptait rien commander. Il prit de l'eau pétillante, qu'il trouva chère. La serveuse sembla penser à une blague et elle lui lança un regard étrange avant de s'en aller pour lui apporter son verre.

Le français continua à cogiter. Il lui fallait prévenir Maugrey… Oui, il allait le faire. Il devait se dépêcher avant que ce Elvis ne se décide à partir. Hugo ne réussirait pas à le suivre s'il utilisait un moyen de déplacement autre que moldu. Les Aurors seraient plus aptes à le pister s'il prenait un portoloin par exemple. Mais ce n'était pas non plus une certitude…

Tout ça était bien trop compliqué pour Hugo, ce n'était pas son métier. Et dire qu'il y avait encore 6 mois, il était chez lui, à se remettre de sa précédente expédition…

Après quelques minutes encore, Hugo quitta le café et chercha un endroit discret pour envoyer les nouvelles informations à Maugrey. Il ne savait pas ce qu'il devait faire, mais il supposait qu'il ne devait pas perdre l'homme de vue.

xXx

Une fois de plus, son intuition ne l'avait pas trompé. Il avait senti que Jedusor chercherait à leur échapper, que malgré l'aboutissement de cette première bataille, quelque chose clochait. Il ne fallait pas sous -estimer l'homme. S'il avait réussi à s'en sortir pendant si longtemps, c'était bien parce qu'il était intelligent et sournois. Il avait toujours un coup d'avance.

Hugo l'avait prévenu plus tôt de sa découverte. La piste des Black l'avait mené directement à un certain Elvis qu'il soupçonnait d'être Jedusor sous polynectar. C'était aussi la conviction de Maugrey. Depuis que le psychomage avait quitté Poudlard, il se faisait très rare en public. Il avait drastiquement diminué ses apparitions et communiquait peu. Il avait également dû donner des consignes à ses proches car à chaque fois que ceux-ci étaient interrogés, ils feignaient ne pas savoir où il pouvait bien se trouver ni ce qu'il faisait. Ils poussaient même le vice jusqu'à affirmer ne pas être proches du psychomage et très peu le connaître.

Malgré son envie de discrétion, Jedusor savait qu'il ne pouvait pas totalement disparaitre. S'il lui était facile de limiter ses apparitions dans le monde magique, c'était probablement parce qu'il avait trouvé un moyen de rester dans le monde moldu. Il savait comment il marchait, il y avait vécu quelques courtes années après Poudlard.

Dans le monde moldu, il était une personne ordinaire. Un individu parmi d'autres. Il lui fallait un endroit où loger sans pour autant laisser de traces de sa présence. Jedusor ne voulait pas que le monde magique sache qu'il avait un point de chute à Londres, ce qui serait un bon indicateur de l'importance de cette ville dans ses affaires. D'où le choix d'y résider sous une autre identité.

L'Auror comptait se rendre à Londres auprès de Hugo pour pouvoir vérifier l'identité d'Elvis. Il venait de prévenir son mentor, mais celui-ci lui avait dit qu'il ne pourrait pas agir dans l'immédiat. Les agents d'intervention étaient en train de se préparer et il fallait que la hiérarchie valide l'opération. Pendant ce temps-là, Maugrey comptait s'assurer qu'ils allaient attraper la bonne personne. La dernière chose qu'il désirait était de tomber dans un piège qui permettrait à Tom Jedusor de savoir qu'ils étaient proches de l'arrêter.

Enfin, c'était ce que désirait Maugrey, mais Dawlish lui avait dit que si cet Elvis avait décidé de plier bagage après avoir vu les Black, c'était probablement parce que ces derniers avaient obtenu des informations confidentielles. C'était triste et décevant, mais probablement que la nouvelle de son arrestation avait fuité soit au bureau, soit au ministère. En effet, avec les Black comme alliés, cela n'aurait rien d'étonnant. L'ancienne famille de sang pur avait beaucoup de contacts.

À présent, la seule chose qu'il pouvait faire était d'agir au plus vite. Maugrey n'en était pas sûr, mais il pensait que Jedusor chercherait à fuir. Quitter le pays. Quel autre choix avait-il ? Il ne l'imaginait pas survivre à la prison, accepter d'y être enfermé. Quelle déchéance pour cet homme qui s'était battu pour s'élever ainsi, qui avait sacrifié la vie d'innocents pour son propre rêve. Probablement ne pourrait-il même pas comprendre ce qu'il avait fait de mal.

De toute façon, à l'instar de sa mère, Maugrey doutait que Jedusor possède une morale. Il l'avait abandonnée depuis longtemps dans une quête absurde de célébrité, de supériorité. L'Auror mourrait d'envie que l'être misérable qu'il était arrête cet individu élevé au rang de génie par certains.

Il ne faillirait pas, Maugrey se l'interdisait. Il le devait aux victimes de l'attaque de Poudlard.

D'une minute à l'autre, le bureau recevrait la confirmation du ministre pour l'arrestation de Tom Jedusor. Le châtain ne tenait plus en place. Il vérifiait son équipement d'intervention. Il se devait d'être discret comme il allait agir en territoire moldu. Il se demandait d'ailleurs comment les Aurors allaient faire pour arrêter l'homme sans créer trop de dégâts. Le plus important était qu'il n'y ait pas de victime. L'approche qu'ils allaient privilégier était l'isolement de l'individu. Ainsi, ils pourraient agir avec plus de liberté. Pour le reste, l'équipe technique pourrait toujours s'occuper d'effacer la mémoire de ceux qui en avaient trop vu. Même si Maugrey espérait ne pas en arriver là.

C'était presque drôle de se dire qu'il avait passé ses vacances à travailler, à traquer un psychopathe. D'ailleurs, à ce titre, il n'était pas vraiment habilité à prendre part à l'arrestation. Maugrey ne voulait aucune complication juridique qui pourrait retarder le procès du psychomage, il se chargerait donc simplement de le retenir et de tenter de confirmer son identité. De toute façon, il lui était impossible de rester en retrait.

Il se devait d'être sur place pour s'assurer du bon fonctionnement de la mission. Une fois de plus, il pensa aux victimes, aux proches qui étaient sans réponse, qui vivaient dans la douleur d'avoir perdu un membre de leur famille sans savoir pourquoi. Sans pouvoir passer à autre chose. Maugrey aussi avait connu ça. Quand ses parents étaient morts, on avait apporté aucune réponse à l'enfant qu'il avait été. Il se doutait bien que c'était pour le préserver de la barbarie qu'avaient connue ses parents. On lui avait d'abord dit qu'ils étaient décédés dans un accident, puis plus tard il avait appris qu'ils étaient morts en faisant leur travail et le coupable n'avait jamais été retrouvé. Peut-être que ses grands-parents, dont il n'avait jamais été proche, avaient pensé que c'était suffisant comme réponse pour lui permettre d'avancer. Ça n'avait pas été le cas.

Durant des années alors qu'il grandissait et qu'il tentait de s'adapter à cette vie si normée, lui le garçon asocial, il n'avait jamais pu s'enlever de la tête cette fameuse question : pourquoi ?

Pourquoi ses parents étaient-ils morts ?

Comment ?

Qui avait bien pu leur ôter la vie ?

Avaient-ils souffert ?

Avaient-ils pensé à lui dans leurs derniers instants ?

Comment aurait été sa vie si ses parents étaient encore là ?

Arrêterait-il de souffrir un jour ? Aujourd'hui encore, le manque était parfois dur à supporter.

Maugrey ne vivait que pour le travail car c'était une fonction qu'il idéalisait. C'était le métier de ses parents et ils les avaient toujours vus comme des héros.

En réussissant l'examen d'Auror, la première chose que le jeune agent avait faite avait été de chercher des réponses. Il avait découvert dans les archives du bureau que la dernière affaire de ses parents concernait la corruption d'un haut responsable qui faisait blanchir son argent par une entreprise dirigée par un homme à l'image controversée. Il se trouvait également qu'à l'époque, les Black accueillaient régulièrement des réunions ou ce type de personnes se rencontraient et faisaient affaire. Il semblait cependant qu'ils se contentaient de les mettre en relation.

Le coupable du meurtre n'avait jamais été retrouvé, mais le politique et chef d'entreprise avait été condamné pour complicité. Le véritasérum n'avait pas été utilisé à cause de pressions, signe que plusieurs personnes avaient eu intérêt à ce que le véritable coupable ne soit jamais découvert. De plus, en tant que complice, les deux coupables risquaient moins. En se taisant, ils se protégeaient mutuellement.

Quant aux Black, comme d'habitude, ils avaient été blanchis.

La rage que Maugrey ressentait à leur égard avait pris naissance avec cette histoire.

Et une fois de plus, Orion et Walburga Black se retrouvaient mêlés à une histoire tragique.

Soudain, une voix s'éleva depuis la cheminée et Maugrey accourut pour répondre à l'appel de son mentor.

-Je viens d'obtenir l'accord pour lancer l'assaut ! l'informa Dawlish.

-Très bien, je me mets en route. Une fois son identité confirmée, je vais tenter de le déplacer pour faciliter votre assaut. J'envoie immédiatement l'adresse de l'hôtel où Hugo l'a vu et également l'endroit où je le déplacerais si ça m'est possible.

Maugrey vit que son mentor voulait protester et il tenta de le rassurer sur ses intentions.

-Je ne ferai rien d'autre. Sauf s'il m'attaque, je ne ferais rien de plus. Je n'ai pas envie qu'il y ait des morts inutiles. Dans tous les cas, j'y vais. Hugo est seul pour l'instant, mais il va très vite se faire repérer. De plus, si je suis déjà sur place, je pourrais plus facilement vous guider.

Dawlish soupira avant de réaliser qu'il était impossible de contrôler Maugrey.

-Très bien, soyez prudents tous les deux. L'équipe sera prête et pourra intervenir d'ici une heure.

Maugrey tenta de cacher au mieux ses émotions. Une heure... Il serait peut-être déjà trop tard quand ils arriveraient ! Il raccrocha et se retourna, bien décidé à ne pas perdre plus de temps.

Il faillit bousculer Marlene qui se tenait derrière lui. Avant qu'il ne puisse exprimer son agacement, elle déclara qu'elle l'accompagnait.

-Ne dis pas n'importe quoi, tu n'es pas de taille contre lui ! Tu serais plus une gêne qu'autre chose si ça devait mal tourner.

Il se dépêcha de partir, sans plus se préoccuper de l'ancienne Serdaigle.

xXx

Depuis plusieurs minutes, Regulus observait la lettre qu'il avait reçue dans la matinée. Avec tout ce qui s'était passé récemment, le Serpentard avait mis de côté cette histoire. Mais peu importe les soucis qu'il rencontrait, la vie continuait son cours et il était bien obligé de s'adapter. Surtout qu'en soit, ce n'était pas une mauvaise chose. Non, c'était même une bonne nouvelle.

Mais Sirius était-il prêt ?

Son frère était allé à son rendez-vous avec le psychomage que James avait trouvé. D'ailleurs, le Maraudeur avait accompagné son meilleur ami et ils seraient là d'une minute à l'autre. Regulus devrait alors dire à son frère que la date du procès avait enfin été décidée.

Lentement, l'angoisse montait. Devait-il lui annoncer la nouvelle dès qu'il rentrerait ? Cela pourrait le perturber alors qu'il venait juste d'avancer. Seul dans la maison, Regulus ne pouvait que s'interroger et imaginer les différents scénarios possibles. Malheureusement, il n'y avait qu'une seule finalité. Il devait avertir Sirius car ce procès était surtout pour lui. Après tout ce qu'ils avaient déjà vécu ces derniers jours, il ne devait plus y avoir de mensonges.

De plus, s'il ne fallait penser qu'au côté pratique, Sirius avait besoin de savoir que l'échéance approchait pour pouvoir se préparer aux jours douloureux qui découleraient de ce procès. Regulus le savait, Orion et Walburga ne se laisseraient pas faire. S'ils avaient échappé à la justice pendant tout ce temps, c'était bien parce qu'ils connaissaient toutes les ficelles à tirer pour s'en sortir.

Regulus lui-même devrait se préparer à être une fois de plus déçu par leur attitude. Voir ses accusations, ses dénonciations balayées. À présent qu'il avait une date, tout cela devenait encore plus concret. Regulus repensa alors à ce qu'Orion et Walburga leur avaient fait à son frère et à lui. À une époque, Regulus les adorait et tout ce qu'ils disaient était parole d'évangile. Serait-il à la hauteur le jour où il devrait témoigner devant eux ? Il le fallait, Regulus s'y était préparé. Peu importe que tout ne se passe pas comme prévu tant que cela se passait quand même.

La porte d'entrée s'ouvrit et le bruit parvint au Serpentard de manière lointaine. Ce fut seulement quand il entendit les voix des Maraudeurs qu'il quitta enfin ses pensées sombres. Avec angoisse, il alla à leur rencontre. Dans quel état était Sirius après ce premier rendez-vous ? Voudrait-il y retourner ?

L'ancien Gryffondor discutait avec son meilleur ami dans l'entrée. Son visage n'arborait pas d'expression particulière. A vrai dire, il semblait d'humeur égale.

-Comment ça va ? l'interrogea le cadet de la famille Black.

-Hé bien, ça va. Je l'ai déjà dit à James au moins dix fois, mais probablement que tout comme lui, tu vas me poser la question encore dix fois.

-Il a pris un autre rendez-vous, lui apprit James avec fierté.

-Seulement parce qu'on m'a dit que je pouvais annuler, s'amusa Sirius. Mais je pense que j'irais, reprit-il ensuite plus sérieusement. Pour être honnête, si j'ai tant tardé avant d'y aller, c'est parce que je pensais que je devrais parler tout de suite de… Enfin, de mon traumatisme. Mais la psy m'a rassuré, on fera ça à mon rythme. Aujourd'hui, on a beaucoup parlé d' Orion et de Walburga et je me suis rendu compte que j'avais beaucoup de choses à dire. Ça m'a fait du bien.

-C'est super, approuva Regulus. D'ailleurs, on a reçu un courrier à leur sujet.

Sirius haussa un sourcil, surpris. Il interrogea du regard son frère qui mit du temps à lui apporter une réponse. À côté d'eux, James balada son regard entre eux, curieux. Le Serpentard tendit alors le papier à son aîné qui le prit. Il lança un regard à son meilleur ami, comme si après la lecture de ce document, sa vie allait encore changer. Sirius prit finalement une grande inspiration et se lança dans sa lecture.

-Qu'est-ce que c'est ? demanda James qui n'en pouvait plus de rester sans réponse.

Sirius grimaça et si son visage devint blême, il réussit à ne pas paniquer et rester debout.

-Merde alors.

-Je suis désolé, fit Regulus.

-Ne le sois pas. C'est un passage nécessaire. Toi comme moi, on en a besoin. Il est temps qu'ils paient, affirma-t-il.

-Mais qu'est-ce qu'il se passe, bon sang ?! s'impatienta James.

-La date du procès de nos parents. C'est dans trois semaines.

xXx

Ses mains tremblaient. Il avait beau les regarder depuis un moment maintenant, elles continuaient de trembler. Était-ce de la peur ? Non, il ne pouvait pas y croire. Il avait paniqué lorsque les Black l'avaient averti que les Aurors avaient enfin une preuve concrète de ses méfaits et pouvaient donc l'arrêter. Malheureusement, ils ignoraient la nature exacte de la preuve que possédait Dawlish, mais c'était du sérieux. Le contact que possédaient Orion et Walburga au ministère ne pouvait creuser plus sans s'attirer la suspicion du bureau des Aurors.

Apparemment, personne à part Dawlish et le chef du bureau n'étaient au courant de ce qu'était la preuve. Mais une chose était sûre, c'est qu'elle condamnerait sans aucun doute le psychomage à Azkaban. C'était récent, donc tout n'était pas encore perdu pour lui. Après tout ce qu'il avait fait, ce qu'il avait déjà sacrifié, Tom ne pouvait pas chuter maintenant. Il avait trop de sang sur les mains pour ne pas aller jusqu'au bout de son rêve. Toutes ces victimes avaient été des sacrifices nécessaires pour atteindre le bout du chemin.

Néanmoins, s'il n'arrivait pas à aller jusqu'à la fin, diriger son pays, tout cela n'aurait plus aucun sens. Ces enfants seraient morts pour rien... Tom Jedusor ne se considérait pas comme un meurtrier car il n'avait tué qu'une personne, Greyback, et cet acte pouvait s'apparenter au sauvetage de la vie du jeune Black lors de l'attaque.

-Je ne me laisserai pas enfermer ! éructa-t-il, la voix modifiée par le polynectar.

Non, il en était hors de question.

Il analyserait les raisons de son échec plus tard. S'il arrivait à rebondir, cela ne serait qu'anecdotique. Il allait se refaire ailleurs. Il avait des contacts en Russie où il avait résidé, mais également en Bulgarie. Dans un premier temps, il pourrait toujours être psychomage. Il était doué pour ça, il n'aurait aucun problème à se faire embaucher. Ensuite, quand les choses se tasseraient, il pourrait peut-être revenir en Grande-Bretagne. Peut-être...

Ou alors il devrait se convaincre de refaire sa vie ailleurs. En Russie, pourquoi pas. Il ne pourrait probablement pas gouverner, mais en persévérant, il pourrait obtenir une place de conseiller. Voilà quel serait son nouvel objectif.

Sa valise était prête. D'un coup de baguette, le sorcier la fit rétrécir et la rangea dans la poche de sa veste. Il sortit de la chambre sans en vérifier l'état et grogna quand ses cuisses frottèrent l'une contre l'autre. Il détestait ce corps grassouillet et vieux, à l'opposé de l'apollon qu'il était en temps normal. Il se fichait bien de son apparence, mais être beau était un avantage certain dans la vie, que ce soit pour séduire, faciliter les promotions de carrière, ou simplement s'attirer l'attachement et l'intérêt des gens.

Voilà bientôt 40 minutes qu'il avait pris la potion et il devrait reprendre une fiole lorsqu'il serait dans le sud de la ville. Les Black avaient organisé son départ du pays. Des alliés au pouvoir immense. Si leur partenariat n'avait pas pu aboutir, il n'en restait pas moins qu'ils étaient sur la même longueur d'onde.

Jedusor ignorait s'ils auraient l'occasion de se revoir. Tout comme lui, les Black n'étaient pas dans une bonne situation. S'ils perdaient leur procès pour maltraitance et meurtre, ils finiraient en prison. Pourtant, ils n'avaient pas l'intention de fuir. Comment diable pensaient-ils s'en sortir ? Enfin, le psychomage ne serait pas là pour voir ça, il avait autre chose à faire. Chacun ses problèmes. De toute façon, il ne s'en faisait pas pour eux. Les Black avaient plus d'un tour dans leur sac et s'ils étaient si sereins, c'était bien parce qu'il n'avait rien à craindre de ce qui allait suivre.

Contrairement à lui. À l'heure actuelle son avenir était incertain, d'où la crainte et l'angoisse qu'il ressentait depuis plus d'une heure. Pour ne pas céder à la panique et ne pas risquer de se faire prendre, il devait rester concentrer. Avec difficulté, le psychomage descendit lentement les escaliers de l'hôtel et se contenta de saluer de loin la femme à l'accueil. Il lui fallait rejoindre le lieu de rendez-vous où un portoloin l'attendait. Il s'activerait à 16h. Autant dire que Tom ne pouvait pas arriver en retard. Les Black avaient tout préparé pour lui. En prenant celui de 16h, sa destination serait intraçable, du moins au début. Cela lui laisserait le temps de se retourner et d'entamer les démarches avec son pays d'accueil pour éviter d'être extradé. Pour lui, cela ne faisait aucun doute, il serait condamné pour ce qu'il avait fait à Remus Lupin.

Lorsqu'il pensait au Poufouffle qu'il avait jugé si insignifiant et inutile, il était en colère de se dire que c'était de l'avoir sous-estimé qui avait entraîné sa perte. Lui et les Aurors de ce pays.

Ils seraient ses seules erreurs.

Il quitta l'hôtel sans écouter les quelques mots d'au revoir de la réceptionniste. Sa valise en main, il fit quelques pas avant que deux hommes ne lui barrent la route. Il reconnut aussitôt l'Auror Maugrey. Le châtain avait le visage fermé et sous sa longue veste, sa baguette était apparente. Jedusor ne put cacher l'expression d'angoisse qui l'assaillit. Depuis qu'il avait appris que le bureau avait enfin une preuve pour le faire tomber, il ne pouvait contrôler ses émotions. Tout était en train de s'écrouler. Son dur travail, ses rêves et ses ambitions.

Cela le mettait dans une rage folle, une rage qui lui donnait envie de tout détruire.

Le regard de Tom repéra ensuite Hugo et son regard se fit sombre. Il détestait cet homme qui vivait comme un moldu en ignorant tout de ses nobles origines. De ce sorcier si emblématique qui avait co-fondé Poudlard et dont Jedusor se sentait si proche. Hugo était puissant mais ne faisait rien de sa puissance. C'était un jeune idiot qui se complaisait à vivre avec des êtres inférieurs quand il n'allait pas jouer avec de pauvres bêtes inutiles.

Sans un mot, Jedusor dégaina sa baguette pour leur faire comprendre qu'il ne se laisserait pas faire. La panique se lut sur le visage de Hugo qui mit la main sur la sienne, prêt à intervenir. Maugrey lui ne bougea pas.

-Alors c'est bien toi. Quelle apparence hideuse, ricana-t-il. Elle ne cache en rien la pourriture que tu es. Tu es fini ,Tom Jedusor, une escouade d'Aurors arrivera d'une minute à l'autre. Tu ne peux pas gagner.

-Je sais que c'est faux, gronda l'homme en retour. Vous ne m'attaquerez jamais dans un endroit bondé.

-C'est exact, confirma Maugrey. C'est pour ça que tu vas gentiment nous suivre !

Il fit un bond pour se jeter sur le psychomage et Tom comprit aussitôt ce qu'avait en tête l'Auror. Il comptait l'amener loin d'ici pour qu'il soit ensuite capturé. Il ne se laisserait pas faire. Il avait un portoloin à prendre. Il allait s'enfuir et commencer une nouvelle vie ailleurs !

Alors il agit.

Le sort fusa avant même que le psychomage ne s'en rende compte. Hugo para le sort partiellement et Maugrey roula sur le côté pour limiter les dégâts. Les deux amis le dévisagèrent, effarés qu'il ait osé faire usage de la magie au milieu de tant de moldus. Jedusor sut alors que tout était bel et bien fini pour lui. Il leva sa baguette une nouvelle fois. Il était trop tard pour reculer. Il allait se battre jusqu'au bout.

xXx

Marlene avait perdu de vue Maugrey. Elle courait depuis plusieurs minutes et elle qui n'avait jamais été une grande sportive était terriblement essoufflée. Depuis quelques jours, sa relation avec l'Auror était étrange. Depuis leur dispute. À plusieurs reprises, l'ancienne Serdaigle s'était demandée si cela valait la peine de rester.

Au fond, à quoi servait-elle ? Ne ferait-elle pas mieux de rentrer auprès de sa famille...? Elle qui était pourtant si motivée au début, qui voulait se rattraper et arrêter Jedusor avant qu'il ne fasse plus de mal encore. Mais demeurait ce que lui avait dit Maugrey... Sa famille était en danger si elle restait ici. Elle pourrait leur causer des problèmes. Elle n'en était pas sûre malgré tout. Elle était si troublée qu'il lui était difficile de bien analyser la situation.

Elle était inquiète et blessée. Elle ne comprenait pas comment l'Auror avait pu lui mentir pendant si longtemps. Il n'avait eu aucune considération pour ses sentiments et pour les sacrifices qu'elle avait faits pour sa famille. Il s'était joué d'elle pour obtenir l'info qu'il désirait. Pour lui. Rien d'autre n'avait eu d'importance. À ses yeux, elle était et serait toujours celle qui avait permis au pire d'arriver.

Elle était énervée parce qu'une part d'elle pensait comme lui. Mais elle avait cru... En le côtoyant chaque jour, il lui avait semblé voir autre chose dans son regard. S'était-elle trompée ?

A bout de souffle, la jeune femme finit par s'arrêter. Elle n'avait aucune idée du chemin pris par le châtain.

Au loin, il y eut du bruit, comme une explosion suivie d'un cri aigu. Marlene sursauta et resta tétanisée quelques secondes, regardant des gens paniqués débouler d'une rue. La bataille avait sûrement commencé. L'ancienne Serdaigle prit alors une grande inspiration, sortit sa baguette et courut les rejoindre. Il fallait tenir jusqu'à l'arrivée des Aurors.

Il le fallait, coûte que coûte.

Un sort fusa et une femme cria. Marlene la vit, complètement terrorisée et blessée par terre. La pauvre avait été touchée par un sort. Un vieil homme éructait des propos incompréhensibles et lançait des sorts à tout va. Marlene remarqua alors que le sorcier bedonnant semait la panique et faisait tout pour se déplacer là où il y avait le plus de civils possibles. Probablement dans le but de s'en servir comme bouclier.

Était-ce Tom Jedusor ?

-Amplificatum ! rugit l'homme.

Il visa une enseigne d'un des magasins de la rue qui tripla de volume. Il utilisa ensuite un autre sort pour la projeter contre de pauvres innocents terrorisés qui tombèrent au sol.

Marlene savait qu'elle n'oublierait jamais la vision de leurs corps à l'agonie.

-Brachialigo ! répliqua Maugrey.

Avec l'arrivée de l'Auror, Marlene sut qu'elle ne s'était pas trompée. Ce vieil homme était en réalité Jedusor et il repoussa d'ailleurs avec bien trop de facilité l'attaque. Au pied du mur, il combattait avec la force du désespoir.

-Confringo ! tenta encore l'Auror.

Au même moment, Hugo lança un maléfice de conjonctivite à ses côtés. Jedusor tarda à se protéger, si bien qu'il fut touché partiellement par l'attaque de Maugrey et se prit ensuite de plein fouet le maléfice du français. Il cria de douleur et attaqua de plus belle, s'acharnant à faire toujours plus de victimes.

Marlene sentait sa respiration s'emballer. Elle observait la scène qui se déroulait sous ses yeux, incapable de bouger. Une fois de plus, l'horreur était en train de s'abattre. Tout comme à Poudlard, il y aurait un véritable carnage.

Pendant un instant, la jeune femme sentit la colère l'assaillir. Elle enrageait contre l'Auror qui ne lui avait donné pratiquement aucune information. Elle savait seulement que Hugo surveillait les Black et donc que l'action se déroulerait dans le Londres moldu. Elle avait ensuite suivi Maugrey avant de le perdre de vue.

À présent, voilà qu'elle se retrouvait au milieu d'un chaos sanglant. Jedusor était si désespéré qu'il ne se préoccupait plus de garder secrète l'existence des sorciers. Il fallait l'arrêter à tout prix. Si seulement elle était arrivée plus tôt... L'ancienne Serdaigle secoua la tête, se demandant si sa présence aurait changé quoi que ce soit. Elle n'était pas assez forte pour représenter une menace contre le psychomage. Elle était effrayée et perdue.

La jeune femme se fit soudain bousculer par des personnes qui tentaient de fuir avant qu'un sort ne leur barre le chemin. Ils firent demi-tour en paniquant. En les suivant des yeux, l'ancienne Serdaigle repéra l'Auror et le français. Elle soupira de soulagement et tenta de s'approcher d'eux. Elle cria le nom de Maugrey, attirant malgré elle l'attention de Jedusor. Elle vit alors les yeux du châtain s'écarquiller d'horreur, et comprit trop tard ce que leur ennemi préparait. Jedusor la visa. Quoi de plus normal qu'il tente de se débarrasser d'elle ?

Marlene resta un moment figée, le regard braqué sur le psychomage. Pourquoi ne se mettait-elle pas à l'abri ?!

Elle vit comme au ralenti la baguette de l'ennemi bouger et ses lèvres articuler avec hargne un sort. Elle ferma les yeux alors que ses mains tremblaient et que les larmes lui montaient aux yeux.

Pourquoi était-elle là ?

Elle était inutile et c'était de sa faute si une fois de plus, Tom Jedusor commettait un massacre.

-Diffindo !

Soudain, elle sentit quelqu'un lui attraper le bras, la tirer contre son corps et ils roulèrent tous les deux par terre. Le souffle coupé sous la violence du choc, Marlene ouvrit les yeux sur Maugrey. En la protégeant, il avait écopé d'une vilaine coupure qui saignait avec abondance. Marlene eut à peine le temps de se remettre que celui-ci l'engueula.

-Idiote ! Qui t'as dit de me suivre ?! Ce n'est pas la place d'une étudiante ici !

Il se mordilla la lèvre inférieure de colère et de frustration. D'autres mots se bousculaient, mais il n'en ajouta pas plus. Marlene tremblait encore et Maugrey fit pour la première fois preuve d'attention et de délicatesse à son égard. Il posa maladroitement sa main sur son épaule.

-Ça va aller. Je vais faire diversion et tu pourras tenter de fuir.

Ses mots lui firent reprendre ses esprits car soudain, l'ancienne Serdaigle arrêta de trembler.

-On ne peut pas l'approcher ! ragea Hugo qui avait accouru à leurs côtés.

Il leur montra Jedusor qui slalomait au milieu de la foule.

-Il y a trop de personnes, dès qu'on tente quelque chose, soit il attaque les civils pour nous obliger à les aider et lui laisser le temps de filer, soit il s'en sert pour se protéger !

Marlene l'avait complètement oublié.

-Le terrain ne joue pas en notre faveur, approuva Maugrey. Mais il va falloir qu'on fasse avec, les renforts sont en chemin.

Hugo jeta un coup d'œil à l'ancienne Serdaigle, surpris de la voir, avant de se concentrer sur Maugrey.

-Je vais l'attaquer de front et l'obliger à concentrer ses attaques sur moi, décida l'Auror. Tu te chargeras de faire évacuer les civils.

-Tu n'y penses pas ?! Ça ne marchera jamais, tu ne tiendras pas jusqu'à l'arrivée de tes collègues !

-Il le faudra bien pourtant. Je suis un agent entraîné, c'est mon devoir de jouer ce rôle et de permettre aux autres de survivre.

En l'entendant parler ainsi, Marlene se sentit triste. Elle l'avait toujours su, Maugrey était le type d'homme qui ne savait pas prendre soin de lui. Il se fichait de ce qui lui arrivait, se fichait de vivre ou de mourir. La seule chose qui lui importait était son travail, protéger les autres. Il était maladroit, mais pas insensible. Il l'avait sauvé tout à l'heure et était blessé. Il devait souffrir. Elle lui avait désobéi en venant ici et pourtant, il s'inquiétait pour elle. Quand elle pensait à lui, tout se mélangeait. Elle vivait avec lui depuis un moment, mais elle ne le connaissait pas.

Il y avait un lien étrange entre eux. Et Marlene en était persuadée maintenant, s'il lui avait menti pendant si longtemps, ce n'était pas sans raison.

Quant à elle, elle était revenue pour une bonne raison. Être utile et arrêter Jedusor.

-Je m'occupe des civils. Hugo, tu couvres Maugrey pendant qu'il joue au héros suicidaire, décida-t-elle en se relevant.

Maugrey fronça les sourcils.

-Est-ce que ça ira ? Tu n'es plus sous le choc ? s'inquiéta le français.

Marlene avait honte d'avoir craqué plus tôt. Mais plusieurs vies étaient en jeu, elle n'avait plus le droit à l'erreur.

-Ne t'en fais pas pour moi, je ne suis pas aussi fragile que j'en ai l'air.

Sans leur laisser le temps de protester, elle se leva pour courir à l'opposé de l'endroit où se trouvait Jedusor. Elle agita les bras et se servit d'un sonorus pour parler aux civils. Elle leur demander de venir vers elle pour éviter que la panique ne continue de jouer en faveur du psychomage. D'ailleurs, au loin, elle vit Jedusor reprendre progressivement son apparence.

Maugrey se mit alors à l'attaquer et un duel acharné débuta. Plus loin, Hugo se chargeait de soutenir défensivement son ami ainsi que de protéger les civils des sorts perdus et des projectiles.

-Dépêchez-vous ! cria la sorcière aux gens apeurés.

Elle le savait, tant que la rue serait bondée, Maugrey et Hugo ne pourraient pas déployer toute leur puissance, contrairement à Jedusor.

Courant pour aider et soutenir les dernières personnes présentes dans la rue, Marlene n'entendait plus qu'en bruit de fond la confrontation. Si bien qu'elle fut surprise lorsqu'un énorme sort explosa non loin d'elle. Elle et d'autres personnes furent projetées dans les airs. Elle se cogna la tête et sentit un liquide poisseux couler sur son front. Elle tenta de se redresser, mais elle était trop sonnée. Dans le ciel, un éclair apparut, laissant apercevoir des mouvements étranges. Les Aurors descendaient du ciel, prêts à prendre le relais.

Ils avaient réussi, ils avaient tenu. Les Aurors étaient là et Jedusor allait enfin être arrêté.

xXx

Hugo avait encore la gorge un peu irritée à cause de toute la poussière qui flottait dans l'air suite à l'affrontement. À l'arrivée des renforts, Jedusor avait été très vite arrêté. Il avait été trop compliqué pour lui de lutter contre six personnes en même temps. Il avait heureusement pu être attrapé vivant.

Cette histoire qui avait débuté voilà des mois connaissait enfin sa conclusion. Hugo balada son regard sur la rue partiellement détruite par les différents sorts. Jedusor avait été emmené par des Aurors mais le calme n'était pas pour autant revenu dans la ville. Il y avait des blessés par dizaine, voire peut-être des morts. L'hôtel où avait séjourné le psychomage s'était effondré et un début d'incendie avait commencé dans le salon de coiffure qui faisait l'angle. Heureusement, il avait vite été maîtrisé. Dawlish et son équipe avaient appelé des renforts ainsi que plusieurs équipes médicales pour gérer les suites de l'affrontement.

Le fait que l'incident se soit passé dans une ville moldu compliquait les choses. Une petite équipe du ministère avait rassemblé tous les civils et se hâtait d'effacer leurs mémoires. Ce n'était pas plus mal. Il valait mieux qu'ils oublient ce qu'ils avaient vécu aujourd'hui.

Hugo lui-même était encore un peu secoué. S'il avait pu être efficace un peu plus tôt, il commençait à ressentir le contre coup de l'attaque.

-Est-ce que ça va ? vint lui demander une secouriste.

Hugo se regarda rapidement. Il ne ressentait aucune douleur particulière. A part ses vêtements sales, il n'avait rien. Aucun sort ne l'avait touché. Contrairement à Maugrey, il n'avait pas été en première ligne et avait assuré un simple rôle de soutien.

-Non, tout va bien.

La secouriste acquiesça avant de rapidement passer son chemin. En voyant l'effervescence et l'agitation autour de lui, le français se sentit assez inutile. Maugrey était en train d'être soigné dans l'une des tentes installées par l'équipe médicale et Marlene avait été évacuée.

Après avoir eu l'impression de tourner trois fois en rond, l'explorateur repéra Dawlish.

-Qu'est-ce que je peux faire ? demanda-t-il.

L'Auror le regarda un instant avant de sourire brièvement.

-Maugrey m'a raconté ce que tu as fait, bien joué !

Hugo se gratta la tête, gêné. Il n'avait pas l'impression d'avoir fait quoi que ce soit qui méritait qu'on le congratule.

-Je n'ai pas fait grand-chose…

-Bien sûr que si. Tu es un civil et ce n'est pas ton pays, pas vraiment ton combat et encore moins ton rôle. Tu as pris de gros risques et tu as sauvé beaucoup de vies. Nous n'avons pas encore commencé à identifier les victimes, mais ce qui est sûr, c'est que le bilan aurait pu être plus lourd encore sans ton intervention. Maugrey et toi faites bien la paire !

-Combien… Combien ont perdu la vie à cause de l'attaque ? demanda Hugo, mal à l'aise.

L'Auror hésita, mais vit le besoin de savoir dans le regard du français.

-Cinq. Mais je le répète, le bilan aurait pu être bien plus lourd sans toi.

Hugo acquiesça. Il savait que Dawlish avait sans doute raison, mais en voyant la manière dont cela s'était terminé, il se demanda si l'arrestation de Jedusor valait la vie de ces 5 personnes. S'ils n'étaient pas intervenus, jamais Jedusor ne se serait senti acculé et n'aurait semé le chaos pour espérer s'enfuir.

-Rentre te reposer, tu ne peux plus rien faire de toute façon. Nos équipes vont se charger de la suite. C'est quand même un sacré bazar, soupira ensuite l'Auror. Le plus important est de faire vite pour éviter que l'information ne se propage.

-Je comprends.

Hugo fit demi-tour et tenta de ne pas se retourner pour une fois de plus regarder la rue détruite. Il aurait aimé que les choses se terminent autrement. Qu'allait bien pouvoir dire Tom Jedusor pour justifier le carnage commis, dans une ville moldue qui plus est ?

Mais au fond, peu importe ce qu'il dirait, rien ne pourrait justifier ce qu'il avait fait, que ce soit à Poudlard, à Remus Lupin ou même à ces moldus.

S'ils l'avaient laissé partir, Jedusor aurait probablement fait plus de mal encore. Voilà comment il devait penser. Hugo n'était responsable de rien, il n'était pas celui qui avait tué tous ces gens.

En passant à côté de la tente mortuaire, Hugo s'arrêta un instant et eut une pensée émue pour les victimes. Au moment où il allait reprendre son chemin, on emmena deux victimes pour l'identification. Des draps les recouvraient entièrement pour les cacher à la vue des autres mais ils commençaient déjà à se couvrir de rouge. Ne voulant pas en voir plus, Hugo quitta les lieux.

xXx

James observa Regulus et Sirius attraper leurs couverts, dans l'ombre de l'encadrement de la porte. Sirius remarqua son manège et lui lança un regard étonné.

-Mais qu'est-ce que tu fais ? On a commencé à manger sans toi !

-Hum, oui je sais, je devais terminer un truc pour mon magazine.

Regulus releva le regard sur lui avant de débarrasser sa place, ayant déjà fini de manger. Il passa à côté de James sans rien dire et s'empressa ensuite de remonter dans sa chambre pour aller lire.

-Il ne me parle toujours pas, constata James.

-De quoi ?

James vint s'asseoir à côté de lui.

-Regulus, il ne me parle plus.

-Qu'est-ce que tu racontes encore ? Il t'a dit bonjour ce matin et tu as demandé si tu avais vu son t-shirt gris il y a deux heures. Enfin, il t'a probablement aussi dit autre chose, mais je n'étais peut-être pas là.

-Ce n'est pas… Enfin, j'ai l'impression qu'il ne supporte plus de me voir. Je me sens tellement coupable que je n'arrive même pas à me montrer devant lui…

-Arrête de psychoter, on dirait moi avec Remus ! Il a dit qu'il ne voulait pas que ça se termine entre vous, non ? Laisse-lui juste du temps.

-Non, tu ne comprends pas, Sirius. C'est fini. Il n'ose juste pas me le dire. C'est plus pareil, il n'ose pas me briser le cœur, c'est tout...

James se souvenait de la manière dont il s'était senti après sa rupture avec Lily. Avec la rousse, il n'avait rien vu venir. Il s'était tellement projeté avec elle pour finalement voir tous ses rêves se briser. Le brun ne voulait pas revivre la même chose et se préparer à avoir le cœur brisé limiterait peut-être la douleur. Ce ne serait pas bon ni pour lui ni pour Regulus de faire traîner les choses.

-Si j'ai fini par comprendre un truc avec mon frère, c'est qu'il est totalement inutile de présumer de ses sentiments. Arrête de te prendre la tête et continue à être là pour lui. Tu as fait une erreur, ça arrive, surtout que ça partait d'une bonne intention. Enfin bon, vu ma propre situation, je ne devrais peut-être pas te donner de conseils !

-Exactement, tu me donnes de faux espoirs. Quand est-ce que tu vas voir Remus ? Il me manque ! soupira encore James.

-Parfois, tu me fatigues, James, marmonna son meilleur ami.

Le propriétaire d'Harry sourit. Il savait que son ami l'adorait quand même. Il se leva de table pour aller se préparer une assiette. Il avait beaucoup travaillé sur le contenu du 3e numéro de Harry et avait envie de se vider la tête. Si Sirius était d'accord, ils pourraient sortir. Bien entendu, Regulus pourrait venir mais James laisserait son ami le lui proposer. Il avait peur que si l'idée venait de lui, le Serpentard refuse.

On sonna à la porte et pendant un instant, l'ancien Gryffondor se demanda qui pouvait bien déranger d'honnêtes gens à cette heure-là. Et puis, il se rappela qu'il n'était pas encore tout à fait 20h et qu'à part les poules, personne ne dormait. Curieux, il délaissa son assiette et alla voir qui était leur visiteur. Sirius avait déjà ouvert. En arrivant dans l'entrée, il vit un homme et une femme. Des Aurors. Il s'approcha et Sirius se tourna vers lui. Il avait le visage blême et semblait sur le point de s'effondrer.

-Qu'est-ce qui se passe ?

Il regarda les deux agents, soudain stressé.

-On est innocent !

Il se demandait si quelqu'un avait fini par découvrir qu'il était un loup-garou et l'avait dénoncé. Dans ce cas, il devait tout nier. S'ils n'avaient pas de preuves, ils ne pouvaient rien contre lui. Il était aussi en droit de refuser la prise de sang sans injonction du juge et...

-Monsieur Potter, c'est ça ? demanda la femme, interrompant par la même occasion ses pensées.

Il acquiesça.

-Je suis l'agent Kasie et voici mon collègue, Jason. Nous sommes venus vous annoncer une terrible nouvelle.

-Oh, je ne suis accusé de rien ?

-James, c'est à propos de tes parents, souffla Sirius.

James vit quelque chose dans le regard de son meilleur ami qui l'inquiéta.

-Qu'est-ce qui se passe ?

-Il y a eu une attaque à Londres cette après-midi. Un sorcier recherché par le bureau des Aurors a tenté de fuir. Un affrontement a éclaté en pleine rue et des civils ont été tués. Nous sommes au regret de vous annoncer que vos parents faisaient partie des victimes. Nous vous présentons toutes nos condoléances, monsieur Potter..

James cligna des yeux.

-Pardon ?

L'agent Jason hésita à répéter, ignorant s'il avait mal entendu ou si James accusait simplement le coup.

-Qu'est-ce qu'il se passe ? demanda Regulus qui venait de les rejoindre.

James lui jeta un coup d'œil, ouvrit la bouche pour répéter ce qu'on venait de lui dire, mais il n'y arriva pas. Il ne pouvait pas le croire. Il ne comprenait plus rien. Ses parents étaient partis depuis plusieurs jours pour vivre les meilleures vacances de leur vie, se retrouver. Et là, on lui disait qu'ils étaient morts ?

-C'est vrai ? Enfin je veux dire, il n'y a pas d'erreur possible ?

Il les supplia presque du regard.

-Il n'y a pas d'erreur possible, ils ont été formellement identifiés. Je suis désolé.

James ne sut pas quoi dire.

Il ne pouvait pas y croire...