Résumé du chapitre précédent :

Très vite après l'arrestation de Jedusor, la nouvelle de la mort des Potter et des méfaits commis par le psychomage fait le tour de Grande-Bretagne. James qui est anéanti par la disparition de ses parents, sombres. Regulus et Sirius désespèrent de ne pas pouvoir l'aider. Ils peuvent simplement le regarder se détruire, sans arriver à trouver les mots justes. C'est d'autant plus dur qu'eux même doivent se préparer à affronter un évènement très important. Le procès contre leurs parents qui fait déjà couler beaucoup d'encre.

Heureusement Sirius trouve une aide bienvenue auprès de sa psy. Au fur et à mesure des séances Sirius se sent plus à l'aise et ne regrette pas son choix d'enfin se faire aider et de parler à une professionnelle. Les frères Black ne sont pas les seuls à ne pas savoir comment réagir face à la situation que de leur ami. Remus et Lily sont tout autant démunis. Cependant, Lily bien décidée à ne pas le laisser se renfermer, décide avec l'appui de Severus et l'aide de Sirius, d'organiser une soirée entre amis fait pour souder leur lien et montrer leur soutient à James. Lily est d'autant plus motivé qu'elle connaissait bien les Potter et qu'elle a à cœur de rendre la pareille à James qui avait été si présent pour elle après l'attaque et lorsqu'elle avait dû faire face à sa situation. Aujourd'hui elle va mieux et a d'ailleurs pris la décision de se faire opérer une fois de plus. Mais cette fois avec la méthode bénéficiant du taux de réussite le plus élevé.

Le soir de la fameuse réunion entre amis, James qui avait été prévenu à l'avance tente d'y mettre du sien. Après une discussion franche avec son meilleur ami, il tente de ne pas rejeter ses amis et surtout de se le mettre à dos. Mais il a du mal à se mettre dans l'ambiance, à parler et même à accepter les témoignages de soutien et d'amour de ceux-ci. Il est anéanti et à l'impression que personne ne peut le comprendre. C'est finalement Frank qui l'aidera à ouvrir les yeux et à ne pas rester focaliser que sur la colère et la tristesse.

Plus tard dans la soirée, il discutera avec Regulus et s'excusera d'avoir été si dur avec lui. Le couple finira par se réconcilier, donnant l'élan à James de faire un pas supplémentaire envers tous ses amis et la force nécessaire pour faire face à la prochaine étape. L'enterrement.


Chapitre 62 :

Le procès partie 1

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Maugrey se tenait à l'écart des autres, mal à l'aise. L'enterrement des Potter avait rassemblé un grand nombre de personnes. Dix jours après leur mort, ils étaient enfin enterrés. Maugrey s'y était attendu, mais assister à la tristesse d'un enfant qui perdait ses parents ravivait ses blessures. Lors de l'enterrement de ses propres parents, il y avait eu très peu de personnes venues faire leurs adieux. Il y avait eu la famille bien sûr, mais une petite partie seulement. Ses parents s'étaient brouillés avec nombre de leurs proches qui n'avaient pas accepté leur profession, les traitant d'irresponsables pour avoir choisi un métier si dangereux alors qu'ils avaient un enfant.

La majorité des gens présents ce jour-là avait été des collègues qui avaient pleuré autant que lui leur disparition. Encore aujourd'hui, les anciens collègues de ses parents ne les avaient pas oubliés. Le reste des personnes avait été des amis que les parents de l'Auror avaient gardés de Poudlard.

A l'inverse, les Potter étaient importants et connus de tous, surtout à Godric's Hollow. Ils resteraient probablement à tout jamais dans le cœur des habitants du village, mais pas seulement. Que des gens aussi formidables soient partis comme ça… C'était dur à avaler pour le châtain. Il se sentait en partie responsable. L'arrestation de Jedusor n'aurait pas dû se passer ainsi. Lorsque Jedusor avait attaqué, le duo avait choisi de se protéger et de répliquer pour éviter d'être blessé ou à nouveau attaqué. Mais avec le recul, Maugrey se demandait s'ils avaient fait le bon choix. En tant qu'Auror, la responsabilité lui revenait. Il aurait dû garder son calme et se protéger puis laisser l'individu fuir et le suivre jusqu'à l'arrivée des renforts. Mais en faisant ce choix, il aurait laissé à Jedusor la possibilité de leur échapper.

Celui-ci avait déjà prévu de fuir et Maugrey avait eu la certitude que s'il le laissait quitter la rue, il ne le reverrait plus jamais. Jedusor aurait fui, peut-être même dans un autre pays, et n'aurait jamais payé pour ses crimes. Aujourd'hui, il dormait en prison dans l'attente de son procès, mais ce résultat avait été obtenu au détriment de nombreuses vies. En plus des Potter, trois autres civils moldus étaient morts. Seule consolation, la cacophonie qu'avait créé les attaques de Jedusor et les retombées avaient pu être maitrisé par la filière chargée du secret magique.

Maugrey avait du mal à dire si la conclusion de cette longue enquête était positive. D'un côté, lorsque l'agent pensait aux victimes de Poudlard qui obtiendraient enfin justice, il se disait qu'il avait effectué son travail et que ces pauvres âmes pouvaient à présent reposer en paix. Mais de l'autre, pensait-il ainsi pour ne pas se sentir coupable des pertes liées à l'arrestation ? Probablement en partie.

-Je n'aurais pas dû venir, souffla Marlene.

Maugrey lui jeta un coup d'œil. La sorcière était habillée tout de noir, un immense chapeau sur la tête qui masquait une partie de son visage.

-Si tu n'étais pas venue, tu l'aurais regretté.

Il balada son regard sur la foule qui avait fini de prendre place. Au premier rang, les amis de la jeune femme étaient aussi là.

-Tu devrais aller jusqu'au bout de ta démarche et aller les voir.

Marlene se mordilla les lèvres, indécise.

-Je ne pense pas que ce soit le bon moment.

-Justement, la contra-t-il. Ça fera du bien à James Potter d'avoir au moins une bonne nouvelle dans la journée. Et puis, ton rôle dans l'évasion des prisonniers n'a pas été rendu public. La seule chose pour laquelle tes amis pourraient t'en vouloir, c'est d'être partie sans explications.

Maugrey savait que les Maraudeurs, Remus et Regulus connaissaient la vérité, mais il ne les imaginait pas aborder le sujet aujourd'hui.

Au fond, l'Auror savait que la sorcière avait déjà pris sa décision, elle avait simplement besoin d'être poussée. Comme il était d'humeur un peu sentimentale, Maugrey avait joué sans trop rechigner ce rôle. Il la regarda encore quelques secondes se poser mille questions, soupirer, puis enfin aller de l'avant. Le châtain trouvait tous ses tourments bien inutiles, mais le principal était que la sorcière avait enfin décidé d'agir.

Quelques minutes plus tard, la cérémonie débuta.

Le lieu était magnifique. Ils se trouvaient dans le village où les Potter avaient toujours vécu, non loin du lac. Tout était bien organisé. Maugrey entendit des gens pleurer à plusieurs reprises et James ne fit pas de discours. Il s'était montré plutôt discret depuis le début. Contrairement à ce que l'agent avait imaginé, l'enterrement fut assez rapide. À la fin, les proches et amis de la famille étaient invités à venir transmettre leurs condoléances à l'enfant de Fleamont et Euphémia. Il y eut une longue queue et Maugrey hésita à faire de même pour transmettre à James des mots qu'il avait déjà dû entendre cent fois. Pour l'avoir déjà vécu, l'Auror savait que même si cela partait d'une bonne intention, c'était rarement réconfortant pour la personne qui pleurait sa famille disparue.

Incapable d'aller parler à James pour l'instant, Maugrey resta dans son coin, observant la suite. Peut-être n'aurait-il pas dû venir. Il l'avait fait plus par devoir que par compassion envers l'héritier.

Marlene parlait à présent avec ses anciens camarades et si Maugrey était incapable d'entendre le sujet de conversation, il supposait que ça ne se passait pas si mal car certains d'entre eux souriaient. Hugo était arrivé en retard et s'entretenait avec les frères Black. Des professeurs de Poudlard étaient là, des employés de l'entreprise de Fleamont aussi et tant de gens encore. Le châtain avait l'impression que tout le village était présent. Cela lui donnait l'impression d'étouffer.

Ce n'était pas la première fois qu'il assistait à un enterrement dans le cadre de son travail. Il s'était rendu à ceux de collègues notamment et voir la souffrance de la famille était toujours très dur. Si celui-ci était différent, c'était bien parce que Maugrey pensait avoir une part de responsabilité dans la mort de Fleamont et Euphémia. En y pensant, peut-être que James ne voudrait pas le voir. Depuis la mort des Potter, Maugrey n'était pas venu le voir et avait à peine pris de ses nouvelles, se tenant à distance de sa souffrance et de ce qu'elle lui renverrait.

Il allait partir. Maugrey n'avait pas l'intention de prévenir Marlene. C'était une grande fille, elle pourrait rentrer par ses propres moyens. Que ce soit chez lui, ou en France auprès de sa famille. Alors qu'il s'apprêtait à s'éclipser, l'agent vit James s'éloigner, probablement pour prendre l'air loin de cette atmosphère si particulière. Prenant son courage à deux mains, il se dirigea finalement vers lui. C'était une belle occasion de lui parler.

-Auror Maugrey ? s'étonna James en le voyant approcher. Je ne savais pas que vous étiez là.

-Je doute qu'il y ait une seule personne qui ne soit pas présente aujourd'hui, marmonna l'Auror en retour.

James avait l'air triste, un peu fatigué, mais son regard n'était pas éteint. Il souffrait visiblement énormément et semblait se battre pour faire bonne figure. Néanmoins, il semblait sur la bonne voie. Il acceptait probablement la nouvelle et était prêt à dire au revoir à ses parents, à avancer sans eux. Si l'enterrement n'avait lieu qu'aujourd'hui, c'était sans doute parce que James avait eu besoin de temps avant de se plonger dans l'organisation.

-Tu as déjà dû entendre des phrases de condoléances toutes faites depuis un moment maintenant alors je me contenterais de te dire que je suis désolé, soupira Maugrey. C'est une grande perte, j'aurais aimé éviter ça.

James se tourna vers lui, fronçant les sourcils, et pendant un instant, différents sentiments se mélangèrent en lui. C'était l'heure de vérité. L'Auror allait savoir si l'ancien Gryffondor lui tenait rancune pour ce qui s'était passé. Si c'était le cas, il aurait raison. Le bureau était responsable, ils auraient dû garantir la sécurité des citoyens présents le jour de l'arrestation.

-J'ai également perdu mes parents lorsque j'étais plus jeune, ils sont morts durant l'une de leur mission, ajouta-t-il sans réfléchir.

-Je…je ne savais pas, bredouilla James.

-J'y pense souvent.

Maugrey prit ensuite une grande inspiration comme pour ordonner ses idées.

-Le plus dur, c'est l'acceptation. Avancer en comprenant qu'ils ne seront plus là. Qu'il y a un monde après eux, que la vie continue. Sur ce point, tu es meilleur que moi. Je suis toujours bloqué à cette époque, à tenter en vain de trouver des réponses, d'obtenir justice.

-Vous vous trompez.

Maugrey haussa un sourcil. Il trouvait pourtant James si noble dans la manière dont il menait la cérémonie.

-Je fais semblant tout le temps, avoua l'ancien Gryffondor. Des fois, ça me fatigue alors pour ne pas laisser exploser ma rage ou ma tristesse, je m'isole. Je suis obligé d'aller de l'avant, quel autre choix ai-je ?

-Ça fait quelques jours à peine, ce que tu ressens est normal. Avec le temps, ça ira mieux.

-Est-ce que c'est aussi simple ? Ça n'a pas été le cas pour vous, lui fit-il remarquer.

-Tu y arriveras, je le vois dans tes yeux. Nos situations sont différentes, James. Le meurtre de mes parents n'a jamais été résolu. Enfin, je devrais plutôt dire que le meurtrier n'a jamais été arrêté. Toi, tu as la certitude que Tom Jedusor ne s'en sortira pas. Tu as des réponses et plus que tout, tu es extrêmement bien soutenu. C'est souvent le plus important.

James baissa la tête et ses poings se serrèrent.

-Tu es sur la bonne voie, je le vois, insista Maugrey.

Ne sachant pas quoi ajouter d'autre et n'étant pas un grand bavard, il décida de réellement partir cette fois.

-Auror Maugrey, lança alors James. Je ne vous en veux pas. Toute cette situation m'énerve et mes parents me manquent terriblement, mais je sais que vous n'y êtes pour rien. Ni vous ni le bureau. Je n'ai pas de haine en moi. Merci d'être venu.

James se retourna et prit place non loin des deux cercueils fermés où les invités attendaient encore pour discuter avec lui. Soulagé par les mots de l'ancien Gryffondor, Maugrey rentra chez lui.

xXx

Deux jours s'étaient écoulés depuis l'enterrement et James n'avait toujours pas réussi à consulter le testament de ses parents. Les testaments magiques étaient assez spéciaux car ils permettaient de mettre en contact les défunts et les bénéficiaires du testament. Les défunts se présentaient sous forme d'hologrammes ou encore de spectres astraux. Pendant le temps qu'il leur était accordé pour transmettre leurs dernières volontés, on avait presque l'impression qu'ils étaient de nouveau là. Leurs consciences étaient enfermées dans une boite magique et au moment de l'ouverture, il était possible de converser avec eux comme s'ils n'étaient jamais partis.

James ne savait pas s'il était prêt.

Il avait progressé depuis l'annonce de leur mort, mais il était parfois tenté d'à nouveau se laisser aller, de se réfugier dans son lit et de boire pour oublier. Mais il ne voulait pas régresser, pas quand son comportement faisait tant de mal à ses amis. Il savait également que ce n'était pas ce qu'auraient voulu ses parents. Mais n'allait-il pas craquer en les voyant ? Peut-être aurait-il dû accepter la proposition de Sirius de l'accompagner durant ce moment.

James, la boite toujours dans les mains, s'avachit un peu plus sur le fauteuil préféré de son père. Non, c'était quelque chose qu'il voulait vivre seul. Il désirait avoir une conversation à cœur ouvert avec ses parents. De plus, son ami était déjà occupé aujourd'hui. Avec Regulus, ils voyaient leur avocat. Le début du procès approchait…

-Allez, vas-y, s'encouragea-t-il.

Combien de fois avait-il déjà tenté de passer le cap sans y parvenir ? Si l'enterrement avait été supportable, ce qu'il s'apprêtait à faire ne représentait pas la même difficulté.

Sans réfléchir et avant de le regretter, James actionna le mécanisme de la boite puis la posa par terre. Quelques secondes s'écoulèrent avant que Fleamont et Euphémia n'apparaissent dans le salon. James les observa, fébrile. Ses parents posaient sur lui un regard bienveillant, puis Euphémia esquissa un sourire.

-Alors nous sommes morts, souffla-t-elle.

Les larmes coulèrent sur les joues de James et alors qu'il ne pouvait contrôler ses sanglots, ses parents s'approchèrent pour l'enlacer. Ils le laissèrent pleurer de tout son saoul, déverser sa tristesse jusqu'à ce qu'il se calme.

-Je vous avais dit de ne pas parler de votre départ, c'était sûr que ça allait nous porter malheur ! leur reprocha-t-il finalement.

Fleamont ne put s'empêcher de rire.

-Tu as peut-être raison, mais il ne faut pas que tu sois triste. Tout le monde finit par mourir, mon garçon. Une fois que tu l'as accepté, partir devient moins effrayant.

Son père passa un bras autour des épaules de sa femme qui esquissa un sourire.

-De plus, il est normal pour des parents de partir avant leur enfant. Je ne pense pas que j'aurais supporté de te perdre, mon grand.

James, les yeux rouges et le nez qui coulait encore un peu, releva la tête pour fixer ses parents. Ceux-ci étaient debout devant lui. Il pouvait sentir leurs odeurs, leurs voix étaient identiques, mais surtout, il avait pu réellement ressentir leur chaleur lorsqu'ils s'étaient étreints plus tôt.

-Parce que j'ai l'air de bien le vivre moi ?

Son père lui tapota la tête.

-Je sais que tu arriveras à surpasser cette épreuve. Tu es un homme extraordinaire, mon fils, tu n'en as pas conscience, c'est tout. La vie continue et a encore tant de choses à t'offrir, tu as encore tant à faire.

-Ton père a raison, mon chéri. Nous sommes déjà tellement fiers de toi et avons hâte d'observer de là-haut tout ce que tu comptes nous inventer encore.

Euphémia esquissa un autre sourire.

-Je dois avouer que je n'étais vraiment pas contente que tu te lances dans la création de ton magazine. Le sujet me mettait mal à l'aise et je pensais surtout que c'était de l'ordre du privé.

Elle soupira.

-Mais il n'y avait pas que ça. Je pense qu'il y avait une petite part de honte, avoua-t-elle.

James écarquilla les yeux, surpris. Il ne l'aurait jamais pensé.

-Je ne me voyais pas en parler à mes amis, ni même lire que tu prodiguais des conseils aux gens pour atteindre seul l'orgasme, continua-t-elle en secouant la tête.

Même en le disant, elle semblait mal à l'aise, et James voulut lui dire que ce n'était pas lui qui s'occupait de cette rubrique mais sa mère reprit la parole.

-Je désirais aussi autre chose pour toi, que tu fasses un métier que je considérais plus noble, à la hauteur de ton talent.

-Hum, j'étais dans le même cas, admit son père. Même si je ne le disais pas, j'espérais qu'un jour, tu manifestes le désir de travailler avec moi dans mon entreprise. Pour qu'un jour, je puisse te la léguer.

James ne savait que dire. C'était vrai qu'il n'en avait fait qu'à sa tête en créant Harry, mais c'était ce que lui désirait.

-Nous te présentons nos excuses, nous aurions dû plus t'écouter et accepter d'en parler sincèrement avec toi, reprit alors Euphémia.

-Maman…

-Cependant, tu ne dois pas douter d'une chose, James, reprit son père. Nous sommes aujourd'hui très heureux que tu sois allé au bout de tes idées. Il était difficile pour des gens de la vieille école comme nous d'accepter ta démarche. Ça nous a donné un sacré coup de vieux ! Il faut dire qu'à notre époque, si on voulait faire la cour à une femme, il fallait avoir l'accord des parents. Il n'était pas non plus question d'avoir de relation avant le mariage.

Euphémia gloussa, se rappelant sans doute leur propre jeunesse. James quant à lui n'arrivait pas à y croire. C'était si dépassé ! Ses parents s'étaient crus en 1830 ou quoi ? L'ancien Gryffondor n'osa tout de même pas leur faire part de son commentaire. Il comprenait qu'il s'agissait effectivement d'une autre époque.

-Au fil du temps, nous avons pu avoir une idée plus précise de ce que tu accomplissais à travers ta création, continua Fleamont. L'équipe qui travaille avec toi est animée de la même passion, et ça fait plaisir à voir. Nous avons dû reconnaître que ce magazine était d'utilité publique. Nous ne t'avons jamais vraiment dispensé de cours d'éducation sexuelle, comptant lâchement sur l'école. On t'avait bien élevé et tu étais si adorable, on se disait que tout irait bien et que c'était à toi de faire tes propres découvertes…

-Hum, eh bien, c'est un peu comme ça que ça a marché, admit James.

Les Potter échangèrent un regard, puis Euphémia prit la responsabilité d'aborder le prochain sujet.

-James, mon garçon.

Le Maraudeur connaissait bien sa mère et savait que lorsqu'elle adoptait ce ton-là, ce n'était jamais de bon augure pour lui.

-Ton père et moi ignorons pourquoi tu as tenu à nous le cacher si longtemps…

-Ou si tu n'arrivais tout simplement pas à nous le dire, intervint Fleamont.

-Oui, rectifia sa mère. Mais nous savons depuis longtemps que le petit Regulus et toi vous vous aimez.

James en fut si choqué que son premier réflexe fût de se lever pour fuir. Mais fuir où et pour quoi faire ? Se rendant compte qu'il était ridicule, il se réinstalla.

-Je me sens incroyablement stupide, confessa-t-il après un moment.

-Il n'y a pas de raison, voyons ! le rassura sa mère.

-Nous aimons beaucoup Regulus. Il est vrai que nous le connaissons peu, mais c'est un jeune homme intègre avec des valeurs et il est très attachant, approuva son père.

-De plus, il a une bonne influence sur toi et est très mature. Il est aussi très charmant !

-Mon cœur, se mit à rire Fleamont.

-Pardon, s'amusa Euphémia.

-Comment ? Comment avez-vous su ? souffla James.

Son père croisa les bras avant de se plonger dans une intense réflexion.

-Nous ne l'avons su que très récemment. Nous nous doutions depuis le début que Regulus éprouvait des sentiments à ton égard par contre.

James n'en revenait pas. Et dire qu'il lui avait fallu des mois pour avoir ne serait-ce que des soupçons à ce sujet !

-Il te regardait beaucoup, mon garçon, confessa Fleamont. Il n'osait pas te parler, encore davantage qu'à nous, et semblait s'acharner à ne jamais trop se laisser aller en ta présence.

-Mais surtout, il était évident qu'il n'appréciait pas vraiment Lily alors que c'est une charmante personne.

James devait reconnaître que ses parents avaient raison.

-Après ta rupture avec Lily, tu avais changé mais nous savions que ce n'était pas seulement pour cette raison, explicita sa mère. Ton attitude et ta façon d'interagir avec Regulus étaient différentes. Tu semblais plus sensible, plus soucieux de ce qu'il ressentait. Mon garçon, tu étais beaucoup avec lui, plus qu'avec Sirius ! Tu te préoccupais de lui. Mais nous en avons eu la confirmation le jour où Remus est venu te parler de l'article, nous avons entendu une partie de la conversation. Tu l'aimes et c'est pourquoi tu as laissé la colère t'aveugler.

-Ah, soupira James. Je ne voulais pas vous le cacher. La vérité c'est que…

Il garda finalement le silence, incapable de continuer, et son père insista avec un sourire, lui affirmant qu'il pouvait être honnête avec eux. James secoua la tête.

-Je… Vous disiez tout le temps que j'étais votre miracle, à quel point vous m'aimiez et étiez fier…

-C'est toujours le cas.

-Je sais, papa. Mais je savais aussi que je vous causais beaucoup de soucis. Que ce soit à Poudlard ou avec mes expériences à la maison. Je sais que votre rêve était d'avoir une famille nombreuse, et moi aussi ça m'aurait plu d'avoir des cousins, des tantes et des oncles, des grands-parents et même des petites sœurs ou petits frères. Je me disais que comme nous n'avions rien de tout cela, j'aurais au moins pu vous offrir des petits enfants.

James baissa la tête, étrangement ému.

-Je savais que l'idée de ne jamais être grands-parents vous rendrait triste, mais que vous ne m'auriez rien dit…

-C'est ce que tu penses, James ? Tu n'auras jamais d'enfant ? s'étonna Euphémia.

James avait la gorge nouée, parler devenait difficile.

-Oui. J'aime Regulus, je l'aime vraiment beaucoup. Je ne commettrai pas l'erreur que j'ai faite avec Lily de laisser les choses s'envenimer sans que je me batte. Mais il n'y a pas que ça.

James ne voulait pas que ses parents pensent que son non-désir d'être parent venait essentiellement de Regulus.

-Je suis un électron libre, égoïste, qui ne peut vivre sans aventure. Je ne pense pas être capable de m'occuper d'un enfant quand j'ai parfois encore l'impression d'en être un ! À une époque, je pensais que c'était ce que je voulais, mais je pense que c'était surtout pour vous et aussi parce que c'était l'image que j'avais d'une famille heureuse. Des parents, des enfants, une maison et un travail qui permet de subvenir au besoin de sa famille. Mais je ne veux pas de cette vie normée, je veux continuer à être extravagant avec mon adorable ronchon qui sera là pour m'engueuler quand j'irai trop loin…

-Si c'est la vie que tu souhaites, ne te retiens pas, mon chéri. Vis-là à fond et sois heureux car c'est la seule chose qui nous importe vraiment, souffla alors sa mère.

James sentit les larmes revenir et il renifla bruyamment pour tenter de se canaliser. Il se leva et les embrassa pour les remercier de la patience dont ils faisaient preuve.

-Le temps presse, James, fit ensuite sa mère, elle aussi submergée par l'émotion.

-Oui, il est temps de te dire ce que nous te léguons.

James acquiesça. Il le savait bien. Après ça, ses parents disparaitraient et avec, tous ses regrets les concernant.

Même si ça n'avait pas été facile, il était heureux d'avoir pu vivre cette expérience pour la lecture du testament. Ses parents ne lui léguaient pas que du matériel, ils lui transmettaient également de l'amour, de la confiance en soi. Mais surtout, ils lui permettaient de leur dire au revoir convenablement. Alors en cet instant, il était heureux et ému de pouvoir les voir une dernière fois.

xXx

L'affaire Black contre Black n'était pas la première affaire de Maitre Simon. À 44 ans, il était expérimenté et avait gagné 80% de ses procès. Il était connu pour son panache et sa capacité à déstabiliser ses adversaires, à ne rien laisser passer. Néanmoins, c'était la première fois qu'il s'occupait d'une affaire d'une si grande importance. Si l'avocat avait réussi à obtenir des journalistes qu'ils ne harcèlent pas ses clients, lui avait plus de mal à les éviter. Il allait se battre contre les Black, ce n'était pas rien. S'il gagnait, sa carrière connaitrait une croissance fulgurante.

Même si l'affaire pouvait lui apporter du prestige, ce n'était pas pour cette raison qu'il avait choisi d'y travailler. Elle était bien payée, bien entendu, mais elle représentait surtout un défi incroyable. Il voulait être le premier à faire tomber Orion et Walburga Black. Il refusait qu'ils s'en sortent avec des chefs d'accusation aussi graves. Il avait la charge de l'accusation et il connaissait bien l'affaire. Des parents qui livraient leur enfant à un prédateur, qui les torturaient autant psychologiquement que physiquement ? Impossible que cela ne le mette pas dans une colère noire. Sans oublier le meurtre.

Simon travaillait sur l'affaire depuis des mois. Le bureau des Aurors était pour une fois très conciliant avec lui et lui transmettait sans rechigner les documents dont il avait besoin. Lui-même avait enquêté sur les agissements passés des Black et les relations douteuses qu'ils entretenaient aujourd'hui. Le match semblait gagné d'avance. Il ne voyait pas comment Orion et Walburga espéraient s'en sortir. Cependant, il ne fallait pas baisser sa garde et se persuader que ce serait une victoire facile. Walburga et Orion avaient pris le meilleur avocat du pays. Ils comptaient se battre et ne semblaient pas plus inquiets que ça.

On frappa à la porte de son bureau et l'avocat regarda sa montre. Il savait qui c'était.

-Oui.

Son assistante entra.

-Maitre Simon, Sirius Black et son frère Regulus Black sont arrivés.

-Faites-les entrer, je vous en prie.

Son assistante acquiesça puis referma la porte. La porte se rouvrit deux minutes plus tard et l'avocat se leva pour saluer les deux frères d'une franche poignée de main. Jusqu'à présent, il avait toujours eu à faire au cadet mais pour une fois, l'ainé aussi était présent. Il les invita à s'asseoir et sortit quelques fiches de son bureau.

-Le procès approche, comment vous sentez-vous ? demanda-t-il.

-Prêt, répondit Regulus.

Dans ses yeux, Maitre Simon lut une détermination sans faille. Cela n'avait rien d'étonnant. Le cadet se préparait à ce moment depuis longtemps. C'était un combat qu'il ne se voyait pas perdre. Quant à l'ainé, il avait le regard fuyant.

-Il est important que vous le sachiez mais nos chances de victoire sont très grandes, décida-t-il de continuer. Ce n'est pas de l'excès de confiance, c'est la vérité.

-Vraiment ? fit Sirius.

Il semblait avoir du mal à y croire et l'avocat acquiesça.

-Le passé de vos parents joue contre eux et les Aurors ont pu recueillir des preuves.

Les frères échangèrent un sourire.

-Néanmoins, reprit Maitre Simon. Les peines qui leur seront imposées pourraient être minimes ou encore considérées comme n'étant pas à la hauteur de leur méfait.

-C'est possible ? s'étonna Regulus.

-Cela dépend de ce qu'ils décideront de plaider, affirma-t-il. Des circonstances atténuantes, des accords qu'ils demanderont certainement à passer. Il est aussi possible que le juge n'aille pas aussi loin que les réquisitions.

Sirius semblait un peu perdu alors l'avocat décida de synthétiser.

-J'aimerais déjà vous rappeler comment le procès va se dérouler. Il y a plusieurs chefs d'accusation contre les Black alors le procès se déroulera sur deux semaines. La première semaine, ils seront jugés pour maltraitance. Le procès aura en fait lieu sur quatre jours, le premier jour étant davantage une journée pendant laquelle les différentes parties seront présentées, les accusations et les peines encourues évoquées et le règlement rappelé. Le jour suivant, vous devrez témoigner et répondre aux différentes questions. Le 3e jour, ce sera au tour de vos parents. Des preuves seront apportées pour appuyer les prises de parole. Le dernier jour sera le jour des témoins et des plaidoyers des deux partis. Le verdict sera donné le jour même. Le lundi suivant, la deuxième partie pourra débuter, celle qui traitera de l'accusation de meurtre. Celle-ci sera plus complexe et je ne vous cache pas, Sirius, que ce sera compliqué pour vous, sûrement très éprouvant. Vos parents ne peuvent pas se permettre de tomber pour le crime d'un moldu. Je ne sais pas ce qu'ils prépareront, mais il vous faudra avoir le cœur bien accroché et l'esprit clair.

-Je sais, j'essaie de m'y préparer.

-Si ça peut vous rassurer, avec le bureau, nous avons décidé d'axer l'accusation sur le meurtre pour espérer leur faire écoper du maximum. Je pense qu'il est plus judicieux de se concentrer sur le meurtre et d'amener la non-assistance à personne en danger et préméditation en tant que circonstances aggravantes. Peut-être n'aurons-nous même pas à parler de ce que vous avez subi. Vous pourriez ainsi rester en retrait et être moins exposé. De ce fait, ce sera le ministère et le bureau qui seront en première ligne.

-Est-ce que ça va marcher ? voulut savoir Regulus.

-On peut essayer. Je doute que vos parents plaident coupables alors nous aurons une plus grande marge de manœuvre en nous concentrant sur le meurtre. Cela ne veut pas dire que nous minimisons ce qu-

-Ça me va, l'arrêta Sirius. En toute sincérité, je n'ai pas envie d'entendre ou même de parler de ce que ce monstre me faisait devant des gens.

-Très bien. Je suis en train de dresser la liste des témoins qui pourraient comparaitre à la barre et qui seraient essentiels pour notre cause. Avez-vous des idées, des noms à me suggérer ?

-À part notre cousine Androméda, je ne vois pas, répondit Regulus, frustré.

-Si, intervint Sirius. Narcissa peut-être. Elle ne nous a jamais défendus, mais je ne pense pas que la situation l'amusait. Elle a assisté à beaucoup de mes punitions.

-C'est une bonne chose, elle ne pourra pas mentir lors du procès.

Maitre Simon prit son nom complet et ses coordonnées.

-Si vous avez d'autres idées, n'oubliez pas de m'en faire part.

Ils continuèrent ensuite à discuter des peines encourues par Orion et Walburga. Les frères Black apprirent donc que la prison à perpétuité était la peine la plus probable plutôt que le baiser du détraqueur. Néanmoins, comme l'avait rappelé Maitre Simon au début de leur entrevue, la peine pouvait être moins grande et se voir transformée en une dizaine d'années d'enfermement seulement.

xXx

Le procès approchait et si Regulus s'acharnait à montrer de l'assurance, il lui arrivait également de stresser, d'avoir peur. Cela devenait de plus en plus concret. La veille, Maitre Simon avait établi avec Sirius et lui la stratégie qu'ils allaient aborder. Regulus se pensait capable de faire face à Orion et Walburga mais le jour J, devant tous ces gens venus regarder la déchéance des Black, est-ce que ce serait aussi simple ?

Le Serpentard ne voulait montrer aucune hésitation, aucune faille à ce sujet. Il voulait que son grand frère puisse se reposer sur lui au besoin et il savait que Sirius ne l'envisagerait même pas s'il le voyait déjà à la peine. Regulus prit une grande inspiration et se leva de son bureau pour observer le paysage depuis sa fenêtre. Au même moment, on frappa à sa porte et quelques secondes plus tard, James entra.

Regulus resta muet et l'observa, essayant de décrypter son expression. James et lui s'étaient réconciliés et son petit-ami semblait allait mieux de jour en jour. Pourtant, Regulus avait du mal à aller vers lui alors qu'il en mourait d'envie. Il préférait attendre que le maraudeur fasse le premier pas. C'était une façon d'aller à son rythme. Regulus savait que James avait parfois besoin d'être seul.

James le rejoignit et l'étreignit, empêchant Regulus de lui faire face. Ils restèrent ainsi quelques secondes avant que le plus âgé ne soupire. Regulus sentait qu'il avait quelque chose à lui dire. Soudain, il sentit les lèvres de James se déposer sur sa nuque avec douceur.

-Comment ça va ? lui demanda-t-il.

-B-bien, bredouilla le Serpentard, les joues rouges.

Il se sentait ridicule. Il avait l'impression d'agir comme si James et lui s'étaient mis en couple la veille et qu'il était inexpérimenté et attendait avec impatience le moindre geste de son amoureux...

-J'ai enfin consulté le testament de mes parents, lui apprit James.

Regulus n'était pas surpris. Son petit-ami l'avait prévenu avant de sauter le pas. James était tendu, il pensait encore à ce qu'il s'était passé. Il ressassait beaucoup et se confiait peu, mais au moins ne repoussait-il plus personne. Regulus ne savait pas toujours comment agir avec lui. Il y avait une certaine distance dans leur couple qui n'était pas dû qu'à l'article publié dans le magazine Harry. Mais Regulus avait confiance, il voulait y croire. Avec le temps, ils retrouveraient leur complicité.

-Comment c'était de les revoir ?

Le moyen de transmission qu'avaient choisi les Potter était devenu populaire il y a peu. Avant, les gens choisissaient de communiquer leurs dernières volontés par écrit ou via une pensine.

-C'était perturbant, je craignais que ça me fasse plus de mal que de bien.

Regulus pouvait le comprendre. Revoir ses parents de cette manière alors qu'il tentait encore d'accepter leur mort pouvait être très troublant. Cela donnait aussi pendant un instant l'illusion qu'ils étaient encore là avant de réaliser qu'ils devaient de nouveau repartir…

-Les Potter étaient des gens bien, je regrette de ne pas les avoir suffisamment remerciés pour ce qu'ils ont fait pour moi, avoua Regulus. Ils étaient tout le temps gentils alors que moi, j'étais juste ingrat…

-Ce n'est pas vrai.

Regulus se détacha de lui avant de lui faire face.

-Si, c'est vrai. Je crois que j'étais ainsi parce que je craignais de m'attacher à eux, de les considérer comme des membres de ma famille et d'apprendre que ce n'était pas réciproque. Je me posais constamment des questions. Parfois, je n'étais pas sûr de les aimer vraiment mais de me comporter comme je le faisais simplement parce qu'ils m'offraient ce que je n'avais jamais connu : la chance de grandir dans un foyer aimant.

James lui tira les joues et Regulus grimaça.

-Mes parents t'aimaient beaucoup, ils me l'ont redit d'ailleurs. Et puis, ils comptent sur toi pour prendre soin de moi étant donné que je ne sais rien faire de mes dix doigts à part des trucs complètement dangereux !

Il rigola et Regulus se permit de rire à son tour, complètement d'accord. Puis, il s'interrompit, intrigué par un détail.

-Je... Ils veulent que je prenne soin de toi ?

Regulus avait l'impression qu'il y avait autre chose à comprendre dans les mots de Fleamont et Euphémia.

-Bah oui ! Qui d'autre que mon petit-ami pourrait assurer ce rôle ? Je te rappelle que je sais seulement cuire de la viande et chauffer l'eau du thé ! Ma spécialité, c'est l'eau chaude ! Bien sûr, je peux y ajouter des variantes comme mettre du sucre ou un peu de miel ou encore en changer la couleur mais là, je serai obligé d'utiliser la magie. Enfin, je me débrouille aussi avec la viande même si je la cuis à peine étant donné que maintenant, je me change en bête poilue à la pleine lune… J'adore la viande hyper saignante !

Le Serpentard ignorait si James était sérieux ou s'il plaisantait. Devant son incompréhension, James se gratta la tête et pour la première fois, il eut l'air embarrassé.

-Oh, je pense que je comprends enfin ce que tu me demandes… Mes parents étaient au courant pour nous. On n'était pas du tout discret, je crois.

-Et ils n'ont pas été en colère ? s'inquiéta Regulus. Ils n'ont rien dit d'autre ?

-Ils veulent juste mon bonheur et je te l'ai dit, ils t'adoraient. Et moi, je t'aime.

James caressa la joue du plus jeune. Regulus était ému. Ses propres parents avaient toujours considéré sa préférence comme la pire des tares. Mais les Potter s'en fichaient, leur opinion à son sujet n'avait pas changé et il avait leur bénédiction pour sa relation avec James. Doucement, ce dernier lui releva la tête et Regulus se laissa faire, bouleversé.

-Est-ce que je peux t'embrasser ?

La tendresse de James avait toujours le don de toucher le Serpentard en plein cœur. Regulus se sentit apaisé, serein. Il lui sauta dans les bras avant de lui donner un très long baiser. À présent, il ne voulait plus faire preuve de retenue. Il ne sut pas comment James et lui finirent par atterrir sur lit mais en tentant de se redresser, il écrasa l'entrejambe de son petit-ami qui couina de douleur. Regulus s'excusa, mais la tête de l'ancien Gryffondor était si comique qu'il eut du mal à ne pas sourire, ce que lui reprocha ce dernier. C'était plaisant cette dynamique entre eux, un mélange de tendresse, de romance et d'humour.

Regulus s'allongea finalement à côté de James sur le lit. Ils restèrent ensuite côte à côte en silence, profitant simplement du moment.

-Mes parents m'ont aussi parlé de mon magazine. Ils ont dit qu'ils étaient fiers et que ce que je faisais avec mes collègues était utile. Ça m'a fait du bien et ça m'a remotivé à me remettre dedans. J'ai assez pris de retard comme ça dans la confection du prochain numéro. Je ne peux pas laisser Rita, Frank et Marilyn bosser tout seuls, ce n'est pas sérieux.

Il soupira.

-Mais si tu ne veux plus en entendre parler et encore moins que je continue à produire Harry, je comprendrais. Ce que j'ai fait était mal et en toute honnêteté, tu aurais le droit de porter plainte contre moi et le magazine…

Regulus lui jeta un coup d'œil effaré. Il n'y avait pas pensé une seule seconde.

-Je te l'ai déjà dit, je sais pourquoi tu as fait ça et tu t'es déjà excusé. Ça me suffit.

-Hum.

Regulus sentit aussitôt l'ambiance s'alourdir. Probablement que ce que James avait fait serait toujours entre eux mais lui ne voulait plus y penser ni qu'il s'en veuille indéfiniment.

-Beaucoup de gens ont lu ton témoignage, ajouta soudain James. Je crois… Je crois que ça a incité plusieurs victimes à parler. Tu n'étais pas la seule personne sur qui Rosier s'est acharnée.

-Quoi ? Regulus se redressa, le cœur battant.

-J'ai reçu une dizaine de témoignages à son sujet, et ça continue à arriver.

-Il a… Il a fait à d'autres personnes ce qu'il m'a fait ?

-En quelque sorte. Par exemple, il a forcé une fille à avorter. Il n'était pas sérieux avec elle et elle l'a très mal vécu.

Regulus n'arrivait pas à y croire. Au-delà du fait que si l'avortement dans le monde magique était légal, il était encore mal vu, surtout chez les jeunes femmes.

-Il a aussi pris des photos compromettantes d'une de ses anciennes petites amies et la faisait chanter. Il y a aussi ce garçon qui était amoureux de lui et à qui Rosier a fait croire que c'était réciproque. Tout ça pour l'humilier. Il lui disait qu'il était immonde et que s'il le disait aux autres, plus personne ne voudrait lui parler, que sa vie serait finie. Il l'a harcelé juste parce que ça l'amusait. À la fin, ce garçon n'en pouvait plus et il a fait une tentative de suicide. Heureusement, il s'en est sorti... Il y a tant d'histoires, Regulus…

James se couvrit le visage et Regulus baissa la tête. Il avait du mal à croire qu'il n'était pas le seul, que Rosier avait pu faire autant de mal autour de lui.

-Au début, je voulais surtout qu'il paye pour ce qu'il t'avait fait. Qu'il ne s'en sorte pas aussi facilement. C'était personnel, j'ai été aveuglé par ma colère. J'étais aussi en colère contre moi-même pour ne pas avoir été capable de t'aider. Rosier me provoquait sans cesse et qu'il s'en tire, c'était comme une énième provocation. À présent, je me rends compte que ce n'est pas de moi dont il s'agissait et que je ne peux pas me permettre d'être égoïste quand tant de gens placent leur espoir en moi. Enfin, en Harry. Je ne sais pas si je dois accorder de la place à ces témoignages dans le prochain numéro. Pour être honnête, j'ai envie de le faire. Ces personnes, c'est peut-être la première fois qu'elles parlent et je ne veux pas les décevoir. Informer le monde sur les réels agissements de Rosier, c'est tout ce que je peux faire et c'est malheureusement le meilleur qu'elles puissent obtenir.

Regulus sentit son cœur s'emballer. James se redressa alors et le regarda, plus sérieux que jamais.

-Si je le fais, ça va probablement te replonger dans de mauvais souvenirs alors je te repose la question : est-ce que tu veux que j'arrête Harry ?

James lui proposait-il sérieusement d'arrêter ce qui lui tenait le plus à cœur en ce moment ? Ce projet, Regulus l'avait vu y consacrer des heures et s'y investir corps et âme. Ça le rendait heureux et donnait un sens à sa vie. Il s'était battu contre ses parents pour aller au bout de son idée, il s'était renseigné et avait fait des essais avant d'arriver à des résultats satisfaisants. Ce serait injuste de sa part de lui demander de renoncer.

-Je te l'ai déjà dit, reprit-il. Tu as du talent. Tu as un grand cœur et une curiosité sans limite, tu es fait pour ça. Tu l'as dit toi-même, le meilleur qu'on puisse obtenir, c'est une simple reconnaissance de notre statut de victime. Il n'y a aucune condamnation possible, aucun procès à espérer… Je ne pense pas que j'aurais supporté autant de mal pour un résultat si mince de toute façon...

Regulus sentit ses mains trembler. Il les serra contre lui et souffla.

-Je ne sais pas si je serais même capable de parler un jour mais j'admire le courage de ces personnes qui veulent dire stop, qui veulent enfin qu'on les regarde. C'est un noble combat et je ne m'y opposerai pas.

Il sourit.

-Je commence à me défaire de son emprise et a laissé derrière moi ces nuits de cauchemar, c'est déjà ça…

A ces mots, James éclata en sanglots et Regulus le dévisagea, déstabilisé.

-Je-Je suis désolé, s'étrangla James.

Devant l'émotion de son petit-ami, Regulus sentit les larmes monter à son tour. Il savait que James ne s'excusait pas pour l'article. Il demandait pardon pour ne pas avoir réussi à le sauver, à le protéger de Rosier.

-Je… Il ne faut pas ! Enfin, tu n'as rien fait, James !

-C'est justement ça le problème…. J'étais tellement focalisé sur moi, sur mon histoire avec Lily… Mais surtout, je craignais tes sentiments, je ne voulais pas du tout être proche de toi de peur que tu penses que…

-Que je pouvais t'intéresser, termina Regulus.

-Je savais que Rosier était un connard.

-Tu ne pouvais quand même pas savoir ce qu'il me faisait. Je te le répète, James, tu n'as rien fait de mal. Le seul responsable, c'est Rosier. J'ai eu du mal à l'accepter mais si j'ai réussi, alors tu dois pouvoir le faire aussi.

-Je ne peux pas, souffla James, la voix hachée.

-James…

-P-Pardon ! Je m'en veux tellement, je suis désolé ! Si j'avais agi plus tôt, si j'avais pris les bonnes décision e-

-Tu n'es pas responsable !

Regulus avait élevé la voix, secoué lui aussi par de douloureux souvenirs.

-Je te rappelle que cette histoire a commencé parce que j'ai fait un serment inviolable avec lui. Passons à autre chose. Pardonne-toi. Moi, je ne t'en ai jamais voulu et je te le répète, tu n'as rien fait de mal.

Regulus le prit dans ses bras et tenta de calmer ses pleurs, en vain.

-Je t'aime, chuchota-t-il au bout d'un moment.

James lui répondit, mais le Serpentard devina plus ses mots qu'il ne les comprit.

xXx

Sirius ne savait pas bien comment il se sentait car les sentiments qui montaient en lui étaient plutôt confus. S'il ne devait utiliser qu'un seul mot, ce serait « étrange ». Plus tôt dans la matinée, Regulus avait demandé à James s'il pouvait rendre hommage à son ami Padfoot en déposant une sorte de petite stèle dans le jardin. James avait été pris au dépourvu, tout comme lui. Son meilleur ami avait accepté parce qu'il ne voyait pas de bonne raison de refuser, même s'il n'était pas emballé par l'idée. Sirius ressentait plus ou moins la même chose.

Si pendant un temps il avait considéré Padfoot comme une autre partie de lui, un autre lui d'un autre monde, il se rendait compte que c'était plus complexe. Ils avaient vécu des choses différentes, n'avaient pas totalement la même manière de penser ni les mêmes objectifs. Il était lui et Padfoot était un autre. Au début, Sirius avait pensé que si son petit frère avait été tant attaché à Padfoot, c'était parce qu'il l'avait considéré comme le frère qu'il aurait aimé avoir. Ça avait sans doute été le cas au début, mais ça n'avait pas duré en réalité et Regulus avait fini par le considérer comme une personne à part entière.

Un véritable ami, malgré ses échecs et ses erreurs.

Cet hommage que Regulus était en train de lui rendre, c'était en quelque sorte une manière d'honorer son passage dans ce monde. De le remercier pour l'aide qu'il avait aussi apporté. Il ne pouvait se résoudre à faire comme tout le monde, comme s'il n'avait pas existé, comme s'il n'était pas parti...

Immobile et silencieux derrière Regulus, Sirius le regarda s'accroupir et déposer des fleurs devant un cercle de pierres. Il avait choisi le fond du jardin, à l'ombre du pommier. Cette cérémonie qui n'en avait que le nom rappela à Sirius son oncle Alphard et sa fin tragique et solitaire. Padfoot avait en quelque sorte connu la même fin. Le brun se tendit, soudain angoissé. Connaitrait-il le même sort ?

-Merci d'avoir bien voulu m'accompagner, lança Regulus en se relevant.

Regulus n'ajouta rien et retourna vers la maison. Après avoir jeté un coup d'œil aux fleurs, Sirius le suivit. James était dans le salon. Il relisait les derniers travaux de ses collaborateurs. L'elfe de maison des Potter était en train de briquer l'étage. Sans les Potter, la maison était si calme. Lui qui pensait que James et lui était ceux qui animaient la grande demeure…

-Ça travaille dur ? demanda Sirius.

James releva les yeux sur lui avant de se mordiller les lèvres.

-J'essaie. J'aimerais envoyer ça a l'impression avant le début du procès.

-J'étais vraiment surpris quand l'avocat a dit qu'on avait de bonnes chances. D'habitude, on est si malchanceux que je me disais que ce serait encore le cas, confessa Sirius.

-Rien n'est encore fait, rappela Regulus. Le meurtre sera facile à prouver car les Aurors ont des preuves matérielles et notamment de la présence de...

Regulus buta sur les derniers mots. Il ne savait pas comment finir sa phrase.

-Ouais, fit Sirius. Je sais qu'ils ont réussi à avoir la confirmation que Walburga l'a fait sortir de garde à vue et d'autres choses aussi.

-Et pour tout ce qu'elle vous a fait, la maltraitance ? s'enquit James pour changer de sujet. C'est quelque chose de dur à prouver.

-Ouais, ça risque d'être coton. A part le médecin de famille qui pourra témoigner de certaines de mes blessures ou les membres de notre famille qui ont assisté à de nombreuses scènes, c'est tout.

-Il faut avoir confiance, Sirius, l'encouragea Regulus.

-J'ai confiance.

Sirius était lui-même surpris de son honnêteté.

-Je ne sais pas s'ils auront ce qu'ils méritent mais même si c'est dur, c'est nécessaire. Comme quand tu fais une mauvaise chute à balai et que Pomfresh doit te remettre les os en place. Ce n'est franchement pas agréable, mais tu sais que ce n'est qu'un mauvais moment à passer. Je vois ça comme ça, un mauvais moment à passer. Après, lentement, je regarderais devant moi et plus en arrière.

Il soupira.

-Il va falloir que je me trouve quelque chose à faire, je ne vais pas vivre à tes crochets indéfiniment, James.

-Mes parents t'ont légué notre maison de vacances, lui fit remarquer son ami. A la base, ils comptaient la mettre en vente comme ça fait des années qu'on n'y est pas allé. T'as qu'à la vendre, ça te ferait des sous. Ou alors tu la loues.

-Depuis quand es-tu devenu expert en conseil financier ? s'amusa le Maraudeur.

-Depuis que je suis un chef d'entreprise.

-Tu peux toujours faire des placements, Sirius, ou alors acheter des parts d'entreprise. Ou monter une petite affaire, proposa Regulus.

-Avec quel argent ?

-Le mien, répliqua son frère. Il est autant à toi qu'à moi. J'ai toujours trouvé injuste que tu doives renoncer à ta fortune personnelle pour moi.

-Ce n'est pas...

James claqua dans ses mains, comme pour clore le débat.

-L'histoire est réglée. Prends ton temps pour savoir ce que tu veux faire et ne t'inquiète pas pour l'argent. Oh, au fait, vous vous attendiez à ce que Marlene réapparaisse comme ça ?!

Sirius se gratta la tête, perturbé par le brusque changement de sujet. Il savait que James l'avait fait pour qu'il ne puisse plus protester sur sa situation. Son ami pensait sincèrement que l'argent n'était pas un problème, Sirius le savait. Mais sa situation n'était pas simple. Vivre chez les Potter était supposé être temporaire, le temps de pouvoir être autonome et de prendre son envol. Mais les évènements s'étaient succédés et aujourd'hui, c'était plus compliqué de partir, notamment parce qu'ils avaient plus que jamais besoin les uns des autres.

Il rentra finalement dans le jeu de son ami. C'était une discussion qui pouvait attendre.

-Elle est venue avec Maugrey, leur apprit le Serpentard. Hugo m'a dit qu'elle habitait avec l'Auror depuis plusieurs semaines et qu'elle avait participé à l'enquête pour arrêter Jedusor.

Sirius haussa les sourcils, surpris.

-Content qu'elle ait enfin ouvert les yeux et décidé de revenir du côté du bien ! s'exclama-t-il, et James approuva.

-Au moins, les filles étaient contentes de revoir leur amie. Mais je me demande si elles pourront pardonner si facilement son absence et encore plus ses mensonges, se demanda-t-il.

Il lâcha sa plume et croisa les bras, réfléchissant à la question.

-Vous pensez qu'elle avouera un jour ce qu'elle a fait ? s'enquit Regulus. Ça va peut-être vous paraitre bizarre, mais j'espère que non.

Il baissa ensuite la tête un instant pour fuir les regards de son frère et de son petit-ami, tentant de rassembler ses arguments.

-Je ne pense pas que toute vérité soit bonne à dire. De plus, elle s'est largement rachetée et c'est évident qu'elle s'en veut. Jedusor était vraiment dangereux et terrifiant. Pourtant, elle a osé le défier. Si elle avouait, elle irait forcément à Azkaban et ça gâcherait sa vie.

-Mais si elle n'avait pas coopéré avec Jedusor, l'attaque de Poudlard n'aurait pas été possible. Des gens sont morts et son implication ne peut pas juste être balayée, contra Sirius.

-A mon avis, pendant tout ce temps, Marlene s'est punie toute seule, lui fit remarquer James. Azkaban détruit les gens, il n'y a pas de réhabilitation possible pour ceux qui y sont enfermés. Ce n'est pas une méchante et encore moins un monstre. C'est vrai que c'est étrange de dire ça, mais je suis d'accord avec toi, Regulus. Je n'ai pas envie de la voir en prison.

Sirius soupira. Il n'était pas d'accord, mais comprenait leurs points de vue. Ce n'était à aucun d'eux de décider du sort de l'ancienne Serdaigle, mais à la justice. Et pour lui, personne n'était au-dessus des lois. La jeune femme ne pouvait pas décider de s'y soustraire. Son aide dans l'arrestation de Jedusor pouvait-il faire office de rachat ? De plus, si elle trainait avec l'Auror aux cicatrices, c'était que le bureau devait être au courant du rôle qu'elle avait joué. Si elle n'était pas encore en prison, c'était probablement parce qu'ils avaient eu besoin d'elle. Mais maintenant ?

xXx

Remus avait rarement passé une aussi mauvaise journée. Pas parce que Godran était ennuyeux ou que le temps était mauvais, ni même les activités inintéressantes. Le problème était qu'il savait qu'il allait faire de la peine au roux, qu'il allait devoir lui dire non et il n'en était pas très à l'aise. Il avait déjà évité le roux plusieurs fois et refuser ses avances sans que celui-ci ne se décide à renoncer. Ce rendez-vous, il l'avait accepté un peu à contre cœur en se disant qu'en parlant à Godran et en lui exprimant clairement pourquoi il ne voulait pas s'engager avec lui, celui-ci comprendrait enfin.

L'infirmier était venu le chercher en début d'après-midi chez lui, à la surprise de ses parents. Remus savait qu'ils devaient être perdu. Les pauvres le pensaient encore avec Sirius. Et puis, pour eux, Godran n'était que son infirmier. Si Remus s'était un temps senti lâche de ne pas être honnête avec ses parents sur sa situation avec Sirius, ce n'était plus le cas aujourd'hui. Après tout, c'était sa vie privée et rien ne l'obligeait à en informer ses parents. Surtout qu'il n'avait pas envie de répondre à leur potentielles questions.

Se taire, c'était aussi protéger sa tranquillité.

Godran avait mis les petits plats dans les grands. Il avait d'abord emmené Remus dans un café puis dans un parc d'attraction. Il avait payé à chaque fois, ce qui avait mis l'ancien Poufsouffle plutôt mal à l'aise. Godran était égal à lui-même : bavard et envahissant, l'incitant à s'ouvrir plus, à être moins timoré. Il soufflait le chaud et le froid avec lui, ne réalisant pas son manque de tact. Dans ces moments-là, Remus avait envie de mettre fin au rendez-vous, de ne pas s'imposer ça plus longtemps. Mais il finissait toujours par faire marche arrière quand Godran lui disait qu'il avait prévu autre chose, qu'il avait déjà réservé, que ce ne serait pas long.

C'était avec ce genre d'excuses que Remus atterrit devant un des plus célèbres hôtels de la ville. Il observa Godran, perdu.

-Je suis désolé mais je crois que je ne comprends pas.

Il se gratta la nuque, embarrassé, et regretta de ne pas être parti avant. Il s'en voulait également d'avoir peut-être envoyé de mauvais signaux au roux. Qui acceptait un rendez-vous pour repousser quelqu'un ? L'infirmier allait forcément se faire des films.

-J'ai réservé dans leur restaurant. Je sais que tu ne sors pas beaucoup et encore plus que tu n'es pas habitué à ce type d'endroit mais tu n'es pas sans ignorer que dans les hôtels, il y a aussi des restaurants, rigola Godran.

Remus rougit d'embarras. Il se sentait stupide.

-Allez, viens, je t'invite ! J'ai eu de la chance de pouvoir nous réserver une table.

-Ce restaurant n'a que des bonnes critiques… Si j'avais su qu'on viendrait ici, je me serais mieux habillé, balbutia Remus.

Godran lui jeta un coup d'œil appréciateur.

-Tu es toujours très beau. Peu importe les tenues.

Il se pencha comme pour l'embrasser mais Remus recula et Godran fronça les sourcils. Remus n'arrivait pas à croire que le roux ait tenté de l'embrasser en pleine rue ! Tout le monde aurait pu les voir ! Cela dit, contrairement à lui, Godran affichait sans complexe ses préférences.

-On y va ? demanda-t-il pour tenter de dissiper le malaise.

Godran le suivit sans faire de remarque.

Le restaurant était comme Remus l'avait imaginé, luxueux et raffiné. Il commanda des plats pas trop chers et ne prit pas de boisson ni même de vin malgré les encouragements du roux. Il avait beau dire qu'il l'invitait, il avait fait ça toute la journée et les plats n'étaient pas donnés. Remus ne voulait pas avoir l'air d'un profiteur. Surtout avec ce qu'il aurait à dire à l'infirmier en fin de repas. Malgré ses appréhensions, l'ancien Poufsouffle tenta de profiter du moment.

-Qu'est-ce que tu comptes faire maintenant que tu as fini Poudlard ? lui demanda Godran une fois leurs plats débarrassés.

-Je vais passer une certification pour pouvoir travailler avec des enfants. J'ai déjà pu récupérer au ministère de l'éducation le programme à réviser et je veux passer la certification dès le mois de septembre.

Remus était heureux de parler de son projet. C'était bien la seule chose qui le motivait ces derniers temps. Il s'était renseigné et s'était rendu compte que son projet ne serait pas si difficile à réaliser. Les diplômes étaient à sa portée et les formations ne duraient pas des années. De plus, les foyers pour mineurs dans le monde magique n'étaient pas assez nombreux et les places insuffisantes, d'où la facilité pour en ouvrir un.

Les examens pour obtenir la certification avaient lieu tous les trois mois. Il s'agissait d'un simple test qui permettait de prouver qu'on était apte à travailler avec des enfants. Ceux-ci devaient être renouvelés tous les deux ans. La certification seule permettait de travailler dans un foyer. Mais Remus ne voulait pas se contenter de ça, il voulait avoir de l'expérience avant de se jeter dans le grand bain. Après sa certification, il hésitait encore entre suivre une formation d'un an dans une école en tant que professeur assistant ou alors postuler dans plusieurs structures différentes pour occuper les postes d'aidant aux devoirs, de surveillant dans des internats... Il penchait plutôt pour la deuxième option car cela le mettrait en contact avec des adolescents et enfants de type d'âge différents. Et comme ce serait un travail et non une formation, le salaire serait aussi plus intéressant. Il n'oubliait pas qu'il avait besoin d'avoir des fonds pour pouvoir mener son projet à bien. Il aurait des aides de l'État une fois son foyer ouvert et ses premiers enfants inscrits, mais en attendant, il devrait se débrouiller seul.

Remus était en train d'expliquer son projet à Godran, des étoiles dans les yeux, et il ne remarqua pas tout de suite que le roux ne partageait pas son enthousiaste.

-T'as l'air intelligent pourtant, soupira finalement l'infirmier. Je ne sais pas, tu pourrais avoir plus d'ambition que te cantonner à un poste qui demande très peu de compétences.

-Ce n'est pas ça, contra Remus. J'ai envie d'aider les jeunes qui se retrouvent sans foyer ou qui vivent des situations difficiles dans leur famille.

-On parle d'un travail, pas de bénévolat. Ça ne rapporte pas grand-chose. Je suis sûr que tu fais ça simplement parce que t'as peur de viser trop haut. T'es grand maintenant, il serait tant de quitter le nid et de prendre des risques !

Remus ne voyait pas le rapport et était assez fâché que Godran ne fasse pas l'effort de comprendre son point de vue. De toute façon, c'était son avenir, ses choix. Ils commandèrent un dessert pour deux et si Remus mangea en silence, Godran, qui avait déjà bu trois verres de vin, se plaignit de son travail et des patients inconscients dont il devait s'occuper.

Au moment de l'addition, Remus écarquilla les yeux face au montant.

-On va partager l'addition, lança Godran sans le consulter.

Il sortit des billets de sa poche et les déposa sur la table sans regarder le montant exact et comme le roux ne semblait pas vouloir donner un mornille de plus, le serveur se tourna vers Remus. Le châtain sentit la moutarde lui monter au nez. Il n'en revenait pas. Godran avait affirmé l'inviter et voilà qu'il changeait d'avis ! De plus, Remus avait fait attention au prix de ses plats alors que Godran avait pris trois verres de vin et un dessert très onéreux.

Il avait beau être énervé, il ne se voyait pas faire un scandale dans un si beau restaurant. Il était simplement heureux d'avoir suffisamment sur lui pour régler le reste.

La note réglée, Godran se leva et chancela. Remus comprit alors que le vin lui était déjà monter à la tête. Godran lui prit la main et l'entraina vers la sortie. Du moins, c'est ce que Remus pensait jusqu'à ce qu'il se rende compte qu'ils se dirigeaient vers l'ascenseur.

-On ne part pas ? s'étonna-t-il.

Décidément, l'ancien Poufsouffle n'y comprenait rien.

-Je me suis pris une chambre, je savais qu'on terminerait tard et comme Ste-Mangouste n'est pas si loin, c'est pour le mieux.

Ses explications n'étaient pas claires mais Remus mit ça sur le compte de l'alcool. Il accompagna le roux. Celui-ci s'appuyait maintenant complètement sur lui et il était bien plus lourd que Remus ne l'avait pensé. Cette journée n'avait été qu'une succession de déceptions et de malaises. Le châtain avait envie de rentrer chez lui mais il avait donné tout ce qu'il avait pour payer le reste de l'addition. Il espérait juste que Godran accepte de lui avancer de la monnaie pour le bus même si Remus n'avait pas envie de lui devoir quoi que ce soit. Et si le roux était trop saoul pour qu'ils aient une discussion sérieuse, il pourrait toujours lui envoyer une lettre en expliquant qu'il avait détesté leur rendez-vous et qu'il préfèrerait qu'ils en restent là. Après le comportement limite du roux, il se fichait bien d'être méchant.

Remus l'avait assez ménagé. S'il ne voulait pas comprendre, c'était son problème. Il n'arrivait pas à croire qu'il ait réussi à être si patient...

Une fois dans la chambre, Godran ouvrit difficilement la porte et Remus l'aida encore un peu. Près du lit, il chuta étrangement. Remus fut emporté dans sa chute et atterrit sous le corps lourd de l'infirmier.

-Tu m'écrases, protesta-t-il alors qu'il tentait de le pousser.

Godran se redressa légèrement et son regard soudainement clair et lucide fit comprendre à l'ancien Poufsouffle que Godran avait joué un rôle durant tout le diner. Il tenta de l'embrasser en y mettant plus de force que devant le restaurant et Remus le repoussa une fois de plus.

-Je t'ai déjà dit que je n'étais pas intéressé.

-Tu rigoles, j'espère ? J'ai payé pour toi toute la journée, c'est la moindre des choses !

Remus n'en revenait pas.

-J'ai toujours été clair, contra-t-il.

-Alors pourquoi t'as accepté de me voir aujourd'hui, pourquoi tu m'as suivi ici ?

Godran l'embrassa dans le cou et Remus serra les poings alors qu'il tentait de se redresser.

-Tu savais bien comment ça finirait. Je l'ai vu tout de suite que t'as pensé à ça en voyant l'hôtel. Arrête de faire ton difficile, c'est que du sexe. Je ne te demande pas en mariage.

Furieux, Remus le gifla. Il était franchement hors de lui maintenant et ne comptait pas se laisser faire. Godran resta immobile quelques seconde avant de le frapper froidement à son tour. Remus eut mal à la joue et en s'humectant les lèvres, il sentit que sa lèvre était légèrement ouverte. Choqué, ses pensées s'emmêlèrent. Il avait mal. Godran venait de lui donner un coup de poing, une réponse disproportionnée à la gifle qu'il lui avait assénée pour le repousser.

-Putain, je ne comprends même pas pourquoi je perds mon temps avec toi ! T'as pas de nom, de situation, pas d'argent et t'es même pas si beau que ça !

Godran s'éloigna et sans un regard pour Remus, alla dans la salle de bain. Il fallut encore une minute à Remus pour sortir de la chambre. Les choses n'auraient pas dû se passer ainsi. Godran, même s'il s'était mal conduit, avait en partie eu raison. L'homme ne lui avait jamais plu et Remus avait toujours été mal à l'aise en sa présence, il n'avait jamais supporter ses piques incessantes. Il avait simplement manqué de courage. Il aurait dû le repousser plus tôt. A trop être gentil, les choses se retournaient contre lui.

Une fois dehors, Remus reprit peu à peu ses esprits. Il observa les alentours avant de toucher sa joue douloureuse. Il se sentait tellement mal. Mais que pouvait-il y faire ? Il était tard, il était fatigué et énervé et le pire était qu'il n'était pas près de rentrer chez lui.

Ce soir-là, Remus marcha pratiquement une heure avant d'arriver chez lui.

xXx

Le premier jour du procès de l'année a enfin débuté !

C'est probablement le procès le plus attendu de ces dernières années. Orion et Walburga Black, couple de sorciers de sang pur sont sur le banc des accusés. Depuis plusieurs mois, leur famille se déchire. Leurs deux fils, Sirius et Regulus Black, les trainent en justice pour des raisons que nous avons enfin découvertes !

Habituellement en retrait et communiquant peu sur leurs opinions et leurs intérêts, une grande partie de leurs secrets seront enfin accessibles.

Maitre Simon, l'avocat des frères Black, est un bon avocat mais qui n'a pas encore eu l'opportunité de se faire connaitre du grand public. Son confrère, au contraire, est un as du barreau qui est réputé être le meilleur avocat du pays. Nous pourrons très certainemententendre de très belles passes d'arme entre eux aux cours de cette semaine.

Lors de ce premier jour, si Orion et Walburga Black n'ont rien laissé paraitre, affichant des expressions neutres et n'accordant aucun mot aux journalistes, ce ne fut pas le cas de leurs enfants. Regulus et son frère paraissaient fébriles et soucieux devant cet engouement médiatique.

...

Les chefs d'accusation contre les Black sont multiples. Maltraitance physique et morale. Utilisation d'impardonnable, privation, manipulation. A l'annonce des accusations, Orion Black a tout juste serré les lèvres. Walburga, quant à elle, a gardé un visage froid et inexpressif.

Il est étrange d'imaginer que de telles atrocités puissent avoir eu lieu dans la très secrète demeure de cette famille.

...

Les Aurors ont enquêté durant des semaines pour réunir suffisamment de preuves pouvant mener au procès. Pourtant, les Black ont plaidé non coupables. Si cela a surpris les frères Black, leur avocat n'a pas semblé perturbé. Nous ne pouvons qu'imaginer que maitre Carter a un plan bien défini pour innocenter ses clients.

Dans ce procès, il n'y aura pas de jurés, ce sera donc à la seule appréciation de la juge. Les avocats auront ainsi une grande importance. Qui fera le meilleur plaidoyer ? Les preuves réunies par le bureau seront-elles suffisantes pour condamner les Black ?

...

Nous rappelons toutefois que les Black, jusqu'à l'annonce du verdict, bénéficient de la présomption d'innocence.

xXx

Marlene était heureuse d'avoir écouté Maugrey et de l'avoir suivi aux obsèques des Potter. Elle avait été envahie d'un terrible stress au moment d'aborder ses amis de Poudlard, mais tout s'était bien passé. James n'avait rien dit, occupé et n'éprouvant probablement pas le besoin de faire un scandale ce jour-là. Les frères Black et Remus lui avaient jeté de nombreux regards, mais n'avaient rien dit non plus. Ils s'étaient contentés de rester à l'écart.

De toute façon, l'ancienne Serdaigle avait toujours été plus proche des filles de son école. Elles avaient discuté brièvement après la cérémonie et Lily avait réussi à lui arracher la promesse de ne plus disparaitre et de se revoir très vite.

Ce jour était enfin venu. Marlene n'avait pas pensé que ce serait si tôt. Moins d'une semaine s'était écoulée depuis l'enterrement.

Elle était angoissée. Si lors de l'enterrement, ses amies n'avaient pas pu l'interroger sur les raisons de son départ et encore moins de son silence, aujourd'hui, ce serait forcément différent. Mais elle ne voulait pas faire marche arrière, pas alors qu'elles l'avaient si bien accueillie.

Mais que pourrait-elle bien leur répondre ? Devait-elle être honnête ? Elle ne se voyait pas mentir, mais elle ne voulait pas non plus les perdre. Tout était encore un peu confus pour elle. Marlene ignorait toujours ce qu'elle désirait faire. Retourner auprès de sa famille ou rester avec ses amies, là où était sa vie ? Si elle décidait de rester, que ferait-elle ? Elle ne pourrait pas rester indéfiniment chez Maugrey. D'autant plus que si cela ne l'avait pas gêné au début, maintenant qu'elle ne le considérait plus comme un simple Auror casse pieds, la cohabitation avait quelque chose de différent. Il lui faudrait aussi trouver une source de revenus. Elle n'avait même pas passé ses Aspics, que pouvait-elle faire avec de simples BUSE ?

Malgré tout, il ne servait probablement à rien d'angoisser là-dessus. Chaque chose en son temps.

Tentant de se calmer, Marlene sonna chez son amie Dorcas. Elle entendit du bruit et quelques rires avant que son amie ne lui ouvre. Lily se trouvait derrière elle.

-Tu es vraiment venue ! se réjouit la brune.

Marlene sourit.

-Je n'allais pas vous faire faux bond une nouvelle fois.

Dorcas l'invita à entrer et alors qu'elles marchaient jusqu'au salon, Marlene observa discrètement Lily. La rousse boitillait toujours et l'ancienne Serdaigle sentit aussitôt son cœur se serrer. La culpabilité refit surface et elle n'osa pas lui demander de nouvelles, de peur d'entendre une information qu'elle ne pourrait supporter.

-Isabel et Pamela sont déjà là, l'informa Dorcas.

Marlene se crispa un instant. Elle ne s'était pas préparée à revoir la Serdaigle. La dernière fois qu'elles s'étaient vu, Pamela avait eu des mots durs à son égard, déçue des mensonges de la jeune femme et pensant à tort qu'elle ne l'avait jamais considérée comme une amie.

-Ça va ? lui demanda Lily.

-Oui, désolée. Ce n'est rien.

Marlene esquissa un sourire pour les rassurer.

Au salon, les deux blondes étaient en train de discuter, mais s'interrompirent à leur arrivée.

-Coucou ! l'accueillit chaleureusement Isabel.

-Bonjour, je suis contente de toutes vous revoir.

Elle jeta un coup d'œil à Pamela qui lui fit un timide signe de la main.

-Je vous ai amené quelques douceurs, déclara Marlene en montrant son paquet.

Elle le donna à Dorcas qui alla mettre les pâtisseries sur un plateau dans la cuisine avant de revenir. L'ancienne Serdaigle s'installa à côté de la rousse et remercia celle-ci quand elle lui tendit une tasse de thé.

-De quoi parliez-vous ? demanda-t-elle à Isabel.

L'ancienne Poufsouffle jeta un regard hésitant à Pamela.

-De Nott, répondit-elle. Lorsque j'ai accepté de parler dans le magazine de James, je ne m'attendais pas à de tel résultats. Mon avocat m'a contacté hier, il me demande si je ne voudrais pas faire appel et exiger l'utilisation du Véritasérum cette-fois.

-Est-ce que c'est encore possible ? voulut savoir Dorcas.

Pamela acquiesça.

-Nous somme encore dans les délais. Je ne sais pas si je ne m'emballe pas un peu, mais j'ai envie de le faire. J'ai l'impression d'avoir abandonné trop vite la dernière fois.

-Tu as fait comme tu as pu, c'était déjà courageux de ta part d'avoir osé porter plainte. Tu devrais aller au bout de ta démarche, je n'imagine pas Nott s'en sortir sans payer pour ce qu'il a fait, lança Marlene et Pamela lui sourit.

-Après, ce ne sera pas pour tout de suite. Il va falloir obtenir une date de procès. Je vais attendre que le procès des Black se termine pour lancer mes démarches.

-Ah, en parlant de ça, vous étiez au courant? s'enquit Dorcas. Je n'aurais jamais imaginé que Sirius et son frère subissaient ce genre de choses…

Lily hésita.

-Je... Les Black n'ont pas bonne réputation et je savais que Sirius rencontrait des difficultés à son domicile, mais j'étais loin d'imaginer ce qu'il endurait. Mais je ne suis pas choquée, on ne sait jamais réellement ce qui se passe derrière les portes closes des maisons.

Lily semblait soucieuse et Marlene savait qu'elle pensait à Severus qui avait longtemps souffert à cause de son père et qui avait réussi à s'en sortir seul.

-Maintenant que j'y pense, ce comportement de ces dernières années, c'était peut-être un appel à l'aide. A le côtoyer aujourd'hui, on ne dirait pas que c'était un harceleur, soupira Isabel.

-C'est vrai que je n'ai jamais compris ce qu'il avait contre Peter et Remus. Sirius est sympa, c'était étrange de le voir s'amuser à humilier des gens. Ce n'était pas quelque chose qui lui ressemblait, approuva Dorcas.

-En effet, soupira Marlene.

D'elles toutes, elle avait toujours eu l'impression d'être celle qui connaissait le mieux le Maraudeur. Et pourtant, l'ancienne Serdaigle n'avait jamais suspecté un quelconque mal être. Elle lui avait à de multiples reprises reprocher son manque d'engagement et de maturité, sans pour autant être claire avec lui. Elle n'avait pas pris le temps d'écouter ses possibles confidences. Encore un regret qui s'ajoutait à la longue liste…

-Quant à son frère, Regulus a toujours l'air de tirer la tête. Et puis, il a été dans pas mal d'histoires sordides cette année, se rappela Dorcas.

-Severus m'a avoué récemment que ses parents avaient demandé à des Serpentard de le harceler pour le faire revenir sur une de ses décisions. Apparemment, la personne qui réussirait se verrait récompensée, avoua Lily.

-C'est horriblement malsain, grimaça Pamela.

-C'étaient autant d'indices qui auraient dû nous mettre la puce à l'oreille, souffla Isabel.

-C'est bien la première fois que j'entends que des enfants portent plainte contre leur parent, remarqua Dorcas. C'est inimaginable de se dire que ses propres parents sont toxiques…

-Je sens que ça va être terrible... Et dire que c'est seulement le premier jour du procès, murmura Lily.

L'ambiance était lourde. Elles étaient tout à leurs réflexions, en pleine introspection de ces derniers mois. Marlene sentit au fond d'elle que si elle ne parlait pas maintenant, l'occasion ne se présenterait plus jamais.

-Je vous remercie de chercher à me ménager, mais je n'ai pas envie de faire comme si je n'avais pas mal agi en vous abandonnant, déclara-t-elle soudain.

Lily, Dorcas, Isabel et Pamela la regardèrent, mal à l'aise. On aurait presque dit qu'elles s'étaient mises d'accord pour ne pas la brusquer, voire ne pas du tout aborder le sujet.

-Si je suis partie du jour au lendemain sans rien vous dire, c'était pour rejoindre ma famille. Nous nous sommes installés en France avec mon frère.

Marlene baissa la tête et joua un instant avec l'ongle de son pouce pour tenter de se détendre.

-Ton frère ? répéta Lily.

Marlene acquiesça.

-Après son évasion, il a pris contact avec moi et j'ai décidé de l'aider. Je n'ai rien dit à personne, pas même à mes parents pour ne pas les impliquer. Il était recherché et toute personne qui aurait tenté de l'aider ou qui aurait caché des informations essentielles aurait été considérée comme complice. Je l'ai libéré alors je me disais que foutue pour foutue, autant faire ce qui me semblait juste. Je peux comprendre que ça vous dépasse complètement ou même que vous trouviez ça horrible comme manière de penser…

-Ce n'est pas...

Dorcas hésita.

-Ton frère a tout de même été jugé et arrêté. Ce n'est pas anodin, c'était un criminel aux yeux de l'État.

-Je sais mais il a été condamné pour une erreur de jeunesse. Simplement parce qu'il était présent à une manifestation dont il ignorait la nature fasciste. Il a passé des années en prison et il ne pouvait plus en supporter davantage.

-On comprend, lui assura Pamela comme pour la rassurer.

-Ce n'est pas tout.

Marlene hésita avant de se persuader d'aller au bout.

-J'avais honte et je me sentais coupable. L'attaque de Poudlard, ta jambe, Lily, la mort de Peter et celle de Alice... Al-Alice, hoqueta-t-elle brusquement.

Elle essuya rapidement ses larmes et souffla pour se reprendre.

-Je… n'étais pas sous impérium. Jedusor m'a manipulée et m'a dit ce que je voulais entendre. Il m'a convaincu de libérer mon frère. Je le jure, c'est la seule chose que j'ai faite ! Mais tout ce malheur est parti de ce simple geste… Je vous demande pardon…

Marlene, la tête baissée, n'osa pas regarder ses amies. Elle se sentait vide et incapable de dire quoi que ce soit. Elle avait peur, mais elle se sentait également plus légère, libérée d'un immense poids.

Dans le salon, le silence était écrasant.

-Tout ce que tu as fait, releva lentement Dorcas après un moment. C'est comme ça que tu vois les choses ? C'est comme ça que tu arrives à te regarder dans un miroir ? En minimisant tes actes ?

Se rendant compte de la maladresse de ses paroles, Marlene tenta de rattraper le coup. Dorcas, habituellement si douce et gentille, toujours en retrait, lui parlait si sèchement. Elle se sentait horrible. Voilà ce que ça faisait d'affronter les conséquences de ses actes.

-Ce n'était pas ce que je voulais dire ! Je t'assure qu'il n'y a pas un jour qui passe sans que je ne regrette ce que j'ai fait !

-Alors pourquoi n'avoir rien dit ? demanda Lily, déçue.

Marlene se trouva incapable d'apporter une réponse satisfaisante. Cette question, elle se l'était posée une centaine de fois sans trouver de véritable réponse.

-Tu n'as pas seulement libéré des prisonniers ! s'énerva Dorcas. Tu n'as jamais parlé des manigances de Jedusor !

-Jedusor a trompé tout le monde. Il a même attaqué des civils et tué les parents de James rien que pour pouvoir s'échapper, tenta de temporiser Isabel. Marlene n'avait aucun moyen de savoir ce qu'il préparait. Et puis, elle nous l'a dit, il l'a manipulé. A la base, elle voulait juste aider son frère. Je ne dis pas que ça explique tout, mais ça ne fait pas d'elle la grande méchante.

-On aimerait bien voir les choses de la même manière que toi, Isa, souffla Lily d'un ton amer.

-La vérité, Marlene, c'est que même après l'attaque, tu n'as rien dit. Tu as laissé l'enquête piétiner alors que les victimes avaient besoin de réponse, lui reprocha encore Dorcas.

-Je sais.

L'ancienne Serdaigle était au bord des larmes. Elle s'en voulait tellement et aurait tout donné pour pouvoir changer le passé. Mais regretter ne servait à rien. A l'époque, elle avait trouvé l'Auror Maugrey dur avec elle, mais comment aurait-il pu agir autrement ? Il lui avait donné une chance de faire les choses bien et elle ne l'avait pas saisi. Elle avait beau avoir participé à l'arrestation de Jedusor, ça n'effaçait pas tout le mal fait précédemment.

-Avant que ça ne se produise, je suis venue te voir. J'avais bien vu que quelque chose n'allait pas et j'ai essayé de te parler. Mais tu n'as rien dit alors que tu avais l'occasion de faire machine arrière, lui fit remarquer douloureusement Lily.

-Je voulais te parler, mais j'étais dans un engrenage. J'avais l'impression qu'il était trop tard. Mais plus que tout, j'étais terrifiée. Je ne voyais pas comment m'en sortir. J'avais l'impression que la seule manière pour que tout ne soit pas un désastre était de faire ce que Jedusor me disait. C'était probablement aussi une manière de me déresponsabiliser… Je sais que ce que j'ai fait est impardonnable et je vous promets que je n'essaie pas de me justifier… Mais j'ai pensé que vous méritiez de connaître la vérité.

-Ce que tu as fait est mal et je pense que tu en as conscience.

Pamela regarda Marlene. Elle était calme.

-Ce que je vais dire va sans doute vous sembler bizarre, mais je pense que ce qu'il s'est passé à Poudlard et les évènements qui en ont découlé m'ont permis d'arriver là où je suis aujourd'hui. Plus encore, je suis sûre que sans l'attaque, je ne me serai jamais rappelée de ce que Nott m'a fait. Je ne vais pas aller jusqu'à te remercier, mais en ce qui me concerne, je ne pense pas que tu aies besoin de mon pardon. Je ne veux pas ressasser le passé. Si tu es sincère et que tu es prête à assumer les conséquences de tes actes, il n'y a pas de raison que je me mette à te détester ou te voir autrement. Pour ma part, j'ai toujours envie d'être ton amie.

-Je compte assumer, affirma Marlene. Je me sens coupable et je pense que ça vient du fait que je ne supporte pas de m'en sortir si facilement. Pour Peter, Alice et tous les autres, je ne peux pas me contenter de reprendre ma vie…

-Tu es sûre ? s'inquiéta Lily. Et si jamais tu finissais à Azkaban ?

Marlene haussa les épaules.

-Je t'en veux mais je ne te demande pas de gâcher ta vie, hésita Dorcas.

-Tu es trop gentille, Do. Vous l'êtes toutes. Mais il y a des lois et je ne suis pas au-dessus.

-Moi aussi je veux toujours être ton amie ! intervint Isabelle. Je ne sais pas si tu fais le bon choix ou non, mais je trouve ça courageux et je te soutiendrai !

La Poufsouffle se leva pour la serrer dans ses bras et invita Pamela à la rejoindre. Marlene en fut si émue qu'elle éclata en sanglots. Bientôt, elle sentit également Lily l'étreindre. Dorcas quant à elle resta en retrait, indécise.

xXx

Deux jours après la soirée ratée au restaurant avec Godran, la joue de Remus arborait un beau bleu. Pour éviter d'inquiéter ses parents, et aussi un peu par honte, Remus avait utilisé un glamour pour camoufler la contusion et éviter les questions. Il n'avait pas eu de nouvelles du roux et en était assez heureux. Il avait l'impression que cette fois, il en était enfin débarrassé. Sa colère n'était toujours pas retombée, mais il voulait se satisfaire de sa nouvelle tranquillité.

Tranquillité qui ne durerait peut-être pas. Hier, il avait reçu une lettre du tribunal magique. Il était cité à comparaitre en tant que témoin dans le procès des Black. Le deuxième jour de procès avait commencé et il devrait témoigner à la barre dans deux jours. Il ne comprenait pas bien pourquoi il était convoqué et ce qu'on attendait de lui. D'autant plus que c'était l'avocat de Orion et de Walburga qui avait fait la demande. Remus n'avait pas le droit de communiquer sur le procès ni sur le fait qu'il témoignerait. Cela le mettait assez mal à l'aise. Il ne voulait pas compromettre de quelque façon que ce soit l'angle d'attaque des frères Black.

Remus n'était pas dans une position enviable... L'ancien Poufsouffle n'avait jamais mis les pieds dans un tribunal et ignorait comment pouvait se passer un procès. Il l'imaginait comme quelque chose de très impressionnant où tout était passé au peigne fin : la moindre déclaration, le moindre geste. Mais peu importe ce que les Black préparaient, tant que Remus disait la vérité, rien de mal ne pourrait arriver.

Enfin, il l'espérait.

Jeudi viendrait bien assez tôt et se prendre la tête sur un évènement qui n'était pas encore arrivé et sur lequel il n'avait aucun pouvoir ne servait à rien. Pour se changer les idées, le châtain décida de sortir. Il désirait aller jusqu'en ville et même plus loin encore, se promener un peu et voir de belles choses afin d'égayer sa journée.

Remus prit le petit-déjeuner avec ses parents avant que ceux-ci ne s'en aillent pour travailler. Ses parents parlèrent brièvement du procès des Black, ce qui n'étonna pas Remus outre mesure. Tout le monde s'y intéressait et en parlait. Sauf lui. Il se sentait assez coupable de ne pas avoir repris contact avec James et les frères Black depuis la fête. Il y avait effectivement eu l'enterrement des Potter mais c'était une situation particulière.

Sentant sa morosité revenir, Remus se claqua légèrement les joues, réveillant partiellement la douleur. Il se hâta alors pour sortir. Depuis son retour de St-Mangouste et la fin de Poudlard, il avait l'impression de tourner en rond. Il révisait pour passer sa certification en septembre et partageait le reste de son temps entre Isabel et ses parents. Même si c'était ce qu'il désirait, Remus avait l'impression que c'était aussi un peu triste.

Il avait à peine 19 ans, sa vie ne devait-elle pas avoir l'air un peu plus fun ? Il avait un rêve et se donnait les moyens de le réaliser, mais il ne voulait pas pour autant passer à côté de sa jeunesse. Il s'était lui-même lentement isolé en rompant le contact avec les Maraudeurs et Regulus. Le problème était qu'il ignorait quelle relation il désirait entretenir avec eux à présent. Il avait cette impression un peu bizarre qu'il ne pourrait pas redevenir amis sans se remettre avec Sirius.

Ce n'était sans doute qu'une impression car à vrai dire, il ignorait ce que Sirius lui-même désirait.

En y repensant, Remus se demandait si Godran n'avait pas eu partiellement raison en disant qu'il ne prenait aucun risque, qu'il se laissait porter et avait du mal à couper le cordon. Ses parents étaient protecteurs envers lui et Remus n'en était pas toujours satisfait mais au fond, c'était quelque chose de rassurant de savoir qu'ils étaient derrière lui. C'était compliqué à expliquer.

Avoir un projet lui avait donné l'illusion de mûrir et de s'envoler. Mais était-ce réellement le cas ?

Après être allé jusque dans la ville voisine, avoir profité du parc rempli d'enfants, de la musique dans les rues et des vêtements en solde qu'il n'avait pas les moyens de s'acheter parce qu'il avait bêtement dépenser une partie de ses économies dans un restaurant hors de prix, Remus décida de rentrer.

Sur le chemin du retour jusqu'à l'arrêt de bus, il tomba sur une annonce de recrutement affiché sur la vitrine d'un petit café.

Il cherchait une personne à mi-temps qui travaillerait essentiellement l'après-midi et qui s'occuperait de prendre les commandes et de servir. Remus n'avait jamais pensé à avoir un job saisonnier mais il avait du temps libre malgré ses révisions et cruellement besoin d'argent. Il n'avait jamais travaillé avant et c'était une expérience comme une autre. Il pensa aussi aux rencontres qu'il pourrait faire. Il était déterminé à se faire de nouveaux amis, avoir des responsabilités et être confronté au monde du travail. Même si ce n'était que pour 2 mois.

Avec un brin d'angoisse, il entra dans le café et faillit faire marche arrière quand il vit que celui-ci était presque bondé. Mais il n'y avait sans doute pas tant de personnes car la salle était plutôt exiguë, donnant cette fausse impression de foule.

Le châtain marcha jusqu'au comptoir et attendit que quelqu'un vienne le voir.

-Remus ?

Ce dernier tourna la tête et découvrit Severus, les cheveux attachés, portant un tablier bleu. Il était évident qu'il travaillait là. A présent, ça lui revenait. Severus travaillait souvent durant les vacances. Habituellement, c'était dans une librairie. Cela dit, Remus fut grandement rassuré de constater qu'il connaissait quelqu'un en le voyant.

-Tu bosses là depuis combien de temps ? lui demanda-t-il.

-Quelques jours à peine. Je prépare les commandes et je m'occupe de ranger les livraisons.

-Je suis là pour répondre à l'annonce.

-Tu veux travailler ici ? s'étonna Severus.

-Eh bien, si ça vaut le coup ! plaisanta Remus.

Severus s'apprêtait à lui répondre quand la patronne fit son apparition.

-Severus, il y a deux tables à débarrasser. Ensuite, il faudrait que tu cuises quelques gaufres, s'il te plait.

-Bien, madame, déclara-t-il avant de retourner à ses tâches.

-Je t'installe ? lui demanda la patronne.

-Oh, non, je suis là pour l'annonce. Vous cherchez un serveur ?

La patronne, une femme brune de petite taille, le détailla de haut en bas avant d'acquiescer.

-Tu as de l'expérience, des diplômes ?

Remus cligna des yeux, un peu surpris. C'était pourtant une question légitime. Encore une preuve de son manque d'expérience.

-Non, mais j'apprends vite et je suis méticuleux. J'ai une bonne mémoire et je suis très souriant. Et bien entendu, je suis la patience incarnée !

-Très bien, mais tout ça ne vaut malheureusement pas grand-chose sans expérience. J'ai quand même envie de te donner une chance… Quand serais-tu libre pour faire un essai ?

-Maintenant ?

Remus sourit. Il craignait de changer d'avis une fois rentré chez lui et il n'était pas disponible dans les prochains jours à cause du procès.

-Très bien, sourit-elle. Au fait, je suis la patronne, Kaila.

-Remus Lupin.

Kalia alla lui chercher un tablier et Remus l'enfila. Il était prêt pour la bataille.

xXx

-Comment étaient vos parents avec vous ?

Regulus était impressionné d'être assis à la barre. Aujourd'hui, Sirius et lui devaient livrer au juge et aux nombreuses personnes qui avaient réussi à avoir une place dans la salle, leur calvaire. C'était une chose que Regulus regrettait. Que le procès ne se déroule pas à huis clos.

-Au début, bien. Je les trouvais même gentils, répondit Regulus.

Maitre Simon faisant les cent pas face à lui.

-Vous dites au début ? A partir de quel moment avez-vous senti que les choses changeaient ?

-Récemment, à mon départ de la maison. Mais avec le recul, je pense que c'était il y a bien plus longtemps encore.

-Pouvez-vous nous raconter en détails comment la relation avec vos parents s'est-elle dégradée ?

Regulus se tritura les mains, essayant d'ignorer les regards et les murmures. Le bruit des chaussures de maitre Simon résonnait avec régularité.

-Il me comparait sans arrêt à mon frère et faisait peser sur mes épaules une pression constante. Ils ne l'ont jamais clairement dit, mais je sentais que si je déviais du chemin qu'ils avaient tracé pour moi, je pourrais en payer le prix. Après mon départ, ils ont tout tenté pour me ramener. Ils sont allés jusqu'à demander à mes camarades de Serpentard de me brutaliser.

-A ce sujet, madame la juge, je vous laisse consulter le document n°3 que je vous ai passé et qui atteste des propos de mon client, ajouta l'avocat avant de se retourner vers le Serpentard. Ces actions s'exprimaient-elle par de la violence, du harcèlement ?

-De la violence physique, de l'isolement...

Regulus préféra taire le reste. Il se sentait déjà fatigué.

-Comment avez-vous réagi en apprenant que vos parents étaient responsables de ces agissements ?

-J'ai été déçu. Et puis, je me suis rendu compte qu'ils avaient toujours agi ainsi. Ils avaient fait pareil avec Sirius lorsqu'il avait été réparti à Gryffondor.

-Maitre Carter affirme que Orion et Walburga sont simplement des parents stricts, êtes-vous d'accord ?

Regulus esquissa un sourire désabusé.

-Non. Ils voulaient que tout aille dans leur sens et la seule bonne manière de penser était la leur, ils ne supportaient pas la contradiction. Sirius et moi étions devenus des objets inutiles lorsque nous avons commencé à les contredire. Ils n'ont pas de sentiments.

Maitre Simon arrêta de marcher pour se tourner vers la juge.

-Je n'ai plus de question, votre Honneur.

Regulus était toujours assis. Il regarda son frère mais celui-ci avait la tête baissée et le visage blême. Il était tout aussi angoissé que lui. James, assis juste derrière lui, le regardait et lui fit un sourire comme pour lui dire qu'il s'en était bien sorti.

La greffière termina de noter son témoignage avant que la juge n'invite l'avocat adverse à venir l'interroger.

-Comment était votre enfance ? Pouvez-vous dire qu'avant votre entrée à Poudlard, vous avez été heureux avec vos parents ?

-C'est compliqué, commença Regulus, déstabilisé par l'entrée en matière de Maitre Carter. Je pensais que la-

-Veuillez répondre par oui ou par non, le coupa-t-il.

Regulus se tut un instant, décontenancé. Il lui était impossible de mentir et cette réponse-là, il n'avait pas envie de la donner.

-Oui.

-Vos parents vous ont-ils déjà frappé ?

-Non.

-Et vous dites qu'ils vous maltraitaient ? s'amusa l'avocat. C'est bien le comportement d'un enfant gâté qui ne supporte pas que ses parents l'engueulent ou lui disent non.

-Objection, votre Honneur, ce commentaire est déplacé, intervint Maitre Simon. De plus, il a déjà été rapporté que les parents de mon client ont fait appel à des personnes extérieures pour blesser physiquement leur fils.

-Retenue, accorda la juge.

Regulus respirait de plus en plus vite et il vit l'avocat de ses parents sourire.

-Il a été porté à ma connaissance qu'avant votre fugue, vous étiez un enfant exemplaire et sans histoires à l'école. Avec même de très bonnes notes et appréciations. Les choses ont commencé à changer après votre fugue. Au contraire de votre frère qui a toujours causé des problèmes et pour qui vos parents ont éprouvé beaucoup de difficulté à canaliser son énergie et ses mauvaises idées. Pouvez-vous affirmer ne pas avoir été influencé par votre frère ? Peut-être vos parents ont-ils commis quelques erreurs et sont-ils parfois allés trop loin, mais n'est-ce pas exagéré d'affirmer qu'ils ont toujours vu en vous un remplaçant à votre frère, un moyen d'atteindre leur but ?

-Non. C'est ce que je pense. Sirius m'avait mis en garde, mais ce n'est pas grâce à lui que j'ai ouvert les yeux.

-Vraiment ? s'étonna l'homme. Puis-je savoir qui ?

-Les Potter, répondit naturellement Regulus. En vivant à Godric's Hollow avec les Potter, j'ai pu sortir des schémas éducatifs que perpétuaient les Black en général. J'ai pu observer ce qu'était une famille qui s'aimait, qui se protégeait. Il n'y avait pas de coups, pas de hurlement ni de punition injuste. Mieux encore, ils m'acceptaient alors que je n'étais personne pour eux. J'ai vu comment des parents devaient traiter leur enfant.

Il y eut un silence dans la salle et même l'avocat de Orion et Walburga sembla mouché. Regulus se sentait moins oppressé. Il n'était plus écrasé par la présence de l'individu ni par l'ambiance de la salle.

-Une dernière question.

L'homme s'approcha de lui.

-Aimez-vous encore vos parents ?

Regulus fronça les sourcils et voulut nier. Il ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il écarquilla les yeux en comprenant pourquoi il ne pouvait répondre. Il baissa la tête et serra les poings. Il n'arrivait pas à y croire. Il pensait pourtant être sûr de lui et avoir définitivement tourné la page.

-Monsieur Regulus Black ? le relança l'avocat.

Regulus releva la tête et c'est d'un ton froid qu'il lui répondit.

-Oui.

L'avocat sourit et se tourna vers le public.

-C'est assez étonnant et même contradictoire. Vous affirmez avoir subi des violences morales de la part de vos parents et pourtant, vous les aimez encore. Si vous n'arrivez pas à les détester, c'est parce que vous devez vous-même être conscient que vos parents ont bien agi et surtout qu'ils n'ont rien fait de mal. J'ai terminé.

L'avocat retourna s'asseoir à côté de ses parents et Regulus fut inviter à retourner à sa place. Il se sentait honteux et garda le silence, se contentant d'hocher la tête quand maitre Simon fit le point avec lui et tenta de le rassurer.

Après tout ce que Orion et Walburga avaient fait, il les aimait encore. La révélation était plutôt douloureuse. Il se sentait honteux et comme Maitre Carter l'avait dit, aimer des parents abusifs n'avait aucun sens. Qu'est-ce que ça disait de lui ? On lui faisait du mal et ça n'avait aucune importance ? Quel message cela envoyait-il ? Que pouvait bien penser son frère de lui…

Le procès ne faisait que commencer. A présent, c'était au tour de son frère de parler. Regulus le sentait, lui aussi serait poussé dans ses retranchements.