Je suis tellement désolée. Ce chapitre est prêt depuis environ une semaine, mais je ne sais pas, j'ai juste oublié de le posté...

Résumé du chapitre précédent :

James, soutenu par ses amis, commence lentement à remonter la pente. Il dit au revoir à ses parents entourés de tous ceux qui aimaient et appréciait les Potter. À la lecture du testament, James est bouleversé de revoir ses parents. Il est d'autant plus touché que ses parents lui donnent leur bénédiction quant à sa relation avec Regulus. Cette dernière discussion permet au Maraudeur de dire au revoir à ses parents et de commencer son travail de deuil.

Suite à cette discussion, il trouve du réconfort auprès de son petit ami. Regulus est ému d'apprendre à quel point les Potter l'appréciaient et était content de le savoir avec leur fils. Le Serpentard est troublé d'apprendre de James qu'il compte continuer de parler de Evan Rosier et de toutes les atrocités qu'il avait commises à Poudlard. James ne veut pas de nouveau le blessé et veut être sûr qu'il ne lui fera pas de mal en ramenant une fois de plus le sujet sur le tapis. Il veut dévoiler la vérité, mettre en lumière ce qui a été jusque là caché, car il pense le devoir à toutes les victimes qui lui ont fait confiance et ont parlé. Regulus ne se sent pas de parler de ce qu'il a subi, mais ne peut qu'encourager d'autre à le faire. Il avoue à James qu'il est possible qu'il ne soit jamais capable de dénoncer Rosier. James touché par les mots de son petit-ami fond en larme et s'excuse de ne pas avoir pu l'aider à l'époque.

Après cette dure épreuve, il est temps pour le trio d'affronter les Black dans un procès qui fait déjà grand bruit. Malgré l'absence de Remus, le trio reste concentré sur les épreuves à venir, défendu et conseillé par leur avocat, Maître Simon.

Le procès Black x Black fait couler beaucoup d'encre. La population sorcière se délecte de ce fait divers hors du commun qui traine dans la boue le nom d'une des plus ancienne et puissante familles sorcière. Bon nombre d'entre eux se pressent au tribunal pour assister au procès et voir de leurs propres yeux ce qu'il se passe.

De son côté Remus se tient à l'écart. Il ne sait plus où il en est à l'impression de ne pas avoir sa place auprès de James, Sirius et Regulus. Il a l'impression de s'être fait avoir une fois de trop avec l'histoire de Padfoot. Il se concentre sur son avenir et consent à passer une journée avec Godran. Néanmoins il ne veut pas sortir avec l'infirmier et espère trouver une occasion de lui faire comprendre une fois pour toutes qu'il n'est pas intéressé. Le rendez-vous s'éternise et Remus ne trouve jamais l'occasion de s'en aller. Au fil des heures Remus est de plus en plus refroidi par le comportement du roux. Et la journée se termine par une touche amère quand après avoir repoussé ses avances, Godran le frappe.

Marlene qui a commencé à renouer avec ses amies, ne peut plus mentir et leur avoue le rôle clé qu'elle a joué dans l'évasion d'Azkaban et la raison de son retour. Si Isabel et Pamela veulent lui pardonner et la soutenir dans sa repentance, c'est plus dur pour Dorcas et Lily qui se sentent réellement trahis.

Pendant ce temps-là, le procès continue et Regulus et Sirius vont enfin livrer leur version des faits.


Chapitre 63 :

Le procès partie 2

Les jambes de Sirius tremblaient quand il marcha jusqu'à la barre pour livrer son témoignage. C'était le deuxième jour du procès et son frère venait juste de terminer de répondre aux questions des avocats. À présent, c'était à lui de s'exprimer sur ce qu'il avait vécu durant ces longues années.

Maître Simon se leva et d'un bref regard, lui rappela de se détendre. Tout allait bien se passer. Sirius avait envie de le croire… Mais si l'avocat de ses parents ne s'était pas montré tendre envers Regulus, il ne le serait pas envers lui non plus. Il savait que ce serait même pire car contrairement à Regulus, il possédait beaucoup plus d'ouvertures.

Sirius jeta un coup d'œil à son frère. Il avait l'air de s'être repris. Sirius prit une grande inspiration pour se préparer à ce qui allait suivre et hocha la tête pour signaler qu'il était prêt.

Au début, Maître Simon lui posa des questions presque anodines pour le rassurer et l'amener doucement à parler des violences qu'il avait subies.

-C'était des doloris, des gifles… Ils m'enfermaient dans des placards pendant des heures sans me nourrir. À les entendre, tout était toujours de ma faute. Ils me reprochaient même les choses les plus futiles. Ils m'accusaient également d'être un mauvais exemple pour mon frère, de le pervertir.

-Est-ce que des voisins, l'école ou même d'autres membres de votre famille savaient ce que vous viviez ?

-Les membres de ma famille le savaient. C'est comme ça que les Black fonctionnent. Mes cousines le savaient. L'une d'elles avait également subi un traitement similaire avant de s'enfuir et de couper les ponts.

-Et à Poudlard ? tenta Maître Simon.

-Je ne suis pas sûr. Je crois que oui, mais je ne peux pas l'affirmer. Du moins, ils savaient que j'avais une situation familiale compliquée. A partir de la troisième année, je ne rentrais plus chez moi pendant les vacances.

-Je vois. Saviez-vous pourquoi vos parents ne vous traitaient pas de la même manière que votre frère ?

Jusque-là tout allait bien. C'était comme aux répétitions. Sirius avait presque l'impression d'interpréter un rôle. Comme si ce qu'il disait ne lui était pas véritablement arrivé. C'était plus simple de se dissocier de ces évènements, de faire comme s'il racontait une histoire et non pas sa vie.

-Parce que je leur tenais tête. Je n'étais pas d'accord avec ce qu'ils disaient sur les moldus.

Sirius hésita à parler de la fois où ses parents étaient rentrés dans une colère noire parce qu'il l'avait pensé gay. Après cet épisode étrange, le moldu avait fait son arrivée dans leur maison et leur vie. L'avocat avait certifié qu'il n'était pas obligé. Pourtant, il choisit de le faire. Il voulait montrer au monde que ses parents, en plus d'être d'immondes racistes et xénophobes, étaient également homophobes. Il n'avait pas à avoir honte. On le lui avait assez répété et il avait envie d'y croire.

-Ce n'est pas tout. Parce qu'il me pensait homosexuel, ils se sont sentis le droit de devoir se montrer vraiment très dur envers moi dans le but de me faire redevenir « normal ». Et ça n'avait pas d'importance si ça allait beaucoup trop loin. Les mauvais traitements se sont renforcés à cause de cette unique raison. Une simple supposition.

Maître Simon conclut par une dernière question avant de déclarer qu'il en avait fini. En voyant Maître Carter se lever, Sirius sentit l'angoisse monter. La vraie bataille allait commencer. Il savait que l'avocat pouvait se montrer sans pitié. Il allait chercher à le déstabiliser, à lui faire admettre qu'Orion et Walburga n'étaient pas des monstres.

-Depuis tout à l'heure, vous parlez de vos méchants parents et de tout le mal qu'ils vous faisaient. Et tout ce déferlement de haine et de brutalité ne serait dû qu'à des excès de colère et de mépris. Mais en êtes-vous sûr ? Vous étiez donc un enfant sage, gentil et qui ne méritait pas d'être repris par ses parents ?

-Le doloris est un impardonnable, rappela Maître Simon.

-Encore faut-il avoir la preuve que votre client ait bel et bien subi tout ce qu'il affirme.

-Maître Carter, allez au bout de votre propos, s'il vous plait, s'impatienta la juge.

-Très bien. Veuillez, madame la juge, regarder le document que mon assistante vient de vous passer. J'ai enquêté sur Sirius Black. Bonnes notes, populaire à Poudlard et faisant partie de l'équipe de Quidditch. Mais saviez-vous également que c'était un élève turbulent qui a souvent dépassé les bornes ? Il volait, faisait le mur et quand il s'ennuyait, harcelait ses camarades. C'est quelque chose que vous vous êtes abstenu de nous dire. Car vous n'allez pas nier, n'est-ce pas ?

Sirius était blême et ne savait pas quoi dire. Il avait horriblement honte et savait que ça allait jouer contre lui.

-Répondez, lui somma la juge.

-C'est vrai, je l'ai fait, avoua-t-il.

-La vérité est que vous étiez un enfant difficile qui aimait contredire ses parents et les provoquer. Ils ont toujours eu le plus grand mal à vous contrôler et ont fait de leur mieux comme n'importe quels parents débordés. Ils ont sans doute fauté à quelques reprises, mais ça n'en fait pas des monstres pour autant. J'ai par ailleurs lu le rapport des Aurors sur la terrible tragédie de Poudlard. Pouvez-vous me raconter ce qu'il s'est passé dans le sous-sol de l'école lorsque vous et deux de vos camarades avez réussi à capturer un fugitif ? Comment l'avez-vous fait parler ?

Sirius avait les mains qui tremblaient. Carter savait appuyer là où ça faisait mal…

-Objection, cela n'a rien à voir avec l'affaire qu'on traite.

-Rejetée, répondit la juge qui voulait savoir où voulait en venir l'avocat.

-C'est étrange, vous qui étiez si éloquent tout à l'heure semblez avoir perdu votre langue, nota Maitre Carter. Je vais donc éclairer le public et la juge. Le prisonnier a subi plusieurs doloris, tant qu'il en a eu des séquelles. Qui est le monstre ici ? Ceux qui, fatigués et complètement dépassés par l'éducation d'un enfant difficile voire dangereux ont fauté, ou celui qui a sans hésitation torturé un homme jusqu'à lui laisser des séquelles ?

-C'est faux, je…

-Êtes-vous homosexuel, Sirius Black ?

Sirius écarquilla les yeux de surprise.

-Objection ! s'énerva Maître Simon. Cela n'a rien à voir avec l'affaire et il s'agit de la vie privée de mon client !

-Accordée. Maître Carter, veillez à ne pas trop vous écarter de l'affaire.

Elle tapa un petit coup avec son marteau.

Satisfait de lui malgré tout, l'avocat continua à fixer Sirius. L'ancien Gryffondor n'était pas dupe, il savait ce que cherchait à faire l'homme. Une grande partie de la population sorcière de Grande-Bretagne n'était pas à l'aise avec l'homosexualité. Plus particulièrement celle qui étaient issue du métissage. Maitre Carter tentait de dépeindre une mauvaise image de lui pour atténuer les propres crimes de Orion et de Walburga.

Énervé, il quitta sa place pour retourner auprès de son avocat et de son frère quand la juge le lui signifia. La journée était loin d'être finie. A présent, les Aurors allaient exposer les différentes preuves trouvées et livrer leur analyse puis les conclusions de leur enquête.

xXx

En rentrant du tribunal, Regulus avait laissé exploser sa colère en s'acharnant à détruire une des vieilles caisses fourre-tout en bois du garage avant de les réparer et de recommencer l'exercice plusieurs fois. James avait paniqué. C'était bien la première fois qu'il voyait son petit-ami ainsi. Lui habituellement si calme et si maitre de ses émotions montrait un tout autre visage et l'ancien Gryffondor découvrait qu'il pouvait également perdre son calme. Il avait voulu l'arrêter, mais Sirius l'avait convaincu de ne pas s'en mêler. Si cela lui faisait du bien, il fallait le laisser faire. Chacun gérait les douloureux sentiments qu'engendrait le procès comme il le pouvait.

Regulus n'était pas fier de lui. Perdre le contrôle ne lui ressemblait pas. Mais à chaque fois qu'il repensait à la manière dont s'était finie sa prise de parole, il s'en voulait. Il craignait d'avoir peut-être gâché tout le travail effectué par leur avocat. Quelle crédibilité avait-il s'il était incapable de détester ses bourreaux ? Il se sentait impuissant. Est-ce que toutes les victimes se sentaient ainsi ? Sous emprises et incapables de se détacher de ceux qui leur avaient fait du mal ? Même si le Serpentard en avait un peu honte, sortir toutes ses émotions négatives lui avait fait du bien. Lui qui avait jusque-là tenté de garder le contrôle et avait agi en permanence avec retenue, se sentait libéré. Mais aussi un peu vidé. Il restait deux jours de procès et c'était si éprouvant que Regulus ne savait pas comment il allait en ressortir.

Le Serpentard observa le garage qu'il avait pris le soin de remettre en ordre. La moto de son frère protégée par une bâche reposait dans un coin. Il avait fait attention à ne pas l'abimer, même par mégarde. Il quitta finalement la pièce. James et Sirius étaient dans la chambre de son frère et il les rejoignit. Allongés sur le lit à moitié défait, les maraudeurs observaient le plafond comme si c'était la chose la plus intéressante au monde. Sirius invita son frère à venir s'installer à côté de lui et il s'exécuta.

-Tu n'as pas à t'en vouloir pour ce qu'il s'est passé. Tu t'en es bien sorti pendant ton audition.

-Je pensais les haïr, confessa-t-il. Je ne comprends pas comment malgré tout ce qu'ils ont fait, j'arrive encore à les aimer…

Regulus avait l'impression que c'était une insulte face à la souffrance de son frère. Qu'en quelque sorte, il était encore sous le joug de ses parents.

-Ce n'est pas quelque chose que tu peux décider comme ça. Les sentiments, ça ne se contrôle pas, déclara James.

-Je sais, mais quand même…

-Si tu as autant de colère en toi, si tu les hais à ce point, c'est bien parce que tu les aimes, Regulus. C'est normal, lui assura Sirius. Tu espères encore qu'ils ne sont pas complètement mauvais, qu'ils puissent changer et même qu'ils comprennent leurs fautes. Tu attends quelque chose d'eux. Mais surtout, malgré tout ce qu'ils ont fait, ça reste nos parents. Ce n'est pas si facile que ça de tirer un trait et d'avancer.

-Mais ce n'est pas ton cas, pointa Regulus.

-C'est parce que je ne les hais pas. Je ne ressens plus rien pour eux. Notre relation s'est fissurée il y a longtemps, j'ai eu le temps de perdre toutes mes illusions. Pour toi, c'est encore un peu trop tôt. Arrivera le jour où tu pourras passer à autre chose. Ne te presse pas et accepte simplement ce que tu ressens.

-Tu n'es pas frustré ? s'étonna le Serpentard. J'ai l'impression que tout ce qu'on a tenté s'est retourné contre nous à cause de moi !

-C'est vrai que j'ai du mal à me faire un avis tranché sur cette journée…

-Je pense que vous ne devriez pas trop vous inquiéter, c'est le boulot de la juge de ne pas se faire avoir par les petites manigances de Maître Carter, leur rappela James. Ce n'est pas vous qu'on juge, mais bien Orion et Walburga Black. Elle a déjà des éléments et les Aurors ont apporté pas mal d'éclaircissements. Demain, ils vont être interrogés et ne pourront pas se défiler. Ils le savent, c'est pour ça qu'ils ont essayé de faire comme si c'était vous qui les poussiez à bout, que vous avez mérité ce qui vous est arrivé. Mais ce n'est pas le cas.

Regulus se tourna vers son petit-ami et lui sourit. James fit de même et Sirius, qui était entre eux, regretta d'avoir choisi cette place. Il repoussa son frère et soupira bien fort juste pour les embêter.

-Merci d'être là, lança tout de même Regulus à James. T'avoir avec nous est un véritable réconfort.

-Je suis là pour vérifier que l'avocat fait du bon boulot. J'ai adoré ce que tu as dit sur mes parents, je sais que ça les aurait touchés !

-Bon, ça suffit ! râla Sirius. Votre niaiserie m'insupporte. Je n'ai personne pour me câliner et me dire que quand je pète, ça sent la rose !

James éclata de rire.

-Tu ne peux pas t'en empêcher, rougit Regulus, gêné.

-Viens-là, je vais te faire un gros câlin !

James se jeta sur Sirius qui tenta de l'éviter. Il demanda alors à Regulus de lui venir en aide et en quelques secondes, plus personne ne savait à qui appartenait telle jambe ou tel bras. À la fin, tout le monde riait et l'ambiance était plus légère.

-Maître Simon a dit qu'on avait de bonnes chances de victoire, mais j'ai toujours du mal à y croire, reprit Sirius quand le calme fut revenu. Pour moi, si on ne devait gagner qu'un procès, ce serait celui-là. Quand j'y pense, je n'en ai rien à faire qu'ils payent pour le meurtre de ce moldu. Cet homme ne mérite pas d'obtenir justice. Qu'ils soient condamnés pour complicité serait déjà bien. Mais plus que tout, je veux qu'ils payent pour toutes ces années de mauvais traitement. Pour toutes ces fois où Walburga me corrigeait à coup de doloris et autres sortilèges. Pour ces fois où ils m'affamaient et me punissaient sans raison, m'engueulaient et me rabaissaient sans cesse. Je veux qu'ils payent pour que je puisse me dire que je n'étais pas en tort. Que j'ai eu raison de me battre.

Regulus sentit son frère ému et fut également gagné par l'émotion. Il comprenait ce qu'il voulait dire.

-Quand ce sera fini, faisons un voyage ensemble, proposa James. Il est temps de se créer de nouveaux beaux souvenirs si on veut avancer !

-Ça me plairait carrément ! approuva Sirius.

Dans le regard de James, Regulus le voyait excité, des idées déjà plein la tête.

-On est une famille, déclara le plus jeune. On va s'en sortir, ensemble.

Regulus le sentait, même si c'était dur pour l'instant, l'avenir serait radieux. Il n'imaginait pas les choses autrement.

xXx

Au 3e jour du procès, les époux Black se sont enfin exprimés. Si les premiers jours, ils se sont montrés silencieux, en retrait et réservés, ils ont enfin fendu l'armure et exprimé des regrets. Le couple, toujours uni, a déclaré être conscient d'avoir été trop loin, de ne pas avoir pris conscience que leur éducation trop stricte avait pu créer des traumatismes chez leurs enfants. Qu'eux-mêmes avaient été élevés à la dure et qu'ils n'avaient fait que reproduire le schéma auquel ils avaient été habitués. Ils ont tout de même nié toute forme de maltraitance et d'utilisation de doloris et de sévices corporels contre Sirius Black. Seulement des punitions d'un autre temps.

L'ancien Gryffondor étant continuellement dans le mépris et la désobéissance, ils n'avaient selon eux eu d'autre choix que d'aller toujours plus loin pour le garder sous contrôle. Orion a ainsi déclaré « Si nous n'avions rien fait, qui sait ce qu'il serait devenu ! Un criminel, un homme violent ou même un drogué ! »

Concernant l'étrange mot passé aux camarades Serpentard à propos du cadet des frères, les parents ont déclaré qu'ils avaient demandé de lui faire entendre raison, de lui faire comprendre qu'en fuguant, il s'isolait. Ils avaient conseillé de ne plus lui parler, de le mettre à l'écart et de le bousculer un peu pour lui faire entendre raison. Regulus Black étant très borné, il aurait été difficile de lui faire entendre raison autrement. Ils n'avaient pas pensé que les choses iraient aussi loin, que des enfants issus de familles qui étaient en opposition à la leur franchiraient la ligne rouge.

À la fin de son témoignage, Walburga a versé une larme. L'assemblée s'est figée, peu habituée à ce que la sorcière montre une image si fragile. Maître Carter a alors déclaré qu'il s'agissait là de la preuve que les Black aimaient leurs enfants. Qu'il était impossible que des parents n'aiment pas leurs enfants et que les Black n'échappaient pas à cette règle.

xXx

Remus était impressionné par le tribunal, sa grandeur, sa décoration, l'atmosphère et la solennité qui y régnait. Remus n'avait pas pris de nouvelles depuis le début du procès, il avait à peine lu les journaux. Il savait que Lily, Frank et Dorcas avaient rendu visite aux frères Black après le deuxième jour. Il aurait pu les accompagner, il aurait dû. Cela paraissait étrange de réapparaître devant ses amis après des jours de silence. Surtout qu'il ne venait pas les soutenir. Il était appelé à témoigner et ignorait si cela pourrait leur faire du tort.

L'ancien Poufsouffle se sentait dans une position désagréable. Le cœur lourd, Remus entra dans le tribunal. Il s'annonça à l'accueil et on lui indiqua la salle où se tenait le procès. Dans le couloir devant la porte, il vit James. Il était appuyé contre un mur, perdu dans ses pensées alors qu'un flot ininterrompu de visiteurs se pressait pour entrer dans l'espoir d'avoir les meilleures places. Cela lui donna l'impression d'être un spectateur venu assister à un show aux places limitées.

Le matin, il avait dû dire à ses parents où il allait. S'il avait dû s'y résoudre, c'était pour qu'ils ne l'apprennent pas dans les journaux. Comme il s'y était attendu, ceux-ci avaient surréagi en ne comprenant pas pourquoi il ne leur avait rien dit et en s'inquiétant même si le châtain avait simplement respecté les procédures…

Pourtant, il avait eu le sentiment de mentir à ses parents, tout comme à ses amis. C'était sans doute pour cette raison qu'il ne se sentait pas à l'aise à l'idée d'aller parler à James. Il l'avait ignoré si longtemps alors même que ce dernier avait eu besoin de soutien après la mort de ses parents. Fébrile, Remus avança pour le saluer. Quand il fut près de lui, le Maraudeur fronça les sourcils, assimilant avec retard sa présence.

-Remus ? C'est super que tu sois là !

James ne semblait pas spécialement heureux. Son sourire était vacillant. Le châtain avait plus l'impression qu'il le disait pour se préserver des potentielles questions de l'ancien Poufsouffle. Lorsque Remus l'avait aperçu, il avait donné l'impression d'être submergé. Néanmoins, il papota sur un ton joyeux pour donner le change. Remus n'arriva pas à en placer une et au fur et à mesure de l'échange, il sentit les serres de la culpabilité se resserrer sur lui.

-On n'avait plus de nouvelles et ce n'était pas facile, continua James. J'avoue que j'aurais bien aimé que tu sois avec nous pour traverser tout ça ! Entre la mort de mes parents, l'arrestation de Jedusor et le procès des Black…

Remus ne sut pas quoi répondre. Il savait surtout que rien de ce qu'il pourrait dire ne pourrait effacer ce qu'il s'était passé et la manière dont il avait géré la situation.

-Viens, tu as encore le temps de parler avec Sirius et Regulus avant que ça commence ! Aujourd'hui, c'est assez particulier, on va écouter des témoignages qui vont peut-être décider de l'issue du procès.

James était inarrêtable. Il parlait encore et encore, comme pour rattraper le temps perdu. Il tentait de résumer en quelques minutes à peine les évènements de ces derniers jours. Et plus il lui parlait, plus il lui souriait, plus il lui disait qu'il était heureux de le voir, plus Remus se sentait comme un imposteur.

-James, l'arrêta-t-il enfin. Je suis ici pour témoigner…

-Quoi ? Maître Simon t'a convoqué ?

Remus secoua la tête.

-Non, il s'agit de Maître Carter.

James accusa difficilement le coup. Il resta silencieux un moment et dans le couloir à présent vide, cela sembla résonner d'autant plus fort.

-Tu es en train de dire que tu n'es pas venu pour soutenir Sirius et Regulus ?

-Je… Après ce qu'il s'est passé, j'ai pensé que c'était mieux de garder mes distances... Et puis, je ne voyais pas en quoi je pouvais être utile…

Dans le regard de l'ancien Gryffondor, il vit de la déception, mais pas seulement. Il y avait de la colère aussi.

-Tu n'as pas donné de nouvelle pendant des jours ! A la fête de la dernière fois, on ne s'est pas parlé et tu n'as pas adressé la parole à Regulus ou encore à son frère ! Je ne comprends pas.

James baissa la tête.

-Je ne comprends pas, répéta-t-il.

Il releva finalement la tête, ses yeux brillant de tristesse et de rancœur.

-C'est à Padfoot que tu devrais en vouloir et seulement à lui. Sirius n'a pas choisi de te faire du mal. Il tient à toi, quand est-ce que tu vas enfin le comprendre ?

-Ce n'est pas… C'est plus compliqué que ça. Je ne peux pas raccourcir l'histoire en me disant que c'est la faute de ce Padfoot.

Remus recula d'un pas, oppressé.

-Admettons que ce soit compliqué avec Sirius, mais Regulus ne t'a rien fait. Pourtant, tu te fiches bien de ce qui lui arrive, de ce qu'il ressent, lui fit remarquer James. Toi qui t'étais pourtant donné tant de peine à l'aider quand Rosier était encore là ! D'un coup, parce que tu es perdu, tu t'en fiches ?!

-Ce n'est pas ça !

Les propos de son ami lui faisaient de la peine car cela l'obligeait à voir certaines vérités en face. Lui qui jusqu'à présent avait analysé la situation sous un seul angle, le sien. Aujourd'hui, il s'ouvrait enfin et acceptait de croire que peut-être, on ne lui avait pas menti. Que ce qu'il avait vécu, que ce soit avec Sirius ou même Regulus et James, avait compté autant pour eux que pour lui.

-Et moi alors ? souffla James. J'ai perdu mes parents, comment crois-tu que je me sens ? Est-ce que tu en as seulement quelque chose à faire ? Je ne sais pas comment aider Sirius, avoua-t-il soudain. Je n'y arrive pas quand tout ce que je veux, c'est m'en aller ! C'est insupportable pour moi d'être dans cette maison et d'être confronté chaque jour à tous les bons moments, tous les souvenirs passés de mes parents…

James se détourna, les épaules basses, et ouvrit la porte de la salle d'audience.

-On n'y arrive pas sans toi, Remus. Reprends-toi, ne remets pas tout en question pour un seul cafouillage. On est amis, non ?

Remus eut envie de lui répondre positivement, mais James n'attendit pas. Le Poufsouffle resta alors figé quelques secondes, se repassant les mots du brun en boucle. Le jour où Padfoot était parti et où Sirius était revenu, Remus avait senti une cassure dans leur groupe. Il avait eu l'impression qu'ils ne se comprenaient plus, que quelque chose avait changé. Il s'était alors éloigné pour réfléchir et aussi se protéger. Mais si cela n'avait été que le fruit de son imagination ? Si en ne leur parlant pas, il avait lui-même créé cette distance ?

En fin de compte, n'était-il pas lui aussi responsable de cette situation ? Remus était perturbé et les certitudes se transformait en doute. Il se sentait seul et incompris et pensa que peut-être il s'acharnait sur une voie inutile. Il n'avait pas confiance en lui et il suffisait qu'on remette en doute son jugement ou ses décisions pour qu'il vacille.

Remus avait toujours été un gars sympathique. Tout le monde l'aimait, mais pas suffisamment pour faire des sacrifices pour lui. Il était aimé, mais ce n'était jamais lui qu'on choisissait en premier. En revanche, c'était lui qu'on venait voir quand on avait besoin d'un service. Par contre, on ne lui proposait jamais d'aide. Isabel était différente et il avait longtemps cru qu'elle était une exception. Mais peut-être que ce n'était pas le cas. Il y avait d'autres personnes qui l'aimaient plus que tout, qui avaient besoin de lui et pas seulement parce qu'ils y trouvaient un intérêt.

Pouvait-il encore tout rattraper, ou était-ce trop tard ?

Remus voulait des changements dans sa vie, s'émanciper et réaliser son rêve. Mais s'il y avait bien une chose dont il ne devait pas douter, c'étaient ses amis.

xXx

Regulus avait été surpris par la présence de Remus. D'autant plus qu'il avait pris place sur le banc réservé aux intervenants. James, assis derrière lui, avait le regard sombre et était étonnamment silencieux. Il y avait des jours comme celui-là où il se refermait. Regulus savait que dans ces moments-là, il fallait simplement le laisser s'apaiser et ensuite lui parler. Sirius, tout comme lui, était troublé par la présence du châtain. Regulus devinait que Remus n'avait mis aucun d'eux dans la confidence. C'était étrange. Sirius l'avait regardé longuement à son arrivée mais depuis que la séance avait commencé, il regardait droit devant lui, le regard vide. La jovialité et la détermination de la veille lorsqu'ils avaient discuté dans la chambre étaient bien loin.

Les enjeux étaient importants et chacun d'eux se sentait écrasé par un stress énorme.

Aujourd'hui, ils sauraient si Orion et Walburga seraient condamnés pour maltraitance.

Cela faisait déjà une heure que la séance du jour avait commencé. Kreattur, leur elfe de maison, était déjà passé. Il avait répondu aux questions des deux avocats et avait tenté de mentir à Maître Simon mais cela s'était tout de suite vu.

Les procès sous serment étaient particuliers. Il était techniquement possible de mentir mais lorsque cela se produisait, la magie réagissait en envoyant des signaux désagréables dans le corps. Si la personne interrogée parvenait à ne pas réagir, elle pouvait tout aussi bien tromper les avocats et le juge. Mais ce n'était pas facile et peu y arrivaient. Kreattur n'y était pas parvenu. L'elfe, fidèle à ses maîtres, avait tenté autant que possible de témoigner en leur faveur mais il avait été forcé de reconnaître que les Black avaient utilisé plusieurs fois des doloris sur Sirius et que plusieurs de leurs punitions avaient été extrêmes.

-Bien, nous appelons maintenant à la barre Remus Lupin.

Regulus observa le châtain s'avancer, mal à l'aise. Il s'installa et aussitôt, l'avocat de Orion et Walburga approcha pour commencer l'interrogatoire.

-Après m'être renseigné sur vos liens avec les frères Black, il m'a été rapporté qu'avant de devenir leur ami, vous étiez plutôt en mauvais termes avec eux. Notamment avec Sirius Black qui vous harcelait. Pouvez-vous me le confirmer ?

Remus se tritura les doigts et James se pencha vers son petit-ami.

-J'ai un mauvais pressentiment, chuchota-t-il.

Regulus ne put qu'acquiescer. Il voyait très bien ce que Maître Carter tentait de faire. Il n'avait pas grand-chose contre lui alors il chargeait Sirius. C'était facile, son frère avait souvent été proche de franchir la ligne rouge, pas seulement avec le règlement de l'école, mais dans la vie en général.

-C'est exact, finit par répondre Remus. Mais il é-

-Répondez seulement aux questions posées, s'il vous plaît, l'interrompit Maître Simon.

Remus fronça les sourcils, n'appréciant pas le ton employé.

-Vous n'étiez pas le seul qu'il aimait malmener. Il ciblait également Severus Snape, Peter Pettigrow et bien d'autres, continua l'avocat. C'est le comportement basique des petites brutes. Il s'en prenait à plus faible, à trop gentil ou à ceux qui ne pouvaient pas se défendre parce qu'ils n'étaient rien. Des sang-mêlés sans situation et sans fortune. Pouvez-vous me dire ce que Sirius Black vous faisait subir ?

Remus regarda dans leur direction, chercha de l'aide, une consigne à suivre. Mais Sirius avait le regard toujours tourné vers le sol et leur avocat hocha simplement la tête, lui conseillant de dire la vérité. S'il tentait de mentir, cela jouerait contre eux de toute façon. Regulus avait du mal à le comprendre. Tout ce qu'allait dire Remus allait les accabler. C'était exactement ce que voulaient ses parents. Tourner le procès à leur avantage et faire en sorte que ce soient les victimes qui soient jugées. Que ce soient leurs actions passées qu'on passe en revue et qu'on décortique. Ainsi, leurs propres méfaits devenaient si ce n'est excusables, du moins compréhensibles.

Le Serpentard détestait cette stratégie.

-C'étaient des petites plaisanteries, je ne pense pas qu'il se rendait compte que ça ne m'amusait pas.

-Veuillez être le plus clair possible.

-Il me volait des affaires, me bousculait parfois, inventait des choses à mon sujet, me faisait chanter sur des sujets anodins ou me suivait.

-Vous minimisez ce qu'il s'est passé. Pouvez-vous affirmer que ce fut également le cas pour Peter Pettigrow ? Est-ce que ce que lui faisait Sirius Black n'était pas grand-chose ?

-C'était différent.

-Et pourquoi ça ?

-Sirius et Peter ne s'appréciaient pas. Peter était mon ami, mais lui aussi a parfois très mal agi envers Sirius.

-Savez-vous pourquoi Sirius Black vous avait pris pour cible ?

-Non.

-N'est-ce pas parce qu'il a découvert votre relation avec son frère Regulus Black ?

Sur sa chaise, Regulus tressaillit. Il se massa ensuite le front en voyant Maître Carter passer la photo que Peter avait prise de Sirius et de Remus. À cet instant, il maudissait vraiment Rita d'avoir écrit cet article inutile. À cause d'elle, tout le monde s'imaginait encore qu'il avait entretenu une histoire avec l'ancien Poufsouffle. Combien de temps cette histoire allait-elle le poursuivre ?

-Il y a deux jours, Sirius affirmait que ses parents étaient homophobes et lui avaient fait subir les pires sévices en représailles. Mais la vérité est toute autre. Furieux d'apprendre la relation qui unissait son petit frère et Remus Lupin, il s'est tout simplement vengé sur le Poufsouffle. Comme je l'ai à de nombreuses reprises déjà dit, Sirius Black était un enfant difficile. Il s'en prenait facilement à ses camarades. Orion et Walburga Black ont fauté, c'est vrai, mais ils ont fait de leur mieux. D'autant plus que leur plus jeune fils, au lieu de se consacrer à ses études, se perdait dans les bras d'hommes plus âgés.

L'avocat se tourna vers les civils venus assister au procès.

-Aucun parent n'accepterait ce comportement de la part de ses enfants. Auriez-vous agi autrement ou auriez-vous tout fait pour les arrêter ?

Maître Carter déclara ensuite qu'il n'avait plus de question à poser et Remus put retourner à sa place. Il avait les épaules voutées, se sentait épuisé et en colère. La juge interrompit la séance pour une courte pause d'un quart d'heure et si une grande partie du public en profita pour prendre l'air, eux restèrent sur place.

-Je n'arrive pas à croire qu'il te traite de prostitué ! Ils ne vont vraiment reculer devant rien ! s'agaça, James. Il s'acharne sur Sirius depuis le début, la juge doit forcément s'en rendre compte !

-Il sera difficile pour eux de gagner le procès pour meurtre alors ils espèrent au moins limiter les pots cassés en étant acquittés pour celui-ci mais leur action désespérée ne trompe personne, les rassura Maître Simon.

Sirius laissa échapper un petit rire et Regulus le regarda, surpris.

-Wow, c'est vraiment désagréable de se prendre la vérité en face. Je suis un connard qui méritait probablement tout ce qui lui est arrivé...

-C'est faux ! Tu n'as jamais mérité tout ce mal qu'ils t'ont fait. Et c'est pareil pour moi ! Orion et Walburga sont des monstres. Aujourd'hui, tout le monde le saura.

-C'est vrai, Sirius, approuva James. S'ils ont fait témoigner Remus, c'était pour nous perturber. Et même si je ne sais pas bien où en est notre amitié, je sais que Remus t'a pardonné depuis longtemps à propos de ce que tu lui as fait.

-De toute façon, nous sommes ici pour juger vos parents. N'oubliez pas, Sirius, de quel côté vous vous trouvez.

Sirius releva la tête, les regarda, puis jeta un coup d'œil à côté. Du côté de ses parents qui discutaient avec leur avocat.

-Du côté des victimes.

-Oui, vous n'avez rien fait de mal.

Sirius acquiesça. James vint s'asseoir à ses côtés et lui parla longuement à voix basse.

Regulus s'éloigna sans bruit. Il avait besoin de réorganiser ses pensées, de contrôler ses émotions. Il était bouleversé par ce que l'avocat de ses parents avait déclaré plus tôt. Il n'arrivait pas à croire que c'était l'opinion qu'avaient ses parents de lui. Probablement que le public d'aujourd'hui penserait pareil. Qu'il était un garçon qui n'avait d'intérêt que pour le plaisir de la chair. Si en soi ce n'était pas bien grave et ne constituait aucun délit, il serait forcément jugé, encore et toujours.

Dans le hall de l'hôtel, Regulus aperçut Remus qui quittait précipitamment le tribunal. Il ne l'avait pas vu sortir de la salle. Le Serpentard se posait des questions à son sujet. Remus était-il encore leur ami ?

xXx

Maître Simon observa Narcissa Malfoy. Son expression n'avait pas changé. Elle était imperturbable, se tenait droite et gardait ses mains bien en évidence. Il avait toujours su que la faire intervenir en tant que témoin pourrait s'avérer être à double tranchant. La jeune femme n'était pas du côté des frères Black par soutien familial et probablement aussi par pression, elle ne dirait rien qui pourrait nuire au couple Black. Ne pouvant mentir, elle disait préférer ne pas répondre lorsque les questions étaient trop difficiles.

Si elle pensait s'en sortir ainsi, elle le sous-estimait.

-Vous vous êtes à de nombreuses reprises rendue chez les Black plus jeune, n'est-ce pas ?

-C'est exact. Nous sommes de la même famille.

-Sirius et Regulus sont vos cousins, rappela l'avocat. Comment les décririez-vous ?

-Regulus était calme et studieux. Il ne faisait pas de bêtises à moins d'y être encouragé par son grand frère.

-Et Sirius ?

-Énergique, toujours avec de folles idées en tête. Il n'écoutait pas grand monde. Il allait souvent trop loin dans ses jeux et a mis du temps à faire la différence entre le bien et le mal.

-Pouvez-vous expliciter votre commentaire ?

-Cela lui est déjà arrivé de tester sa magie sur des animaux inoffensifs.

-Je vois. Et vous ?

Narcissa fronça les sourcils.

-Avez-vous déjà joué aux dépens de pauvres bêtes innocentes ?

Ses fines lèvres se tordirent un instant.

-Je ne souhaite pas répondre à cette question.

-Ce que vous me racontez sur l'aîné des Black n'est pas nouveau. Nous savons déjà ici que Sirius Black était un enfant terrible. Inconscient des limites et s'amusant de tout sans éprouver d'empathie pour les autres. Néanmoins, pouvez-vous le regarder dans les yeux et lui dire qu'il l'a bien cherché ? Que les doloris étaient acceptables ? Que les coups étaient simplement pour le remettre dans le droit chemin ? Que si on lui disait qu'il était une abomination, une merde, c'était simplement la vérité ? Pensez-vous vraiment que des parents doivent parler ainsi à leur enfant ?

-Je…

Maître Simon sourit. Cela faisait plus de quarante minutes qu'il interrogeait la blonde. À chaque fois qu'elle refusait de répondre à une question, il changeait d'angle, la reposait d'une autre manière, enchainait les questions, tentait de l'émouvoir, revenait sur ses propos pour la déstabiliser. Cela portait enfin ses fruits. Lentement, elle montrait des signes de fatigue.

-Regardez-le ! s'écria-t-il soudain, la faisant sursauter.

Elle ferma les yeux comme pour reprendre son calme.

-Non, ne les fermez pas ! En refusant de reconnaître sa douleur et en minimisant les actes d'Orion et de Walburga Black, vous le laissez tomber ! Vous vous rendez également coupable des horreurs subies ! Il est temps d'affronter la vérité. Vous n'avez rien fait à l'époque. Que ce soit pour le défendre, ou encore dénoncer ce qu'il se passait dans cette maison des horreurs. Il était affamé, battu et enfermé dans un minuscule placard. Et vous savez que ce n'est pas le pire, n'est-ce pas ?

Dans son regard, Maître Simon savait qu'elle voyait très bien de quoi il parlait. Narcissa Black était probablement au courant de ce qu'il s'était passé avec ce moldu. De la raison de sa venue au Square Grimmaurd. Aucun mot n'était assez fort pour décrire le dégout que ressentait l'avocat pour cette femme. Au nom d'une fidélité qu'elle pensait devoir à sa famille, elle fermait les yeux sur des abominations.

-C'était un enfant ! Si vous pensez sincèrement qu'il n'a eu que ce qu'il méritait si vous avez constaté de vos propres yeux que ses parents étaient au bord du gouffre, qu'ils avaient déjà tout tenté sans succès et qu'effectivement, les tortures subies étaient nécessaires, c'est votre opinion.

Maitre Simon vit Narcissa Black tressaillir au mot " torture ".

-Objection, intervint Maître Carter. Il s'acharne sur la témoin et tente d'influencer ses sentiments !

-Je tente seulement de faire coopérer madame Narcissa Malfoy. Elle est une témoin clé pour cette affaire. Elle se doit de fournir un témoignage sans parti pris et le plus clair possible. Elle s'y refuse pour ne pas porter préjudice à sa famille. En agissant ainsi, elle fait obstruction au bon déroulé du procès.

-Objection refusée, décida la juge. Continuez Maître, l'invita-t-elle.

-Il s'agissait de torture, reprit Maître Simon. C'est pour cette raison qu'il s'est enfui.

Il soupira ensuite pour ajouter un effet plus dramatique.

-Madame Malfoy, laissez-moi vous poser une question plus personnelle en espérant enfin vous ouvrir les yeux et vous inciter à nous livrer la vérité. Vous êtes une jeune mariée et désirez probablement dans le futur un ou plusieurs enfants. En tant que sang-pur, c'est le mode de vie qu'on vous impose.

-C'est exact. Mais mon désir d'enfant est réel, contra-t-elle.

-Très bien.

Maître Simon savait qu'il devait vite en venir au fait avant d'être arrêté.

-Quand votre enfant refusera de vous obéir, quelle punition lui infligerez-vous ? Une claque ? Vous lui briserez les doigts ? Vous pouvez aussi choisir de le priver de nourriture. Quand il vous répondra ou cassera une de vos affaires, à quoi aura-t-il droit ?

-Tout cela est complètement absurde ! s'énerva-t-elle. Jamais je ne ferai une telle chose !

-Oh, vraiment ? Et pourquoi donc ? Les Black ont admis avoir infligé de tels sévices à leurs enfants tout simplement par manque d'obéissance. Vous n'avez jamais déclaré qu'ils avaient eu tort. En revanche, vous vous êtes beaucoup exprimée sur les bêtises de Sirius et la difficulté de le gérer. J'ai peut-être mal compris, mais j'avais l'impression que c'était une manière d'approuver. Et si vous approuvez, vous êtes alors encline à utiliser ces mêmes méthodes plus tard.

-Je n'ai jamais rien déclaré de tel !

-Je le sais, j'ai simplement supposé au vu des réponses que j'ai pu obtenir. Je retire ma question, déclara-t-il alors. Revenons donc à ce qui nous intéresse. Regardez mes clients dans les yeux et dites-moi que tout ce que leurs parents leur ont fait était justifié. Que c'est ainsi que réagit tout parent face à des enfants difficiles. Je vous écoute.

Une fois de plus, Narcissa garda le silence. A la barre, ses mains tremblaient et sa tête se baissa pour cacher l'émotion qui l'assaillait. Maître Simon le savait, elle ne pouvait proférer un tel mensonge.

-Quand Walburga levait la main sur son propre fils, était-ce pour le corriger, le canaliser comme elle l'a plusieurs fois déclaré ?

-Non, souffla finalement la jeune femme.

Il y eut un grand brouhaha dans la salle et Maitre Simon tenta de ne pas sourire.

-A quelle fréquence les punitions tombaient-elles ?

-Aucune idée. Il se faisait punir à chaque fois que j'étais là.

-Qu'est-ce que ses parents lui faisaient ?

-Objection ! éructa Maître Carter.

Il était rouge d'embarras et sentait que la victoire lui échappait. Le public continuait de parler toujours plus fort. La juge tapa avec son marteau pour demander le calme.

-Continuez, lança-t-elle à la blonde.

Narcissa avait toujours la tête baissée mais avait à présent caché ses mains.

-Mon oncle lui a un jour jeté de l'eau chaude dans le dos. Je ne me souviens même plus de la raison. Sirius avait crié et ma sœur Bella avait ri. Un autre jour, ma tante l'a forcé à avaler du piment parce qu'il avait refusé de manger ses légumes.

Pendant de longues minutes, Narcissa parla de tout ce qu'elle avait vu, des propos tenus et des situations rencontrées par les Black. De la peur qui s'était installée chez eux et de la vigueur et la joie qu'avait lentement perdues Sirius. Mais aussi de la manière dont Orion et Walburga avaient réussi à retourner le cerveau de Regulus dans le but qu'il agisse toujours comme un être obéissant.

Le témoignage de Narcissa Black dura plus de deux heures. Ce fut le dernier du procès. À présent, il était temps pour les deux avocats de livrer leur plaidoyer. Maître Carter, qui avait repris ses esprits, tenta une nouvelle fois de jouer la carte des bons parents dépassés par les bêtises de leur progéniture mais cela ne prenait plus.

Puis ce fut au tour de Maître Simon.

xXx

La maison des Potter longtemps endeuillée, retrouvait l'espace d'une soirée, une ambiance plus légère. A la suite du verdict les Black avait décidé de se réunir avec leurs proches et ami pour fêter la bonne nouvelle.

Sirius se sentait léger, euphorique, apaisé, et cela faisait longtemps qu'il ne s'était pas senti ainsi. Orion et Walburga avaient été déclarés coupables. Ils avaient écopé de 3 ans de prison dont 2 ans avec sursis. En plus des peines de prison, ils avaient été condamnés à verser à leurs enfants une compensation financière. 45 000 Gallions pour Sirius et 13 000 Gallions pour Regulus. C'était peu, mais c'étaient les peines habituellement appliquées. Et la victoire résidait surtout dans leur condamnation. C'était d'abord ce qu'avaient recherché les frères Black. Qu'enfin un juge reconnaisse l'enfer qu'ils avaient vécu au Square Grimmaurd. Qu'on reconnaisse leurs douleurs, leurs blessures.

Orion et Walburga Black n'avaient pas réagi à leur condamnation, même quand les journalistes avaient tenté de les interroger tout comme ils avaient tenté d'obtenir un mot de la part de Sirius et de son frère qui avaient eux aussi préféré garder le silence. Ils étaient heureux et avaient envie de relâcher la pression avec leurs amis, ceux qui étaient venus au dernier jour du procès et qui les avaient soutenus tout le long. Ni Sirius ni Regulus n'avait envie de parler de ce qui s'était dit lors du procès. Ils voulaient juste profiter de leur victoire.

-Merci, Maître Simon, c'est grâce à vous qu'on a gagné, le remercia Regulus.

-Ça n'a pas été facile, mais c'est une bonne chose de faite. Le procès pour meurtre sera une formalité. Nous avons fait le plus dur.

Sirius esquissa un sourire et but une gorgée de sa boisson. Il avait finalement fait le choix de ne pas participer au deuxième procès et donc de ne pas se porter partie civile. Il serait tout de même amené à témoigner puisqu'il avait assisté au meurtre, mais ça s'arrêtait là. Les Aurors avaient suffisamment de preuves pour faire tomber à coup sûr le couple Black. L'ancien Gryffondor avait parlé avec sa psy de ses angoisses qui étaient revenues, de ses insomnies et des cauchemars qu'il faisait en repensant à ce qui lui était arrivé. Elle lui avait conseillé de se préserver. Il avait fait ce qu'il avait à faire, le reste n'était plus entre ses mains.. En agissant ainsi, il se mettait moins la pression.

Que Walburga soit condamnée pour meurtre, il s'en fichait bien. Que ce prédateur n'obtienne jamais justice ne l'intéressait pas. Il pensait à lui et à sa santé mentale. Maître Simon l'avait aidé à bien comprendre la situation. Au procès, on jugerait Walburga pour meurtre et non pas pour avoir fait entrer le loup dans la bergerie. Pour ce qu'il avait subi, il n'obtiendrait pas réparation. Et ça lui allait. Car même s'il avait compris les enjeux du procès, il pouvait voir dans la future condamnation de sa mère une réparation pour l'avoir jeté en pâture à un autre monstre. Le moldu était mort, mais elle était toujours vivante et elle pouvait très bien payer pour deux.

Ce serait sa petite victoire à lui, aussi maigre soit-elle. Celui qui l'avait détruit était mort comme une merde. Pour chasser les cauchemars, Sirius tentait de se souvenir des pleurs et des supplications du moldu avant de mourir. De la peur qu'il avait ressentie et de la manière dont il s'était agenouillé pour demander pardon. Puis de la façon pathétique dont il s'était battu pour survivre. Ça allégeait son cœur de se dire qu'il avait souffert avant de mourir, qu'il ne pourrait plus jamais faire de mal.

Quant à Walburga, elle recevrait peut-être le baiser du détraqueur, même s'il y avait plus de chance qu'elle écope d'une peine de prison à perpétuité. Quant à son père, il passerait 1 an en prison et après… Son père était pathétique et se faisait marcher dessus par sa femme. Ce qu'il ferait plus tard, Sirius considérait que ce n'était plus ses affaires.

Sa priorité, c'était lui.

Il allait apprendre à gérer seulement les choses sur lesquelles il pouvait avoir une influence et où il désirait agir.

-Je suis contente que ça se soit terminé de cette manière. Vous vous êtes bien battus, lança Lily.

À côté d'elle, Dorcas essuya une larme qui commençait à couler.

-Pas de pleurs ! On est ici pour fêter une victoire ! s'écria James.

-Ça fait plaisir de te voir si joyeux, James. Tu as retrouvé du poil de la bête depuis la dernière fois, remarqua Frank.

James montra son verre d'alcool en souriant. Il vida son verre avant de passer la main dans ses cheveux.

-J'ai le meilleur des remèdes, plaisanta-t-il.

Sirius ne voulait pas savoir à quel point c'était vrai. James buvait beaucoup depuis la mort de ses parents et s'il s'était calmé depuis l'enterrement, ces derniers jours, il pouvait s'enfiler quelques petites bouteilles en fin de journée, juste pour décompresser. Il ne voulait pas croire que son ami avait un problème avec l'alcool. Il traversait juste une mauvaise passe et faisait de son mieux.

-Je déconne, c'est surtout grâce à vous. Merci de m'avoir sorti du fossé dans lequel j'étais en train de m'enfoncer. Et je m'excuse pour mon attitude passée.

-Ne t'en fais pas, James, on est amis, non ?

Lily lui sourit et James se gratta la joue, gêné. Peu importe ce qu'on lui disait, ce n'était pas une période glorieuse de sa vie et il regrettait beaucoup.

-Bon et si on commençait à vraiment s'amuser ? Maître Simon va penser qu'on ne sait pas faire la fête sinon ! déclara Isabel.

Ils approuvèrent en chœur, enthousiastes. Maitre Simon se retrouva ainsi avec plusieurs verres et eut bien du mal à suivre la cadence de ces petits jeunes. Pendant une soirée, ils s'amusèrent, rigolèrent, blaguèrent, dansèrent et burent beaucoup.

Ils étaient jeunes, libres et… presque heureux.

Comme un doigt d'honneur adressé à ceux qui leur avaient fait du mal dans le passé, que ce soit Jedusor ou les Black.

Ils avançaient.

xXx

Il était tard et tout le monde était parti. Sirius était finalement allé se coucher de bonne heure, fatigué par ses longues journées chargées en émotions. Après le départ de tous leurs amis, le couple avait grossièrement rangé le salon. Pour le reste, leur elfe de maison s'en occuperait. Après une douche rapide, Regulus était parti dans sa chambre. James quant à lui traînait encore. À présent que le calme était revenu à Godric's Hollow, James avait la tête pleine. Pleine des tragédies rencontrées, du procès, de sa lycanthropie, du décès de ses parents. Cela faisait beaucoup et il avait la sensation d'étouffer. Il se sentait oppressé, comme s'il manquait d'espace.

Il était fatigué d'essayer de sourire et de voir les bons côtés.

Il adorait son chez lui, mais c'était empli des souvenirs de ses parents et pour lui qui faisait encore son deuil, c'était difficile, voire pesant. Il ne sortait pratiquement pas. Il n'avait pas encore le courage de croiser les villageois qui avaient longtemps côtoyé ses parents. Il n'avait pas envie d'entendre des anecdotes sur eux. Il n'était pas encore capable de pouvoir parler d'eux sans pleurer. Mais plus que tout, il se sentait épuisé de devoir donner le change en permanence. Tenter de sourire en espérant qu'un jour, ce soit sincère. C'était sans doute étrange de se sentir mal dans sa propre maison et c'était bien pour cette raison qu'il n'en parlait pas. Certaines personnes ne pouvaient pas s'occuper des affaires personnelles de leur proche disparu. Elles les laissaient dans une boîte en espérant très vite pouvoir la rouvrir. C'était également son cas. Cependant, lui ne pouvait laisser cette boîte de côté. Il était plongé dedans en permanence, sans espoir d'y échapper. Impossible de détourner le regard, de respirer...

Mais il savait que plus il tarderait à reprendre une vie normale, plus il serait dur d'y parvenir. Ici, il ne s'en sentait pas capable. L'ancien Gryffondor avait besoin de changer d'air. Il avait finalisé le prochain numéro de son magazine, Frank s'était chargé de l'envoyer à l'imprimeur et il sortirait dans dix jours. La date était repoussée à cause du procès des Black. Il ne voulait pas que le procès soit éclipsé par ses annonces au sujet de Rosier, ou même l'inverse.

Il savait que ce ne serait pas facile, que la famille de Rosier ne le laisserait pas faire. Et vu le nombre de témoignages, peut-être que malgré la mort du Serpentard, une enquête serait ouverte. James savait qu'il devait reprendre des forces pour pouvoir affronter cette épreuve.

Il ne devait pas oublier la pleine lune non plus. Il demanderait à Sirius et à Regulus de l'enfermer dans la cave. La dernière fois, cette méthode avait bien marché.

-J'ai actionné les barrières magiques, l'avertit Regulus.

James se tourna pour voir que le Serpentard était à l'entrée du salon, en pyjama. Lui qui le pensait au lit depuis longtemps ! Après l'évasion de quelques prisonniers d'Azkaban, ses parents avaient fait appel à une société de protection qui leur avait vendu et installé des artefacts de protection. Ça les avait grandement rassurés de se dire que si jamais l'un d'eux tentait de s'introduire chez eux, ils seraient vite avertis et que les autorités compétentes seraient en mesure d'agir immédiatement. Même si à présent il n'y avait plus de danger, James préférait que les protections soient maintenues. Cela pouvait également servir de rempart lors des pleines lunes si par malheur il réussissait à s'enfuir.

L'ancien Gryffondor observa encore quelques secondes l'extérieur depuis la fenêtre du séjour puis s'éloigna. Il était tard et même s'il n'avait pas sommeil, il savait qu'il avait besoin de se reposer. Il avait pas mal bu durant la soirée et l'euphorie maintenant passée, il se sentait plutôt nauséeux. Il passa à côté du brun et monta directement dans la salle de bain. Il se brossa les dents puis se rinça le visage à l'eau froide, histoire de se rafraîchir les idées. Il retourna dans sa chambre et fut surpris d'y voir Regulus assis sur son lit.

-Tu t'es trompé de chambre ou alors tu voulais me dire quelque chose ? lui demanda-t-il.

-Non, pas particulièrement. C'est simplement… cette journée a été plutôt éprouvante et…

Regulus se gratta la joue, chercha ses mots sans savoir quoi dire d'autre.

-On a besoin d'un gros câlin ? Tu as de la chance, je fais les meilleurs au monde !

Regulus fronça les sourcils avant de finalement sourire. James lui ouvrit les bras et le plus jeune vint se blottir contre lui. Ce dernier referma ses bras autour de lui et posa un baiser sur la tête de son petit-ami. Regulus ne fit aucun bruit, ne bougea pas d'un centimètre. Il aurait pu crier, pleurer, s'énerver ou même rire, simplement évacuer tout ce qu'il avait dû retenir lors du procès. Mais rien. Peut-être que s'il arrivait si bien à gérer ses émotions à présent, c'était parce qu'il était plus apaisé.

Au début, malgré ce qu'avait laissé paraître le Serpentard, James avait pensé que fatalement, il aurait du mal à accepter que ses parents finissent en prison. Regulus lui-même avait dû reconnaître lors du procès qu'il les aimait encore. Mais non. Cela avait pris du temps mais enfin, Regulus avait réussi à se couper d'eux et à les voir tels qu'ils étaient réellement. De mauvais parents. Il était mieux sans eux. Il les aimait toujours, mais ses sentiments disparaissaient lentement. Un jour, tout comme Sirius, il ne ressentirait plus rien. Et ce jour arriverait très vite.

-Tu veux dormir avec moi ce soir ? lui demanda-t-il.

Pour toute réponse, Regulus alla s'installer sous les draps. James sourit avant d'enlever son pantalon et de le rejoindre. Le couple se fit face et James caressa un instant le visage délicat du plus jeune, s'attardant sur les mèches qui lui tombaient sur le visage.

-Tu es sûr que tu ne vas pas regretter de ne pas participer au procès pour meurtre ? Je comprends pourquoi Sirius a fait le choix de se mettre en retrait, il vaut mieux qu'il se préserve surtout qu'il pourrait de nouveau être la cible d'attaques injustifiées. Mais toi ?

-J'ai envie que ça se termine. J'ai envie qu'ils soient condamnés mais en soit, ça ne m'apporterait rien alors inutile de me mettre en avant. Maître Simon nous l'a rappelé, on ne doit pas se tromper de combat. Peut-être que si un jour Sirius décide de porter plainte, les choses seront différentes…

-Tu crois que son secret pourrait être révélé ? demanda James.

James appréhendait ce cas de figure. Que faire si Walburga déclarait qu'elle avait tué le moldu seulement pour protéger son fils ?

-Walburga est prête à tout et n'a aucun scrupule. Mais je crois qu'elle ne le fera pas. Bien sûr, ça pourrait jouer en sa faveur, du moins au début.

-Avant qu'on ne révèle que c'est elle-même qui a fait entrer cet homme chez eux pour qu'il détruise son enfance, devina James.

Il soupira.

-Ça m'énerve de penser qu'elle pourrait ne jamais payer pour ça…

-James, souffla Regulus.

Dans son regard sombre, il lui rappelait que ce n'était pas à lui de décider si quelqu'un devait payer ou non, mais aux victimes de choisir si c'était un combat qu'elles voulaient mener.

-Je sais, je sais.

Il prit Regulus dans ses bras et ne dit rien pendant un instant. Il ferma les yeux, tenta de dormir, sans succès. Il avait envie de bouger, avait l'impression d'avoir des crampes alors que cela faisait à peine 10 minutes qu'il était au lit. Il n'arrivait pas à faire le vide.

Le silence était pesant. Et même la présence de Regulus n'arrivait pas à l'apaiser.

Il étouffait, littéralement.

Cette grande maison vide remplie de souvenirs encore douloureux. C'était étrange, il n'avait passé que de bons moments ici, mais c'était justement ce qui le faisait souffrir. Tout lui rappelait que les choses avaient basculé, tout lui rappelait sans cesse l'absence de ses parents.

-Regulus ? chuchota-t-il.

-Hum…

-Et si on partait quelque part ? On n'est pas obligé de rester ici. Tu es en vacances et comme tu n'as plus l'obligation d'assister au procès, on peut s'aérer un peu. Je pense que ça ferait également du bien à Sirius.

-Tu veux partir ? s'étonna Regulus, cette fois bien réveillé. C'est assez soudain…

Le trio en avait parlé ensemble il y a peu, mais Regulus ne pensait pas qu'il évoquerait de nouveau le sujet si vite. D'autant plus que son petit-ami semblait favoriser un départ imminent.

-Mes parents ont légué une maison de vacances à Sirius. On n'y allait pratiquement jamais mais je me souviens que c'était un endroit joli et agréable.

-Je ne sais pas, hésita Regulus.

-Tu es en vacances, il serait temps d'en profiter. Et puis, on n'est pas obligé d'y rester des semaines. On peut y aller 4-5 jours.

-C'est vrai que ça pourrait être sympa. On en reparle demain ?

James acquiesça mais pour sa part, sa décision était déjà prise.

xXx

Regulus s'était réveillé plusieurs fois au cours de la nuit mais à chaque fois, il s'était aussitôt rendormi. Au petit matin, malgré sa grasse matinée, il se sentait fatigué. S'il s'écoutait, il resterait au lit encore un long moment mais James était levé et cherchait quelque chose avec peu de discrétion. Regulus se tourna vers lui et l'observa en silence avant de se lasser du manège du jeune homme.

-Qu'est-ce que tu fais ? lui demanda-t-il en le voyant remplir sa valise.

-Pardon, je t'ai réveillé ?

Regulus fit la moue. James se rendit compte de la bêtise de sa question et s'excusa une fois de plus.

-Tu vas quelque part ?

Regulus se redressa, à présent pleinement concentré sur la conversation.

-Oui, enfin, on part en vacances.

-On ?

Regulus se massa le front. Leur conversation de la veille lui revenait en mémoire.

-On avait dit qu'on en discuterait aujourd'hui. Et puis surtout, on n'a jamais dit qu'on partirait aujourd'hui.

-Oui, je sais, je prends juste de l'avance comme je ne suis pas organisé pour ces choses-là. C'est juste pour ne pas perdre de temps. Et puis, je suis sûr que Sirius et toi allez dire oui. C'est le meilleur timing. Quand le procès sera fini, on sera revenu et on aura loupé tout ce cirque médiatique. C'est le moment pour prendre l'air.

Regulus soupira. Il avait l'étrange impression que James cherchait plus à fuir quelque chose qu'à profiter d'un repos bien mérité. Néanmoins, il comprenait ses arguments et les trouvait même justes.

-Ne me dis pas que tu n'as plus envie ? Je te promets que ça va être génial !

-Je... C'est précipité.

-Il n'y a aucune règle qui interdit de partir sur un coup de tête. On est libre et sans responsabilité. Il faut en profiter. La pleine lune est dans environ une semaine, ce serait bien d'être revenu avant et d'avoir le temps de s'organiser.

-Tu marques un point.

-J'en marque même plein. Je t'aide à faire ta valise ?

Alors que Regulus hésitait encore, James vint se jeter sur lui. Il le chatouilla et le Serpentard tenta de se défendre. Il était extrêmement chatouilleux et détestait ça. James le savait très bien. A bout, il abdiqua et James leva les bras, victorieux.

-Qu'est-ce qui te retient ? lui demanda le plus vieux. C'est vrai qu'on n'est pas obligé de partir maintenant, mais au fond pourquoi pas ?

Regulus prit le temps de réfléchir. Il n'assisterait pas au procès pour meurtre. Qu'allait-il faire de ses journées ? Il n'avait pas d'occupation particulière. Il était sûr de penser sans cesse au procès, à ce que dirait Walburga... Il serait dans l'attente, incapable de penser à autre chose. Ce serait aussi le cas de Sirius. Ailleurs, ils pourraient s'occuper, laisser vraiment leurs soucis de côté et profiter.

Pour terminer de le convaincre, James lui parla de la fameuse maison de vacances. Des rares souvenirs qu'il y avait et de tout ce qu'il y avait de merveilleux à faire là-bas.

-Okay, céda Regulus.

James avait réussi à lui transmettre son enthousiasme. Au bout du compte, lui non plus n'avait pas envie de rester traîner à la maison.

-Il ne reste plus qu'à en parler à Sirius.

-Ce ne sera qu'une formalité, lança James. Ton frère va adorer l'idée.

xXx

-Ça a l'air génial, mais je pense que je vais rester ici, répondit Sirius, surprenant le couple.

Mais ne vous en faites pas pour moi, allez-y et profitez.

-On ne va pas te laisser ici tout seul ! s'indigna le Serpentard.

-Ça te ferait du bien, qu'est-ce que tu as de si important ou intéressant à faire ici ? le questionna James.

-J'ai mes séances avec ma psy déjà.

-Tu n'en raterais que 2 dans le pire des cas. Tu peux les déplacer ou alors transplaner pour pouvoir y assister. Je te rappelle qu'on est des sorciers, c'est facile de trouver des solutions pour ce genre de cas.

Sirius grimaça. James avait raison.

-Le procès pour meurtre commence dans deux jours. Même si je ne suis appelé à la barre qu'une fois, j'ai envie de m'y préparer avec Maître Simon. J'ai retenu la leçon de ce qu'il s'est passé. J'ai envie d'être bien prêt cette fois. Et puis, je n'ai aucune envie de passer cinq jours avec un couple qui déborde d'amour, ça va juste me faire déprimer. J'ai fini Poudlard, il serait temps que je trouve ce que je vais faire de ma vie. Mon aigle est mort depuis un moment et je ne l'ai toujours pas remplacé. Enfin, j'ai des trucs à faire et je ne suis pas trop dans l'ambiance vacances. Peut-être plus tard.

-Si ce n'est que ça, on peut toujours y aller au mois d'août. Rien ne presse après tout, relativisa Regulus.

Sirius vit l'air peu ravi de James.

-Regulus, bon sang, je peux être seul quelques jours. Profite d'avoir des jours de vacances avec ton petit-ami. On n'est pas obligé de tout faire ensemble !

Sirius n'attendit pas de réponse et laissa le couple discuter entre eux. Il faisait confiance à son meilleur ami pour convaincre son frère de tout de même partir. Sirius le savait bien, il avait observé James depuis la mort de ses parents. Quelque chose en lui commençait à rejeter cette maison. Il avait besoin d'une respiration. D'arrêter de passer devant l'arbre qu'avait planté Euphémia, de ne plus s'asseoir sur le même fauteuil que Fleamont, de ne plus les voir assis dans le jardin, de ne plus se rappeler de sa mère qui lui cuisinait de bons petits plats, de ne pas avoir à se servir du service à thé qu'ils avaient reçu pour leur mariage.

Il fallait que Regulus aussi le comprenne.

Pour sa part, il n'avait pas menti. Il penserait à prendre de vraies vacances plus tard. Quand ça irait mieux et quand il aurait moins de choses en tête.

Il lui fallait urgemment trouver un but.

Mais quoi ?

Sirius n'avait pas vraiment de passion, il n'avait pas non plus l'impression d'être doué pour quoi que ce soit. Le mieux était de continuer ses études. Mais dans quel domaine ? Se sentait-il vraiment capable d'être assidu dans des cours dont il ne verrait pas l'utilité ? Il n'en était pas sûr.

Il alla se faire du thé. L'inspiration lui viendrait bien d'une façon ou d'une autre.

xXx

Cela faisait déjà plusieurs jours que Remus travaillait au café. Il s'était plutôt bien adapté et la patronne était satisfaite de son travail. Il avait tâtonné au début, effrayé à l'idée de casser quoi que ce soit, mais les tâches qu'on lui donnait étaient plutôt simples. Il était embauché jusqu'à la fin de l'été, tout comme Severus, mais la patronne lui avait dit que suivant la manière dont il se débrouillerait, elle lui proposerait peut-être de renouveler son contrat.

Il avait plutôt pour objectif de travailler dans des établissements scolaires, mais le travail au café payait bien. Peut-être que s'il y avait un mi-temps, il pourrait jongler avec deux boulots. Mais ce n'était pas sûr. Pourrait-il tenir le coup ? Peu importe ce qu'il déciderait à ce moment-là, le châtain savait que dans tous les cas, il prioriserait les choix qui favoriseraient la réalisation de son rêve.

Le procès pour maltraitance était fini et le verdict faisait débat. La communauté sorcière de Grande-Bretagne aimait en discuter. Ses parents n'avaient pas fait exception et ils lui avaient d'ailleurs demandé s'il était au courant de tout ce qu'avait subi Sirius. Il avait acquiescé mollement. Et puis, ses parents avaient fini par lui demander si tout allait bien avec Sirius. Ils ne se voyaient plus, il n'en parlait plus et n'avait pas l'air touché par ce qui lui arrivait.

Remus avait esquissé un sourire amer. Tout était assez compliqué comme ça pour que des gens extérieurs à leur histoire viennent y mettre leur grain de sel. Mais au fond, cela était peut-être nécessaire, ne serait-ce que pour lui ouvrir les yeux et l'aider à y voir plus clair.

Le châtain se souvenait de la colère de James au tribunal et des mots de Maître Simon. Sirius n'avait rien fait de mal, il le savait. Alors pourquoi le punissait-il ? Pourquoi les punissait-il tous les deux ? Après le départ de Padfoot, Sirius avait tenté de lui parler, de faire un pas vers lui. Mais Remus avait refusé d'ouvrir le dialogue et à présent, ni l'un ni l'autre ne savait quoi faire.

Il s'en rendait compte à présent, il avait fait une grosse erreur.

Une partie de lui pensait que si leur histoire avait toujours été si torturée, c'était la faute de Sirius. Mais peut-être qu'il avait également une part de responsabilité. Sans vouloir se l'avouer, il avait ancré dans sa tête que quelqu'un comme lui ne pourrait jamais être heureux, ne pourrait jamais fonder une famille, ne pourrait pas avoir une vie normale. Du fait de ses préférences, il ne tomberait jamais sur quelqu'un qui l'aimerait réellement. Il avait l'impression d'être hypocrite parce qu'il avait toujours déclaré le fait d'être à l'aise avec ce qu'il était. Après tout, sa famille l'avait si facilement accepté. Puis il avait fait face au monde, à la société et à la manière dont les gens différents étaient pointés du doigt. De peur que ça lui arrive, Remus avait toujours fait attention à garder un certain équilibre. À ne pas viser trop haut, ne pas trop se faire remarquer…

Mais avec Sirius, tout avait été si intense, si fort, si douloureux. Il avait pardonné au brun à chaque fois, comme s'il s'était dit qu'il voulait en profiter encore un peu. Même si ça voulait dire qu'il fallait aussi souffrir. Ne pas être seul. Juste encore un peu, il avait voulu se sentir aimé. En profiter, car de toute façon, ça ne durerait pas. Comme s'il offrait un sursis à cette relation ou plutôt, comme s'il voulait profiter jusqu'au bout de ce que Sirius était prêt à lui donner.

Avait-il sincèrement pensé une seule fois que Sirius était sérieux ? Qu'il l'aimait ? A la fin il y avait cru. Lorsque Sirius l'avait emmené en vacances dans une ville moldue il s'était mis à rêver que cela dure toujours. Mais ses espoirs ne duraient jamais longtemps. Le châtain ne s'autorisait pas à être trop heureux, il devait rester sur ses gardes. Tout cela pour être préparer à la chute et ainsi avoir moins mal le jour où ça arriverait. Et c'était peut-être pour cette raison qu'il avait pu s'engager à corps perdu avec lui. Mais après le départ de Padfoot et ce que l'esprit lui avait dit, il avait dû réfléchir à pas mal de choses. S'il avait coupé le contact avec ses amis, c'était parce qu'il ne se sentait pas capable d'affronter, d'accepter l'amour de Sirius. Il avait peur de tout gâcher, de ne pas être à la hauteur. Il avait trouvé quelqu'un qu'il aimait vraiment et qui l'aimait en retour, et était terrorisé à l'idée de ne pas arriver à construire quelque chose à deux.

C'était assez pathétique quand on y pensait mais Remus n'était pas habitué à être le centre du monde pour quelqu'un à part ses parents.

Il devait des excuses à Sirius. Mais après, que pourraient-ils se dire ? La suite le terrifiait. Il se disait également que les frères Black et James devaient lui en vouloir pour son témoignage accablant lors du procès. Il avait manqué tant de fois l'occasion de se rattraper, n'avait-il pas ouvert les yeux trop tard ?

-Qu'est-ce qu'il y a ? lui demanda Severus.

Ils avaient fini tous les deux et se changeaient dans les vestiaires.

-Je t'entends soupirer depuis tout à l'heure, précisa-t-il.

-Rien d'important, éluda-t-il. Lily m'a dit pour son opération. Est-ce qu'elle a déjà trouvé un propriétaire de phénix prêt à l'aider ?

Severus lui tourna le dos pour enlever sa chemise blanche. Il était pâle, mais également mince. Sur son dos, il y avait quelques vieilles cicatrices. Remus détourna les yeux. Il était sûr que ce n'était pas quelque chose que l'ancien Serpentard aimait qu'on regarde.

-Je ne sais pas. C'est l'hôpital qui s'en occupe. De toute façon, s'il y avait du nouveau, ils le lui feraient savoir. Lily sait que ça peut être très long. Elle espère simplement que ça pourra se faire avant l'été prochain, histoire qu'elle commence sa vie d'étudiante complètement remise.

-Oh, elle a déjà décidé ce qu'elle voulait faire ? s'étonna le châtain.

-Absolument pas !

Remus sourit.

-Je suppose que tu espères qu'elle se décide à devenir psychomage et qu'elle vive dans le monde magique ?

-Mon avis n'a pas d'importance, c'est sa vie. Elle fera ce qu'elle voudra.

Severus était lucide et Remus lui enviait sa capacité à interpréter justement ce qui se passait.

-Pour son opération, reprit-il. Elle a pensé à demander à Hugo Leroy ?

Ayant fini de se changer, ils sortirent du vestiaire.

-Il la connaît un peu, ça lui donnera peut-être envie de l'aider, reprit Remus.

Severus osa les épaules.

-Ce n'est pas une mauvaise idée, mais je ne sais pas si Lily osera le faire.

-Tu peux juste lui en parler, proposa Remus.

Et c'était probablement ce qu'il allait faire, se dit le châtain en le voyant déjà si pensif. Ils se séparèrent ensuite, chacun rentrant chez lui. Une fois à la maison, ses parents lui demandèrent comment s'était passée sa journée et Remus fut assez content de l'évoquer. C'était plus intéressant que de rester sur son canapé à attendre que son cerveau explose à force de relire pour la centième fois quelque chose qu'il avait déjà compris.

xXx

-Comment vous sentez-vous Sirius ? lui demanda la psychomage.

-Au début, je me sentais bien. Je me disais : c'est fini et j'ai gagné. Franchement, c'était très apaisant. Mais maintenant, je ne sais pas trop…

-C'est le contre coup. Vous vous rendez compte seulement maintenant de tout ce que vous avez dû traverser.

-Je crois, oui. Au procès, tout ce que ma famille m'a fait subir m'a été renvoyé en pleine gueule. Mettre des mots sur ma souffrance et entendre dire que ce que j'avais subi n'était pas normal, ça m'a mis un coup. J'ai l'impression d'avoir traversé l'enfer et de n'en prendre conscience que maintenant.

-C'est tout à fait normal. À présent, vous avez le recul et la maturité pour comprendre ce qu'il s'est passé, c'est pour ça que c'est si perturbant.

-Je me demande franchement comment j'ai pu accepter ça si longtemps et pourquoi je ne suis pas parti avant…

-Parce que ce n'est pas chose si aisée. Vous vous battiez seul, Sirius, ce n'est jamais facile dans ce cas-là. Le verdict vous convient-il ? lui demanda-t-elle ensuite.

-Depuis le début, Regulus et moi, on s'est dit que la seule chose qui nous importait était qu'ils soient reconnus coupables. Ils auraient pu prendre 1 mois comme 10 ans, ça n'aurait pas eu d'importance. Notre avocat nous avait aussi prévenus des peines encourues pour ne pas qu'on soit déçu.

-C'est une bonne manière de penser. C'est libérateur de ne pas être dans la rancune, n'est-ce pas ?

-Assez.

Sirius esquissa un sourire. Il changea de position sur le fauteuil et joua un instant avec un des fils qui dépassait de son t-shirt. Cela faisait longtemps qu'il ne voulait plus rien avoir à faire avec les Black et qu'il se fichait de ce que ses parents pensaient de lui. Il voulait vivre sa vie et ne plus laisser ce qu'il lui était arrivé gâcher sa vie d'adulte. Garder de la rancune, nourrir de la colère contre eux malgré sa victoire, c'était leur donner encore trop d'importance.

-Alors est-ce que à présent, vous allez mieux ? Vous aviez beaucoup de soucis, beaucoup de choses qui polluaient votre esprit la dernière fois qu'on s'est vu.

Sirius jeta un coup d'œil à sa psy assise à côté de lui. Ça n'avait pas été facile ces dernières semaines avec la mort des Potter et le procès, mais maintenant que c'était fini, Sirius allait pouvoir commencer à respirer de nouveau, du moins en théorie. Il restait toujours le deuxième procès et tant de choses encore.

-Je…j'ai l'impression que ça ne va pas durer. Tout a été un tel cauchemar que j'ai du mal à croire que ça peut juste se terminer comme ça. Qu'enfin les choses peuvent commencer à aller bien !

-Est-ce que vous dites ça par rapport au second procès ?

-Oui et non. J'en ai parlé avec mon avocat et je serai simplement cité en tant que témoin, ce qui m'enlève un énorme poids. Mais est-ce que les choses se passeront comme on l'espère ? Et puis, il faut aussi que je pense à l'après. Le procès ne va pas occuper toute ma vie. J'ignore quoi faire en septembre. Ma vie sentimentale est également un désastre. Je suis perdu.

-Ne vous éparpillez pas, vous nourrissez simplement vos angoisses. Ne pas vous focaliser sur le procès est une bonne chose, cela vous oblige à voir et comprendre qu'il y a un après, que votre vie ne se résume pas à ça. Si vous désirez faire des études, il y a certaines écoles qui font des portes ouvertes. Visitez-en le plus possible, ça vous aidera à vous faire une idée.

Sirius fronça les sourcils.

-C'est possible ? Je peux juste rentrer dans une école comme ça ?

Après ce qu'il avait vécu à Poudlard, il trouvait incroyable que n'importe qui puisse entrer dans des établissements. Si Poudlard avait pu être attaquée alors même qu'elle était réputée pour être très sécurisée, qu'en était-il de ces écoles où on pouvait circuler librement ?

-Mais ils ne craignent pas qu'un truc comme à Poudlard se produise ? s'inquiéta-t-il.

-Ce qui est arrivé à Poudlard a pu se produire parce que certaines conditions étaient réunies.

Effectivement, Tom Jedusor était sous bonne surveillance et aucun détenu ne s'était évadé d'Azkaban. Il était difficile d'imaginer que d'autres fous se mettent en tête d'effectuer des tueries de masse.

-Ces portes ouvertes ont lieu pendant les vacances car les écoles sont vides. Elles sont très encadrées. Cependant le risque 0 n'existe pas. Il ne faut pas pour autant s'empêcher de vivre par peur du pire.

-Ouais…

Quand on avait été traumatisé comme Sirius par l'attaque de Poudlard, cela restait difficile à envisager.

-Y a-t-il autre chose dont vous vouliez me parler ?

Il y avait tant de choses. Aurait-il suffisamment d'une vie pour tout raconter ?

xXx

Son rendez-vous l'avait épuisé et une fois rentré, Sirius avait pensé longuement à ce qui s'était dit durant cette séance. Lui qui avait freiné des quatre fers à ses premières séances s'épanouissait de plus en plus grâce à sa psy. Il attendait même avec impatience ses prochains rendez-vous. Cette journée aurait dû être celle qui marquerait le début de sa nouvelle vie. Le procès pour maltraitance passé, il devait se reprendre en main, réfléchir à son futur et faire ce qui lui plaisait.

Ne plus vivre dans le passé.

Mais un appel de son avocat l'avait fait redescendre sur terre. Le procès était fini, il l'avait gagné, mais ce n'était pas la fin de ses tourments pour autant.

« J'ai une mauvaise nouvelle, Sirius. »

Depuis sa conversation avec Maître Simon, Sirius se sentait mal et il s'était réfugié dans le garage sans savoir pourquoi. Pour se sentir à l'abri des regards peut-être. Il sentait son cœur se serrer, son ventre se contracter. Il avait du mal à respirer. Il sentait la crise de panique arriver. Pourquoi Walburga lui faisait-elle ça ? Qu'avait-il fait de mal pour qu'on s'acharne sur lui ainsi ?!

Maître Simon avait déclaré au tribunal qu'il n'avait rien fait de mal et Sirius l'avait cru. Mais quand il voyait que peu importe ses efforts, tout finissait toujours par mal tourner, cela devenait très dur de continuer d'y croire.

« Le procès pour meurtre va débuter dans 2 jours et l'avocat de Walburga a proposé un arrangement au procureur. »

Qu'allait-il se passer ? Comment allait-il faire ? Pourquoi ? Pourquoi ? POURQUOI ?

-Pourquoi tu me fais du mal comme ça ?! Qu'est-ce que je t'ai fait, bordel ! Je te déteste, je voudrais tellement que tu sois morte !

Furieux, Sirius donna des coups dans les murs, un coup de pied sur une des étagères du garage. Sa magie crépitait dans l'air. Il avait mal, son cœur battait vite. Il perdait le contrôle.

« Elle plaidera coupable et ne parlera pas de ce que vous a fait la victime moldue si on accepte une peine de 15 ans de prison dans une cellule aménagée avec une possibilité de libération sous 10 ans. »

Et il était seul…

« Elle sait qu'elle n'a aucune chance de s'en sortir au vu des preuves que les Aurors ont rassemblé contre elle. Elle joue sa dernière carte. J'aimerais dire qu'elle est désespérée, mais je pense qu'elle sait très bien ce qu'elle fait. »

Plus il paniquait, plus il avait du mal à contrôler sa respiration. La crise de panique était déjà là, il ne pouvait plus l'empêcher. Il n'avait jamais réussi à s'en sortir seul. La magie qui s'échappait de lui mettait tout sens dessus dessous. Sa magie flottait dans l'air d'un rouge assombrie. Elle se fracassait sur les murs et rodait autour de Sirius l'étouffant. Sirius s'écroula par terre, demanda de l'aide, mais bien entendu, il n'y eut personne pour lui répondre et encore moins pour attraper sa main.

« Avec son avocat, ils ont dû établir une stratégie. Ils divulgueront probablement tout ce qui vous est arrivé pour avoir des circonstances atténuantes et avoir une peine moins lourde. Peut-être même qu'ils diront que c'était de la légitime défense. »

« Dans le procès précédent, il a déjà été prouvé qu'elle n'était pas une bonne mère et qu'elle n'avait que faire de votre sécurité mais avec un bon discours, elle pourrait semer le doute. Elle pourrait retourner l'opinion publique en sa faveur. »

-Pu-tain, pourquoi c'est toujours moi ? C'est…

Sirius arrivait à peine à parler. Des larmes lui échappaient et il s'écroula par terre, à bout de force. Il en mourrait si un jour, ce qui lui était arrivé au Square Grimmaurd venait à s'apprendre.

« Le bureau refuse cet arrangement mais je pense que vous avez votre mot à dire, cela vous concerne aussi. Si elle décide d'adopter cette stratégie pour sa défense, le procès traînera en longueur. Il pourra même être repoussé le temps qu'une enquête complémentaire soit menée. »

Sa mère l'avait vu souffrir durant ces longues années. Au procès, elle avait dû regarder la réalité en face et admettre que ses méthodes éducatives étaient intolérables. Il lui était impossible de changer. Elle avait beau être condamnée, elle ne devait toujours pas comprendre ce qu'elle avait fait de mal.

Sirius suffoqua. Sa vue se troubla.

S'il n'acceptait pas l'arrangement, des enquêteurs viendraient lui poser des questions. Il devrait alors se rappeler de l'enfer qu'il avait vécu. Des regards lubriques, des mains sur lui, des murmures qui tentaient de faire passer ça pour quelque chose de bien. Qui lui disait que ça allait lui plaire.

« Nous ne pouvons pas savoir comment cela se terminerait alors. Si vous désirez accepter, je me chargerais de convaincre le bureau et de négocier avec la partie adverse une peine et une sanction moins avantageuse pour votre mère. »

« Si on accepte, que se passera-t-il ? avait-il demandé.

-Les deux parties signeront l'accord et le juge prononcera la peine. Il n'y aura même pas de procès.

-J'ai besoin d'y réfléchir. »

-Je voudrais tellement que tu crèves, sale sorcière consanguine !

Sirius cria toute sa rage et tout son désespoir. Sa magie enfin tarie et à bout de force, il perdit connaissance.

xXx

-Est-ce que tout va bien avec Sirius ? demanda Lyall.

Remus, qui révisait le programme de certification, lui lança un regard surpris et sa mère releva la tête avant de se concentrer de nouveau sur la tenue qu'elle était en train de coudre. Cependant Remus ne se faisait pas d'illusion, il savait qu'elle écoutait la conversation avec le plus grand intérêt.

-Je sais bien que c'est ta vie privée et mon intention n'est pas de m'en mêler ni de te juger. C'est simplement que nous n'avons pas vu Sirius depuis des semaines, tu ne parles plus de lui ou reste évasif. Et puis, surtout, avec le procès et les révélations qui ont éclaté, on se pose beaucoup de questions.

-Ce que ton père veut dire, intervint Espérance. C'est que n'as pas l'air heureux. Tu te plonges dans le travail pour t'occuper et oublier ta peine. On ne sait pas ce qui en est la cause et ça nous attriste.

Remus n'avait pas envie de leur mentir mais il ne pouvait pas dire la vérité non plus. Il voyait bien que ses parents étaient inquiets pour lui et que ce n'était pas de la simple curiosité. Ils appréciaient Sirius, d'autant plus qu'il était le premier copain qu'il leur présentait. Il n'allait pas bien, se sentait perdu et ne savait pas comment arranger la situation. Pour la première fois, il se dit que peut-être ses parents pourraient le conseiller. L'aider à réparer ses erreurs.

-Sirius et moi, c'est fini, lâcha-t-il douloureusement.

Rien que de le dire, il en avait les larmes aux yeux. C'était une douleur différente de la fois où Padfoot, qui se faisait passer pour Sirius, l'avait quitté. Quand c'était arrivé, Remus avait tant été dans le déni qu'il avait toujours plus ou moins cru qu'ils se remettraient ensemble. Qu'il suffisait d'attendre, de laisser Sirius guérir de ses blessures et reprendre confiance en lui. En eux. Là, c'était différent. Il avait l'impression que c'était définitif. Qu'il avait tout gâché et il s'en mordait les doigts.

Espérance lâcha son tissu pour venir s'installer à ses côtés et le prendre dans ses bras.

-Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous aviez l'air tellement bien ensemble, lui fit remarquer son père.

-Peut-être que les choses peuvent encore s'arranger, tenta de le rassurer sa mère.

Remus secoua la tête. Comment expliquer le bordel qu'avait été la fin de leur relation ?

-Sirius n'allait pas bien à cause de la préparation du procès et d'autres soucis qu'il avait. Il a préféré qu'on en reste là. Je ne voulais pas mais je ne savais pas comment le retenir. J'ai finalement dû me résoudre à accepter sa décision. Avant le procès, il est revenu vers moi pour qu'on discute car il pensait avoir fait une erreur. Mais j'étais blessé et je ne sais pas, il m'a tellement menti... Même si avec le recul, je comprends que ce n'est pas de sa faute, ça a été difficile à accepter. Aujourd'hui, on ne se parle même plus. Mais ce n'est pas tout, je n'ose pas non plus aller voir James et Regulus. Je me sens ridicule. J'ai réagi à chaud et je le regrette…

Remus laissa son cours de côté et se prit la tête dans les mains. C'était la meilleure explication qu'il pouvait fournir à ses parents.

-Si vous vous aimez toujours, il faut que vous vous donniez une seconde chance, répondit sa mère. Parlez-vous, mettez les choses au clair. J'ai l'impression que cette situation a débuté sur des malentendus et des non-dits. Il faut vous parler à cœur ouvert et ne pas avoir peur de vous faire juger ou mépriser. C'est la seule manière de ne pas avoir de regret en amour, et aussi la recette miracle pour faire marcher une histoire. Le dialogue.

-Espérance a raison.

-Il a essayé de me parler et s'est excusé, mais je l'ai repoussé ! se désola Remus. C'est trop tard, surtout que je l'ai ignoré et laissé tomber au pire moment…

Et encore, le châtain taisait l'épisode du témoignage accablant au tribunal.

-Sirius vit une situation difficile, crois-moi je suis sûr qu'il sera heureux de te voir.

-La seule manière d'être fixé, c'est d'aller en parler directement avec lui.

-Vas-y, l'encouragea encore Lyall.

A un moment, Remus avait cru avoir de bonnes raisons d'en vouloir aux Maraudeurs et plus particulièrement à Sirius. Mais il s'était fourvoyé, il avait tout mélangé et avait mal agi. S'il s'était rendu compte de son erreur plus tôt, leur relation aurait pu rester telle quelle. Il aurait pu l'épauler pour le procès, le soutenir comme un vrai ami. Il s'était trompé mais ça arrivait, Sirius et James avaient également souvent fauté.

Ses parents avaient-ils raison ? Pouvait-il juste débarquer chez les Potter pour prendre des nouvelles de son ami ? Il n'en était pas sûr. Et en même temps, il n'avait pas d'autre choix. Il savait que Sirius ne viendrait pas. Peut-être était-il temps de se montrer courageux. D'accepter d'avoir une vraie discussion.

Il pouvait le faire.

L'ancien Poufsouffle prit une grande inspiration et se leva. Il sentait un élan d'énergie et de motivation le gagner alors il devait agir avant de se dégonfler, ce qui lui était arrivé un nombre incalculable de fois avant. Il remercia ses parents pour leurs précieux conseils et se mit en chemin. Durant tout le trajet, il pensa à la manière dont il pourrait débuter la conversation. S'excuser, prendre des nouvelles...

Une fois devant la maison de Godric's Hollow, il oublia tout ce qu'il voulait dire. Il pensa à rebrousser chemin, mais il était déjà arrivé si loin qu'il ne pouvait pas faire marche arrière. Il sonna, frappa, puis sonna encore deux fois.

Personne ne vint lui ouvrir.

C'était étrange, surtout qu'il entendait du bruit. Les frères Black et James avaient-ils vu qu'il était là et avaient-ils décidé de l'ignorer délibérément ? Ce n'était pas leur genre, mais ça restait possible. Remus sentit l'angoisse et la culpabilité le ronger de nouveau.

Il pensa à partir, attristé, quand un bruit plus fort résonna. Cela l'inquiéta. Il fit le tour de la maison et tenta de voir s'il pouvait apercevoir quelqu'un depuis l'arrière. Rien. Il comprit tout de même que le boucan venait du garage et qu'il y avait un problème. Pendant un instant, Remus craignit qu'un de ses amis soit en train de se faire agresser.

Il tenta de rentrer mais toutes les portes étaient fermées. Il savait que le système de sécurité n'était activé que la nuit ou lorsque la maison était vide et cela convainquit Remus d'enjamber le muret qui menait au jardin. Il n'allait pas se prendre un mauvais sort ou déclencher l'alarme et l'arrivée de la police magique. D'un coup de baguette magique, il fit ensuite sauter le verrou de la porte extérieure du garage. Ce qu'il vit lui glaça le sang.

xXx

Sirius resta dans les vapes un temps incertain. Quand il reprit lentement pied avec la réalité, il était toujours par terre dans le garage, mais assis cette fois-ci. Les larmes sur ses joues avaient séché et il avait mal à la gorge. Il se sentait poisseux. Il avait transpiré, s'était même bavé dessus et un liquide d'entretien avait sali son pantalon, jusqu'à sa peau. Il avait foutu un sacré bazar. Sirius ouvrit les yeux, osant à peine observer le désordre.

-Tu es enfin réveillé ! J'ai eu tellement peur ! J'étais sur le point de contacter un médecin !

Sirius releva la tête, encore quelque peu sonné. Remus était là. Depuis quand ? Pourquoi devait-il le voir être si minable ? À cet instant, il avait envie de se cacher dans un trou. S'il en avait eu la force, il se serait transformé en animagus pour pouvoir lui échapper.

-Tu es tout pâle, je devrais quand même appeler un médecin, se décida Remus en s'agenouillant à côté de lui.

-Non…

Sa voix était grave, étrange. Sirius ne la reconnaissait pas.

-Non, je vais bien.

-Tu es sûr ?

L'ancien Gryffondor se leva et tituba. Ses jambes manquaient de force et le portaient à peine. Remus vint passer un bras autour de sa taille pour le supporter et Sirius eut une sensation étrange. Il se sentait à la fois à sa place et mal à l'aise. Il ne savait pas comment Remus avait bien pu entrer mais à cet instant, il s'en fichait bien. Tout ce qu'il voulait, c'était aller prendre un bain. Il avait envie de voir sa psy, de lui demander conseil, de ne plus penser au procès. Quelle décision devrait-il prendre ? Il en avait mal à la tête et rien que d'y penser, il sentait son cœur s'affoler à nouveau.

-Je n'ai pas vu James et Regulus, lança Remus.

-Ils sont partis en vacances, je suis tout seul.

Remus ne lui répondit pas. Il était paniqué et le brun devinait qu'il avait dû lui faire une peur bleue.

-Je peux y arriver tout seul, lança-t-il lorsqu'ils furent devant la porte de la salle de bain.

-Je… Est-ce que je peux faire quelque chose ?

-Non, merci. Je vais prendre un bain, je pue. Tu peux y aller.

Sirius n'arrivait pas à affronter le regard du châtain. Il se sentait horriblement diminué, faible. Il aurait aimé qu'ils se revoient dans d'autres circonstances.

-Je ne vais pas te laisser seul, Sirius. Je me ferai tout petit, je te promets que tu ne me remarqueras même pas.

Sirius allait protester, lui dire qu'il n'avait pas à se forcer, mais Remus le coupa.

-Je vais te faire couler un bon bain !

Il se dépêcha de s'exécuter, laissant Sirius sans voix. Remus n'allait pas lui simplifier la tâche. Le Maraudeur soupçonnait de plus en plus son meilleur ami et son frère d'avoir manigancé tout ça. Ce voyage qui tombait de nulle part et l'étrange timing du retour du châtain… Il ne comprenait pas pourquoi Remus avait accepté. Si c'était pour le surveiller, ils auraient pu demander à n'importe qui d'autre.

Sirius se sentait fatigué et avait envie de dormir pour que cette journée se termine le plus vite possible. Il entra dans la salle de bain et commença à se déshabiller.

-Sirius, je n'ai pas fini de préparer le bain.

Le brun ne lui répondit pas. Il coupait son cerveau de ce qu'il se passait autour de lui. Il voulait juste éloigner son esprit. Il voulait retrouver les sensations d'avant, quand il était enfermé, protégé du monde extérieur et du mal qu'on pouvait lui faire.

Une fois nu, il entra dans la baignoire qui continuait de se remplir. Remus versa des potions, une pour l'odeur, une pour changer la couleur, une autre pour faire de la mousse. Sirius tenta de se détendre. Il ferma les yeux. Il voulait dormir.

-Je suis désolé d'être venu sans prévenir. J'avais envie de venir avant et pas que parce que Regulus m'a envoyé une lettre. Si je ne l'ai pas fait, c'est tout simplement parce que j'avais honte. Je suis tellement désolé… Je ne doutais pas de tes sentiments ni des miens, mais j'avais peur. Tant que ça allait mal, tant qu'il y avait des obstacles, je pouvais me montrer courageux, je pouvais faire semblant d'y croire. C'était sans doute même rassurant pour moi parce que c'est ce à quoi je suis habitué. Des histoires sans lendemain, des histoires cachées, des histoires avec des hommes qui ne m'aimaient pas vraiment, qui n'étaient avec moi que parce que c'était pratique. Avec toi, j'ai enfin compris ce que ça voulait vraiment dire de tomber amoureux et j'ai aussi compris combien cela pouvait être douloureux. On a peur d'être blessé constamment parce qu'on a mis notre cœur dans les mains d'une personne qui peut littéralement nous détruire. Et j'ai l'impression que c'est ce que j'ai fait avec toi. Au moment où il n'y avait plus aucun obstacle entre nous, je me suis montré lâche parce que le bonheur d'être aimé pour ce que je suis vraiment, c'est l'inconnu pour moi. Je me sens tellement bête…

Sirius ne voulait pas ouvrir les yeux. Il ne voulait pas entendre ce que Remus avait à lui dire. Lui aussi manquait de courage. Il ne se sentait pas prêt pour avoir cette discussion. Savoir que Remus ressentait la même chose que lui, qu'il était aussi triste que lui… Dans sa voix, il pouvait presque entendre les larmes qui ne demandaient qu'à couler.

Pourquoi s'infligeaient-ils ça ? Pourquoi ne pouvaient-ils pas être ensemble sans se faire du mal, sans se détruire ?

Sirius frissonna quand il sentit Remus le toucher. Avec un gant de toilette, il frottait avec douceur, le lavait minutieusement. Malgré lui, Sirius se détendit. Un soupir lui échappa.

-Il y a quelques jours, j'ai eu un rendez-vous avec un homme qui ne me plaisait pas du tout, reprit alors Remus. Je n'en avais pas envie, mais il a insisté et j'ai fini par me convaincre que c'était cruel d'être si catégorique sans même lui laisser une chance. Plusieurs fois, j'ai imaginé me mettre avec lui pour la simple et bonne raison que je n'avais pas de bonne raison de refuser. Comme si le seul fait qu'il ne me plaisait pas n'était pas suffisant. Je pense que dans ma tête, c'était aussi l'opportunité de passer à autre chose, de revenir à ce que je connaissais. Des histoires sans saveurs, sécurisantes. Du moins, je le croyais. Je me suis repris et je suis parti au rendez-vous avec la volonté de mettre fin à ses avances. Mais la journée a été une succession de catastrophes et je ne sais pas comment j'ai fini dans un hôtel avec lui.

Sirius ouvrit les yeux, regarda Remus qui avait relevé une de ses jambes et lavait son pied de manière méthodique.

-Je ne voulais pas coucher avec lui. J'étais énervé parce que c'était un idiot.

Il soupira.

-Il m'a frappé. Ça m'a fait un tel choc, je me suis alors dit, mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu avais tout et tu as tout gâché, regardes où ça t'a mené. Je ne sais pas pourquoi j'ai besoin qu'on m'aime autant. Je veux dire que je n'ai jamais manqué d'amour dans ma vie…

-Remus, chuchota Sirius.

-Padfoot avait le contrôle quand il a décidé de rompre, je considère donc qu'on peut faire comme si cette rupture était nulle. Je ne dis pas qu'on doit se remettre ensemble. Je pense que nous avons tous les deux des problèmes à régler de notre côté. Si on veut que ça marche, on doit guérir de nos blessures. On peut être en pause jusqu'à savoir ce qu'on veut faire. Une fois que tu auras remis ta vie en ordre, que tu te sentiras mieux, tu me diras si tu as envie qu'on se donne une énième chance ou non. De mon côté, c'est déjà clair.

-Remus, je ne veux pas te voir, je veux que tu rentres chez toi.

Sirius souffla puis se cacha les yeux avec son avant-bras. Il ferma les yeux, tentant de calmer les battements de son cœur.

Remus se figea avant de le dévisager. Finalement, il lâcha sa jambe, lui donna le gant et quitta la salle de bain sans un mot. Sirius resta dans son bain presque une demi-heure, tentant de se reprendre. Il quitta son bain avant de s'endormir. Il se sécha et passa une serviette autour de sa taille. Il n'avait pas pris de vêtement de rechange avec lui. Il laissa ses vêtements sales par terre et quitta la pièce. Il sursauta en voyant un puma dans le couloir.

Remus n'était pas parti. Il était vraiment obstiné.

Il avait pourtant dit vouloir être seul, qu'il ne voulait pas le voir. Ne comprenait-il pas que dans son état, il n'était pas de bonne compagnie ?

-Je te dis que je ne veux pas te voir et tu te dis que je voudrais bien te voir si tu es en puma ? lança-t-il à l'animagus.

L'animal ne lui répondit pas. Sirius alla dans sa chambre pour se changer et le puma le suivit. Peut-être que contrairement à ce qu'il disait, il ne voulait pas être seul, mais qu'il était trop fier pour demander de l'aide. Il ne pouvait pas encore faire face à son ami mais il adorait le puma. Il ne pouvait pas lui répondre et il était impossible de lire ses expressions, ses jugements. C'était idéal.

Sirius monta sur son lit, heureux de pouvoir se reposer. Il gigota puis se tourna vers le puma toujours silencieux qui le fixait. Il tapota la place libre à ses côtés.

-Viens, l'invita-t-il.

L'animal bondit sur le lit et Sirius le prit dans ses bras, le serrant fort contre lui. Il sentait sa colère, sa frustration, et toutes ses autres émotions négatives le quitter. Il entendit un ronronnement léger qui le berça. Il s'endormit le cœur plus léger.