Résumé du chapitre précédent :

Malgré la fatigue, Draco réussit à poursuivre normalement ses études, et entame sa dernière période de révision avant son diplôme.

De son côté, Harry semble submergé par le travail et ses horaires deviennent impossibles à suivre pour Andy et Draco.

Les Gibson acceptent de vendre leur maison d'Eridge Green, qui avait appartenu à Fleamont et Euphemia Potter.

Ron et Hermione leur annoncent qu'ils attendent aussi un bébé.


Une nouvelle fois, merci à StefffPM pour la bêta lecture !


Juin 2004

Lorsque Draco arriva en bas des escaliers le matin de son premier jour d'examens, Teddy, prêt à partir chez les Weasley, l'attendait dans l'entrée. Il accueillit son câlin avec plaisir, mais la tête qu'il posa sur son ventre en lui encerclant la taille le figea de stupeur.

« Bonne chance, Dada, » lui souhaita son cousin avant de s'écarter légèrement pour lever un large sourire vers lui.

« Merci mon grand, » réussit à murmurer Draco, trop choqué par la proximité du visage de Teddy avec le bébé pour réellement enregistrer ses encouragements. « Passe une bonne journée » ajouta-t-il en relâchant ses épaules qu'il ne se souvenait pas avoir attrapées.

« Tu es prêt, Teddy ? » interpella la voix de Harry depuis la cuisine.

« Ouip ! » répondit le petit garçon, qui tourna les talons pour récupérer son sac à dos posé sous le porte-manteau.

« Alors allons-y, » déclara Harry en arrivant dans l'entrée. Son regard et son sourire tombèrent immédiatement sur Draco, mais son expression s'assombrit. « Est-ce que ça va ? »

« Oui, » répondit mécaniquement Draco avant de se secouer. « Oui, très bien, allez-y, » tenta-t-il de le rassurer.

Harry le dévisagea quelques secondes, puis sourit à nouveau avant d'attraper délicatement sa nuque pour l'embrasser.

« Bon courage, » lui souhaita-t-il.

« Merci. Ça va aller. Ça ne fait pas cinq ans que je bosse pour rien, » émit Draco avec un sourire en coin.

« Ok, » rit Harry. « Éblouis nous alors. »

« N'est-ce pas ce que je fais chaque jour ? » demanda-t-il, faussement surpris alors que Harry ouvrait la porte par laquelle Teddy s'échappa d'un pas guilleret.

Il le vit tourner la tête dans sa direction, un sourire aux lèvres qui articulèrent un « surtout à poil » sans un son. Draco ricana en le regardant refermer la porte avec un clin d'œil, puis alla prendre son petit-déjeuner.

Lorsqu'il transplana à Ste-Mangouste un peu plus tard, Michael était en train d'enfiler sa robe verte à son casier et tourna la tête dans sa direction.

« Corner, » le salua Draco alors que le regard de son camarade glissait sans aucune subtilité vers son ventre avant de revenir vers son visage.

« Tonks. On a trop mangé pendant ses révisions, hm ? »

Draco eut un rire fort peu digne et ouvrit son casier pour y masquer son léger embarras. Il enfilait sa propre blouse lorsque Hannah apparut un peu plus loin, et elle se jeta sur eux pour les enlacer tour à tour.

« Merlin, vous m'avez manqué, ces trois semaines ont été horribles ! » s'exclama-t-elle en se débarrassant de sa fine veste dans des gestes anxieux.

« Horribles parce qu'on te manquait ? » demanda Michael d'un ton dubitatif.

« C'est enfin presque terminé ! » poursuivit Hannah sans lui répondre alors que Lazare apparaissait à son tour. Le Français leur adressa un signe de la main avant d'ouvrir son casier. Elle l'enlaça lui-aussi, et il eut un rire surpris. « Je ne sais pas si je suis stressée ou excitée. Merlin, que c'était long ! »

« Je penche pour stressée, » émit nonchalamment Lazare.

« Je dirais deux tiers un tiers, » contra Draco en ajustant son badge sur la poche de sa robe.

« Plus que quatre jours et je ne verrai plus vos sales tronches tous les jours, » renchérit Corner qui fermait son casier.

« Ne t'en fais pas Michael, on viendra te voir dans ta caverne fumante, » assura Lazare, les doigts dans ses cheveux déjà impeccablement placés pour les coiffer.

« Si vous pouviez éviter, j'essaye de me faire une bonne réputation dans les labos. »

Son commentaire provoqua quelques rires et bientôt, ils quittèrent les vestiaires pour rejoindre le sous-sol d'enseignement et démarrer leur dernière semaine en tant qu'étudiants.

/

Il faisait étrangement frais sous la véranda de Hannah dans laquelle ils se retrouvèrent cinq jours plus tard pour trinquer en l'honneur de la fin de leurs examens. Elle était absolument remplie de plantes, qui s'épanouissaient sur des étagères, débordaient de leurs énormes pots posés sur le carrelage ou obstruaient la vue d'une petite cour citadine avec leurs énormes feuilles. Le soleil frappait les vitres et faisait tomber ses rayons sur la table et les chaises en fer forgé où ils étaient installés, mais de savants enchantements maintenaient une agréable température printanière, plutôt que la fournaise à laquelle Draco s'était attendu en entrant. Il ne doutait pas que Londubat avait participé au remplissage de la véranda en végétaux, et Michael et Lazare semblaient tout aussi étonnés que lui d'être assis dans ce qui ressemblait à une tiède forêt vierge.

« ENFIN ! » tonna Hannah en rétractant son bras au bout duquel se trouvait sa pinte, avec laquelle elle avait porté un toast au milieu de la table.

« Je me fiche presque de mes résultats tant je suis soulagé d'en avoir terminé, » admit Michael avant d'imiter Hannah qui prenait une grande gorgée de sa bière fraîche.

« Mais qu'est-ce qui t'arrive ? » se moqua Lazare.

« J'ai dit presque, » rit Corner après s'être essuyé la bouche.

« Ça va être encore pire que d'attendre les résultats des ASPIC, » songea Draco en reposant sa Bièraubeurre.

« Ah non, taisez-vous, je ne veux plus en entendre parler. C'est fini. Nous sommes en VA-CANCES ! » insista Hannah en claquant son verre sur la table. Les larges feuilles de la plante qui se trouvait derrière elle s'agitèrent. « Qu'est-ce que vous avez prévu ? »

« Glandouille intense, » répondit immédiatement Michael.

« Ce n'est pas ce que tu fais déjà d'habitude ? » s'amusa Lazare à côté de lu,i bien que ça ne puisse pas être plus loin de la vérité. Ils avaient tous travaillé d'arrache-pied pour arriver jusque-là, et Draco ne savait pas dans quelle mesure le bébé et ses cinq années de travail pesaient dans son épuisement. C'était par souci de marquer la fin de leurs examens qu'il avait accepté l'invitation de Hannah dans la Maison Abbott, mais il serait rentré s'écrouler chez lui s'il s'était écouté.

« Non, le niveau au-dessus, Lazare, » appuya Corner, ivre de fatigue plutôt que d'alcool pour le moment. « La glande ultime. Dodo, branlette et repas à emporter. »

Hannah eut un rire aigu alors que Lazare et Draco ricanaient.

« Je pense que je ne vais même pas me laver pendant trois semaines. Trop la flemme, » plaisanta-t-il encore.

« C'est Aliyah qui va être contente. »

« Tu rentres en France, Lazare ? » interrogea Hannah, et Draco tourna un regard curieux en direction de son camarade. Il n'avait pas eu de nouvelles de sa situation depuis le mois de mars.

« Non, pas cette année. Ce sont mes parents qui viennent. »

« Oh ? Pour rencontrer une certaine rouquine au sale caractère ? » supposa Michael avec un air sournois.

« Hm, non… Pas encore, » répondit Lazare, une expression étonnement fermée sur son visage désinvolte.

Le cœur de Draco se serra pour lui, et la situation compliquée dans laquelle il semblait se trouver. Ses deux autres collègues se regardèrent et parurent s'accorder pour ne pas poursuivre sur le sujet.

« Et toi Draco ? » intervint Hannah.

« Le plan de Michael est plutôt attirant, je dois dire, » fit-il avec amusement. « Mais je vais peut-être me laver quand même. Et toi ? Neville a pu prendre des congés ? »

« Non… » soupira-t-elle. « Et Harry ? »

« Non plus. »

Ils échangèrent un regard équivoque. Plusieurs membres du Magenmagot avaient été arrêtés au cours de la semaine pour corruption, ce qui était une excellente nouvelle et créait de sacrés remous au sein du Gouvernement. Mais Draco n'avait quasiment pas vu Harry ces derniers jours et il lui avait signifié que les prochaines semaines risquaient d'être du même acabit. Draco était partagé entre la satisfaction de voir les choses commencer à bouger dans le bon sens après des années d'inexorable enfoncement, et l'inquiétude en l'imaginant se retrouver absolument épuisé en plein combat. Il n'avait aucun doute sur les intentions de Lucius de répliquer à ce coup dur pour les conservateurs.

« Définitivement branlette alors, » nota sauvagement Corner avant de boire une grande gorgée de sa bière sous leurs rires.

« Qu'est-ce que tu vas faire, du coup ? » demanda Draco à Hannah, qui haussa les épaules.

« Me reposer, je suppose. Mes parents m'ont proposé de partir en vacances avec eux, mais… je garde espoir que Neville puisse se libérer un jour ou deux. »

« Quelle idée de refuser des vacances, » s'esclaffa Michael.

« Si c'est pour me retrouver comme la cinquième roue de la calèche pendant qu'ils se glissent des mots doux en se touchant les mains comme des adolescents… Vous ne connaissez pas mes parents, » rit-elle. « Ils sont mignons mais tellement niais, ils me fatiguent. »

« Je ne suis bizarrement pas surpris de les savoir comme ça, te connaissant, » ricana Lazare.

« Hey, je ne suis pas niaise ! » protesta-t-elle avec un rire.

« Tu es une Poufsouffle, » rappela Draco, ce qui lui valut une tape sur le bras.

« Je serais curieux de savoir dans quelle maison j'aurais été à Poudlard, » songea Lazare à haute voix en remuant légèrement sa bière avant de la porter à ses lèvres.

Hannah, Michael et Draco s'étudièrent les uns les autres, et Draco put lire dans leurs yeux qu'ils n'en avaient aucune idée non plus.

« J'ai envie de dire Serpentard parce que tu es un sale petit con, » sembla finalement décider Michael avec humour avant de se rétracter. « Mais tu aurais été aussi incongru parmi eux qu'une casquette sur la tête de Snape. »

« Si tu le dis, » émit Lazare avec circonspection pendant que Hannah et Draco pouffaient de rire à l'image.

« Je dirais un croisement entre Serdaigle et Gryffondor, » réfléchit Draco.

« Hm, oui, c'est pas mal… » approuva Hannah. « Ou Serdaigle et Serpentard. Ou Poufsouffle. »

« Tu veux dire que le système de répartition est stupide ? » pouffa Michael. « Quelle surprise. »

Ils passèrent quelques minutes à échanger avec animation autour de l'étrangeté de la division des élèves de Poudlard, alors que ceux de Beauxbâtons n'étaient répartis que par niveau dans de grands dortoirs pour filles ou pour garçons.

« Mais vous étiez combien dans ta chambre ? » demanda Draco avec surprise.

« Vingt-deux. »

« Quel merdier, » résuma efficacement Corner. « Et tu as encore des potes parmi eux ? Ça ne doit pas être facile de se faire des amitiés durables dans une telle foule… Remarque, je ne vois plus que Terry depuis les ASPIC… »

« Oh, même pas Anthony ? » s'étonna Hannah.

« Tu plaisantes j'espère ? Il était peut-être sympa avec toi parce que tu es une Sang-Pur, mais je ne valais pas bien plus que de la bouse d'hippogriffe sous ses chaussures, pour lui. »

« Sérieusement ? » souffla leur camarade alors que Draco, perdu, essayait de se souvenir d'un Anthony. « Mais il était dans l'A.D. ».

« Hannah… On peut être du bon côté de la guerre et être un connard, » lui fit remarquer Michael avec sérieux. « Comme être du mauvais et juste être un petit con, » ajouta-t-il avec un sourire hésitant en direction de Draco, qui lui donna inexplicablement les larmes aux yeux.

Il s'éclaircit la gorge et afficha une moue désinvolte.

« Désolé Lazare, Michael me fait des plus beaux compliments que toi. »

« Quoi ? » s'esclaffèrent Corner et Hannah alors que le Français secouait la tête avec amusement.

« Je lui ai dit qu'il était un connard mais pas un connard prétentieux, » expliqua-t-il dans un rire.

« Oh Draco, ce n'est pas moi qui gagne ? Je te fais plein de compliments ! » gémit Hannah avec une expression faussement trahie.

« Bien sûr que tu gagnes, » la rassura-t-il en riant. « Mais il faut que j'entretienne la compétition si je veux dépasser le stade des insultes un jour. »

« Tu es un chic type, » prononça alors Lazare avec nonchalance, le nez dans son verre.

Draco se toucha dramatiquement le cœur au milieu des éclats de rire.

« Non, Lazare, non ! » protesta vivement Michael. « Tu mets la barre trop haut ! »

« Désolé, je ne résiste pas à la compétition. »

« Définitivement Serpentard, » approuva difficilement Draco au milieu de son hilarité.

« Ou Gryffondor. Ou Serdaigle, » renchérit Hannah en s'essuyant les yeux.

« Bordel, c'est n'importe quoi ce système, » ricana Michael.

Alors que Draco soulevait sa Bièraubeurre, une drôle de sensation dans son ventre le fit se tendre sur sa chaise et éteignit son rire. Elle n'avait pas été douloureuse mais assez notable pour centrer la totalité de son attention en lui. Il reposa sa bouteille et fixa avec une soudaine panique la condensation qui faisait se décoller l'étiquette, les sens tellement focalisés sur son ventre qu'il en oublia presque de respirer. Une main légère se posa sur son avant-bras et il braqua son regard sur Hannah qui l'observait d'un air soucieux. Le silence le força à s'éclaircir la gorge avec gêne.

« Tu peux m'indiquer les toilettes ? » demanda-t-il à son amie qui hocha immédiatement la tête et se leva.

Sans un regard pour Michael et Lazare, il la suivit hors de la véranda et dans le salon, puis affronta son regard inquiet dans le vestibule d'entrée.

« Qu'est-ce qui se passe ? Je peux t'aider ? » interrogea-t-elle anxieusement.

« Je crois que j'ai senti le bébé bouger, mais… » commença-t-il avec la gorge nouée, trop anxieux pour suivre sa stupide règle de ne rien confirmer ni nier. Il avait largement dépassé les quatre mois. Le timing serait le bon. Mais son expérience lui faisait craindre, peut-être de façon irrationnelle, qu'il s'agisse d'autre chose.

« Tu veux un diagnostic ? » lui demanda vivement Hannah, les yeux bleus écarquillés.

« Si tu veux bien. »

« Bien sûr, » assura-t-elle. « Viens. »

Elle l'entraîna dans la cuisine où un elfe aux fourneaux tourna ses yeux globuleux dans leur direction avant de se désintéresser d'eux pour continuer à pétrir une pâte. Draco s'assit au bord d'une chaise qu'il tira de sous une lourde table en bois, le corps raide, et il toucha fébrilement son ventre alors que la sensation réapparaissait. Mais elle était trop fugace et discrète pour qu'il arrive à se concentrer et à la décrire.

Il regarda Hannah s'agiter et venir déposer parchemin et plume sur la table, puis extirper sa baguette de la manche bouffante de sa robe. Elle était d'habitude une jeune femme très joviale et expressive en sa compagnie, mais son visage doux portait actuellement l'expression d'intense concentration de la Médicomage qu'elle était. Elle plaça sa plume en lévitation au-dessus du parchemin, puis se tourna vers lui pour murmurer le long enchantement de diagnostic en agitant sa baguette dans sa direction.

Lorsque la plume commença à s'agiter, elle alla remplir un verre d'eau qu'elle déposa ensuite à côté de Draco, puis s'assit en face de lui. Ses mains semblèrent hésiter avant de frôler ses genoux, puis appuyèrent plus fermement lorsqu'il ne réagit pas.

« Tu as mal ? »

« Non, ça va, » assura-t-il, et son buste se détendit légèrement. « Désolé, ce n'est probablement rien. »

« Ça ne coûte rien de vérifier, » balaya-t-elle ses excuses avec un haussement d'épaules. Elle jeta un coup d'œil au parchemin. « Rien à signaler pour le moment. »

Le silence retomba, entrecoupé du bruit des grattements de la plume et du pétrissage de l'elfe, qui chantonnait entre ses dents. Comme avec Lazare et Andromeda, la sensation d'une magie étrangère en lui le fit se tendre d'inconfort avant de s'estomper. Il but le verre d'eau et le reposa avant de lever les yeux vers son amie qui observait l'évolution des résultats du diagnostic.

« Je me sens stupide d'avoir paniqué comme ça, » admit-il à voix basse.

Hannah sourit légèrement en le regardant à nouveau.

« Avec tout ce qu'on a appris et vu ces dernières années, tu n'es pas le seul à imaginer le pire. Parfois je me réveille avec la nuque raide et une douleur dans les tempes et je me dis ça y est, j'ai attrapé une Méningique, alors que j'ai juste serré les dents et dormi n'importe comment. »

Son aveu le fit rire légèrement et dénoua les résidus d'anxiété et de honte qui s'emmêlaient en lui. Il était habituellement plus soucieux des symptômes qu'il croyait déceler sur ses proches que des signaux de son propre corps, mais il comprenait tout à fait ce qu'elle voulait dire. Voir le pire de ce qu'il pouvait arriver aux sorcières et sorciers à l'hôpital pouvait les rendre paranoïaques quant à leur propre santé.

« Tout va bien, » déclara-t-elle finalement lorsque la plume se coucha sur le parchemin. « Vous connaissez déjà le sexe ? »

« Non, » répondit-il avant de poursuivre lorsqu'elle lâcha ses genoux pour prendre les résultats. « Ne me dis rien. »

Il aimait beaucoup Hannah, mais ce n'était pas avec elle qu'il souhaitait découvrir cette information. Elle esquissa un sourire presque mesquin et plia méthodiquement le parchemin en quatre avant de le lui tendre.

« Je suis la seule à savoir, donc. Que de pression et de fierté à la fois, » s'amusa-t-elle alors qu'il acceptait le carré de papier avec un rire.

« Si la Gazette l'apprend, je saurais que c'est toi. »

« Ohh… Tu as découvert mes intentions, zut ! » plaisanta son amie en glissant sa baguette dans sa manche.

Draco se leva avec un souffle amusé, et Hannah l'imita, ses yeux brillant d'humour levés vers son visage.

« Félicitations, » dit-elle avec douceur et affection.

« Merci, » sourit-il. « Et merci pour ces cinq dernières années. »

« Oh… » émit-elle en lui attrapant le coude, touchée. « Merci à toi. Je ne sais pas si j'aurais tenu jusque-là sans ta tolérance à mes coups de stress. »

« Je ne sais pas si j'aurais tenu sans ta tolérance tout court, » répliqua Draco.

Le regard de Hannah se voila de larmes qui s'accrochèrent à ses cils bruns, et elle enroula fermement ses bras autour de son torse pour poser son profil contre son sternum. Draco enlaça ses frêles épaules avec un sourire hésitant alors que l'odeur fleurie et familière de son parfum s'infiltrait dans ses narines.

« Tu aurais tenu le coup, » protesta-t-elle doucement. « Et moi aussi. Nous sommes hargneux, tous les deux. »

« C'est vrai, » admit-il avec un rire. « Mais ça aurait été moins plaisant. »

« Exactement, » approuva Hannah avant de s'écarter de lui avec un petit soupir. Elle essuya rapidement ses yeux avec le dos de sa main puis lui offrit un sourire joyeux.

« J'ai du mal à imaginer de meilleurs camarades que mes trois crétins. »

« Moi aussi, » avoua Draco.

Il se souvint avec émotion de l'atmosphère dans laquelle il avait mis les pieds à Ste Mangouste, entre la nervosité craintive de Hannah, le dédain acide de Michael et le désintérêt total de Lazare pour leur promotion, et aussi de son propre état d'esprit de l'époque. Sa volonté de réussir ne l'avait pas quitté pendant toutes ces années. Il se serait sans doute accroché quoiqu'il arrive, mais grâce à ces trois alliés, tous différents dans leur soutien - et aussi improbables soient-ils compte-tenu de ses actes jusqu'à la Bataille de Poudlard - ses études avaient été bien plus agréables que ce qu'il n'avait osé espérer ni même imaginer au début.

Une certaine nostalgie l'envahit à l'idée que cette période de sa vie prenne fin, d'autant que la suivante s'annonçait complexe. Mais c'était tellement moins douloureux que son dernier jour à Poudlard pendant lequel il avait lutté contre les larmes, le dernier élève à quitter le château. Si seulement il avait pu dire au Draco de l'époque que sa vie, malgré de douloureuses et pénibles épreuves à venir, allait se transformer pour le meilleur… Peut-être serait-il sorti de Poudlard avec la tête plus haute et le cœur plus léger.

Il se souvint avec amusement d'une discussion avec Harry, encore Potter dans son esprit cet été-là, au sujet d'envoyer des messages aux personnes qu'ils étaient dans le passé. Il n'aurait pas cru à une telle tournure positive et aurait pensé à un piège.

« Len', est-ce que tu pourrais nous apporter une nouvelle tournée de bière et de Bièraubeurre, et de quoi grignoter sous la véranda, s'il-te-plaît ? » dirigea Hannah en direction de son elfe de maison pendant que Draco rangeait précieusement le parchemin de diagnostics dans sa poche.

« Il sera fait selon le désir de Maîtresse Hannah, » déclama la créature d'un ton servile.

« Oh arrête ton char, » gloussa la sorcière en récupérant le verre d'eau vide de Draco. « Ne me mets pas la honte devant mes amis. »

L'elfe tourna un regard taquin vers la fille de ses maîtres qui allait déposer le gobelet dans un évier, puis reprit tranquillement son pétrissage.

/

La tentation de lire le papier plié était immense, mais Draco résista pendant les deux jours qu'il passa avec Teddy sans voir une seule fois Harry. Le matin du troisième jour, alors qu'une lumière timide s'infiltrait entre les rideaux mal fermés de leur chambre, Draco se réveilla seul, mais avec la trace du passage de Harry dans le léger enfoncement de son oreiller et dans les draps froissés de son côté du matelas.

Il se redressa vivement et avisa la robe pourpre qui trainait sur le fauteuil à côté du coffre de Scorpius, puis s'extirpa du lit. Il attrapa le parchemin écorné qu'il avait caché dans un tiroir de son bureau et sortit rapidement de la chambre en T-shirt et sous-vêtements.

La porte de la chambre d'Andromeda était close et celle de Teddy à peine entrebâillée, ce qui signifiait qu'ils n'étaient pas levés, mais il pouvait entendre de discrets bruits de vaisselle provenir du rez-de-chaussée. Il s'engagea alors dans les escaliers aussi rapidement et silencieusement que possible.

Ses pieds nus rencontrèrent le carrelage glacé de la cuisine et ses yeux la vue de Harry en train de préparer son petit déjeuner. Planté devant la gazinière, il semblait occupé à retourner du bacon, le mouvement de ses bras lissant et plissant le tissu fin de sa tunique pourpre en haut de son dos. Au-dessus de l'évier, le ciel blanc qu'il pouvait voir par la fenêtre annonçait une journée morose.

Draco s'approcha de Harry, les lèvres mordues d'excitation, et entoura ses épaules de ses bras avant de ricaner en le sentant brutalement sursauter et sa magie jaillir de lui comme un épais nuage orageux.

« Bordel ! » souffla-t-il avec panique en s'agrippant à un de ses avant-bras. « Ne fais pas ça, » gémit-il, sa tête affaissée vers l'avant.

Draco en profita pour lui embrasser la nuque puis colla son profil à ses cheveux et son corps à son dos avec un soupir de contentement.

« Tu dois bientôt repartir ? » lui demanda-t-il, les yeux baissés vers la viande en train de bruyamment saisir dans la poêle.

« Dans une quinzaine de minutes, oui, désolé… » répondit Harry avec dépit avant de tourner la tête pour réclamer un baiser que Draco déposa sur ses lèvres. « Tu es levé tôt. »

« Je me suis couché en même temps que Teddy, » avoua-t-il avant de relâcher en partie la poigne qu'il avait sur ses épaules pour lui mettre le parchemin plié sous les yeux.

« Qu'est-ce que c'est ? »

« C'est bien là toute la question, » s'amusa Draco avant de s'écarter de lui pour se diriger vers la bouilloire en laissant sa main courir sur le haut de son dos. Harry tourna la tête pour lui adresser un air interrogateur. « Finis de préparer ton petit-déjeuner, je te laisserai lire après. »

« Quel suspense intenable, » commenta Harry avec amusement avant qu'ils ne s'attellent chacun à leur tâche.

Ils s'installèrent face à face à table, sur laquelle avaient été déposées tasses et assiettes, et Harry attrapa le carré de papier que Draco avait fait l'erreur de déposer entre eux pour les servir en thé. Il plaqua sa main dessus pour l'en empêcher.

« Mange, » ordonna-t-il, mais sa fermeté fut trahie par l'excitation qui prenait possession de son visage.

Harry lui offrit une expression narquoise et tira sans aucune difficulté sur le parchemin malgré le poids de son bras, puis le déplia sans que Draco ne puisse rien faire d'autre que rire.

Le sourire de Harry s'effaça alors qu'il semblait reconnaître les suites de runes, de chiffres et de diagrammes d'un diagnostic, mais ce fut plus de la concentration que de l'inquiétude qui s'installa sur ses traits. Draco ne lui aurait certainement pas fait lire de mauvais résultats avec une telle attitude.

Ce dernier but une gorgée de thé mais reposa doucement sa tasse en voyant ses sourcils se hausser légèrement et ses yeux s'écarquiller et s'embuer derrière ses lunettes. Le regard qu'il releva vers lui était à la fois sidéré et perdu.

« Je ne sais pas ce qui est écrit. Je t'attendais pour le lire, » l'informa Draco, la gorge nouée.

Harry cligna des yeux puis déglutit alors qu'une larme roulait sur sa joue. Il retira ses lunettes pour l'essuyer avec son poignet, révélant des cernes qui lui serrèrent le cœur. Il reposa ses verres sur son nez et s'éclaircit la gorge d'un air important qui lui fit émettre un rire étranglé. Harry reprit le parchemin entre ses deux mains, pinça les lèvres, et Draco se fit violence pour ne pas le presser. Cela faisait trois jours qu'il attendait, et il ne voulait pas le culpabiliser, mais les secondes s'écoulaient à une lenteur intolérable.

Mais la voix chevrotante que Harry employa pour reprendre la parole lui fit réaliser que ce n'était pas son désir de garder le suspense qui l'avait empêché de parler, mais l'émotion.

« C'est une fille, » lui révéla-t-il.

Draco lui sourit alors que son cœur semblait éclater sous ses côtes dans une vague de chaleur bienfaitrice. Ses doigts se replièrent sur la table comme s'il cherchait quelque chose pour s'accrocher, pour s'ancrer dans l'instant, et ils échangèrent un regard sidéré, amusé et heureux. Ils se mirent à rire sans d'autre raison que le bonheur, mais très vite, Harry se leva pour le rejoindre de l'autre côté de la table. Il l'imita et ils s'enlacèrent presque douloureusement, l'esprit vide, blanc, lumineux, pour une fois sans les pensées parasites qui les empêchaient de pleinement savourer leur quotidien.

/

Draco entendit Andromeda rire dans son dos, mais il était tellement concentré sur sa découpe de légumes qu'il mit un moment à comprendre qu'elle était en train de se moquer de lui. Il avisa les poivrons qu'elle lui avait demandé de couper en lamelles et réalisa qu'ils les avaient hachés aussi finement qu'un cœur de crocodile pour la fabrication d'une potion calmante.

« Mer…veilleux, » lâcha-il avant de lever une grimace vers un Teddy aux cheveux verts qui coupait irrégulièrement des courgettes, la langue coincée entre ses dents. « Désolé Andy, réflexe. »

« Qu'est-ce qu'il y a ? » interrogea son cousin après avoir quitté son propre travail des yeux.

« Je me suis cru en cours de potions. J'ai fait de la bouillie. »

« Ça cuira plus vite, » positiva sa tante. « Tu voudras couper les aubergines après, Teddy ? »

« Oui ! » s'exclama-t-il avec le regard brun joyeux et le couteau en l'air. Mais à l'ouverture de la porte d'entrée de la maison, il posa précipitamment ce dernier et descendit de sa chaise à toute allure.

Draco et Andromeda se regardèrent avec amusement en l'entendant percuter Harry dans l'entrée. Cela faisait quatre jours qu'ils ne s'étaient pas vus et Draco n'avait pas l'ouïe assez fine pour entendre ce qu'ils se disaient à voix basse mais il n'avait aucun doute qu'ils s'échangeaient à quel point l'autre lui avait manqué.

« Tu me feras les aubergines ? » demanda Andromeda avec un rire en récupérant le couteau de son petit-fils. « En cube ? »

« Aubergines coupées comme un foie d'Eruptif pour la potion de dégrisement, bien compris, » plaisanta-t-il.

Un peu plus tard, il nettoyait planches et couteaux en regardant Teddy et Harry souffler des bulles en forme de créatures magiques pendant que sa tante préparait le dîner. Cette dernière avait laissé leur conversation sur l'actualité à l'hôpital s'éteindre avec une expression songeuse, et Draco lui laissa le temps de préparer ce qu'elle semblait avoir à lui dire.

Dehors, Teddy fit éclater une bulle en forme de phœnix devant Harry, et celui-ci, dont les yeux étaient protégés par ses lunettes, baissa un regard étréci dans sa direction avant de souffler une nuée de lutins des Cornouailles dans sa figure. Draco expira un rire, la main dans l'eau de rinçage, puis déposa un long couteau sur l'égouttoir.

« Est-ce que ça te dérangerait de garder Teddy tout seul demain soir ? » demanda finalement Andromeda avec hésitation.

Draco se retint d'exulter en comprenant que sa tante lui demandait l'autorisation d'enfin prendre une soirée pour elle-même, probablement en bonne compagnie, et se contenta de lui sourire légèrement.

« Bien sûr que non. Pas de problème, » assura-t-il avec désinvolture. « Tu as quelque chose de prévu ? »

« Rien d'exceptionnel, » minimisa Andromeda avec un haussement d'épaules alors qu'elle remuait doucement les légumes dans un lourd faitout en fonte. « Je voudrais aller au restaurant. »

« Hmm ? » émit Draco, incapable d'ouvrir la bouche sans se mettre à rire.

Il pinça les lèvres en sentant le regard agacé de sa tante sur lui, mais se borna à regarder Harry et Teddy glousser dans le jardin.

« Avec des collègues ? » proposa-t-il lorsqu'il lui sembla évident qu'Andy n'allait pas élaborer.

« Avec Andrew, » révéla-t-elle alors d'un ton détaché.

Draco écarquilla légèrement les yeux, et sa main qui tenait l'éponge cessa de frotter la planche barbouillée de rouge de ses poivrons. Il tourna la tête vers sa tante. Il la connaissait assez pour voir que son masque cachait de l'incertitude, et il se força à contrôler sa réaction. Il ne s'était pas attendu à ce qu'elle lâche le morceau aussi vite. Les choses devaient déjà être très sérieuses !

« Quel sacré veinard, » fit-il calmement remarquer.

« N'est-ce pas, » réagit Andromeda, mais le léger sourire qu'elle tourna vers lui avait quelque chose de timide qui lui serra le cœur et lui donna l'impulsion d'abandonner la vaisselle pour l'enlacer.

« Oh ! » souffla-t-elle avec amusement avant de frotter doucement le haut de son dos dans une caresse maternelle.

« Je suis content pour toi, » lui assura Draco, qui imaginait que le jugement était sa plus grande crainte. Il voulut ajouter que Ted l'était certainement aussi, compte-tenu de ce qu'il avait entendu de l'homme au cours des années, mais il ne se sentait pas légitime pour le faire. Et peut-être que sa tante n'avait ni l'envie ni le besoin d'entendre l'hypothétique opinion de feu son mari. Puisqu'elle était celle qui gérait son propre deuil, elle en avait tout à fait le droit.

« Merci, » murmura-t-elle, le profil tourné sur sa clavicule. « Tes mains sont mouillées, » lui fit-elle ensuite remarquer avec un petit rire.

Draco la serra plus fort pour l'ennuyer et baissa la tête vers ses cheveux à l'odeur de lavande. Andromeda émit un faux couinement de détresse.

« Vous n'aviez pas quelque chose à dire à Teddy ? Tant que Harry est là… » rit-elle en tapotant son omoplate, sans doute autant pour se débarrasser de lui que par sagesse.

« Si, tu as raison, » admit-il en la relâchant pour lui adresser un sourire, ses mains humides sur ses épaules. « Tu viens ? »

« Non, je vais rester là, » déclara-t-elle en dirigeant sa cuillère en bois vers les légumes en train de frémir dans la cocotte. « Je me prépare à avoir l'air surprise lorsqu'il viendra m'annoncer la nouvelle. Mais c'est un moment pour vous trois. »

Draco sentit ses yeux s'embuer et il inspira profondément par le nez pour contrôler son émotion. Merlin, il ne méritait pas une mère adoptive comme elle. Y avait-il quelque chose qu'elle ne lui ait pas donné sans rien attendre en retour ? Il déglutit puis sourit étroitement avant de relâcher Andromeda et d'essuyer ses mains déjà presque sèches sur un torchon.

« Il va être très heureux, Draco, » lui assura sa tante, qui confondait peut-être son immense affection pour elle avec de la nervosité à l'idée d'informer Teddy de sa grossesse. « Il m'a déjà plusieurs fois posé la question. »

« C'est vrai ? » rit-il avec surprise en raccrochant le chiffon à la poignée d'un placard, avant que ses propos ne s'impriment réellement dans son esprit. « C'est vrai ? » répéta-t-il plus sérieusement.

« Oui, » sourit Andromeda alors qu'elle se remettait à remuer les légumes sur le feu. « Allez, vas-y avant que le temps ne se gâte, je n'aime pas la tête de ce nuage, » grommela-t-elle comme une vieille dame avec le nez tourné vers la fenêtre.

Amusé, Draco quitta la cuisine et sortit de la maison pour rejoindre Teddy et Harry dans le jardin. Ce dernier tourna une expression douce mais fatiguée dans sa direction à travers une énorme bulle multicolore en forme d'oiseau-tonnerre.

« Teddy ? Est-ce qu'on peut faire une petite pause ? Harry et moi aimerions te parler de quelque chose, » annonça Draco après s'être arrêté à leur niveau.

Son cousin termina de souffler un niffleur et tourna un regard arc-en-ciel et interrogateur dans sa direction. Harry haussa les sourcils de surprise, mais son visage se fendit rapidement d'un large sourire alors qu'il agitait la main pour éloigner les créatures aux reflets nacrés vers le ciel gris.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Draco se planta à côté de Harry qui lui attrapa délicatement la taille en faisant léviter son Tubabulle de Weasley&Weasley vers le banc. Ses doigts firent pression sur sa hanche comme pour l'encourager à reprendre la parole et il attrapa son épaule la plus éloignée, à la fois par besoin de contact et par réflexe.

Il n'avait pas eu à beaucoup réfléchir à la façon de faire leur annonce à Teddy. Les mots lui étaient venus par pure logique, et Draco ne doutait pas que Harry ait les mêmes sur le bout de la langue. Teddy était tellement plus pour eux qu'un cousin, un filleul et un neveu par adoption, il était et serait toujours leur premier bébé. C'était par sentiment d'illégitimité et par respect pour Remus et Nymphadora qu'il ne l'appelait pas son fils, mais il l'était. De toutes les manières qui comptait. Tous les choix qu'il avait fait à partir du moment où il était entré dans sa vie avaient été pour pouvoir rester auprès de lui. Même sa honte face à Andromeda et Harry n'avait pas été assez puissante pour l'empêcher, encore et encore, de revenir le voir. Teddy avait capturé son cœur dès le jour où Andromeda lui avait ouvert sa porte, et remplit le vide qui l'habitait de plus d'amour qu'il n'en avait jamais ressenti. Cette sensation n'avait fait que grandir avec les années en réchauffant jusqu'aux coins les plus glacés de son être.

« Tu vas avoir une petite-sœur, » lui annonça-t-il doucement, et il ressentit l'approbation dans la poigne de Harry sur sa taille.

Draco garda son regard rivé sur Teddy pour boire et absorber les variations de son expression, et pour imprimer à jamais cet instant dans son esprit, le moment où un lien de plus venait le rattacher à eux.

« Pour de vrai ? » demanda-t-il avec hésitation. Il baissa son Tubabulle alors que son regard adoptait un dégradé mouvant digne d'un caméléon, comme s'il ne savait pas à quelle émotion s'accrocher.

« Oui. Pour de vrai, » assura Harry.

« Et… elle vivra avec nous ? »

Sa question et l'inquiétude dans son ton le foudroyèrent sans néanmoins le surprendre. Draco prit une brève inspiration, serra ses doigts autour de l'épaule tendue de Harry et reprit la parole.

« Oui, elle vivra avec nous. Et Scorpius aussi. On ne sait pas lequel des deux arrivera le premier, mais ils seront là tous les deux, un jour ou l'autre. » répondit-il patiemment.

Il récolta un sourire triste qui s'élargit peu à peu.

« Et je peux vraiment dire qu'elle sera ma petite-sœur ? »

« Teddy, » intervint Harry d'un ton serré par l'émotion. « Ce n'est pas juste le dire. C'est vraiment ta petite-sœur. Tu es notre bébé aussi. »

Et ce n'était pas que de belles paroles pour lui faire plaisir, le rassurer, le persuader qu'il avait toujours sa place auprès d'eux. Teddy était réellement leur bébé. Ils l'avaient aimé dès la première fois qu'ils l'avaient vu, minuscule et vulnérable. Ils en avaient fait le centre de leur monde, leur bulle d'air, leur oasis dans le désert. Leur amour pour lui avait été leur premier point commun, la première et inamovible pierre de leur relation, le point de départ d'une compréhension mutuelle. Il avait été le ciment entre eux, indissociable de leurs propres êtres. Et quoiqu'il arriverait un jour entre Draco et Harry, et même si ça lui paraissait impensable qu'ils se séparent un jour, ils aimeraient toujours Teddy.

Et bien qu'il déteste être appelé un bébé, celui-ci ne commenta pas son choix de vocabulaire, et se contenta de fixer son parrain avec un regard humide qui passa au vert avant qu'il ne vienne se réfugier dans les bras qu'il lui tendait. Il ne resta néanmoins que quelques secondes contre son estomac, et s'écarta légèrement de lui avec les yeux rivés sur son T-shirt.

« Est-ce qu'elle est là ? »

« Non, » répondit Harry avec un rire contenu.

« Elle est là, » le renseigna Draco en pointant son propre ventre contre lequel Teddy vint se lover en s'accrochant à ses reins.

Une vague d'émotion le fit enfouir ses mains dans ses cheveux roses et bleus, les couleurs de la joie et de l'affection chez lui. Il dirigea un sourire tremblant vers Harry, qui venait l'entourer de ses bras et refermer leur câlin autour de leurs deux bébés.

« Est-ce que ça veut dire que tu vas devenir aussi gros que Fleur ? » demanda Teddy sans aucune délicatesse contre son ventre. Draco rit et grimaça à la fois.

« Erm… Possible. »

« Est-ce que je peux le dire à Mamie ? Et à mes cousins ? »

« Bien sûr, tu peux le dire à tout le monde, » s'amusa Harry, secoué par un rire.

Teddy se détacha d'eux et s'extirpa alors de leur étreinte, avant de détaler dans la pelouse en appelant bruyamment sa grand-mère. Draco tourna les yeux vers la fenêtre de la cuisine et put la voir sourire et s'essuyer les yeux.

Il nicha alors son nez dans les cheveux de Harry et réduisit la distance que l'absence de Teddy avait laissé entre eux. Et entre ses bras, son cœur s'élargit encore dans cet instant de perfection.

/

Juillet 2004

C'était sans réelle surprise mais avec beaucoup de soulagement que Draco avait reçu ses résultats d'examens et était officiellement devenu le Guérisseur Tonks. La culmination, dans ce titre, de cinq années de travail intensif, même six s'il comptait sa difficile deuxième septième année à Poudlard. L'accomplissement d'une ambition qu'il n'aurait pas pu réaliser sans l'aide d'Andromeda et de Harry. Et peut-être un peu aussi grâce à son propre acharnement aussi.

Mais c'était surtout grâce à Teddy. Parce que c'était son existence, il pouvait l'admettre maintenant, qui l'avait empêché de sombrer dans la dépression six ans plus tôt. C'était grâce à l'oxygène produit par ses sourires, ses câlins, ses petites mains qui s'étaient accrochées à lui, qu'il avait réussi à respirer et à garder la tête hors de l'eau.

Teddy n'avait pas tellement compris pourquoi il l'avait remercié en lui dédiant son diplôme. Mais il l'avait néanmoins pris avec fierté.

Et fier, Draco l'était aussi. Il n'était pas devenu Ministre de la Magie du Monde, mais Médicomage sonnait à ses oreilles comme un métier bien plus enrichissant. Il n'arrivait d'ailleurs pas à croire s'être un jour imaginé en politique. Merlin qu'il aurait été malheureux au Ministère, même sans être Draco anciennement Malfoy.

Il n'était pas le seul à avoir obtenu son diplôme. Toute sa promotion avait réussi. Michael était devenu maître de potion spécialisé en médicomagie et exigeait qu'on l'appelle Maître, ce que Draco refusait par principe et pas seulement parce que c'était ainsi que son père avait appelé Voldemort. Lazare et Hannah étaient eux-aussi devenus Guérisseurs. Le premier avait postulé pour faire partie de la BIMU, la Brigade d'Intervention Médicomagique d'Urgence, et la seconde avait décidé de rester Guérisseuse généraliste en attendant que Poppy Pomfrey songe à sa retraite.

Quant à lui, Draco aurait certainement poursuivi ses études pour devenir spécialiste en pathologie des sortilèges s'il n'avait pas attendu sa fille, mais c'était quelque chose qu'il pouvait faire plus tard. En attendant, il allait dans les services nécessitant des baguettes en plus, le SUM étant celui auquel il était le plus souvent affecté. Il y retrouvait souvent Lazare lorsque celui-ci n'était pas aux entraînements de l'Académie des Aurors, et plus souvent encore Hannah.

Retourner travailler avait été agréablement familier mais aussi très déroutant. Il ne suivait plus ses aînés comme un chiot avide de connaissances et d'expérience, qui répondait aux questions et bondissait à l'action dès qu'on lui proposait d'exécuter un acte de Médicomagie sous leur tutelle. Il était responsable de lui-même, à présent, et surtout responsable de ses patients. C'était terrifiant et grisant à la fois.

Il était rarement seul face à eux, néanmoins. Au SUM en particulier, plusieurs Guérisseurs étaient souvent nécessaires pour faire face à l'urgence, et des étudiants qui jugeaient silencieusement son travail étaient toujours dans les parages. Mais aux consultations de jour, où il était affecté aujourd'hui, il était seul à traiter ou à rediriger ses patients.

Draco était un peu ambivalent au sujet des consultations. D'un côté, depuis la création du service d'urgence, c'était un département très calme, ce qui était appréciable après deux jours de garde au SUM. Il y avait peu d'action, sauf quand un patient, qui jugeait lui-même son cas peu préoccupant, s'avérait être à deux doigts de passer la baguette à droite. Mais d'un autre côté, il mettait Draco en contact direct avec la salle des admissions, zone de l'hôpital qu'il évitait toujours comme la Dragoncelle lorsqu'il le pouvait.

Il raccompagna néanmoins son patient à l'accueil comme le protocole l'exigeait. Il attrapa rapidement le dossier suivant dans la bannette de Pietra Vanlorff, qui dirigeait toujours les admissions d'une main de fer, puis fouilla l'accueil de Ste-Mangouste d'un regard inquiet.

Ça faisait des années que son père n'était pas venu ici pour essayer de l'attraper. Il savait, rationnellement, qu'il avait abandonné et qu'il n'avait plus aucun intérêt à essayer de le convaincre de retourner au Manoir. Il n'était même plus légalement son père. Mais cette période d'angoisse avait laissé de profondes cicatrices.

Aucune tête blonde correspondant à la stature de Lucius ne se découpait parmi les sorciers qui attendaient leur tour, et Draco baissa les yeux vers son dossier pour y lire le nom de son patient suivant. Il se figea et fouilla à nouveau l'assistance du regard. Il croisa alors celui d'une vieille connaissance.

Une colère confuse monta en lui, vestiges de sa dernière année à Poudlard et de sa déception de l'époque. Il desserra néanmoins les dents. Un patient pouvait refuser d'être traité par un Médicomage en particulier, mais un Médicomage ne pouvait pas refuser un patient.

« Blaise Zabini. » Appela-t-il en fixant son ancien ami qui se leva lentement avec une expression impassible.

/

Il avait guidé Blaise à travers le long couloir des consultations sans lui adresser la parole. Il n'avait de toute façon pas l'habitude de faire la conversation avec ses patients, sauf s'ils le faisaient d'eux-mêmes, ce qui était bien rare. Il l'avait fait entrer dans la salle n°9, qui lui avait été allouée pour son service, et avait refermé la porte derrière eux.

Il lui désigna l'une des deux chaises devant le bureau puis alla s'installer derrière celui-ci en y déposant le dossier, prérempli par Pietra à partir des informations présentes aux archives et celles confiées par le patient le jour-même.

« C'est un bébé qu'il y a là-dedans ? » lui demanda Blaise d'un ton plat et avec un visage dénué d'expression.

« Oui. Qu'est-ce qui t'amène ? » détourna immédiatement Draco en réajustant subrepticement sa robe verte, qu'il ne pouvait plus fermer mais qui n'aurait rien caché même s'il l'avait pu. Il ne la boutonnait jamais de toute façon, comme la plupart de ses collègues. Et le bureau masquait son ventre à la vue de ses patients.

A presque cinq mois de grossesse, il était vain de tenter de cacher quoique ce soit, physiquement ou moralement. Et il n'avait pas honte. Il se fichait complètement de ce qu'on pensait de lui, de sa relation avec Harry et de leur fille. Il avait honte de son adolescence, il se sentait toujours coupable de ce qu'il avait fait à l'époque, même s'il entendait qu'il n'était pas complètement responsable. Mais ça ? Certainement pas.

« Celui de Potter, j'imagine ? » renchérit Zabini, ignorant sa question.

Draco prit une lente et profonde inspiration et quitta Blaise des yeux pour ouvrir son dossier et consulter les notes de Pietra.

Fatigue persistante

Douleurs thoraciques ponctuelles

Troubles sporadiques de la mémoire

Il fronça les sourcils et chercha les antécédents de Blaise, mais celui-ci n'avait visité Ste-Mangouste que deux fois. Une première fois à cinq ans pour la Dragoncelle, une deuxième fois à dix ans pour une luxation du coude suite à une chute de balai. Son dossier était quasiment vide.

« C'était lui que tu allais voir pendant les sorties à Pré-au-Lard, pas vrai ? » poursuivit Zabini avec un étroit et froid sourire. « Je serais curieux de savoir comment vous êtes passés d'essayer de vous entretuer à… ça… » ajouta-t-il en le désignant vaguement d'une main qui semblait trembler légèrement.

« Est-ce que tu pourrais me décrire plus précisément tes symptômes ? Est-ce qu'ils ont commencé en même temps ? Quand ? » l'ignora Draco après avoir relevé les yeux vers lui.

« Ou peut-être que ça date d'avant ? Est-ce que tu te le tapais à Poudlard et que le reste n'était qu'une mascarade pour faire plaisir à Papa ? Ou c'est plutôt lui qui se tapait toi, apparemment. Ça expliquerait pourquoi tu t'en es aussi bien sorti aux procès, » sembla réfléchir Blaise à haute voix.

Draco était surpris par sa propre indifférence aux propos de Zabini. Il y avait dire qu'on se moquait de ce que les gens pensaient, et être réellement confronté à leurs opinions. Mais il avait depuis longtemps fait le deuil de son amitié avec Blaise, même si le revoir avait ravivé une partie de la colère et de la tristesse qu'il avait ressenties à l'époque. Il avait eu besoin de lui à Poudlard. Mais ce n'était plus le cas.

Il sentit sa fille remuer et posa la main sur son ventre en fixant Blaise avec impassibilité.

« Est-ce que tu as terminé ? » demanda-t-il après quelques secondes de silence.

« Parfois quand je déprime, je pense à la tronche que doit faire Lucius en t'imaginant te taper Potter, et ça va un peu mieux. »

« Blaise, » l'interrompit Draco. « Est-ce que tu veux un autre Guérisseur ? »

« Non. Pourquoi ? » interrogea son ancien camarade de classe d'un ton morne.

« Parce que tu ne réponds pas à mes questions et que je ne peux pas te soigner si tu ne m'expliques pas ce qui se passe. »

« Quelle question ? »

Était-il en train de se foutre de lui et d'essayer de lui faire perdre son temps ? Ou est-ce que son comportement était un autre symptôme à prendre en compte ? Dans le doute, il valait mieux partir sur la seconde possibilité.

« Est-ce que je peux te lancer un sortilège de diagnostic basique ? » demanda-t-il rapidement en sortant sa baguette.

Blaise haussa les épaules, le visage étonnement figé. Draco enchanta une plume et lança le sort.

« Est-ce que tu as pris des potions récemment ? » questionna-t-il en gardant un œil sur les résultats qui s'affichaient. Son rythme cardiaque était lent et irrégulier et il semblait mal oxygéné.

« Oui. »

« Lesquelles ? » poursuivit Draco en se levant pour tirer plusieurs fioles, un garrot et une unité de prélèvement sanguin dans un placard haut de la salle de consultation.

« Lesquelles n'ai-je pas prises ? » gloussa étrangement Blaise. Draco s'arrêta à quelques pas de lui avec stupeur. Son sentiment d'urgence redoubla et il posa son matériel sur la table métallique proche du lit d'auscultation.

« Assieds-toi sur le lit et dis-moi lesquelles tu as prises aujourd'hui, » ordonna-t-il en retournant à son bureau pour surveiller les résultats de son diagnostic. Sa tension artérielle crevait le plafond. « Blaise, il faut que tu ailles au SUM, » réalisa-t-il.

« C'est vraiment bizarre. Déjà sur les sorcières je trouve ça bizarre, alors sur les sorciers… » l'ignora une nouvelle fois Zabini avec les yeux sur son ventre.

« Ok, » décida Draco en glissant le parchemin d'analyse dans le dossier. Il contourna ensuite son bureau avec le mince fichier à la main et attrapa l'épaule de son ancien ami pour le faire transplaner aux urgences.

/

Draco avait terminé son service mais le sort de Blaise l'avait taraudé depuis qu'il avait transmis son cas à ses collègues. Avait-il réagi assez vite ? Avait-il fait une montagne de son état ? Debout près du tableau des admissions du SUM, il cherchait son nom en se frottant nerveusement la nuque lorsque Lazare vint encastrer un dossier dans une fente précédemment libre. Deborah Wilkinson.

« Si tu cherches Zabini, il est monté au quatrième, » l'informa son ami en s'attardant à côté de lui.

Draco tourna la tête dans sa direction et son bras se baissa pour retomber le long de son corps.

« Psychomagie ? » supposa-t-il. Il obtint un hochement de tête.

« Tu avais raison. Overdose de potions. »

« Vous avez réussi à savoir ce qu'il avait pris ? » interrogea-t-il avec un mélange de satisfaction à l'idée d'avoir su détecter le problème à temps et une étrange culpabilité. Il n'était pourtant pas responsable du comportement de Blaise. Et ce n'était pas de sa faute s'il s'était gavé de potions au point d'abîmer son cœur et possiblement son cerveau.

« Potion de paix, sommeil sans rêve, coup de fouet, filtre de concentration… » énuméra Lazare avec une expression blasée.

« Quel crétin… » murmura Draco dans sa barbe.

« Un ami à toi ? »

Draco soupira et s'écarta du tableau pour laisser une Guérisseuse attraper un dossier.

« Ex-ami. De Poudlard, » répondit-il finalement. « Vous ne l'avez pas envoyé à l'empoisonnement ? »

« Pas eu le temps. Mais Mornille et son équipe vont le suivre quelques jours, je pense, » supposa Lazare en mentionnant le responsable du service des empoisonnements. « Tu as fini ton service ? Je suis en pause, tu as le temps pour un café ? »

« Hmm… » émit Draco en jetant un coup d'œil à sa montre. Il ne buvait pas de café et il avait hâte de rentrer chez lui, mais c'était Andromeda qui récupérait Teddy chez les Weasley aujourd'hui et il pouvait bien accorder quelques minutes à son collègue.

/

Les doigts blancs de Lazare appuyèrent momentanément sur ses paupières avant qu'il ne cligne plusieurs fois des yeux. Il se frotta le visage. Derrière lui, d'autres membres du personnel de Ste-Mangouste éclatèrent bruyamment de rire autour de leur propre table.

« Comment se passe l'entraînement ? » lui demanda Draco avant de boire une gorgée de son jus de citrouille. Il n'y avait qu'à l'hôpital qu'il en buvait. Harry n'en trouvait bizarrement pas dans les commerces moldus.

« C'est… brutal, » avoua Lazare avec un soupir avant de baisser une main pour faire tourner sa cuillère dans sa grande tasse de café. « Je suis rouillé depuis le club de duel. Mais j'aime bien. Terry me fait marrer. »

« C'est Boot qui t'entraîne ? »

« Pas toujours. Neville aussi. Et Katie. Bell. Tu la connais ? »

Draco masqua une grimace derrière son verre.

« Oui. »

« Et quelques Aurors plus âgés. Je n'ai pas l'impression que ce soit hyper bien organisé, pour être honnête, et ils nous refilent un peu qui est disponible quand on est là, mais c'est intéressant. Et ça défoule, » poursuit Lazare en levant sa tasse vers son visage. Il but une gorgée. « Mais c'est crevant. Ils sont en bien meilleure forme physique que moi. »

Même si son collègue paraissait bien plus musclé que Michael ou lui, il ne faisait effectivement pas le poids face à un Auror.

« Harry ne vous entraîne pas ? »

« Non. Je ne l'ai vu qu'une fois en trois semaines. » l'informa Lazare avec un haussement d'épaules.

Draco rangea cet élément dans la partie de son cerveau qui collectait le peu d'informations qu'il avait sur le travail de Harry, sans guère savoir quoi en faire. Sous la table, leur fille s'agita légèrement alors qu'il buvait un peu de jus.

« Est-ce que… le fait que tu aies postulé à la BIMU est un nouveau moyen de repousser l'échéance d'une discussion avec tes parents ? » osa-t-il demander, un peu lassé d'attendre que Lazare parle du sujet de lui-même.

Son ami le fixa de son regard faussement moqueur au-dessus de sa tasse, puis but une longue gorgée de son café. Il reposa sa tasse avec un soupir.

« Possible. »

« Sérieusement, Lazare- »

« Je sais. Mais… Quand je leur ai parlé de la BIMU, ils m'ont dit d'y aller si ça m'intéressait autant. Je me dis que peut-être… peut-être qu'ils ont abandonné l'idée d'eux-mêmes. »

Draco dévisagea son ami, n'en croyant pas ses oreilles.

« Tu préfères te mettre en danger de mort plutôt que de parler à tes parents ? »

« Dis comme ça, c'est un peu ridicule. »

« Lazare. C'est ridicule, » assena Draco avec stupéfaction. « Mais qu'est-ce que tu fiches ? »

Son collègue s'adossa à son dossier et pencha la tête en arrière. Ses cheveux mi-longs glissèrent de ses épaules pour se balancer dans le vide.

« Pour ma défense, la BIMU m'intéresse vraiment, » finit-il par dire en se redressant.

« J'espère. Parce que sinon c'est vraiment complètement stupide, » s'autorisa à réagir Draco. « Et hmm… Qu'est-ce qu'en pense Ginny ? Du fait que tu sois fiancé ? »

« On n'en parle pas vraiment. »

Draco ne put contenir un grognement et se prit la tête dans les mains. C'était étrange comme il se sentait investi dans cette histoire, mais il était absolument sidéré par les difficultés de communication de Lazare sur un sujet aussi capital pour son avenir. Il pouvait comprendre la peur de décevoir, la crainte de perdre le statu quo… Mais la problématique de ses fiançailles n'allait pas pouvoir être esquivée éternellement.

« Je pense que d'un côté, ça retire un peu de sérieux à la relation. Ça lui donne une porte de sortie cohérente et ça la rassure, » poursuivit pensivement Lazare.

« Merlin… » souffla Draco en baissant les bras. « Vous avez vraiment des problèmes, tous les deux. Pourquoi t'avoir présenté à ses parents, alors ? »

« Les choses sont sérieuses, » se défendit le Français. « Juste… prises au jour le jour. Je ne vois pas où est le mal. »

« Au jour le jour… » répéta Draco d'un ton dubitatif. « Jusqu'au jour où tes parents te diront "les vacances sont finies Lazare, maintenant il faut rentrer nous faire un petit-fils". »

Son collègue grimaça et s'accouda à la table du réfectoire pour enfouir sa main dans ses cheveux et appuyer sa joue sur sa paume.

« Je ne veux même pas d'enfants. Je ne veux pas me marier, je veux juste… exister, » soupira-t-il.

Draco le fixa avec compassion.

« Tu l'as dit à Ginny ? »

« Oui. Elle n'en veut pas non plus. Rien que l'idée de se retrouver à ta place ou à celle d'Hermione lui file des frissons. »

Ce fut au tour de Draco d'esquisser une grimace. Il compatissait, même s'il estimait relativement bien s'en sortir malgré ses craintes initiales.

L'euphorie de Molly à l'annonce de sa grossesse l'avait pris par surprise. Il avait été terriblement amusé de la voir tourner autour de Hermione en lui donnant une avalanche de conseils, mais il ne s'était pas attendu à recevoir le même traitement quelques semaines plus tard. C'était Granger qui se fichait discrètement de lui, à présent. Ron et Harry avaient juste écopé de quelques tapes dans le dos, ce qui était profondément injuste.

La réaction des autres Weasley ressemblait plus à ce à quoi il s'était attendu. Plus détachée, moins effusive que celle qu'ils avaient réservée à Hermione. Cela avait beaucoup irrité Harry, ce que Draco pouvait comprendre, mais lui ne se sentait pas touché. Ça mettait néanmoins en perspective le comportement de Molly et de Arthur, qui ne semblaient faire absolument aucune différence entre eux et leur progéniture sur ce sujet. Il aurait dû néanmoins anticiper que les enfants seraient ce qui le rapprocherait de Molly.

Mais si ce déjeuner avait été une épreuve pour diverses raisons, il avait été aussi la scène de l'amour que les Weasley portaient à Teddy. Ils l'avaient tous, sans exception, mis à l'honneur pour son nouveau rôle de grand-frère, et voir la fierté, l'excitation et la joie dans son regard était certainement un souvenir digne d'un puissant Patronus.

« C'est déjà ça… » murmura-t-il « Mais est-ce que tu réalises que tu pourries ton … "existence" dans le présent en refusant de régler ton futur ? Et… Je ne sais pas ce qu'en pense ta fiancée, peut-être que ça l'arrange, mais peut-être que tu lui fais perdre son temps, aussi. Et tu vas passer un sale quart d'heure si Arthur et Molly finissent par l'apprendre. Ils n'ont pas demandé à rencontrer tes parents ? »

« Ils l'ont mentionné quelques fois… » répondit son collègue d'une voix traînante.

« Putain, bouge-toi Lazare, » réagit vivement Draco. « Avant que tout ça ne t'explose à la figure… »

/

La reprise du travail pour Draco et la lourdeur de l'incompréhensible planning de Harry signifiaient qu'ils se voyaient peu. Et pire, qu'ils étaient souvent trop fatigués pour réellement profiter de la présence de l'autre. Draco continuait à se coucher avec les poules lorsqu'il le pouvait, et était parfois réveillé par Harry lorsqu'il s'installait contre lui, mais il avait rarement la force de faire plus que de caresser le bras qui s'était enroulé autour de ses côtes avant de se rendormir. Et lorsqu'il rouvrait les yeux, Harry était souvent déjà reparti.

C'était terriblement frustrant. Et Teddy aussi commençait à faire ressentir son mécontentement.

« Il n'est même pas allé une seule fois au lac avec nous ! » grogna-t-il devant son petit-déjeuner ce matin-là. « Alors que l'année dernière, on y allait tout le temps ! »

Draco l'observa tristement. Il ne pouvait pas lui proposer de l'emmener lui-même. Il était hors de question qu'il prenne le risque de croiser des moldus actuellement, et ça ne répondait de toute façon pas aux attentes de Teddy.

« Tu sais, je pense qu'il préférerait largement passer du temps avec toi plutôt que d'autant travailler. C'est difficile pour lui aussi. Mais il n'a pas vraiment le choix, comme quand je devais étudier plutôt que de pouvoir jouer avec toi. »

« Mais au moins tu étais là… » bougonna son cousin, qui avait tellement touillé ses céréales qu'ils formaient une bouillie infâme dans son bol.

« Je comprends que tu sois triste… » se borna à dire Draco, sachant qu'argumenter ne faisait que risquer de l'enfoncer.

« Je ne suis pas triste, je suis énervé, » fit sèchement Teddy malgré ses yeux brillants et ses lèvres serrées.

« Ok, » accepta-t-il. « Mais on peut être les deux en même temps. Ça m'arrive souvent. »

« Contre Harry ? » demanda Teddy, la mine triste.

« Non, » sourit-il. Il avait souvent été triste et énervé à cause de Harry dans le passé, mais c'était de l'inquiétude qu'il ressentait à son égard dernièrement. Personne, même les Aurors, ne pouvait tenir un tel rythme pendant longtemps.

Devait-il croire qu'ils approchaient du but ? Il avait pensé, quelques mois plutôt, voir son père être arrêté et Scorpius arriver chez eux, mais les semaines s'étaient écoulées sans que Harry n'en fasse plus aucune mention. Il avait rarement été blessé ces derniers temps, et jamais rien d'aussi grave que cette lacération à la cuisse au mois d'avril. Comme toujours, il brûlait de savoir ce qui se passait, mais rien, même dans la Gazette du Sorcier, ne venait lui donner une quelconque indication.

« Mais c'est normal d'être parfois triste, parfois en colère, parfois les deux. Ça arrive à tout le monde. Et je pense que la situation rend Harry triste aussi. Donc la prochaine fois que vous pouvez passer du temps ensemble, essaye d'en profiter ? Ça vous fera du bien à tous les deux. »

Teddy le fixa avec la mâchoire serrée, ses yeux mauves luisant de larmes, puis posa son coude sur la table pour appuyer sa tête sur son poing, le regard baissé vers son petit-déjeuner.

« Est-ce que tu veux un autre bol de céréales ? » suggéra Draco avec une légère grimace.

« Oui, » répondit tristement Teddy. « Ils sont trop mous… » dit-il d'une voix serrée alors que ses larmes finissaient par déborder sur ses joues bronzées.

« Ok, » murmura Draco en se levant.

Il lui prépara rapidement un autre bol et le déposa devant lui après avoir repoussé le sien plus loin sur la table. Il s'accroupit ensuite à côté de sa chaise, malgré le handicap que commençait à représenter son ventre pour ce genre de position.

« Et un câlin ? »

Teddy inclina le menton avec un reniflement puis se tourna pour entourer son cou de ses bras et poser sa tête aux boucles dorées contre la sienne. Draco lui frotta lentement le dos, le cœur serré.

« Qu'est-ce que tu voudrais faire avec moi aujourd'hui ? On ne peut pas aller au lac mais il y a plein d'autres choses qu'on peut faire ici. »

« Comme quoi ? » demanda son cousin d'un ton dubitatif.

« J'aimerais bien faire le tri de la malle de Scorpius avec toi pour enlever ce qui est trop petit pour lui et que ta petite sœur pourra utiliser. Mais à part ça, c'est quartier libre. Je pense qu'il fait assez chaud pour sortir la piscine du grenier, par exemple. »

« Elle est trop petite pour moi. » ronchonna son cousin.

« Est-ce que je t'ai déjà dit que je savais faire de la magie ? » s'amusa Draco. « Et que, même si on ne dirait pas quand on me voit, je suis excellent en Métamorphoses ? »

Il eut la satisfaction d'entendre Teddy pouffer légèrement près de son oreille avant de s'écarter avec le visage humide mais amusé.

« Tu ne me crois pas ? La directrice de Poudlard m'a même laissé entendre qu'elle me considérerait pour le poste de professeur de métamorphoses si je postulais. »

« N'importe quoi, » rit Teddy.

« C'est vrai ! » assura Draco avec amusement, et il leva une main pour essuyer ses larmes. « Mais j'ai dit non parce que je déteste les enfants. »

« Pfff ! » émit son cousin avec une moue sardonique qu'il lui avait certainement empruntée.

/

Teddy avait passé la matinée dans la piscine élargie et agrandie jusqu'à ce qu'il puisse y nager, et avait allègrement éclaboussé Draco et la pelouse en tentant sans succès d'esquiver les jets d'Aguamenti qu'il lançait dans sa direction.

Après le déjeuner, il réussit à le persuader de se laisser le temps de digérer en faisant le tri du coffre de Scorpius, ce qui leur permit de redécouvrir quelques trésors artistiques de Teddy devant lequel celui-ci s'esclaffait.

« Mais… Qu'est-ce que ça représente ? » demanda-t-il d'un ton dubitatif en tournant un parchemin chiffonné dans sa direction.

« Hmm… tu aimais beaucoup les trains à l'époque, donc je dirais… Une voie de chemin de fer, » supposa Draco, assis en tailleur sur le parquet, avec les yeux sur les lignes jaunes et vertes qui barraient le dessin.

« Je peux pas le laisser voir ça, il va se moquer de moi ! »

« Pourquoi est-ce qu'il se moquerait des dessins d'un enfant de trois ans ? Je doute qu'il fasse mieux que toi, » fit-il remarquer en pliant un petit pyjama de Harry, que Teddy avait porté aussi, pour le poser sur le tas des vêtements que sa fille pourrait mettre.

L'expression artistique n'avait jamais été quelque chose qui avait été encouragée, au Manoir. Draco ne se souvenait pas avoir beaucoup dessiné, sauf lorsqu'il avait essayé de recopier des illustrations de dragons dans des volumes qu'il avait trouvé dans la bibliothèque. Il avait beaucoup pesté contre le fait qu'ils n'arrêtaient pas de bouger.

« Et puis, ça lui montrera qu'on l'attend depuis longtemps. Même s'il ne sait pas l'apprécier aujourd'hui, il sera content d'en avoir la preuve plus tard, quand il sera un peu plus grand pour comprendre, » poursuivit-il en passant au vêtement suivant, d'un rouge Gryffondor.

« Hmm… » émit dubitativement Teddy, avant de remettre le dessin sur la pile pour replonger dans la malle. « Je peux sortir mon train ? »

« Si tu veux, » ricana Draco, qui avait été sûr de voir la monstruosité ressortir dès qu'il avait ouvert le coffre.

Alors que le Poudlard Express circulait bruyamment en crachant de la vapeur et en buttant sur les meubles et les tapis, la porte de la chambre s'ouvrit plus largement sur Harry.

« Harry ! » s'exclama Teddy, toute prétendue colère oubliée en se jetant sur son parrain pour lui ceinturer la taille.

« Hey, Teddy, » sourit-il doucement avec une caresse sur ses cheveux bleutés, avant de difficilement s'accroupir pour l'enlacer à son tour.

« Tu m'as manqué. »

« Tu m'as manqué aussi mon grand, » soupira Harry alors que les mèches de Teddy viraient au noir. Leurs deux têtes côte à côte formèrent une masse de chevelure obscure. « Qu'est-ce que vous faites de beau ? Je ne peux pas rester longtemps, mais je peux vous aider ? » demanda-t-il ensuite alors que Draco se levait pour lui-aussi quémander un câlin.

« Oh, est-ce que tu peux jouer dans la piscine avec moi ?! » s'enthousiasma Teddy, qui manqua de donner un coup de tête dans le menton de Harry. Celui-ci se redressa après un mouvement de recul.

« Tu veux parler de la flaque qu'il y a dans le jardin ? »

« Ah… Mon enchantement a dû s'arrêter, » grimaça Draco. Il avait beau s'être vanté de ses capacités, sa métamorphose sur la piscine de bébé avait été un peu hasardeuse, il devait l'avouer.

« Oh non… » gémit Teddy alors que Harry ricanait en enjambant les tas de vêtements, jouets et dessins sur le parquet pour venir l'enlacer.

« Je vais le relancer, » assura Draco, ses bras refermés autour de Harry dont l'odeur électrique et la magie fourmillante chatouillèrent son nez et sa peau. Après un baiser sur le côté de son cou, Harry s'écarta avec un sourire et de profonds cernes sous les yeux.

« Allez-y, je vais me mettre en short de bain. »

« Tu ne devrais pas plutôt dormir un peu ? » fit Draco avec un froncement de sourcils, mais Harry secoua légèrement la tête.

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Teddy poussa un cri perçant avant qu'un énorme splash ne se fasse entendre et qu'une fine pluie fraîche ne tombe sur Draco et s'accroche à ses cils. Il se frotta machinalement les yeux d'une main puis attrapa sa bouteille de Bièraubeurre pour en boire une désaltérante gorgée.

« Allez Dada ! Viens avec nouuuus ! » demanda une nouvelle fois Teddy alors qu'il reposait sa boisson pour prendre sa baguette et sécher son livre dont les pages commençaient à gondoler.

« Non merci. Je n'en ai peut-être pas l'air, mais je m'éclate, là, » l'informa-t-il sans exagération. Il était dehors, il faisait chaud mais il était à l'ombre avec une boisson fraîche et un livre qui ne parlait pas de Médicomagie. Teddy et Harry s'amusaient à côté de lui. Il n'était qu'en jour de repos mais l'après-midi avait un goût de vacances.

Et à part pour se laver, il détestait être mouillé.

« Laisse tomber Teddy, Dada est un chat, il déteste être mouillé, » rit Harry, un écho à ses réflexions qui le fit sourire en relevant la tête.

Un brusque flash l'éblouit et il battit des paupières avec un grognement.

« Mais tu veux combien de versions de moi en train de lire sous un parasol ? » souffla-t-il alors que Harry baissait son appareil photo avec un ricanement. « C'est inintéressant. »

« Des milliards ! » s'exclama Teddy avec la bouche à peine au-dessus de l'eau.

« Au moins, » approuva Harry avant de se tourner dans la piscine pour prendre son filleul en photo. Teddy lui offrit un sourire éclatant avant de se mettre à faire des bulles.

« Accio appareil-photo, » lança Draco dès qu'il eut terminé, et l'instrument lui échappa des mains pour atterrir dans les siennes. « Ahah ! Faible poigne que vous avez là, Auror Potter ! » commenta-t-il en le levant devant ses yeux, mais il dut s'y agripper lorsqu'il sentit la magie de Harry foncer sur lui pour tenter de le lui reprendre d'un sort non-verbal et sans baguette. « Arrête, tu vas me faire partir avec, » rigola-t-il en dirigeant l'objectif vers lui pour le prendre en photo, bras en avant, main ouverte, complètement mouillé et à moitié nu. « Ohoh, je pense que Sorcière-hebdo sera intéressé. A moi la fortune, » ricana-t-il à voix basse.

L'expression de Harry se fit sardonique et il s'échappa sous l'eau, suivi des yeux par Teddy, avant que ce dernier ne pousse un cri de surprise et se retrouve assis sur les épaules de son parrain puis soulevé hors de l'eau.

Draco captura leur pose et leurs sourires extatiques.

/

Le service de Psychomagie n'était pas un endroit où Draco mettait souvent les pieds, sauf pour aller voir des patients qui nécessitaient une surveillance psychique en plus d'un traitement Médicomagique. Les Psychomages n'étaient pas des Guérisseurs, ils étaient des maîtres Legillimenciens avec un diplôme moldu de psychologie, et n'avaient donc pas étudié à Ste Mangouste. C'était un service un peu obscur, pour lui, et il n'y connaissait les praticiens que de nom.

Le Guérisseur Mornille était celui qui suivait Blaise suite à son auto-empoisonnement, mais Draco put sans problème se rendre jusqu'à sa chambre, dont il ouvrit la porte après y avoir été invité. Il n'était pas certain de ce qui le motivait à aller le voir, sinon une vague inquiétude pour quelqu'un qui avait été son ami et avec qui il avait été odieux. Il avait ses excuses, et Blaise n'était pas tout blanc non plus. Mais sa présence à l'hôpital lui donnait peut-être l'occasion de réparer un pont coupé pour des raisons stupides. Ou de confirmer qu'ils avaient eu raison de ne pas s'adresser la parole en plus de cinq ans.

Blaise était avachi dans un fauteuil et se tenait la tête en lisant la Gazette du Sorcier. Il tourna le visage vers lui et s'il fut surpris de le voir, il ne l'afficha pas.

« Draco, » le salua-t-il simplement.

Il prit cela comme une autorisation à entrer et ferma la porte derrière lui.

La chambre était simple et étroite, mais plus confortable et mieux décorée que celles dans lesquelles il soignait ses autres patients. Une vue sur Londres, un lit poussé contre un mur, un bureau et une chaise sous la fenêtre, deux fauteuils de velours et une petite table basse en bois lui donnaient l'apparence d'une modeste chambre d'hôtel.

« Comment tu te sens ? » demanda Draco en avançant dans la pièce sans encore oser s'asseoir.

Blaise haussa les épaules et baissa les yeux sur le journal avant de le refermer avec un soupir.

« Question un peu sotte à poser à quelqu'un en Psychomagie, non ? »

« On pourrait argumenter qu'elle est sotte à poser à tous les patients, mais c'est un peu mon travail que de demander… » fit remarquer Draco en s'installant finalement dans le fauteuil en face du sien.

Blaise appuya sa tête contre son dossier, et ses yeux sombres traînèrent longuement sur son ventre. Son expression vaguement dérangée l'irrita.

« Tu peux regarder mon visage si mon ventre te met mal à l'aise. » dit-il un peu sèchement.

« Il me met un peu mal à l'aise aussi, pour être honnête, » rétorqua Blaise en relevant néanmoins un regard sarcastique vers lui.

« Pourquoi ? » le challengea Draco.

Celui qui avait été un de ses meilleurs amis haussa un sourcil ironique, puis les épaules, avant de détourner le regard vers la fenêtre.

« Ce n'est pas pousser le vice un peu loin… ? D'aller jusque-là, pour faire oublier quel genre de sous-merde tu étais ? » prononça-t-il d'un ton songeur.

Draco eut à peine le temps d'être froissé que l'absurdité des propos de Blaise déclenchèrent chez lui un rire bref mais sincèrement amusé.

« Il y en a parmi vous qui pensent aussi que je simule ? Merlin, je suis presque flatté qu'on me croie aussi déterminé et bon acteur, » ricana-t-il. « Vous ne vous dites pas que j'aurais choisi une cible moins controversée que Harry, pour être plus crédible ? »

« Tes plans ont toujours été foireux. Et bizarrement tous centrés autour de Potter. »

« Ah, oui, je vois… Ça contredit ta théorie selon laquelle je simule, néanmoins, » fit-il remarquer avec sarcasme.

Blaise souleva les épaules et les rabaissa avec un petit soupir, apparemment terriblement ennuyé par cette conversation. Les potions calmantes y étaient peut-être pour quelque chose. Vu ses commentaires en consultation, Draco ne doutait pas qu'il avait beaucoup de choses à dire au sujet de ses choix de vie.

« Est-ce que tu as des nouvelles de Pansy ? » lui demanda son ancien ami sans quitter les toits de Londres des yeux, changeant radicalement de sujet.

« Non, » répondit Draco en se redressant légèrement avec surprise. « Et toi ? »

« Non plus. »

Draco fut partagé entre déception et soulagement. Il aurait beaucoup aimé savoir ce que devenait Pansy, mais il aurait été triste d'apprendre qu'elle avait contacté Blaise et pas lui.

« Gregory ? »

Blaise tourna un regard ironique dans sa direction.

« Tu crois que je me ferais chier à prendre des nouvelles d'un crétin comme lui ? J'ai mieux à faire. Et ne fais pas semblant de te soucier de lui, tu te servais de Crabbe et Goyle comme des chiens de garde et des hommes de main parce que tu étais trop lâche pour mettre tes stupides menaces à exécution toi-même, » cracha-t-il. Il retroussa le nez en le regardant de haut en bas. « On comprend mieux pourquoi maintenant. »

Une nouvelle fois, Draco fut surpris qu'aucun sentiment de révolte ne le soulève à ses propos. Il était irrité, oui. Mais il était aussi soulagé. Soulagé de voir qu'il n'avait pas perdu son temps à essayer de conserver l'amitié de Blaise. Qu'il n'avait pas gardé un tel boulet au pied, qui n'aurait fait que l'enfoncer le jour où il aurait découvert les runes sur son crâne.

Blaise n'avait cependant pas tort. Draco avait été horrible avec Vincent et Gregory, et il garderait toujours la honte de l'adolescent stupide et méchant qu'il avait été, tout en acceptant qu'il avait mis à exécution ce qu'il avait appris. Mais il n'était plus cette personne. Alors que Blaise, lui, ne semblait pas avoir beaucoup changé.

« Et Théodore ? » interrogea-t-il, autant par curiosité que pour rappeler à Zabini son propre comportement à Poudlard. Nott avait été son souffre-douleur. Il l'avait sans arrêt rabaissé, moqué, et pris pour cible pour une raison inconnue. Draco n'avait pas participé à ce petit jeu, trop concentré sur ses propres victimes, mais il n'avait rien fait pour l'empêcher non plus. Il n'avait aucune idée de ce qu'il était devenu, mais il connaissait ses allégeances de l'époque et n'était pas pressé de le savoir.

Blaise afficha un air mauvais en guise de réponse.

« Farley ? Burke ? » demanda Draco en souvenir des deux sorcières que Blaise avait eu dans son lit à Poudlard.

Zabini se contenta de secouer légèrement la tête avec une expression excédée.

« Daphnée ? Millicent ? » poursuivit-il.

« Tu n'as pas de sortilèges de diagnostic et tout ce charabia à lancer ? » émit Blaise avec sarcasme.

« Je n'étais pas venu en tant que Médicomage, » l'informa Draco. « Mais je peux le faire si tu ne te sens pas bien. »

Blaise roula des yeux avec désobligeance et tourna à nouveau son attention vers la fenêtre.

« Non. »

Draco hocha pensivement la tête puis se leva du fauteuil avec une profonde inspiration. Il ne savait pas à quoi ressemblait la vie de Blaise, mais il doutait d'obtenir quoique ce soit de lui. Et ça ne l'intéressait pas, réalisa-t-il. Il avait fait sa part du travail et la santé psychologique de Zabini n'était pas de son ressort. Pour une fois dans sa vie, il ne se sentait pas responsable des malheurs d'une personne qu'il avait côtoyée à Poudlard. Quelles que soient les raisons qui avaient poussé Zabini à se gaver de potions jusqu'à finir sous surveillance Psychomagique, ce n'était pas de sa faute.

Il quitta la chambre sans un mot. Par acquis de conscience, il laissa une note à l'intention de son Psychomage dans son dossier pour lui conseiller de vérifier qu'aucune rune ne se trouvait sur son crâne, puis retourna travailler.

Parfois des portes se fermaient pour de bonnes raisons, même si on ne le réalisait qu'après coup.

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PS : On repasse au POV de Harry au prochain chapitre 😉