Bonjour ! Me revoilà avec un nouveau chapitre.
Merci encore SallyWolf, lolahg, Ecleli et Nuit Noire Reflet d'Argent pour vos commentaires, cela me fait très plaisir et me motive pour continuer. J'espère que vous aimerez la suite !
Bonne lecture. :)
Chapitre 5
« Nous aimons. A quoi bon ? Nous souffrons. Pour quoi faire ?
Je préfère mourir et m'en aller. Préfère.
Allez, choisissez vos chemins.
L'être effrayant se tait au fond du ciel nocturne,
Et regarde tomber dans la bouche de l'urne
Le flot livide des humains. »
Horror, Les Contemplations, Victor Hugo
Aidlinn n'avait pas envie de se lever et de s'arracher à la douce chaleur de ses draps. Le bourdonnement des préparatifs matinaux de ses colocataires l'avait arrachée au domaine des rêves, mais elle n'aspirait qu'à se replonger dans ce monde sûr et cotonneux. Ses aspirations furent réduites à néant quand un cri joyeux retentit dans leur dortoir.
— Oh regardez ! Je suis sûre que ça vient de Steve !
C'était Sylvia, sans aucun doute. Aidlinn se redressa et écarta les rideaux émeraudes de son lit. Son amie regardait une boîte rose foncé posée sur sa couverture. D'un geste précautionneux, elle l'ouvrit et poussa une exclamation ravie en sortant le beau bouquet de roses blanches et rouges qui se trouvait à l'intérieur.
— Comme elles sont belles ! s'exclama Maria Stebbins, en s'approchant de Sylvia. Steve doit vraiment être très amoureux.
Steve Crawley était le nouveau petit-ami de Sylvia. Aidlinn ne parvenait pas à remettre de visage sur ce mystérieux garçon. Son nom ne lui évoquant rien, ce n'était pas un sang-pur ni même un membre d'une famille sorcière influente. Elle ne souhaitait donc pas vraiment en savoir plus, de peur d'avoir une raison supplémentaire de se sentir coupable en parlant à la fille Prewett.
Maria brandissait indolemment une carte où l'on voyait, là aussi, des fleurs. Le papier magique dégageait une forte odeur de roses, plus encore que le bouquet. Aidlinn s'apprêtait à ouvrir la bouche pour demander pourquoi, par Merlin, ces filles recevaient des attentions de leurs admirateurs aujourd'hui, puis elle comprit.
C'était la Saint-Valentin. Avec un grognement, la jeune fille retomba dans son lit. Elle avait des cours ce jour-là et savait ce qui allait se passer si, comme les autres matins, elle se préparait et descendait dans la Grande Salle. Pourquoi se faire du mal inutilement ? Pourtant, elle le fit. Les couloirs étaient décorés de cœurs rouges et des farfadets déguisés en ange volaient ici et là, portant des messages d'amour. Ce qu'elle redoutait se produisit malheureusement plus rapidement que prévu.
Il était adossé à côté de l'entrée de la Grande Salle, attendant quelqu'un. Quelqu'un qui n'était pas Aidlinn. La jeune fille tenta de ne pas modifier son pas, de ne pas regarder sur le côté, de ne pas se trahir. Pourquoi était-ce si dur ?
Evan Rosier ne lui parla pas, évidemment – il ne la regarda sûrement même pas. Un rire étouffé la prévint que Délia Abbot était arrivée. Aurait-il été plus facile de haïr cette fille ? Aidlinn dut rassembler toute la volonté qu'elle possédait pour ne pas se retourner pour vérifier si Rosier avait offert quelque chose à sa petite amie.
Après toute la journée à avoir entendu des déclarations d'amour, vu des couples s'embrasser passionnément et des angelots voler en répandant des confettis, Aidlinn aurait voulu retourner s'enfoncer dans son lit, bien à l'abri sous les couvertures et oublier le regard passionné d'Evan envers Délia Abbot au petit-déjeuner – avait-elle vraiment vu ses yeux s'embraser à la vue de la Serdaigle ou était-ce le fruit de son imagination ? Et pourquoi cela prenait-il une si grande importance ? Hantée par cette vision, elle avait passé la journée avec Sylvia et Maria, même si ces dernières ne faisaient que glousser à chaque fois qu'un angelot apparaissait pour délivrer un message. Tout était préférable plutôt que de rester à proximité de Rosier.
— Dan Heston, hein, souffla Sylvia. Tu vas devenir la fille à abattre, tu le sais j'espère ?
Le sourire excité qu'affichait Sylvia contrastait avec sa mise en garde. Aidlinn avait longtemps attendu avant de lui raconter son altercation avec Rosier et sa discussion avec Dan. Elle s'était décidée à le faire pendant le cours de sortilèges, en fin d'après-midi. Maria, assise à l'autre bout de la salle, ne pouvait heureusement pas les entendre – il aurait été impossible de compter sur sa discrétion.
— Silencio, dit Aidlinn, pointant sa baguette sur le corbeau croassant devant elle.
L'oiseau gonfla ses plumes et lança un regard de reproche à la jeune fille avant de lâcher un croassement sonore. Cela faisait une demi-heure que leur classe s'entraînait au sortilège de mutisme. Les travaux pratiques animés leur permettaient cependant de discuter sans problème.
— Je ne sais pas… Il a seulement accepté parce que je l'avais défendu contre Rosier.
Sylvia poussa un soupir.
— Et Rosier ne t'a pas encore tuée ?
— Non, fit sombrement Aidlinn.
En fait, il l'ignorait superbement, tout comme Edern Avery depuis leur dispute. Rosier poussait même le vice jusqu'à détourner l'attention d'elle dès qu'elle ouvrait la bouche. Elle savait que c'était sa manière de la punir, mais une punition était-elle nécessaire ? Elle se sentait assez mal comme cela. Quant à Edern, il se contentait de l'éviter et Mulciber se contentait de hausser les épaules avec impuissance quand Aidlinn lui jetait une oeillade pleine d'espoir. Sans Sylvia, la jeune fille se serait retrouvée entièrement seule. C'était à peine si les autres toléraient sa présence, même Isaac avait changé d'attitude envers elle. Il était venu la voir le lendemain de l'altercation, alors qu'elle travaillait seule à la bibliothèque.
— Aidlinn, tu ne peux pas t'opposer à Evan comme ça, avait-il murmuré, l'air désapprobateur. Tu es avec nous ou contre nous, tu saisis ?
Voyant l'air choqué qu'elle avait pris, il avait ajouté plus gentiment :
— Écoute, je sais que tu ne pensais pas à mal, mais si nous nous en prenons à quelqu'un, c'est que nous avons nos raisons. Et Heston ne vaut vraiment pas la peine d'être défendu, je t'assure.
Elle avait hoché la tête, sans pouvoir avouer qu'il l'accompagnait à la fête de Slughorn.
— Tu devrais aller t'excuser auprès d'Evan, avait-il ajouté.
— Quoi ? avait répondu Aidlinn un peu trop fort.
Elle avait repensé à la brûlure sur son poignet.
— Non, c'est hors de question, avait-elle dit d'un ton catégorique.
Et Isaac avait fini par abandonner, comme elle refusait de revenir sur sa décision. Il était parti en marmonnant que cette affaire ne le regardait plus. Et il refusait désormais de lui parler en présence des autres. Aidlinn détestait cette situation, mais elle ne voulait pas s'excuser alors qu'elle était innocente. Une petite voix dans sa tête lui soufflait qu'Avery ne le ferait pas. Quant à Evan, il ne fallait même pas y penser.
Le professeur de sortilèges s'approcha des deux amies alors que la fin du cours approchait.
— Je vois que votre oiseau a encore toute sa voix, Miss Rowle. Je vous recommande donc de vous entraîner pour la prochaine fois, puisque vous préférez prendre mon cours pour un salon de thé.
La cloche annonçant la fin de la leçon retentit. Les deux filles rangèrent leurs affaires, penaudes, et se dirigèrent vers la bibliothèque pour travailler avant le dîner. Il y avait beaucoup de monde dans le couloir, si bien qu'Aidlinn et Sylvia durent jouer des coudes pour se frayer un passage parmi la foule.
Tout à coup, la jeune Rowle s'immobilisa brusquement.
— Hé, fit Sylvia en lui rentrant dedans. Pourquoi tu…
Mais la jeune fille n'écoutait plus. Devant elle, adossée à un mur, une fille aux cheveux roux flamboyants riait aux éclats avec ses amies. Sa robe arborait le lion de Gryffondor. Elle tenait dans ses mains un beau foulard qui changeait de couleur en fonction de la lumière. Aidlinn balaya les lieux du regard et rencontra avec effroi les yeux bleus d'Avery. Il lui adressa un clin d'œil. Mulciber, à côté de lui, ricanait d'un air réjoui. Tous les deux observaient avidement la scène de l'autre bout du couloir.
Evans était déjà en train de l'enrouler autour de son cou pâle. Aidlinn crispa les poings, s'attendant au pire. Il ne se passait rien. Peut-être que les sortilèges d'Edern n'avaient pas réussi ?
Tout à coup, la fille porta les mains à sa gorge. Son visage constellé de taches de rousseur vira au rouge alors que le foulard l'enserrait désormais avec force. Aidlinn la vit toussoter, cracher, ouvrir la bouche et jeter des regards frénétiques autour d'elle. Des cris retentirent. Ses amies appelaient à l'aide. Brusquement, tout le monde se tourna vers la pauvre Evans. Aidlinn n'avait pas bougé, c'était comme si on lui avait versé un seau d'eau froide sur la tête. Elle sentit vaguement que Sylvia lui avait attrapé le bras, aussi horrifiée qu'elle. Aidlinn n'avait d'yeux que pour la Gryffondor en train d'étouffer sous les yeux épouvantés de ses camarades. Elle était tombée au sol et son corps se convulsait alors que plusieurs camarades s'étaient jetés sur le foulard, tentant de desserrer l'étau mortel.
Le professeur McGonagall surgit de sa salle de classe, alertée par des élèves. Elle pointa sa baguette une première fois, sans succès. Ses yeux s'agrandirent et Aidlinn y vit croître une lueur d'angoisse. Qu'avait fait Avery ?
Aidlinn chercha des yeux le garçon, mais il avait disparu dans la foule, de même que Mulciber. Le visage d'Evans avait viré au bleu et elle avait cessé de se débattre, se contentant de remuer faiblement. Puis enfin, quelqu'un brandit les morceaux du foulard – on l'avait tranché net. Une foule s'amassa autour de la victime.
Evans était en vie.
Aidlinn était soulagée et ce sentiment la dégoûtait. Elle n'aurait rien dû éprouver face à cette fille, elle aurait dû éprouver du divertissement à la voir souffrir. Que dirait sa famille ? Que diraient ses amis ?
Sylvia était très pâle. Elle l'entraîna à l'écart et se planta face à elle.
— Comment as-tu su ?
— Quoi ? fit Aidlinn qui tentait de reprendre contenance malgré le tremblement de ses mains.
Elle avait failli être complice d'un meurtre ! Et pour ne rien arranger, son amie affichait un air suspicieux.
— Tu t'es arrêtée avant qu'elle ne se mette à suffoquer !
— Je laissais juste passer quelqu'un, marmonna Aidlinn.
Sylvia fronça les sourcils, peu convaincue.
— Tu es consciente que cette fille a failli mourir ? Si tu sais quoi que ce soit…
— Je ne sais rien du tout.
Aidlinn détourna les yeux, incapable d'affronter le regard de son amie, car cette dernière avait toujours lu en elle comme dans un livre ouvert. Aujourd'hui, elle ne pouvait se permettre de trahir Avery.
Pendant le temps qu'elles passèrent à la bibliothèque, puis au dîner, Sylvia ne cessa de jeter à Aidlinn des regards à la dérobée et cette dernière ne pouvait que feindre de ne rien remarquer, sa gorge trop serrée lui interdisait de parler. Avery et Mulciber demeurèrent introuvables. La jeune Rowle pensa que ce n'était pas très prudent de se cacher ainsi, cela les rendrait d'autant plus suspects.
Elle jeta un coup d'œil à la table des Gryffondor ; nombre d'élèves avaient le visage morose et picoraient sans enthousiasme. Elle vit Sirius Black, l'air soucieux et en colère. Il ne cessait de jeter des regards noirs à la table des Serpentard. Il surprit les yeux d'Aidlinn sur elle et la jeune fille détourna rapidement le regard. Néanmoins, le mal était fait et dès qu'elle sortit de table pour rejoindre la salle commune, Black la héla.
— Eh Rowle !
Aidlinn se retint de soupirer et prit l'air le plus détaché possible. Elle se tourna vers Sylvia et Maria Stebbins.
— Allez-y, je vous rejoins plus tard.
Les deux filles la laissèrent, interloquées. Ce n'était peut-être pas très prudent, mais elle ne voulait pas que Sylvia et Maria eussent des soupçons envers elle. Combien de temps mettraient-elles alors à remonter jusqu'à Avery ? Très peu, sans aucun doute. Aidlinn se tourna vers Sirius Black, tentant de calmer son angoisse. Elle ne le connaissait pas beaucoup, ne l'ayant croisé qu'une ou deux fois hors de l'école. Il était d'un an son cadet, mais la surpassait en taille et en force, ce qui était loin de la rassurer. Ces dernières années, il s'était mis à afficher une grimace haineuse dès qu'un jeune issu d'une famille du parti conservateur sang-pur passait à proximité, allant parfois jusqu'à lâcher des piques désobligeantes et faisant honte à son jeune frère Regulus. Elle ne désirait vraiment pas se battre contre lui.
— Quelque chose me dit que tu sais ce qui est arrivé à Evans.
Évidemment.
— Qu'est-ce qui te fait dire ça, Black ?
Sa propre voix était étonnamment sèche. Il l'examina d'un regard suintant de suspicion.
— Je ne sais pas… Peut-être le fait que ton père et ton frère soient des mangemorts ?
Aidlinn contrôla la colère qui montait en elle.
— Je ne vois pas de quoi tu parles.
— Pas besoin de faire semblant, Rowle.
— Sirius ! cria une voix.
Un garçon aux cheveux bruns et aux lunettes rondes arrivait, accompagné d'un garçon plus petit qu'Aidlinn reconnut comme Pettigrow, le garçon que Mulciber s'amusait parfois à ridiculiser. Ils fixèrent la Serpentard avec réserve et se placèrent de chaque côté de Sirius. La jeune fille se raidit malgré elle. Le couloir était vide et à trois contre un, elle n'avait aucune chance de gagner s'ils en venaient à utiliser leurs baguettes.
— Cette fille sait ce qui est arrivé à Lily, James, cracha Black.
De méfiant, le dénommé James passa à hostile. Il pointa sa baguette sur Aidlinn. Cette dernière croyait savoir que c'était le fils Potter. Toutefois, elle ne l'aurait pas juré ; les Potter n'étaient plus invités chez les sang-pur dignes d'intérêt.
— Ne sois pas ridicule, Black. Je ne sais rien du tout.
Allaient-ils la dénoncer au directeur pour qu'il l'interrogeât ? Pourrait-elle tenir le secret, alors ? Et si elle n'y arrivait pas ? Avery irait-il à Azkaban ? Et elle-même ? Ne serait-elle pas considérée comme aussi responsable qu'Edern ?
— Qui nous dit que tu n'as pas jeté le sort toi-même ?
Aidlinn leva les yeux au ciel.
— Vous le pensez sérieusement ?
Ressemblait-elle à Avery ? Non, elle en était sûre. Potter sembla lui-même penser que cette hypothèse semblait peu probable car il abaissa un peu sa baguette. Sirius, en revanche, continuait à la menacer.
-N'abaisse pas ta baguette, elle est l'une des leurs.
James suivit aussitôt l'avis de son ami.
-Tout ça est ridicule, s'énerva Aidlinn. Je n'ai rien à voir avec cette histoire. Je ne connais même pas cette fille.
Elle n'osait pas sortir sa baguette, de peur d'être attaquée avant – elle n'avait pas particulièrement envie de passer quelques jours à l'infirmerie. Avery allait le lui payer.
— Qu'est-ce qu'il se passe, ici ?
Aidlinn crut qu'elle allait défaillir de soulagement. Isaac et Andrew Wilkes venaient d'apparaître dans le couloir, visiblement mécontents. Black et Potter se raidirent légèrement en faisant volte-face, alors même que Pettigrow se rongeait les ongles d'angoisse. Toutefois, courageux, ils ne se laissèrent pas démonter face aux Serpentard plus âgés qu'eux.
— Stupefix ! cria James.
Le sort visait Isaac, qui se baissa et lança un sort au même moment. Potter tomba à la renverse alors que des liens invisibles le ligotaient. Wilkes trébucha et s'étala face contre terre sous le sortilège de Black, mais Isaac pointait déjà sa baguette sur Sirius, qui fut projeté contre le mur et retomba, assommé. Il restait Pettigrow, qui n'avait pas osé lancer un sort. Isaac se tourna vers lui alors que Wilkes se redressait, enfin libéré du sortilège.
— Fais passer à tes amis ce message : si l'un deux ne touche ne serait-ce qu'un cheveux de ma sœur, il est mort.
Aidlinn pensa que ce n'était pas une bonne idée de provoquer ainsi les Gryffondor, mais elle ne dit rien. Tremblante de reconnaissance envers son frère, elle le suivit dans le couloir sans rien dire.
— Qu'est-ce qui t'as pris de te retrouver seule avec eux ? Et tu n'étais pas capable de te défendre ? la réprimanda-t-il.
Sa sœur n'osa pas dire qu'elle avait espéré résoudre le problème par la parole car Isaac lui aurait ri au nez. Il lui parlait à nouveau, ce n'était pas le moment de tout gâcher.
— Ils étaient trois contre moi.
— Et alors ? rétorqua-t-il avec aigreur. Ce n'est pas une excuse.
La jeune fille baissa la tête, honteuse. Elle aurait aimé ne pas décevoir son frère.
— Polynectar, marmonna Isaac, arrêté devant un pan de mur vierge.
Ils étaient arrivés aux cachots. Le passage dans le mur s'ouvrit, dévoilant leur salle commune. L'endroit était éclairé d'une douce lumière verte qui provenait des fenêtres donnant sur les profondeurs du lac. Quelques élèves étaient assis dans les canapés vert émeraude, près de la cheminée où crépitait un feu magique de même couleur. Isaac et Wilkes disparurent dans l'escalier donnant sur les chambres des garçons. Quelqu'un attrapa le bras d'Aidlinn, qui réprima un cri, les nerfs encore à vif de la confrontation. Une voix bien connue lui chuchota à l'oreille :
— Alors, on a apprécié le spectacle ?
— Lâche-moi, Edern.
Il obéit et elle se retourna vers lui, les poings sur les hanches.
— Tu es content de toi, je suppose ?
Elle avait veillé à ce que sa voix ne dépassât pas le murmure, bien qu'elle aurait voulu crier. Il écarta les mains en signe d'innocence et un sourire cruel étira ses lèvres. La jeune fille détestait le voir ainsi.
— Je suis toujours là, non ?
Son sourire s'évanouit.
— Dommage qu'elle en ait réchappé.
Elle le foudroya du regard.
— Je te signale que Black et Potter sont venus me voir, à cause de ce que tu as fait !
Edern eut un petit rire ironique.
— Évidemment ! Ils s'inquiètent pour leur chère petite sang-de-bourbe.
Aidlinn cessa de respirer un instant. Ainsi il se fichait de ce qui aurait pu lui arriver ? Devant son expression indignée, il reprit son sérieux.
— Ils ont essayé de te lancer un sort ?
— Non, Isaac et Andrew sont arrivés et les ont remis à leur place, dit-elle avec une certaine réticence, peu fière de ne pas s'en être sortie elle-même.
Il grogna puis se tourna vers elle.
— Alors où est le problème ? Tu m'en veux toujours ?
Bien sûr qu'elle lui en voulait, il les mettait tous dans une situation dangereuse. Cependant, ces derniers mois, Aidlinn avait commencé à comprendre que son ami ne changerait pas. En cinq ans, elle avait assisté à la lente éclosion de la fleur vénéneuse et noire qu'était Edern, mais cette transformation l'avait fascinée autant qu'elle l'avait effrayée, car il savait aussi montrer une personnalité éblouissante. Comment pouvait-il se montrer attentif et plaisant un instant et horriblement méchant quelques heures plus tard ?
Elle devait choisir : soit elle lui pardonnait et retrouvait son ami, soit elle le perdait pour toujours. Si une part d'elle n'approuvait pas ses agissements, une autre tentait de lui donner de la légitimité : n'agissait-il pas toujours dans le sens de leurs valeurs ? Peut-être n'était-il pas si méchant, peut-être désirait-il seulement gagner sa place comme mangemort ? N'était-ce pas une intention louable, alors ? Enfin, et surtout, sa compagnie amicale lui manquait.
Elle soupira et sa voix s'adoucit :
— Non, je ne t'en veux plus.
Edern sourit avec assurance, comme s'il avait toujours su qu'elle ne saurait rester longtemps fâchée contre lui. Une curiosité malsaine s'empara d'Aidlinn et elle chuchota :
— Comment lui as-tu donné le foulard ?
Il sourit à nouveau, moqueusement cette fois-ci.
— Je croyais que ça ne t'intéressait pas ?
Sous son regard noir, il poursuivit :
— Je l'ai laissé au bon endroit, au bon moment.
Il marqua une pause et ses yeux bleu foncé la scrutèrent avec une nouvelle précaution.
— Tu vois, je m'en suis sorti.
Aidlinn finit par hocher la tête. Avery avait eu raison d'agir ainsi après tout, on l'accueillerait en héros. Alors pourquoi est-ce qu'elle arrivait à peine à lui faire face ? Peut-être parce qu'au fond d'elle, une petite voix se demandait : Et s'il avait essayé de te tuer, toi ?
J'espère que vous avez aimé ce chapitre. Pour ceux qui se demanderaient où est la soirée de Slug, il y avait une erreur (corrigée) dans le chapitre précédent, elle a lieu le lendemain de la St Valentin. Donc ce sera pour le prochain chapitre, qui arrivera dans la semaine. :)
