Bonjour, voilà le nouveau chapitre !

Merci mimi70, Vlad et SallyWolf pour vos reviews, ça me fait super plaisir de voir que vous continuez à suivre l'histoire. :) Bonne lecture ! (Je vous réponds en-dessous).

Vlad : Haha je ne dirai rien sur le futur d'Aidlinn, mais pour sa défense, tous les gens qu'elle aime et à qui elle tient sont du côté obscur ! Et sinon, pour Délia, elle ne pouvait pas savoir qu'Evan était un gars si horrible (dommage haha) après tout il n'affiche pas son statut de mangemort en public. (Et heureusement.) On pourrait dire qu'il a le même statut que Malefoy, certains savent qu'il est un peu louche, mais concrètement on a aucune preuve qu'il ait fait quelque chose de répréhensible. Et comme on est à la première guerre des sorciers, il est encore moins inquiété, on sait juste qu'il a des idées plus arrêtées que d'autres sur les nés-moldus. Voilà j'espère avoir expliqué correctement le comportement de Délia. :) (Puis j'avoue que comme il est beau hein... hahaha) Sinon, l'histoire avec Callie se déroulerait après car on y retrouve Rabastan (qui n'est volontairement pas présent dans cette fic' car j'ai d'autres projets pour lui (héhé) et car je lui ai mis un certain écart d'âge avec son frère). Les Wilkes et Avery ne sont pas les mêmes qu'ici, tu peux donc considérer qu'ils ont des cousins ou que c'est une fic dans un monde parallèle. :)

SallyWolf : Hahaha je suis rassurée qu'au moins une personne ait apprécié la torture de Délia ! ;) Sinon ta maman a raison et ça décrit bien la relation Rosier-Délia : même s'il s'est servi d'elle, ça ne veut pas dire qu'il n'a rien apprécié de leurs moments ensemble...


Chapitre 12


Vous voir est un bonheur je ne l'ai pas complet.
Sans doute, c'est encor bien charmant de la sorte !
Je veille, car je sais tout ce qui vous déplaît,
A ce que nul fâcheux ne vienne ouvrir la porte

Sans doute, je vous ai sans doute je vous vois.
La pensée est un vin dont les rêveurs sont ivres,
Je le sais mais, pourtant, je veux qu'on songe à moi.
Quand vous êtes ainsi tout un soir dans vos livres,

Sans relever la tête et sans me dire un mot,
Une ombre reste au fond de mon cœur qui vous aime
Et, pour que je vous voie entièrement, il faut
Me regarder un peu, de temps en temps, vous-même.

Les Contemplations, Victor Hugo


Il régnait une ambiance trop joyeuse pour un lundi. La salle de classe était inondée de soleil et, dans les rayons dorés filtrant à travers les carreaux, flottait un nuage de poussière échappé du plafond et des étagères. Le week-end avait été pluvieux et à la vue du temps clément au-dehors, l'humeur générale s'était allégée. Même le professeur McGonagall, d'habitude sévère, se contentait de passer entre les rangs pour aider les élèves, oubliant de réclamer le silence. Les Serpentard et les Poufsouffle devaient s'entraîner sur les sortilèges de Disparition, mais les travaux pratiques de métamorphose étaient le moment idéal pour discuter en toute impunité. Aidlinn était assise juste derrière Edern et Mulciber qui s'étaient retournés sur leur chaise. La conversation entre eux s'était orientée sur leurs entretiens respectifs.

— J'ai dit à Slughorn que je voulais être dresseur de trolls de sécurité, rigola Avery.

Ses deux amis éclatèrent de rire, ce qui passa heureusement inaperçu dans le brouhaha général.

— Et qu'est-ce qu'il t'a dit ?

— Que j'étais un garçon intrépide et que c'était un métier respectable, mais que je pouvais prétendre à une carrière plus ambitieuse.

Aidlinn pouffa à nouveau, imaginant l'expression sidérée de Slughorn devant la surprenante révélation de son élève préféré.

— Il m'a dit de revenir le voir quand j'aurai trouvé un métier qui pourrait, je cite, mettre à profit le large panel de mes capacités, se désola le Serpentard.

— C'est injuste, ronchonna Mulciber. Je lui ai dit que je voulais être laveur de vaisselle au Chaudron Baveur et il m'a dit que c'était une option de carrière envisageable.

Edern rit à son tour, de même qu'Aidlinn. Il était évident que Slughorn n'appréciait pas beaucoup Mulciber qui enchaînait, volontairement ou non, les catastrophes en cours de potions. S'il n'était pas aussi brillant qu'Avery, le garçon pouvait sans mal prétendre à un métier plus intéressant.

Sylvia, qui jusque-là n'avait pas participé à la discussion, intervint d'une voix irritée :

— Vous feriez mieux de chercher une véritable profession au lieu de passer votre temps à raconter des idioties. Dans quelques mois, il sera trop tard.

L'amie d'Aidlinn n'avait jamais apprécié Edern et se contentait généralement de l'ignorer, ce qu'elle se résigna à faire lorsqu'elle intercepta son sourire empli de défiance.

— Je pense que je vais retourner lui dire que je voue une passion aux trolls, trancha Avery d'une voix joyeuse.

— Il ne te croira jamais, observa joyeusement Aidlinn.

— Justement, c'est ce qui est amusant. Il ne peut pas me croire, mais s'il essaie de m'en dissuader, il devra discréditer le métier. Or, il se trouve que l'oncle d'Ettie Bulstrode est dresseur de trolls.

Mulciber se mit à glousser à la mention de leur camarade de cinquième année, elle aussi à Serpentard. Peu dégourdie et taciturne, elle évitait uniquement les moqueries car sa famille était de sang pur, mais elle n'avait que peu de soutien au sein de leur maison et devait se contenter de demeurer dans l'ombre de sa sœur aînée, Théomantine, et de ses amies. Avery arborait une mimique amusée :

— Et devinez qui est ami avec les Bulstrode ? Le professeur Beery.

Mr Beery était le professeur de botanique de Poudlard, ainsi que le directeur de la maison Poufsouffle.

— J'ai hâte de voir notre bon vieux Slug étouffer secrètement d'exaspération.

Pour appuyer ses dires, il fit disparaître d'un coup de baguette la souris qui tremblait sur son bureau.

En sortant du cours de métamorphose, Aidlinn croisa Rosier – rien d'original, bien sûr, cela arrivait assez souvent. Cependant, pour la première fois, il vint la voir ; quand il se mit à sa hauteur, un mélange de joie, d'étonnement et de peur l'électrisa. À côté d'elle, Sylvia et Maria avaient des yeux ronds de stupéfaction.

— Bien dormi ?

Aidlinn était si surprise qu'elle peina à répondre et, de surcroît, ce fut une réponse d'une banalité affligeante :

— Eh bien, oui, merci... Et toi ?

Elle n'arrivait pas à croire qu'Evan Rosier venait prendre de ses nouvelles et elle se maudissait de ne rien trouver de plus élégant à rétorquer. Il haussa les épaules et arrêta Aidlinn d'un geste :

— Tu as quoi, comme leçon ?

— Étude des runes.

— Je t'accompagne, dans ce cas.

Il jeta un coup d'œil impatient à Sylvia et Maria, qui finirent par partir devant, comme elles se rendaient en cours de musique. Aidlinn se devait d'objecter :

— Mais…

Il leva les yeux au ciel.

— Peeves jette des ballons de baudruche sur les élèves au bout de ce couloir. À toi de voir.

Elle aurait dû rappeler ses deux amies pour les prévenir, mais l'occasion était trop belle. Aidlinn le suivit alors qu'il l'entraînait dans la direction opposée, lui faisant prendre un passage dérobé dont elle ignorait l'existence. Ils grimpèrent un escalier tortueux, poussèrent un pan de mur dissimulé derrière une grande statue et se retrouvèrent dans un nouveau couloir bondé. D'autres élèves, tous trempés, leur jetèrent des regards envieux. Alors qu'ils empruntaient un second escalier, Aidlinn, un peu essoufflée, demanda :

— Tu n'as pas de cours ?

La première sonnerie avait déjà retenti, il allait être en retard s'il tenait tant que ça à l'accompagner jusqu'à sa salle.

— Normalement, si. Défense contre les forces du mal.

Il s'arrêta et lui décocha un sourire ironique.

— Je crois que je peux me permettre de manquer une ou deux séances.

Aidlinn était incapable de prendre la décision de se remettre en route. Elle s'était arrêtée trop près de lui et, dans la pénombre du petit escalier, elle percevait son souffle avec une acuité nouvelle.

— Tu es sûre que tu veux te rendre à ton cours ?

Elle l'écouta rire doucement. C'était un son doux et grave, rassurant, qui la fit hésiter. Elle se dit qu'elle aurait préféré l'écouter rire, si seulement elle était capable de l'amuser de nouveau ; puis elle se rappela Délia Abbott, ses hurlements, son air hébété ; elle se souvint de la voix glaciale de Rosier et de sa terrible indifférence. Alors elle se racla la gorge.

— J'en suis sûre.

Evan demeura immobile encore quelques secondes puis se remit à rire :

— Très bien.

Et il l'accompagna jusqu'au bout du couloir, où se trouvait la classe du professeur Babbling. Ils arrivèrent alors que la deuxième sonnerie retentissait et que les élèves rentraient déjà en classe en file indienne.

— Merci, fit Aidlinn en se tournant vers Rosier.

Il lui adressa un sourire en coin et son cœur fit un bond.

— Tu devrais y aller, avant de changer d'avis, fit-il en désignant la salle.

Après un dernier regard, il tourna les talons. Aidlinn l'observa un moment s'enfoncer dans le couloir, les mains dans les poches, d'un pas souple et conquérant. Elle se rendit compte qu'elle ne savait toujours pas qui il était vraiment.

oOo

Après ce matin-là, Evan se montra aimable avec elle. Cela en était presque suspect, bien sûr. Aidlinn tenta d'abord de l'éviter ; elle n'était pas sûre de vouloir se rapprocher de lui après l'épisode de la Salle sur Demande. Toutefois, il réduisait toujours ses efforts à néant, surgissant quand elle ne s'y attendait pas, lui coupant toute possibilité de retraite. La situation semblait l'amuser et sa bonne humeur était communicative. En quelques jours, la torture de Délia n'était plus qu'un mauvais souvenir qu'Aidlinn faisait tout pour oublier.

Evan se mit à venir la voir quand il la croisait au détour d'un couloir. Il lui confiait des petites choses qu'il ne semblait dire à personne d'autre dans le creux de l'oreille, son timbre grave caressant agréablement son tympan, partageait avec elle quelques réflexions qu'il s'était faites – ce n'était jamais rien d'important, mais cela la faisait toujours se sentir spéciale. Envolés le malaise et la tristesse causés par Heston, Evan ne faisait pourtant rien d'extraordinaire, mais elle ne s'était jamais sentie aussi heureuse. Tout semblait moins difficile quand il était là; les couleurs devenaient plus vives, les senteurs plus agréables ; son cœur se gonflait d'exaltation et une incomparable plénitude la gagnait.

Délia ne semblait se souvenir de rien, sinon qu'Evan l'avait laissé tomber. Elle se morfondait en permanence, lui jetait des œillades désespérées. Parfois, lorsqu'elle les surprenait ensemble, elle dardait sur Aidlinn un regard soupçonneux et tourmenté. La jeune Rowle compatissait malgré elle : s'il y avait une chose pire que de ne pas pouvoir être avec Evan Rosier, c'était assurément de le perdre.

En fait, Aidlinn s'accoutumait bien trop rapidement à la présence du garçon à ses côtés. Elle ne savait pas ce qu'il voulait, ni ce qu'il pensait quand il l'observait derrière ses beaux cils noirs ; elle ne savait comment réagir lorsqu'il se montrait aimable ou au contraire distant avec elle. Elle savourait chaque instant en sa compagnie, mais vivait toujours dans la crainte que ce fût le dernier. Parfois, il ne lui adressait aucun regard pendant deux jours et elle était au plus mal, mortifiée, misérable ; puis il revenait, lui lançait un demi-sourire et elle reprenait vie, lui pardonnant sa froideur.

Quelque fois, le soir, quand elle lisait, il s'asseyait en face d'elle – jamais à côté – sans dire un mot. Lui-même lisait rarement, son esprit semblait en constante agitation et pour Aidlinn, il était évident qu'il avait du mal à se concentrer sur une occupation aussi ordinaire. Il contemplait alors les flammes et y faisait apparaître des formes mouvantes au gré de son imagination. Aidlinn posait son manuscrit et appréciait le spectacle avec un plaisir mêlé de fascination. Un jour, il daigna enfin lui expliquer comment il s'y prenait.

— Je ne connais pas de formule magique appropriée. Je fixe les flammes, je sens la magie affluer dans mon poignet, passer dans la baguette et je me contente de moduler le flux selon mes envies.

Il s'exécuta et au milieu du foyer surgit un dragon étirant son long cou, crachant des petites flammes vertes à intervalles réguliers. Tandis que l'émeraude du foyer se reflétait dans ses prunelles et projetait des ombres sur sa mâchoire, Aidlinn ne pouvait que comparer Rosier à un démon. Son propre démon. Il avait fait de mauvaises choses, se préparait à en faire de pires encore. Alors pourquoi se sentait-elle si bien près de lui ?

Elle essaya, elle aussi, mais le feu ne semblait pas vouloir lui obéir.

— Entraîne-toi, lui conseillait-il quand le soir, elle tentait en vain de changer les flammes en oiseaux.

Et elle s'entraînait encore et encore. Parfois des silhouettes semblaient se détacher, pour disparaître presque aussitôt.

— C'est une question de volonté et de confiance, répétait-il.

Un jour qu'Aidlinn était assise à la bibliothèque, Rosier la rejoignit. Elle travaillait sur un devoir particulièrement ardu d'études des runes, tentant de traduire le texte à l'aide d'un manuel et d'un dictionnaire, quand il s'avança vers elle, ignorant les regards des élèves posés sur lui. L'autorité naturelle de Rosier avait toujours fasciné la jeune fille, peut-être car elle-même s'en sentait totalement dépourvue ; il attirait l'attention où qu'il allât, en bien ou en mal et, s'il s'en rendait compte, y semblait totalement imperméable, comme si tous ces égards lui étaient dus. Pour Aidlinn, Evan ressemblait à un prince noir déambulant dans sa province. C'était dans ces moments-là, lorsqu'il rejetait toute forme d'adoration de la part des autres et qu'il se tournait simplement vers elle, qu'elle ressentait cette exaltation indicible, ce sentiment de triomphe fébrile et cette douceur maladroite qui la faisaient se sentir incroyablement vivante.

Ce jour-là, Rosier la salua d'un sourire et se pencha légèrement par-dessus son épaule, se postant dans son dos. Son eau de toilette masculine l'entoura agréablement, associé à une odeur de fumée. Pourtant Aidlinn ne l'avait jamais vu toucher à un cigare ou une cigarette – le connaissait-elle si mal ?

— Les runes… Intéressant. Tu penses que cela te sera utile ?

Cela avait l'apparence d'une question insouciante ; il se contentait d'observer, lui laissant le choix de la réponse. Aidlinn, cependant, l'avait assez côtoyé pour savoir qu'il savait utiliser ce même ton détaché lorsqu'il ne voyait qu'une seule option.

— Non, avoua Aidlinn.

Il rit doucement en s'asseyant sur la chaise libre à côté d'elle. Le son profond montait de son torse et résonnait agréablement aux oreilles de la jeune fille. Elle l'avait davantage entendu rire ces derniers jours qu'en cinq ans de cohabitation à l'école et elle n'envisageait déjà plus de se passer de cette mélodie.

— Qu'est-ce qui sera utile, après Poudlard ? reprit-elle d'un air triste. Ce n'est pas comme si nous allions simplement travailler comme tout le monde.

Elle balaya d'un geste las de la main la grande pièce confortable, ses étagères de bois garnies de livres, ses tables de travail pour la plupart vides, les grandes fenêtres donnant sur le parc. C'était horrible de faire semblant de réfléchir à un avenir, alors qu'elle connaissait déjà le sien depuis la naissance ; contrairement aux jeunes filles issues des milieux plus modestes, elle porterait la responsabilité de sa lignée. Le pire était que seule la mort de sa mère, la personne en qui elle avait eu le plus confiance, avait pu lui offrir une possibilité un peu plus enviable : celle de se battre au lieu de rester en arrière.

— Parle pour toi, dit Rosier en haussant un sourcil.

Il se pencha vers elle jusqu'à ce qu'elle put sentir son souffle chaud chatouillant sa joue.

— Mangemort n'est pas un travail à plein temps, que je sache.

Elle se tourna vers lui, confuse, mais il se reculait déjà.

— Je devrai gérer la fortune de ma famille, expliqua-t-il. Faire les bons investissements, administrer les propriétés. Isaac aussi le fera.

Aidlinn se retint de dire que la fortune des Rosier était bien plus importante que la leur, bien que les Rowle fussent encore considérés comme une famille influente.

— Bien sûr, acquiesça-t-elle simplement.

— Tu devras aider ton mari, remarqua le Serpentard avec gravité. Cela te concerne aussi.

A cette idée, Aidlinn poussa un grognement.

— Qui dit que je vais me marier ?

— Tu es une fille, qui plus est issue d'une prestigieuse lignée sang-pur, constata simplement Evan.

— Mon père n'en a jamais parlé. Je pourrais bien vous rejoindre, comme Isaac.

Evan rit de nouveau et cette fois, le son l'irrita – il ne la prenait pas au sérieux.

— Non, tu te marieras. Ces choses-là sont trop dangereuses pour quelqu'un comme toi.

— Quelqu'un comme moi ? Je suis tout aussi capable que Mulciber, il a de moins bonnes notes que moi…

Le sourire attristé d'Evan l'interrompit.

— Ce n'est pas une question de capacité, c'est une question de force.

Il saisit une de ses mèches blondes et son expression se fit grave.

— Tu ne survivrais pas, au milieu d'eux.

Aidlinn voulait protester, dire qu'elle en était capable, qu'elle supportait déjà les folies d'Avery, mais elle fixait l'expression troublée et lointaine de Rosier.

— Il n'est pas gentil, Aidlinn. Il n'est pas miséricordieux. Il est grand, puissant, terrible. Il te briserait comme une brindille.

Elle frémit à cette image. Evan le redoutait, lui qui n'avait peur de rien. Le Seigneur des Ténèbres pouvait-il être si terrifiant ?

Rosier avait libéré sa mèche et, dans une immobilité totale, avait perdu son regard par l'une des grandes fenêtres où apparaissait le ciel gris. Il y avait plus important en cet instant : Evan avait-il peur pour elle ?


Alors ?