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Chapitre 52

« Les gens durs font les temps durs. J'en ai tant vu de la méchanceté des hommes que j'me demande pourquoi le bon Dieu a pas éteint le soleil et a pas fichu le camp. »

Cormac McCarthy, L'Obscurité du dehors

-J'attends tes explications.

Gordon Rowle était attablé dans la salle à manger, devant son petit-déjeuner. Il y avait un bagel à moitié mangé dans une assiette – il ne les finissait jamais – et une grande tasse de café refroidi. Il avait beau feindre de lire le journal, Aidlinn devinait qu'il devait bouillonner intérieurement.

-Je… J'avais vu que tu gardais le coffre de maman. Elle me manque, c'est tout.

Le soleil était encore bas derrière les rideaux de dentelle couvrant les hautes fenêtres. La jeune fille avait eu une nuit entière pour réfléchir à ce qu'elle dirait à son père, pressentant qu'il lui demanderait des comptes dès qu'il se serait calmé. Il avait passé la nuit dans le petit salon du rez-de-chaussée, sans admettre quiconque, pas même les elfes. Et voilà qu'il l'attendait en effet depuis l'aube pour lui tenir un procès. Cependant, c'était mérité, elle le savait.

-Tu n'as pas pensé qu'il vaudrait mieux m'en parler, plutôt que de forcer la porte de mon bureau ? demanda la voix froide de son père. Tu as pensé que c'était plus judicieux d'inviter le fils Rosier pour t'aider ?

Gordon avait posé son journal et ses yeux d'acier la découpaient sur place.

-Evan était simplement passé comme ça. Je lui ai demandé de m'aider et on a essayé d'entrer pour rire. On ne pensait pas à mal.

-Pour rire ? A quel moment ai-je perdu autant d'autorité pour que tu considères que mes interdictions peuvent être transgressées pour votre simple divertissement ? Et s'il y avait eu quelque chose de dangereux dans ce coffre ? Si je ferme ce bureau à clé, c'est que j'ai mes raisons.

-Je sais. C'était stupide. Je suis désolée.

Aidlinn baissa la tête de honte et de dépit. Honte d'avoir fomenté cette affaire contre son père. Dépit de n'avoir rien trouvé, de s'être fait prendre et surtout de l'avoir déçu.

-Je sais qu'Isaac te manque, mais ce n'est pas une raison pour inviter n'importe qui et faire n'importe quoi.

-Evan n'est pas n'importe qui, répondit Aidlinn sans réfléchir.

-Peu importe, je ne veux pas revoir ce fouineur ici.

-Ce n'est pas un fouineur. C'est moi qui l'ai invité, il n'y est pour rien.

-C'est assez, trancha Gordon en se levant. Je ne permettrai pas qu'on se moque de moi plus longtemps dans ma propre maison. Tu as trahi ma confiance, Aidlinn, je ne veux plus avoir le moindre reproche à te faire dans les semaines à venir.

Aidlinn fut consignée au manoir les deux dernières semaines des vacances d'été. Elle avait dû décliner par deux fois l'invitation d'Edern pour se rendre à Wolford. « Qu'as-tu fait pour être punie si longtemps ? » lui avait écrit son ami - elle n'avait pas pu répondre la vérité. Ce jour-là, elle se tournait et se retournait sur son lit tandis que l'après-midi passait avec une étrange lenteur. L'air était chaud et sec au-dehors, pas un souffle de vent ne soufflait par la fenêtre ouverte. Aidlinn fixait le mur, son esprit tournant et retournant les mêmes pensées. Le coffre, sa mère, son père et le bureau défendu.

Rien que des souvenirs que j'enferme à clé.

Eleanor répétait toujours à Aidlinn qu'il fallait garder ses souvenirs pour ne pas les laisser s'envoler. Elle lui achetait des boîtes vernies pour entreposer tous ses petits trésors d'enfant : fleurs et trèfles séchés cueillis en promenade, cailloux aux couleurs extraordinaires, boutons de vêtements, petits bijoux achetés sur des stands de fêtes foraines… Aidlinn avait au moins cinq coffrets remplis, qui attendaient au fond du triste silence de son armoire.

Et puis l'évidence s'imposa à elle. Elle ouvrit la penderie, retourna les vieilles boîtes qui contenaient ses anciens souvenirs. L'une d'elles était la réplique exacte du coffret de sa mère, elle n'y avait jamais pensé jusqu'à aujourd'hui. Pourquoi n'y avait-elle jamais pensé ?

Aidlinn ne pouvait se douter que sa propre mère l'avait en réalité ensorcelée pour comprendre ce qu'il faudrait en temps voulu, lorsqu'elle poserait de nouveau le regard sur le coffre original.

Elle repoussa le couvercle et vit son amas de vieux trésors qu'elle répandit sur le sol. Elle referma la boîte, passa le doigt sur la serrure factice d'étain.

Rien que des souvenirs que j'enferme à clé.

Elle savait ce qu'il fallait faire, sans comprendre comment. Elle alla chercher la barrette d'émeraudes, cette même barrette qu'elle avait subtilisée après l'enterrement de sa mère sur sa table de nuit et qu'elle gardait précieusement depuis, l'inséra dans la serrure et un déclic se fit. Quand Aidlinn rouvrit le coffre, l'intérieur était tapissé de velours noir et non plus rouge ; il ne contenait qu'un morceau de parchemin.

Voldemort crée des horcruxes. Combien ? Je ne sais pas. En a-t-il déjà créé ? Sûrement, mais je ne sais pas où ils sont. Nous devons les détruire pour le détruire.

C'était à n'en pas douter l'écriture de sa mère, bien qu'elle fût inhabituellement tremblante. Le simple papier était plutôt décevant. Elle ne connaissait pas les horcruxes et avait du mal à imaginer ce que cela pourrait être. De nouvelles armes ? Des créatures assoiffées de sang ? Des disciples aveugles et dévoués ? Que pouvait bien créer le Seigneur des Ténèbres qui fût assez important pour que sa mère cachât ce bout de papier dans les propres affaires d'Aidlinn ? Avait-elle vraiment été destinée à le trouver ou avait-il été laissé ici par quelqu'un d'autre.

Elle fouilla dans la bibliothèque du manoir, sans succès – elle ne savait même pas vers quel genre de livres elle était censée se tourner. Les livres de sortilèges ? Les manuels de potions ? Les bestiaires ? Elle en feuilleta le plus possible, parcourut les ouvrages les plus sombres que contenaient la bibliothèque et qui dégageaient un souffle putride quand elle les ouvrait, sans rien trouver.

Elle envoya une lettre à Rosier, dans laquelle elle demandait à le voir, expliquant qu'elle avait trouvé quelque chose de peut-être important. Restant sans réponse, elle en envoya une deuxième – peut-être la première avait-elle été perdue ? -, puis une troisième où elle convenait d'un rendez-vous.

Elle l'attendit dans la nuit, devant chez elle, jusqu'à ce que l'aube apparût, que les étoiles se fussent éteintes ; elle l'attendit la nuit entière, mais il ne se montra pas.

oOo

La veille de la rentrée, elle partit faire ses courses de rentrée dans Diagon Alley avec son père – à sa grande surprise, il avait tenu à l'accompagner.

Ils entrèrent par l'arrière du Chaudron Baveur ; la rue était peu animée, les familles se dépêchaient d'effectuer leurs achats. Aidlinn et Gordon étaient les seuls à ne pas se presser. Dans ses habits sombres, grand et austère, Mr Rowle traînait devant les vitrines colorées sans se rendre compte du temps qui passait. Ils achetèrent vêtements, plumes et parchemins dans les plus belles boutiques de la rue. Son père insista pour lui offrir une plume en verre à pointe d'argent au bout de laquelle brillait un cristal aux reflets changeants.

-Ce n'est rien, juste un cadeau, se justifia-t-il quand elle remarqua avec gêne que c'était une dépense superflue. Tu le mérites, tu travailles toujours si bien à l'école. Ta mère et moi avons toujours été très fiers de toi.

Il ne semblait plus en colère contre elle, mais au contraire triste et plein de regrets. Il faisait son possible pour se rendre agréable, la complimentait à chaque nouvelle robe qu'elle essayait, lui proposait les plus belles fournitures, s'abstenait bien de commettre la moindre mégarde. Ils mangèrent dans un restaurant sorcier bordant la fin de la rue qui se nommait Les Cloches Marquées.

L'intérieur était vieux, dans les tons rouges, verts et bruns ; ce fut le propriétaire en personne, un sexagénaire mince au nez busqué, qui vint prendre leur commande. Il paraissait bien connaître Gordon car ils échangèrent quelques nouvelles parues dans le journal – le concert prochain d'un chanteur sorcier tant attendu, la construction d'un quartier sorcier dans Kelsington, la tempête annoncée dans le sud du pays pour la semaine suivante.

-Et je suppose que c'est votre fille, Aidlinn ? Elle a vos yeux, ça ne fait aucun doute. Enchanté Miss, Matz Hohmann pour vous servir. Mr Gordon m'a beaucoup parlé de vous et de votre frère, mais c'est bien la première fois que j'ai l'honneur de croiser l'un de vous.

Il parlait avec un lourd accent germanique, ce que remarqua Aidlinn lorsqu'elle fut de nouveau seule avec son père.

-Matz est né en Allemagne et il y a vécu une partie de sa vie, mais il a fui le pays quand les moldus sont de nouveau entrés en guerre.

-En guerre ?

Elle n'avait jamais pensé aux soucis politiques des moldus, mais en y songeant, cela prenait sens. Si les sorciers n'étaient pas assez sages pour éviter les conflits, il ne pouvait en aller autrement pour les moldus.

-C'était terrible, même pour les sorciers. Toute l'Europe a été ravagée. Tout a commencé en Allemagne, les moldus là-bas avaient élu un chef qui leur promettait de leur rendre leur grandeur passée.

Il résuma à Aidlinn ce qu'il avait appris de la Seconde Guerre Mondiale – c'était ainsi que les moldus l'appelaient – et si aux yeux d'un moldu, cette connaissance aurait été qualifiée de très imparfaite, elle était assez précise du point de vue des sorciers qui n'avaient aucun lien avec le monde des moldus. Il lui expliqua que le chef allemand avait voulu soumettre les autres pays, élire une race supérieure, la sienne, et anéantir ou soumettre les autres. Son père lui raconta ce qui arrivait aux minorités et aux rebelles persécutés par les nazis, la façon dont ils les entassaient dans les trains en partance vers les camps de travail et d'extermination, la façon dont ils s'y prenaient pour les achever, en les forçant à travailler jusqu'à la mort ou en les enfermant dans de minuscules chambres à gaz qui gardaient les traces de leurs griffures sur les murs ; puis la façon dont ils se débarrassaient des corps qui s'amoncelaient en piles vers le ciel, les fosses communes qui s'ouvraient pour accueillir les morts dans leurs entrailles boueuses, les fours crématoires qui crachaient une affreuse fumée noire et puante de chair humaine calcinée.

L'horreur s'emparait d'Aidlinn tandis qu'elle imaginait tous ces cadavres ; ils avaient beau être moldus, ils ressemblaient énormément aux sorciers et elle pouvait remplacer ces visages éteints par des visages qu'elle chérissait sans altérer la dislocation des corps brisés.

-Cet homme… Il devait être terrible. Il était fou, n'est-ce pas ? On ne peut pas orchestrer un tel massacre en étant sain d'esprit, on ne devrait même pas y penser.

-Il l'était, c'est certain, acquiesça son père d'une drôle de voix.

Aidlinn ne pouvait s'empêcher de trouver un écho familier dans les convictions de ce moldu qu'elle ne connaissait pas, qui se nommait Hitler et qui avait changé à jamais le monde dans lequel ils vivaient.

-Alors cette race…

-La race aryenne, compléta son père. Des hommes pâles aux yeux clairs.

-Cette race est-elle vraiment supérieure aux autres ?

-Non, regarde les sorciers. Cela se saurait si la couleur de peau ou de cheveux influençait les capacités d'un individu. La seule chose qui compte en matière de magie, c'est l'hérédité, la pureté du sang.

Mais Aidlinn ne pouvait s'empêcher de penser que le sang qui coulait dans leurs veines était justement porteur de toutes ces informations qui les caractérisaient précisément. Elle en fit part à son père, remarqua que le Maître semblait avoir des aspirations semblables à cet homme qui avait secoué le monde.

-Le Maître se bat pour un héritage bien plus ancestral. Comment un moldu pourrait-il comprendre cela ?

-Mais si le Maître veut faire subir la même chose aux nés-moldus que cet homme ?

Elle frissonnait malgré elle à la vision des corps brisés de ses camarades impurs de Poudlard jetés dans les flammes de l'Enfer. Elle avait beau ne pas les apprécier, elle ne pouvait leur souhaiter cela.

-Le Maître ne veut pas exterminer les sorciers de rang inférieur, Aidlinn, il veut simplement les remettre à leur place et nous hisser en haut de la hiérarchie. Nous nous battons uniquement pour reprendre le pouvoir qui nous est arraché. Quand ce sera fait, tout s'arrêtera, il n'y aura plus de morts.

Son père s'exprimait avec conviction, mais au fond de ses yeux gris, sa fille croyait apercevoir une lueur de lassitude. Aidlinn hocha la tête, incapable d'écarter entièrement les souvenirs du cadavre de Richard Jones disparaissant dans le lac, du cadavre moldu brûlant dans les flammes de la clairière par une ancienne nuit d'été ; ces souvenirs l'accompagnaient partout.

-Qu'est-il arrivé à ce moldu ? Hitler.

-Mort. Il s'est suicidé à la fin. C'était sûrement dans la logique des choses.

Aidlinn contempla le pudding que Matz Hohmann leur avait apporté, sans pouvoir se résoudre à y goûter.

-Tu connais beaucoup de choses sur les moldus, finit-elle par remarquer. Je ne le savais pas.

-C'est vrai. Plus que beaucoup de sorciers, en tout cas. Ce n'est pas quelque chose dont il faut se vanter. Quand j'étais jeune, je me posais beaucoup de questions, tout comme toi, alors j'ai fait des recherches.

-Et tu les détestes quand même ?

-Ils ont fait des choses affreuses. Repense à ce que je t'ai raconté. Ne crois-tu pas qu'ils feraient pareil avec nous, s'ils en avaient l'occasion ? Ne crois-tu pas qu'ils nous enfermeraient, de peur de nous voir les supplanter dans le grand ordre mondial ? Que faisaient-ils, des siècles et des siècles en arrière ? Ils essayaient de nous brûler, comme ces nazis l'ont fait avec leurs ennemis. Ils faisaient la chasse aux sorcières lors des nuits de pleine lune et ils les capturaient et les jetaient au bûcher. Maintenant, ce serait la même chose, ils nous brûleraient ou nous emprisonneraient dans des cages pour nous observer et percer nos secrets. Nous devons prendre le dessus avant qu'ils ne le fassent.

Tout cela n'était pas aussi évident pour Aidlinn, qui n'avait jamais été confrontée à la folie des hommes de cette espèce. Elle comprenait que Mr Rowle voulait préserver ses avantages, qu'il préférait maîtriser d'abord ceux qui voudraient le contrôler plus tard et qu'il les méprisait horriblement, mais pas encore au point de les exterminer. Ce qu'elle avait pris pour une haine des moldus était en fait de la crainte et du mépris entremêlés l'un dans l'autre et embrasés par le feu de l'indignation.

Ils abandonnèrent le sujet et quand Gordon eut payé, ils sortirent et marchèrent un peu dans le quartier. La foule s'était dispersée et la longue allée pavée s'étirait devant eux en un long ruban gris.

-Matz n'est pas un sang pur, avança Aidlinn. Et pourtant, vous avez l'air de bien vous entendre.

-Il y a beaucoup de sang-mêlé qui servent le Seigneur des Ténèbres. Ton ami Mulciber par exemple, il n'est pas de sang pur et il s'est engagé.

Ils quittèrent Diagon Alley pour une ruelle étroite et humide. Son père la conduisit à travers plusieurs embranchements, ils finirent par déboucher sur un petit parc cerné de murets. Ils entrèrent par un portique et suivirent une allée qui s'avançait sous les arbres, puis s'assirent sur un banc, leurs sacs contenant leurs achats agglutinés à leurs pieds.

- Le Seigneur des Ténèbres accepte les sang-mêlé désireux de travailler à la conservation du patrimoine magique, ceux qui refusent l'appauvrissement de la culture sorcière et qui pensent que les nés-moldus sont un danger pour notre race. La vérité est qu'il ne reste plus assez de sang-pur pour que nous continuions très longtemps à favoriser ces mariages élitistes. Nous avons besoin de la force et de la richesse de certaines nouvelles familles et le Seigneur des Ténèbres le sait pertinemment. Ce qu'il refuse, c'est l'intégration de parvenus impurs et ignorants de notre monde, des engeances de moldus qui n'ont pas leur place parmi nous.

-Des parvenus comme Cody Sutton, le vice-directeur du Département des mystères ? Ou comme Hilda Vanhorne ?

Elle se rappelait la fureur de son père quand Sutton, un né-moldu très fier de son état, avait été nommé à un poste de direction du plus secret département du ministère.

-Tout à fait. Tu sais ce que je pense au sujet de cette Vanhorne. Une Sang-de-bourbe ne devrait pas donner son avis à propos des usages abusifs de la magie.

Ils se turent tous les deux. Une tourterelle avait atterri non loin d'eux et les observait de ses yeux noirs, deux billes rondes humides où se reflétait étrangement le monde qui l'entourait.

-Mais nous ne sommes pas obligés de les tuer n'est-ce pas ? Les nés-moldus.

-Non, bien sûr que non. Le problème c'est que certains sont prêts à aller très loin pour imposer leur présence, ils n'abandonnent jamais. Alors, on ne peut pas reculer. C'est souvent comme ça tu sais, ce sont ceux qui sont prêts à aller jusqu'au bout qui l'emportent.

Aidlinn pensa à Isaac, à Evan, à Andrew, à Rodolphus. Ne songeaient-ils jamais à reculer devant les tâches qu'on leur confiait ? Etaient-ils si forts ?

-C'est notre seul avantage, poursuivit Gordon d'une voix amère, mais il a presque disparu. Il paraît que Bartemius Croupton va autoriser les aurors en missions à user des sortilèges impardonnables. La nouvelle fera certainement du bruit quand elle sera officialisée. Oh bien sûr, les Malefoy, les Rosier et les Lestrange ont soudoyé la moitié de la police, mais ça ne suffira plus. Ils sont en train de tout réformer.

-Bartemius Croupton ? Il y a un Bartemius Croupton à Serpentard.

-C'est son fils. Croupton dirige le Département de la justice magique. C'est un maniaque du contrôle. Quand on pense que c'est un sang-pur et qu'il nous tourne le dos de la sorte.

Son père ne semblait pas tenir en haute estime cet homme – Aidlinn se rappelait vaguement d'un homme sévère pourvu d'une impressionnante moustache.

-Alors, c'est loin d'être terminé, n'est-ce pas ? La guerre.

Gordon avait plongé son regard dans les buissons du parc, verdoyants malgré le soleil d'août. Il posa avec compassion une lourde main, chaude et rugueuse, sur celle de sa fille.

-Ça ne fait que commencer.

Le lendemain, sur la gare, Gordon la serra fort dans ses bras en lui disant de faire attention à elle alors qu'elle luttait pour retenir ses larmes sans savoir vraiment pourquoi. Cela sonnait un peu comme un début d'adieu.