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Chapitre 53
Et quand tu n'es pas là
Je rêve que je dors je rêve que je rêve.
Paul Éluard
La rentrée fut amère pour Aidlinn. Sa punition se levait – elle n'aurait plus à rester enfermée au manoir – mais elle se sentait triste à l'idée de laisser son père derrière elle, sans pouvoir toutefois comprendre pourquoi. Par ailleurs, Evan n'avait pas repris contact avec elle et elle n'aurait désormais que très peu de chance de le voir. Il avait été si furieux d'être confronté à Gordon, si méprisant à l'égard d'Aidlinn et avait fait preuve de si peu d'empathie que cela avait balayé la confiance fragile qu'elle avait placée en lui ; elle était certaine de ne plus jamais oser l'approcher à nouveau.
Elle retrouva Avery, Mulciber et Rogue dans le train et tous affichaient des mines moroses. Le pire pour la jeune fille fut quand Avery les informa qu'il avait revu le reste de leurs camarades le week-end dernier, lorsqu'ils étaient venus chez lui le temps d'une soirée.
-Comment ça ? Tu veux dire que vous étiez tous là ? Même Isaac, même Evan ?
-Bien sûr, enfin sauf ton frère - il n'était pas avec toi ? Ils sont restés toute la soirée et m'ont souhaité bonne chance pour la rentrée. Apparemment McGonagall va devenir encore plus insupportable, je ne pensais pas que c'était possible.
L'estomac d'Aidlinn se serra, mais elle ne dit rien à propos de son frère – c'était une faiblesse qu'elle ne se sentait pas prête à dévoiler.
-Et ils n'ont rien dit, à propos de moi ?
Avery prit un temps de réflexion.
-Non, rien. A vrai dire, j'ai dû mentionner ton nom quand on a parlé des A.S.P.I.C., mais c'est tout.
-Je vois.
La mort dans l'âme, elle se tourna vers la vitre extérieure et ne prononça plus un mot du trajet. Elle avait espéré qu'Evan lui transmettrait un message par le biais d'Avery – elle qui s'était inquiétée pour lui en constatant qu'il ne répondait pas ! Au dîner de rentrée, elle retrouva Sylvia, Maria et Ettie, toutes les trois d'humeur sombre. Sylvia s'était amaigrie et de lourds cernes creusaient son visage - elle ne s'était pas remise de la disparition de Richard Jones ; Maria refusa de d'expliquer les raisons de sa morosité, mais son été semblait avoir été très ennuyeux ; Ettie était simplement nostalgique des semaines d'oisiveté qui s'achevaient aussi brutalement. A la vue de l'état de Sylvia, le sentiment de culpabilité d'Aidlinn revint ; elle se sentit monstrueuse et ne put rien avaler du somptueux dîner de rentrée.
Le directeur leur fit un long discours sur les jours qui s'assombrissaient, l'importance de rester soudés et sur le manque que laissait derrière lui Richard Jones, toujours disparu, mais pour lequel il fallait garder espoir. Aidlinn se sentait si misérable qu'elle imaginait se rendre au bureau de Dumbledore pour tout avouer. Edern, qui la surveillait d'un œil perçant, remarqua aussitôt son abattement et ne manqua pas de lui glisser à l'oreille quelques mots réconfortants alors qu'ils se mêlaient à la foule d'élèves sortant de la Grande Salle.
-Je t'interdis de te morfondre comme l'année dernière. Ce qui est fait est fait et Rosier ne t'a pas sauvé la mise pour que tu gâches tout cette année, pas vrai ? Il compte sur toi. Si tu ne tiens pas le coup pour toi, fais-le pour lui.
Il avait vu juste. Si Rosier semblait ignorer Aidlinn, elle n'en était pas moins attachée à lui et reconnaissante pour l'aide précieuse – bien que partiale - qu'il lui avait apportée. Elle n'aurait pu se résoudre à l'envoyer en prison.
Les jours qui suivirent, elle parla malgré tout à Avery de la photographie de sa mère qu'elle avait trouvée – elle n'avait pas eu le temps d'en parler avec Evan et n'aurait peut-être d'ailleurs plus jamais l'occasion de le faire.
-Alors tu penses que ça pourrait être lui, le fameux correspondant de ta mère ?
Aidlinn haussa les épaules.
-Caradoc, il s'appelle Caradoc. Je l'ai découvert dans la lettre que m'avait remise Jones. Il était à Poudlard avec elle, alors peut-être pourrions-nous le retrouver dans les archives ou…
-Je pense que c'est ce que nous devons faire, Aidlinn, l'appuya Avery très sérieusement.
Ils se rendirent à la bibliothèque la semaine suivante pour commencer leurs recherches. C'était étrange pour Aidlinn d'avoir Edern pour nouveau confident dans cette affaire, mais il se révéla bien plus jovial et constant que Rosier. Avery adorait cette image d'enquêteurs secrets qu'ils se donnaient et il ne se passait pas un jour sans qu'il émît une nouvelle hypothèse.
Ils épluchèrent les registres de l'école de la seconde moitié des années quarante, sans succès, jusqu'au jour où Avery s'exclama :
-Caradoc Dearborn !
Il montrait du doigt un nom qui apparaissait au premier rang d'un concours de Botanique.
Championnat inter-promotions de botanique – année 1949 :
1. Caradoc Dearborn – Gryffondor
2. Mahima Hirapati – Poufsouffle
3. Arthur Davies - Poufsouffle
-Gryffondor et excellent en botanique, c'était sûrement un grand homme, ironisa Avery.
Cependant Aidlinn ne dit rien. Il s'avéra que Caradoc avait aussi remporté un prix pour un essai en astronomie durant l'année 1950, ce qui indiquait qu'il s'agissait d'un élève indubitablement talentueux, bien qu'il n'eût pu égaler un autre élève qui avait, semblait-il, raflé une quantité considérable de distinctions et de concours quelques années avant Caradoc.
-Ce Tom Jedusor, c'était quand même quelqu'un, dit Aidlinn en tombant à nouveau sur son nom dans un registre des résultats des tournois de duel. Il y a son nom en tête de liste de presque tous les championnats de l'école.
Edern tourna des yeux effarés vers elle et lui fit signe de se taire.
-Enfin, tu ne sais pas de qui il s'agit ? C'est le Seigneur des Ténèbres lui-même. Mon père m'a dit qu'il était le meilleur élève que Poudlard ait jamais connu.
Aidlinn s'empressa de changer de page, bien qu'elle éprouvât un certain soulagement à l'idée de savoir que le chef de leur parti était un homme brillant. Elle fut très heureuse de pouvoir s'écrier :
-Regarde, mon père est dans le registre aussi !
Elle montra à son ami la page en question. En tombant sur les premiers prix de Caradoc Dearborn, elle avait éprouvé un certain malaise en le comparant à son père, qui n'avait jamais fait mention de la moindre réussite scolaire exceptionnelle devant elle, et s'était demandé si cela avait joué dans l'opinion de sa mère.
Club de duel - podium du tournoi de Noël des sixième année – année 1946 :
1. Gordon Rowle
2. Atem Zabini
3. Judith Acton
-Ton père avait surpassé Atem Zabini, remarqua avec intérêt Avery. Il devait être bon.
Elle était heureuse de ne plus devoir rougir de la comparaison entre son père et ce Caradoc. Un tournoi de duel valait certainement un concours de botanique et une rédaction d'astronomie. Alors pourquoi sa mère était-elle finalement allée vers Caradoc ?
-Il ne m'en a jamais parlé, avoua simplement Aidlinn.
Elle comprenait désormais qu'il y avait beaucoup de choses que ses parents n'avaient jamais mentionnées ; elle se demanda s'ils avaient gardé leurs souvenirs précieusement dans un coin de leur mémoire pour les revivre le soir quand ils se retrouvaient seuls et que le poids des regrets se faisait trop lourd.
-Maintenant que nous avons son nom complet, je peux demander à mon frère de faire quelques recherches, suggéra Edern. Bien sûr, je ne lui dirai rien de toute cette histoire.
-Pourquoi pas, si tu penses qu'il peut rester discret.
-Il le sera.
Ils avaient trouvé le nom entier, mais étaient contraints d'attendre la réponse de Jared Avery, qui tardait à arriver. Ils continuèrent de revenir régulièrement à la bibliothèque, plus que par habitude que par conviction, car ils ne trouvèrent rien d'autre sur Caradoc. En revanche, ils purent reconnaître nombre de personnalités inscrites dans les registres, toutes contemporaines de leurs propres parents.
-En un mois mois, je suis allé plus souvent à la bibliothèque que durant l'ensemble de ma scolarité, remarqua Avery en rigolant alors qu'ils s'étaient affalés dans l'allée d'un rayon. Mon père a toujours dit qu'une fille me mettrait du plomb dans le crâne, mais je suis sûr qu'il ne pensait pas à ça.
Mulciber apparut avant qu'Aidlinn n'eût répondu. Il avait le pull et les cheveux trempés et l'air piteux.
-Vous êtes encore à travailler sur cet exposé ? Merlin, je suis content de ne pas avoir choisi d'étudier l'arithmancie.
Aidlinn et Edern avaient été contraints de mentir à Mulciber sur la raison de leurs excursions à la bibliothèque, Aidlinn refusant de dévoiler toute l'histoire à Mulciber. Ce n'était pas une question de confiance, elle considérait simplement que le choix de divulguer la vérité revenait aussi à Rosier.
-Tu es tout mouillé, remarqua Aidlinn.
-Peeves m'a lancé une bombe à eau près des cachots. Je ne me rappelais plus le sort adéquat.
Le cœur d'Aidlinn se gonfla de compassion pour son ami alors qu'elle lançait un sortilège destiné à lui sécher les cheveux et le front. Il avait beau être un mangemort, il était encore un garçon peu dégourdi qui avait besoin du soutien de ses amis.
-Sérieusement, Mulciber ? Je croyais que plus personne ne se faisait avoir une fois la deuxième année passée, rigola Edern.
Avery ne montrait aucune compassion pour les mésaventures de Mulciber, il ne pouvait simplement pas comprendre. Leurs aînés partis, Aidlinn et Mulciber avaient l'air de patauger dans le quotidien ordonné de Poudlard, alors qu'Avery rayonnait. Il s'était imposé comme le meneur naturel de leur fragile coalition et s'était même adouci envers Rogue. Rosier l'avait aussi nommé capitaine de l'équipe de Quidditch avant de partir et il s'enthousiasmait beaucoup à l'idée des sélections.
Sans surprise, il choisit le jeune Rabastan Lestrange au poste vacant de poursuiveur, Regulus Black comme attrapeur et Evrett Gibbon au poste de batteur.
-J'ai vraiment hâte de jouer contre les Gryffondor et de voir le bon et le mauvais Black se battre l'un contre l'autre, se réjouissait Avery au déjeuner après les sélections de Quidditch.
-Tu n'es pas obligé d'attendre le match, je les ai vus se disputer l'autre jour, devant la classe de métamorphose, remarqua Maria en sirotant son jus de citrouille.
-Ça ne va faire qu'empirer, Sirius a fugué de chez ses parents l'été dernier. Il paraît que Walburga était dans tous ses états, ma mère me l'a dit. Elle refuse de sortir de chez elle, elle a trop honte. D'après elle, c'est le scandale de trop, elle va le déshériter.
-Le pauvre Regulus, il doit se sentir abandonné, souffla Maria.
Elle désigna le garçon qui mangeait plus loin, en compagnie des jeunes Serpentard Annabeth Greengrass, Edith Travers, Evrett Gibbon et Corban Yaxley. Regulus paraissait bien plus sérieux et digne que son aîné avec ses vêtements impeccables et son maintien fier ; en comparaison, Sirius avait toujours cet air négligé qui lui collait à la peau. Peut-être cela venait-il de sa chemise froissée dont les pans finissaient toujours par sortir de son pantalon, peut-être ses cheveux étaient-ils un peu trop longs, ou peut-être était-ce simplement car il ne pouvait s'empêcher de rôder dans le château avec un sourire goguenard de brigand.
-Regulus est sûrement mieux sans son traître de frère, si tu veux mon avis, siffla Edern.
Aidlinn ne dit rien. Elle refusait de prendre note de la similitude entre sa situation et celle de Regulus Black – après tout, si Isaac l'avait laissée derrière lui comme Sirius avait laissé Regulus, Isaac n'avait pas abandonné leur cause. De plus, Rosier avait promis à Aidlinn que son frère se manifesterait et en effet, un matin, elle reçut une lettre de sa part, amenée par un vieux hibou qui perdait ses plumes.
Ma chère sœur,
Je sais que tu dois m'en vouloir affreusement pour mon départ précipité et mon silence depuis ce jour. Tu vas entamer ta dernière année à Poudlard et je veux que tu en profites. Il y a désormais entre notre père et moi un fossé infranchissable et je doute de pouvoir le côtoyer de nouveau un jour. Tu sauras tout, je te le promets, je te demande simplement de m'accorder un peu de temps avant de tout te raconter.
J'ai déménagé dans Bury Lane, à Londres (au numéro 7), dans une des maisons des Shafiq – Evan m'a dit que tu y étais déjà allée. En cas de besoin, tu peux me joindre à cette adresse. Je me disais que nous pourrions nous voir lors de ta prochaine sortie à Pré-au-lard ? Tu auras certainement plein de choses à me raconter.
Je te jure que je ne t'abandonne pas,
Isaac
Elle passa après cela une merveilleuse journée.
oOo
Un autre changement se fit ressentir pour Aidlinn et ses camarades. Il s'instaura insidieusement, à la manière de la brume du soir qui sortait de la forêt interdite en automne, si bien qu'ils le ressentirent seulement au bout de plusieurs semaines. Leurs alliés partis, Poudlard était devenu moins accueillant, l'atmosphère leur était plus hostile. Peut-être n'avaient-ils rien remarqué quand leurs aînés étaient là pour les protéger et quand eux-mêmes les suivaient aveuglément, ou peut-être était-ce simplement la guerre au-dehors qui avait gagné du terrain. Dorénavant, ils sentaient les regards jaloux ou apeurés des élèves nés-moldus dans leur direction, le ton sec de certains professeurs à leur égard et leur surveillance suspicieuse pendant les leçons. Parallèlement, les incidents, les disparitions et les meurtres avaient pris plus de place dans les journaux et les articles ne niaient plus qu'un certain Lord noir avait un projet bien plus sombre que de devenir Ministre de la magie.
Disparition d'un officier de la Brigade Magique
Hier a été signalée la disparition d'un membre de la police du ministère. Hanz Peck n'est pas rentré à son domicile la soirée précédente, sa femme a alerté la police dans la journée. L'officier est au service de la brigade depuis vingt-cinq ans, après avoir échoué par deux fois aux examens de diplôme de l'académie des aurors. Décrit comme un homme responsable et sans souci personnel, l'hypothèse criminelle est à envisager selon Alastor Maugrey, l'auror chargé de l'enquête. Rappelons que Mr Peck ainsi que son associé Mr Hinton travaillaient sur l'agression magique présumée de Melyna Moon depuis que son père Mr Moon, membre reconnu du MACUSA, avait dénoncé un acte malveillant à l'encontre de sa fille.
-Hanz Peck qui disparaît, répéta Avery alors qu'ils étaient dans la salle commune de Serpentard. Je suis sûr qu'il avait des informations sur l'agresseur de Melyna.
Aidlinn, Edern et Mulciber eurent beau débattre, ils n'arrivèrent pas à déterminer avec certitude si Peck était mort ou avait été enlevé et qui dans leur entourage aurait eu une raison de kidnapper un policier non corrompu du ministère – beaucoup de monde, assurément.
En plus de la méfiance des professeurs, les Serpentard durent affronter l'hostilité de quelques élèves bien décidés à sortir de leur mutisme. C'étaient pour la plupart des Gryffondor et des Poufsouffle qui s'aventuraient à leur mener la vie dure, leur jetant des sorts quand ils avaient le dos tourné, cachant leurs affaires ou sabotant leurs devoirs. Les plus effrontés étaient sans doute James Potter, Sirius Black, Remus Lupin et Peter Pettigrow. Ils avaient eu beau éviter Avery pendant une longue période, notamment grâce au secret que ce dernier connaissait sur la maladie secrète de Remus Lupin, ils commençaient à se lasser de cet armistice.
Un soir, Edern revint couvert de furoncles d'une escapade dans les couloirs et les yeux furieux.
-Je sais que c'est Black, j'ai entendu sa voix, confia-t-il à Aidlinn et Mulciber. Il a eu de la chance de se cacher, sinon c'était sa fin. Vous savez quoi ? Je ne vais rien dire sur Lupin, s'ils veulent jouer, on va jouer.
Il avait un sourire mauvais enlaidi par les affreux boutons gorgés de pus qui lui couvraient le visage. Aidlinn eut un léger élan d'inquiétude. Elle avait beau ne pas apprécier les Gryffondor – ils lui avaient déchiré deux fois son sac la semaine précédente, avaient teint ses cheveux en verts pendant le déjeuner, puis avaient tant fait pousser ses oreilles qu'elle avait dû se rendre en urgence à l'infirmerie -, elle savait qu'Avery pourrait faire bien pire que ce genre de farces et elle ne souhaitait pas qu'il se mît dans une situation compromettante. Contrairement aux Gryffondor, il n'était pas limité par une quelconque morale, il vendrait son âme pour la simple satisfaction de gagner ce duel.
Les jours suivants, il passa à l'action. Il commença par glisser des vipères dans les sacs de leurs ennemis, envoyant une certaine Marlene McKinnon à l'infirmerie. Aidlinn les trouva deux jours plus tard en train de feuilleter un catalogue d'objets et de produits de magie noire.
-On devrait peut-être prendre ça, suggéra Mulciber en posant le doigt sur une photo montrant une poudre noir brillant.
-A disperser en direction des voies respiratoires de l'adversaire. Provoque de sérieux dommages aux cellules pulmonaires. Effets similaires à l'intoxication par incendie, lut Avery. Non, ce n'est pas vraiment ce que l'on recherche.
Cela rappelait désagréablement à Aidlinn la cinquième année et l'affreux foulard qu'avait envoyé Avery à Lily Evans.
-Vous êtes sûrs que c'est une bonne idée ? tenta-t-elle. Ils font juste quelques blagues. Il ne faudrait pas que les professeurs s'en mêlent.
Elle ne souhaitait pas attirer l'attention, si tôt après la disparition de Jones, alors qu'ils avaient tant à cacher et qu'elle n'était pas certaine de pouvoir garder tous ses secrets – Rosier lui avait d'ailleurs intimé de rester discrète. Edern leva la tête et sembla comprendre. Quand Mulciber fut parti se coucher, il la retint un moment :
-Je ne ferai rien de trop dangereux pour nous, ne t'en fais pas, je vais simplement les faire cesser.
-Je sais que tu peux le faire, répondit Aidlinn. Mais est-ce que tu penses vraiment que cela vaut le coup ?
Il lui lança un sourire amer.
-Qu'est-ce qu'il vaut le coup, si ce n'est se battre pour exister ?
Avery finit par acheter un sachet de cafards ensorcelés qu'il reçut une semaine plus tard par courrier, dans une boîte brune sans étiquette.
-Ce n'est pas le genre de commandes de tout le monde, sourit-il à Maria quand celle-ci lui demanda ce qu'il avait acheté.
Le lendemain matin, alors qu'ils prenaient leur petit-déjeuner, il ouvrit le sachet par terre et murmura une formule magique en direction des petits insectes qui se dispersaient. Aidlinn releva les pieds avec une grimace de dégoût quand les insectes passèrent à proximité de ses chaussures.
-Ne t'inquiète pas, ils savent ce qu'ils ont à faire.
Pendant un moment, il ne se passa rien, puis une fille à la table des Gryffondor se leva brusquement et se mit à sautiller en criant. D'autres élèves l'imitèrent ; Sirius Black et James Potter commencèrent à sautiller d'un pied sur l'autre en jurant et en frappant le bas de leur pantalon, provoquant l'hilarité des Serpentard. Rapidement, tous les élèves touchés commencèrent à se rouler sur le sol de douleur, un mouvement de panique générale commença – personne ne voulait subir la même chose - et les professeurs s'efforcèrent d'atteindre les élèves blessés. Ils durent les transporter à l'infirmerie. Il apparut que les plus touchés durent rester à l'infirmerie plusieurs jours en raison des inflammations causées par les morsures des bêtes venimeuses et certains, dont Sirius Black et Peter Pettigrow, contractèrent une éruption d'étranges boutons rouges sur tout le corps – une réponse allergique au venin de ces cafards magiques, douloureuse mais sans danger, assura Mrs Pomfresh.
Mulciber se fit un plaisir de raconter à tout le monde qu'il avait vu Black grimacer bizarrement en s'asseyant, signe qu'il possédait sûrement des boutons à des endroits auxquels personne n'avait songé.
-Qu'ils se vengent, ricana Avery quand son camarade Neil Williams lui fit remarquer les regards furieux que leur lançaient les Gryffondor, je peux continuer toute l'année si c'est nécessaire.
La première sortie à Pré-au-lard s'annonça pour le dernier week-end avant Halloween. Même les septième année ne pouvaient plus se rendre au village sorcier quand ils le désiraient, maintenant que l'extérieur devenait de moins en moins sûr.
-De moins en moins sûr pour eux, fanfaronna Avery tandis qu'ils se tenaient devant l'écriteau qui annonçait les nouvelles mesures de fouille lors des entrées et sorties du château. Je ne vois pas ce que l'on pourrait vraiment craindre.
En plus des fouilles, les élèves furent répartis par groupes et des enseignants les accompagnaient jusqu'au village. Aidlinn retrouva Isaac à La Taverne du Sanglier. Son frère était assis dans un coin, essayant visiblement de se faire discret derrière son verre, mais quand elle approcha, il se leva et la prit dans ses bras.
-Salut, petite sœur, dit-il d'une voix étouffée. Je t'ai manqué ?
Ils se rassirent et Aidlinn commanda une Bièreaubeurre. Son frère semblait fatigué, mais il lui fit un gentil sourire.
-Alors, raconte-moi. Comment ça se passe à Poudlard ? Qui est le nouvel attrapeur de Serpentard ? Je ne me fais pas de souci pour Edern, il va très bien gérer son équipe.
Il fut très content d'apprendre que Regulus Black avait été choisi pour le poste et que Rabastan Lestrange avait aussi rejoint l'équipe. Aidlinn lui raconta les mauvaises blagues des Gryffondor et la réaction d'Avery. Isaac partagea son avis.
-Tu ne devrais pas les suivre là-dedans. Il vaut mieux ne pas se faire remarquer à Poudlard, cela pourrait vous attirer des ennuis, ainsi qu'à nous. Je vais demander à Jared de lui écrire, il n'y a que son frère qui puisse le faire changer d'avis. Les choses deviennent sérieuses dehors. Les gens ont commencé à comprendre que le Seigneur des Ténèbres n'accepterait pas de compromis et certains essaient de revenir sur leurs allégeances. Ils ressemblent à des jeunes magiciens ayant invoqué un démon qu'ils ne contrôlent plus.
Aidlinn le pressa de continuer, à la manière des enfants qui écoutent une histoire fascinante et terrifiante à la fois.
-Les Moon, par exemple. Ils sont persuadés que ce qui est arrivé à Melyna est en rapport avec le Seigneur des Ténèbres et ils ne veulent plus traiter avec aucun mangemort. Jaurel Travers essaie encore de les faire changer d'avis, mais s'il n'y arrive pas, quelqu'un devra sûrement se charger de les rappeler à l'ordre.
Il paraissait particulièrement amer en parlant.
-Tu dois comprendre Aidlinn qu'il n'y a pas de retour possible une fois qu'on est engagé. Le Maître punit très sévèrement les déserteurs et les indécis.
Son visage s'assombrit et il baissa la voix.
-Je suis sûr que le Maître sait pour Melyna. Ils en ont parlé à une réunion, j'étais là. Macnair a plaisanté à ce sujet, il s'est mis à sourire et il semblait beaucoup s'amuser ; il faisait des messes basses à Lothaire Selwyn assis à côté de lui et Lothaire me fixait de ses yeux luisants - je suis certain qu'il savait que j'avais été proche d'elle et qu'il voulait étudier ma réaction. Ils se sont tous moqués de son sort, alors qu'elle était l'une des leurs, et je n'ai rien osé dire. J'ai même rigolé avec eux, je ne savais pas quoi faire d'autre.
Aidlinn posa une main sur les doigts crispés de son frère ; ils étaient ancrés trop fortement dans la table de bois.
-Ce n'est pas ta faute, tu ne pouvais rien faire d'autre. Ils t'auraient fait souffrir si tu avais protesté et ça n'aurait rien changé.
-Je sais que nous avons raison, que nous combattons pour ce qui est juste, mais parfois je ne les reconnais pas. Lorsqu'ils sont prêts du Maître, ils s'enferment dans leur cruauté et on ne dirait plus tout à fait des hommes.
Les yeux gris d'Isaac semblaient hantés par les ombres de ce qu'il avait vu et pendant un moment, ils restèrent sans parler, buvant leurs boissons tandis qu'autour d'eux flottait le son d'un poste radiophonique réglé trop fort ; derrière, la voix bourrue du barman interpellait occasionnellement un client qui entrait dans un austère tintement de carillons.
-Comment va Papa ? finit par demander Isaac avec une grimace.
Il semblait tiraillé entre plusieurs sentiments à son égard.
-Ça va, il est un peu triste. Tu lui manques, je pense. Qu'est-ce qu'il s'est passé entre vous ? Vous vous êtes disputés pour…
Son frère l'interrompit d'un geste.
-Pas aujourd'hui, s'il te plaît.
Il était si las qu'Aidlinn accepta de laisser tomber le sujet. Elle n'osa même pas lui dire qu'elle s'était infiltrée dans le bureau paternel avec l'aide d'Evan. Ils discutèrent encore un peu sans qu'Aidlinn ne trouvât le moyen d'aborder le sujet des horcruxes non plus – son frère aurait assurément posé des questions embarrassantes. La perspective de Noël finit par réchauffer leurs cœurs, Isaac proposa à Aidlinn de venir passer quelques jours chez lui pendant les vacances, si elle s'ennuyait trop au manoir. Il avait entamé une formation au ministère pour devenir langue-de-plomb, mais resta très vague sur ce qu'on lui enseignait.
-Au fait, j'ai passé la journée avec Evan, hier. Vous devriez bientôt recevoir quelque chose, toi, Edern et Mulciber. Je n'en dis pas plus, c'est une surprise.
Isaac arborait un sourire énigmatique alors qu'Aidlinn le pressait de questions, mais il refusa de répondre. Elle n'eut pas à attendre très longtemps. Ils reçurent les invitations par une froide matinée du premier jour de novembre. Trois chouettes effraies avaient volé de concert vers Aidlinn, Edern et Mulciber alors qu'ils se trouvaient dans la Grande Salle, d'élégantes enveloppes écarlates attachées à leurs pattes. Aidlinn reconnut le sceau des Rosier et son cœur fit un bond dans sa poitrine.
-C'est une invitation à un bal, les informa Mulciber qui avait déjà avidement ouvert l'enveloppe. Vous avez la même chose, rassurez-moi ? Pourquoi Evan donne-t-il un bal ?
-C'est sûrement sa mère qui l'organise, remarqua Edern qui parcourait la lettre. Je ne crois pas que ce soit son écriture de toute façon. Qu'est-ce que tu en penses, Aidlinn ?
Il lui lança un sourire goguenard, faisant sans doute référence à la fois où Rosier lui avait envoyé un mot pour s'excuser. En ouvrant à son tour la lettre, elle ne put qu'acquiescer. Les lettres n'étaient pas aussi fines que dans ses souvenirs, les boucles trop larges. Rosier avait sûrement délégué cette tâche et s'était contenté de signer en bas. Elle aurait aimé remarquer une touche personnelle de sa part, un signe montrant qu'il avait pensé à elle quand il avait envoyé la lettre.
Invitation au bal de Noël des Rosier
Chère Miss Aidlinn Rowle,
La famille Rosier tiendra son bal de Noël le 25 décembre au soir dans leur demeure officielle de Kaerndal Hall et vous êtes cordialement invitée. Les festivités débuteront à dix-huit heures, une tenue de soirée est évidemment requise.
Nous vous prions de bien vouloir croire, Miss Rowle, en l'assurance de nos respectueuses et honorables salutations.
Mrs Xerina Rosier, Mrs Ellen Rosier et Mr Evan Rosier.
Maria Stebbins avait été très déçue de ne pas être invitée, mais Sylvia n'avait rien dit du tout, alors même que l'absence d'invitation devait être plus insultante pour elle – les Prewett étaient de sang pur et s'ils avaient été dans les bonnes grâces de la famille Rosier, il ne faisait aucun doute qu'ils auraient été conviés. Quant à Rogue, il déclara qu'il n'avait aucun intérêt à se rendre à ce genre de réceptions, mais Aidlinn perçut sa déception d'être rejeté. Elle n'était pas surprise que Rosier n'eût pas invité Rogue – Evan ne l'avait jamais apprécié -, mais elle pensait que c'était une erreur de ne pas lui accorder plus d'égard.
-Evan a tort, tu sais, dit-elle à Rogue quand ils se retrouvèrent tous les deux. Il se rendra compte de ta valeur.
-Qu'est-ce qui te fait penser que l'avis d'Evan m'importe ? grogna Severus. Je n'ai pas l'intention de me mettre à baver devant lui comme vous.
Aidlinn fut si ébranlée par sa réponse qu'elle ne répondit rien.
Il s'avéra que peu d'autres élèves du château avaient été invités, si bien que la nouvelle ne fit d'abord pas grand bruit à Poudlard, jusqu'au moment où elle trouva sa place dans tous les journaux. La Gazette du Sorcier en avait profité pour sortir une longue interview :
Bal des Rosier : tradition désuète ou privilège doré ?
D'étranges enveloppes rouges ont pu être vues dans le ciel la semaine dernière. Une manifestation officielle organisée ? Pas du tout ! Si vous avez eu l'honneur d'en recevoir une, vous savez qu'il s'agissait des invitations à un bal organisé par la célèbre famille Rosier, qui dirige notamment l'unique chaîne hôtelière sorcière de luxe Les Hôtels Point du Jour, une activité particulièrement lucrative qui a permis à la famille Rosier de se maintenir en tête des fortunes sorcières d'Europe cette année encore. [Voir page 12, le classement mondial des fortunes sorcières 1976]. Nous avons rencontré une privilégiée qui fera partie des participants à ce bal très secret et qui a bien voulu nous en dire plus, sous couvert d'anonymat.
La Gazette :
Alors que savez-vous sur ce bal, Mrs X ?
Mrs X :
Cela va être une grande réception. Les Rosier ont l'habitude de faire les choses en grand ou de ne rien faire.
La Gazette :
Vous parlez comme si vous les connaissez bien.
Mrs X :
Tout le monde connaît tout le monde dans ce milieu [ndlr : le milieu sang-pur].
La Gazette :
Croyez-vous que ce bal soit organisé en la mémoire d'Artus Rosier, décédé l'année dernière, maintenant que la période de deuil est terminée ?
Mrs X :
Il y a sûrement de cela. Les Rosier veulent montrer qu'ils sont encore puissants malgré la disparition de leur chef familial. Ce sera aussi l'occasion pour le fils Evan, dernier héritier de la famille, de tenir sa première réception officielle.
La Gazette :
Vous pouvez nous en dire plus sur cet Evan Rosier ?
Mrs X :
On dit que c'était un très bon élève à Poudlard. Il va fêter ses dix-neuf ans en décembre et il paraît que sa famille lui cherche une fiancée.
La Gazette :
Une fiancée, déjà ?
Mrs X :
Il faut dire que la famille Rosier est très réduite pour un énorme capital. Artus Rosier était fils unique et n'a eu lui-même qu'un seul fils [Evan]. Il ne reste que son épouse et sa mère [Ellen et Xerina Rosier]. Il est vital que leur famille s'agrandisse. La situation est trop grave pour qu'Evan soit le seul à choisir la future mère de ses enfants, mais je suis sûre qu'il est tout à fait au courant des responsabilités qui pèsent sur ses épaules ! Toute la Grande-Bretagne va avoir les yeux rivés sur lui.
La Gazette :
Revenons-en au bal, d'après-vous qui sera présent ?
Mrs X :
Toutes les grandes familles sang-pur seront évidemment présentes. Les Avery, les Malefoy, les Lestrange, les Black, les Shafiq et bien d'autres.
La Gazette :
Uniquement les familles sang-pur ?
Mrs X :
En majorité au moins, c'est un bal traditionnel. Ces anciennes familles ont l'habitude de se retrouver lors de grandes réceptions comme celles-ci. De plus, Evan Rosier s'est toujours montré aux réunions du parti conservateur sang-pur depuis sa majorité, on peut supposer qu'il continuera l'œuvre de son père. [Artus Rosier était un membre éminent du parti conservateur sang-pur et œuvrait avant sa disparition sur un projet de réconciliation des familles sang-pur de Grande-Bretagne avec celles d'Australie et de Nouvelle-Zélande].
La Gazette :
Vous ne trouvez pas que c'est un peu désuet comme tradition ?
Mrs X :
C'est important de garder des liens avec les valeurs familiales.
La Gazette :
Vous trouvez ça normal que seules les familles sang-pur soient invitées ? Est-ce que ce n'est pas un peu sectaire, surtout par les temps qui courent ?
Mrs X :
Le bal de Noël est une tradition qui revient régulièrement dans la société sang-pur. Il était là avant les luttes de classe et il sera là après.
La Gazette :
Alors vous pensez que le mérite d'un individu s'évalue en fonction de son ascendance et non de ses qualités ?
Mrs X :
Tout à fait. Enfin je veux dire, non… Je pense simplement que les sang-pur ont le droit de vouloir organiser des fêtes avec des personnes issues du même milieu qu'eux. Ce n'est pas interdit que je sache ?
Aidlinn finit par refermer l'article en levant les yeux au ciel ; le reste de l'interview tournait en ridicule le point de vue de cette Mrs X qui, de l'avis d'Aidlinn, aurait mieux fait de ne pas accepter d'être interrogée.
-Ce n'est même pas vrai. Je ne suis pas de sang-pur et Evan m'a invité, objecta Mulciber en fronçant les sourcils. Andrew aussi.
-Encore heureux que les mangemorts soient invités, c'est bien l'unique reconnaissance qu'on leur donne pour faire tout le sale boulot, rétorqua Avery. Regardez la fin de l'article, ils ont interrogé une autre personne ensuite.
En effet, l'article finissait par recueillir les propos de Mrs Y, qui n'avait pas été invitée.
La Gazette :
Mrs Y, vous êtes de sang pur et pourtant vous certifiez ne pas avoir été invitée au bal de la famille Rosier ?
Mrs Y :
Tout à fait et c'est très bien ainsi. Je ne partage pas les valeurs de ces familles.
La Gazette :
Et quelles sont ces valeurs ?
Mrs Y :
Elles souhaitent rester entre elles et ne vous jugent que par votre généalogie. La première chose qu'on vous demande à ce genre de réceptions est l'identité de vos parents et de vos grands-parents – si vous n'êtes pas de sang-pur, vous perdez déjà la moitié de l'estime à laquelle vous pourriez prétendre. Ensuite on s'intéresse à votre argent. L'individu ne passe qu'en troisième. Moi je n'ai aucun problème avec les nés-moldus et je n'interdirai jamais à mes filles d'en fréquenter.
La Gazette :
Vous dites que ces familles interdisent même à leurs enfants de parler à des nés-moldus ?
Mrs Y :
Bien sûr. Ils obligent leurs enfants à se marier avec d'autres sang-pur et si possible les plus riches. C'est une lutte continuelle à qui obtiendra le meilleur parti. Vous pouvez être sûr que toutes les familles vont emmener leurs jeunes filles en âge de se fiancer à ce bal pour faire tourner la tête à ce jeune garçon [ndlr : Evan Rosier]. Ces pauvres enfants sont embrigadés par leurs propres parents et ne connaissent rien d'autre.
La Gazette :
Embrigadés ?
Mrs Y :
On leur répète depuis leur petite enfance qu'ils valent mieux que les autres et qu'ils ne doivent pas s'abaisser à fréquenter n'importe qui s'ils ne veulent pas être exclus du cercle familial. C'est une pression énorme. Et voilà où nous en sommes, avec ce nouveau mage noir supporté par la presque intégralité de la communauté sang-pur. Mais comment pourrait-on s'attendre à ce que ces gens raisonnent correctement après une telle éducation ?
Aidlinn referma finalement le journal, mais les derniers mots restaient gravés dans son esprit. Comment pourrait-on s'attendre à ce que ces gens raisonnent correctement après une telle éducation ? Comment Mrs Y avait-elle pu proférer de telles paroles, si elle était bien de sang pur.
-Cette Mrs Y est simplement jalouse de ne pas être invitée, cracha Edern en refermant le journal. Elle devait avoir honte de cracher ainsi sur sa propre communauté, si elle a le sang aussi pur que ce qu'elle affirme.
Aidlinn vit Sylvia rougir aux propos d'Edern, sortant de son apathie habituelle, et elle se demanda si Mrs Y et ses filles n'étaient pas en réalité Mrs Prewett, Sylvia et sa sœur aînée Janet.
L'apparition dans le journal fit finalement forte impression à Poudlard, où la mémoire d'Evan Rosier était encore vivace. Si le jeune homme avait toujours été craint, l'article de La Gazette du Sorcier le mettait involontairement en valeur et il apparaissait désormais comme un jeune prince à séduire auprès des écolières rêveuses. Ces dernières se mirent à chuchoter entre elles et certaines vinrent même voir les Serpentard pour leur demander si Evan comptait envoyer d'autres invitations.
-J'ai joué contre lui au poste de poursuiveur pendant trois ans, arguait une fille de Serdaigle.
-Une fois, je lui ai prêté ma plume à la bibliothèque, disait une autre.
-Je ne l'ai jamais dénoncé quand je le surprenais dans les couloirs après le couvre-feu, remarquait une préfète de Poufsouffle. Il me doit bien ça.
Avery se faisait un plaisir de les encourager à envoyer des lettres de réclamation à Rosier, allant même jusqu'à divulguer sa marque favorite de chocolats et donner son adresse quand elles ne la connaissaient pas.
-J'espère qu'Evan va bien gérer sa nouvelle célébrité, rigolait-il. Si j'étais lui, je ne toucherais pas aux chocolats, certaines vont sûrement y ajouter des philtres d'amour ou d'autres choses moins agréables.
Même Aidlinn ne put s'empêcher de sourire en imaginant les lettres parfumées et les chocolats que Rosier allait recevoir. Elle se doutait bien qu'Evan ne se risquerait jamais à goûter les sucreries qu'on pourrait lui envoyer par la poste, mais elle aurait donné cher pour assister à sa réaction.
Maria fit contre mauvaise fortune bon cœur et ne cessa de demander à Aidlinn ce qu'elle comptait porter pour le bal, bien que la jeune Rowle n'en eût aucune idée.
-C'est juste une soirée, Maria, répétait Aidlinn.
Pour Aidlinn, c'était un évènement mondain de plus ; pour Maria, l'affaire était la concrétisation de ses rêveries romantiques. Elle posa une quantité incroyable de questions à Aidlinn ; finalement, la jeune Rowle promit de lui faire un compte-rendu détaillé après les vacances.
Le premier samedi des vacances de fin d'année, ils rentrèrent par le Poudlard Express. L'ambiance était joyeuse dans le train dont les wagons avaient été décorés de guirlandes rouges et or. Aidlinn, Edern et Mulciber se séparèrent sur le quai.
-On se reverra pour le bal, donc, sourit Avery. Révisez vos pas de danse.
-Edern, tu m'enverras un hibou pour me dire ce que tu vas mettre, n'est-ce pas ? s'enquit Mulciber, qui n'était encore jamais allé à un véritable bal.
Aidlinn reconnut avec stupéfaction son père debout sur le quai de la gare. Il vérifiait régulièrement sa montre et jetait des coups d'œil inquiets autour de lui, visiblement peu à sa place parmi la foule. Lorsqu'il l'aperçut, il se dirigea vers elle et la serra fébrilement dans ses bras. Elle accepta son étreinte, légèrement pétrifiée, ne s'étant pas attendu à un tel élan d'affection.
-Je suis content que tu sois rentrée, dit maladroitement son père.
Il avait le visage inquiet et avait l'air en piteux état. Aidlinn se demanda s'il avait eu peur qu'elle ne revînt pas.
Au dîner, Aidlinn aborda le sujet du bal, comme elle avait vu une enveloppe rouge posée sur une table du salon. Comme son père n'en avait pas fait mention de lui-même, elle supposait qu'il n'avait pas l'intention de l'encourager à s'y rendre.
-J'aimerais y aller, affirma-t-elle avec tout le courage qu'elle possédait.
Son père lui lança un regard fatigué. Le silence était étourdissant comme ils se trouvaient seuls dans la grande salle à manger. Aidlinn avait eu beau se mentir à elle-même, elle désirait réellement se rendre à ce bal pour revoir Evan.
-Tu aimes bien Evan, constata-t-il. Comme ton frère. C'est fou comme il vous ensorcèle tous. C'était pareil avec son père, à l'école. Il voulait toujours être le premier partout, il écrasait tous les autres.
Elle n'osa pas répondre et il s'écoula plusieurs secondes avant que son père ne soupirât :
-Dans ce cas, prends de l'argent dans le coffre et va t'acheter une jolie robe la semaine prochaine - la plus belle que tu trouveras. Tu ne sais pas ce qui t'attend. Toute l'aristocratie sorcière va tenir à être présente.
-Tu ne viendras pas ? demanda à Aidlinn avec déception.
Le ton pessimiste de son père à propos de l'évènement l'avait inquiétée. Il secoua la tête avec obstination.
-Je ne goûte plus aux bals depuis longtemps. Ton oncle Wilmore t'accompagnera.
Voilà les deux nouveaux chapitres !
Désolée, j'ai un peu de retard, il faut dire qu'ils étaient plus compliqués que prévus à finaliser et que janvier s'est avéré chargé pour moi. J'espère que ça vous aura plu quand même. Il y a pas mal d'éléments dans le chapitre 52, ça change de mes descriptions contemplatives. J'ai vraiment hâte de vous présenter les prochains chapitres qui patientent dans mon ordinateur depuis PLUS DE TROIS ANS (dont le bal bien sûr ;) ) ! (Je n'y croyais plus haha.) Ils arriveront donc plus vite que ceux-ci, puisqu'ils sont presque prêts.
Un énorme merci à feufollet, Lilemesis, Zod'a, leleMichaelson, Baccarat V, Worz et Guest(= MarlyMcKinnon ? haha), vos retours et impressions sont la plus belle récompense pour moi !
