Izuku se tenait tout droit devant son nouveau lycée : UA. Des étoiles dans les yeux, il admirait le bâtiment, ne croyant toujours pas à sa chance. Il avait tellement hâte de faire sa rentrée. Un pincement au cœur le ramena à la réalité, lui rappelant qu'il était tout seul. Son enthousiasme baissa légèrement et il marcha jusqu'à sa classe.

Son échec sur le chemin brûlait encore sa poitrine et revenait le hanter à un moment pareil. À la suite de ce rêve, le reste de l'interlude entre l'obtention de son diplôme et sa rentrée avait été nécessaire avant de réussir à redevenir comme avant. Et encore, cette brutale réalisation l'avait tellement minée que l'on pouvait plutôt parler de réussir à faire semblant d'être comme avant.

Izuku songea avec honte au mensonge qu'il avait raconté à sa mère lorsqu'elle l'avait interrogé sur la nuit de ses seize ans :

« Oh, heu, j'ai pas osé aller plus loin, j'ai un peu peur pour l'instant, avait-il balbutié, mal à l'aise. »

Il ne pouvait décemment pas lui avouer que personne n'était venu. Ça n'aurait fait que remuer le couteau dans la plaie. Il n'aurait pas supporter qu'elle le regarde avec pitié.

Son cœur était toujours intensément blessé. Néanmoins, même s'il saignait, il fallait aller de l'avant. Le monde n'attendait pas. Il avait donc choisi d'ignorer la douleur de ce rejet et de l'enfermer au plus profond de lui, pour se concentrer pleinement sur son objectif premier. Oui, il deviendrait un héros, quoiqu'il en coûte.

Légèrement galvanisé, Izuku serra le poing pour marquer sa résolution avant d'ouvrir la porte de sa nouvelle classe. Un brouhaha absolu le heurta de plein fouet, lui faisant réaliser à quel point la pièce était insonorisée. Il observa, légèrement tétanisé, tout ce beau monde faire connaissance. Il ne savait pas vraiment comment réagir.

Après tout, il n'avait jamais eu d'amis.

Une angoisse sourde monta, le prenant aux tripes. Et s'il se faisait harceler de nouveau ? Et s'il devenait de nouveau la cible à abattre, à rabaisser à tout prix ?

Soufflant fortement, il secoua la tête, se forçant à penser positif. Non, il n'avait aucune raison de redevenir une victime. Après tout, il avait un alter maintenant. Il était normal. Personne ne viendrait lui chercher des noises.

« Excuse-moi ? »

Il lâcha un cri légèrement aigu, s'étant fait surprendre par une petite voix fluette derrière lui. L'auteur de cette voix, qui n'était nulle autre qu'une petite brune qu'il avait lui-même sauvé lors de l'examen d'entrée, sursauta, ne s'attendant pas à une réaction si brusque.

Izuku en rougit d'embarra, saisissant la portée de son geste disproportionné. Il lui présenta ses excuses, le cœur battant d'adrénaline. La fille devant lui rigola gaiement :

« Ne t'en fais pas, c'est moi qui m'excuse de t'avoir fait peur ! J'ai reconnu tes cheveux emmêlés de derrière, alors je voulais te remercier pour ce que tu as fait à l'examen, s'exclama-t-elle, enthousiaste.

- I-il n'y a pas de quoi, murmura Izuku, enfouissant sa tête derrière ses bras, mort de gêne.

- Mais si, c'était super héroïque, tu m'as impressionné ! Je m'appelle Uraraka Ochaco et toi ? demanda-t-elle, avec un grand sourire.

- Mi-Midoriya Izuku, bafouilla-t-il, peu habitué à être traité comme un égal d'entrée de jeu.

- Enchan-

- Oh les mioches, c'est pas bientôt fini votre petite réunion ? Vous voulez une tasse de thé peut-être ? »

Izuku écarquilla les yeux, ses bras retombants le long de son corps. Il n'avait pas remarqué l'être humain aux cheveux noirs ébouriffés qui se trouvait derrière eux, emmitouflé dans un vieux sac de couchage jaune. Il déglutit et se confondit en excuse. Il vit dans le regard ennuyé de l'individu qu'il se fichait de sa politesse. La lumière se fit dans son cerveau et il décida d'aller s'installer à sa place, se doutant qu'il s'agissait de leur nouveau professeur, aussi louche paraissait-il être avec ses cernes qui lui mangeaient la moitié du visage.

Il se dirigea alors vers la troisième place de la dernière rangée, l'ayant repéré au préalable grâce au plan de classe qu'ils avaient tous reçu avant leur rentrée. Il trébucha gauchement sur un sac mal rangé et se tourna vers celui qui allait être son voisin de devant pour s'excuser :

« Oh excuse- »

Il se coupa brutalement, soufflé par les iris incandescentes qui se tournaient vers lui, agressives. L'espace d'un instant, le temps sembla ralentir, tandis qu'une situation similaire lui revenait en tête. Celle où, quelques mois auparavant, il allait porter secours à un garçon pris au piège par un vilain.

Il vit les yeux du jeune homme devant lui s'élargir, perdant leur caractère belliqueux immédiatement. Ils avaient l'air de deux biches prises dans les phares d'une voiture, se dévisageant craintivement. Qu'est-ce qu'il se passe ? pensa Izuku, complètement perdu. Il ne parvenait pas à détacher son regard du sien. Il vit, sans trop le voir, le bras du garçon se lever progressivement vers lui, comme s'il voulait toucher sa peau.

« Bon c'est pas bientôt fini les deux rigolos là ? Dites-le, si vous préférez vraiment ouvrir un salon de thé, plutôt que devenir des héros, on gagnera du temps, retentit la voix agacée du professeur. »

Son intervention eut le mérite de faire revenir Izuku sur terre. Il prit conscience que son propre corps s'était légèrement avancé, sa peau en ébullition à l'idée d'entrer en contact avec le garçon devant lui. Il vit le changement se faire immédiatement dans les yeux de l'autre. Il redevint bien vite agressif, bouillonnant d'une colère disproportionnelle envers quelqu'un qu'il vient à peine de rencontrer.

« Dégage de là, tu gênes sale nerd ! siffla l'autre garçon, sa voix rauque faisant écho à la fois où il s'était élancé à son secours. »

Izuku ne trouva rien à répondre, choqué par la violence de son ton et ses mots. Il partit juste s'asseoir, la tête baissée, évitant tout contact visuel avec d'autre personne. Son cœur résonnait bruyamment dans sa cage thoracique, presque comme s'il voulait s'échapper. Il n'écoutait plus rien autour de lui, tandis qu'il réalisait petit à petit. Il mit sa main tremblante sur sa bouche, chamboulé. Une chaleur familière se diffusa dans les moindres recoins de son corps, augmentant sa température en flèche. Il ignorait si elle lui faisait du bien ou si, au contraire, elle grignotait sa peau.

Il avait étudié quelque chose comme ça une fois. Certaines âme-sœurs parvenaient à se reconnaitre, avant même d'avoir effectué le chemin. Et il était dans ce cas-là. Il en était certain. Il venait de la rencontrer, malgré la déception de son chemin.

Son âme-sœur était assise juste devant lui en classe.

C'était ce garçon bourru et agressif, qui semblait lui vouer une haine toute particulière.


Izuku avait passé le reste de l'heure les yeux dans le vague, n'osant pas relever le regard pour le poser sur la nuque de son voisin de devant. Une idée l'obsédait, l'empêchant d'être attentif à un cours aussi important que la présentation du déroulement de l'année. Il voulait savoir. Plus que tout.

Comment s'appelait-il ?

Il mourrait d'envie de connaitre ne serait-ce que son nom. Comment son âme-sœur s'appelait ? Bien vite, ses pensées dérivèrent. Qu'est-ce que le garçon devant lui aimait manger ? Comment s'occupait-il le soir, lorsqu'il n'avait plus rien à faire ? Quelle était sa couleur préférée ? A qui ressemblait-il le plus : sa mère ou son père ?

Il était tellement perdu dans ses questions, qu'il sursauta une nouvelle fois lorsqu'il sentit une main sur son épaule. Il releva bien vite les pupilles pour les poser sur un grand garçon à lunette. Sa tête lui disait quelque chose et il blêmit en réalisant que c'était l'adolescent qui l'avait humilié à deux reprises lors de l'examen. Il se raidit instinctivement, ayant peur de ce qu'il pourrait lui dire. Jusqu'à maintenant, c'est celui qui se rapprochait le plus de ses anciens harceleurs. Alors, il se méfiait.

« Tu ne m'as pas entendu quand je t'ai appelé ? Nous devons y aller, le professeur veut effectuer un exercice pratique.

- O-oh ! Merci de m'avoir prévenu, balbutia-t-il, gêné d'être encore repris le jour de la rentrée. »

Il se rendit compte que pas mal de personne le dévisageait, sûrement curieux. Il se recroquevilla sur lui-même, n'aimant pas être au centre de l'attention. Une bonne moitié de la classe était déjà dehors, suivant le professeur vers les vestiaires. Izuku se dépêcha de bondir sur ses pieds, ne voulant pas faire attendre les autres. Bon sang, comme première impression, je fais fort, se désola-t-il.

Il fallait qu'il se reprenne, il était enfin dans le lycée de ses rêves. Il gérera son histoire d'âme-sœur plus tard. Il y avait plus urgent présentement. Le garçon qui l'avait réveillé de sa léthargie l'accompagnait sur le chemin. Izuku se sentait mal-à-l'aise en sa présence. Il craignait qu'il ne le critique de nouveau sur son comportement. Si bien qu'il se tendit lorsqu'il le vit ouvrir la bouche :

« Tu es Midoriya Izuku c'est ça ? Je suis Iida Tenya et je tenais à m'excuser pour ma conduite irrespectueuse lors de l'examen d'entrée de UA.

- Hein ? »

Izuku le dévisagea, perdu. Le jeune garçon n'était pas habitué à ce que quelqu'un s'excuse auprès de lui. Il ne savait pas comment réagir.

« Oui, je t'avais mal jugé. Tu as su découvrir le véritable but de cet examen, bien avant tous les autres.

- Ah, heu… je- c'est une coïncidence en fait, ricana nerveusement Izuku, complètement gêné.

- Vraiment ? s'étonna Iida. »

Izuku hocha la tête, souriant gauchement. Ils passèrent le reste du trajet jusqu'au vestiaire à discuter de l'examen. Midoriya se détendait au-fur-et-à-mesure de la conversation, s'apercevant que ce jeune homme n'était pas du tout une mauvaise personne. Il appréciait même discuter avec lui, son intelligence le rendant bien plus sympathique qu'au premier abord.

Une fois arrivés au vestiaire, ils se turent, se séparant pour changer de vêtements. La plupart des garçons avaient presque fini de se changer. Izuku se fraya un chemin parmi eux, voulant trouver un petit coin pour se mettre en survêtement. Malgré sa musculature qui s'était développée au cours de son entrainement, il gardait toujours cette mauvaise habitude de s'attendre à une moquerie sur son physique. Il préférait donc s'habiller loin des autres.

Alors qu'il avait repéré un coin, son regard capta de nouveau des yeux rouges, l'hypnotisant immédiatement. L'autre avait suspendu son geste, qui consistait à refermer sa veste. Il plissa bien vite les yeux, ses prunelles s'emplissant de rancœur et de colère à son égard. Izuku resta de nouveau sidéré devant un tel regard. Il avait l'impression qu'il lui en voulait pour quelque chose. Mais, il n'arrivait pas à voir quoi, étant donné qu'ils venaient à peine de se rencontrer.

Une pointe de douleur piqua son cœur, lorsqu'il prit pleinement conscience que le garçon devant lui était celui qui n'était jamais venu à sa rencontre lors du chemin. Celui qui ne voulait pas apprendre à le connaitre.

Il vit l'autre garçon se rapprocher de lui, les mains dans les poches. Il crut qu'il allait lui parler, mais il n'eut droit qu'à un « tch » de sa part, ainsi qu'un coup d'épaule qui lui fit plus mal au cœur qu'autre chose. Il le regarda quitter le vestiaire, la boule au ventre.

Un silence de mort régnait dans la pièce.


Il avait ruminé pendant tout le temps où il s'était changé. Puis, il avait secoué la tête et s'était déterminé à ne plus laisser cette histoire l'entraver pendant cette première journée. Il devait se recentrer et arrêter de divaguer.

C'est déterminé qu'il arriva au terrain d'entrainement. Il n'essaya pas de détailler sa classe, craignant de recroiser ces iris furieuses dirigées vers sa personne. Il écouta le professeur leur dire que dorénavant, il allait falloir fournir des efforts supplémentaires. Et pour cela, il fallait d'abord déterminer la force de leur alter. Il jugea qu'une démonstration était nécessaire.

« Bakugo, amène-toi. Tu es arrivé premier à l'examen. C'est toi qui vas lancer la balle. »

Il vit un garçon blond s'avancer jusqu'au professeur, les mains dans les poches. Il entendait les chuchotements des autres concernant son score à l'examen. Il écarquilla bien vite les yeux en se rendant compte qu'il s'agissait de son âme-sœur. Son nom de famille, c'est Bakugo alors, pensa-t-il, heureux malgré lui d'en savoir plus sur lui.

Ses yeux descendaient progressivement sur son corps, le détaillant. Il prit conscience qu'il n'avait regardé que ses yeux. Il ne connaissait donc absolument pas son enveloppe physique. Son cœur accéléra la cadence d'un coup et ses joues rougirent furieusement au-fur-et-à-mesure qu'il découvrait la silhouette suffisamment musclée et élancée pour un adolescent de son âge. Il détailla ses épaules solides et ses mains, à l'apparence étonnement délicate et soignée, qui enserraient avec force la balle. Ses cheveux blonds ébouriffés lui donnaient un charme sauvage, le tout renforcé par ses sublimes yeux perçants.

Il devait le reconnaitre ; le garçon qui lui était destiné était beau. Vraiment très beau. Et il ne pouvait pas s'empêcher de penser qu'il se sublimera avec l'âge. Izuku se força à se ressaisir, le rouge de ses joues ne disparaissant pas. Bon sang, il faut que j'arrête d'être bizarre le premier jour, s'horrifia-t-il, agacé par lui-même.

« CREEEEEEEEVE ! »

Le son d'une explosion le sortit instantanément de sa rêverie. Il observa, stupéfié, la balle parcourir une distance phénoménale. Son regard s'ancra sur le garçon blond, émerveillé. Un alter d'explosion. Surpuissant.

Il prit des notes mentales, se jurant de les consigner dans son carnet le soir-même. Bon sang, son alter était formidable. Et vu son score parcouru, il était fort. Très fort. Izuku se sentit tâche à côté de lui. Tout à coup, il eut honte de sa propre personne.

Lui avait le droit à une âme-sœur magnifique et surpuissante, tandis que son homologue héritait d'un petit brun à l'air enfantin, avec zéro confiance en lui et aucune maitrise de son alter. Il perdait clairement au change.

Tu m'étonnes qu'il me regarde comme ça. En fin de compte, il est déçu de la personne qui est faite pour lui, pensa-t-il, mortifié et attristé. Ses épaules s'affaissèrent et il se fit tout petit en voyant le garçon revenir vers eux, ne souhaitant établir aucun échange visuel. Il s'obligea à se concentrer.

Il fut vite pris de désillusion en voyant les épreuves physiques s'enchainer les unes après les autres. Il ne pouvait pas utiliser son alter, au risque de se briser un membre. Il se retrouvait donc dernier partout. Il ne pouvait pas s'empêcher de penser au piètre spectacle qu'il donnait à son âme-sœur, en plus de risquer sa place dans ce lycée.

Arriva l'épreuve du lancer de balle. Il s'avança, peu confiant. Il devait au moins gagner une épreuve. Et il ne voyait que celle-ci pour essayer de marquer des points. Il ferma les yeux, tremblant, mais résolu. Il devait le faire, quitte à y laisser un bras. Il s'apprêtait à tirer, lorsque tout d'un coup, son pouvoir disparu.

La balle s'écrasa ridiculement sur le sol, lui assurant un score médiocre.

L'expression de son visage s'horrifia. Il ne comprenait pas. Il était pourtant sûr d'avoir activé son alter. C'est en se tournant vers son professeur qu'il saisit. Ce dernier était Eraser Head, un héros capable d'effacer les alters d'un regard. Tandis qu'il dévisageait son professeur, il entendit un bruit qui le découragea.

Son âme-sœur le toisait avec supériorité, ricanant moqueusement.

Il n'eut pas le loisir de regarder plus en détail, son professeur le saisit avec ses bandages et le prit à part.

« Tu comptes toujours sur les autres pour te retaper derrière quand tu te blesses. Tu penses vraiment devenir un héros comme ça ? »

Le sermon subit le rendit mal. Les mots d'Eraser Head était durs, mais justes. Ayant droit à une autre chance, il se replaça, serrant la balle fortement dans sa main.

Il se mit à marmonner, ayant pris une décision. Il se devait de faire ses preuves, qu'importe les risques. Il leva alors le bras et lança la balle de toutes ses forces. Cette dernière vola loin, atteignant quasiment le score de Bakugo. Ce dernier avait les yeux écarquillés, scotché.

Izuku se tourna vers son professeur, un de ses doigts complètement bleuis. Il referma son poing, fier de lui malgré la douleur. Il deviendrait un héros. Il en fait le serment. Son professeur lâcha un sourire, satisfait. Midoriya avait fait en sorte de garder tous ses membres intacts, concentrant sa force sur un seul doigt en minimisant les dégâts. Beau progrès.

Izuku revint donc vers ses camarades. Un frisson le saisit lorsqu'il croisa de nouveau les yeux de Bakugo. Ce dernier le regardait avec colère, toute trace d'admiration disparue. Izuku se tendit et l'évita. Il ne savait pas comment l'aborder et maintenant n'était pas le moment.

« Izuku ! Est-ce que ça va ? s'écria Ochaco en accourant vers lui.

- Midoriya, il faut que tu ailles te faire soigner à l'infirmerie, renchérie Iida, penché sur son doigt.

- Merci, ne vous inquiétez pas, je vais bien, les rassura Izuku, chaleureusement surpris de leur inquiétude à son égard. »

Il sentait le regard de son âme-sœur lui brûler la nuque, tandis qu'il se dirigeait vers l'infirmerie.


Avant même d'ouvrir les yeux, il sut qu'il se trouvait sur le chemin. Il ne s'en étonna pas. Après tout, chaque soir devenait la même rengaine. Depuis deux semaines, à vrai dire, depuis la rentrée, il n'y échappait pas.

Izuku observa autour de lui, prenant le temps de détailler chaque rayon de lumière qui filtrait à travers les branches d'arbres. Ces derniers avaient un peu évolué ; leur tronc prenait plus de place et leur feuillage se faisait plus dense. En conséquence, le chemin était moins lumineux, un peu plus terne que lors du jour de ses seize ans.

Le garçon en s'en formalisait pas. Ce n'était pas si dérangeant ou perceptible que ça. De plus, la faune et la flore étaient toujours aussi fournies. En faisant quelques pas, il percevait des lapins à la fourrure argentée se cacher dans leur terrier, tandis que des pics verts martelaient les troncs des arbres à un rythme régulier pour faire sortir les chenilles de leur cachette.

Alors qu'il marchait tranquillement, profitant des rayons doux du soleil qui caressaient son visage, un renard arriva dans ses pieds, slalomant habilement. Il était poursuivi par une belette furieuse, outrée d'avoir vu le petit canidé rodé autour de son terrier.

Izuku éclata d'un rire cristallin, amusé par ce spectacle comique. Le chant d'une mésange accompagna ce son mélodieux. Un ours s'arrêta un instant de pêcher du saumon, tandis que le jeune garçon s'avançait vers la rivière et écoutait son glougloutement déchainé. Il souriait avec ravissement, émerveillé par la beauté de la nature qui s'épanouissait sur son chemin.

Il trempa sa main dans la rivière, sursautant légèrement à son contact frais. Une abeille charpentière vint bourdonner à ses oreilles, en quête d'un précieux nectar sucré. Elle finit par le trouver sur une darmera peltata, dont la couleur rose lui faisait penser à un pétale de cerisier. L'ours, après avoir analysé ses mouvements, en conclut qu'il n'était pas une menace et reprit sa pêche. Izuku passa un moment à observer ses mouvements agiles, hypnotisé.

Puis, il se releva et continua son chemin, admirant la volupté des cerisiers qui bordaient le tracé du sentier. Des touches de lumières filtraient à travers les pétales, lui rappelant les balades qu'il faisait avec sa mère lorsqu'il était petit. Une douce odeur sucrée flottait dans l'air, le plongeant un peu plus dans cette enfance perdue.

Il fut tiré de ses souvenirs lorsqu'il rencontra la barrière invisible, l'empêchant d'aller plus loin. Au-delà, il ne distinguait toujours pas nettement ce qu'il y avait. Izuku avait longuement réfléchi et en était arrivé à la conclusion que tant que Katsuki ne venait pas à sa rencontre, il ne risquait pas de pouvoir détailler son paysage intérieur.

Depuis deux semaines qu'il le côtoyait et rien n'avait changé dans leur relation. Il se prenait toujours des regards haineux et des commentaires acariâtres lorsque l'autre garçon était obligé de lui adresser la parole. Il n'avait pas osé lui demander pourquoi il était comme ça avec lui, même si cette attitude belliqueuse commençait à lui peser de plus en plus.

Il avait bien remarqué qu'avec les autres ce n'était pas forcément la joie non plus, mais Katsuki n'était pas aussi agressif avec eux qu'il ne l'était avec lui. Une idée sous-jacente n'arrêtait pas de lui revenir depuis quelques temps. Il sentait vraiment qu'il avait un problème avec lui en particulier et il ne voyait que leur lien d'âme-sœur qui pouvait en être la cause.

Cependant, étant donné que leur relation n'était pas au beau fixe, il n'avait pas pu aborder ce sujet avec lui. Il ne sait pas s'il en serait capable un jour. Si l'on oublie leur mauvaise entente, Izuku se savait bien trop timide et gêné pour oser aborder le sujet. Il se doutait pourtant qu'il devrait un jour ramener le thème sur la table, étant donné qu'il pressentait que jamais Katsuki ne ferait le premier pas.

Pour le moment, l'ignorance régnait en maitre entre eux. Bien sûr, il avait bien déjà tenté de l'aborder, mais chaque fois se finissait par un rejet brutal, malmenant encore un peu plus son cœur déjà bien meurtri. Le fait de ne voir personne de l'autre côté de la barrière n'arrangeait pas cette sensation de vide qui s'était créé depuis qu'il avait croisé les yeux grenat de son âme-sœur.

Katsuki lui paraissait si familier à cause du lien flottant qui les unissait depuis quelques années, mais aussi tellement distant depuis qu'il s'était heurté à la réalité. Izuku était perdu et ne savait pas quoi faire. Il ne s'était pas encore risqué à en parler à sa mère. Pour une raison inconnue, il voulait garder ce secret rien que pour lui, aussi pesant soit-il.

Il était attristé que cette chaleur qui l'avait si souvent réconfortée, était maintenant source de frustration et de découragement. Néanmoins, aussi difficile que cela était, son amour pour cette chaleur n'avait pas diminué. Au contraire, il souhaitait toujours en apprendre plus sur Katsuki, afin de combler cette soif de connaissance et d'affection. Il souhaitait réellement aller plus loin dans leur relation, qu'importe la forme qu'elle prendrait.

Il voulait faire de Katsuki son pilier et également devenir le sien. Mais, tant que l'autre garçon gardait cette barrière indestructible autour de lui, rien de ce genre ne pouvait arriver. Si seulement il le laissait approcher, ne serait-ce que d'un millimètre, il en serait tellement heureux !

Izuku lâcha un profond soupir, posant son front contre la séparation invisible. Il se sentait si éloigné. Il avait l'impression d'être abandonné à son sort, loin derrière, à contempler une lumière explosive qui le brûlerait s'il s'approchait plus.

« Il faut que je tente quand même, je peux pas abandonner. »

Son regard se fit plus déterminer. Katsuki Bakugo était un garçon compliqué et difficile à approcher. Mais, il y avait forcément une raison. Izuku la trouverait et forcerait le passage.

Après tout, ils étaient faits pour être dans la vie de l'autre.


« Bon les enfants, le cours d'aujourd'hui est un peu spécial, commença All Might. Comme vous avez tous reçu vos nouveaux costumes, nous allons pouvoir nous concentrer sur l'entrainement au combat en espace confiné.

- De la baston, génial ! s'écria Kirishima, enjoué.

- Vous allez former des binômes de vilains et de héros, continua All Might, loin d'être perturbé, la situation sera la suivante : des méchants cachent une bombe atomique et les héros doivent la désamorcer. Vous devez soit capturer les bandits, soit récupérer la bombe. Les vilains, quant à eux, gagnent s'ils protègent la bombe ou attrapent les héros. On va tirer les matchs au sort !

- C'est du hasard ? s'étonna Iida.

- Bien sûr ! s'émerveilla Izuku, un pro ne sait jamais avec qui il devra faire équipe !

- Incroyable ! C'est bien UA pour penser à ce genre de chose. Pardonnez mon impertinence ! continua Iida, se courbant.

- Il n'y a pas de mal, ricana All Might, allez, on y va ! »

Izuku se retrouva par le fruit du hasard avec Ochaco, qu'il considérait comme une amie. Il espérait que c'était réciproque de son côté, étant donné qu'il n'avait pas l'habitude de ce genre de relation. La voir s'exclamer par de grands cris de joie le rassura instantanément.

« On va former une équipe du tonnerre ! s'écria Uraraka, heureuse et sûre d'elle.

- O-ouais ! répondit Izuku, rosissant de plaisir. »

Une fois les équipes formées, All Might leur présenta deux boites évoquant les équipes de vilains et de héros. Il piocha les deux premières boules et leur présenta le résultat. Izuku perdit instantanément le sourire, sa peau palissant d'un coup. Il déglutit, la gorge soudain asséchée.

Il osa un coup d'œil sur sa gauche, où il rencontra immédiatement deux iris incandescentes qui le transpercèrent. Izuku détourna les yeux, tout tremblant. Il ne l'avouera pas à voix haute, mais le blond avait tendance à lui faire peur, surtout lorsqu'il le regardait avec autant de hargne.

Il n'entendait plus que son pouls qui pulsait violemment dans ses veines, les paroles d'All Might ne devenant qu'un fond sonore à peine dérangeant. Il prit le temps de respirer profondément en fermant les yeux, se recentrant sur lui-même.

Allez Izuku, tu veux devenir un héros. On se fiche de qui il est, ce qu'il représente ou quoique ce soit. Je dois lui faire face et le vaincre, sinon, ça sert à rien de continuer à UA.

Galvanisé par ses propres encouragements, il rouvrit les yeux, une lueur déterminée prédominant dans ses iris. Il planta directement ses pupilles dans celles son adversaire, le surprenant. Il vit Katsuki écarquiller légèrement les yeux, interloqué qu'il puisse le défier ouvertement. Cela sembla l'énerver davantage, puisqu'il fronça les sourcils et montra les dents.

Izuku détourna la tête et partit dans la direction d'Uraraka avant que cela ne dégénère. Certes, il ne le connaissait pas depuis longtemps, mais il savait très bien qu'il avait tendance à s'emporter vite. Il augmenta donc la distance entre eux, même s'il n'arrivait pas à empêcher son cœur de s'emballer à cause de l'adrénaline provoquée par la perspective d'une confrontation avec son âme-sœur.

Il avait étrangement hâte.


Ochaco et lui se trouvaient dans le bâtiment choisi pour l'entrainement. Ils avaient établi une stratégie et tentaient donc de se faire les plus discrets possibles. Izuku s'était basé sur ce qu'il savait des caractères de Iida et de Katsuki, à force de les côtoyer, même de loin, depuis deux semaines. A cause de son isolement social, il avait développé un sens accru de l'observation. De plus, même s'il ne l'avouerait jamais, il avait bien observé son âme-sœur durant ce laps de temps. Même s'il lui manquait beaucoup de facettes, il en avait conclu qu'il était de quelqu'un de très fier et de solitaire, qui ne se fiait à personne à part lui-même.

Il comptait donc sur son mauvais caractère pour l'aider à séparer les deux vilains, afin de maximiser leur chance de gagner. Et s'il se basait sur le comportement que Katsuki avait envers lui depuis le premier jour, il prédisait qu'il serait sa cible principale. En outre, il se doutait bien que le garçon avancerait en premier, plantant son coéquipier avec la bombe.

Le son d'une explosion confirma aussitôt ses dires, tandis qu'Izuku se jetait sur Ochaco pour la protéger de l'attaque surprise du blond. Ce dernier alla s'écraser contre le mur d'en face, laissant une trace noire impressionnante sur le béton.

« C'est là que tu te cachais, sale nerd de mes deux ! »

Izuku se releva bien vite devant l'invective du blond, les deux poings devant lui, en garde. La partie gauche de son masque était tombée en morceau, si bien qu'il n'était plus vraiment protégé. Katsuki n'avait d'yeux que pour lui, à tel point qu'Ochaco put s'enfuir en direction de la bombe.

Il doit savoir qu'Iida est en mesure de protéger la bombe, pensa Izuku, conscient de l'intelligence de son adversaire.

« Arrête de cogiter un peu tu veux et amène-toi, que je t'éclate ! hurla Katsuki, ses muscles tressautant sous la pression. »

Izuku esquiva une nouvelle fois un crochet du droit et se baissa, évitant une explosion qui lui aurait brûlé le visage. Il grimaça néanmoins, la chaleur lui asséchant les joues.

Allez Izuku, souviens-toi de tes notes sur les combats en espace clos ! se fustigea-t-il, concentré.

Alors que Katsuki allait lancer une nouvelle attaque, levant le bras, Izuku choisit délibérément de se rapprocher de lui, attrapant la grenade attachée à son poignet. Katsuki se figea, franchement étonné. Izuku se tourna, de sorte à conserver son appui et envoya valser le blond sur le sol avec force, le couchant sur le dos. Ce dernier toussa, la force du coup lui coupant la respiration.

Izuku recula quelque peu et se remit en garde, prêt à parer son prochain coup. Katsuki se releva abruptement, courroucé. Il l'apostropha durement :

« Comment t'as pu faire ça le nerd ?

- Je savais que tu allais attaquer avec un swing du droit, tu commences souvent par ce coup-là, répondit Izuku, sérieux.

- Putain, ça fait que deux semaines qu'on se connait et tu as déjà remarqué ça ? Va te faire soigner, sérieux ! grinça Katsuki, une veine d'énervement pulsant sur son front. »

Izuku encaissa le coup, déglutissant péniblement. Il savait bien qu'il était bizarre, à tout observer et tout calculer, mais l'entendre de la bouche de son âme-sœur lui piquait quand même un peu le cœur. Il lui répondit, essoufflé, voulant se justifier :

« J'analyse les plus grands héros et je note tout dans mes cahiers depuis tout petit. C'est dans mes habitudes d'observer mes alliés, comme mes ennemis.

- Tch. Tu oses me répondre alors que tu trembles comme une feuille. Ça me fout les nerfs ! »

Izuku le vit soudainement porter sa main à son oreille et injurier son coéquipier. Il avait toujours ses yeux furieux portés sur lui. Le jeune homme avait l'impression qu'il souhaitait le faire disparaitre du regard.

Soudainement, le blond fonça sur lui à coup d'explosion, lui décochant un coup de pied aérien qu'Izuku parvint à bloquer avec son bras. Heureusement, il avait gardé un lien dans sa main, ce qui lui permit d'entourer la jambe de son adversaire.

Je suis content d'avoir vu Eraser Head à l'œuvre. Au moins, je sais comment ligoter quelqu'un !

Il esquiva à la dernière seconde une nouvelle explosion, permettant à Katsuki de se libérer de son emprise. Izuku se retrouvait un genou à terre, complètement essoufflé et faisant face à son adversaire. Ce dernier se détourna du mur, enragé qu'il ait pu encore une fois esquiver une de ses attaques.

Il a donné un coup de pied pour que je n'anticipe pas. Il se méfie de moi ! conclut Izuku, fier malgré lui d'avoir réussi à le mettre dans cette position.

Il ne laissa pas le temps à Katsuki de contre-attaquer. Dès qu'il le vit en position pour se propulser vers lui, Izuku prit la fuite, espérant gagner du temps.

« Hé ! Tu vas où, comme ça ? J'en ai pas fini avec toi, enfoiré ! »

Izuku l'entendait le poursuivre dans le dédale de couloirs. Il fallait qu'il trouve un plan, sinon, il ne risquait pas de gagner à ce train-là. Son adversaire était terriblement fort et beaucoup plus expérimenté que lui. Il risquait de l'avoir à l'usure.

« Oi ! Arrête de fuir sale fumier et viens m'affronter ! Arrête de te payer ma tête ! Il en jette ton alter, alors sers-t-en et amène ta sale face, que je te prouve que je suis bien meilleur que toi ! »

Izuku décelait dans le ton de sa voix qu'il était véritablement hors de lui. Il se mordit la lèvre et partit se cacher dans un coin, voulant avant tout retrouver une respiration stable et tenter de concevoir une nouvelle stratégie. Katsuki l'avait pris en grippe depuis le premier jour et il semblait que d'essayer de le combattre sans utiliser son alter n'était pas la bonne méthode.

Evidemment, il est tellement fier qu'il doit croire que je me pense assez fort pour le battre sans utiliser mon alter. Si seulement il savait la vérité… pensa Izuku, dépité.

Cependant, il devait avouer qu'il était très étonné de son acharnement face à lui. Il l'avait déjà vu combattre d'autres camarades et, bien qu'il finît par gagner le combat à chaque fois, il ne lui semblait pas qu'il avait fait preuve de tant de hargne. Il devait vraiment lui en vouloir pour quelque chose.

Izuku utilisa le peu de répit qu'il avait pour mettre au point une nouvelle stratégie avec sa coéquipière, qui elle, avait déjà rejoint Iida. Il se releva, du ruban dans les mains. Un bruit de chargement retentit derrière lui, le surprenant. En se retournant, il vit Katsuki avec un visage étrangement neutre, la grenade qu'il avait au poignet à hauteur de son visage.

« Chargé à bloc, prononça Katsuki, pourquoi tu n'utilises pas ton alter ? »

Soudain, ses yeux se firent plus grand sous la fureur, des veines apparaissant dans le blanc de ses yeux. Deku déglutit, terrifié devant le changement qui s'opérait devant lui. On aurait dit qu'il avait franchi une étape.

« Tu penses pouvoir me battre sans ? continua Katsuki, tu te crois supérieur à moi ? »

Tremblant légèrement, Izuku se remit en position de combat, serrant le ruban dans ses mains. Pas le choix, je dois y croire.

« Tu ne me fais pas peur ! déclara-t-il, voulant autant persuader son adversaire que lui-même. »

Etrangement, cela marcha. Izuku ne ressentait plus vraiment de peur. L'adrénaline coulait en majorité dans ses veines et cela, malgré la vision de Katsuki qui serrait les dents à s'en faire mal, prêt à en découdre. Soudainement, un ricanement sortit de la bouche du blond.

« A force d'épier les autres, tu dois donc savoir que mes explosions proviennent de la sueur de mes mains, proche de la nitroglycérine. »

Tout en parlant, Katsuki pointa sa grenade vers Izuku. Ce dernier pris des notes mentales sur ce qu'il venait de lui révéler. Il avait remarqué que la sueur était le déclencheur, mais il ne savait pas vraiment de quelle substance il s'agissait. Cependant, il déglutit bien vite en le voyant manipuler sa grenade, révélant une goupille. Il n'était pas sûr de saisir, mais ça ne lui disait rien qui vaille. Katsuki se mit en position de tir.

« Si UA a pris en compte mes demandes, mon costume me permet d'accumuler cette substance. »

Il le vit mettre son doigt sur la goupille, prêt à l'enlever. Izuku entendit All Might hurler à Katsuki de ne pas le faire. Il recula légèrement, n'en croyant pas ses yeux.

« Jeune Bakugo ! hurlait All Might dans l'oreillette, tu vas le tuer !

- Pas si ça le touche pas ! répondit Katsuki, son regard dément braqué sur Izuku. »

Izuku eut à peine le temps de se protéger le visage qu'une énorme déflagration retentit. Il hurla en sentant la chaleur effleurer tout son côté droit, achevant de lui brûler son masque. Le souffle de l'explosion le projeta en arrière, jusqu'à une pièce plus grande. Il heurta un pilier qui le fit recracher un peu de salive, avant de s'étaler sur le dos.

Il reprit son souffle et se releva sur son bassin, les yeux écarquillés devant les dégâts subis par le bâtiment. Il blêmit en se rendant compte qu'il aurait pu finir en morceau. A la place, il récoltait des égratignures et des brûlures.

Il est complètement fou !

Katsuki regardait ses grenades d'un air goguenard, un gloussement de satisfaction sortant de sa gorge. Il semblait en pleine transe et ne pas avoir conscience de ses actes. Izuku le regardait, effaré. Il ne comprenait pas ses agissements.

Pourtant, lorsque je l'observais se battre, il semblait se retenir et ne pas vouloir y aller trop fort. On aurait vraiment dit qu'il se concentrait sur la technique et le contrôle, plus que la force brute. J'avais vraiment cru qu'il ne voulait pas blesser les autres… se désola Izuku, complètement perdu.

Katsuki s'avança un peu plus et se pencha vers lui, un sourire tordu dévorant la moitié de son visage, faisant reculer Izuku. Il avait vraiment l'air d'avoir perdu la raison.

« Allez, utilise ton alter. Je veux t'écraser quand tu es à ton maximum ! »

Izuku déglutit, plus très sûr de la tournure de cet affrontement. Pourquoi agissait-il comme une tout autre personne lorsqu'il était avec lui ? Il voyait bien que son ennemi était dans un état de rage tel qu'il frisait la folie.

« Relève-toi et bats-toi, DEKU ! »

Malgré lui, Izuku se remit sur ses jambes sous l'ordre, se tenant son bras blessé. Il fronça néanmoins les sourcils devant l'appellation.

« Deku ? interrogea Izuku, sa parole dépassant sa pensée.

- Quoi, ça t'étonne sale bon à rien ? C'est pourtant bien ce que tu es depuis des années ! fulmina Katsuki. »

Interloqué, Izuku se demanda ce qu'il voulait dire. Depuis des années ? Il faisait référence à leur statut d'âme-sœur ? En quoi était-il un bon à rien pour lui ? Il allait demander plus de précisions (même s'il admettait volontiers que ce n'était pas la meilleure chose à faire, vu le regard de son adversaire), lorsque la voix d'Ochaco grésilla dans son oreille. Ils allaient pouvoir mettre leur plan à exécution.

« Tu m'ignores encore ? T'es gonflé, Deku ! »

All Might calma le jeu en le menaçant de le retirer de l'exercice et de le déclarer perdant s'il refaisait un coup pareil. Katsuki grogna, mais cela eu le mérite de le calmer très légèrement. Voyant Izuku continuer de parler à sa coéquipière, il mit ses mains en arrière et s'élança grâce à une explosion, voulant continuer d'en découdre.

Il ne s'arrêtera pas tant qu'il n'y aura pas de vainqueur. Izuku l'avait bien compris. Il recula, se prenant les pieds dans les gravats. Il réalisa qu'à la vitesse avec laquelle Katsuki arrivait, il ne pourrait pas l'esquiver à temps. Il calcula le bon timing afin de pouvoir contrer au bon moment.

Maintenant !

Cependant, Katsuki avait déjà envisagé cette possibilité, si bien qu'il le prit de vitesse en se propulsant au-dessus de lui. Il utilisa une deuxième explosion pour se stabiliser, puis une troisième en plein sur le dos de son adversaire. Malgré la douleur, Izuku ne put s'empêcher de l'admirer pour cette prouesse d'une fine intelligence.

« C'est pas fini ! »

Il s'élança vers lui, lui portant un coup à pleine puissance sur son bras, lui provoquant une décharge de douleur qu'il sentit jusque dans ses os.

« Tiens, le swing du droit que tu affectionnes tant ! »

Il n'eut pas le temps de se remettre de cette attaque que déjà, le blond lui saisissait le bras. Il se donna plus d'élan en provoquant de petites explosions.

« Deku ! Comparé à moi, tu n'es rien ! »

Il le projeta avec force au sol. Izuku toussa lorsque son dos rencontra violemment le béton, le souffle coupé.

Ouais je vois, il est du genre à rendre coup pour coup et en le faisant mieux, grimaça Izuku, son bassin irradiant de douleur.

Il roula sur le côté, la vision floutée à cause du contrecoup. Il réalisa qu'il n'arrivera pas à établir de stratégie contre lui. Y a rien à faire, il est trop fort, pensa-t-il, admiratif. Il se remit sur ses pieds tant bien que mal et s'enfuit vers un des piliers qui tenait encore debout.

« Pourquoi tu n'utilises pas ton alter ? demanda Katsuki pour la énième fois, irrité. Je ne le mérite pas ?! »

Izuku se replaça face à lui. Il se demandait pourquoi il insistait autant sur son alter, pourquoi il semblait persuadé qu'il ne l'utilisait pas, uniquement car c'était lui. Il est … blessé ? s'interrogea-t-il, peu sûr de lui. Il baissa la tête.

« Ce n'est pas ça, murmura Izuku.

- C'est ce que tu as toujours pensé de moi, hein ? »

Pourquoi il parle comme si on se connaissait depuis toujours ? Comme si je lui avais fait une crasse ?

« Qu'est-ce que tu racontes ? s'emballa Izuku, confus.

- Tu te crois supérieur, tu veux rien avoir à faire avec moi hein ?! »

Choqué, Izuku resta muet. Cette conversation n'avait rien à voir avec le cours. L'enjeu était bien plus important. Il sentait distinctement son cœur pulser dans sa cage thoracique, presqu'à l'en rendre sourd.

« Tu veux me battre, juste pour me faire bien comprendre où est ma place, c'est ça ?! Sauf qu'entre nous deux, il y a un gouffre gigantesque. J'ai pas besoin de toi ! Je te suis largement supérieur, tu n'es rien, t'entends ?! T'es rien du tout, juste un bon à rien ! »

Devant ce discours, Izuku serra les poings. Les larmes lui montèrent aux yeux. Il avait mal. Cependant, malgré qu'il ne comprenne pas la moitié de ce qu'il disait, les mots sortirent tout seul de sa bouche, ne souhaitant pas rester sur un malentendu :

« Tu te trompes ! Si je veux te battre, c'est parce que je t'admire ! »

Il vit Katsuki serrer encore plus les dents, preuve qu'il ne le croyait pas. Pourtant, il n'y avait rien de plus réel. Depuis deux semaines, il l'admire pour ses talents et son intelligence. Cependant, cette admiration dure depuis qu'il a commencé à rêver des yeux rouges. Il l'émerveille profondément pour toutes les émotions qu'il a su déclencher en lui. Il veut juste qu'il soit fier de lui, qu'il l'admire lui aussi en retour.

« Je veux essayer de te surpasser, abruti !

- Me regarde pas comme ça, sale nerd ! »

Dans un cri de rage commun, ils s'élancèrent tous les deux l'un sur l'autre. Izuku déclencha son alter dans tout son bras droit, conscient qu'il ne pourra plus l'utiliser après coup. Katsuki fit chauffer ses paumes de main à une température affolante, prêt à déclencher une très grosse explosion, perdu dans sa fureur.

« Prête, Ochaco ? hurla Izuku. »

Katsuki lâcha son explosion sur Deku, tandis que ce dernier envoyait son coup vers le plafond. Une très grosse déflagration retentie, tandis que tous les étages du bâtiment se retrouvaient troués par la force du « smash » d'Izuku. Katsuki écarquilla les yeux de stupeur, interloqué devant la puissance de l'attaque.

Tandis que la fumée de l'explosion se dissipait, il sentit son souffle se couper. Deku avait protégé son visage de son autre bras, afin de réduire les dégâts subit. Il regarda ensuite au plafond et se mit à trembler de tout son corps.

« Je vois… c'était ça ton plan… Tu te payes vraiment ma tête ! grinça Katsuki, voyant rouge.

- Je ne voulais pas l'utiliser parce que… Izuku reprit son souffle, écartant son bras de son visage, je ne sais pas m'en servir. Mon corps n'encaisse pas le choc… Aizawa-sensei… me l'a pourtant reproché… »

Katsuki écarquilla les yeux, prenant subitement conscience de l'état d'Izuku. Il détailla son bras roussi et fumeux, ainsi que ses yeux voilés.

« Mais j'étais à court d'idées, souffla Izuku, faiblement. »

L'adolescent s'effondra à terre, épuisé et blessé de partout. Katsuki contempla sa chute, paralysé. La tonalité de la limite de temps résonna dans sa tête comme un son étouffé et lointain. Il entendait à peine son professeur déclarer sa victoire.

Il prit conscience que son corps tremblait violemment, à tel point que ses grenades émettaient des cliquetis. Sa respiration s'accélérait, une chaleur étouffante partait de sa poitrine et se diffusait dans tout son corps. Il regardait, sans trop le voir, Izuku se faire évacuer sur une civière.

« C'est moi… j'ai fait ça… murmura-t-il, sous le choc. »

Il agrippa son costume au niveau de sa poitrine, la panique montant insidieusement. Son souffle s'entrecoupait, il n'arrivait pas à se calmer. Il se repassait en boucle le combat qui venait de se dérouler, pointant tous les moments où ça aurait pu vraiment déraper.

« Putain… putain… ! Mais qu'est-ce qui m'a pris… ? J'ai failli- »

Une poigne ferme sur son épaule le pris par surprise, coupant immédiatement sa respiration. Sans le savoir, All Might venait d'interrompre le début de crise de panique de Katsuki.

« Mon garçon, je ne sais pas ce qui s'est passé entre vous, mais il va falloir régler ça, à mon avis. Allez, rends-toi à la régie pour le debrief. »

Puis, il le laissa planté là. Katsuki respira profondément, le souffle tremblant. Il se mit une main sur le visage, tentant de se recentrer. Des flashs lui parvenaient, mais il les repoussa tous dans un coin de sa tête. Il secoua la tête, se redressa de toute sa hauteur et marcha d'un air déterminé vers sa destination, son expression agressive de retour sur son visage.

Il rangea dans un coin de sa tête l'expression blessée de Deku, voulant l'ignorer volontairement.

Pourtant, malgré ses convictions, il savait qu'il n'y arrivait jamais totalement.


La première chose qu'il vit en ouvrant les yeux fut des carreaux blancs. Il sentait la caresse de draps un peu rugueux, à force de lavages, sur son enveloppe charnelle. Il se redressa, grimaçant à cause de la douleur. Il avait l'impression qu'elle logeait dans tous les recoins de son corps. Ses yeux s'arrondirent en avisant ses bandages et son bras en écharpe.

« Ça y est, tu es réveillé ? »

La voix soudaine le fit sursauter. Il tourna la tête et reconnu Recovery Girl, l'infirmière du lycée. Il s'excusa une nouvelle fois de se retrouver ici. L'infirmière finit par l'autoriser à quitter la pièce.

Il se déplaça dans le lycée, avec son bras en écharpe et son costume bousillé, jusqu'à sa classe. Une exclamation de soulagement collective retentit dans toute la classe à son arrivée. Chacun lui demandait comment il allait. Il les rassurait, quand soudain, il remarqua quelque chose.

« Bakugo n'est pas là ?

- Il a pas voulu rester, il vient tout juste de partir, l'informa Eijiro, légèrement peiné.

- On a voulu l'arrêter, mais il est parti sans dire un mot, finit Ochaco. »

Il se détourna immédiatement et partit en courant vers la sortie. Tout en dévalant les escaliers, il repensa à tout ce que son camarade lui avait dit. Il n'avait pas tout compris, mais il ressentait le besoin de clarifier quelque chose. Il savait pourtant qu'il n'avait pas le droit. Mais c'était plus fort que lui.

C'était parce que c'était lui.

« KATCHAN ! hurla-t-il instinctivement, presque malgré lui, toute réflexion envolée lorsqu'il le vit. »

Il vit Katsuki se stopper et tourner légèrement la tête vers lui. Il le transperça de son iris droit rouge sang, l'immobilisant sur place.

« Quoi ? répondit-il, peu avenant. »

Izuku déglutit, baissant la tête. Il réfléchit un instant, se demandant si c'était une bonne idée. Même ma mère ne connait pas mon secret… songea-t-il, gêné. Mais, son instinct prit le dessus, envoyant tout valser.

C'était parce que c'était lui.

« Je pense… que tu as le droit de savoir. Mon alter, déglutit Izuku, je l'ai reçu de quelqu'un. »

Katsuki se tourna un peu plus vers lui, attentif. Izuku se raidit devant son regard. Il avait l'impression d'être mis à nu.

« Je ne peux pas te dire qui ! C'est secret. Je sais, on dirait une histoire sortie tout droit d'un comics. Mais c'est vrai, et j'ai encore du mal à le maitriser. C'est un pouvoir d'emprunt hors de contrôle. Voilà pourquoi… je voulais te battre sans l'utiliser. Mais finalement, j'ai cédé à la facilité. »

Plus il parlait, plus Katsuki se tendait. Izuku ne faisait pas vraiment attention, souhaitant tout déballer d'un coup, avant de se dégonfler.

« J'ai encore du travail. Alors… alors un jour, je ferai de cet alter le mien ! Et là, je te surpasserai ! lâcha-t-il en relevant la tête. »

Il se rendit compte de ce qu'il venait de dire en voyant le regard figé de Katsuki, à mi-chemin entre l'étonnement et la colère.

Zut, je voulais juste lui dire que je ne m'étais pas fichu de lui, paniqua-t-il.

« Et puis quoi encore ? Un alter d'emprunt ? Arrête de dire de la merde ! Tu veux me ridiculiser encore plus ? »

Il prit une inspiration, comme pour essayer de se calmer.

« Je m'en tape de ta vie ! J'ai perdu face à toi aujourd'hui, point. C'est simple. Je me suis laissé aller et j'ai pas été à la hauteur ! J'ai failli recommencer ! »

Deku le vit serrer les poings, remplit de rage. Il n'osa pas lui demander ce qu'il entendait par là.

« Merde ! Ça me fait chier ! Tu as bien failli me faire perdre mes moyens ! Alors écoute-moi bien, Deku ! Désormais, je serai le meilleur élève de ce bahut ! Et tu m'en empêcheras pas, je me fiche de toi ! »

Izuku se rendit compte que Katsuki avait les larmes aux yeux. Il sentit un pincement au cœur. Il avait l'impression d'avoir fait un pas en avant et deux en arrière. Il regarda, dépité et confus, le blond partir vers la sortie. Il avait bien imprimé que désormais, ils étaient rivaux. Mais, qu'en était-il du reste ? Cette discussion l'avait plus perdu qu'autre chose.

J'y pense, d'où vient ce surnom, Deku ?

Il se disait qu'il devait lui avoir donné ce surnom sur le tas. Pourtant, il semblait l'utiliser avec tellement d'aisance, qu'il avait l'impression que ça sortait naturellement.

KATCHAN !

Izuku rougit brutalement, se souvenant de ce qu'il avait hurlé au blond pour qu'il s'arrête. Il avait utilisé ce surnom sans réfléchir, comme si c'était tout aussi naturel que « Deku ». Presque comme si c'était déjà écrit.

Mais ce qui le surprenait le plus, c'était bien que le blond ne le reprenne pas.


Hello !

Je n'ai pas encore fini d'écrire l'histoire (je suis rendu au chapitre 6... le plus compliqué à écrire argh), mais je me dis qu'un prologue ce n'est pas suffisant pour se faire une idée, alors je vous donne le gros chapitre 1.

Globalement, ça va être de très très gros chapitre (je sais pas faire petit, c'est toujours des gigas pavés).

Pour l'instant, rien de trop intéressant s'y passe, on pose les bases. On suit le déroulement du manga (en adapté).

N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez :)

Merci de m'avoir lu ;)