77Hildegard : Parce que Drago est incapable de se satisfaire de lui-même et qu'il tient absolument à ce que quelqu'un l'aime (Sale bête)

Eiilys : Oui, je le suis XD

Funfact : parfois, quand je finis un chapitre et que je n'ai pas le temps de commencer le suivant tut de suite, je me laisse une intro pour me souvenir de où j'en étais et de où je dois aller... Pour celui-ci, je m'étais laissé uniquement la première phrase. Et le pire, c'est que ça a fonctionné.
(Et merde, les opinions de Draco ne sont pas les miennes. Ni sur le racisme, ni sur le sexisme, ni sur le fromage)


Drago n'avait jamais été un grand amateur de fromages. Une fantaisie que son père avait tenu à corriger : Tout comme les fruits de mer, une personne bien née, surtout si elle avait des origines françaises, se devait d'apprécier déguster ces blocs puants de lait moisi et concentré.

Il leva les yeux vers Potter, de l'autre côté de la table, et jaugea le pour et le contre à lui avouer cette aversion. Il s'était déjà plaint de la soupe aux nids d'hirondelles, et il n'aimait pas l'idée de se montrer plus capricieux qu'il ne l'était déjà.

Potter semblait soucieux. En soi, les états d'âme du Survivant auraient dû l'indifférer, mais Drago ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Par ailleurs, sa mauvaise humeur pouvait signifier des bruits de couloir sur une nouvelle émeute ou des difficultés sur le financement des travaux, et dans ces cas-là, il s'estimait légitime à être tenu au courant.

La discussion était plus facile avec lui qu'avec Kieran Price : L'avantage de ne pas avoir peur de mal faire les choses.

« Qu'est-ce que c'est ? demanda poliment Drago en plongeant sa fourchette dans l'espèce de bouillie orange et odorante qui débordait presque du petit ramequin posé devant lui.

– Hein ? » Potter sembla se réveiller, observa le contenu de son propre ramequin, puis avec un sourire amusé, il répondit en enfournant une bouchée : « C'est gallois ! Ça s'appelle du Caws-wedi-pobi. Je connaissais pas non plus, j'ai découvert ça il y a deux semaines, quand j'attendais mon Portoloin. Je trouvais que ça sentait bon… Par contre, il a fallu que j'insiste comme un taré pour en avoir à emporter : Pour le coup, impossible de manger ça froid et je pouvais pas dire au Moldu qui tenait le restaurant que… »

C'était une habitude chez Potter que de bavasser. Drago le laissa faire en se forçant à manger lentement. Quand l'histoire fut finie, il voulut l'encourager à continuer.

« La semaine dernière aussi, c'était une spécialité de Grande-Bretagne. Est-ce que tu commences à avoir fait le tour de tous les restaurants moldus de nourriture à emporter ?

– Merlin, non. Je pense que tu te rends pas compte du nombre de restos moldus à Londres. Si on s'en fait un chaque lundi, on a de quoi tenir jusqu'à la fin de nos jours. »

Potter resta pensif un instant, puis il ajouta :

« Enfin, je suppose que c'est bientôt la fin de nos petits repas en tête-à-tête, alors je devrais peut-être choisir celui de la semaine prochaine avec un peu plus de soin. »

Drago attendit une explication qui ne vint pas. Il poussa un profond soupir, puis, après s'être tapoté les lèvres avec sa serviette, il annonça :

« L'idée de passer moins de temps avec toi me réjouit, bien sûr, mais je ne suis pas certain de comprendre à quoi je dois cette bonne nouvelle ?

– Les rumeurs courent vite, ici », sous-entendit Potter. Drago ne répondit pas, et il précisa : « Il parait que ça y est, vous êtes passés à la vitesse supérieure avec Price ? »

Les lunettes dissimulaient bien les choses, mais les yeux de Potter étaient cernés. Les commissures de ses lèvres étaient basses.

Drago haïssait le fait d'être à nouveau la cible des commérages. De plus, le pauvre Kieran Price ne méritait clairement pas un tel traitement, lui qui avait été si patient et attentionné. Drago fronça les sourcils :

« Qu'est-ce qui se dit, exactement ?

– Tu t'en doutes, non ?

– Vous êtes tous pires que des collégiens », maugréa Drago en croisant les bras et en détournant le regard.

On entendit un moment le bruit de la fourchette de Potter qui grattait contre son ramequin, puis sa voix résonna à nouveau :

« Enfin, bref. Je sais pas à quel point il est jaloux, mais je pense pas qu'il va supporter longtemps qu'on se fasse nos petits dîners romantiques, toi et moi.

– Ces dîners n'ont rien de romantiques ! corrigea immédiatement Drago. Et je dîne bien avec qui je veux !

– Là-dessus, je te rejoins ! ricana Potter. Mais je te connais : Dès qu'il va insinuer que ça ne lui plait pas, tu vas te plier en quatre pour le rassurer et mettre fin à tout ça. » Potter soupira et s'enfonça dans sa chaise. « Je vous jette pas la pierre, ni à toi, ni à lui. Si j'étais à sa place, j'aurais été bien content que tu réagisses comme ça.

– Tu me connais mal, Potter. Je n'ai pas l'habitude de faire des concessions pour rassurer l'égo des gens que je fréquente !

– On verra bien. »

Potter haussa les épaules.

« Essayez quand-même d'être un peu discrets : Je fais confiance aux gars pour pas aller raconter à n'importe qui que vous vous envoyez en l'air, mais je…

– Pardon ?! »

Potter sursauta et ils se fixèrent en chiens de faïence. Au bout d'un moment, Potter voulut se répéter :

« Je t'interdis rien, mais les…

– On ne s'envoie pas en l'air ! Aussi surprenant que ça puisse te paraitre, Potter, il existe des gens qui prennent leur temps à bâtir une relation saine avant de songer à coucher ensemble ! Kieran Price fait partie de cette race-là, et c'est précisément ce qui me plait chez lui ! »

Les sourcils bruns disparurent un moment sous la tignasse emmêlée. Ça semblait vraiment être une révélation pour lui que d'apprendre que Drago était parvenu à garder sa robe en place jusqu'ici. Et puis ce fut le retour du sourire canaille :

« J'espère qu'il a quelques qualités en plus de celle-là, parce que c'est assez pauvre, de mon point de vue…

– Kieran Price est aimable, courtois, et passionnant quand il s'agit de parler de son métier !

– Oh, dans ce cas, je garde toutes mes chances, j'imagine ?

– Pardon ? Tes chances de quoi, exactement ?

– On sait tous les deux que tu préfères les mecs un peu moins aimables et un peu plus bestiaux… »

Drago plissa les yeux puis se leva d'un coup.

« Bonne soirée, Potter ! »

Il regrettait d'avoir lancé cette conversation. Il aurait dû se contenter de manger le contenu de son assiette en silence, puis de partir.

Il avait tout juste posé sa main sur la poignée de la porte et commencé à ouvrir celle-ci qu'elle se referma brutalement. Il ne prit pas le temps de parcourir des yeux le bras qui lui barrait le chemin de la sortie : Il saisit aussitôt sa baguette pour la brandir contre la présence à ses côtés.

« Stupe…

Expelliarmus. »

La baguette lui sauta des mains sans qu'il ait eu le temps de finir de prononcer son sortilège. Potter n'avait même pas eu besoin de toucher à la sienne.

Il se tenait à quelques centimètres de lui, plus proche qu'il ne l'avait été depuis des mois, et son odeur heurta Drago de plein fouet. Il sentait la mer et la forêt. La poitrine légèrement haletante de Drago trahissait son angoisse, mais Potter était calme et immobile : Une main sur la porte pour la maintenir fermée, et les yeux fixes et sérieux.

Ils se jaugèrent en silence quelques secondes.

Drago avait toujours un morceau de baguette japonaise taillée en pointe dans sa poche. Il y porta tout doucement la main. Potter était peut-être un meilleur duelliste que lui, mais Drago savait désormais se battre à la façon moldue. S'il faisait le moindre geste dans sa direction, alors…

Potter cligna des yeux, détourna le regard, lâcha la porte, puis fit quelques pas pour aller ramasser la baguette de Drago sur le sol. Il revint ensuite et la lui tendit, manche en avant :

« Évite de m'attaquer par surprise comme ça, ordonna-t-il tranquillement. J'ai toujours le réflexe de désarmer plutôt que d'agresser, mais on sait jamais. Surtout toi. Surtout en ce moment. Ça se voit peut-être pas, mais je suis pas au top de ma forme et je…

– Évite de t'approcher autant, alors ! rétorqua Drago en sortant sa main de sa poche pour arracher son bien des mains trop dociles de Potter. Moi aussi j'ai des réflexes ! »

Inutile de souligner à quel point les siens étaient pitoyables en comparaison de l'instinct guerrier du Survivant. Ils le savaient tous les deux : Potter avait toujours été le meilleur, que ce soit au Quidditch, au club de duel, ou sur un véritable champ de bataille.

« Au moins, c'était pas un sortilège de la mort que t'as voulu me lancer, aujourd'hui. »

Drago lui jeta un regard meurtrier puis quitta les lieux. Cette fois, Potter ne l'empêcha pas de partir.

Potter n'y connaissait rien et se trompait lourdement. Drago aimait les hommes, leur force, leurs muscles, leur poids. Il aimait être dominé parce que ça rendait par comparaison son partenaire plus puissant, mais il n'était pas un dépravé adepte des relations violentes. Il était vrai qu'il fantasmait davantage sur les hommes plus virils que lui, mais c'était peu ou prou le cas de la totalité des hommes existants, et après tout, Kieran Price était viril. Il était plus grand que Potter, par exemple. Pas vraiment plus épais, mais à coup sûr plus âgé et expérimenté.

Quand Drago pénétra de nouveau sa cellule, il voulut faire le tour de toutes ses biens pour se calmer les nerfs, mais malheureusement, l'essentiel de ce qu'il possédait lui venait de Potter : Soit des choses qu'il lui avait volées, soit des choses qu'il lui avait offertes. Rageux, il démonta son étagère de carton, récupéra le couteau moldu de Rosier et continua de graver sa souche.

Il était vrai que Kieran Price manquait de… Disons d'ardeur ?

Quand il avait posé ses lèvres sur les siennes, Drago avait fermé les yeux et entrouvert la bouche. Il avait senti le souffle chaud de l'homme contre sa langue et en avait immédiatement voulu plus. L'architecte lui avait picoré les lèvres de dizaines de minuscules baisers aussi légers que ceux que l'on pose sur les cheveux des enfants. Drago s'en était amusé : La frustration avait du bon, parfois. Il aimait toujours passionnément découvrir comment les autres embrassaient, et ce style de baiser-là était nouveau pour lui… Taquin, il avait fini par suçoter la lèvre inférieure de ce nouvel amant qui avait sursauté de surprise avant de sourire contre sa bouche, puis et de passer sa main dans sa nuque pour approfondir le baiser. Du moins, il aurait dû le faire. Mais non. Une fois ses doigts emmêlés dans ses cheveux, il s'était laissé aller et avait laissé à Drago tout le loisir de recommencer ses avances sans spécialement y répondre mais en y prenant visiblement un grand plaisir.

Drago avait apprécié le moment, bien sûr… Mais après tout ce temps à se tourner autour comme des chiens, il avait espéré plus. Pas forcément une réelle relation sexuelle, mais au moins que Kieran Price le fasse grimper sur ses genoux, qu'il lui caresse le dos ou les cuisses. Qu'il murmure son nom, qu'il dirige le visage obéissant et les lèvres avides de Drago vers son cou, ses clavicules… Drago aurait aimé sentir le gout de sa transpiration, l'odeur de son corps après une matinée de travail…

Il soupira.

Les arabesques qu'il était en train de tracer n'avaient rien d'élégant et respiraient l'ennui.

Il s'installa dans son lit, ferma les yeux et se concentra pour invoquer les images des différentes vies que le Détraqueur avait partagées avec lui. Il choisit la vision claire et aguichante d'un homme croisé sur un marché. Il fit remonter sa robe avant de glisser une main dans son boxer.

L'homme n'avait jamais rien été de plus qu'un inconnu dans l'existence de la personne dont Drago pouvait parcourir les souvenirs, mais pour lui, il était parfait. Pas spécialement grand, mais musclé. Vêtu d'une armure de cuir brun relevé d'étain. Poilu. Une barbe noire, courte et bien taillée, des cheveux négligemment rejetés en arrière. Un regard belliqueux que venait atténuer des ridules de malices au coin des yeux. Des iris…

La main de Drago se figea, ses yeux s'ouvrirent avec effroi, et il se redressa, essoufflé et paniqué dans son lit.

Des iris verts immondes.