Melynee : Ahahah, Nguyen KIFFE sa nouvelle discipline moldue, et Drago est son patient PRÉ-FÉ-RÉ !
Evidemment, je te spoile pas la suite, mais Harry continue d'expier ^^


Drago eut droit à sa confrontation avec Kieran Price le lendemain.

Il avait eu le temps de discuter avec Nguyen le matin et décidé que l'homme méritait une seconde chance. L'infirmier avait haussé les sourcils mais n'avait pas prononcé un mot, même quand Drago l'avait défié de donner son avis : « Je constate juste que vous êtes fidèle à vous-même, Monsieur Malfoy », était tout ce que Drago était parvenu à obtenir. Comme avec Potter, il n'était pas sûr de comprendre ce que Nguyen voulait dire par là, et il était encore moins sur de vouloir comprendre ce que Nguyen voulait dire par la.

Quoi qu'il en soit, il y avait une réunion avec les Bâtisseurs l'après-midi même, et Drago s'y était invité sans que sa présence soit parfaitement indispensable. Price l'avait interpellé dès qu'il l'avait vu, mais Drago, pour asseoir son autorité et sa détermination, l'avait éconduit d'un « Plus tard, Monsieur Price » et avait rejoint Macnair pour discuter des revendications des détenus.

Potter fut moins discret : comme à son habitude, il donna la parole aux personnes présentes sans se soucier de leur hiérarchie et en préférant effectuer un tour de table. Quand vint le tour de Kieran Price de parler, Potter le fixa en silence quelques secondes avant de décréter la fin de l'entrevue :

« Mesdames, Messieurs, je suis désolé pour le dérangement, mais il va nous falloir écourter cette réunion. Je viens de me rappeler d'une affaire urgente. »

Il se leva avant même que quiconque ait eu le temps de répondre et quitta la pièce si rapidement que la pauvre Madame Stivson, responsable des réseaux électriques et qui n'avait pas eu l'occasion de parler, put tout juste entamer un « Quand pourrons-nous… » avant de s'interrompre.

Drago trouva aussitôt le regard de la Major Mullan. Elle hocha la tête, s'éclaircit la gorge et s'occupa de trouver un nouveau créneau où tout le monde serait disponible. Drago soupira d'embarras et se releva en rassemblant les quelques documents inutiles qu'il avait amenés pour se donner une contenance.

Deux longs doigts fins se posèrent sur le papier avant qu'il ne puisse le soulever. Le regard de Drago remonta la main aux veines saillantes, le poignet élégant, les avant-bras fuselés, puis se fixa dans les beaux yeux noisette de Kieran Price.

« Je m'excuse, affirma celui-ci. On peut parler ? »

Drago poussa un nouveau soupir, soulagé cette fois. Il ignora la faute de syntaxe, sourit à l'architecte, acquiesça, puis sortit à sa suite. Il avait prévu de le faire mariner un peu plus longtemps, mais son expression était si sincère que Drago n'avait pas le cœur à l'éconduire plus longtemps. Il avait pris la bonne décision : Kieran Price était quelqu'un de bien. Ils passèrent une bonne partie de l'après-midi ensemble, à discuter de tout et de rien. Drago partit « emprunter » quelques cuillères de thé dans le logement de Potter tandis que Kieran Price montait la garde dans le couloir, et ils s'échappèrent comme des gamins, fiers de leur larcin, pour aller préparer le breuvage dans le tout nouveau coin-cuisine de la Patinoire.

« Alors ? demanda Drago en observant les douze igloos qui s'étaient bien étoffés depuis sa dernière visite. Lequel as-tu choisi ?

– Pourquoi cette question ? »

Drago but une gorgée de liquide brûlant en analysant le ton avec lequel cette question avait été posée. Il avait un doute et un coup d'œil au visage blagueur et impertinent de Kieran Price lui confirma qu'il n'avait pas rêvé.

« Je ne sais pas… louvoya-t-il. L'information pourrait être utile s'il devait arriver que je ne puisse pas dormir dans ma cellule…

– Je te montre », affirma l'architecte en entamant la marche vers l'une des habitations.

Drago avala sa salive. Il avait le choix. Avec Kieran Price, il avait le choix. Mais l'homme avait déjà ouvert sa porte et rester immobile aurait été insultant…

Il avait dressé des listes, calculé les risques et les bénéfices des dizaines de fois, il avait réfléchi, il avait tout analysé, il s'était laissé le temps de prendre une décision, de changer d'avis, de revenir sur ses pas, d'avancer, de vérifier, d'attendre, d'oser…

Drago posa sa tasse et le rejoignit.

Le thé avait été un darjeeling d'automne, fruité et épicé.

Dans sa bouche, le goût devint progressivement amer, plein de tanins désagréables.

Mais il avait eu le choix, il avait pris sa décision, et il savait celle-ci être la bonne.

Une nouvelle fois, il parvint à louvoyer, à utiliser sa bouche et ses mains plutôt que le reste de son corps. Ça n'avait rien à voir avec une relation forcée, se répéta-t-il en boucle tandis qu'il s'activait et que Kieran Price fermait les yeux. Rien à voir si ce n'était l'acte mécanique. Le reste, la situation, les sentiments, rien n'avait rien à voir. L'endroit, la personne, l'ambiance, rien. Il avait le choix. Rien à voir.

Le soir venu, alors qu'il faisait sa toilette devant son petit robinet, la lumière du sortilège d'alarme de sa cellule se mit à crachoter, puis un petit Patronus messager apparut avant que la voix de Potter ne se fasse entendre :

« Hey… Je peux passer une minute ? »

Drago haussa les sourcils, atterré, en se demandant comment Potter espérait qu'il réponde à sa question. Par acquis de conscience, il vérifia qu'aucun message n'avait été partagé via l'agenda magique. Après un soupir, il réenfila sa robe et ses bottines, prit sa clochette dorée et partit en direction du troisième étage. Après tout, qui ne dit mot consent. Mieux valait prendre les devants.

Ce fut un Harry Potter trempé et affreusement malodorant qui lui ouvrit. Drago fronça le nez mais ne fit pas de commentaire.

« Qu'est-ce que tu… commença Potter avant de se frapper le front. Putain, oui. Le Patronus. Tu ne sais pas faire de Patronus.

– En effet, Potter. Bravo pour t'en être souvenu presque seul.

– Désolé. Je… T'étais pas obligé de te déplacer, j'aurais compris que… Enfin… »

Sa voix décrut et il resta là, la bouche entrouverte, l'air hagard, au point que Drago se demanda vaguement si Lucile n'était pas de retour et en train de lui jeter un sort.

« Tu avais quelque chose à me dire, peut-être ?

– Hein ? Ah, non… » Drago haussa un sourcil et Potter s'empressa de bafouiller : « Je voulais te voir, c'est tout. Je me disais que tu me ferais peut-être la gueule, pour… Je sais pas quoi.

– Pour t'être donné en spectacle en quittant une réunion que tu étais censé présider ? Pourquoi t'en voudrais-je, Potter ? Ce n'est pas ma réputation à moi qui a été touchée.

– Par Merlin, tu vas vraiment rien me laisser passer, hein ? »

Il ferma les yeux et se massa le front en souriant. Drago poussa un soupir amusé.

« Est-ce que je te laissais tout passer quand nous nous fréquentions ?

– Ouch. Question difficile. Oui et non. Tu me laissais passer beaucoup trop de trucs, oui. Et puis ensuite, tu t'excitais pour tes broutilles de merde, genre l'endroit où je décidais de lire mes bouquins.

– Je sens que je vais regretter ma curiosité, mais où lis-tu tes livres, Potter ?

– Tu t'en souviens pas ?

– Non, je ne m'en souviens pas.

– Oh. Tu crois que ça veut dire que tu aimais ça, dans le fond ?

– J'en doute.

– Je lis dans mon lit. »

Drago attendit une explication, une mise en contexte, une précision… Comme toujours, il fut déçu, mais petite nouveauté : le Survivant parvint à cet exploit en gardant le silence.

« Pourquoi lis-tu dans ton lit ? Tu as des fauteuils.

– Oui, hein ? Mais le lit est plus confortable.

– Tu ne peux pas te comporter comme un porc juste par confort.

– Comme un porc ? À ce point-là ?

– Est-ce que tu manges dans ton lit, Potter ? Ou plutôt, est-ce que tu pisses dans ton lit ?

– Non.

– Trouve-tu vraiment les urinoirs plus confortables ? »

Potter éclata de rire, et Drago croisa les bras et s'adossa au chambranle de la porte pour le toiser. Le divertissement offert par le fait de se moquer de lui et le sentiment de supériorité obtenu valaient bien le désagrément du déplacement.

Quand Potter eut terminé sa crise d'hilarité, il essuya machinalement une larme sous son oeil et soupira :

« Putain, change jamais. »

Drago haussa les épaules. Il pencha la tête sur le côté pour laisser ses yeux errer sur la pièce à vivre et constater le retour du désordre dans lequel Potter évoluait quand lui n'était pas là pour le contenir et lui mettre le pied à l'étrier.

« Ça fait longtemps que tu ne l'as pas dit, marmonna-t-il.

– De quoi ? »

Drago n'était pas sûr de la réponse. Quand elle s'imposa à lui, il se sentit rougir furieusement et se redressa.

« Peu importe, affirma-t-il en se détournant. Bonne soirée, Po…

– Que je t'aime ? »

Il tourna la tête pour le dévisager par-dessus son épaule. Il ne devait absolument rien laisser paraître : ni honte, ni intérêt, ni crainte, ni soulagement, ni espoir, ni quoi que ce soit. N'importe quoi aurait été considéré comme un aveu.

« Je t'aime toujours, affirma Potter sans détourner le regard. Je me disais que tu le prendrais mal si je continuais à te le dire alors que t'étais avec quelqu'un d'autre. »

Drago resta immobile en tâchant de mettre un mot sur les sentiments contradictoires qui lui traversaient le cœur, puis se décida sur un nouveau haussement d'épaules avant de se détourner.

« Attends. »

Potter s'avança et Drago grimaça en constatant les empreintes sales que ses pieds mouillés laissaient sur le sol. À peine s'était-il fait cette pensée qu'il sentit le courant magique chaud parcourir Potter de bas en haut et le sécher d'un coup. Quand il releva les têtes, les cheveux bruns se dressaient en épis hirsutes sur son crâne et son sourire tordu illuminait son visage.

Potter leva une main vers son visage et Drago ne recula pas. Il sentit des doigts froids et légers effleurer sa joue et repousser une mèche de cheveux derrière son oreille. Il garda un souffle régulier, maîtrisé, même quand les doigts s'attardèrent bien plus longtemps que nécessaire.

« Je t'aime. »

Il ne bougea pas d'un cil.

« Je suis capable de te rendre heureux.

– J'ai couché avec Kieran Price. »

Le visage de Potter ne se troubla pas plus que celui de Drago ne l'avait fait. Au bout d'un moment, ce dernier se débarrassa d'un coup de menton de la main qui caressait toujours sa pommette et asséna :

« Concernant ton départ précipité de ce matin, c'est avec Mullan que tu vas devoir te débrouiller. C'est elle qui s'en est occupé.

– Okay. » Voix neutre.

« Et demain, il faudra que l'on revoit ensemble le plan d'organisation global. Je pense qu'on pourrait travailler sur l'aile Ouest en même temps que sur le rez-de-chaussée.

– D'accord.

– Tu devrais prendre une douche, Potter. Tu empestes. »

Un sourire amusé.

« Ça marche.

– Bonne nuit, Potter.

– Bonne nuit, Drago. »

Il avait atteint la porte menant aux cages d'escaliers quand Potter lança dans son dos :

« Oublie pas que t'aime. »

Il ne se retourna pas, ne sourit pas mais eut l'impression de ne rien peser quand il dévala la première volée de marches.

L'amour de Potter était rassurant parce qu'il ne lui coûtait rien – ni temps, ni énergie, ni effort – mais qu'il lui apportait énormément. Confort et vanité se disputant la pole position.

Drago ne pouvait ni ne voulait répondre à ses sentiments, mais leur constance était rassurante.

·

Une fois de plus, la rumeur se propagea.

Drago refusait de croire que Kieran Price était du genre à se vanter de l'avoir mis dans son lit – sans compter que selon les rumeurs, cela n'avait rien d'un exploit – et encore moins que Potter se soit amusé à ça après sa déclaration enflammée. Les gens parlèrent tout de même.

Le lendemain, par exemple, Wihelma Vine vint s'asseoir sur son bureau – il n'avait toujours pas remis de chaise pour les visiteurs – pour l'interroger avec un air peiné qui empêcha Drago de l'envoyer paître :

« Ça te fait pas bizarre ? Ça te donne pas l'impression que ça sert à rien, que ça mènera à rien ? À chaque fois que je m'imagine reprendre une vie de couple, ça me fait ça… Mais bon, je suppose que je connaissais Medwin depuis plus longtemps que toi, tu fréquentais Potter, alors c'est peut-être logique que ça prenne plus de temps pour moi, non ? J'en sais rien, tu penses pouvoir être heureux avec lui ? Tu penses pouvoir produire un Patronus ? Tu voudrais pas revenir aux cours avec nous ? »

Drago avait répondu à la plupart de ses réflexions par des monosyllabes ou des haussements d'épaules. À cette question, il lui ouvrit son cœur, réellement, pour la première fois :

« Je me fiche d'être heureux. Je veux être normal. »

Il lui ouvrit son cœur mais mit un moment à oser relever les yeux vers elle. Quand il le fit, il réalisa que sa confidence avait touché quelque-chose chez la Surveillante : ses paupières papillonnaient, retenant visiblement des larmes.

« Ouais, ricana-t-elle finalement. J'avais raison, pas vrai ? On discute mieux sans Nguyen et ses Amnésiques Anonymes débiles, hein ?

– Je ne sais pas, répondit Drago à voix basse en baissant à nouveau les yeux sur ses papiers. Je ne pense pas que j'aurais été capable d'exprimer ça oralement sans lui.

– Et tu parles de qui quand tu dis "lui" ? »

Drago fronça les sourcils en réfléchissant.

« Je rigole.

– Pardon ?

– Je rigole. C'est une blague. On parle de Nguyen, pas vrai ?

– Bien sûr. »

Sa réponse arriva avec une seconde de retard, mais Wihelma Vine ne le connaissait pas assez pour remarquer cet écart.

Quelque chose le ramena à la chambre d'Ekrizdis. Sa proposition de commencer les travaux dans cette zone du château avait été déboutée et il n'avait pas insisté. Il était revenu avec une fiole et avait prélevé un doigt du liquide contenu dans le verre de la table de chevet afin de l'analyser dans le laboratoire. Il s'agissait d'eau douce parfaitement ordinaire. Le lendemain, il vint compléter le niveau pour ne pas être accusé d'avoir déranger le repos du mage noir.