Guest : merci comme toujours pour tes encouragements ! Ça fait plaisir de te revoir :D

Eiilys : reprise un peu compliquée, mais je suis confiante pour la suite ! Au programme d'aujourd'hui, du Drago qui se calme :D


Drago fixait la page quotidienne de son double de l'agenda magique…

Cela faisait cinq semaines qu'il s'était réveillé, et il avait l'impression d'évoluer dans un rêve bizarre et sans la moindre logique.

Potter l'aimait.

Il le répétait tellement souvent et sur tous les tons, et à n'importe quelles occasions que les chances qu'il s'agisse d'une blague cruelle dépassaient l'entendement… Et pourtant, Drago avait fini par y croire.

Difficile de faire autrement : Peu importait comment Drago se comportait, il lui laissait absolument tout passer. Il pouvait lui hurler dessus, l'insulter, l'ignorer, le menacer, et Potter lui adressait ce petit sourire misérable – de moins en moins misérable, ceci-dit – hochait la tête, et ne lui tenait rigueur de rien. Et lui répétait qu'il l'aimait.

Il avait arrêté de compter les déclarations, il avait cessé de s'enfuir chaque fois qu'il entendait ces mots avec la sensation indicible que ceux-ci étaient contre-nature. Il se répétait les leçons du Seigneur des Ténèbres : Dans une relation sentimentale, celui qui a le pouvoir est celui qui est aimé. Désormais, il était capable de rester parfaitement immobile et de cracher à Potter de la fermer.

Au début, Drago avait cru qu'il agissait ainsi pour obtenir la pitié et le soutien de ses employés et rappeler à tous qui était le Mangemort et qui était le Héro… Wihelma Vine l'avait détrompé :

« Mais t'es complètement aveugle, c'est pas possible ?! Oublie pas que lui, il a rien oublié, crétin ! »

Lucile également s'était mise de son côté. Un matin, ils l'avaient regardé plonger du ponton et faire le tour de l'île à la nage. Ils avaient marché sur la plage, à son rythme, protégés par le charme de dissimulation de la Selkie.

« C'est drôle que vous ne puissiez pas sentir les émotions de vos congénères… Devoir tout le temps se baser sur les expressions du visage… C'est n'importe quoi…

– Il n'y a pas que le visage. On devine aussi les choses à la voix, à l'attitude… » avait rétorqué Drago en gardant le regard fixé sur le corps glacé qui nageait à quelques mètres de lui.

« C'est pareil : C'est n'importe quoi. Tout le monde est capable de froncer les sourcils et de prendre une grosse voix. » Elle en avait fait la démonstration en prononçant ces mots. « L'odeur, elle, ne ment pas. C'est quand-même plus simple.

– Qu'est-ce qu'il sent, lui ?

– Tu sais bien qu'il empeste le désespoir et le mal d'amour ! »

Drago en avait trébuché dans sa robe, et avait failli tomber la tête la première dans les rochers.

« Pardon ?!

– Non ?! Même ça, à cette puissance-là, vous ne pouvez pas le sentir ?! »

Potter l'aimait, c'était un fait, mais était-il possible que Drago ait réellement pu lui retourner ses sentiments, malgré tout ce qui s'était passé entre eux ?

De plus en plus, il l'espionnait.

Ça avait commencé par ses sourires, qu'il connaissait par cœur désormais. Son emploi du temps avait suivi, même si, à l'époque, Drago ne s'y était intéressé que pour pouvoir plus facilement l'éviter. Son corps aussi : Difficile de faire autrement, puisque cet idiot se fichait quasiment à poil chaque matin pour aller faire trempette dans des eaux dont les températures frôlaient les négatives, et qu'il savait maintenant infestées de requins !

À présent, il était obnubilé par la façon qu'il avait de se déplacer : Le matin, ses épaules étaient toujours plus tendues qu'en fin de journée. Il compensait ça en redressant la tête, mais ça ne trompait personne. Il faisait de grandes enjambées, beaucoup trop longues étant donnée sa taille, et sa cape volait dans son dos comme s'il était sur un terrain de Quidditch. Le soir en revanche, son corps fatigué se détendait : Il adoptait alors une démarche légèrement chaloupée, et roulait des épaules à chaque pas. Il était moins rapide, plus tranquille. Il s'adossait aux murs, s'asseyait les jambes écartées, plantait ses coudes dans ses cuisses.

Sa voix se modifiait : Le matin, c'était les répugnants petits bruits de bouche, les claquements de langues, les légers reniflements et le ton geignard. Le soir, les éclats de rire plus ou moins brefs, rarement honnêtes, souvent accompagnés d'une main passée dans ses cheveux emmêlés, et parfois d'un coup d'œil dans sa direction.

Le sommeil semblait une épreuve pire que la fatigue pour le Survivant.

En début de semaine, quand il revenait de Londres, il était systématiquement abattu. Difficile de croire que les techniques de soin moldues fonctionnaient… Et puis au fur et à mesure que les jours passaient, ça s'améliorait. Et le point d'orgue de sa semaine semblait être cette veille de départ, quand il s'autorisait à lui parler d'un sujet qui n'avait rien à voir avec le travail.

Un grattement sur le papier le tira de ses réflexions. Les mots apparaissaient rapidement, et il savait que c'était parce que Potter avait réfléchi à eux toute la journée, et qu'il les traçait donc sans hésitation :

« Une envie particulière pour demain ? Je connais un Espagnol qui fait des tapas qui »

Drago posa la pointe de sa plume sous sa phrase et écrivit tout aussi rapidement, mais avec une calligraphie bien plus élégante :

« Oui. »

C'était facile d'imaginer Potter, dans son bureau, stoppé dans son élan, immobile. C'était facile, parce qu'on voyait la tâche d'encre qui grossissait légèrement là où sa plume s'était immobilisée. On pouvait même distinguer le léger tremblement. Drago devina le moment exact où il releva le poignet.

Il retourna à la ligne et dressa sa liste :

« – Écorce de Wiggentree,
– Huile de Ricin,
– Extrait de Ravegourde, (ou Ravegourde entière)
– Eau de Léthée, »

Il nota consciencieusement les ingrédients de l'antidote le plus puissant aux philtres d'amour qu'il connaissait. Potter reconnaîtrait probablement la recette, mais ça n'avait pas d'importance : S'il y avait bien un domaine où Drago se sentait capable de le surpasser, c'était bien celui des Potions.

Quand il eut terminé, l'agenda resta inerte quelques secondes, puis de nouveaux mots apparurent. Tracés lentement.

« Ok. Autre-chose ? »

« Non. »

« Et à manger ? »

« Non. »

« Un chaudron ? Une balance ? Un »

« Non. »

Nguyen l'autoriserait à utiliser son matériel. Ils travaillaient ensemble tous les matins. Drago le rejoignait juste après avoir été surveiller le déroulé de la séance de natation quotidienne de Potter.

Puisque la discussion semblait finie, Drago essuya sa plume dans le petit buvard de son encrier et s'apprêtait à refermer l'agenda, mais un léger mouvement attira son attention : De nouveaux mots apparaissaient :

« Va pour les tapas, alors. On n'y est allés que deux fois avec Ron, mais ils étaient »

Drago referma l'ouvrage avec un claquement sec.

Bien qu'il fût seul, il plissa les lèvres pour conserver la maîtrise de son expression.

Potter se permettait, de plus en plus, de rédiger de véritables romans à l'intérêt franchement discutable : À quelle occasion et avec qui il avait découvert tel ou tel restaurant, son plat préféré, la décoration des lieux, le tarif, ce qu'il en pensait, quelques anecdotes sur l'amabilité des serveurs ou sur un plat tombé par terre…

Drago refusait de s'intéresser à tout ça, de lui accorder ce temps-là… Parfois, ses yeux enregistraient quand-même les informations malgré lui. Parfois, un mot retenait son attention, et il se trouvait forcé de lire la phrase entière. Parfois, la phrase manquait de contexte, et il était obligé de se farcir le paragraphe complet.

La première fois, réaliser tout ça l'avait tellement vexé qu'il avait refusé de donner à Potter son « signe de vie quotidien. » C'était la seule et unique fois où il était revenu dans son couloir et où il s'était énervé.

Comme un gosse, il avait attendu qu'il fut précisément 23h59 avant de faire le déplacement. Le grincement de la porte avait réveillé Drago en sursaut. Il s'était enveloppé de sa couette, était sorti de son lit d'un bond, avait saisi la baguette chinoise cachée sous l'oreiller et l'avait serrée à s'en faire mal aux doigts. La silhouette devant la grille, le Lumos reconnaissable entre mille, l'avaient fait hurler.

« TU N'AS RIEN À FAIRE ICI ! DÉGAGE !

– Tu rigoles ?! Tu trouves que j'exagère, là ?! Un seul putain de signe de vie par jour, c'est trop te demander ?!

– CASSE-TOI !

– Ça fait des heures que j'attends, comme un con devant une putain de page blanche ! Je suis patient, Malfoy ! Je fais des efforts ! »

Ça avait été si bon de l'entendre à nouveau prononcer son nom de famille… Voir son expression choquée en le réalisant avait été encore meilleur. Potter s'était tu, avait fermé les yeux, la poitrine agitée de grandes respirations haletantes. Et puis il avait levé la main vers sa pomme d'Adam. Drago avait fixé son mouvement des yeux, hypnotisé, prés à réagir au moindre signe suspect, à la moindre once de magie qui apparaîtrait.

Potter avait soupiré.

« Un mot par jour, Drago. Je demande pas grand-chose. Pour me rassurer.

– Et bien je suis toujours en vie. Rassuré ? »

Il n'avait pas répondu tout de suite, et son Lumos avait lentement décliné.

« Est-ce-que ça va ? »

Drago n'avait pas répondu. Rien ne l'y obligeait.

« Pourquoi tu ne m'as rien écrit ? Rien envoyer à signer ? »

Pas plus de réaction : Il n'avait rien eut à écrire, et aucun document à signer à lui transmettre. Ça avait été une journée tranquille jusque-là.

« Okay, comme tu veux. Bonne nuit, Drago. »

Là, il avait failli répondre. Il aurait aimé lui dire tout ce qu'il pensait de ses invitations à bien dormir après être venu le réveiller en panique, quasiment nu, quasiment désarmé.

« Je t'aime.

– Ne reviens pas dans mon couloir. »

Le Lumos avait faibli au point que son visage était invisible dans les ombres. Même le verre de ses lunettes ne brillait plus. Drago avait pourtant senti son regard sur lui.

Potter n'avait plus jamais mis les pieds dans ce couloir : À partir de cette nuit-là, ses offrandes hebdomadaires de repas l'attendaient dans son bureau. Drago avait songé à la cape d'invisibilité de Potter et avait lancé tout un tas de sort de détection de présence et d'alarme sur chacune des portes et devant sa grille. Ils n'avaient jamais été déclenchés. Il avait songé à quel point Potter était plus doué que lui dans ce domaine-là, et avait disposé de minuscules tas de sel que n'importe quelle cape aurait fait s'envoler. Ils n'avaient pas bougé.

Potter continuait à obéir. A le respecter.

·

Et puis ils se mirent véritablement à parler.

L'agenda était ouvert à la page du jour. À gauche, le sac du restaurant espagnol décoré d'un matador menaçant qui faisait valser sa cape. À droite, celui des ingrédients pour potion qu'il avait demandés.

Drago soupira et relut pour la troisième fois les mots sur la page :

« Dis-moi quand je peux passer te voir. »

Les choses auraient été plus faciles si Potter avait été moins convaincant. Et moins déterminé. Et moins soumis. Et si ce n'avait pas été Potter.

Il trempa sa plume dans l'encrier, en essuya le surplus sur le rebord, et hésita à nouveau en s'accordant une quatrième relecture…

Il était un peu plus de midi. Avec un peu de chance, Potter était à table avec les autres. Il verrait le message trop tard et ne pourrait s'en prendre qu'à lui-même. Il se mordilla les lèvres, et avant de changer d'avis, écrivit à tout vitesse :

« Maintenant. » Puis, puisque le message manquait de précision, il ajouta : « Avant manger. »

Il relâcha son souffle, vérifia l'heure sur la pendule qu'il avait dégottée dans un grenier et ramenée dans son bureau. Presque trente minutes de perdues à hésiter. Il farfouilla dans le sac du restaurant moldu, et tria les plats en mettant d'un côté les mets dont les albatros pourraient le délester et qu'il déposa sur le rebord de la fenêtre, et de l'autre ceux qui échoueraient dans le frigo des Surveillants. Un bruit léger lui fit de nouveau observer la page de l'agenda :

« J'arrive. »

Il lâcha un juron, referma la fenêtre et n'avait pas encore eu le temps de cacher le reste qu'on cognait à la porte. Il ne fermait plus le verrou que lorsqu'il se sentait particulièrement fébrile, et ne l'avait pas fait ce jour-là. Il le regretta amèrement, puisque Potter entra sans attendre son autorisation, et s'avança d'une démarche hésitante et tordue.

Drago retint un commentaire sardonique et s'assit dans son fauteuil, avant d'interroger Potter :

« Je t'écoute ?

– Ça va ? »

Il détourna le regard et attendit.

« Écoute, t'avais rien précisé, alors je me suis permis de poser des questions à l'apothicaire sur les ingrédients que tu m'as demandés, là… »

Il avait prononcé sa phrase avec le ton de l'enfant qui ne sait pas trop s'il va recevoir une correction. Du coin de l'œil, Drago le voyait se pencher et se tordre pour accrocher son regard. Après un temps de silence, il reprit :

« Est-ce que tu veux utiliser cette potion en préventif pour pouvoir gouter à la bouffe, ou est-ce que tes sentiments commencent tout doucement à revenir ? »

C'était cette façon qu'il avait de présenter les faits comme évidents ! La moindre des choses aurait été d'évoquer des sentiments qui commenceraient tout doucement à apparaitre !

Le silence risquait de lui donner de faux espoirs, alors Drago répondit :

« En préventif.

– Ah. Tant pis. Enfin, tant mieux. Enfin, c'est pas plus mal. Mais tu te doutes que je te laisserais pas distribuer la bouffe à tout le monde si je l'empoisonnais vraiment, non ? »

Drago haussa les épaules.

« Ok, bon, je… Enfin, comme d'hab', quoi : J'espérais que…

– Qu'est-ce qui te fait croire que j'étais sincère, Potter ? abandonna finalement Drago. Je t'avais dit… Je me souviens t'avoir dit que je jouerai la comédie. Pour que tu ne te lasses pas. Peut-être… Peut-être que c'est ça qui me plaisait ? Savoir que j'étais capable de te tromper ? De te manipuler ? De te voir obéir et m'octroyer… tout ça ? »

Potter ne répondit pas, et Drago, mal à l'aise, le regarda. Il ne l'avait jamais vu avec ce genre d'expression, ou en tout cas, ne s'en souvenait pas.

« C'est à cause des sourires que t'avais. »