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Notes : Je cauchemarde en Anglais, je parle avec mon chéri en Anglais, et je regarde les films et séries en Anglais, donc : pour mes histoires ici, j'essaye de traduire comme je peux, mais parfois la version originale est mieux. Désolée.

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7/ Spooky Blue

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"At times I almost dream

I too have spent a life the sages' way,

And tread once more familiar paths. Perchance

I perished in an arrogant self-reliance

Ages ago; and in that act a prayer

For one more chance went up so earnest, so

Instinct with better light let in by death,

That life was blotted out — not so completely

But scattered wrecks enough of it remain,

Dim memories, as now, when once more seems

The goal in sight again."

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Dans un bâtiment perdu, au milieu d'un village abandonné...

2 Juin 2011 :

Non...

Je suis de retour.

Encore une fois, je retrouve cette chambre bleue, dans cet appartement du quatrième étage sans ascenseur.

Je suis à nouveau en 2011, emporté par mes TSPT.

Mais, cette fois-ci, je ne suis pas seule...

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J'ai toujours mes longs cheveux châtains, noués en une imposante tresse qui cascade dans mon dos jusqu'à mes hanches. Ma peau pâle parsemée de grains de beauté comme des millions d'étoiles, mes iris de la couleur du bois polis et je porte un étrange pyjama. Cela ressemble à une tenue d'hôpital psychiatrique : une brassière blanche, un ample T-shirt dans lequel ma très fine, maigre, silhouette semble flotter, un pantalon tout aussi blanc que le reste et je suis nu-pieds.

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La nuit a enveloppé le village abandonné et une couverture d'astres rutilants illuminait le ciel sombre. La lune brillait, haute, dans l'espace infini.

Néanmoins, dans l'appartement du quatrième étage sans ascenseur, je ne pouvais pas quitter ma chambre bleue.

Ma "cellule", comme je l'appelais en 2011.

Une salle austère, à la tapisserie bleue, avec un lit cassé qui ne tenait que grâce à des montagnes de livres sous les lattes brisées, et une épaisse couette, bleue, comme le reste. Des coussins bleus, et une grosse lampe bleue reposaient sur une table de nuit en bois clair. Mon bureau, foncé, se trouvait dans un coin, avec une chaise bleue. Une armoire également en bois contenait des couvertures bleues, ainsi qu'une étagère de la même matière, remplie de grimoires, d'ouvrages et autres encyclopédies qui m'aidaient à survivre durant mes longues journées d'ennuis et de dissociations.

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Il était tard et, malgré l'heure avancée de cette nuit-là, une fête en bas de l'immeuble propageait un son strident de musiques horribles. Non, ce n'était pas de la "musique", juste du bruit. Mes volets étaient encore ouverts, je pouvais donc voir quatre étages plus bas des groupes de gens réalisant leur meilleur tapage nocturne, une débauche qui mélangeait des chansons perçantes et des torches enflammées qui bougeaient tels des feux-follets dans la nuit étoilée. Et, au milieu de cette cacophonie assourdissante, les hurlements des hooligans recouvraient presque leurs musiques insupportables.

Du bruit, du bruit et toujours plus de bruit.

La routine.

Avec appréhension, j'ai ouvert ma fenêtre pour pouvoir fermer mes volets.

Je n'ouvrais jamais mes fenêtres. Déjà, parce que je n'aimais pas le soleil, je préférais vivre dans le noir, mais surtout à cause des bestioles qui entraient dans ma chambre bleue.

Mon arachnophobie paranoïaque et mon entomophobie aigüe m'empêchaient de toucher aux fenêtres, par peur constante que des insectes rentrent dans ma chambre bleue.

Néanmoins, avec le tapage en bas de l'immeuble, je n'avais pas d'autres choix que de prier, puis de prendre mon courage à deux mains pour ouvrir la fenêtre et rapidement fermer les volets. C'était une torture à condamner, les crochets rouillés me donnaient toujours du mal à parfaitement bien clôturer les volets ensemble.

Une fois fait, je m'apprêtais à partir dormir sur mon lit cassé, lorsqu'une tache noire au plafond me fit sursauter. J'ai très vite allumé la lumière de la salle pour découvrir, avec horreur, qu'une énorme araignée se tenait là, suspendu par une toile invisible.

Shiiiiiiiiiiiiiiiiit...

Aussi rapidement que possible, j'ai clopiné, sans ma canne, jusque dans le couloir à la droite de ma chambre bleue et j'ai attrapé l'aspirateur. Avec douleur, je suis retournée dans ma "cellule" et j'ai commencé à chasser.

D'abord une araignée.

Puis une seconde.

Puis une troisième.

(Cette chasse quotidienne est en réalité ma vie, en Irlande. Je passe mon temps à toujours tout surveiller pour aspirer les araignées et autres horribles bestioles.).

Je tremblais jusqu'au plus profond de mes os, mais j'ai continué ainsi jusqu'à la fin de ma chasse nocturne.

Je comptais enfin m'allonger sur mon lit, lorsque j'ai senti les premières secousses.

Un tremblement de terre ?

Nope...

Non.

Les casseurs en bas de l'immeuble continuaient de hurler sous la lune et ils commençaient même à frapper le bâtiment dans lequel je me trouvais. Un HLM de mauvaise qualité, qui se mit à tanguer sous les coups incessants de centaines de vandales. J'avais l'impression de me trouver sur un navire en pleine tempête au milieu de l'océan bleu.

Mais les surprises crépusculaires ne s'arrêtèrent pas là.

Puisque, soudain, trois "toc toc toc" retentirent sur la porte d'entrée.

Sans ma canne, je me suis retenue aux murs pour clopiner jusqu'à l'épais battant en bois. En l'ouvrant, je fus heureuse de découvrir l'Agent Dana Scully et surtout, l'Agent Fox Mulder...

Une bonne nouvelle au milieu de l'Apocalypse...

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"...And everything he sees is just blue,

Like him inside and outside.

Blue his house,

With a blue little window,

And a blue corvette,

And everything is blue for him..."

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Dana Scully portait un tailleur couleur parchemin, parfaitement bien coupé, avec un pantalon et des chaussures à talons. Dans sa main droite, elle tenait fermement une mallette en métal. Ses courts cheveux roux étaient presque assortis à son rouge à lèvres carmin.

Fox Mulder, fidèle à lui-même, portait un ample costume sombre, une chemise blanche, une cravate brune à motifs et une veste aussi sombre que ses cheveux parfaitement bien coiffés. Ses yeux céruléens ressortaient dans la noirceur du couloir.

Ils entrèrent en refermant la porte derrière eux.

- Alisone ? Est-ce que tout va bien ? s'inquiéta Mulder, comme à son habitude.

Dana s'approcha de moi :

- Alisone... Tu saignes...

De quoi ?

Épuisée, j'ai frotté mes yeux de ma main gauche et un liquide poisseux s'accrocha à mes doigts tremblants. En jetant un coup d'œil sur ce qui collait à mes phalanges, je compris que c'était du sang.

Et que c'était le mien.

J'allais de nouveau toucher la plaie sur ma tempe, lorsque Scully m'arrêta dans mon élan, retenant mon bras, tout en m'expliquant :

- Non, ne touche pas ta plaie, tu risques de l'infecter. Laisse-moi te soigner.

Perdue, je me suis laissé guider par mes collègues. Mulder me retenait par la taille pour m'entraîner jusqu'à ma chambre, en me servant de béquille. Une fois dans la chambre bleue, Scully ouvrit la mallette qu'elle tenait, c'était en fait un kit de premier secours.

Mulder s'assit à côté de moi sur le bord de mon lit, tandis que Scully prit place sur la chaise pour la glisser en face de moi et commencer ses premiers soins.

Après désinfection de la plaie, elle sortit de quoi faire des sutures pour recoudre ma blessure. Durant ces longues minutes, la fête continuait de battre son plein en bas de l'immeuble et les secousses empiraient.

- What the Hell ? maugréa Mulder.

En serrant les dents pour contenir ma douleur, je maugréais :

- Juste des casseurs qui foutent le bordel en bas. Rien d'inhabituel. Malheureusement.

Une fois sa couture terminée, Dana couvrit ma plaie d'un sparadrap blanc.

Les tremblements reprirent avec plus d'intensité encore. Les vibrations qui passaient à travers les murs faisaient un bruit aussi assourdissant que l'horrible "musique" qui résonnait en bas du bâtiment.

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Je me suis levée pour clopiner vers la fenêtre, mais les secousses me firent à nouveau tomber... directement dans les bras de Mulder, à côté de moi.

- Oh, sorry, Fox...

Il ricana, en lâchant, avec sérieux :

- Nope. I even made my parents call me "Mulder", so...

Blasé, je répliquais :

- All right, "Mulder".

Scully ouvrit les volets de ma chambre pour découvrir le boucan qui venait du quartier en bas de l'immeuble. Les flammes montaient de plus en plus haut vers le ciel étoilé.

- Nous devrions partir. Je ne suis pas sûr que les murs du bâtiment puissent tenir le coup bien longtemps.

J'acquiesçais.

- Je suis d'accord.

Je voulais jeter quelques vêtements et quelques livres dans un sac en toile pour partir dormir chez ma grand-mère, mais les secousses étaient si violentes, que je compris que je n'aurais jamais le temps de préparer un sac. Nous devions partir rapidement.

De suite.

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Nous avons essayé de marcher dans le long couloir, mais tout tanguait d'une façon si extrême qu'il nous était difficile de rester debout. C'était réellement comme marcher sur le pont d'un bateau en plein milieu d'une violente tempête. Les murs vibraient de plus en plus, et quelques fissures commencèrent à apparaître le long de la tapisserie du corridor.

Nous devions descendre les quatre étages avant que tout ne s'effondre sur nous. La secousse suivante fut si violente qu'elle nous heurta brutalement contre un des murs. J'ai pu ramper jusqu'à la cuisine, à côté de la porte d'entrée, pour voir par la fenêtre encore ouverte les dégâts de la destruction sur l'immeuble.

Malheureusement...

Le pire arriva...

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"I have a blue house,

With a blue window,

Blue is the colour of all that I wear,

Blue are the streets,

And all the trees are too,

I have a girlfriend and she is so blue,

Blue are the people here,

That walk around,

Blue like my corvette its in and outside,

Blue are the words I say,

And what I think,

Blue are the feelings,

That live inside me."

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J'étais seule dans la cuisine, devant la fenêtre grande ouverte, et je voyais le sol se rapprocher de plus en plus de moi. Les bases de l'immeuble venaient de céder et l'HLM s'effondrait sur lui-même.

Tout semblait comme se passer au ralenti. La fraîcheur de la nuit entra dans la salle.

Les lumières des feux illuminaient le quartier vers le sol.

Le sol qui se rapprochait encore et encore, à mesure que le bâtiment tombait.

J'ai entendu Mulder et Scully hurler derrière moi, dans le couloir.

Puis, tout est devenu noir.

Aussi noir qu'une nuit sans étoile.

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Je me suis mise à tousser.

Tousser à m'en arracher les poumons.

Une épaisse fumée noire entrait dans ma gorge, contre ma volonté, et m'empêchait de respirer correctement. J'ai rampé hors des débris. Je sentais des roches effritées sous mes doigts, se mélangeant à la terre du sol. La lumière des feux éclairait à peine mon corps, la lueur passait difficilement à travers le brouillard de l'éboulement.

Avec une douleur indescriptible, je me suis relevée et je me suis retournée.

Mon cœur rata un battement.

L'immeuble entier était détruit, écrasé sur lui-même.

Une silhouette sortit des débris, tel un fantôme en plein Apocalypse.

- Scully ?!

Elle s'approcha de moi, couverte de sang et de poussière.

Mon ventre se noua.

- Où... Où est Mulder ? demandais-je, la voix brisée.

Elle s'arrêta net.

Puis se tourna vers les décombres...

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Sans réfléchir, j'ai commencé à escalader les gravas, malgré le sang qui perçait mes pieds nus, malgré mon bras probablement brisé par l'impact.

La lune et les étoiles me montrèrent le chemin, jusqu'à un coin au sommet des rochers, de la carcasse noire qui propageait une fumée de cendre.

À bout de souffle, et même si mes yeux étaient remplis de poussière, j'ai cherché parmi la démolition pour trouver... une main.

Une main qui sortait d'un amas de pierres détruites.

Mulder.

Je me suis accroupie pour rapidement bouger les gravas autour de lui et enfin le déterrer. Il était dans un état aussi pitoyable que Scully et moi.

Pire, en réalité.

Ses vêtements étaient déchirés, sa peau couverte de poussière noire et des plaies saignantes donnaient la seule touche de couleur vive au milieu de cette sombre scène.

J'ai pris son pouls au niveau de sa nuque.

Son cœur battait encore.

Je le sentais.

Faiblement.

Sous mes doigts.

Un, deux, trois, quatre.

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Tandis que Scully cherchait d'autres survivants parmi les décombres, je m'occupais de Mulder, essayant de le réveiller.

Cependant, ses yeux restèrent clos, mais son cœur luttait fortement dans sa poitrine.

- Come on, Mulder. Don't die on me. Please...

J'ai commencé à pleurer.

Les larmes qui coulaient le long de mes joues lavaient mon visage poussiéreux.

J'ai caressé le visage de l'Agent, en suppliant, encore et encore.

- Mulder, pitié... Ne meurs pas. Pas comme ça. Pas à cause de moi. Pas à cause de mes TSPT. Pas en 2011. Laisse-moi nous ramener en 1995. Please...

J'ai essayé de le réveiller à nouveau, de le secouer pour le ramener à moi.

- Mulder... Please... Stay... Ne laisse pas mes troubles tuer une autre personne... Nevermore...

Ce Monde étrangement bleu est devenu horriblement noir...

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Drogheda - Ireland.

2 Juin 2024 :

Je me suis réveillée en sursaut, au milieu de la nuit. Je crois qu'il était 2h du matin, quelque chose comme ça. Mon cœur battait la chamade et j'avais les larmes aux yeux.

Mais j'étais épuisée.

Dead.

Je me suis vite rendormie, et j'ai fait un autre cauchemar.

Un que je vais écrire dans mon carnet.

Puis, je me suis réveillée à 4h30. Je me suis souvenue de Mulder.

J'ai ensuite somnolé jusqu'à 5h15 et, avant qu'une crise d'angoisse ne m'emporte, je me suis levée à 5h35.

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PS 1 : L'immeuble qui a créé mes TSPT a réellement été détruit, il y a deux ans de ça. Malgré la preuve de la destruction grâce à des photos, mon cerveau ne veut toujours pas assimiler cette vérité. Mes troubles m'y ramènent donc toutes les nuits.

Crénom...

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PS 2 : Hier soir, j'ai continué la saison 4 de X-Files et l'épisode 5 : "The Field Where I Died" m'a DÉTRUIT !

Non, il n'y a pas de monstres dégueulasses, non il n'y a pas d'humour hilarant, non, il n'est pas gore ou dark. Juste... Je ne sais pas, ça m'a tué... Ça m'a épuisé, mentalement. Je n'ai pas vu le temps passer, je me sentais en apnée, fatiguée, tellement c'était prenant et que ça m'a retourné le cerveau. Le poème au début de mon histoire vient justement de cet épisode...

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02.06.2024

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