Harry avait reçu le tapis et l'avait installé dans sa chambre, près de son lit. Quand il se levait le matin, il pouvait poser ses pieds sur le tissu doux et chaud que Drago avait tissé. Il aimait cette idée. Il avait envie d'avoir davantage que le tapis de Drago chez lui, il voulait Drago lui-même. Il avait l'impression qu'il n'avait pas autant désiré quoi que ce soit depuis bien longtemps et maintenant qu'il ressentait à nouveau ce besoin et cette faim de vivre, il ne voulait pas les perdre. Harry avait donc proposé à Drago de venir dîner, pour lui montrer le tapis et surtout, pour être avec lui.

Drago arriva à l'heure, avec une bouteille d'excellent vin que Harry prit avec plaisir. Harry l'invitait à chaque fois et avait acheté un de ses tapis, il pouvait bien le remercier, expliqua Drago en souriant. Harry lui rendit son sourire. Ils se racontèrent leur journée en traversant le salon. Harry était heureux et faisait des efforts pour ne pas trop fixer Drago, il ne voulait pas avoir l'air bizarre ou ridicule. Il était tendu aussi, un peu nerveux. Il avait envie d'accélérer les choses, de toucher Drago, de lui dire ce qu'il ressentait mais ça lui faisait peur, évidemment.

Kreattur vint prendre la bouteille de vin et assura qu'ils la boiraient durant le repas. Harry regarda son elfe en essayant de dissimuler son agacement. Sa présence l'embêtait, parfois. Harry aurait préféré être seul avec Drago, s'occuper du repas et du vin lui-même. Il n'avait pas besoin d'un domestique, il le savait parfaitement et ça lui tapait sur les nerfs. Il était d'accord avec Hermione, au fond, il n'aimait pas ça et il trouvait ça ridicule. Oui, en toute franchise, quand il rentrait tard ou qu'il était plongé dans une enquête difficile, il était bien content de rentrer et de trouver un bon repas tout prêt qui l'attendait. Mais le plus souvent, il trouvait cela gênant. Ce soir aussi, tout particulièrement. Il n'avait pas envie que Kreattur les serve et tourne autour d'eux. Il ne savait toutefois pas comment le dire sans blesser l'elfe.

Peut-être que Drago ressentit la même chose car il se tourna vers Harry.

- Alors, ce tapis ? demanda-t-il. Tu me le montres ?

Harry hocha la tête et marcha vers l'escalier. C'était étrange et grisant de sentir la présence de Drago dans son dos. Il ne l'avait jamais emmené en haut, dans les chambres. Harry tenta de chasser les pensées déplacées qui menaçaient de l'envahir et ouvrit la porte de sa chambre. Il y fit entrer Drago, nerveux. Ce dernier observa la pièce avec attention et curiosité. Il promena son regard sur les meubles, sur le lustre, le sol et le lit.

- C'était la chambre de Sirius, dit Harry pour dire quelque chose.

- Je pensais bien que tu choisirais celle-là.

- Ce n'est pas la plus belle ou la plus grande mais je ne m'imaginais pas ailleurs.

- Je comprends.

Drago fit quelques pas dans la pièce et s'arrêta devant le tapis. Il le fixa un instant et Harry fut incapable de déterminer ce qu'il ressentait. Était-il fier de voir son travail ici ? Embarrassé ? Regrettait-il que Harry ait installé une de ses œuvres dans sa chambre ? Harry s'approcha et s'immobilisa à côté de lui.

- Tu avais raison, commenta enfin Drago. Il va très bien dans ta chambre.

Il se sentait ému, même s'il n'en montrait rien. Il savait maintenant qu'il n'y aurait jamais de tapisserie à lui accrochée à Poudlard et qu'il ne tisserait sans doute plus jamais. Quand il aurait tué Kyle, il fuirait le pays et il n'irait plus jamais travailler pour Robert Howe. Ça le rendait un peu triste mais ça ne l'empêcherait certainement pas de tuer Kyle. Il était donc heureux et soulagé de savoir qu'une de ses œuvres, au moins, vieillirait chez Harry. C'était étrangement apaisant comme idée.

- Oui, admit Harry. Tout bien réfléchi, j'aurais aussi pu prendre une tapisserie pour recouvrir celle avec l'arbre généalogique de ta famille, peut-être que ça aurait fonctionné.

Ils plaisantèrent un instant, imaginant ce que Walburga Black aurait pu dire. Ça avait été un enfer de retirer son portrait et c'était ce que Harry avait fait en priorité. Drago rit, à moitié amusé et à moitié horrifié par le caractère de sa grand-tante. Quelle famille, décidément.

Ils se turent un instant et observèrent le tapis une dernière fois. Harry se tourna vers Drago et détailla son profil, ses cheveux blonds et courts, son nez pointu, ses joues rasées. Drago se tourna vers lui à son tour et lui rendit son regard. Il y eu quelques secondes de flottement durant lesquelles Harry sentit son cœur s'accélérer dangereusement. Il fit un mouvement imperceptible vers Drago mais n'alla pas jusqu'au bout. Et si Drago le repoussait ? Et si Drago ne voulait pas ? Harry se détourna en rougissant et s'éloigna du tapis.

- Retournons au salon, suggéra-t-il. Kreattur a sûrement…

Il tressaillit en sentant la main de Drago se refermer sur son bras et l'arrêter. Harry se retourna et lui jeta un regard surpris. Les joues de Drago avaient rosi.

- Ce que tu voulais faire, à l'instant… Fais-le.

Harry aurait pu s'offusquer de recevoir un ordre mais cet ordre signifiait quelque chose qui l'excitait beaucoup trop. Il se rapprocha de Drago et se pencha vers lui pour poser ses lèvres sur les siennes. Il fut rassuré de voir que Drago lui rendait immédiatement son baiser et ouvrait la bouche à son contact. Enhardi, Harry prit le visage de Drago entre ses mains et l'attira davantage vers lui. Il cessa de penser, de douter et d'avoir peur. Le corps de Drago était chaud contre le sien, les lèvres de Drago contre les siennes l'excitaient et la langue de Drago caressait la sienne. C'était bon, il ne voulait plus le lâcher.

Harry se tendit en sentant les mains de Drago se poser dans son dos, puis sur ses hanches. Les doigts de Drago accrochèrent son pull une seconde puis le relevèrent pour se glisser en dessous. Les mains de Drago sur sa peau arrachèrent un soupir à Harry. Drago l'aspira, reprit son souffle, embrassa à nouveau Harry. Sans trop savoir ce qu'il faisait, Harry suivit Drago quand ce dernier l'attira vers son lit. Il y poussa doucement Drago qui s'allongea obligeamment et le regarda venir sur lui. Harry eut une pensée déplaisante, voulut la rejeter, n'y parvint pas et s'immobilisa. Il fixa Drago, le souffle court.

- Tu es sûr ? Demanda-t-il.

Drago ouvrit la bouche mais fut incapable de répondre. Au lieu de ça, il se redressa, posa ses lèvres dans le cou de Harry et attrapa son pull pour le lui enlever. Harry prit ça pour un oui. Il se laissa déshabiller jusqu'à ce qu'il soit torse nu puis il déboutonna à son tour la chemise de Drago. Il fit glisser ses doigts sur la peau pâle de Drago, sur son ventre et sur son torse qui se contractaient à son toucher. Il se pencha, l'embrassa avidement et se serra contre lui.

Il fut heureux de constater que Drago était aussi dur que lui et il se redressa. D'un geste fébrile, il défit leurs ceintures et leurs pantalons. Harry sentit nettement le frisson de Drago quand il referma sa main autour de son sexe pour le caresser. Il vit sa respiration s'accélérer et ses joues rosir davantage. C'était sidérant de voir Drago comme ça, sous ses mains, ça rendait Harry un peu fou, sa poitrine menaçait d'exploser. Il ne savait pas vraiment ce qu'il faisait, il laissait parler son corps et ses intuitions. Il retira sa main et fit glisser son sexe contre celui de Drago. La caresse les fit soupirer tous les deux. C'était la première fois que Harry sentait un autre pénis contre le sien, c'était grisant et terriblement excitant. Il se pencha au-dessus de Drago, l'embrassa tout en continuant à se frotter contre lui. Drago passa ses mains dans les cheveux de Harry, s'y accrocha, releva légèrement les hanches pour venir à sa rencontre. Leur respiration devint anarchique et se changea en halètements impatients.

A contre-cœur, Harry abandonna la bouche de Drago pour se redresser un peu. Il prit leurs sexes entre ses deux mains et les masturba ensemble, en regardant les joues rouges de Drago et ses cheveux défaits. Ils soupirèrent à l'unisson, sentant le plaisir monter inexorablement. Tout était parfait et exaltant, Harry était exactement là où il devait être. La perfection se brisa d'un coup quand il aperçut les larmes sur les joues de Drago et il s'immobilisa brutalement pour l'observer avec angoisse.

- Drago… souffla-t-il.

Drago agrippa ses cheveux à nouveau et se serra contre lui.

- Ne fais pas attention, continue, ordonna-t-il.

Harry obéit, les caressa encore quelques secondes puis il s'arrêta et retira sa main. Il regarda Drago d'un air attristé.

- Désolé, dit-il. Mais ça ne m'excite pas vraiment de te voir pleurer.

Une autre différence avec Kyle, songea Drago en posant ses mains sur son visage pour se cacher. Il aurait donné n'importe quoi pour ne pas se mettre à sangloter comme il le fit mais il ne pouvait pas s'en empêcher. C'était trop dur et trop bon à la fois, c'était insupportable. Harry s'éloigna et vint s'allonger à côté de lui. Il ne savait pas quoi faire pour aider Drago. Il devinait pourquoi il pleurait et en même temps, il n'en savait rien. Il n'osait plus le toucher, il n'osait même plus parler. La souffrance de Drago était trop importante et trop terrible, il se sentait incompétent à la soulager et surtout, totalement illégitime à essayer.

Drago roula sur le côté pour se rapprocher de Harry et posa son visage contre son torse. Son visage toujours caché par ses mains. Harry sortit de sa torpeur et le serra dans ses bras, sentant que c'était ce que voulait Drago. Ils restèrent un moment ainsi, sans parler et sans bouger. Drago parla le premier, d'une voix éraillée.

- Pardon. Je ne voulais pas que ça se passe comme ça, je pensais vraiment que j'y arriverais.

- Pas besoin de t'excuser, assura Harry.

- Je n'ai jamais couché avec personne à part avec Kyle, dit Drago avec un mélange de désespoir et de hargne. Je ne sais même pas ce que ça fait de faire l'amour avec quelqu'un. Tout le monde a l'air de penser que c'est bon et merveilleux mais pour moi, c'était simplement douloureux et terrifiant. Alors je voulais savoir… Et avec toi, ce n'est pas du tout comme avec Kyle, c'était bon et ça me donnait envie de… J'étais tellement soulagé que ce soit bon et ça me fait tellement mal en même temps que je…

Harry le serra plus fort. Il était quand même un peu rassuré de savoir que Drago avait trouvé ça bon avec lui et qu'il ne l'avait pas blessé.

- Je crois que je comprends, répondit Harry.

- J'ai tout gâché, désolé.

- Non, rien n'est gâché. Nous pourrons réessayer, jusqu'à ce que ça ne fasse plus mal.

Drago hocha la tête et retira ses mains. Mon dieu, qu'il était pathétique à pleurer de cette manière dans les bras de Harry. Il espéra de tout cœur qu'il ne flancherait pas devant Kyle au moment fatidique. S'il se mettait à pleurer devant lui comme ça, autant qu'il se suicide pour de bon. Mais au fond de lui, il devinait qu'il ne flancherait pas. D'une certaine manière, la haine de Drago venait encore de monter d'un cran. Il essuya ses larmes contre le torse de Harry, Harry qu'il comptait trahir comme une merde dans exactement quinze jours et serra les dents pour contrôler sa rage.

- Moi non plus, je n'ai jamais couché avec personne, avoua Harry.

Drago desserra les dents et leva les yeux vers lui, un peu étonné.

- Ah bon, vraiment ? Pas même avec Ginny Weasley ?

- Non.

Drago en ressentit une satisfaction malsaine.

- Je ne pensais pas que j'apprendrais ça avec toi, conclut Harry. Mais de toute façon, ma vie n'a jamais été comme je l'imaginais.

Drago eut un rire léger, un peu amer.

- Je ne le pensais pas non plus. Ma vie non plus n'est pas vraiment comme je l'imaginais.

Harry ne répondit pas et attendit en silence de voir ce que Drago voulait. Ils pouvaient redescendre et aller dîner, ils pouvaient rester là. Harry s'en moquait complètement tant qu'ils étaient ensemble. Drago avait arrêté de pleurer et semblait vouloir reprendre des forces avant de se lever. Harry le garda contre lui, méditant ce que Drago avait dit. Il ressentait une haine étouffante pour Kyle Long, il n'osait imaginer ce que Drago ressentait, lui. Ça devait lui brûler les tripes.

Drago resta allongé contre Harry en se maudissant un peu plus à chaque seconde. En maudissant Kyle aussi, qui le faisait pleurer comme un enfant alors qu'il voulait faire l'amour comme un homme. Qu'il crève. Pourtant, malgré sa haine de Kyle et sa haine de lui-même, Drago ne pouvait s'empêcher de ressentir la douceur du moment. Le parfum de Harry ne lui donnait pas la nausée et le corps de Harry sur le sien ne le terrorisait pas. Il n'était pas lourd et menaçant comme celui de Kyle.

Drago leva les yeux vers Harry et observa son visage sans se cacher. Les lunettes de Harry le gênaient et il les lui retira doucement. Il fit passer ses doigts sur la barbe de Harry, qu'il avait rasée et affinée depuis le match de Quidditch. Il pouvait lire la douceur, l'inquiétude, l'amour et le désir dans les yeux verts de Harry et il peinait à y croire. Harry devait être aveugle ou bien fou pour l'aimer de cette manière. Mais Drago devait être fou bien plus encore pour désirer cet amour. Il embrassa doucement les lèvres de Harry et ferma les yeux quand l'autre lui rendit son baiser. Harry le fit lentement, comme s'il voulait goûter chaque seconde et chaque sensation. Les caresses des lèvres de Harry, la chaleur de sa langue, Drago s'en imprégna. Rien dans sa vie ne l'avait autant excité que ça. Il se recula un peu et observa Harry qui attendait patiemment, l'air prêt à faire tout ce que Drago exigerait.

- Kyle ne m'embrassait jamais, déclara Drago.

Cette idée le rendit presque heureux et il embrassa Harry à nouveau. Il se redressa, s'assit sur Harry et s'accrocha à ses cheveux pour l'embrasser comme un perdu. Ça au moins, ça lui appartenait, Kyle n'y pourrait rien. Il ne gâcherait pas tout. Le temps s'arrêta et Drago ne pensa plus à rien d'autre qu'à la sensation du baiser, la chaleur du corps de Harry sous le sien, ses cheveux sous ses doigts. Ce fut quand Harry soupira plus fort que Drago se rendit compte qu'il se frottait contre lui depuis sans doute un bon moment déjà. Ils étaient durs à nouveau. Ça plaisait à Drago de savoir que Harry bandait pour lui. Ils étaient déjà à moitié déshabillés et ce ne fut pas difficile pour Drago de toucher le sexe de Harry. Toujours assis à califourchon sur lui, dans une position dominante qui le rassurait un peu, Drago les caressa comme Harry l'avait fait un peu plus tôt. Cette fois-ci, il n'avait pas envie de pleurer, il avait envie de jouir, il voulait savoir ce que ça faisait de jouir avec quelqu'un. Il écouta les halètements de Harry, il lui fut éperdument reconnaissant de ne pas bouger et de se laisser faire. Il frissonna de plaisir quand Harry éjacula dans ses mains, comme une victoire dont il avait besoin puis il gémit quand il jouit à son tour. Il resta assis là, les yeux baissés sur Harry, haletant, avec leur sperme sur ses doigts. Il ne savait plus s'il avait envie de rire, de pleurer ou de hurler mais il savait que ce qu'il venait de vivre n'avait rien à voir avec ce que Kyle lui faisait.

Avant qu'il soit submergé par trop d'émotions et qu'il se mette à rire, à pleurer et à hurler en même temps, Harry s'appuya sur le matelas pour se redresser et l'embrassa désespérément. Drago ferma les yeux et se laissa faire. Peut-être qu'il avait envie de ça, surtout.

Quand ils se séparèrent enfin, Drago sourit, dans un état un peu second.

- J'ai faim, dit-il avec enthousiasme.

Ils allèrent dîner et gouter le vin que Drago avait apporté. Harry évitait le regard de Kreattur, il se demandait si son elfe les avait entendus et savait qu'ils venaient de coucher ensemble mais il n'avait pas vraiment envie de connaitre la réponse. Il se sentait mal à l'aise. Drago ne semblait pas s'en soucier, il se moquait complètement de l'opinion des elfes de maison. Harry fit savoir à Kreattur qu'il pouvait les laisser et se détendit quand il sortit de la pièce.

Harry craignait que Drago se mette à parler de ce qu'il ressentait, de ses sentiments à son sujet ou au sujet de Kyle. Il en avait envie, aussi, il brûlait de savoir si Drago l'aimait, ce qu'il voulait. Mais il avait peur de ne pas savoir quoi répondre si Drago se mettait à lui dire tout cela. Il ne savait pas gérer ce genre de relation, il ne savait pas comment réagir. Il était sorti avec Ginny pendant quelques semaines seulement et il n'était qu'un gamin à ce moment-là. Il ne savait pas aimer comme un homme, il avait peur de tout gâcher. Et si Drago ne l'aimait pas ? Et si Drago le trouvait ridicule ? Et s'il se mettait à pleurer à nouveau ? Harry avait envie de lui dire « Je t'aime, je vais effacer tous tes mauvais souvenirs et toutes tes souffrances » mais il savait que ce serait absurde et puéril. Il n'avait pas le pouvoir de faire ça.

A son grand soulagement et à sa légère déception, Drago ne parla pas du tout du baiser, des pleurs et de l'orgasme qu'ils venaient de partager. En fait, ils eurent du mal à parler et à tenir une conversation cohérente. Ils terminèrent rapidement de manger et retournèrent au salon. Harry leur servit un verre et Drago s'assit dans le canapé, l'esprit clairement ailleurs. Harry pouvait voir qu'il n'allait pas bien et qu'il sombrait un peu plus à chaque seconde qui passait. Il se sentait coupable, il se disait qu'il n'aurait pas dû toucher Drago de cette manière. Il aurait dû deviner que cela le ferait souffrir. Et en même temps, c'était Drago qui avait demandé et qui avait fait tous les premiers pas. Il n'était plus un enfant, Harry lui avait fait confiance.

- Est-ce que ça va ? demanda Harry à voix basse.

- Non, pas vraiment. J'aimerais simplement rester assis ici, avec toi, sans parler.

- D'accord.

Ils firent ce que Drago voulait, comme d'habitude. Ce dernier s'abîma dans un silence plein de choses que Harry ignorait et ne pouvait qu'imaginer. Il aurait aimé être assis contre Drago, le serrer dans ses bras et lui montrer son soutien mais l'autre restait recroquevillé dans le coin du canapé. C'était terriblement angoissant de voir Drago si proche et de le sentir si loin en même temps. Harry n'allait pas bien non plus, il avait peur de Drago et de ses sentiments. Finalement, le baiser n'avait pas suffi à effacer l'angoisse et les doutes, il les avait même multipliés. Et d'un autre côté, Harry avait eu la preuve que Drago voulait de lui. Il l'avait senti dans les gestes de Drago, dans son avidité et son désir, dans son souffle court et les frémissements de son corps. Il craignait cependant que cela ne suffise pas.

Drago termina son verre et se leva. Il arrivait à peine à croiser le regard de Harry et il annonça qu'il préférait rentrer chez lui. Harry le raccompagna à la porte, la gorge serrée sur une tristesse et une angoisse qui ne disaient pas leur nom. Il posa la main sur la poignée, hésita puis se tourna vers Drago.

- Ce qui s'est passé entre nous tout à l'heure, ce n'était pas une erreur. Je n'ai pas fait ça sans réfléchir, je n'ai pas fait ça simplement pour m'amuser. J'en avais réellement envie, parce que c'était toi.

Drago regarda Harry, figé par la déclaration. Les mots coulèrent dans ses veines avec une chaleur insoupçonnée et l'envahirent tout entier. Il aurait aimé répondre à Harry que pour lui non plus, ce n'était pas une erreur mais ce serait un mensonge. Il savait que c'était une énorme erreur.

- J'en avais réellement envie aussi, répondit-il.

Il se sentit embarrassé, comme s'il venait d'avouer quelque chose de honteux ou de pathétique. Il ne savait plus où il en était. Harry le fixait, avec ses yeux verts pleins de supplication et d'amour et il savait qu'il allait les détruire, leur ôter toute lueur et toute joie. Drago se rapprocha de Harry et le serra dans ses bras, sans trop savoir ce qu'il faisait. Il avait besoin de temps pour réfléchir à tout cela. Il s'éloigna dans la nuit, laissant Harry un peu moins déprimé qu'une heure avant.

OoOoOoO

Cette soirée avec Drago avait laissé un goût amer dans la bouche de Harry. Il était heureux qu'ils aient couché ensemble, heureux d'avoir embrassé Drago et de l'avoir touché. Mais ça ne s'était pas fini exactement comme Harry l'aurait voulu. Il avait le sentiment déplaisant qu'il y avait plus de distance entre eux qu'au début et il en avait peur. Il ne put s'empêcher d'écrire un mot à Drago pour dire qu'il espérait qu'il allait bien et qu'il n'était pas blessé. Drago lui répondit quelques heures plus tard pour assurer que Harry n'avait rien fait de mal.

« C'était beaucoup d'émotions nouvelles et de souvenirs douloureux en même temps, c'était dur pour moi. J'ai besoin de digérer tout cela avant de te revoir. Je t'enverrai un message quand je serai prêt. »

Harry ne se sentit pas vraiment rassuré même s'il comprenait ce que Drago voulait dire. Il craignait que le message en question ne lui parvienne jamais et que Drago réalise qu'il n'était pas capable d'avoir une relation avec lui ou avec qui que ce soit pour le moment. Et Harry se sentait coupable d'avoir des pensées aussi égoïstes alors qu'il savait parfaitement ce que Drago avait enduré avec Kyle Long. Il était donc partagé entre angoisse, impatience, tristesse, culpabilité et désir, ce qui était fatigant et insupportable. Il n'avait personne avec qui parler de ça et de toute façon, il n'avait pas envie d'en parler. Il avait l'impression que s'il en parlait, son histoire avec Drago en serait salie. On se poserait des questions, on ne comprendrait pas, on jugerait, on blesserait. Il ne voulait pas que Hermione lui fasse remarquer que ce n'était pas très prudent et pas très responsable de coucher avec Drago avant le procès. Il ne voulait pas entendre Ron s'étonner du fait qu'il aime un homme et qu'il aime Drago Malefoy. Harry se moquait d'aimer un homme, ça le laissait aussi blasé et indifférent que tout le reste. Quant à Drago, il savait pourquoi il l'aimait. Ou du moins, il savait ce qui lui plaisait chez lui. Il aimait sa façon de faire face à la souffrance, il aimait sa fragilité, son honnêteté et sa capacité à changer. Il aimait qu'il tisse des tapisseries et qu'il y prenne du plaisir. Il aimait que Drago l'ait aidé lors de son attaque de panique et ne l'ait jamais jugé pour cela. Alors il ne voulait pas que Ron, Hermione ou qui que ce soit vienne remettre en question tout cela.

Heureusement pour lui, Harry fut distrait par une nouvelle enquête étrange qui les occupa à plein temps, Edmund et lui. Plusieurs personnes avaient reçu un carton contenant des limaces mangeuses de chair et avaient été blessées. Harry et Edmund ne savaient pas encore s'il s'agissait d'un fou qui envoyait ces bestioles au hasard ou si les actes étaient motivés par une certaine vengeance. Ils ne savaient pas non plus s'ils devaient être outrés par les délits ou rire du ridicule de la situation. Certaines victimes avaient été blessées et étaient choquées, ce qu'ils pouvaient bien sûr comprendre mais au fond, ce n'étaient que des limaces et tout ceci était aussi absurde que dégoûtant. Leurs collègues ne cessaient de faire des blagues sur cette enquête, ce que Harry prenait en riant et Edmund en fronçant les sourcils. Le fait qu'Edmund parvienne à rester aussi professionnel et maitre de lui, même dans une enquête de ce genre, forçait le respect de Harry.

Ils finirent par remarquer que les victimes avaient en commun d'avoir travaillé au Ministère, dans la section de protection des créatures magiques ou d'avoir étudié à Poudlard entre 1976 et 1984. Après avoir écouté beaucoup de témoignages, il se dégagea un nom, un certain Flesh qui avait travaillé au Ministère avant de se faire plus ou moins renvoyer. Il était bizarre, introverti, faisait des plaisanteries douteuses et avait toujours mis ses collègues mal à l'aise. Harry et Edmund firent une descente chez Flesh pour découvrir qu'il faisait un véritable élevage de limaces mangeuses de chair. Il en possédait environ trois cents, qu'il gardait dans des enclos au fond de son jardin. L'odeur était épouvantable, le type était aussi bizarre que les victimes l'avaient décrit. Il avoua sans hésiter, oui il envoyait des limaces à tous les gens qu'il avait connu à l'école et au travail et qu'il n'aimait pas. Apparemment, il n'aimait pas grand monde. Harry et Edmund l'arrêtèrent puis durent revenir sur place pour fouiller la maison et faire l'inventaire des créatures. Edmund perdit enfin son attitude imperturbable pour jurer effroyablement à chaque fois qu'une limace s'approchait de lui. Qu'allaient-ils faire de toutes ces bestioles ? Ils n'en savaient rien. Ils ne pouvaient en tout cas pas les laisser ici, au risque qu'elles s'échappent et aillent coloniser les malheureux voisins. Lors de la manœuvre, Harry et Edmund furent brûlés une bonne dizaine de fois par la salive corrosive des limaces qui tentaient, lentement mais surement, de les bouffer. Edmund déposa les caisses remplies de limaces dans à l'entrée du département des mystères qui avait accepté de les garder et s'enfuit presque en courant, les cheveux ébouriffés et le regard vitreux.

Ce fut à ce moment que Harry reçut le message de Drago lui demandant s'il pouvait venir le voir ce soir. Harry jugea le timing parfait. Il avait encore des rapports à faire sur l'arrestation de Flesh mais ça pouvait attendre le lendemain. Il répondit rapidement à Drago qu'il pouvait venir quand il voulait puis il rejoignit son chef qui lui annonça qu'Edmund était rentré chez lui. De toute évidence, les limaces mangeuses de chair avaient eu raison de lui, expliqua Nestor avec un petit sourire moqueur. Harry dut s'occuper des papiers pour l'incarcération de Flesh puis il fut libre de partir à son tour. Quand il arriva chez lui, il constata que Drago était déjà là et que Kreattur l'avait fait entrer. Le cœur de Harry s'accéléra immédiatement en le voyant.

- Tu as dit que je pouvais venir dès que je voulais, s'excusa Drago.

- Oui, j'ai été retardé mais aucune importance, c'est bien que tu sois là.

Harry ne savait plus ce qu'il disait. Il cherchait le regard de Drago pour savoir ce que l'autre pensait. Les yeux gris de Drago accrochèrent enfin les siens et les soutinrent un moment hors du temps. Drago rougit, détourna le regard et le posa sur Kreattur. Harry se ressaisit.

- Que dirais-tu de prendre un verre pendant que Kreattur prépare le dîner ?

- Très bien.

L'elfe comprit le message et disparut dans la cuisine. Harry fit venir des verres et les servit, tout en sentant sur lui le regard inquisiteur de Drago.

- Tu vas bien ? demanda finalement ce dernier. Tes vêtements sont déchirés un peu partout et tu as l'air blessé…

Harry se figea en se rappelant les limaces. Il les avait oubliées. Il avait même oublié les sensations de brûlures qui picotaient son corps un peu partout.

- J'ai été attaqué par des limaces mangeuses de chair au travail, dit-il d'un ton morne.

Drago écarquilla les yeux, l'air choqué.

- Quoi ? C'est répugnant ! Il faut soigner ça ! Tu as quelque chose pour…

- Oui, coupa Harry en souriant. C'est dans la salle de bain, je vais…

Il se tut, pensa à Kreattur qui pouvait rentrer à tout instant et se leva.

- Si tu veux bien m'accompagner, je te raconterai mon enquête. J'y suis depuis une semaine et je viens de la boucler.

Ils allèrent dans la salle de bain et Harry retira sa veste et son t-shirt pour regarder les dégâts. Il avait des marques baveuses et rougeâtres sur les bras, là où la salive des limaces avait commencé à attaquer sa chair. Ce n'était pas très grave mais c'était un peu douloureux quand même. Harry prit le pot contenant le baume réparateur qu'il devait appliquer sur chaque blessure. Drago le regarda une seconde, hésitant, puis lui arracha presque le pot des mains.

- Je vais le faire, déclara-t-il en évitant le regard de Harry. Tu en as même dans le dos…

Harry ne chercha pas à l'en empêcher et il raconta son enquête tandis que Drago lui mettait du baume un peu partout. C'était agréable comme moment, c'était doux et délicieux. Les doigts de Drago sur sa peau lui faisaient oublier les brûlures. C'était sans doute surtout le baume qui faisait ça mais Harry chassa cette idée bien trop rationnelle. Il retira son pantalon pour montrer les blessures qu'il avait aux jambes et Drago recommença ses soins tout en bougonnant que Flesh était un cinglé dangereux. Enfin, il se releva, obligea Harry à tourner sur lui-même pour vérifier qu'il n'avait rien oublié et parut satisfait. Harry aussi, il pouvait voir que ses brûlures commençaient déjà à cicatriser. La magie était formidable. Il regarda Drago qui était toujours debout devant lui, l'air mal à l'aise. Il ne savait pas trop où regarder, lui, sans doute parce que Harry était en caleçon.

- Merci, dit doucement Harry.

Drago rangea le pot et le regarda enfin dans les yeux. Il y eut un moment flottant d'hésitation et d'envie puis Drago posa ses mains sur le torse de Harry et le caressa lentement. Harry se tendit, plein d'impatience.

- J'ai beaucoup pensé à ça et à nous durant la semaine qui s'est écoulée, dit Drago. Au début, j'ai cru que je ne voulais pas coucher avec toi parce que ça me faisait trop mal mais en fait, j'ai compris que ce n'était pas vrai.

Harry retint sa respiration et attendit la suite. Les mains de Drago étaient douces sur sa peau, il espérait que ses paroles le seraient tout autant.

- Je veux que tu me touches encore et encore jusqu'à ce que mon corps oublie Kyle et ne se souvienne plus que de toi.

Les yeux de Harry s'élargirent une seconde face à la déclaration puis s'assombrirent brutalement. Il prit le poignet de Drago entre ses doigts et le serra doucement.

- Je t'aime, dit Harry.

Drago eut un sourire presque triste avant de rire un peu, comme si tout cela était stupide et irréel.

- Je sais, moi aussi.

Drago regarda le sourire de Harry, la flamme dans ses yeux et la joie qui éclaira son visage. Il n'avait jamais vu Harry ainsi, pas depuis la guerre en tout cas. Depuis qu'ils s'étaient revus à cause de l'enquête, Harry lui avait toujours paru indifférent à la vie, taciturne et fermé. Aujourd'hui, il souriait comme un enfant heureux. Il se pencha vers Drago pour l'embrasser avidement et Drago songea qu'il venait peut-être de faire la chose la plus vile et dégueulasse de toute sa vie. Et ça ne le surprenait pas vraiment de voir qu'il l'avait faite à Harry Potter.

OoOoOoO

Cette fois-ci, ils prirent le temps de dîner et d'apprécier le repas. Harry termina le récit de son enquête et Drago rit devant la description d'Edmund face aux limaces. Lui-même n'aurait sans doute pas été très à l'aise non plus. Il gardait des souvenirs déplaisants des cours de Hagrid et des bestioles répugnantes qu'ils avaient dû côtoyer. Ce n'était vraiment pas son truc.

Drago parla de son travail, des jours qui s'étaient écoulés. Il ne raconta pas qu'il était allé vider le tiers de son coffre à Gringotts et qu'il avait sérieusement commencé à préparer sa fuite. Il ne raconta pas non plus les cauchemars qu'il avait fait de Kyle, presque toutes les nuits depuis qu'il avait couché avec Harry. Il ne dit pas non plus que, dans ses cauchemars, quelque chose avait changé. Souvent, Kyle n'avait pas le temps de le toucher vraiment ou d'aller jusqu'au bout parce que la porte finissait toujours par s'ouvrir sur Harry qui chassait Kyle et le cauchemar en même temps.

Ils prirent un verre après le repas, sans trop parler. Ils aimaient ça, rester l'un à côté de l'autre sans rien dire. Cela soulageait Harry qui n'avait jamais été très doué pour les conversations et était heureux d'avoir trouvé quelqu'un qui acceptait ses silences. Cela soulageait Drago qui n'avait pas à mentir sans arrêt et qui pouvait se détendre sans se forcer à raconter des choses stupides pour plaire à Harry. Ils s'entendaient presque mieux quand ils ne se parlaient pas. Drago retint un sourire cynique à cette idée et but une gorgée d'alcool. Ce n'était plus tout à fait vrai, il le savait bien. Leurs passions, leur haine et leur colère avaient été balayées par Voldemort d'abord, par Kyle Long ensuite. Drago se rendit compte qu'ils ne s'étaient plus vraiment disputés depuis Poudlard. Ils avaient grandi. Ils s'étaient embrassés et ils s'étaient caressés. Rien n'avait de sens. Drago avait presque hâte de tuer Kyle et d'abandonner Harry pour arrêter de se poser des questions dérangeantes.

Ce soir-là, Drago ne rentra pas chez lui comme les autres fois. Il monta avec Harry, plein d'envie et d'appréhension. Il se réfugia sous la douche, pour cacher sa fébrilité même s'il devinait que Harry l'avait bien vue tout de même. Il attendit désespérément que Harry sorte de sa douche lui aussi. Il regarda les blessures sur son corps qui n'étaient maintenant plus que des cicatrices rougeâtres. Elles auraient disparu le lendemain, surement.

Drago savait bien qu'il avait déclaré à Harry qu'il voulait être touché encore et encore jusqu'à oublier Kyle mais pendant une seconde, il se demanda s'il n'avait pas perdu l'esprit. Il fut rassuré de découvrir que non, quand la peau de Harry se serra contre la sienne et qu'il se détendit. Il allait se servir de Harry pour tuer Kyle, il pouvait aussi se servir de Harry pour l'oublier. Chaque baiser de Harry était comme un coup de poignard à Kyle, chaque caresse et chaque soupir étaient comme des gifles que Drago lui mettait. Regarde, pensait Drago, regarde, je vis et j'aime, tu ne m'empêcheras pas de faire l'amour. Regarde, il me touche comme tu ne m'as jamais touché, regarde connard, avec lui je jouis, t'étais nul à chier Kyle, avec ta bave dégueulasse, ta bite tordue et tes halètements de clébard. Rega…

- Drago, appela doucement Harry.

Drago leva les yeux vers Harry et se força à se concentrer sur lui. La bouche de Harry descendait dangereusement vers son sexe et il attendit, nerveux.

- Je n'ai jamais fait ça, je vais essayer, prévint Harry.

La déclaration semblait plus blasée qu'anxieuse. Ce n'était qu'un constat et Harry le faisait avec humilité. Drago ne doutait pas qu'il ferait de son mieux. Ce ne pourrait pas être pire que les tentatives de Kyle pour le faire bander qui n'avaient jamais atteint leur but. Mais Harry n'était pas Kyle et Drago se mit à bander sous sa langue, même si c'était maladroit et mal fait. Drago ouvrit les yeux pour regarder Harry, ses cheveux noirs et sa barbe qui le caressait. Il fut presque heureux, pendant une seconde, et il oublia le reste.

Ce soir-là et tous les autres soirs, il fallut apprendre mais Harry aimait apprendre avec Drago. Apprendre où poser ses mains et sa langue, apprendre où mettre ses doigts et où caresser. Harry sentait qu'il y avait des moments où Drago n'était plus avec lui mais ces moments diminuaient au fil des jours. Il y eut des échecs et des déceptions, quand Drago voulut sucer Harry par exemple et qu'il en fut finalement incapable. Ah, il savait le faire, oui. A force de gifles quand il le faisait mal et de coups de pieds quand il se retenait de vomir sur le sol, Kyle lui avait appris. Mais il n'en gardait pas de bons souvenirs et il n'avait en fait plus envie de recommencer. Ça ne faisait rien, assurait Harry.

Il fallut apprendre à recevoir l'autre dans son corps aussi et Harry avait suffisamment de courage et d'amour pour Drago pour se laisser faire. C'était une chose que Drago n'avait jamais essayée non plus, de pénétrer quelqu'un. C'était un ravissement, il pouvait oublier Kyle et se concentrer uniquement sur Harry, sur les yeux verts de Harry qui le regardaient, sur ses soupirs, sur la rougeur de ses joues, sur l'intérieur de son corps et sur toutes ces sensations qu'il ne connaissait pas. C'était terrifiant de voir que Harry lui faisait confiance à ce point, Drago essayait de ne pas y penser.

Le soir, après l'amour, ils restaient allongés l'un contre l'autre en silence, en appréciant d'être en vie. Parfois, ils parlaient un peu, ils se confiaient des choses qui semblaient plus faciles à prononcer après un orgasme. Harry parlait un peu de son enfance, Drago aussi. Ils ne parlaient jamais de la guerre et de Voldemort, ils ne voulaient pas tout gâcher. Harry adorait ces moments-là, quand il sentait le corps de Drago contre le sien et qu'il savait que l'autre pensait à lui, à lui et pas à Kyle Long. Ça lui donnait envie de proposer à Drago de rester là pour toujours. Il se laissait aller à des rêveries idiotes comme le font les amoureux, toujours les mêmes. Et s'ils vivaient ensemble ? Et s'ils se retrouvaient tous les jours après leur travail ? L'avenir de Harry, autrefois brumeux et sans saveur, trouvait un nouveau but. Il ne serait plus seul maintenant, il avait Drago. Ils affronteraient leurs cauchemars ensemble et tout irait bien. Drago l'aiderait à surmonter ses crises de panique et Harry réconforterait Drago quand ses blessures se rouvriraient.

Il n'osait pas dire des choses de ce genre à Drago. Quand il parlait du futur et proposait quelques projets, Drago se contentait d'écouter sans vraiment répondre. Il interrompait souvent Harry en l'embrassant ou en le caressant pour détourner le sujet sans le blesser. Harry s'en rendait compte et il se laissait faire, pas vraiment chagriné. Ils avaient le temps de penser à plus tard, rien ne les obligeait à se précipiter. L'important pour l'instant, c'était qu'ils soient ensemble. Harry aimait Drago un peu plus à chaque fois qu'il le voyait. Il avait l'impression confuse qu'il pouvait être lui-même avec Drago et qu'il avait enfin trouvé sa place. Il était heureux, comme il l'avait rarement été. Sans doute avait-il été heureux aussi de cette façon quand il était sorti avec Ginny après ces longs mois passés à l'aimer de loin mais à l'époque, la menace de Voldemort pesait trop sur ses épaules pour qu'il puisse se laisser aller totalement au bonheur. Aujourd'hui, en revanche, il n'y avait plus de menace. Rien de douloureux n'attendait Harry, personne ne voulait lui ôter la vie, il n'avait rien d'autre à penser qu'à la douceur qu'il éprouvait d'être auprès de Drago.

Harry continuait de croiser Hermione régulièrement et bien sûr, elle finit par se rendre compte que quelque chose avait changé chez lui.

- Tu as l'air heureux, dit-elle un jour en souriant.

Il lui rendit son sourire, incapable de s'en empêcher et il haussa les épaules.

- Peut-être bien.

- Il s'est passé quelque chose ?

Il hésita à la réponse. Il avait envie de lui dire la vérité mais il ne voulait pas non plus tout lui dire. Il opta pour une réponse vraie mais incomplète.

- Je suis amoureux, avoua-t-il.

Hermione eut l'air surprise par la déclaration, elle ne devait pas s'y attendre. Elle se reprit rapidement et sourit davantage, l'air ravie de voir son ami dans cet état.

- Vraiment ? Oh Harry, c'est une bonne nouvelle ! Je suppose que c'est réciproque, pour que tu aies l'air aussi épanoui ?

- Oui…

- Raconte-moi ! Qui est-ce ?

Harry secoua la tête.

- Je préfère ne rien dire pour l'instant, j'ai envie… J'ai envie de garder ça pour moi encore un peu.

Elle eut l'air un peu déçue mais pas tant que ça. Elle tendit la main pour la poser sur celle de Harry avec une tendresse qui le toucha. Il pouvait voir que son bonheur à lui la rendait heureuse et c'était surement ce qu'on pouvait espérer de plus beau dans une amitié.

- Je suis contente pour toi, assura-t-elle. Et dès que tu voudras en parler, nous serons là, Ron et moi. Il va être excité lui aussi, tu sais comment il est !

Harry savait oui, mais il imaginait mal le moment où il devrait « présenter » Drago à Ron. Si Hermione prévoyait déjà des sorties et des dîners à quatre, elle serait déçue. Harry se sentit mal à l'aise. Il se sentait à sa place aux côtés de Drago mais il doutait fortement que les autres voient les choses de cette façon ou comprennent ses sentiments. Tant pis, il y penserait plus tard.

OooOoOo

Harry avait envoyé Kreattur faire du ménage à l'étage et s'occupait lui-même du repas. De temps en temps, il aimait ça. Surtout que c'était dimanche et qu'il trouvait parfois pesant de n'avoir aucun ménage ou repas à faire. Il s'ennuyait, il se sentait inutile dans sa propre maison et cela ne faisait que renforcer le sentiment de vide et de futilité qu'il ressentait depuis la fin de la guerre. Bon, en tout honnêteté, il se sentait beaucoup moins vide et sa vie lui paraissait beaucoup moins futile depuis qu'il y avait Drago.

- Tu chantes faux, fit la voix trainante de Drago.

Il était adossé aux placards et regardait Harry cuisiner. En fond, la radio sorcière passait ses nouveaux tubes.

- Je ne chante pas, je siffle.

- Alors tu siffles faux, je ne savais même pas que c'était possible.

Harry haussa les épaules sans prendre la peine de répondre. Il ne rentrerait pas dans le jeu de Drago. Il se concentra à nouveau sur l'épluchage de ses patates douces. Il aimait ces moments-là, quand ils étaient ensemble et qu'ils ne faisaient rien de particulier. Cela faisait bien longtemps qu'il n'avait pas passé un dimanche aussi agréable. Une nouvelle chanson commença et Harry se remit à siffler.

- Non, tais-toi ! ordonna brusquement Drago. J'adore cette chanson, ne la gâche pas !

Harry se tut, pas vraiment vexé. Dans son dos, Drago se mit à fredonner la chanson puis à chanter impeccablement les paroles avec un enthousiasme évident. Harry avait délaissé ses légumes et se retourna pour le regarder, un peu étonné. Drago s'arrêta avant la fin en sentant sur lui le regard de Harry et il rougit.

- J'adore Petronilla Le Fay, dit-il d'un ton d'excuse. C'est ma chanteuse préférée.

- Je vois, je t'en prie, continue.

- Et tu vas me regarder chanter ?

- Non, je me retourne, vas-y.

Harry se retourna et Drago termina la chanson, avec un peu moins d'aisance qu'au début. Il était gêné, ce qui amusa Harry.

- Tu chantes souvent ? Demanda-t-il.

- Je chante quand je suis seul.

- Ravi de savoir que tu te crois seul alors que je suis là.

Drago rougit encore plus et eut un geste agacé.

- Ce n'est pas ça, c'est simplement qu'avec toi…

Il n'alla pas au bout de sa phrase et Harry se contenta de le regarder, avec tendresse et satisfaction, à tel point que Drago trouva cela insupportable et fit quelques pas dans la cuisine pour le fuir.

- J'aime bien apprendre des choses sur toi, déclara Harry en reprenant sa cuisine. En réalité, je ne savais pas grand-chose sur toi à Poudlard.

- Tu me connais mieux que la plupart des gens, rétorqua Drago sans le regarder.

- Je sais certaines choses, oui, les plus importantes peut-être mais pour le reste… Maintenant, je sais que tu aimes le Quidditch et Petronilla Le Fay et que tu aimes chanter quand tu es seul. C'est un bon début.

Drago eut un léger rire et reprit sa place contre le placard. Il croisa les bras et fixa le dos de Harry.

- Je ne sais pas grand-chose sur toi non plus.

- Mon dessert préféré est la tarte à la mélasse, répondit Harry d'une voix légère et amusée. Et j'aime les chiens.

- Me voilà très avancé…

Harry rit à son tour. Il ne se sentait plus ni morose ni indifférent à la vie. Il se retourna pour regarder Drago et ils se sourirent un instant.

- Tu es plus gentil que je le pensais, dit brusquement Drago. Et plus triste aussi.

Le sourire de Harry diminua et devint pensif, comme s'il méditait ce que l'autre venait de déclarer. C'était étrangement réconfortant de penser que Drago le trouvait gentil. C'était le signe que le passé était derrière eux et qu'ils pouvaient guérir.

- Et tu es plus courageux et moins sûr de toi que je le pensais.

- Je n'ai jamais été sûr de moi, répondit Drago sans s'en empêcher.

Harry sourit et haussa les épaules.

- Moi non plus. Mais je suis beaucoup moins triste depuis que tu es là.

En revanche, tu es toujours un idiot, pensa Drago en regardant le sourire de Harry. Et cette pensée ne le rendit pas heureux.

Après le déjeuner, Drago et Harry s'enfermèrent dans la chambre de ce dernier pour être tranquilles. Ils n'eurent pas besoin de le dire à voix haute mais leur discussion les avait excités un peu. Harry s'allongea sur son lit pour laisser Drago le caresser comme il le voulait. Ce jour-là, Drago ne pensait qu'à lui, Harry le voyait bien. Ils avaient relégué Kyle à des ombres, pour l'instant. Le corps de Harry frémit sous la bouche de Drago qui l'embrassait partout où il le pouvait et ses poils se hérissèrent au contact de ses doigts. Drago aimait toucher son torse, son ventre et ses jambes, il aimait masturber Harry et le sentir durcir dans sa main. Harry aimait ça aussi et il soupira davantage en embrassant Drago.

Il finit par le repousser sur le lit et le caresser à son tour pour l'exciter. Harry aussi aimait poser ses mains sur la peau pâle de Drago. Il était trop maigre, Harry s'en faisait toujours la réflexion mais il ne devait pas avoir l'air tellement plus en forme lui-même. Drago frissonna quand les mains de Harry glissèrent sur ses cuisses.

- Nous pourrions changer aujourd'hui, dit Drago d'une voix mal assurée. Tu pourrais me le faire.

Harry hésita.

- Tu en as envie ? Demanda-t-il.

- Oui, assura Drago.

Ils n'avaient encore jamais fait cela mais Harry en mourait d'envie et il était heureux que Drago l'ait proposé. Heureux et anxieux à la fois. Il regarda le visage de Drago rougir sous la caresse de ses doigts et son souffle s'accélérer. Il vit l'angoisse dans les yeux de Drago au moment où il entra en lui et s'immobilisa. Il détestait quand Kyle se dressait entre eux de cette manière. Drago posa ses mains sur les fesses de Harry et appuya doucement.

- Vas-y, ordonna-t-il. Je veux voir comment c'est avec toi.

Ce n'était pas du tout comme avec Kyle. Sans la potion calmante, c'était plus douloureux et plus difficile mais bizarrement, cette douleur-là faisait moins mal que celle que Kyle lui infligeait. Et puis, avec Harry, la douleur se changea en autre chose. Les mouvements de Harry étaient si tendres, si doux et si respectueux que ça rendait Drago un peu fou. Il s'accrocha aux cheveux de Harry pour l'embrasser violemment. Il voulait penser à Harry, à personne d'autre, seulement à Harry. Il voulait que Harry lui fasse l'amour jusqu'à ce que Kyle n'existe plus. Il s'enivra du parfum de Harry, de son odeur, de sa peau, de la sensation en lui, de ses gémissements et de sa voix.

Harry se libéra de ses lèvres pour le regarder. Ils se fixèrent un instant, pendant qu'il continuait à bouger entre les jambes de Drago, à glisser dans son corps et à soupirer. Il savait que cela demandait du courage à Drago de l'accepter en lui de cette manière et aussi une grande confiance envers lui. Il voulait se montrer digne de cette confiance.

- Je t'aime, souffla Harry.

Drago le regarda avec un mélange de ravissement et d'effroi que Harry ne remarqua pas.

- Je t'aime, répéta Harry, pas très loin de jouir.

- Je t'aime aussi.

Drago se redressa et passa ses bras autour du cou de Harry. Il le mordit sans trop de retenue, le faisant grogner de douleur puis lécha sa morsure. Il se serra davantage contre Harry, se caressa en même temps pour jouir aussi. Il se doutait bien qu'il ne ressentait pas autant de plaisir que Harry quand c'était lui qui le pénétrait ou que les autres devaient en ressentir mais tout de même, l'idée que Harry soit en lui et jouisse en lui l'excitait plus que le reste. Le plaisir viendrait surement plus tard, quand ils l'auraient fait plusieurs fois et qu'il s'y serait habitué.

Ils restèrent allongés l'un contre l'autre, leurs jambes entrelacées. Harry jouait à faire glisser ses doigts sur le bras de Drago. Il faisait beau dehors, le mois de juin approchait. Ce serait un bel été, Harry était presque impatient. Il pourrait vivre la langueur des chaudes soirées avec Drago, sentir leurs peaux devenir moites ensemble. Ils attendraient que la nuit et la fraicheur reviennent, dans les bras l'un de l'autre. Ils pourraient trainer le soir en se racontant leur journée. L'été de Harry ne serait ni vide ni morose. Peut-être pourraient-ils s'échapper et partir tous les deux quelque part, rien qu'eux deux. Il se tourna pour regarder Drago qui venait de s'endormir contre lui et ferma les yeux à son tour. Il ne fit que des rêves agréables.

Harry se réveilla avant Drago de leur sieste bienheureuse et resta allongé contre lui pour le laisser dormir. Il n'avait jamais vécu ça, le fait de s'éveiller dans la chaleur et l'odeur d'une autre personne. Il aurait aimé connaitre cela avec Ginny mais Voldemort avait brisé son histoire d'amour et l'avait laissé incapable de la reconstruire. Qui aurait cru que Drago Malefoy réparerait son cœur de cette façon ? Car c'était bon d'être là, de sentir la peau chaude de Drago contre la sienne et de pouvoir se serrer contre ses cheveux soyeux. Harry ne savait pas comment il allait annoncer la nouvelle à Ron et Hermione. Il le ferait après le procès, bien sûr, il ne pouvait le faire avant. Est-ce que Ron lui en voudrait d'avoir préféré Drago à sa sœur ? Et Molly et Arthur Weasley, lui en tiendraient-ils rigueur ? Est-ce que Ginny le mépriserait ? Cela aurait été un mensonge de prétendre que ces questions n'angoissaient pas Harry. Il était indifférent à beaucoup de choses mais il tenait à l'affection de la famille Weasley. Ce serait une déchirure de la perdre.

- A quoi penses-tu avec un air si sérieux ? demanda la voix encore endormie de Drago.

- A rien.

La réponse de Harry avait été automatique. Drago se redressa sur son coude et le fixa avec une interrogation curieuse qui donna envie à Harry de lui confier tout ce qu'il pensait. Il se retint cependant de le faire.

- Est-ce que tu as l'intention de dire à tes parents, un jour, que tu es avec moi ? demanda-t-il à la place.

Drago parut étonné par la question et légèrement mal à l'aise.

- Je ne sais pas, je n'y ai jamais songé. Je ne les ai pas vus depuis longtemps.

- Je me disais simplement que Ron et Hermione seraient sans doute surpris par la nouvelle et qu'ils ne comprendraient pas. J'espère que ça ira.

Drago posa sa main sur le torse de Harry et le caressa doucement. Il n'avait aucune envie de répondre à ça et de partager les craintes de Harry. L'avis d'Hermione Granger et de Ron Weasley était le cadet de ses soucis.

- Ce n'est pas le moment de penser à ça, dit-il d'une voix trainante. Tu devrais plutôt penser à l'après-midi qui nous reste et à la façon dont nous allons l'occuper.

Harry sourit d'un air un peu idiot.

- Une proposition ?

- Je voudrais boire de la bièraubeurre fraiche, dit Drago en s'étirant dans le lit. Mais peut-être pas tout de suite. Nous pouvons rester encore un peu ici.

Drago glissa sa main dans les cheveux noirs de Harry. Il lui volerait des cheveux, ce serait facile. Apparemment, le Polynectar prenait un goût différent pour chaque personne. Il se demandait quel goût aurait Harry.

OoOoOoO

Theodore Nott entra dans le salon de thé luxueux qui faisait le coin de la rue, près des tailleurs chics du Chemin de Traverse. Il n'était pas venu ici depuis bien longtemps. La dernière fois qu'il avait franchi les portes, c'était dans son ancienne vie. Dans sa vie d'avant les soirées de Kyle Long. Il y venait toujours avec Flora, ils s'asseyaient au même endroit, près de la baie vitrée. Il y avait des fleurs et c'était joli, Flora aimait cela. Ils buvaient leur thé en grignotant des pâtisseries trop sucrées et en discutant de leur avenir. Il était beau leur avenir, il était brillant et plein d'espoir. Ils se marieraient, ils iraient vivre dans le cottage que Flora avait hérité de sa marraine. Sans doute qu'une fois mariés, Kyle Long cesserait de vérifier les finances de Theodore. Ils seraient libres, ils pourraient s'aimer. Ils auraient des enfants qu'ils élèveraient avec plus de prudence et moins de haine que leurs parents l'avaient fait. Flora disait qu'ils pourraient se marier quand ils auraient vingt-deux ans, ce serait parfait. Plus tôt, c'était trop jeune et ses parents étaient réticents. Patience, disait-elle en caressant la main de Theodore. Plus que trois ans à attendre.

Tout avait volé en éclat, brutalement, comme un tremblement de terre que personne n'avait prévu et qui avait tout englouti. Du jour au lendemain, Theodore avait tout annulé, tous leurs projets et tous leurs rêves. Flora n'avait jamais compris pourquoi il avait brisé son cœur de cette manière, pas plus qu'elle n'avait compris pourquoi il n'avait plus répondu à ses lettres. Elle avait compris plus tard, en lisant le journal comme les autres.

Theodore avança dans le salon de thé, jusqu'à leur place habituelle et baissa les yeux vers Flora Carrow qui était déjà là. Elle se leva à son arrivée et ils se regardèrent un instant, presque surpris de se voir. Theodore détourna les yeux en premier. Ils commandèrent leur thé et leurs pâtisseries sans réfléchir. Theodore savait qu'il ne mangerait rien du tout.

- J'ai été étonnée de recevoir ton mot, avoua Flora. Jusqu'à présent, tu as refusé de me voir.

Theodore inspira profondément pour se donner du courage. Il se doutait que ce serait dur mais il avait eu envie de la revoir, une dernière fois. Il voulait lui dire adieu correctement. D'une certaine manière, il aurait aimé que son esprit quitte son corps comme lors des soirées, il aurait aimé être ailleurs. Mais c'était lâche et il savait que pour ses adieux avec Flora, il devait être là.

- Je ne pouvais pas, dit Theodore sans la regarder. C'était trop dur pour moi.

- C'était dur pour moi aussi, répondit Flora.

Il y eut un silence pénible qui fut interrompu par la serveuse qui déposa les tasses et la théière devant eux. Ils attendirent qu'elle s'éloigne.

- C'est pour cela que tu m'as quittée, n'est-ce pas ? A cause de ce qu'ils t'ont fait.

- Oui.

- Tu aurais dû m'en parler, j'aurais compris, je…

- Non, coupa Theodore.

Sa voix était douce mais Flora put sentir tout ce qu'il y avait de dur dans sa réponse.

- Non, je ne pouvais pas t'en parler. Il n'y avait pas de mots pour ça. J'ai essayé de rester le même et de continuer à être avec toi mais ce n'était plus possible. Je suis désolé.

Elle baissa la tête, triste et en colère, elle ne savait même plus contre qui.

- Et maintenant ? demanda-t-elle à voix basse. Je t'aime encore Theodore, nous pouvons recommencer. Je connais la vérité maintenant, tu n'auras plus besoin de me cacher tout ça.

- Non… souffla Theodore. C'est impossible.

- Tu m'aimes encore aussi, n'est-ce pas ?

- Oui, admit Theodore. Mais ce n'est plus possible.

- Pourquoi ? s'indigna Flora. Je me moque de ce qu'ils t'ont fait, ça ne change rien pour moi. Je t'aime, je veux t'aider, je veux être à tes côtés au procès. Je t'en prie, Theodore, je te laisserai tout le temps dont tu auras besoin mais s'il te plait, ne me rejette pas à nouveau.

- Non, répéta Theodore avec obstination. C'est impossible, je te dis, je ne peux…

- Mais pourquoi ? s'emporta Flora, blessée.

- Parce que je ne suis plus un homme, Flora, répondit Theodore d'une voix basse et hargneuse. Je ne suis plus un homme, ils m'ont… Ce que Clay Manure m'a fait, c'est… Je ne peux plus, Flora. Tu mérites bien mieux que moi.

Elle secoua la tête, les larmes aux yeux. Theodore se sentit trembler sur sa tasse et l'agrippa fermement. Tout ceci lui arrachait le cœur.

- Je suis venu dire adieu, fit Theodore d'une voix cassée.

Il essaya d'ignorer que Flora pleurait maintenant pour de bon.

- Je t'ai vraiment aimée et j'aurais aimé vivre la vie que nous avions prévue. Je suis désolé Flora mais il y a des blessures qui ne guérissent pas. Je ne suis plus le même qu'avant. Ce n'est pas ta faute, tu n'y es pour rien.

Flora essuya les larmes sur ses joues mais c'était inutile, elles étaient immédiatement remplacées par d'autres larmes encore. Theodore se leva, chancelant.

- J'espère que tu seras heureuse, un peu plus tard, dit-il doucement.

Elle leva les yeux vers lui.

- Tu es toujours un homme, Theodore. Tu seras toujours un homme pour moi.

Theodore pinça les lèvres pour ne pas répondre et hocha la tête. Il sortit du salon de thé en s'enfuyant presque, se sentant lâche, misérable et tellement cassé qu'il doutait de survivre au lendemain. Il allait survivre pourtant, il le jurait. Parce qu'il avait quelque chose à faire.

Il rentra chez lui et se dirigea droit vers le placard du fond. A l'intérieur, le petit chaudron mijotait toujours sur le feu et la potion avait pris la couleur attendue. Le Polynectar était prêt, enfin. Il espérait que Drago serait capable de remplir sa tâche mais il savait que cela n'avait au fond pas vraiment d'importance. S'il le fallait, il attendrait le procès, il prendrait tout son temps. Car avant de se briser pour de bon, il allait tuer Clay et Helen Manure, pour tout le mal qu'ils lui avaient fait, pour sa vie qu'ils avaient brisée, pour Flora qu'il avait perdue. Parce qu'elle pouvait raconter ce qu'elle voulait, il savait bien lui ce qu'il en était. Il n'était plus un homme, Clay y avait veillé en le baisant encore et encore jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien de lui-même.

Theodore s'assit lentement à sa table et rédigea le message à l'intention de Drago.