C'était la fin de l'été, cette période encore belle et chaude qui apportait toutefois un peu de mélancolie. Pas pour Harry, non, il se fichait pas mal des saisons et du temps qui passait. Pour Teddy qui allait bientôt retourner à Poudlard, oui. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas l'école mais les rentrées n'étaient pas toujours faciles quand on avait la chance de vivre dans un foyer aimant et heureux. Harry comprenait cela, il comprenait que Teddy aurait préféré rester avec lui ici plutôt que retourner à Poudlard pour subir des cours pas toujours intéressants et des devoirs à n'en plus finir.
- Heureusement qu'il y a mes amis.
- Les amis, c'est le plus important, admit Harry.
Teddy ramassa encore quelques mûres qu'il posa dans le panier qu'Albus lui tendait. Il avait les mains violettes, comme Harry. Albus, lui, était chargé du panier.
- Les autres pères diraient surement que le plus important, c'est de bien travailler pour avoir un bon métier plus tard, fit remarquer Teddy.
- Je ne suis pas d'accord, répondit Harry en haussant les épaules. Le plus important, c'est d'être heureux et les amis, ça aide. Et tu as des notes correctes, je ne t'en demande pas plus.
Teddy hocha la tête, l'air de dire que ça lui allait. Il avait encore un an de paix avant d'entrer en cinquième année et de passer ses BUSES. Il pouvait encore profiter de l'école comme un enfant, avec insouciance et enthousiasme.
- Non Katerina, dit fermement Harry. Arrête de manger les mûres.
- Elles sont bonnes !
- C'est pour la confiture, coupa Albus. Si tu manges tout, on ne pourra pas en faire.
La petite fille eut une moue boudeuse mais ne discuta pas et s'éloigna avec Vega. Harry estima qu'ils avaient fait une bonne cueillette pour aujourd'hui et ils rentrèrent tous ensemble à l'auberge. Nox considéra le panier d'un œil faussement sévère, comme si c'était son rôle de vérifier leur travail.
- Pas mal. Mais vous êtes plein de mûre ! Teddy et Harry en ont sur les mains, ce qui est normal, mais toi mademoiselle, tu en as plein la bouche ! Je sais que tu as chipé leur récolte.
Katerina rit, les autres sourirent. Harry emmena Katerina dans la cuisine pour lui nettoyer la bouche. Encore un moment agréable et doux, songea Harry. Il revint au comptoir pour aider Nox au service. Il n'y avait pas grand monde, comme d'habitude. Harry alla servir l'une des tables où les clients redemandaient des chopes. Albus et Katerina étaient restés dans la cuisine pour aider Winky à laver les mûres.
Harry n'eut pas d'émotion particulière quand il vit Drago Malefoy entrer dans la taverne et venir s'installer au comptoir. Cette fois-ci, Harry l'accueillit lui-même sans chercher à le fuir. Il joua son rôle de barman, salua son client et lui servit sa bièraubeurre fraiche. Drago avait dû venir à pied car il avait les joues un peu roses et une légère couche de sueur sur le front. Il remercia pour la chope, passa une main sur son front et but avec plaisir. Teddy se rapprocha d'eux, échangea un regard avec Drago et le salua comme s'il était n'importe quel client. Drago sourit et désigna leurs mains du menton.
- Vous avez cueilli des mûres, constata-t-il.
- Oui, pour les confitures, dit Teddy.
Drago contempla les mains tâchées de Harry, amusé et un peu condescendant. Harry sentit son regard sur lui mais ne bougea pas. Drago ne fit pas d'autre commentaire et fit mine de se lever avec sa chope pour aller s'asseoir à l'une des tables libres.
- Ton ami est reparti ? demanda Harry sans trop savoir pourquoi.
Drago glissa vers lui un regard acéré, l'air d'analyser la raison qui avait poussé Harry à s'intéresser subitement à lui.
- Oui, il est reparti.
Drago eut un sourire tendre qui se perdit dans ses yeux un instant.
- Je sais que tu n'aimes pas quand les gens te traitent comme un héros ou une célébrité mais Jimmy… Il était sincèrement heureux de te rencontrer.
- Les gens se contentent de bien peu, dit Harry d'une voix morne. Je suis certain qu'il a des choses bien plus…
- Jimmy est un garçon merveilleux, plein de rêve et de gentillesse qui voudrait simplement vivre avec des papillons, coupa froidement Drago. Ce n'est pas sa faute si la vie l'a détruit avant même qu'il puisse commencer à la vivre vraiment. Alors tout ce qui peut rendre Jimmy heureux est le bienvenu. Merci donc, de lui avoir serré la main.
Harry fixa Drago, bouche bée. Il ne répondit rien et Drago s'éloigna dans la salle pour aller s'asseoir près d'une fenêtre. Harry l'observa sans essayer de se cacher, il s'en fichait. Il était surpris de la façon dont Drago avait défendu Jimmy. Il n'avait aucune idée du genre de relation qu'ils avaient mais il pouvait aisément deviner que Drago tenait à Jimmy. Et c'était la première fois que Harry voyait Drago tenir à quelqu'un de cette façon, défendre quelqu'un de cette façon. La première fois aussi, peut-être, qu'il voyait Drago s'intéresser véritablement à quelqu'un d'autre avec générosité et compassion. Comme si le bonheur de Jimmy lui importait vraiment. Harry songea que c'était une bonne chose que Drago ait réussi à aimer quelqu'un de cette manière, d'une manière qui ne soit pas égoïste et vénale. C'était honorable.
OoOoOoO
Harry se sentit un peu seul quand Teddy retourna à Poudlard mais il reprit rapidement ses habitudes. Certaines choses changeaient un peu cependant, comme le fait qu'Albus arrivait tous les matins chez lui par Cheminette pour aller suivre les cours avec son enseignante de Pré-au-Lard. Ginny avait dit qu'à huit ans, il pouvait même venir seul, la poudre de Cheminette n'était pas très compliquée à utiliser et Albus était un enfant mature et autonome pour son âge. Cela convenait à Harry. Les semaines où Ginny avait la garde, Albus débarquait chez lui vers 8h30. Ils avaient le temps d'échanger un baiser, Albus regardait souvent son père terminer son café puis Harry l'accompagnait chez le professeur. Ensuite, dans l'après-midi, Molly Weasley venait le chercher. Elle arrivait par la cheminée de la grande salle de l'auberge, ce que les clients ne trouvaient pas dérangeant. On était entre sorciers après tout. Elle récupérait Albus et échangeait quelques mots avec Harry.
Il voyait que Molly souffrait de l'avoir perdu et qu'il y avait du regret entre eux. Il était retourné les voir quelques années plus tôt mais cela avait paru bizarre. Autrefois, quand il venait chez eux, il était un enfant, il était là pour jouer avec Ron, non pour avoir de profondes discussions avec Molly et Arthur. Maintenant, les choses étaient différentes. Quand il venait, il fallait prendre un thé et bavarder. Harry n'avait rien à leur raconter. Ils n'étaient pas ses parents, ils ne l'avaient jamais été. Ils s'étaient occupés de lui, certes, mais ils n'avaient jamais été véritablement proches. Harry n'avait pas envie de leur confier ses pensées, ses doutes et ses états d'âme. Il savait que les Weasley ne les comprendraient pas.
Harry posa le pot de confiture de mûre sur le comptoir et le fit glisser vers Molly.
- Tenez.
- Merci, dit Molly en souriant. Arthur adore tes confitures ! Il ne peut plus s'en passer le matin.
Harry sourit. Il se pencha vers Albus, lui caressa les cheveux, des cheveux noirs hirsutes et indisciplinés comme les siens.
- A demain.
- A demain papa.
Il regarda son fils s'en aller et resta debout devant le comptoir. C'était bien de le voir tous les jours, Harry était content. C'était court mais ça ne faisait rien, c'était agréable quand même. Il repensa à Molly et à ce qu'elle avait dit. Arthur adorait ses confitures. Tant mieux, cela faisait plaisir à Harry. Il n'alla pas jusqu'à sourire mais il était satisfait. Ginny aussi aimait ses confitures. Elle trouvait qu'elles avaient meilleur goût que celles de Londres. Sans doute parce qu'elles étaient faites maison, à la campagne, et que ça leur donnait plus de charme.
Drago aussi aimait ses confitures, songea Harry. Il était encore venu au marché l'autre jour pour lui en acheter un pot. Harry se demandait parfois si Drago les aimait vraiment ou si ce n'était qu'un prétexte pour s'approcher de lui. Et en même temps, pourquoi Drago voudrait-il s'approcher de lui ? « Je veux que tu existes dans ma vie » avait dit Drago. Harry y pensait parfois, le soir quand il était seul. Pourquoi Drago voulait-il de lui dans sa vie ? Harry ne pouvait s'empêcher d'être méfiant et sur ses gardes. On ne savait jamais avec Drago, ses actes étaient rarement désintéressés.
Le mois de septembre passa vite, au fil des dernières journées ensoleillées et des premières couleurs d'automne. Harry aimait bien cette saison, elle était jolie et trop courte. Après, l'hiver venait, apportant son calme et son ennui. En hiver, Harry avait moins de choses à faire. Les arbres fruitiers se reposaient, le potager et les abeilles aussi. Il y avait moins de travail pour lui. Harry ne s'en plaignait pas. En fait, il ne se plaignait de rien, il prenait les choses qui arrivaient sans discuter. Il ne grommela donc pas en enfilant sa veste élimée par-dessus son pull en sortant ce matin-là, parce que la température avait baissé brutalement. Ça ne faisait rien.
Harry traversa le village à pied, en prenant son temps. Il aurait pu transplaner mais il préférait marcher un peu. Il dépassa la poste, Honeydukes et quelques boutiques puis tourna dans des ruelles de maisons serrées et pittoresques qui faisaient le charme du lieu. Enfin, il arriva tout au bout d'une ruelle, à la dernière maison. Elle était un peu excentrée, comme si les voisins avaient voulu se tenir à l'écart. Ou peut-être était-ce l'ancien propriétaire qui avait voulu rester à l'écart. Harry observa la clôture en bois, le jardin, le portillon neuf, la pierre sombre des murs et le toit d'ardoises noires. La maison ressemblait à toutes les autres. Il s'avança dans le jardin, frappa à la porte et salua Nox qui lui ouvrit.
- Tu es venu ! s'écria Nox d'une voix ravie.
- Evidemment. Alors, les rénovations ? Tout est enfin terminé ?
Nox avait racheté la maison durant l'été, après avoir enfin pris la décision de partir de chez ses parents et d'avoir son indépendance. Certes, la maison restait à Pré-au-Lard et Nox ne s'enfuyait pas bien loin mais ça lui convenait. Le village calme lui plaisait et ici, tout le monde connaissait Nox. Il n'y avait pas besoin d'expliquer, de dissimuler. On lui jetait souvent des regards en coin et on l'observait parfois avec attention, comme s'il y avait un mystère à percer mais Nox savait que ce serait pire ailleurs. Ils en avaient parlé, avec Harry. Harry avait suggéré qu'à Londres, Nox pourrait peut-être rencontrer des gens qui lui ressemblaient et n'aurait pas à subir les qu'en dira-t-on d'un petit village de campagne. Il n'avait pas tort mais Nox n'aimait pas la ville. Bref, il y avait cette maison délabrée qui était en vente depuis des années et dont personne ne voulait, en bonne partie parce qu'il y avait beaucoup de travaux à faire et que ça couterait cher. Aussi parce qu'elle était petite, avec une seule chambre, et que ça n'attirait pas grand monde. Nox louchait dessus depuis longtemps déjà mais travailler à la Tête de Sanglier ne payait pas assez pour la maison. Ses parents n'étaient pas riches non plus et n'avaient pas spécialement envie d'aider leur enfant à partir. Harry avait parfois envie d'aller dire deux mots aux parents de Nox mais il ne l'avait jamais fait.
Alors Harry, un jour, avait simplement proposé à Nox de lui prêter l'argent des travaux. Il pouvait même lui en donner une partie, il n'en avait rien à faire. Il lui restait une bonne part de la fortune de son père et une bonne part de la vente de la maison Black. Il gagnait des clopinettes à la tête de son auberge mais son mode de vie austère et autonome ne l'amenait pas à dépenser beaucoup. En vérité, malgré ses habits troués et son petit logement au-dessus de la taverne, il était toujours riche. Nox avait d'abord refusé, pour les raisons habituelles puis avait fini par accepter quand Harry avait dit :
- Je t'offre une chance de te libérer de tes parents et de vivre en paix, saisis-la donc.
Nox avait acheté la maison et lancé les travaux de rénovation qui, faits par des ouvriers sorciers, avaient été très rapides. Ils avaient terminé deux jours plus tôt et Nox avait donc proposé à Harry de venir voir le résultat. Il était donc là, chez Nox, dans la maison encore presque vide mais enfin habitable. De nombreux cartons trainaient dans un coin du salon, une petite pièce accueillante avec une cheminée et des fenêtres à l'anglaise dont les carreaux laissaient passer suffisamment de lumière. En plus de cela, il y avait une petite chambre, une petite cuisine, une petite salle-de-bain. Tout était petit mais parfaitement convenable pour une personne. La maisonnette était franchement jolie.
- Je viendrai t'aider pour les meubles et pour tout ce que tu voudras, proposa Harry.
Nox leva les yeux vers lui et le fixa un instant.
- Merci d'être là pour moi.
Harry détourna le regard, gêné.
- Ce n'est rien. Tu fais quasiment partie de ma famille maintenant, je ne vais te laisser te débrouiller seul.e !
- Merci, répéta Nox.
Ils sortirent de la maison et Nox ferma la porte sans la verrouiller. Il n'y avait rien à voler. Nox repoussa les cheveux noirs qui lui tombaient devant les yeux et qui cachaient une bonne partie de son visage. Peut-être qu'il était temps de les couper un peu. Après tout, son visage n'était pas plus laid qu'un autre, il était même plutôt avenant.
- Il faut bien que l'un de nous ait l'air présentable au comptoir, dit Nox en plaisantant.
Harry sourit et haussa les épaules, l'air de dire que ça ne faisait rien. Il joua avec une pierre qui trainait sur le sol.
- Tu sais, je ne pense pas que ta coiffure changera grand-chose à la façon dont les gens te considèrent. Je veux dire, ils penseront peut-être que tu es une fille ou que tu es un garçon et dans tous les cas ils auront tort mais ils ne comprennent pas plus maintenant, ça ne fera aucune différence. Et tu n'as pas à le leur expliquer. Donc… si tu en as le courage, tu pourrais essayer de ressembler un peu plus à ce que tu voudrais.
Nox regarda Harry.
- Et toi, tu ressembles à ce que tu voudrais ?
- Oui, dit Harry. Mon apparence n'a aucune importance, ça ne m'intéresse pas. Et je tiens plus que tout à paraitre le moins héroïque possible aux yeux des gens. Plus ils sont déçus de me voir et mieux je me porte.
Nox rit en regardant Harry avec incrédulité. Il était vraiment bizarre et pas toujours compréhensible. Qui donc prenait plaisir à décevoir les autres ? Harry Potter, visiblement. Au fond, Nox comprenait un peu ce qu'il voulait dire. Il y avait des gens qui venaient à la Tête de sanglier uniquement pour Harry, pour voir le Garçon qui a survécu, celui qui avait tué Voldemort. Ils devaient s'attendre à quelqu'un de puissant, d'impressionnant, d'intimidant. Ils étaient toujours déçus. Harry pouvait être intimidant, certes, mais pas à cause de son aura magique et héroïque. Plutôt à cause de ses yeux verts froids, de sa mine revêche, de ses silences menaçants et de sa barbe broussailleuse. Nox aimait tout cela, parce que c'était Harry mais les autres, eux, étaient souvent déconcertés.
Quand Harry rentra chez lui, Teddy était levé, ce qui était plutôt surprenant. Il n'était pas encore onze heures et c'était samedi. Harry le regarda se faire un café au lait et grignoter un morceau de pain avec du beurre.
- C'est à cause du professeur Bennett, dit Teddy en marmonnant. Je dois faire tout un exposé sur les Êtres de l'eau. Pfff… J'ai bien hésité à aller carrément sous le lac pour les interroger directement mais Paul m'a déconseillé de faire ça.
- Heureusement que tu as un ami plus sensé que toi. Les Êtres de l'eau ne sont pas commodes et n'apprécient généralement pas qu'on pénètre sur leur territoire sans autorisation.
- Bien sûr… Ce qui ne t'a pas empêché de le faire, pas vrai ? Tu as fait absolument toutes les choses que tu m'interdis de faire.
- C'est faux, rétorqua Harry. J'ai rencontré les Être de l'eau dans le cadre du Tournoi des trois sorciers, ils étaient parfaitement avertis que des élèves allaient venir puisque c'était carrément eux qui géraient la deuxième épreuve.
Teddy s'appuya sur son coude et contempla Harry pendant un instant qui sembla long.
- Quand je pense que tu as réussi à gagner ce truc… souffla Teddy comme s'il était surpris.
- Comment dois-je prendre cette remarque ? demanda Harry avec perplexité.
Teddy haussa les épaules et quitta la cuisine en emmenant sa tasse de café.
- Je vais faire mes devoirs, ceux que ton ancien copain nous donne volontairement pour nous faire du mal et bousiller nos weekends, cria-t-il depuis sa chambre.
- Il n'a jamais été mon copain, cria Harry de la même manière.
- Ton ancien plan cul !
- Teddy, pour l'amour de Merlin !
Harry entendit Teddy éclater de rire dans sa chambre et décida d'en rester là. Il préféra descendre à l'auberge pour nettoyer une dernière fois le comptoir avant d'ouvrir. Nox le rejoignit dans l'après-midi, parce que le samedi était le jour le plus fréquenté de la semaine, pour des raisons évidentes. Harry savait que Rosemerta, sa concurrente directe, avait encore plus de clients que lui mais il ne s'en formalisait pas. Elle avait essayé de le provoquer un peu, parfois, quand ils se croisaient au marché, en lançant des petites piques mais Harry avait répondu d'un air blasé. Il savait qu'Abelforth adorait se disputer avec elle mais il n'était pas Abelforth.
Vers trois heures de l'après-midi, Teddy descendit avec sa veste et sa détermination.
- J'ai fini mon parchemin, déclara-t-il, une lueur un peu folle dans le regard. Je vais prendre l'air.
- À vélo ?
- Oui. J'ai besoin d'évacuer, ne t'étonne pas si je sors longtemps.
- Mmh, grogna Harry en guise d'assentiment.
A côté de lui, Nox grimaça.
- Quel bonheur de ne plus être à Poudlard…
Harry haussa les épaules et accueillit le nouveau client qui entrait.
Deux heures plus tard, le client en question repartit, un vieux monsieur veuf qui habitait à l'entrée du village et venait régulièrement boire à la Tête de sanglier pour ne pas être seul. Autrefois, il s'entendait bien avec Abelforth et il avait continué à venir, même après sa mort. Harry essayait d'être aimable avec lui, par compassion.
- Colins a oublié sa bourse, fit remarquer Nox d'une voix morne.
Harry tourna la tête pour regarder la bourse de Colins abandonnée sur le comptoir. Il soupira. Aucun des deux n'avait envie de la lui rapporter parce que c'était difficile de quitter Colins qui parlait trop.
- Il m'a parlé pendant deux heures, il ne doit plus avoir grand-chose à me dire… souffla Harry en prenant la bourse. J'y vais.
Harry sortit de l'auberge et transplana jusqu'à chez Colins. Il lui rendit sa bourse, dut répéter dix fois que ça ne faisait rien et non, il ne voulait pas venir prendre un verre, il devait retourner travailler. Oui, les bouleaux étaient beaux en cette saison et ah oui, les ardoises de sa maison commençaient à s'abîmer. Harry réussit à reculer et à dire au revoir. Il fut soulagé quand la porte se referma sur Colins et fit quelques pas dans la rue, un peu sonné. Malgré lui, il se tourna vers la Cabane Hurlante, qu'on apercevait un peu plus loin. Harry plissa les yeux derrière ses lunettes et avança. C'était Teddy là-bas, il en était sûr. Il reconnaissait son vélo, appuyé à la barrière. Et avec lui, c'était… Drago.
Harry en ressentit une irritation aussi subite qu'incontrôlable. Surtout que les deux ne semblaient pas échanger deux mots après s'être croisés par hasard, non. Teddy était carrément assis sur la barrière et Drago accoudé près de lui. Ils avaient l'air de bavarder depuis un long moment. Harry se demandait bien de quoi. Il hésita à les rejoindre mais renonça et rentra à l'auberge de mauvaise humeur. Il attendit que Teddy rentre avec une impatience mêlée de rancune, une rancune qui augmentait au fur et à mesure que les heures passaient. Finalement, il était l'heure du dîner quand Teddy rentra.
- Tu es parti longtemps, fit remarquer Harry.
- Oui, je t'avais dit, j'avais besoin de décompresser. J'ai passé la moitié de la journée à travailler !
- Tu as fait quoi ?
- Je suis allé me promener dans les landes, comme d'habitude. C'est quoi ces questions ?
Harry regarda Teddy, un peu sidéré. C'était cela, avoir un adolescent sans doute, mais il ne s'y était pas préparé. Ahurissant comme Teddy lui mentait avec facilité et décontraction. Cela lui fit mal, pour de multiples raisons qu'il ne put analyser tout de suite. Il laissa Teddy remonter chez eux et resta en bas. A une heure du matin, tout le monde ou presque était parti et Harry décida de fermer. Les horaires variaient parfois, en fonction de l'ambiance et de la fréquentation. Si l'auberge se vidait avant minuit, Harry fermait et aller se coucher. Inutile de rester éveillé pour rien.
Harry remonta chez lui, avala le reste du repas de Teddy et alla frapper à sa porte. Il y avait toujours de la lumière et il savait que l'adolescent se couchait tard. Harry entra, mal à l'aise, énervé, déçu, triste, il ne savait plus quoi.
- Oui ? dit Teddy en levant les yeux de son magazine de Quidditch.
- Tu étais avec Drago Malefoy cet après-midi, pas dans les landes. Je t'ai vu.
Harry put voir la stupeur passer sur le visage de Teddy, puis, à son grand étonnement, de la peur. Harry se figea, comme si l'idée que Teddy puisse avoir peur de lui lui mettait un coup.
- Je l'ai croisé par hasard.
- Non, souffla Harry. Je suis sûr que non.
Il y eut un silence. Teddy avait reposé le magazine et s'était redressé dans son lit, tendu. Harry fit un pas vers lui.
- Dis-moi la vérité Teddy.
- Je… je vais le voir souvent, avoua-t-il.
Harry eut du mal à retenir son étonnement.
- Mais pourquoi ?
- Parce que c'est mon oncle, ou presque. Il est la seule famille qui me reste.
- Ah, dit froidement Harry.
Teddy pâlit et se mit à genoux dans son lit.
- Non, je veux dire… Toi tu es ma famille mais tu… Il y a différentes sortes de famille, tu le sais bien. Toi tu es celle du cœur, lui il est celle du sang, c'est toi qui m'as appris ça. Je ne te l'ai pas dit parce que j'avais l'impression que tu ne voudrais pas que je le voie mais…
- Tu as raison, je ne veux pas que tu le voies, dit Harry sans réfléchir.
- Mais pourquoi ? demanda Teddy d'un ton implorant.
Harry n'en savait rien, en vérité. Il chercha une bonne raison d'interdire à Teddy de revoir Drago, sentit sa colère monter. Son filleul l'aida.
- Parce qu'il a tué quelqu'un ? suggéra Teddy.
- Oui, pour commencer ! s'écria Harry, soulagé d'avoir au moins une excuse à donner.
Teddy braqua sur lui ses yeux sombres, sombres comme ceux des Black.
- Mais toi aussi tu as tué quelqu'un, fit-il remarquer. C'est même pour cela que tout le monde te connait.
Harry se sentit froid. Il eut envie de dire quelque chose de méchant à Teddy, n'importe quoi. Rien ne sortit de sa bouche. Teddy lui lança un regard affolé, comme s'il regrettait ce qu'il venait de dire.
- Je sais que tu ne l'aimes pas mais il est gentil avec moi. Quand je vais chez lui, il me joue du piano, je l'aide avec ses travaux, on se promène. Je lui raconte ma vie à Poudlard, on discute un peu, c'est tout ! Il ne me fait rien de mal, il ne dit jamais de choses bizarres ou… Moi je trouve que c'est quelqu'un de bien. Quand je suis avec lui, j'ai l'impression d'être chez mon oncle, j'aime bien. Je n'ai plus de grands-parents, je n'ai plus mes parents, je n'ai plus que toi. Et avec lui, ça fait deux personnes. S'il te plait, ne m'empêche pas d'aller le voir.
Tout ce que Harry voulut dire mourut sur ses lèvres. En fait, il ne savait pas quoi répondre à Teddy. Il n'avait aucune bonne raison de lui interdire de voir Drago. Ce qui l'énervait, c'était que Teddy lui avait menti. Et puis qu'il voyait Drago. Parce que Drago était un problème pour Harry. Mais cela ne concernait pas Teddy, il en avait bien conscience. Il se trouva ridicule et absurde, il ne savait plus où il en était.
- L'homme que Drago a tué, je sais ce qu'il lui a fait, continua Teddy. Nox m'a expliqué. Je suis assez grand pour comprendre ces choses-là maintenant et je trouve que grand-mère avait raison. L'homme méritait de mourir.
- Oui, dit brutalement Harry. Il méritait de mourir.
Certains hommes le méritaient, Harry était le premier à le penser. Il ne se serait pas autant acharné à tuer Voldemort dans le cas contraire. Il s'était vengé de l'homme qui avait assassiné ses parents, tout comme Drago s'était vengé de l'homme qui l'avait violé et torturé. Harry savait tout cela, il n'en voulait pas à Drago d'avoir fait ce qu'il avait fait.
- J'aurais préféré que tu m'en parles, dit Harry en regardant Teddy. Tu es allé le voir dans mon dos, je n'aime pas ça.
- Tu aurais dit non, répondit Teddy en prenant son courage à deux mains.
- Peut-être mais…
- Tu n'as pas le droit de m'empêcher de voir la seule famille qui me reste. Sauf si tu as une bonne raison mais je ne suis pas sûr que tu en aies une. C'est simplement parce que toi tu le détestes mais ça, ce n'est pas mon problème !
Teddy avait haussé le ton, ce qui était rare. Ils ne se disputaient pas souvent et, depuis leur réconciliation après la mort d'Andromeda, ils s'entendaient plutôt bien. Harry frissonna. Il ne savait vraiment pas s'y prendre avec les ados. C'était exactement pour cela qu'il n'avait jamais voulu être père. Il était nul et incompétent. Teddy avait raison sur toute la ligne. Harry resta debout dans la chambre, hésitant et abattu, ne sachant plus quoi répondre.
- Je… Je ne le déteste pas, murmura-t-il finalement.
- Bien sûr… ça crève les yeux que tu le détestes. A chaque fois qu'on le croise, c'est à peine si tu le regardes ou si tu lui adresses la parole !
- Stop, ça suffit. Nous en reparlerons une autre fois, il est trop tard pour ça aujourd'hui. Dors bien.
Harry sortit de la chambre, bien conscient qu'il s'enfuyait. Teddy avait dû le deviner lui aussi, ce qui donnait vraiment à Harry l'impression d'être pathétique. Il dormit très mal cette nuit-là. Il ne pensa qu'à Drago et Teddy. Il le vivait comme une trahison même s'il savait que c'était absurde. Il ne comprenait pas pourquoi il était tellement en colère, ça n'avait aucun sens. D'ailleurs, il n'était plus en colère maintenant, il était triste. Il repensa à une conversation qu'il avait eu avec Nox, peu de temps avant l'achat de sa maison. Nox était en colère contre ses parents mais avait compris une leçon importante qui avait apaisé son ressentiment et lui avait permis d'aller de l'avant. Nox avait partagé sa leçon avec Harry : la colère servait souvent à dissimuler la peur. Harry savait que c'était vrai. Il avait été en colère pendant des années pour supporter sa douleur et sa peur.
Alors là, Harry pouvait presque entendre la voix moqueuse de Nox lui faire remarquer que sa colère contre Teddy et Drago n'avait aucun sens. De quoi as-tu si peur, Harry ? aurait demandé Nox. Que Teddy se mette à préférer Drago et arrête de considérer Harry comme son père ? Non, pas vraiment. Teddy et lui étaient trop proches depuis trop longtemps pour craindre ce genre de chose. Que Teddy aime Drago plus que lui ? Peut-être un peu mais ce n'était pas vraiment cela. Si ça avait été quelqu'un d'autre que Drago, Harry n'aurait pas été autant en colère, il le savait. Alors quoi ? Allongé dans son lit, les yeux grand ouverts, Harry connaissait la réponse à sa question, ou du moins une partie. Il avait peur de Drago, terriblement peur de Drago. Il ne savait pas exactement pourquoi. C'était ridicule, il le savait bien. Mais il avait peur du regard de Drago sur lui, de ce regard étrange qu'il posait sur lui quand ils se croisaient, peur de ses mots toujours gentils, trop gentils. Peur de sa fragilité, peur de sa force et de son courage. Et si Drago se rapprochait de Teddy, alors Drago se rapprochait de Harry. Et Harry avait peur que Drago se rapproche de lui.
Imbécile, pensait Harry, je suis un imbécile. Teddy avait parfaitement le droit de vouloir entretenir une relation avec Drago, le droit de trouver en lui un oncle attentif et affectueux qui lui donnait l'impression de ne pas être seul au monde. Harry ne pouvait pas le priver de cela, il le savait. Au lieu d'engueuler Teddy, il devrait être de son côté, malgré sa peur et ses ressentiments envers Drago. C'est cela qu'un adulte raisonnable ferait : accompagner Teddy dans sa quête de reconnaissance et d'amour. Harry était un père pitoyable mais il pouvait encore s'améliorer. Il prendrait sur lui, ferait un effort, refoulerait sa peur et soutiendrait Teddy.
Il quitta son lit, constata qu'il était quatre heures du matin et se rendit dans la cuisine. Il écrivit un mot à Drago, plutôt sec mais pas impoli, le confia à son hibou et alla se coucher. Le lendemain, il se sentait mal et épuisé, il avait trop peu dormi et trop cogité. Heureusement, c'était un dimanche où Harry n'ouvrait pas l'auberge. Cela arrivait souvent. Ce n'était de toute façon pas le jour où il y avait le plus de monde et si les gens voulaient prendre un verre, il y avait les Trois balais. Harry, lui, aimait profiter de son dimanche avec ses enfants, avec Albus et Katerina quand ils étaient là ou avec Teddy quand il n'y avait que lui. Il prit une douche brûlante en se préparant mentalement à la suite et alla réveiller Teddy à onze heures. Celui-ci grogna puis se rappela sans doute la dispute de la veille et émergea sous sa couverture pour lancer à Harry un regard plein d'appréhension.
- Lève-toi, ordonna Harry. Nous avons un invité pour le déjeuner.
- Qui ça ?
- Drago Malefoy. C'est ton oncle, c'est ça ? Alors pourquoi ne pas passer un dimanche midi en famille tous les trois ?
Harry avait posé la question d'une façon déterminée. Teddy se sentit presque encore plus effrayé et pas très sûr de lui.
- Vraiment ? bafouilla-t-il. Tu… Tu ne vas pas être méchant avec lui, n'est-ce pas ?
- Non, assura Harry.
- Pourquoi ? Pourquoi l'as-tu invité ?
- Tu as dit que je n'avais pas le droit de t'empêcher de voir la seule famille qui te restait. Tu as raison, je ne t'en empêcherai pas. Mais tu es mon garçon et je dois veiller sur toi. Nous allons déjeuner avec Drago, pour qu'il sache que je suis au courant et que j'accepte votre amitié. Et aussi pour lui signaler que s'il merde avec toi, je lui tomberai dessus.
Teddy secoua la tête, à la fois heureux et horrifié. Harry le laissa se lever et marcha jusqu'à la cuisine en réfléchissant à ce qu'il allait préparer. Il avait reçu une réponse de Drago ce matin, pendant qu'il dormait encore. Celui-ci avait accepté l'invitation. Harry n'était toujours pas certain que ce soit une bonne idée mais il le faisait pour Teddy. Il était sûr que le garçon serait plus serein et heureux si Harry faisait la paix avec Drago, ou du moins, s'il se montrait moins hostile à son égard.
Quand Drago arriva, le rôti cuisait encore au four avec les pommes de terre et les légumes. Teddy était prêt par contre, il était même tendu, assis sur le canapé de manière peu naturelle. Il voulut accueillir Drago quand il frappa à la porte de l'auberge mais Harry y alla lui-même. Il ouvrit la porte, affronta le regard de Drago et lui marmonna un bonjour un peu froid. Drago le fixa sans trop s'émouvoir de cet accueil peu chaleureux.
- Pourquoi m'as-tu invité à déjeuner ? demanda Drago en chuchotant presque, comme s'il se passait quelque chose de grave.
- Parce que je sais que Teddy passe du temps avec toi et que je n'aime pas qu'il le fasse dans mon dos.
Drago tressaillit légèrement. Même si Harry la contrôlait, Drago pouvait sentir sa colère. Elle était toujours là de toute façon, toujours là quand ils se voyaient.
- Il ne pensait pas à mal, il voulait juste rencontrer quelqu'un de la même famille que…
- Je sais, je sais. C'est pour ça que je t'invite. Allons-y.
Harry s'engagea dans les escaliers, délaissant la grande salle vide de l'auberge. Drago le suivit, curieux, un peu excité à l'idée d'aller chez Harry et de voir là où il vivait. Quand il arriva à l'étage, il fut immédiatement intercepté par Teddy qui avait l'air clairement nerveux. Drago lui sourit.
- Bonjour Edward, dit doucement Drago en passant un bras autour de ses épaules.
Harry se tourna vers Drago pour le regarder avec agacement et incrédulité. Personne n'appelait Teddy de cette manière, c'était ridicule. Teddy, pourtant, sourit et rendit son accolade à Drago sans paraitre gêné. Harry se sentit idiot, déplacé, pathétique. Qu'y avait-il de ridicule à appeler le garçon par son prénom, en réalité ? Rien, évidemment.
Drago observa le salon, jeta un coup d'œil à la cuisine qu'on voyait plus loin. Comme la première fois à l'auberge, Harry se sentit mal à l'aise.
- Ce n'est pas très grand et pas très luxueux mais c'est chez nous, dit-il d'un ton bourru.
Drago échangea un rapide coup d'œil avec Teddy.
- J'ai connu des endroits moins grands et moins luxueux, répondit Drago de sa voix trainante. Ta maison est très bien.
Harry contempla Drago une seconde, repensa à l'appartement sévère que Kyle lui avait donné ou encore aux cellules d'Azkaban. Il se dit qu'il était stupide et qu'il devait arrêter. Drago n'en avait plus rien à foutre du luxe et de la grandeur, et Harry n'avait pas à se sentir minable à cause de ses choix de vie. Il imaginait de la part de Drago des jugements qu'il n'avait pas. Il lui prêtait des intentions malveillantes qu'il n'avait sans doute pas non plus.
Teddy prit la parole de façon opportune pour expliquer à Drago que Harry les avait vus la veille et qu'il savait donc qu'ils se rencontraient régulièrement. Drago put nettement deviner la légère crispation du parrain et de son filleul, imagina vaguement la dispute qui avait pu s'en suivre, ne posa aucune question. Rassuré par la présence de Drago, Teddy avoua à Harry que le vélo, c'était en bonne partie pour ça, pour aller à Ladystone plus rapidement, sans avoir à marcher une heure. Teddy était curieux depuis qu'il avait vu Drago pour la première fois à l'auberge, il avait eu envie de le rencontrer et de le connaitre. Drago n'y était pour rien en vérité, c'était lui qui avait commencé tout ça.
Harry se sentit agacé que Teddy cherche à défendre Drago et Drago se sentit touché. Pour autant, personne ne s'énerva. Harry avait décidé de rester calme et conciliant. Il apprit donc que les travaux chez Drago étaient lents parce qu'il les faisait lui-même, les moins importants en tout cas. Harry fut surpris et un peu impressionné que Drago soit aussi motivé. Teddy racontait avec enthousiasme comment il avait décollé du papier peint, comment il en avait recollé, comment il avait reconstruit le muret du jardin ou encore repeint le portillon. Drago expliqua qu'il s'occupait des pièces les unes après les autres, selon leur importance. Il n'était pas pressé, cela ne le dérangeait pas que ça prenne du temps. Ça l'occupait. Jour après jour, il regardait ses réussites et ses progrès, comme Harry le lui avait conseillé.
Harry ignora la dernière remarque. Il n'avait aucune envie de repenser au moment incongru où il était allé voir Drago pour lui conseiller de vivre. Il en gardait un goût étrange qui l'effrayait. Il s'enfuit presque pour aller sortir le rôti du four et le déposer sur la table. Quand il revint, Drago était accroupi dans le salon et caressait Sunday, le chat gris de Harry, qui se laissait faire avec circonspection. Teddy riait pour quelque chose que Harry n'avait pas entendu. Il regarda Drago sourire, d'une façon amusée et tendre, comme il l'avait rarement vu sourire. Il n'osa rien dire pendant quelques secondes puis interrompit le moment pour annoncer que le repas était prêt.
Il écouta Teddy vanter les mérites de Fitz, le fléreur de Drago. Les deux se lancèrent dans une sorte d'analyse comparative entre les chats et les fléreurs. Harry les laissa faire sans trop participer. Drago avait l'air en adoration devant Fitz, il semblait heureux quand il en parlait, son visage s'illuminait un peu. Harry trouva cela choquant que Drago ait suivi son conseil de prendre un animal de compagnie et que cela ait si bien fonctionné. Il avait envie de voir Drago avec Fitz, juste comme ça. De le regarder le prendre dans ses bras en lui parlant d'une voix stupide. Et il trouvait cela totalement terrifiant.
Il revint dans la conversation quand il apprit que Drago voulait devenir un Animagus et qu'il avait déjà franchi plusieurs étapes. En l'occurrence, il avait gardé une feuille de mandragore dans sa bouche pendant un mois, l'avait ensuite enfermée dans un flacon avec d'autres ingrédients étranges dont une mèche de cheveux lui appartenant et maintenant, il devait en gros attendre un orage tout en récitant chaque jour, au lever et au coucher du soleil, la formule adéquate. C'était laborieux et compliqué mais il s'y tenait, très motivé. De toute évidence, Teddy suivait les progrès de son oncle avec le même enthousiasme. Harry ne put s'empêcher d'être surpris – encore, c'était affolant – et de poser des questions. Il raconta comment son père et ses amis avaient réussi à se changer en Animagi à Poudlard.
- Edward m'en a parlé, oui, dit Drago. Franchement, je trouve ça impressionnant qu'ils aient pu le faire, c'est quand même un processus long et compliqué.
- Ils ont mis plusieurs années je crois, répondit Harry qui ne s'habituait pas à entendre Drago dire « Edward ».
- J'ai peur de mettre presque un an moi aussi. Je ne sais pas quand il y aura un orage… J'ai raté l'été et je crains de devoir attendre le prochain. C'est quand même plus rare d'avoir des orages en hiver, surtout ici où il fait plutôt froid.
- Il va falloir faire preuve d'une grande patience, dit Harry, pas certain que Drago en soit capable.
Celui-ci haussa les épaules, doucement.
- Oui, confirma-t-il. Cela ne fait rien, j'attendrai. Je n'ai rien d'autre à faire de toute façon et je suis habitué.
- Habitué à quoi ?
- A attendre.
Harry ne sut pas quoi répondre à cela. Il se demanda si Drago parlait de la prison et du fait qu'il avait attendu onze ans avant d'en sortir. Sans doute. Harry songea qu'il n'attendait rien, lui. Quand donc avait-il arrêté d'attendre quelque chose de la vie ? Il ne savait plus exactement.
- Et toi ? demanda Drago d'un ton badin. Des projets ?
Harry hésita.
- C'est plus calme l'hiver, il y a moins de travail. Je commence à préparer les ruches pour l'hivernage.
- C'est-à-dire ?
- Je doute que ça t'intéresse.
- Tu n'en sais rien.
Harry et Drago se fixèrent un instant puis Harry baissa la tête.
- Veiller à ce que les abeilles restent au chaud et ne dépensent pas trop d'énergie, vérifier qu'elles aient des réserves suffisantes, qu'il n'y ait pas de prédateurs, traiter contre les parasites, ce genre de choses.
Drago observa Harry sans rien dire, sans vraiment se cacher, l'air d'essayer de l'imaginer s'occuper des ruches.
- Qui t'a appris tout ça ?
- Abelforth Dumbledore, l'ancien propriétaire.
Drago eut l'air étonné, comme s'il n'était pas au courant que le frère de Dumbledore vivait ici et ne l'apprenait que maintenant. Il fronça les sourcils, eut une expression exaspérée et but une gorgée de vin.
- Est-ce que c'est une information que tout le monde connait, ça ? demanda-t-il d'un ton un peu agressif. Est-ce que je savais que la Tête de sanglier était tenue par un Dumbledore ?
- Non, pas forcément. Je ne suis pas sûr que grand monde le sache.
- D'accord.
Drago se calma, un peu honteux.
- J'ai oublié pas mal de choses ces dernières années, murmura vaguement Drago. C'est pénible parfois.
Harry devinait que c'était à cause de la drogue mais il ne releva pas. Il n'était pas certain de vouloir en parler devant Teddy, pas certain non plus que Drago en ait envie. Teddy – heureusement qu'il était là – se mit à détailler davantage leur travail avec les ruches. Drago écouta, l'air intéressé et un peu impressionné par la complexité de la chose. Ce n'était pas si simple de s'occuper d'abeilles.
Heureusement que Teddy était là pour faire la conversation et détendre l'ambiance, donc. Malgré cela, une partie de Harry aurait aimé qu'il s'en aille. S'il se retrouvait seul avec Drago, il pourrait parler d'autre chose. De quoi voulait-il parler ? Il ne le savait pas exactement. Il avait des questions, des questions qu'il se posait depuis des années et dont il aurait aimé avoir la réponse. Jusqu'à présent, il avait évité les questions, parce qu'il avait peur des réponses. Il avait toujours peur mais malgré tout, il voulait savoir. Qu'avais-tu vécu à Azkaban durant ces dix dernières années ? T'a-t-on fait du mal ? As-tu souffert ? Qui as-tu aimé ? L'homme aux papillons ? Comment as-tu fait pour supporter ? Qu'as-tu pensé en sortant ? Pensais-tu vraiment tout ce que tu as écrit dans tes chansons ? Est-ce que je t'ai manqué, là-bas ? Que vas-tu faire de ta vie maintenant ? Vas-tu mieux ? Penses-tu encore à Kyle quand tu t'endors ? Qui es-tu aujourd'hui ? As-tu beaucoup changé par rapport à autrefois ?
- Harry.
Harry sursauta et regarda Drago.
- Oui ?
- Donc, pour être sûr, cela ne pose pas de problème qu'Edward vienne me voir de temps en temps le samedi ou pendant les vacances ?
- Non, pas de problème. Il est assez grand pour décider des gens qu'il veut côtoyer.
Drago observa Harry un instant, méfiant, comme s'il essayait de vérifier qu'il n'y avait pas de cynisme et de mépris dans sa phrase. Il y en avait peut-être un peu. Ils terminèrent de déjeuner sans que Harry se souvienne de quoi ils avaient parlé exactement. Il avait envie que Drago s'en aille maintenant, il en avait assez. Drago ne s'attarda pas, au grand soulagement de Harry. Lui aussi avait peut-être envie de s'enfuir, qui sait ? Il serra la main de Harry, ce qu'ils n'avaient pas fait depuis un temps infini et s'en alla.
OoOoOoO
Cyprian Frost était assis chez lui et regardait par la fenêtre la pluie tomber sans vraiment la voir. Il avait froid, malgré la douce température de sa maison, une jolie maison londonienne blanche avec ses grilles en fer forgé noir. Il avait envie que Drago Malefoy arrive, il savait que Drago verrait immédiatement qu'il allait mal. C'était un peu puéril comme comportement, songeait Cyprian mais il s'en moquait. Drago faisait partie de ces gens qui le voyaient pour ce qu'il était vraiment et qui se moquaient du reste. Certes, Cyprian rapportait de l'argent à Drago mais le chanteur avait compris, au bout d'un certain temps, que Drago se foutait totalement de l'argent. Il se foutait de pas mal de choses d'ailleurs, même de vivre, ou presque. C'était un peu déprimant, parfois mais c'était aussi réconfortant. Rares étaient les gens qui ne le considéraient pas comme une poule dont ils allaient voler les œufs d'or un par un, ou comme une jolie coupe dont ils allaient boire jusqu'à la dernière goutte sans rien lui laisser. Comme un gigolo séduisant à la jolie voix dont ils pourraient se repaitre encore et encore jusqu'à ce que le succès l'abandonne.
Non, il ne parlerait pas à Drago de la métaphore avec le gigolo, il n'oserait pas. Pour le reste, même s'il avait parfois tendance à s'apitoyer sur son sort, il savait qu'il avait raison. Cyprian se redressa quand il entendit frapper à la porte et laissa son elfe de maison aller ouvrir. L'elfe conduisit Drago jusqu'à la salle où le jeune homme l'attendait, c'est-à-dire une sorte de boudoir rempli d'instruments de musique divers et variés. Ils aimaient mieux se rencontrer ici qu'au studio d'enregistrement, où on risquait de les voir. Le producteur était un connard et tant que Petronilla n'avait pas mené à bien son projet d'ouvrir sa propre boite de production, mieux valait se méfier.
- La mélodie que tu m'as envoyée est vraiment bien, dit Drago sans cérémonie. Et les paroles que tu proposes pour le refrain rendent très bien aussi. J'ai réfléchi à des choses pour les couplets, je te montre.
Drago s'assit au piano et joua la mélodie que Cyprian avait écrite. Il y rajouta ses nouvelles paroles, qui collaient parfaitement avec ce que Cyprian voulait raconter dans sa chanson. Il avait modifié la mélodie aussi, juste un peu, dans les transitions entre les couplets et le refrain. Comme d'habitude, c'était précis, subtile et incisif. Drago était doué mais Cyprian se demandait s'il s'en rendait compte. Il était clair que pour lui, écrire, composer et produire des chansons n'était pas un vrai métier mais un loisir qu'il se permettait. Aberrant, vraiment, songeait Cyprian.
Il rejoignit Drago et s'assit à côté de lui devant le piano. Il nota les modifications sur sa partition, ils tentèrent quelques ajustements, retravaillèrent les paroles. Il faisait presque nuit quand ils arrêtèrent mais ils avaient la chanson.
- Le résultat te convient ? demanda Drago.
- Oui, c'est parfait. C'est fou comme tu arrives toujours à comprendre ce que je veux faire.
- On s'entend bien, c'est tout.
Cyprian hocha la tête et offrit un verre à Drago. C'était l'heure de se reposer.
- Et sinon, qu'est-ce qui ne va pas ?
Cyprian regarda Drago, heureux qu'il lui pose enfin la question. Il n'avait pas grand monde à qui se confier. Il détestait son producteur, qui ne voyait en lui qu'une source de fric. Son frère, qui lui servait peu ou prou de manager en l'accompagnant à ses rendez-vous professionnels, croyait bien trop en lui pour que Cyprian ose se plaindre. Et puis, c'était toujours la même histoire… La réussite de Cyprian nourrissait la famille de son frère. Ses parents, il leur en voulait à mort. Ils s'étaient opposés à lui quand il avait voulu devenir chanteur. Maintenant qu'il avait du succès, ils étaient devenus mielleux et étrangement soutenants. Il y avait Petronilla, bien sûr, qui était ce qui se rapprochait le plus d'une amie. C'était elle qui l'avait aidé à devenir quelqu'un, il lui devait une bonne part de sa réussite. Quant à ses amis d'enfance, parlons-en…
- J'ai passé la soirée avec mes amis de Poudlard hier, dit Cyprian d'un ton amer. C'était bien jusqu'à ce qu'ils proposent d'aller passer une semaine dans les Caraïbes pour le nouvel an. J'étais étonné qu'ils proposent ça, c'est quand même vachement cher et mes amis ne gagnent pas beaucoup.
Drago le regarda sombrement, son verre à la main.
- Laisse-moi deviner, proposa-t-il. Ils t'ont dit que tu pouvais bien leur offrir le séjour, avec tout ce que tu gagnais.
Cyprian eut un éclat de rire désabusé.
- Exact, quelque chose comme ça. Et au fond, oui, pourquoi pas, je pourrais. Mais c'était leur façon de le dire, je ne sais pas… Je n'étais pas à l'aise. Et même si j'ai envie de partager un peu de ma réussite avec eux, je ne suis pas certain non plus que ce soit mon rôle de leur payer des vacances ou ce genre de choses. Je veux dire… Est-ce que les choses ne vont pas devenir bizarres entre nous si je commence à leur offrir de l'argent comme ça ?
- Si, admit Drago.
- Parfois je me dis… On essaie de se faire croire que les choses ne changent pas et que tout est comme avant mais c'est faux. Depuis que j'ai du succès, les choses ont changé. Certains de mes amis sont devenus différents. Ou peut-être que c'est moi qui suis devenu un gros con.
- Tu as certainement changé un peu mais tu n'es pas un gros con, assura Drago.
Cyprian eut un sourire triste. Il ne semblait pas du tout heureux de sa célébrité, c'était clair. Drago l'avait remarqué dès le début. Tout ce succès rapide lui faisait peur. Cyprian n'était heureux et détendu que sur scène, quand il oubliait le reste et se mettait à chanter. Le jeune homme cacha son visage derrière ses mains et soupira.
- J'ai l'impression que tout le monde se sert de moi et ne pense qu'à l'argent que je leur rapporte. Mon producteur veut faire de moi quelque chose que je déteste. Tu sais qu'il a censuré deux chansons de mon dernier album, sous prétexte que ça ne faisait pas assez viril de chanter ça et que ça ne plairait pas. Quelles conneries ! Il veut faire de moi un beau gosse vide et séducteur qui plait aux jeunes filles, une espèce de prince charmant à la con.
Drago savait bien tout cela. Il eut une pensée pour Jimmy qui s'inventait des ennemis imaginaires et qui en souffrait. Cyprian souffrait aussi mais il ne délirait pas. Son producteur essayait réellement de le façonner de cette façon. Il fallait dire qu'il avait le physique pour. Il était beau, il avait une voix magnifique et une prestance indéniable sur scène. Il était jeune, encore suffisamment nouveau dans l'industrie pour sembler naïf et insouciant. Les filles en raffolaient. Elles hurlaient à ses concerts, faisaient la queue pendant des heures pour obtenir un autographe. Les garçons aussi l'aimaient mais eux, évidemment, ils se faisaient un peu plus discrets.
- Le pire c'est que toutes ces conneries fonctionnent. L'autre soir…
Cyprian se tut et rougit un peu. Il regarda Drago avec hésitation.
- Tu ne parles à personne de ce que je dis, promis ?
- Bien sûr.
- L'autre soir, après la séance d'autographes, je suis rentré avec une des filles qui étaient là. Je veux dire… Bon, c'est quand même un peu tentant quoi.
Drago fronça les sourcils.
- Tu n'es pas gay ?
- Bah, dit Cyprian en haussant les épaules. Je préfère les garçons mais de temps en temps, les filles ça change un peu. A petites doses, ça va. Enfin là, ça m'a rappelé pourquoi j'aimais plus les garçons. Elle n'arrêtait pas de me dire des trucs du style « J'adore quand un garçon fait ci » ou « C'est tellement rare quand un garçon fait ça » et « Tu es vraiment un garçon parfait ». Et je n'en pouvais plus, c'était étouffant.
- Et comment ça s'est fini ?
- J'étais ivre alors j'ai fini par lui dire « Je suis parfait parce que je ne suis pas vraiment un garçon, je suis un peu une fille aussi ». Ça l'a paniquée. J'ai dit que je plaisantais, j'ai terminé le truc et je suis rentré chez moi tout de suite après.
Cyprian avait l'air triste et blasé en même temps. Drago avait un peu pitié de lui.
- C'est vrai que tu es un peu une fille ?
- Non, pas vraiment. Enfin je ne sais pas. Je veux dire, je voudrais simplement être moi et qu'on me foute la paix. Je ne supporte plus les remarques de mon producteur qui me fait remarquer que cette tenue fait trop efféminée ou que la barbe fait trop homme et que ça ne va pas parce que je dois avoir l'air jeune comme un lycéen pour affoler les lycéennes et en même temps, je dois avoir l'air mystérieux et viril et… Bordel, ça ne veut même plus rien dire à force !
Il avait l'air à bout, Drago ne l'avait jamais vu dans cet état-là. Cyprian dut s'en rendre compte car il s'avachit sur son canapé et posa un bras devant ses yeux.
- Regarde-moi, je n'ai même pas vingt-cinq ans et je me sens déjà épuisé et usé. C'est terrible. Je vais finir comme les Bizarr' Sisters, complètement défoncés à la potion d'euphorie pour tenir le coup.
- J'espère que non. Quand Petronilla aura monté sa boite de production, tout ira mieux.
- Oui… Ou alors j'arrêterai, tout simplement. Je m'achèterai une maison perdue quelque part où personne ne me reconnaitra et je disparaitrai de la circulation.
- Fais gaffe, tu vas finir comme moi.
Cyprian sourit. Il s'étira, se passa une main sur le visage et frissonna pour se donner du courage. Il s'était assez plaint comme ça. Il se leva avec motivation, comme s'il voulait à tout prix chasser ses idées noires. Drago n'était pas certain que ce soit la bonne solution.
- Tu veux écouter ma dernière compo ? demanda Cyprian.
- Bien sûr, avec plaisir.
Cyprian s'assit derrière le violoncelle qui trônait près du piano, vérifia qu'il était accordé et fit glisser l'archet sur l'instrument. Il aimait composer des morceaux pour violoncelle qu'il gardait pour lui et ne montrait presque à personne. Drago faisait partie des rares personnes qui avaient le droit d'écouter. Il contempla donc Cyprian jouer du violoncelle, le visage concentré et serein. Il était différent dans ces moments-là, plus calme, plus en paix, plus lui-même. Ce n'était pas vraiment à la mode de composer des suites pour violoncelle, plus personne ne faisait cela, ou presque. Cyprian avait quelque chose d'un peu démodé qui plaisait à Drago. Il songea avec un peu d'amusement que les lycéens et les lycéennes seraient affolées de le voir ainsi.
Le morceau dura une quinzaine de minutes puis Cyprian fit doucement glisser les dernières notes avant de relever son archet. Il avait les joues rosées et le regard excité.
- Tu es vraiment doué pour ça, avoua Drago sans difficulté.
- Merci. Je regrette parfois d'être un sorcier. Il n'y a pas beaucoup d'ouvertures pour nous ici. Le monde de l'art moldu est bien plus vaste.
- J'ai l'impression que le monde moldu est bien plus vaste pour beaucoup de choses, marmonna Drago d'un ton vaguement amer.
Cyprian n'eut pas l'air choqué d'entendre Drago prononcer une telle phrase. Il était trop jeune pour avoir connu les Malefoy et leurs idées. Il savait à peine qui était Drago.
- Tu veux aller prendre un verre et manger quelque chose ? proposa Drago en s'étirant.
- Oui, mais pas sur le Chemin de Traverse alors. Les gens me reconnaissent et c'est l'enfer. Depuis que j'ai posé pour la publicité du dernier parfum de Divine, c'est encore pire.
- Tu veux aller chez les Moldus ? s'inquiéta Drago, jamais très à l'aise avec cette idée.
- Non, par Merlin, nous n'avons pas d'argent moldu, que ferions-nous ? Allons chez toi, dans le grand nord.
- Ce n'est pas le grand nord, rétorqua Drago en riant.
- C'est tout comme.
Ils enfilèrent leur manteau et transplanèrent jusqu'à Pré-au-Lard. Drago aurait pu emmener Cyprian aux Trois balais, qui était quand même une taverne plus accueillante mais il ne pouvait s'y résoudre. Ils entrèrent donc à la Tête de sanglier et trouvèrent facilement une table libre près de la grande cheminée. Harry avait recommencé à allumer un feu maintenant que le mois d'octobre était bien avancé. Nox vint prendre leur commande et Drago ne put s'empêcher de lui sourire.
- C'est nouveau cette coupe ! s'écria-t-il. Ça vous va très bien.
- Merci, répondit Nox d'un ton morne. Que désirez-vous ?
Nox s'était coupé les cheveux courts, en laissant toutefois une mèche tomber un peu sur son front, même si beaucoup moins grande qu'avant. Drago songea que son visage était vraiment charmant et que c'était agréable de le voir enfin. Il songea aussi que Harry déteignait vraiment trop sur Nox qui avait la même voix morne que lui. Cette idée l'amusa un peu.
Il était déçu de ne pas voir Harry, en revanche. Quand Nox revint avec les chopes de bière et les Fish and chips, il demanda si Harry travaillait ce soir.
- Il a ses enfants, il ne travaille pas, répondit Nox d'une voix moins morne.
Drago fut presque sûr de voir de l'amusement dans son regard mais décida de l'ignorer. Cyprian put continuer à raconter ses états d'âme à Drago qui l'écoutait obligeamment. Ecouter les problèmes des autres lui permettait d'oublier les siens. C'était paisible d'être là, il n'y avait jamais grand monde dans cette auberge, ils pouvaient être tranquilles. Drago comprenait pourquoi Harry aimait vivre là.
Quand leurs chopes furent vides, Cyprian se leva pour aller en demander deux autres. Il s'accouda au comptoir, attendit que Nox se libère et lui sourit en demandant deux bièraubeurres. Nox saisit deux nouvelles chopes et observa Cyprian avec attention. Elle l'avait déjà vu quelque part. C'était le type sur le panneau publicitaire, le seul et unique du village, qui était planté dans la rue la plus fréquentée, devant Honeydukes. Nox ne savait même plus de quoi parlait la pub. De vêtements ? De bijoux ? Le jeune homme lui rendit son regard et se crispa un peu. Il se pencha sur le comptoir, l'air conspirateur.
- S'il vous plait, chuchota-t-il. Si vous m'avez reconnu et que vous êtes l'une de mes fans, restez discrète. Je voudrais passer une soirée tranquille.
Nox le fixa avec un air blasé et réprobateur.
- Je ne suis pas une femme.
Cyprian eut l'air sincèrement désolé.
- Oh, excusez-moi ! Si vous êtes l'un de mes fans, je veux dire.
- Je ne suis pas un homme non plus.
- Euh… Alors… Si vous êtes fan de moi ?
La situation commençait à amuser Nox. Le jeune homme devait avoir quelques années de moins que Nox et de toute évidence, il était connu. Il était diablement beau aussi mais c'était une autre affaire. Nox apprécia qu'il n'eût pas l'air choqué et qu'il s'efforce de se corriger. C'était toutefois agaçant qu'il se croie aussi populaire.
- Je ne suis pas fan de vous, je ne sais même pas qui vous êtes.
- Oh. Parfait alors !
Le visage du jeune homme s'éclaira un instant, ce qui le rendit encore plus beau.
- Je vous ai simplement vu sur un panneau publicitaire.
- Oubliez ça dans ce cas, sourit le jeune homme.
- Et qui êtes-vous donc ?
Cyprian sourit et lui fit un clin d'œil en prenant ses chopes.
- Je ne suis personne !
Il retourna s'asseoir près de Drago Malefoy, ce que Nox trouva très pratique. Si vraiment cette question l'agaçait trop, Nox pourrait demander à Drago qui était son ami. Nox essuya le comptoir d'un geste machinal en observant les deux hommes assis devant la cheminée. Drago Malefoy était attiré par Harry comme une abeille par des fleurs, c'était drôle et triste à regarder mais Nox ne s'en lassait pas. Quant à l'autre, c'était surement le jeune homme le plus séduisant que Nox ait jamais vu. Bon, il y avait bien Leo Black qui était attirant mais il était trop vieux. L'ami de Drago n'était pas trop vieux. Et personne ne lui avait jamais fait un clin d'œil de cette manière. Ça accélérait un peu les battements de son cœur, Nox devait bien l'admettre.
