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9 – Synchrones
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Potter avait repris ses cours. Les élèves l'avaient littéralement harcelé pour savoir comment il avait combattu le strangulot. Les mensonges de Severus étaient indéniablement efficaces. Ils étaient tous persuadés que leur professeur d'Histoire de la Magie avait héroïquement triomphé de la créature, ce qui ajoutait à l'aura de fascination qui entourait Harry Evans.
Depuis l'incident de la potion, Potter avait conservé une certaine distance avec Severus. Néanmoins, il buvait désormais docilement chaque remède que ce dernier lui donnait et ne rechignait pas à l'examen médical que le professeur lui imposait régulièrement.
Les rêves d'Harry ne le hantaient plus, mais Severus n'en était qu'à moitié satisfait : le traitement de Sommeil sans Rêve n'était qu'une solution temporaire. Il savait mieux que quiconque que la prise régulière de cette potion menait à une accoutumance dangereuse, pire qu'une drogue, et qu'il fallait des années pour s'en sevrer totalement. Chaque nuit, il observait Harry sombrer dans un sommeil artificiel, et chaque matin, il craignait de ne faire qu'empirer la situation.
Il commença doucement à réduire les doses, espérant que les cauchemars ne reviendraient pas avec la même intensité. Mais ses espoirs furent rapidement douchés. Les premiers signes réapparurent presqu'immédiatement, d'abord discrets, puis de plus en plus évidents. Des crises de panique, de violents accès de magie instinctive ou de longues insomnies venaient ruiner leurs nuits et Severus savait qu'il n'y avait pas de solution simple à ce cycle vicieux.
Malgré cela, Potter ne se plaignait jamais. Il n'hurlait pas. Ne pleurait pas. Il restait désespérément silencieux et le Serpentard craignait de revoir le regard vide et hanté qu'il lui avait connu. Il se sentait impuissant. Il avait passé des heures à chercher une alternative, à lire des traités anciens sur les rêves, mais rien de ce qu'il avait trouvé ne semblait offrir une solution durable.
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Alors que les vacances de Noël approchaient, Potter finit enfin par choisir la punition qu'il allait infliger à Severus.
Ce dernier s'était attablé et profitait d'une matinée calme en déjeunant, quand le jeune professeur se dirigea vers lui et lança sur la table, dans sa direction, un prospectus.
Severus releva les yeux sur Harry, mais ce dernier ne dit pas un mot. Il semblait attendre qu'il prenne connaissance du document avant d'expliquer quoi que ce soit.
Le potionniste laissa un soupir lui échapper puis essuya ses mains dans une serviette avant de s'emparer du papier.
« Grand bal de Noël. »
Ok. C'était suffisant. Le papier devint une boule, et un lancer réussi lui fit finir sa courte vie dans les flammes de la cheminée. Satisfait, Severus reprit son couteau et découpa méticuleusement son omelette.
« Oh non, je ne crois pas, Severus. - Au grand désespoir du professeur de potions, Harry venait de tirer une chaise pour s'asseoir près de lui. - Tu vas y aller, à ce bal. »
« Je ne crois pas, non. »
« Et même que je serai ton cavalier. »
Severus suspendit son geste. Pardon ? Potter lui proposait... lui proposait quoi d'abord ? Un rencard ? Il leva ses yeux et croisa les deux émeraudes décidées. Bon sang, non. Personne ne le forcerait à se ridiculiser à un truc dans le genre.
« Je n'irai pas. »
« Tu n'as pas le choix. C'est le début de ta pénitence. » Harry se releva et quitta le salon sans lui adresser un regard. « Oh, et, Severus, je veux des costumes assortis. »
Le Serpentard jeta un regard noir vers la porte par laquelle Harry venait de sortir : ce dernier savait toujours exactement comment le faire sortir de ses gonds.
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Ce soir-là, alors qu'il préparait des potions dans son laboratoire, Severus sentit une présence derrière lui. Il se retourna pour voir Harry, adossé contre le cadre de la porte, les bras croisés.
« Je ne plaisantais pas. Nous irons à ce bal. »
« Et je te répète que je refuse. » rétorqua Severus en retournant à son travail.
Harry s'avança lentement et il sortit de son manteau une liasse de lettres : « Bien. Alors peut-être que je devrais y aller avec Mélinda Dikkens ? J'ai reçu son invitation ce matin. »
Severus lui jeta un regard assassin mais le garçon n'en tint pas compte. Il jeta au sol plus de la moitié de la pile de parchemin et continua sur le ton de la conversation : « Bien sûr, j'enlève d'office les invitations de mes élèves. Ça ferait mauvais genre. Par contre, il y a une lettre qui a retenu mon attention. - Il déplia un papier devant lui. – C'est de Thaddeus, tu sais, le prof de sport. Bon, sa demande est vraiment mièvre, tu vois du genre : 'Tes yeux ont l'éclat de mes désirs les plus enfouis…' des conneries comme ça. Mais si on ne prend que le physique, ce mec est plutôt à tomber. Je ne sais pas si tu te souviens de sa carrure, mais je pense qu'il pourrait me soulever facilement si… »
Severus avait fondu sur lui et lui avait arraché la lettre des mains. Il la parcourut rapidement et une grimace de pur mépris s'afficha sur son visage. « Ce bellâtre n'est pas pour toi. »
« Oh, parce que c'est vrai que toi, tu sais ce qui est bon pour moi. » persiffla Harry.
La lettre s'embrasa dans les mains de Severus : « Oui. Je le sais. Tu as besoin de challenge. Tu as besoin d'être nourri intellectuellement parlant. Tu as besoin de quelqu'un qui veille sur toi et pas d'un abruti dont les deux neurones comptent t'exposer comme un trophée de chasse. »
Snape s'était encore approché et Harry le laissa faire avec une certaine indifférence : « Je vois… Du challenge hein ? Alors que penses-tu de Elysia Moonfire ? J'ai entendu dire qu'elle avait fait un passage à Azkaban. »
Les poings de Severus se serrèrent spasmodiquement : « Tu as déjà un partenaire, Potter. Et crois-moi, il serait malavisé de le contrarier. »
Harry lui jeta un regard glacial avant de tourner les talons : « C'est bien ce qu'il me semblait. Je te laisse t'occuper des costumes. Je n'ai jamais été très doué dans le domaine de la mode. Au fait, ta potion est en train de brûler. »
Et Severus fit brusquement demi-tour pour se précipiter vers son chaudron fumant.
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Le bal de Noël annonçait invariablement la fin des cours et début des vacances scolaires. Voilà pourquoi, chaque année, élèves comme enseignants attendaient avec impatience ces festivités. Severus ne restait jamais au château pour les fêtes de fin d'années, et il ne savait pas encore comment en parler à Harry. Il soupira et attacha ses longs cheveux en une queue de cheval haute. Il se recula d'un pas et s'observa méticuleusement dans la glace : le costume lui allait. C'était… correct. Et 'correct' serait le meilleur rendu qu'il ne pourrait jamais avoir, alors ça suffirait comme ça.
« Severus. Si tu continues d'essayer de te planquer dans la salle de bain pour éviter le bal, je te jure que je défonce la porte. »
Severus soupira à nouveau. Pourquoi fallait-il absolument se montrer ? Ne pouvaient-ils pas rester tranquillement dans leur appartement ? Il ouvrit brusquement la porte et se retrouva nez à nez avec Potter. Ce dernier ouvrit la bouche et laissa son regard courir sur son corps.
« Tu es… tu es… je… ça te va bien. »
Le Serpentard détailla à son tour son collègue. Il n'émit aucune remarque mais son cœur s'emballa stupidement : le garçon était tout bonnement magnifique et Severus aurait bien souhaité ne le garder que pour son propre plaisir. Les autres ne méritaient pas Potter, voilà tout.
Le petit brun s'approcha de lui et réajusta sa cravate. Il en profita pour laisser sa main trainer le long de son torse. « Tes pupilles te trahissent encore… »
Severus retint son poignet d'une main : « Et toi ? Pourquoi sembles-tu si essoufflé ? »
Harry laissa un souffle moqueur s'échapper de ses lèvres : « C'est ta faute. Je ne m'y attendais pas. J'ai juste été un peu surpris. »
Snape ne répondit rien, mais il laissa ses lèvres effleurer les doigts du garçon. Très légèrement. Juste de quoi rajouter un peu de tension entre eux.
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Le bal battait son plein quand ils arrivèrent. Plusieurs regards curieux se tournèrent dans leur direction et Severus put entendre quelques murmures sur leur passage. Mais, à son plus grand étonnement, il n'y avait rien de négatif dans les rumeurs qui circulaient : on parlait de la beauté de Potter, de leur tenue sobre et élégante et il surprit même quelques propos sur son propre charme. Personne ne lui avait jamais dit qu'il avait du charme. C'était décidément une première.
Alors qu'Harry s'était absenté pour leur chercher un verre de punch, une étudiante se dirigea vers lui : « Professeur. Vous avez cinq minutes à m'accorder ? »
Snape lui adressa un regard hautain : « Pas plus, Miss. »
« J'ai quelques questions au sujet du Felix Felicis. J'aimerai aussi votre avis sur ma potion. Peut-être pourriez-vous m'accompagner un instant ? »
Elle désigna de la main une porte à l'autre bout de la salle et Severus fronça les sourcils. Il allait répondre quand une voix cinglante le fit à sa place : « Mademoiselle Rahni. Auriez-vous l'amabilité de ne pas importuner mon compagnon en dehors de vos heures de classe. »
Potter. Il semblait agacé. Pourquoi ?
La fille ne se démonta pas : ignorant ostensiblement le professeur d'Histoire de la magie, elle adressa son plus beau sourire à Severus : « Professeur… (Étrangement, ce mot ne lui faisait pas le même effet quand c'était Potter qui le prononçait.) Vous ne comptez pas danser, de toute façon. Je vous connais et je sais bien que ce n'est pas dans vos habitudes. Nous pourrions… »
Cette fois-ci, Harry se plaça entre eux. Le message ne pouvait pas être plus clair. Un grognement menaçant roula dans sa gorge : « Dois-je retirer des points à Serdaigle, Miss Rahni ? Il ne vous suivra pas. À aucun moment. Vous pourriez vous rouler sur le sol en pleurant qu'il resterait avec moi. Me suis-je bien fait comprendre ? »
Voir Potter en train de marquer son territoire… c'était affreusement jubilatoire. Severus su qu'il devait agir. Il attira, d'une main sur sa hanche, le garçon jusqu'à lui, et se pencha à son oreille : « Je me méprends peut-être, mais cela ressemble terriblement à de l'abus de pouvoir… »
Harry le fusilla du regard mais le Serpentard s'était déjà relevé pour s'adresser à l'étudiante : « Je suis désolé, mais vous pourrez me poser vos questions lors de votre prochain cours. Je suis ici pour profiter de la soirée. Et vous vous trompez aussi sur un point : je compte bien danser. »
Potter lui adressa un coup d'œil perdu et Severus sentit son sourire s'accentuer alors qu'il entraînait son compagnon (Car c'était bien le terme qu'il avait employé, n'est-ce pas ?) sur la piste.
Une valse résonnait dans la salle, douce et envoûtante.
« Je ne sais pas danser… » murmura Harry paniqué mais Severus balaya la remarque d'une main : « Tu n'as pas besoin de savoir si tu m'as comme partenaire. Place ta main sur mon épaule. L'autre sur ma hanche. Parfait. Approche-toi, par Merlin, je ne vais pas te dévorer. Pas tout de suite en tout cas. »
Harry grogna, tentant de suivre les mouvements élégants du potionniste. « Ne sois pas aussi méprisant, professeur. Je viens de te sauver d'un procès pour détournement de mineur. »
Severus haussa un sourcil moqueur : « Avec la petite Rahni ? Je pense que j'aurais pu m'en débrouiller. »
Un grincement lui répondit : « Tu parles ! Tu étais sur le point de tomber la tête la première dans son petit stratagème merdique. »
« Je pense que tu te méprends sur ses intentions. Il faudrait vraiment être stupide pour tenter de séduire un professeur… »
« Ah oui ? Vraiment ? Et quelles intentions tu m'attribuerais si je t'offrais maintenant de t'enfermer seul avec moi dans une pièce sombre ? »
Severus se pencha légèrement vers Harry : « J'accepterai probablement la proposition. »
« Évidemment. » Grogna Potter avec colère.
Severus esquissa un demi-sourire avant de tirer son compagnon un peu plus près de lui : « Tu es affreusement tendu. Suis mon rythme, laisse-toi guider. »
Harry leva les yeux et ses prunelles émeraude capturèrent brièvement celles de Severus. « Je croyais que tu détestais ce genre de choses. »
Severus haussa un sourcil : « Il m'arrive de faire des exceptions. Cela dépend de qui me le demande. Et de la façon dont il le fait. »
Il fut certain de voir les pommettes d'Harry rougir un instant. La main du Serpentard glissa le long de son dos, le maintenant plus fermement contre lui.
Leurs mouvements se synchronisèrent peu à peu.
« Tu as toujours besoin de tout contrôler, n'est-ce pas ? »
La voix de Severus se fit basse et veloutée : « Tout comme tu as toujours besoin de défier mon autorité. C'est probablement pour cela que notre relation est si explosive… »
« Je ne suis plus ton élève depuis longtemps. »
« Mais je suis toujours professeur. » Alors que la musique atteignait son crescendo, la main de Severus remonta pour caresser doucement la nuque d'Harry. « Nous pourrions partir plus tôt… »
L'invitation semblait tentante. Harry se mordit la lèvre inférieure. « Je suis toujours en colère contre toi… »
Severus laissa échapper un léger rire et son souffle chaud chatouilla la peau de son compagnon. « C'est un non alors ? »
« Non ! - Harry se reprit, baissant un peu sa voix – Non… je… Merlin ! Tu es insupportable. »
La valse se termina, mais le Serpentard ne le relâcha pas immédiatement. Ils restèrent immobiles, leurs regards ancrés l'un dans l'autre, et le monde autour d'eux sembla ne plus exister.
Puis, lentement, Severus desserra son étreinte.
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Le résumé des feignasses. - 9
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HP : On sort ?
SS : Non.
HP : Si.
SS : OK.
Fin.
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