Bonjour à toutes et à tous !

La devinette de la dernière fois n'était pas trop difficile, mais quand même bravo à celleux qui ont deviné !

Nous voici donc du point de vue de notre invitée mystère !

Bonne lecture !


Harry ou de l'éducation

Où manquer quelques têtes ne signifie pas mourir

Chapitre onze, troisième partie

La vie de Wanda et Pietro avait basculé le jour où Stark Industries avait tué leurs parents et détruit leur maison. À l'époque, Tony Stark clamait sur tous les plateaux télévisés du monde et dans tous les journaux que les armes de Stark Industries apporteraient la paix en Sokovie et qu'une nouvelle ère de développement économique s'ouvrirait pour les citoyens.

Mensonges.

Mensonges éhontés.

Si la guerre avait fait rage en Sokovie, si les États-Unis avaient bombardé Novi Grad, ce n'était pas pour installer la paix, mais pour remplacer le dictateur pro-russe en place par un dictateur pro-OTAN. Typique. Cerise sur le gâteau, ils avaient échoué. Le dictateur avait reçu le soutien de l'armée et d'une grande partie de la population.

Les Sokoviens ne se leurraient pas sur le régime en place. Les morts et les disparitions étaient monnaie courante, et aucune protestation n'était acceptable dans l'espace public. Néanmoins, qu'une puissance étrangère puisse décider pour eux avait ulcéré la population qui s'était rangée derrière son dirigeant, tout tyrannique qu'il fût.

Wanda et Pietro n'étaient pas les seuls orphelins de Sokovie et l'armée américaine était en grande partie responsable de l'état déplorable de leur capitale et de leur économie. Ils avaient grandi en entretenant la haine contre l'Amérique et Tony Stark.

Ils avaient fini leur enfance dans la rue à vivoter de chapardages et de petits boulots ingrats. Souvent, survivre demandait des sacrifices et des choix moraux difficiles. Les jumeaux avaient appris cette leçon très vite. Dans la rue, les trahisons et les coups de couteau dans le dos faisaient partie du folklore. Ils se firent un nom dans la mafia locale. Ils gagnaient leur vie ainsi, à faire des missions pour les parrains de la pègre sans jamais en faire intégralement partie.

Plus d'une décennie après la guerre contre les États-Unis, le dictateur fut renversé par l'armée et remplacé par un général. Cela ne changea strictement rien pour les Sokoviens qui continuèrent à vivre après les quelques débordements occasionnés par l'attaque contre le palais présidentiel. L'ONU tenta d'intervenir, sans succès, et le pays retomba dans sa torpeur.

Wanda et Pietro avaient participé à toutes les manifestations anti-américaines et anti-ONU. Ils étaient intimement convaincus que leur pays, aussi imparfait fût-il, ne pouvait s'en sortir que seul. Un jour, la population, lassée des privations, se retournerait contre ses bourreaux, et enfin la Sokovie prendrait son envol. Le salut ne viendrait que de l'intérieur.

Alors quand on leur proposa d'intégrer un programme sokovien de recherche pour défendre la Sokovie, ils acceptèrent sur le champ. Ils ne furent pas déçus.

L'expérience principale était extrêmement dangereuse. Avant d'entrer dans la salle qui contenait la pierre de pouvoirs, on expliqua à Wanda que de nombreux autres sujets étaient devenus fous en la touchant, mais que tous avaient développé des pouvoirs extraordinaires — avant de mourir, mais on se garda bien de le lui dire.

L'expérience fut effectivement terrifiante, néanmoins, dès son entrée dans la pièce, Wanda ressentit une familiarité étrange avec le pouvoir qui pulsait de la pierre. Cette sensation de déjà-vu lui donna le courage de s'approcher et de prendre la pierre dans ses mains.

Si elle devait décrire ce qu'elle avait ressenti, elle dirait que ce fut comme avoir un feu d'artifice dans le corps. Des explosions de chaleur très intenses et très localisées partout, des pieds à la tête, jusque dans le bout des doigts — surtout dans le bout des doigts. Les points lumineux multicolores brouillaient sa vue. Elle avait l'impression de se transformer elle-même en feu d'artifice.

Enfin, dans une dernière explosion rouge intense, tout s'arrêta et elle reposa la pierre sur le piédestal. Plus rien ne fut jamais comme avant. D'abord sans s'en apercevoir, puis par accident, et enfin après beaucoup d'entraînement, Wanda parvint à accomplir des miracles. Ses pouvoirs, télékinétiques et télépathiques, étaient si puissants qu'ils la submergeaient parfois. Elle se trouvait haletante, proche de la syncope, des voix tourbillonnant dans sa tête et dont l'écho retentissait dans sa poitrine. D'autres fois, ses émotions débordaient littéralement de ses mains et tout autour d'elle volaient et s'écrasaient sur les murs.

Heureusement, Pietro était son ancre. Lui aussi avait touché la pierre. Lui aussi avait développé un pouvoir extraordinaire. Lui aussi avait dû s'entraîner pour le maîtriser, mais contrairement à Wanda, il n'était pas directement lié à ses émotions. Il avait réussi à dompter sa vitesse en très peu de temps et il s'était donné pour mission d'aider sa sœur à se concentrer. Ensemble, ils formaient un duo exceptionnel. Il était les jambes, elle était la tête, et une partie des bras aussi.

Von Strucker, le responsable des expérimentations était très content d'eux et leur proposait déjà un entraînement militaire pour les faire intégrer une division spéciale de l'armée sokovienne. Avec des soldats aussi puissants que Wanda et Pietro, la Sokovie allait enfin pouvoir rivaliser avec ses voisins ukrainiens, bélarusses et même russes. Wanda imaginait déjà de participer à l'avenir glorieux de leur pays, et de venger la mort de leurs parents et des milliers de Sokoviens victimes des bombes de Stark.

Tout s'effondra en quelques minutes. Wanda et Pietro se reposaient dans leur chambre, une petite pièce spartiate qui leur avait été attribuée à leur arrivée. Pietro s'amusait à faire rebondir une balle sur le mur en face de son lit le plus vite possible, pendant que Wanda, les yeux fermés, touchait du bout de son esprit les personnes à proximité. Elle avait beaucoup progressé ces derniers temps et parvenait désormais à sentir une bonne moitié de la base de recherches sans se sentir submergée.

Soudain, elle ouvrit les yeux.

« Pietro, chuchota-t-elle avant de continuer en yiddish. Quelque chose ne va pas. Un esprit est terrorisé.

— Qui ? demanda Pietro. »

Wanda se concentra. Elle chercha quel esprit l'avait tant marquée pour briser ainsi son effort.

« Un enfant. »

L'anomalie était tellement notable que Pietro cessa son manège avec sa balle rebondissante.

« Un enfant, répéta-t-il. Où ?

— Dans la salle de la pierre.

— Il faut l'aider.

— Oui. »

Ce fut décidé. Wanda et Pietro sortirent de leur chambre en direction de l'épicentre du bâtiment de recherches. Théoriquement, ils n'avaient pas le droit de s'y trouver sans autorisation. Dans les faits, les jumeaux souhaitaient bien du courage à ceux qui voudraient les arrêter.

Avant la salle de la pierre, il fallait passer par le centre de contrôle.

« Que faites-vous avec cet enfant ? demanda Wanda en sokovien à l'équipe devant les écrans.

— La même chose qu'avec vous, répondit von Strucker. Cet enfant va devenir le futur de l'humanité.

— Je croyais que ce programme ne fonctionnait qu'avec des adultes volontaires. Où sont ses parents ?

— Cela ne vous regarde pas, cingla von Strucker. »

Wanda vit rouge. Littéralement. Très vite, la brume rouge emplit le centre de commande, et von Strucker commença à avoir peur. Elle pouvait le sentir. Elle en jouissait. Cet homme qui se trouvait si important, si puissant, avait peur d'elle. Pour la première fois depuis ses dix ans, elle détestait quelqu'un avec autant d'ardeur qu'elle haïssait Tony Stark.

« Cela me regarde, dit-elle. Si un enfant est maltraité, cela me regarde. Aucun enfant ne mérite d'être arraché à sa famille. Aucun. »

Elle dirigea la brume vers von Strucker qui bafouillait des propos pour se défendre. Grâce à sa vitesse, Pietro avait déjà mis hors d'état de nuire les autres personnes autour d'eux.

Les sanglots terrifiés de l'enfant résonnèrent dans les haut-parleurs et Wanda lâcha von Strucker. Elle ouvrit la porte de la salle de la pierre grâce à son pouvoir et immédiatement, la brume rouge et la lumière bleutée se reconnurent. Wanda résista à la tentation de fusionner avec la lumière à nouveau et appela l'enfant :

« Vite gamin ! dit-elle en bafouillant en anglais. »

Heureusement, le garçon sembla la comprendre et réagit aussitôt. Ils se mirent à courir dans les couloirs à la recherche de la sortie. À plusieurs reprises, on tenta de les arrêter, mais un geste de Wanda ou de Pietro mettait leurs adversaires au tapis.

Sortir de la base fut relativement facile, mais une fois dehors, il fallut trouver un point de chute. Les jumeaux se décidèrent vite. La maison abandonnée qu'ils squattaient avant de s'engager pour von Strucker et ses expériences se trouvait dans un quartier à demi détruit et peu fréquenté. Ils espéraient la retrouver vide, mais ne se firent pas d'illusions. Au besoin, ils avaient désormais les moyens d'évacuer les occupants indésirables.

Pietro prit le petit garçon dans ses bras, lui maintint la tête pour éviter un coup du lapin, et sprinta. Wanda n'attendit pas plus longtemps et essaya ce qu'elle rêvait de faire depuis le début de l'expérience : voler.

Son trajet fut un peu plus long que celui de Pietro. Quand elle arriva, la maison était vide de tout autre occupant, mais quelques traces montraient un départ précipité. L'odeur qui planait était désagréable, mais Wanda n'y prêta pas plus d'attention. Elle se tourna vers le petit garçon.

« Comment tu t'appelles ?

— Harry, répondit-il moins timidement qu'elle ne l'aurait cru.

— Très bien Harry. Est-ce que tu comprends ce qu'il s'est passé ? »

Il secoua la tête.

« Ce n'est pas grave. On est en sécurité ici. Je m'appelle Wanda, et voici mon frère, Pietro.

— Toi aussi tu es une sorcière ? »

La question la déstabilisa un peu, mais après tout, il l'avait vu utiliser ses pouvoirs.

« Pietro et moi avons des pouvoirs que les autres humains n'ont pas, dit-elle. »

L'enfant n'avait pas l'air effrayé du tout. Il avait l'air excité.

« Moi aussi j'ai des pouvoirs ! s'exclama-t-il. »

Wanda fronça les sourcils. Harry n'avait pas touché la pierre et elle ne ressentait pas l'énergie caractéristique du minéral ou de sa propre magie émaner de lui. Par acquit de conscience, elle étendit les mains et projeta un peu de la brume rouge autour de l'enfant. Il gloussa.

« Ça chatouille, rit-il. »

C'était nouveau. Les gens étaient troublés par la brume rouge, le visuel dangereux que cela représentait, mais personne n'avait jamais fait de remarque sur une sensation tactile.

« Tu peux nous montrer ton pouvoir ? demanda Pietro. »

Wanda sentit le changement émotionnel chez Harry. Il avait fait une erreur, dévoilé trop de choses, et il commençait à avoir peur.

« J'ai pas le droit, marmonna-t-il. »

Toute sa posture montrait de la défiance envers ses sauveurs.

« D'accord, c'est pas grave, dit Wanda pour le rassurer. On peut t'aider à retrouver tes parents. Comment s'appellent-ils ?

— Virginia Potts et Anthony Stark, articula Harry fièrement. »

Wanda se figea. Pendant un instant et à sa plus grande horreur, elle envisagea le pire. Utiliser le garçon pour faire du mal à son père. Réalisant la monstruosité de ses propres pensées, elle recula d'un pas. Derrière elle, Pietro posa une main sur son épaule. Le contact physique et émotionnel la ramena à la réalité.

« Il est innocent, dit simplement Pietro en yiddish.

— Je sais, répondit-elle. »

Ils n'avaient pas besoin de mots pour comprendre qu'ils avaient eu la même idée. La même pensée odieuse. Avaient-ils côtoyé trop longtemps von Strucker ? Avaient-ils à ce point renoncé à leur humanité, dans les trafics de la rue et dans les laboratoires des scientifiques ?

« Non, gronda Pietro. On ne cédera pas à la facilité. »

Ils n'eurent pas le temps de discuter plus avant d'un quelconque projet, ni entre eux, ni avec le jeune Harry. Ses pouvoirs captèrent l'arrivée rapide de plusieurs individus sur le pied de guerre. Par réflexe, elle se plaça devant son frère, les mains illuminées de brume rouge, les yeux brillants et la mâchoire serrée.

Une armure fit d'abord irruption dans le petit logement délabré. Elle n'était pas rouge et or, mais bleue et bronze. La plaque faciale se leva, révélant le visage de Virginia Potts.

« Maman ! s'écria le petit Harry. »

Il se jeta dans les bras métalliques qui le réceptionnèrent aussitôt. À la suite d'Iron Woman, d'autres personnes pénétrèrent dans le squat. Wanda ne les reconnut pas tous du premier coup d'œil. Elle ne suivait pas assidûment les aventures des Avengers, mais elle put mettre un nom sur une deuxième armure, Iron Patriot, et sur une autre femme, Black Widow. Une troisième femme, habillée étrangement et produisant une énergie qui n'était pas sans lui rappeler la sienne, entra en dernière.

Tout le monde se jaugea du regard pendant de longs instants. La tension monta sensiblement quand Virginia Potts commença à poser des questions.

« Qui êtes-vous ? exigea-t-elle de savoir.

— Wanda et Pietro Maximoff, répondit son frère avec arrogance. Et grâce à nous, votre fils n'a rien.

— Je ne ressens pas de mensonge de sa part, dit la femme en vert et noir. Mais je peux me tromper. Leurs énergies magiques sont très fortes et difficiles à écarter. »

Wanda fronça les sourcils. Cette femme émettait, elle aussi, une énergie similaire, mais différente à la fois, suffisamment puissante pour que la jeune femme la ressente. En se concentrant plus intensément, elle parvenait à saisir une autre énergie, plus faible, qui émanait du garçon.

Toujours accroché à l'armure de sa mère, Harry expliquait avec ses mots sa version des faits, et la concordance de leurs récits permit d'apaiser les tensions. Progressivement, les personnes présentes dans la pièce abandonnèrent leurs positions offensives ou défensives pour des postures plus relaxées, jusqu'à ce que Harry mentionne la pierre brillante.

« Quelle pierre ? demanda aussitôt la femme en vert et noir. »

Alors que Wanda expliquait succinctement de quoi il retournait, la femme se décomposa.

« Il ne faut surtout pas qu'ils s'en approchent ! s'exclama-t-elle avant de purement et simplement disparaître.

— Où est-elle passée ? s'étonna Pietro alarmé.

— Elle peut se téléporter, expliqua Black Widow. Si cela ne vous ennuie pas, vous allez devoir venir avec nous pour un débriefing plus complet.

— Vous n'avez pas de base en Sokovie, fit remarquer Wanda. Et nous refusons de quitter le pays.

— Débriefing signifie simplement parler chacun son tour de ce qu'on a fait pendant une période donnée, pas besoin d'une base ou de quitter le pays pour cela, rétorqua l'espionne.

— Nous savons tous que vous n'avez pas l'autorisation d'être en Sokovie, dit Pietro en croisant les bras sur sa poitrine. Vous n'avez aucun intérêt à vous y attarder. »

Virginia Potts accrut sa prise sur son fils, comme si on allait le lui arracher et Wanda comprit. Elle posa une main réconfortante sur l'épaule de son frère. Si Pietro lui avait été enlevé, elle aurait remué ciel et terre pour le retrouver, et au diable les considérations politiques et diplomatiques. Elle lisait tout cela dans la posture défensive de Virginia Potts qui tenait son enfant contre elle comme le plus précieux trésor sur Terre.

« Nous pouvons discuter, dit Wanda plus calmement. Mais pas ici. Ce n'est pas sûr. Vous avez peut-être une proposition à faire.

— Il est possible qu'il y ait une ancienne planque du SHIELD pas très loin d'ici, révéla Black Widow avec un demi-sourire. Je suppose qu'elle est toujours fermée depuis que le SHIELD n'existe plus. Peut-être qu'elle a été pillée, mais je connais les codes de sécurité. On pourra discuter convenablement là-bas. »

Wanda et Pietro échangèrent un regard entendu. Ils avaient suffisamment de ressources à deux pour s'en sortir si les choses tournaient au vinaigre.

La planque était effectivement à quelques rues de là. La coïncidence était improbable, mais les jumeaux avaient dans l'idée qu'elle ne devait pas être la seule dans la capitale sokovienne. Tant qu'ils étaient ensemble, rien ne pouvait leur arriver.


Nous arrivons donc à la dernière ligne droite ! La fin est proche mes ami.e.s ! La fin est proche !