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Bienvenue sur ce chapitre 12, le premier de la partie II de cette fic !
Le redécoupage des chapitres a été fait : en effet, auparavant lors de la partie I les chapitres faisaient aux alentours de 3000 mots (car ça me permettait de poster plus vite), mais à force de continuer à écrire j'ai réalisé que ça allait être déséquilibré avec ceux de la partie II, qui font de 4000 à 6000 mots. Donc j'ai préféré modifier le découpage de la partie I en condensant les chapitres. Ca me va mieux comme ça ; de plus, ça m'aurait faire bizarre d'avoir huit mille chapitres alors que cette fic ne devrait faire "que" 100 000 mots approximativement (qui seront répartis sur environ 23 chapitres d'après mes estimations actuelles).
Au passage je remercie toutes les personnes qui ont pris la peine de laisser des reviews lors de la partie I, vos commentaires sont mon précieux petit salaire d'écrivaine de fanfiction ! Et je profite de cette note à nouveau pour saluer les personnes à qui il n'est pas possible de répondre directement : MitsukiYaoi, SeveraMaxima, Ana Snape, Rox ; vos commentaires me font chaud au cœur - et me font souvent bien rire ;D
Sur ce, nous allons maintenant redécouvrir tomes de Harry Potter avec la relation Severus/Sirius revisitée grâce à leur amourette adolescente. Je vais rester conforme au canon avec des citations de certains passages lors des chapitres suivants, et explorer les interstices (que je m'empresserai de combler bien sûr).
On commence donc juste avant l'année scolaire 1993, avec le POV de Severus - qu'on gardera quelques chapitres durant, avant de retrouver celui de Sirius.
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Partie II
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Chapitre 12
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– 1993, quinze ans plus tard –
Plusieurs fois au cours de son existence, Severus s'était fait la réflexion que la vie, ou peut-être le destin, avait quelque chose contre lui. S'agissait-il d'une vieille tante aigrie qui n'avait pas été invitée le jour de sa naissance et lui avait lancé un mauvais sort en représailles ? Ou peut-être d'une malédiction qui persistait depuis déjà plusieurs générations ? En tout cas, lors de moments sombres tel que l'était ce jour d'été 1993, Severus ne pouvait s'empêcher de penser que le destin s'acharnait contre lui.
Dès son enfance, sa vie avait été compliquée. Peut-être subsistait-il dans un recoin poussiéreux de sa mémoire un ou deux souvenirs heureux avec sa mère... Mais il ne devait guère y en avoir plus : Severus avait dû grandir dans un climat de maltraitance et de négligence, avec un père violent et une mère totalement sous l'emprise de ce dernier. La majorité des autres souvenirs qu'il avait en tête n'étaient que froideur au mieux, cris et violences au pire.
La rencontre de Lily et leur amitié qui s'était tissée avec le temps lui avait redonné espoir. Elle lui avait même laissé entrevoir ce que pourrait être l'amour ; cet amour pur, teinté de l'innocence de l'enfance. Il se souvenait parfaitement de leurs longues discussions dans l'herbe, allongés côte à côte : ils parlaient de tout et n'importe quoi, mais le plus souvent de magie – sujet qui était interdit chez lui, et inconnu chez Lily – ainsi que de l'école qui les attendait : Poudlard.
Mais, bien sûr, le destin s'était joué de lui à nouveau.
Il avait espéré qu'une fois entré à Poudlard sa vie se métamorphoserait : il serait loin de ses parents, de la violence de son père et de la soumission de sa mère... Il serait avec Lily. Il pratiquerait la magie. Comment cela aurait-il pu mal se passer ?
Il avait malheureusement trouvé une réponse dans le harcèlement mis en place par James Potter et sa petite bande, qui l'avaient attaqué, humilié, pendant cinq longues années. Lorsque ce calvaire s'était enfin terminé, Severus n'avait pas eu le temps de s'en réjouir car cela avait été concomitant avec la perte de l'amitié de Lily – et la fin de ses espoirs, qu'un jour, elle puisse lui retourner ses sentiments plus profonds.
Pendant un temps, il avait souhaité réparer leur amitié. Néanmoins Severus avait fini par se résigner : outre le fait que la jeune fille était restée de marbre face à ses tentatives, la guerre grondait au-dehors. Une guerre dans laquelle la haine contre son moldu de père l'avait orienté vers l'un des deux camps ; le camp où il ne faisait pas bon pour une née-moldue d'être amie avec lui, et réciproquement.
Et puis la tentative de meurtre perpétrée par son père à l'encontre de sa mère l'avait un peu plus précipité dans son choix. Dès la fin de sa dernière année d'études il avait accepté la Marque des Ténèbres, gravée irrémédiablement dans sa chair. Le symbole de la lutte menée par un sorcier puissant, fascinant... Qui avait compris la haine de Severus et y apportait une réponse. Le symbole de la prise de pouvoir des sorciers sur les moldus.
Du moins, c'est ce qu'il avait pensé initialement. Severus n'avait pas mesuré, à l'époque, que cette prise de pouvoir comprenait son lot de morts, de tortures... Et bien vite il avait été dépassé par l'horreur des actes qui lui avaient été commandés. De plus, son moldu de père avait fini par mourir misérablement en prison, et alors quelque chose s'était comme éteint en Severus. Sa haine et sa volonté de se battre avaient été endommagées.
Il aurait pu fuir. L'idée était séduisante ; mais avant de réellement pouvoir envisager cette option, ça avait été trop tard : il avait commis la pire des erreurs, celle d'effectuer cette mission pour son maître... Une mission d'espionnage qui lui avait parue bien moins atroce que d'autres confiées jusque là, mais qui avait amené le Seigneur des Ténèbres à interpréter le morceau de prophétie que Severus lui avait rapporté de la pire des façons. Cela avait conduit le mage noir droit dans la demeure de Lily, et avait coûté la vie à celle-ci. La seule amie qu'il ait jamais eu, la seule personne pour qui il avait pu ressentir de l'amour, était morte par sa faute.
Le destin semblait lui en vouloir personnellement. Alors, à quoi bon continuer ?
Il aurait pu se laisser mourir.
Il aurait pu se donner la mort.
Mais tandis qu'il avait été là, dans le bureau d'Albus Dumbledore, son cœur se déchirant en apprenant l'assassinat de Lily, le vieux sorcier lui avait fait donner sa parole : celle de protéger son fils. Car même si le Seigneur des Ténèbres avait étrangement disparu cette nuit-là il reviendrait un jour d'entre les morts pour s'en prendre au jeune Harry Potter, le vieux sage en était convaincu.
Lié par sa promesse, Severus avait dû rester en vie bien malgré lui.
Dumbledore avait ensuite placé ses pions et Severus avait été assigné à Poudlard, restant ainsi à disposition du puissant sorcier. Il avait été astreint à enseigner – ou plutôt tenter d'enseigner – l'art des potions à des cornichons n'ayant pas plus de deux connexions neuronales dans leurs pauvres cervelles. Les premiers temps, Severus avait atteint des degrés de hargne impressionnants. Peut-être que cela l'avait empêché de tomber plus profondément dans la dépression.
Puis, lentement, le temps était passé. Il ne l'avait en rien adouci ; mais Severus avait peu à peu étouffé sa colère et son chagrin. Il avait pris le rythme de cette nouvelle vie, insipide mais calme : il n'y avait plus personne pour le harceler, plus d'amie à trahir, plus de mage noir duquel être l'esclave, et même plus de mère pour qui s'inquiéter. Au fil des ans, ses seuls moments désagréables devinrent les explosions de chaudrons pendant ses cours, les copies à corriger, les réunions d'enseignants à supporter. Il aurait presque pu s'en accommoder.
Néanmoins, au bout de dix ans, sa routine fut perturbée : Harry Potter commença sa première année d'étude à Poudlard.
Encore une fois, le destin s'était bien moqué de lui : le gamin était le parfait sosie de feu James Potter, et lui rappelait les désagréables souvenirs de sa scolarité. Mais il y avait pire encore, et ce pire résidait dans ce en quoi le gamin ne lui ressemblait pas : ses yeux. C'étaient ceux de Lily. Et à chaque fois que Potter Junior le regardait, Severus sentait le fantôme de Lily revenir le hanter.
Outre ces rappels douloureux, l'arrivée de Potter marqua le début du retour du Seigneur des Ténèbres. A la toute fin de la première année d'étude du garçon, Severus apprit que le jeune Potter avait défendu la Pierre Philosophale cachée à Poudlard contre le mage noir. Celui-ci, bien que terriblement affaibli, était venu se loger à l'arrière de la tête de l'un de leurs collègues, le professeur Quirrell – Severus avait été pris de nausée en apprenant que, toute l'année, il avait côtoyé son ancien maître de si près – et avait tenté de ressusciter pour de bon grâce à la Pierre. Mais la protection magique coulant coulant dans les veines de Potter grâce au sacrifice de sa mère avait eu raison de Voldemort.
Puis la deuxième année de Potter s'était déroulée, encore plus catastrophique que la précédente : la Chambre des Secrets avait été ouverte, des élèves avaient frôlé la mort en étant ou pétrifiés, ou kidnappée comme Ginny Weasley, ou encore en jouant les héros comme l'avait fait Potter. A nouveau, le gamin – douze ans à peine ! – s'était battu contre le souvenir de Voldemort qui avait réussi à posséder la jeune Weasley. Et il l'avait défait à nouveau.
Severus avait discuté avec Dumbledore : le Seigneur des Ténèbres n'avait alors pas été qu'un simple souvenir, il avait été bien trop consistant et puissant pour cela. De la magie noire, à n'en pas douter, d'une puissance qui avait laissé en Severus une profonde angoisse : nul doute que son ancien maître cherchait à revenir de toutes ses forces.
Alors, en cette période d'été précédant la troisième année d'études de Harry Potter, Severus se demandait quelle nouvelle fourberie le destin lui réservait pour les mois à venir.
Il n'eut même pas à attendre la rentrée pour avoir une réponse.
Tandis qu'en ce début du mois d'août il dépliait la Gazette du Sorcier de bon matin, Severus avait recraché son café et manqué de s'étouffer. Puis il était resté immobile un temps indéterminé à fixer le portrait à la une du journal. Devant lui, la photo d'un homme dont il avait essayé d'oublier l'existence pendant douze longues années le regardait d'un air sombre.
Sirius Black.
Severus avait très vite chassé les images, spontanées et intrusives, de moments intimes passés avec Black lors de leur septième année d'étude – et qui à présent lui semblaient totalement irréels. Ce qu'il gardait à son encontre était cette rage sourde, destructrice ; elle avait fini par s'endormir au fil des ans, mais elle se réveillait à présent.
Black. L'autre homme – en plus du Seigneur des Ténèbres et de Severus lui-même – responsable de la mort de Lily.
Lorsqu'à l'époque Dumbledore lui avait appris la nouvelle, Severus n'avait pas pu y croire : Lily Evans, James Potter et leur fils Harry avait été mis sous la protection d'un sortilège de Fidelitas et Black avait été leur gardien du secret ; puis il les avait trahis. Black avait offert les Potter au Seigneur des Ténèbres.
« Impossible » avait rétorqué Severus à Dumbledore.
Black, trahir les Potter ? Trahir James Enfoiré Potter, dont il avait été le plus proche ami, à la limite du frère siamois ? Black, trahir Lily, sa camarade de Gryffondor qu'il avait côtoyé pendant sept années, et devenue la femme de son meilleur ami ? Black, sacrifier la vie de leur enfant âgé d'un an à peine en le vendant au Seigneur des Ténèbres ? Impossible. C'était totalement incompatible avec le Sirius Black qu'il connaissait.
Dumbledore l'avait regardé d'un air triste et désolé, et cela n'avait fait qu'accroître la fureur de Severus.
« Racontez-moi » avait-il exigé.
Le vieux sorcier lui avait alors narré comment – suite au changement de camp de Severus et à ses révélations quant à la manière dont Voldemort avait interprété la prophétie – les Potter avaient été placés sous Fidelitas. Dumbledore lui-même s'était proposé comme gardien du secret ; toutefois le chef de l'Ordre du Phénix avait déjà plusieurs Fidelitas à charge, et sa magie n'était pas illimitée. Il aurait peut-être pu supporter le poids magique d'un autre de ces puissants sortilèges, mais James et Lily avaient décliné, arguant de Dumbledore était leur meilleur chance contre Voldemort... Ils avaient donc préféré choisir un autre gardien et avaient procédé en toute intimité.
Dumbledore n'avait pas assisté à l'enchantement, et Severus n'avait pas manqué de pointer ce sujet.
« Comment pouvez-vous être certain que Black était bel et bien leur gardien ?
- James et Lily me l'ont affirmé, avait calmement répondu Dumbledore.
- Ils auraient très bien pu mentir. »
Severus s'était attendu à recevoir une remarque sur le fait que ce genre de réflexion sonnait très serpentard, que Lily et James Potter étaient de parfaits gryffondors et n'auraient donc jamais raisonné ainsi... Mais la remarque n'était pas venue. A la place, Dumbledore lui avait assuré avec tristesse que Remus Lupin et Peter Pettigrew avaient également affirmé que Black était devenu le gardien du secret des Potter.
Un loup-garou et un lâche. Severus n'était pas du genre à accorder de la valeur aux paroles de ce genre de personnes.
Puis le vieux sorcier lui avait raconté – passant sur les détails trop macabres de la découverte des corps des Potter – comment Pettigrew était, dans un étrange sursaut d'héroïsme, parti à la poursuite de Black et l'avait affronté.
Pettigrew ? Severus avait revu mentalement ses airs de rongeur apeuré, son attitude de faible allant constamment se réfugier dans les jupes des plus forts que lui, ses compétences risibles en Sortilèges et en Défense contre les Forces du Mal... Severus avait secoué la tête d'autant plus fort que le récit avait continué : Black avait apparemment assassiné Pettigrew, le pulvérisant et tuant douze moldus au passage.
« C'est absurde » avait craché Severus.
Le directeur avait haussé un sourcil.
Black n'aurait jamais tué douze personnes innocentes. Et il n'était pas non plus du genre à vendre ni à tuer ses amis, ni à rallier les forces du mal. Tout cela sonnait complètement faux aux oreilles de Severus. Mais, à nouveau, Dumbledore n'avait rien fait d'autres que d'arborer cet air profondément désolé.
C'était plein de rage que Severus avait quitté le bureau du directeur. Cette histoire ne tenait pas debout. Severus connaissait Black, Pettigrew, et Potter. Non pas de cette manière aveugle comme pouvaient l'avoir des amis, ni de cette manière biaisée que pouvait avoir le vieux directeur qui avait fait d'eux ses élèves favoris. Severus les connaissait de ce point de vue froid, logique, qu'il avait dû adopter durant les longues années où il avait été contraint de les observer constamment, analysant chacun de leurs comportements en vue de parer au harcèlement dont ils avaient fait preuve à son égard. Il rejeta toutefois l'idée qu'il connaissait Sirius Black d'un tout autre point de vue, bien plus intime que ses arguments précédents.
Mais Dumbledore, même s'il l'avait certes écouté, n'avait au fond pas réellement voulu l'entendre.
De toute façon, personne n'aurait voulu l'entendre. Car la guerre était enfin terminée, et tous souhaitaient la laisser derrière eux.
De son côté, Severus aurait voulu entendre le récit de Black, avoir la restitution de son procès – il n'avait pas été sûr de pouvoir s'y rendre toutefois, le fantôme de Lily risquant d'y être bien trop présent – cependant, il n'y avait pas eu de procès. Black avait été envoyé directement à Azkaban par Bartemius Croupton, bien connu pour ses méthodes expéditives.
Severus avait donc dû composer avec ses doutes et ses interrogations. Pendant un temps encore, il s'était accroché à l'idée que Black était innocent. Puis, peu à peu, tandis que tout un chacun répétait inlassablement que Black avait trahi les Potter – Dumbledore, la justice, la presse, et même les passants qui discutaient dans les rues... – l'idée avait lentement fait son chemin. Et soudain, lors d'une énième nuit d'insomnie hantée par la mort de Lily, cette idée était venue frapper Severus tel un poing en plein visage.
Tous les éléments factuels pointaient dans cette direction : Sirius Black avait vendu les Potter.
Black est responsable de la mort de Lily.
Après le désespoir et la rage, l'esprit rationnel de Severus avait tenté de reprendre le dessus en cherchant de possibles explications.
Que s'était-il passé ? Black n'avait pas pu changer de camp sans raison. Au fil de mois entiers de réflexions, Severus en était venu à la conclusion qu'il n'avait pu agir que sous la menace. Avait-il vendu le secret des Potter dans l'espoir que le Seigneur des Ténèbres ne s'en prenne qu'au bambin et épargnerait son meilleur ami ? Severus lui-même avait, en vain, essayé de négocier ainsi la vie de Lily avec le mage noir... Sinon, Black aurait-il pu avoir d'autres raisons ? Des raisons en lien avec sa propre famille peut-être ? Son jeune frère par exemple, Regulus, avait été enrôlé dans l'armée des Ténèbres... Avait-il été en danger ? Sirius aurait-il échangé la vie de son petit frère contre les vies de la famille de son meilleur ami ?
Mille et une hypothèses avaient naquit dans son esprit ; mais Severus n'avait jamais obtenu de réponse. Néanmoins, à force de ruminations, l'idée que Black avait bel et bien trahi les Potter et contribué à la mort de Lily s'était finalement enracinée en lui.
De fait, lorsqu'en cette matinée d'août 1993 il vit le portrait de Black à la une de la Gazette, son sang ne fit qu'un tour. Black s'est échappé de la prison d'Azkaban. Le meurtrier par procuration de Lily était là, quelque part dans la nature. Libre.
Le journal toujours serré compulsivement entre ses mains, sa magie s'échappa soudainement de lui et fit trembler les murs de sa maison, fissurant les bocaux sur les étagères. A ce constat, Severus se força à respirer. Puis, une fois calmé, il songea à contacter Dumbledore... Mais, songea-t-il, pour quoi faire ? Pour quoi dire ? Severus préféra alors se murer dans la haine et le silence plusieurs jours durant.
Jusqu'à ce qu'il reçoive une missive de Dumbledore lui-même, le convoquant à Poudlard.
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Severus franchit le grand portail en fer forgé d'un pas rapide et pénétra dans l'école, si calme en cette période de grandes vacances. Il ne rencontra que deux fantômes sur le chemin menant au bureau du directeur. Là, la gargouille qui en gardait l'entrée pivota sans même qu'il n'ait besoin de lui donner de mot de passe. Après avoir toqué deux coups secs Severus entra dans le bureau.
Albus Dumbledore était installé dans son habituel fauteuil, penché sur une pile de dossiers, une plume à la main.
« Severus, le salua-t-il. Je vous en prie. »
Il lui désigna un des fauteuils face à lui et Severus fit l'effort de s'asseoir malgré la tension qu'il sentait palpiter dans ses veines.
« Voulez-vous une tasse de thé ?
- Non merci » se força-t-il à répondre par politesse. Il n'était pas venu pour ce genre de choses, et il était fort peu probable que Dumbledore l'ait convoqué simplement pour le plaisir de prendre le thé avec lui.
Celui-ci hocha la tête puis entra dans le vif du sujet.
« J'imagine que vous avez appris l'évasion de Sirius Black. »
La grimace de Severus lui servit de réponse.
« Il se trouve que l'évasion de Black, en plus d'avoir des répercussions politiques, va également avoir des répercussions sur Poudlard. »
Severus resta silencieux, des hypothèses se formant dans son esprit.
« Le Ministère semble convaincu qu'il compte s'en prendre au jeune Harry » lui expliqua le directeur.
C'est en effet ce que Severus avait cru comprendre en lisant entre les lignes des articles de la Gazette du Sorcier, dans lesquels il ne cessait d'être rappelé que Black était le « plus grand partisan » du Seigneur des Ténèbres et ennemi du Survivant Harry Potter.
« C'est absurde, répondit Severus. Pourquoi Black voudrait-il s'en prendre à Potter ? Nous en avions déjà discuté : Black ne faisait pas parti des fidèles les plus proches du Seigneur des Ténèbres, j'en mettrais ma main à couper. Il a vendu le secret des Potter » son cœur se serra en pensant à Lily, mais il ne prononça pas son nom « pour une obscure raison, mais à présent il n'a aucune raison valable de s'en prendre à leur fils. »
Dumbledore hocha lentement la tête, pensif.
« Il se trouve que le ministre en reste convaincu. Et pour ma part, il ne me semble pas si inenvisageable que Sirius Black cherche, un jour, à prendre contact avec Harry.
- Et pour quoi faire ? En souvenir du passé ? » rétorqua Severus avec sarcasme.
Dumbledore garda le silence, ce qui fit réfléchir Severus. Black venait de passer douze ans à Azkaban, sous le joug des détraqueurs, à ressasser encore et encore les pires moments de sa vie. Ceux-ci comprenaient-ils la trahison de ses plus proches amis ? Cela était fort probable. Tel un disque rayé, le sujet « Potter » devait certainement prendre une grande place dans son esprit torturé.
« Cornelius Fudge, reprit Dumbledore, prévoit en tout cas certaines mesures dans le but de protéger Harry. Des mesures s'appliquant à Poudlard.
- Qui sont ? »
Severus sentait que la réponse n'allait pas lui plaire.
« Poster des détraqueurs autour du domaine » répondit le directeur.
Un poids glacial tomba dans sa poitrine. Des détraqueurs. Rien que d'imaginer la proximité des créatures lui glaça le sang.
« Vous n'allez pas le laisser faire ?
- Il semble que je n'ai pas été suffisamment persuasif aux yeux de Fudge, et je n'ai malheureusement pas les pouvoirs d'aller contre une décision du ministre en personne. »
Un frisson parcourut l'échine de Severus. Il y aurait bel et bien des détraqueurs autour de Poudlard cette année. Il se massa les tempes, soudainement las. Des détraqueurs, et Black qui risquait de rôder autour du château...
« Il y a également autre chose dont je souhaitais vous entretenir » ajouta Dumbledore.
Severus prit une inspiration et releva les yeux vers le vieux sorcier face à lui. Son regard sérieux n'indiquait pas de meilleure nouvelle.
« Je vous écoute » répondit Severus, ses muscles se raidissant comme s'ils se préparaient à un impact.
Dumbledore croisa les mains sans le quitter du regard, dans une posture qui évoquait à Severus quelque chose de l'ordre de la négociation. Merlin, il sentait que la suite n'allait pas lui plaire du tout.
« Cela concerne le nouveau professeur de Défense contre les Forces du Mal.
- Qui est l'heureux élu cette année ? » cracha Severus avec dédain.
Le directeur prit un temps pour formuler sa réponse.
« Comme vous le savez, lors des dernières années peu de candidats se sont présentés pour ce poste. »
Severus se garda de lui rappeler qu'il avait lui-même été candidat au cours des années précédentes – même si, au fond, il savait qu'il ne serait pas bien vu qu'un ancien mangemort occupe ce poste.
« Au début de l'été, poursuivit le directeur, j'ai donc pris la décision de contacter une personne compétente que je connais personnellement. Et que vous connaissez vous aussi. »
Severus chercha rapidement dans son esprit de qui il pourrait bien être question. Quelques idées lui vinrent à l'esprit ; mais jamais il n'aurait pensé que ce serait ce nom-là qui sortirait de la bouche du directeur.
« Il s'agit de Remus Lupin. »
La rage que Severus avait tenté de mettre sous clé ces derniers jours se réveilla brutalement.
« Vous avez donné le poste à... Lupin ? »
Severus se leva de son siège.
« Remus Lupin ! Avec Sirius Black qui vient tout juste de s'échapper d'Azkaban ?!
- Remus a été engagé avant que l'évasion de-
- Et alors ?! éructa Severus. Il s'agit de Lupin, et de Black, et vous savez que si Black rôde autour du château alors Lupin est un catalyseur du danger ! Dois-je d'ailleurs vous rappeler que de base Lupin lui-même est un danger ? Dois-je vous rappeler ce qu'il s'est passé lors de ma cinquième année ? Et Black, il est évident qu'il prendra contact avec Lupin s'il apprend qu'il est professeur ici, et qu'il l'aidera à-
- Severus » appela Dumbledore avec calme. Mais l'aura de puissance qui se dégageait de lui poussa Severus et se taire et, lentement, tandis que ses pulsations cardiaques tentaient de se calmer, il finit par se rasseoir. Même s'il s'était tu, ses yeux parlaient pour lui et continuaient à lancer des éclairs.
« Ne laissez pas les rancœurs du passé vous aveugler » continua Dumbledore, et si les yeux de Severus avaient pu matérialiser de véritables éclairs nul doute qu'ils l'auraient faits à cet instant. « J'ai choisi de proposer ce poste à Remus car il possède les compétences nécessaires, et je choisis de l'y maintenir malgré l'évasion de Sirius Black car je sais qu'il donnera tout ce qui est en son pouvoir pour protéger Harry. »
Severus fulminait.
« C'est de Black et de Lupin dont il est question. Êtes-vous sérieusement en train d'oublier leur amitié ?
- Ancienne amitié, rectifia Dumbledore. Et pour ma part, au contraire, je pense que Remus sera le plus à même de nous aider si Sirius Black tente quoi que ce soit à l'encontre de Harry : Remus le connaissait bien, connaît sa façon de penser... Il serait d'une aide précieuse pour contrecarrer Black, voire pour le capturer, si celui-ci venait à tenter quoi que ce soit. »
Severus secoua la tête, atterré. Dumbledore ne voulait rien entendre, il refusait de percevoir le danger... C'en fut trop pour Severus qui, comprenant qu'il n'arriverait à rien, se leva en vue de quitter les lieux.
« Est-ce que vous avez d'autres fantastiques nouvelles à m'apprendre, ou je peux disposer ? »
Dumbledore le regarda de son regard perçant pendant quelques instants encore, puis hocha finalement la tête par la négative.
« Non, Severus. Je ne vous retiens pas plus longtemps. »
Severus ouvrit la porte d'un geste brusque et s'engouffra dans les escaliers, fuyant le bureau du directeur avant de faire quoi que ce soit d'irréfléchi. Comme donner définitivement sa démission par exemple.
L'idée était tentante. Il pourrait tout laisser derrière lui. Ne jamais revoir ni Lupin, ni Potter Junior, ni entendre parler de Sirius Black... Et ne jamais prendre le risque de se trouver dans les parages si son ancien maître venait à revenir...
Mais soudain l'image de Lily s'imposa à son esprit, et Severus sentit son cœur enserré par des chaînes invisibles. Il secoua la tête et chassa les pensées qui lui étaient venues, le cœur lourd.
Non, il ne partirait pas.
Il continuerait à tenir sa promesse.
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Rendez-vous lors du chapitre suivant qui revisitera la majorité de la troisième année d'Harry à Poudlard avec le POV de Severus, avant de se re-précipiter dans les interactions Severus/Sirius au chapitre d'après. J'espère que cette introducton vous a plu, et je vous dis à bientôt !
