Le chasseur était proprement écœuré.
On lui avait bien sur prit toutes ses armes avaient de l'habiller de fanfreluches, de l'attacher dans le palanquin et de le conduire au pied du temple qui renfermait, si les habitants locaux disaient vrai, un puissant renard démon.
La demande d'aide était parvenue à JingYun quelques jours à peine avant la pleine lune. La même arrivait tous les ans mais jusque là, personne n'avait voulu se déplacer pour aider un petit village paumé dans la pampa à plusieurs jours à cheval de la Capitale. Il y avait des sectes locales alors pourquoi s'embêter ? Jusqu'à ce que ces dernières leur demande leur aide parce qu'ils n'arrivaient pas à régler le problème.
Boya avait été envoyé seul. C'était à la fois un plaisir, un soulagement et une irritation.
Le chasseur était un solitaire. Être envoyé en mission seul ne le dérangeait pas, au contraire.
Devoir quitter la Capitale était de véritables vacances. En revanche, il savait parfaitement pourquoi son Shifu avait sauté sur l'occasion à pieds joints ! Un troupeau de femelles en rut avaient décidé qu'il était plus que temps qu'il se marie et faisait tout pour lui mettre le grappin dessus, au point de l'accuser d'agression pour le forcer à épouser la "victime". Il avait eut la chance d'être au Palais avec la Princesse lorsqu'il était sensé avoir agressé une des jeunes nobles qui le voulait. Le mensonge de la jeune femme avait fait un scandale. Depuis, il était consigné au temple. L'envoyer en mission au loin était une solution élégante pour protéger tout le monde en attendant que l'attention sur lui ce calme.
Le jeune homme était un peu écœuré. Il n'avait jamais été intéressé par les femmes. Il n'avait jamais été intéressé par qui que ce soit d'ailleurs. Il était comme une partie non négligeable de JingYun qui ne trouvait aucun intérêt ni aucune attirance dans les jeux sous la couette, la romance ou le simple contact humain. Certain disaient que les Chasseurs de JingYun portaient leur sacerdoce comme une armure contre l'humanité. Ce n'était pas si faux.
ALORS POURQUOI ETAIT-IL ATTACHE DANS UN PALANQUIN, HABILLE DE ROBES ROUGES AVEC UN VOILE ET CONDUIT COMME UN REPAS DE CHOIX POUR LE DEMON QU'IL DEVAIT TUER ?
Il était là à la demande du village aussi bien que des sectes locales ! Alors pourquoi l'assommer et le livrer pieds et points liés à l'ennemi ?
Ils n'avaient même pas eut l'air désolés lorsqu'il s'était réveillé et avait exigé d'être relâché. Il était là pour servir de sandwich au démon parce que personne ne voulait plus sacrifier un local et parce qu'ils ne pensaient pas que qui que ce soit puisse le vaincre.
Boya était au-delà d'écœuré.
Il était outré et scandalisé. Il était scandaloutré !
Le palanquin n'avait pas bougé depuis un moment lorsque les cheveux de Boya se dressèrent sur sa nuque.
Un démon approchait.
Il était troussé comme un rôti. Une victime incapable de se défendre pour le monstre qui allait le dévorer sans qu'il ne puisse rien faire. Ho, il ne partirait pas sans combattre ! Mais que pouvait-il faire ainsi ?
Petit à petit, la peur du petit garçon qui avait vu sa mère se faire dévorer devant lui remontait dans son ventre.
Lorsque les rideaux du palanquin furent écartés, il était au bord de l'hyperventilation.
"- Qu'avons-nous là."
Boya avala sa salive.
Un renard démon. Il avait été livré comme une oie troussée au banquet d'un renard démon… Qui semblait particulièrement agacé de sa présence.
"- Désolée de ne pas être une délicieuse donzelle à dévorer." Cracha Boya.
Il s'agitait dans ses liens avec l'énergie du désespoir pour sauver sa vie.
Le renard démon soupira. Il était différent de celle qui avait dévoré sa mère. Déjà, c'était un mâle. En plus, il avait plus de queues que Boya n'arrivait à en compter et ses poils étaient blancs.
"- Il faut vraiment que les villageois arrêtent de faire ça. C'est usant."
Sans se soucier des insultes et des hurlements de Boya qui se débattait de son mieux, le renard-démon le prit gentiment dans ses bras pour le sortir du palanquin.
"- Cessez de vous agiter ou je vais vous faire tomber."
Boya le foudroya du regard.
"- Lâchez moi et je vais vous montrer ce que je fais d'un renard démon !"
Le blanchon renifla avec amusement. La peur de Boya fut en partie remplacée par de la fureur. Il osait se moquer de lui ? Il ne s'en agita que plus fort dans les bras de son ravisseur qui éclata de rire.
Boya se figea lorsqu'il fut soudain entouré de qi pendant un instant. Un portail ?
Où étaient-ils ?
"- Maître QingMing, qu'est ce que vous nous rapportez cette fois ?"
Une jeune fille, presque encore une enfant s'était approché. Derrière elle, d'autres filles de tous âges jusqu'à des femmes d'âge mur et même des vieilles dames s'amusaient visiblement de voir ce que le renard avait dans les bras.
"- LACHE MOI SALE GROSSE BADERNE PLEINE DE POILS !"
Boya était en train de péter les plombs. C'était évidemment toutes les victimes du renard ! Une femme par an lui étaient offertes et elles étaient toutes là ! Au moins étaient-elles vivantes. Son Harem ?
Un frisson d'horreur remonta encore dans le dos du chasseur. Il ne serait jamais la catin du renard.
"- Il est énervé."
"- Il faudrait surtout que les villages arrêtent avec leurs "sacrifices"." S'agaça le démon en blanc. "Tout ca parce que je les ai aidé une fois." Et depuis, ils pensaient devoir payer pour son indulgence.
C'était ridicule. Il n'avait rien demandé lui ! Les humains étaient aussi bizarre que tordus. Ils s'étaient mis tout seul une pression inexistante que le démon devait gérer annuellement. Il fatiguait.
Les filles gloussèrent avec affection. Il était évident qu'elles n'avaient aucune peur du démon à qui elles avaient été livrées comme Boya avant lui, en palanquin et toutes de rouge vêtues.
"- Laissez-les faire, maître. On est bien plus heureuses ici que dans la misère et dans les champs."
"- QINGMING DAREN ! QU'EST-CE QUE C'EST QUE CA !" Le rugissement féminin fit tressaillir le renard."
"- MiChong…"
Une petite démone papillon venait d'apparaitre sur le seuil. Elle était aussi minuscule qu'elle semblait énervée.
"- Il faut que vous arrêtiez de collecter toutes les créatures faibles et fragiles qui vous tombent sous la main. On va finir par n'avoir plus de place ni de quoi les nourrir."
Le renard haussa les épaules avant de poser enfin Boya sur le sol avec précaution pour le libérer de ses liens d'un coup de griffe.
Le chasseur était un peu perdu.
Il se sentait de moins en moins effrayé. Pourtant, il savait que le renard n'utilisait pas son Charme sur lui.
"- Vous êtes de JingYun, n'est ce pas ?"
Boya hocha la tête.
"- Et alors ?"
"- Je peux vous renvoyer chez vous si vous voulez." Le sourire du renard était doux, sans aucune menace.
"- Et ces femmes ?"
"- Elles sont là parce qu'elles le souhaitent. Elles préfèrent travailler ici que de devoir épouser un mari choisit par leurs familles. Et puis, elles ont été envoyé comme 'sacrifice'." Il y avait du mépris dans la voix du renard. "Parce que personne ne voulait d'elles. Elles ne manquent pas à leurs familles et ont pu faire les leurs si elles voulaient."
Une des plus jeunes, une gamine qui ne devait pas avoir treize ans avait un grand sourire.
"- Oncle 'Ming m'apprends à lire et à écrire ! Et il m'a trouvé un professeur pour apprendre à broder ! Quand je serais plus grande, je pourrais aller fonder ma boutique à moi à la Capitale ! Il a promis !"
Le renard eut un sourire affectueux comme un père envers ses enfants.
"- Bien sûr que tu pourras, A-Lin. Mais il faudra travailler dur pour ça."
Boya était de plus en plus perdu.
"- Alors, Chasseur, que voulez vous faire ? Retourner à JingYun ou rejoindre les rangs de mes "épouses" ?"
Les femmes s'esclaffèrent toutes comme si c'était la meilleure plaisanterie de l'année. Elles, ses épouses ? Pfff. Le démon était une peluche aussi puissant qu'il était doux. Elles n'échangeraient leur place pour rien au monde.
"- Je vais rester ici quelques temps." Décida Boya du bout des dents.
Histoire d'être sur que le renard n'était pas dangereux. Et pas du tout parce qu'il se sentait étrangement en sécurité et à l'aise, à sa grande ulcération. Pourquoi se sentait-il aussi détendu sous ce chaud regard jaune ?
Le renard démon eut un tranquille sourire. Malgré ses dénégations, il était toujours content d'avoir de nouveaux membres à sa petite famille extensive.
"- Je m'appelle Anbei QingMing. Bienvenue à La Maison du Lac, Chasseur."
"- Boya. Yuan Boya." Qu'est ce qu'il faisait ?
