Bonjour tout le monde !

Voici encore un chapitre en avance, j'ai craqué ^^'

Mais après tout pourquoi pas ?

Comme d'habitude vous savez quoi faire !

Bonne lecture.


Chapitre 20

Île estivale, Moby Dick, début de soirée.

Isaya savait qu'elle avait bu bien plus que de raison mais là tout de suite, elle s'en moquait. La jeune femme se sentait délicieusement bien et heureuse, elle avait réussi sa mission aisément et le fragment était en sa possession. Shanks était un homme charmant et jovial, en réalité il l'avait totalement mise à l'aise grâce à sa nature amicale et à présent elle ne savait même plus pourquoi elle s'était inquiétée. De plus le saké qu'ils avaient partagé sur la plage était délicieux et même si c'était la première fois qu'elle buvait autant, elle ne regrettait rien. Seul bémol, ce breuvage fermenté lui avait rendu les jambes molles comme du coton. La dragonnière rigola à cette pensée tandis que Marco essayait de la faire descendre du dos de Roeg, tant bien que mal.

Alors que le commandant se retournait vers des membres d'équipage pour leur dire d'aller ranger la marchandise troquée, Isaya se sentit partir à la renverse et tomba sur les fesses dans le sable tiède. Ce qui lui déclencha un nouveau rire cristallin, incontrôlable. Elle vit le phénix se retourner vers elle de nouveau, on aurait dit qu'il souriait de sa maladresse mais elle n'en était pas sûre à cause de sa vision légèrement trouble.

Soudainement elle se rappela du cadeau de l'empereur alors qu'elle voyait quelques pirates décharger le filet.

- Marco ! Attends, donne moi le – le cadeau de Shanks. Je veux le ranger dans m-ma chambre !

Les mots avaient du mal à sortir de sa bouche et elle butait sur certains mais ce n'était pas grave, elle ne s'en alarma pas du tout. Le pirate s'exécuta alors et alla récupérer le tonnelet avant qu'il ne finisse dans la cale. Le précieux bien sous le bras, il se ficha devant elle et la jeune femme dut lever la tête pour le regarder.

- Je t'accompagne déposer ça. Donne moi aussi le fragment, je vais le mettre en lieu sûr dans les quartiers de père.

Isaya sortit alors le sac de sa poche et le tendit du mieux qu'elle pu au commandant, tout en se disant qu'il était décidément beaucoup trop grand. Le cube disparut donc dans le pantalon court de celui-ci, où elle savait qu'il serait à l'abri de quiconque entendrait son murmure. Rassurée elle lui offrit un sourire éclatant auquel l'homme répondit amusé.

-Tu penses pouvoir marcher jusqu'à ta chambre ?

Elle réfléchit quelques secondes avant de secouer négativement la tête, elle ne s'en sentait pas capable. Alors tout naturellement, comme elle l'avait fait quand il était venu la chercher, elle lui tendit de nouveau les bras. La douce chaleur de l'alcool coulant dans ses veines, elle ne ressentait aucune gêne et se laissait juste porter par ce qui lui passait par la tête, tout simplement.

- M-Marco, porte moi !

Cette fois-ci, dans la lumière décroissante du soleil au dessus de la mer, elle crut le voir hésiter. Mais elle ne sut pourquoi alors elle lui offrit un sourire à la fois timide et cajoleur.

- S'il-te-plaît ?

Il n'hésita pas plus longtemps et l'aida à tout d'abord se remettre sur ses jambes avant de la faire basculer contre lui, de la même manière que précédemment. Seule différence, il la portait un peu plus haut, son bras dans le creux des genoux. Elle pouffa quand son buste passa par dessus l'épaule du pirate, s'amusant de sa force et de la hauteur depuis laquelle elle se trouvait.

Le commandant se dirigea alors vers le navire et Isaya se redressant sur ses coudes, posés dans le dos de son chevalier servant, salua gaiement les pirates qui croisaient leur route. Si au début ils étaient surpris de cette étrange scène, ils finissaient tous hilares devant ses petits signes de main joyeux et ne pouvaient s'empêcher de les lui rendre. Ils traversèrent ainsi presque la moitié du navire.

Tandis que Marco et son « fardeau » se trouvaient dans le couloir en direction de l'infirmerie, ils passèrent devant la porte ouverte de la gigantesque salle de repos et y entendirent une certaine agitation se rapprochant rapidement d'eux. Isaya vit donc Izou apparaître dans un dérapage, suivit par d'autres pirates et commandants. Elle explosa de rire – décidément elle ne faisait que ça – devant leurs têtes ahuries par le spectacle. Le phénix se retourna alors vers les nouveaux venus, les dérobant donc à la vue de la jeune femme.

- Isaya ? Mais qu'est-ce qu'il se passe, elle est blessée ? Et pourquoi elle rigole comme ça ?

Le pirate n'eut pas le temps de répondre à la question, qu'un bras puis un doigt se leva en l'air dans son dos. Et la dragonnière s'esclaffa :

- J'ai b-bus du saké !

Ne pouvant retenir un discret sourire à la réponse joyeusement énoncée, il se mit de profil afin que la jeune femme puisse voir ce qu'il se passait. Elle s'illumina quand le commandant de la seizième division se trouva de nouveau dans son champ de vision.

- Izooouu !

Celui-ci ainsi que l'attroupement qui s'était créé, s'avança à son niveau tandis qu'une hilarité grandissante commençait à se propager parmi les hommes.

- Mais Isaya, tu es complètement ivre !

- Oui !

- Tu sais qu'on s'est inquiété quand on ne t'as pas vu revenir ? Mais comment as-tu pu finir dans cet état ?

- Fallait pas – s'inquiéter, Shanks est suuper cool ! Il m'a donné un ca-cadeau et j'ai même son – numéro. Il veut qu-que je rejoigne son équipage – mais j'ai dit jamais de la vie !

Le groupe se pencha vers le tonnelet gravé que Marco portait tandis qu'Isaya le pointait du doigt, tant bien que mal. Alors les rires redoublèrent dans le couloir.

- J'y crois pas il nous a bourré notre dragonnière, quel vaurien !

- Bien joué Isaya, tu ne t'es pas laissée faire !

- Mais Isaya, ça va ? Tu te sens bien ?

À cette question elle leur offrit un immense sourire et leva un pouce en l'air, semblant être ravie de son état actuel.

- Super bien ! Je sens juste p-plus mes jambes.

Ils rigolèrent de nouveau en cœur à la vue de sa bonne humeur flagrante, pas du tout inquiétée par le fait qu'elle ne puisse même plus se déplacer. Marco les interrompit dans ce moment divertissant et d'une voix amusée, leur dit :

- Bon il est temps qu'elle aille dormir, on ne va rien pouvoir en tirer ce soir. Mieux vaut une bonne nuit de sommeil pour la remettre d'aplomb.

Sur ces paroles il se retourna et reprit sa marche pour rejoindre le quartier médical quelques mètres plus loin. La jeune femme faisant face aux pirates qui se moquaient gentiment, les salua avant de disparaître derrière un dernier virage.

- B-bonne soirée tout le monde !

- Bonne nuit Isaya ! À demain !

Une fois à l'infirmerie, le phénix ouvrit la porte à l'aide de son coude et entra sans faire de bruit car Lance y dormait profondément tandis que le médecin de bord semblait être absent. Une fois dans la petite salle de repos qui servait de chambre à Isaya, il plaça le petit tonneau sur l'étroit bureau et déposa prudemment la jeune femme sur ses deux pieds, devant son lit au cas où elle basculerait.

Elle ne savait pas pourquoi mais la dragonnière était contente qu'il soit si précautionneux et délicat avec elle. Alors dictée par son instinct et une pulsion, elle attrapa les pans de la chemise toujours ouverte du commandant, tout en le tirant à sa hauteur et lui planta un baiser de reconnaissance sur la joue. Ce qui le figea sur place. Isaya ne se souciait pas de ce qu'il pouvait en penser, elle le faisait parce qu'elle en avait tout simplement envie.

- Merci M-Marco. C'était gentil de ta – part de m'avoir ramenée.

Et sans plus de cérémonie elle s'affala sur son lit en éjectant d'un coup de pied ses sandales et s'endormit quasiment instantanément, à la sensation de l'oreiller moelleux sous sa tête. Ne prêtant de ce fait, plus aucune attention au pirate toujours stupéfait au milieu de la pièce.

[...]

Le lendemain matin Marco s'était réveillé aux aurores, il avait peu dormi. Il avait donc décidé de prendre un café serré, assis sur la proue du Moby Dick tout en repensant à l'état dans lequel la dragonnière s'était retrouvée la veille. Mais surtout à la manière dont elle avait complètement fait fi de la barrière de bienséance et de retenue qu'elle s'imposait habituellement. Totalement à l'aise, il irait même jusqu'à dire : heureuse et débridée. Cela avait permis au commandant de voir un tout nouveau trait de personnalité qui ressemblait plus à l'idée qu'on se faisait d'une femme de son âge. Bien que ce soit l'alcool qui l'ait désinhibée, cette part d'elle-même existait bel et bien sous toute cette couche de contrôle émotionnel et social. D'ailleurs il était bien déterminé à l'aider à faire ressortir naturellement et de son propre chef, ce côté de son caractère.

La manière dont elle lui avait tendu les bras, deux fois, presque capricieuse avec une petite moue fichée sur le visage, l'avait réellement diverti et charmé. Surtout cette attitude légèrement malicieuse, à la limite de l'effronterie. Le phénix l'avait également trouvée presque mignonne avec ses joues légèrement rosies par l'alcool. Normalement ce n'était pas quelque chose qui l'attirait chez une femme mais pour Isaya c'était différent, car ce genre de comportement lui allait à ravir. Cela donnait au pirate, l'envie de la taquiner afin de la pousser dans ses retranchements et lui arracher d'autres réactions du genre mais surtout il voulait voir son répondant qu'il n'avait qu'entraperçu.

La seule chose qui l'avait vraiment pris de court, c'était ce baiser de remerciement, qu'il avait ressenti comme à la fois impulsif et en même temps totalement volontaire. La force qu'elle y avait mis et la manière dont elle l'avait attiré à elle avec détermination, le lui avait prouvé. Marco ne l'avait pas du tout pensé capable d'initier un tel acte bien qu'elle lui ait avoué être à l'aise en sa présence et à son contact. Il en avait été surpris au point d'avoir été incapable de bouger un bon moment. Les seules réactions que le pirate avait réussi à tirer de la dragonnière jusque là, avaient été quelques rougissements et regards appuyés. Là c'était d'un autre niveau.

Il plissa les yeux et étira légèrement ses lèvres face au soleil levant. Alors tout en passant discrètement ses doigts sur sa joue, il espéra que la jeune femme se rappellerait de son geste de la veille.

{-}

La dragonnière s'était réveillée avec un terrible mal de crâne et la bouche sèche. Il lui avait fallu de nombreuses minutes pour réussir à se lever mais elle avait eu la bonne surprise de trouver de l'aspirine et un grand verre d'eau sur le pas de sa porte. Gil avait dû les lui laisser car elle était certaine que tout l'équipage était déjà au courant de son état de la veille. D'ailleurs elle alla prendre une douche pour se donner de la force, avant d'affronter les moqueries des pirates à la cantine. La jeune femme était sûre qu'ils ne laisseraient pas l'occasion passer, elle les avait vu faire de nombreuses fois et tout était excuse aux railleries.

L'eau chaude l'aida grandement à chasser les restes de l'alcool mais son mal de tête persistait encore un peu. C'est seulement en se rinçant qu'elle eut le courage de vraiment repenser aux événements passés, non ceux en compagnie de Shanks et son équipage mais ceux qui intervinrent après. Surtout son comportement d'enfant capricieuse avec Marco. À ce souvenir elle grogna en posant son front sur le mur carrelé de la cabine de douche. Elle avait profondément honte.

Qu'avait-elle fait ? Qu'allait-il penser d'elle ? Jamais elle ne se comportait ainsi, en temps normal elle se contrôlait et faisait attention à ses interactions sociales. Cela faisait des années qu'elle n'avait pas montré ce côté taquin et malicieux de son caractère ou alors seulement avec Ojutaï quand ils se chamaillaient occasionnellement. Parfois elle avait été à la limite pendant ses entraînements avec le commandant mais c'était sous l'emprise de l'adrénaline et l'excitation du combat, couplés avec le désir de l'emporter. Mais ce baiser enfantin ! Pourquoi avait-elle écouté sa petite voix intérieure ? Oh oui sur le coup la jeune femme était consciente de ce qu'elle faisait et oh oui elle en avait eu envie ! Mais pourquoi avait-elle ressenti le besoin de taquiner volontairement, cet homme presque toujours sérieux et calme. Elle grommela de nouveau tout en coupant le jet d'eau. Et puis tant pis, c'était fait. Elle agirait donc comme si de rien n'était et elle aviserait s'il changeait de comportement en sa présence.

Heureusement la dragonnière devait se pencher sur le sujet du fragment récupéré et du retour de Lance et Roeg à Erevan. D'ailleurs à côté de ses vêtements propres, se trouvait le nécessaire à écriture. Car même si elle savait que Lance saurait expliquer en détail toutes les informations qu'elle avait rassemblées jusque là, elle souhaitait tout de même répondre à la lettre intime de son maître. Elle enfila alors rapidement ses sandales, son short et son tee-shirt trop grand avant de courageusement se diriger vers l'immense cantine, en croisant les doigts pour qu'elle ne soit pas trop bondée.

Accompagnée d'Ojutaï qui l'avait rejointe en chemin, elle poussa la lourde porte à double battant pour tomber sur une salle pleine à craquer. Le destin s'acharnait mais au moins le capitaine de la première division ne s'y trouvait pas. Alors elle soupira longuement tout en se dirigeant vers Lance assit seul au bout d'une table, comme à son habitude. Son trajet se fit sous les quolibets des hommes, auxquels elle répondait d'un sourire gêné ou d'un timide signe de main. Même Ojutaï s'y était mis pour son plus grand malheur. Elle lui jeta un regard réprobateur tandis qu'il ricanait.

Arrivée à la hauteur du dragonnier, elle s'enquit de son état de santé tout en se glissant sur le banc face à lui.

- Tu te sens mieux ?

- Oui, bien mieux. Je dois reconnaître que le médecin est bon. Encore un peu fatigué mais ça devrait largement le faire pour rentrer. Roeg m'a déjà raconté les derniers événements. Comment procède-t-on ? Je veux repartir le plus tôt possible.

Le duo était alors passé en mode dragonnier, complètement dans leur bulle. Ils passèrent plus d'une heure à discuter de politique, enjeux militaires, situation actuelle d'après guerre et marche à suivre concernant son cas. Lance l'aidant, Isaya rédigea une lettre officielle portant sur ses découvertes et le fait que Jace soit potentiellement encore en vie. Puis une seconde pour son maître, plus personnelle. C'est seulement quand ils se mirent d'accord qu'ils repartiraient à Erevan le jour même, que les deux dragonniers se rendirent enfin compte que la pièce était silencieuse. Tous les pirates étaient partis à l'exception de quelques commandants qui avaient suivis l'échange, très intéressés par leurs plans et propos sur leur monde. Marco était également apparu de nulle part, tout aussi attentif.

Lance râla de leur comportement intrusif mais surtout de ne pas s'en être rendu compte. Isaya, quant à elle tenta de camoufler un léger rougissement à la vue du phénix. Curiel s'exprima alors :

- Eh beh, ça a l'air d'être un sacré bordel là-bas, je ne pensais pas que le fait que tu sois ici pose autant problème ! Mais du coup Isaya ça veut dire que quand tu retournes chez toi, tu restes seule à chaque fois, sans possibilité de voir tes proches ?

- Euh oui, de ce que tu as compris Curiel, la situation politique est très instable et compliquée. Je dois donc rester constamment discrète et Ojutaï ne peut pas m'accompagner à cause de sa forme actuelle. Personne ne doit savoir et même si mon maître me manque, je ne le reverrai peut-être que dans quelques mois. Voire des années dans le pire des cas.

Un lourd silence retomba sur l'assemblée. Les hommes avaient compris la situation délicate et imposée à la jeune femme mais de l'entendre confirmer, cela avait plus d'impact. Ils s'imaginèrent alors pouvoir toucher le Moby Dick du bout des doigts sans avoir la possibilité de rejoindre leur équipage, ne les observant que de loin. Certains en furent même très touchés, Izou en particulier. Il adopta un ton doux et compatissant tout en se glissant sur le banc, aux côtés de la jeune femme.

- Ce doit être difficile d'être si proche de chez toi et interdite d'y aller. Il n'y a vraiment aucun moyen que tu changes cela ?

Cette fois-ci Lance ne put s'empêcher d'intervenir, plus qu'agacé. Il gronda alors de colère :

- Elle n'a pas le choix ! Vous croyiez quoi, qu'elle avait un comité d'accueil l'attendant à chaque fois ? Isaya fait partie de l'armée du royaume, sous les ordres de la famille royale. De plus c'est une digne représentante de l'Académie et de l'Ordre des Dragonniers. Son devoir doit passer avant tout, elle n'a pas le temps pour les états d'âme et les sentiments. On a été entraîné toute notre vie pour ce rôle et ce que cela incombait. D'ailleurs si je n'avais pas été là lors de son dernier passage, elle serait MORTE. Au milieu de nulle part, sans personne à ses côtés pour la pleurer ou ne serait-ce que l'enterrer. Au passage, tuée par des PIRATES dans votre genre ! Ce monde la met bien plus en danger que vous ne le pensez !

À la fin de sa tirade il criait presque et avait inconsciemment activé sa magie, ses yeux brillaient dangereusement du même gris argenté que Roeg. Il se leva alors et sortit de la salle furieusement. Le groupe avait été tellement choqué, que personne ne réagit pendant une bonne minute. Curiel tenta alors de détendre l'atmosphère mais le cœur n'y était pas.

- Eh beh, c'est la première fois que je l'entends parler autant en deux semaines !

Quant à Isaya, elle se sentait mal et gênée. Elle n'avait encore jamais expliqué précisément les enjeux de sa disparition dans son royaume, ni les conclusions qu'elle avait tiré de ses passages. En réalité cela faisait peu de temps qu'elle-même avait compris qu'elle ne rentrerait pas à Arakum, la capitale. À moins que son maître ou dame Cassandre ne trouvent une solution discrète car pour l'instant cela comportait trop de risques. Ce n'était pas par manque de confiance qu'elle avait tu ces détails, c'est juste que leurs mondes étaient tellement différents que cela en devenait difficile à appréhender et comprendre.

Honteuse elle baissa les épaules et se confondit en excuses.

- Je-je suis désolée tout le monde pour le comportement de Lance. Il est un peu obtus mais dans le fond c'est parce qu'il s'inquiète pour Erevan, c'est son devoir après tout. Et puis c'est ma faute, je n'avais encore jamais bien expliqué ce genre de points importants. Mais surtout les hommes qui m'avaient attaqués n'avaient rien à voir avec vous ! Il a juste fait une généralité sous le coup de la colère. Encore pardon pour ce qu'il vient de se passer.

Une main forte se posa sur son épaule dans une légère pression, celle de Marco. Il lui dit :

- Isaya, si quelqu'un doit s'excuser ce n'est assurément pas toi. Par contre j'aimerai rebondir sur un point. Tu restes longtemps seule, là-bas ? Qu'est-ce qui s'y passe et comment tu reviens ?

- Oh ! Eh bien, comme les jumeaux ont dû vous expliquer, le passage est assez – perturbant pour le corps... On s'y habitue un peu mais cela reste difficile pour l'organisme alors en général il me faut un minimum de repos avant d'être capable de repartir. Avant c'était totalement hasardeux et je ne savais pas où j'allais atterrir. Mais ces derniers temps j'arrive à maîtriser le processus avec beaucoup de concentration, de méditation et surtout de volonté. C'est également plus prudent que l'assimilation du fragment ait lieu là-bas car quitte à perdre le contrôle, je préférerai que ce soit dans un endroit isolé et non ici. Mais c'est la seule chose sur laquelle je n'ai aucun emprise. C'est une histoire de réaction physique et cellulaire aléatoire. Donc aujourd'hui j'aimerai expérimenter et essayer d'étendre mon séjour jusqu'à être expulsée afin de voir combien de temps je peux tenir.

Le commandant de la première division la regarda, la sondant profondément. Il réfléchissait mais la dragonnière était bien incapable de savoir à quoi exactement.

- Je t'accompagne.

- Que – quoi ?! Mais Marco, je ne sais pas quand je vais revenir ! Et puis je vais juste être malade, fatiguée et je risque de passer mon temps à attendre et me reposer. Il n'y a aucun intérêt à ce que tu viennes. En plus j'espère assimiler mon fragment sur place, ce n'est pas prudent que tu sois présent.

- Si c'est pour être seule et mal en point, alors autant que quelqu'un soit là pour veiller sur toi. Dois-je aussi te rappeler que tu ne peux pas me blesser ? En plus Ojutaï nous a dit que tu avais commencé à bien contrôler l'assimilation. Surtout qu'on ne lèvera l'encre que dans plusieurs jours donc je suis en mesure de m'absenter. Et puis je suis curieux de l'endroit où tu te caches à chaque fois, c'est votre repère à toi et Ojutaï, n'est-ce pas ?

Ses yeux étaient plissés d'assurance, il était déterminé. Isaya n'avait aucun contre-argument, enfin si un mais elle était sûre qu'il s'en moquerait.

- Lance va être contre l'idée.

- Je me fiche de ce qu'il pense. Et puis j'y vais pour te protéger alors il ne devrait pas avoir grand chose à y redire. Allez, je vais chercher le fragment et préparer quelques vivres, va te préparer.

Sur ces paroles, il quitta la salle de sa démarche souple et assurée. Les commandants encore présents dans la cantine rirent de l'air dubitatif de la jeune femme.

En moins d'une heure tout le monde était prêt et Edward Newgate avait donné sa bénédiction. Évidemment le dragonnier avait été contre l'idée du phénix mais apparemment ce dernier avait été persuasif car le guerrier finit par accepter. Isaya quant à elle s'était changée pour des vêtements chauds car il faisait plus froid à Erevan, Marco lui ne semblait jamais affecté par la météo, il resta donc dans ses habits habituels. Lance avait retrouvé avec joie ses affaires et caressait du pouce le pommeau de son épée, dans un tic d'impatience. Alors la dragonnière serra contre elle Ojutaï une dernière fois pour se donner de la force avant de rejoindre Roeg et les deux hommes sur la plage. Les pirates étaient restés sur le navire, tous agglutinés le long ou sur le bastingage pour les saluer. La jeune femme sortit le fragment du sac et l'empoigna jusqu'à ce qu'ils disparaissent dans un flash lumineux.

{-}

Marco s'était senti basculer en arrière, comme aspiré par une force impossible à contrer. Il avait également eu l'impression de tomber longuement dans le vide. Et à présent l'air lui manquait terriblement, ses poumons étaient en feu et il luttait contre un malaise dû à la privation d'oxygène qu'il venait de vivre. Tout son corps tremblait et ses muscles le faisait souffrir. Il avait un terrible mal de crâne et le coeur au bord des lèvres, comme si on lui avait violemment comprimé les intestins. Autant dire que la sensation était tout sauf appréciable. À genoux au sol, il reprenait contenance et activa son pouvoir, ses flammes léchèrent son corps et finirent de remettre d'aplomb son organisme malmené.

Alors il se redressa lentement et vit qu'il faisait nuit. Le pirate leva les yeux au ciel et fut incapable de reconnaître la moindre constelation, ils étaient bien passés dans l'autre monde. Son attention se reporta sur ses compagnons. Le dragon s'ébrouait, semblant mieux supporter le passage que les êtres humains. Par contre Lance était en train de vomir, tremblotant plus loin. Quant à Isaya, elle était allongée sur le dos, contrôlant sa respiration dans une sorte de méditation pour faire passer les effets, bien plus habituée à la sensation qu'eux. Et dire qu'elle vivait cela à chaque fois.

Cette dernière se releva enfin, encore un peu lasse mais restait assurée sur ses jambes. Puis elle se dirigea vers le dragonnier pour lui donner un peu d'eau afin de l'aider. Pendant ce temps Marco tenta d'observer les lieux mais il faisait trop sombre, le ciel étant seulement pourvu d'un mince croissant de lune. Il arrivait seulement à voir à quelques mètres et devinait la masse d'un imposant arbre et de ses racines. Le pirate en fut un peu déçu, il était impatient de découvrir l'endroit que la jeune femme et Ojutaï lui avaient décrit mais cela attendrait le lever du soleil. Le coupant dans ses pensées, Isaya l'interpella :

- Marco !

Il se retourna vers elle et les rejoignit. La dragonnière avait déjà récupéré du bois et d'un simple mot, embrasa le tout. Il se retrouvèrent alors autour du foyer incandescent et partagèrent un peu de nourriture afin de soulager leurs estomacs malmenés, dans le silence. Ce fut le guerrier qui le brisa après leur légère collation.

- Isaya, avant de repartir je voulais te dire que ton épée se trouve ici. Je l'avais caché, je vais te la chercher.

Le pirate vit l'homme invoquer un petit orbe lumineux puis disparaître derrière une énorme racine avant de revenir quelques instants plus tard, dans ses mains se trouvait une longue forme protégée par un tissu épais. Quand il se posta à la hauteur de la jeune femme il ne lui rendit pas l'épée tout de suite et sembla réfléchir. Puis soudainement avec l'une des extrémités de l'objet, il plaça un vif et léger coup d'estoc dans le flanc droit de la dragonnière, ce qui l'a fit gronder de colère. Marco bondit immédiatement sur ses pieds mais fut stoppé par la main levée d'Isaya. Son visage était fermé et dur mais loin d'être choqué par le geste de son camarade. Elle était droite dans une posture tendue et le bras en l'air, en direction du précieux paquet.

Lui donnant l'épée pour de bon cette fois-ci, Lance pointa du doigt les côtes touchées avant de prendre la parole.

- Dragonnière Isaya Bengali, il serait peut-être temps de passer à autre chose, tu ne crois pas ?

- Cela ne te regarde aucunement Lance Aglion.

- Certes, mais quand tu en auras enfin l'occasion, tâche de finir de faire disparaître ça. C'est une faiblesse et tu ne peux te le permettre.

Sur ce il tourna les talons et réutilisa de nouveau un globe lumineux pour se diriger vers la masse sombre de Roeg, que l'on pouvait deviner dans la pénombre. Il buta contre quelque chose sur le sol et grommela d'agacement. Soudainement, le dragon illumina les lieux en crachant un étroit jet de flammes dirigé sur une forme à terre qui disparut instantanément en cendres. Le phénix n'eut pas le temps de voir de quoi il s'agissait. Et alors que le dragonnier s'installait sur le dos de sa monture, il ne put s'empêcher quelques dernières réflexions qui étaient indirectement adressées au pirate.

- Désolé si Roeg vous a surpris. Je n'avais pas fini de nettoyer les résidus de l'autre monde la dernière fois. Isaya attention à tes fréquentations et surtout n'oublie pas QUI tu es et d'OÙ tu viens.

- Va-t-en Lance et passe mes salutations à la capitale. À la prochaine Roeg et encore merci pour tout.

- « Prends soin de toi petite dragonnière, j'espère que l'on se reverra bientôt. Et toi pirate, veille sur elle dans cet autre monde. »

Heureusement pour eux, le dragon insensible aux humeurs de son dragonnier, était bien plus chaleureux et cela allégea un peu l'atmosphère. Sans plus de cérémonie, le duo dans la pénombre disparut dans de puissants remous d'air, laissant le silence se réinstaller sur place.

Alors seulement Isaya se détendit complètement et offrit à Marco un petit sourire tout en se rasseyant. Il fit de même en desserrant ses poings. Il mourrait d'envie de demander à Isaya de quoi parlait le guerrier et se doutait que cela avait un lien avec une ancienne blessure qu'il avait deviné depuis longtemps maintenant. Le pirate l'avait vu à de nombreuses reprises passer sa main sur son flanc droit lors de ses entraînements ou lorsqu'elle partait loin dans ses pensées. Pour l'instant elle lui semblait fatiguée par leur passage alors il se retint de la questionner. Mais dès qu'il en aurait l'occasion, le commandant comptait bien aborder le sujet.

D'un commun accord ils décidèrent de se reposer un peu et attendre le lever du soleil ou la crise d'assimilation qui pouvait intervenir à tout moment. Les deux s'étendirent de part et d'autre du feu de camp avant de tomber dans une légère somnolence.

[...]

Quand Isaya ouvrit les yeux, ce fut à cause d'un discret rai de lumière qui était venu lui réchauffer le visage. Elle avait finalement dormi beaucoup plus longtemps et profondément que prévu. La dragonnière paniqua quelques secondes quand elle ne vit pas Marco à ses côtés mais se détendit immédiatement à la vue de celui-ci plus loin.

Le pirate était perché en hauteur sur l'une des hautes racines de l'arbre, debout dans les toutes premières lueurs du soleil levant. Elle ne put s'empêcher de le trouver resplendissant, là immobile et pensif, nimbé des timides rayons qui caressaient son corps entraîné et puissant. Comme d'habitude il semblait serein et détendu, son regard parcourant le paysage. Semblant lire ses pensées, l'homme tourna la tête vers elle et lui offrit un vrai sourire, on aurait même dit que ses yeux brillaient de joie et d'excitation. Et cela lui coupa le souffle le temps d'un instant.

La jeune femme secoua la tête vivement tout en se redressant, pour se reprendre avant de le rejoindre dans sa contemplation. Il lui offrit sa main afin de l'aider et la hissa aisément à ses côtés. Les deux s'assirent et restèrent ainsi dans le silence devant ce spectacle splendide qu'offrait l'astre solaire en chassant les ténèbres de l'horizon. Le temps semblait figé dans ce moment de poésie irréelle.

C'est seulement au bout de presque une heure que le pirate la coupa dans sa rêverie matinale.

- C'est tout simplement magnifique. Ce paysage est incroyable, je comprends maintenant à quel point tu puisses aimer cet endroit. La beauté de ce lieu est surréaliste. On se croirait dans une autre dimension, hors du temps.

La dragonnière rigola avec tendresse devant sa remarque.

- Tu es bel et bien dans un autre monde, littéralement. Et attends de voir les couchers de soleil, c'est encore plus saisissant.

- J'espère que j'en aurai l'occasion. En tout cas c'est exactement comme tu me l'as décrit voire plus beau. Même si je dois avouer que de ne voir aucune vaste étendue d'eau à perte de vue me perturbe plus que ce que j'aurais pensé.

- Imagine l'inverse, quand je me suis rendue compte du monde dans lequel je venais de débarquer.

Le phénix rigola, comprenant sûrement son point de vue maintenant. Tout cela prenait une toute autre dimension de le vivre et Isaya se doutait bien des émotions qui pouvaient le traverser. L'homme détourna les yeux de l'horizon pour la regarder à nouveau.

- Tu n'as pas assimilé ton pouvoir cette nuit. Est-ce que tu as une idée de comment ça pourrait s'activer ? Par exemple une situation particulière ou autre ?

- Malheureusement j'ai peu de pistes. Je sais juste que les dernières fois c'était sous le coup d'intenses émotions, donc je suppose que cela peut-être un facteur de déclenchement. Il va sûrement nous falloir être patients.

- Face à une telle vue ça ne me dérange pas et tu sais que je sais être patient. Diriger et vivre entouré d'autant d'hommes exubérants et plein de vie peut-être épuisant parfois. Alors je vois cette occasion comme un moment de répit bien mérité.

Ils se sourirent avant de retomber dans un silence confortable. Puis se levant soudainement le pirate s'étira avant de se retourner vers la dragonnière.

- Je peux prendre de la hauteur ? J'ai bien envie d'observer la topographie du cratère et des environs.

- Il vaut mieux qu'on reste ensemble, on ne sait jamais. Si je suis renvoyée, tu risquerais de rester bloqué ici jusqu'à ce que je trouve un autre fragment. Et je pense que l'équipage et ta division m'en voudraient assurément si je revenais sans leur commandant.

- Alors viens avec moi !

Le phénix ne lui laissa même pas le temps de répondre quand il adopta sa forme hybride et prenant Isaya par la taille grâce à ses serres, s'envola au dessus de la vallée. Surprise la jeune femme ne put retenir une expression d'étonnement avant de rire de son espièglerie. Ils s'élevèrent donc tous deux jusqu'à une hauteur vertigineuse et de là Marco entama de larges cercles pour rester dans le périmètre imposé. La jeune femme en profita alors pour lui indiquer certains lieux et points névralgiques du royaume même s'ils restaient difficile à apercevoir à cause de la vastitude des différents territoires.

Au bout de longues minutes, ils se posèrent plus bas dans la caldeira afin que le pirate puisse également profiter de la fraîcheur de la forêt jouxtant le cratère. Il y découvrit alors des essences d'arbres et de fleurs qu'il n'avait jamais vu. Puis leurs pas les menèrent à la rivière scindant la vallée en deux. Isaya s'amusa de son expression éclairant son visage à la vue de batraciens, aussi gros que des chats et aux chants anormalement mélodieux pour des animaux de ce genre. La jeune femme fut heureuse de le voir si ouvert et curieux, se rappelant de ses propres débuts dans le monde du pirate. Mais cette fois-ci les rôles étaient inversés. Ils terminèrent alors leur exploration dans une course d'escalade, le long de la paroi rocheuse du promontoire, menant au saule pleureur. Marco gagna la partie grâce à sa puissance et sa musculature.

Alors qu'ils étaient tous deux allongés sur le dos, encore essoufflés, Isaya eut une idée et se releva subitement.

- Marco, viens !

Le phénix s'élança à sa suite alors qu'elle grimpait une racine plus haute qu'elle, avant de se coller au tronc et y absorber de l'énergie. Dans son dos, il lui lança un regard interrogateur. La jeune femme lui prit la main et l'apposa contre l'écorce épaisse.

- Ferme les yeux et active ton haki d'observation. Mais concentre le uniquement sur l'arbre.

Le pirate l'écouta sans même poser la moindre question et Isaya en profita pour détailler les traits de son visage. Guettant toute réaction de sa part. Elle le vit alors hausser un sourcil avant de froncer les deux. Il rouvrit alors les yeux, stupéfait.

- Je sens sous ma paume et j'entends comme un – battement ? C'est très lent mais régulier.

- Tu as raison c'est exactement ça ! Cet arbre est tellement ancien qu'il génère de l'énergie et de la magie avant de la redistribuer dans le sol grâce à ses racines. Quiconque possédant une certaine sensibilité peut s'y connecter. Disons que c'est un peu comme ça que je recharge mes batteries. Même si cela a ses limites.

Devant sa curiosité grandissante, la dragonnière lui expliqua tout un tas d'autres choses concernant ce lieu et son monde. Ils continuèrent ainsi leur discussion autour d'un repas, les heures défilant sans même qu'ils ne s'en rendent compte.

{-}

C'est en milieu d'après-midi que le sujet de l'épée d'Isaya fut abordé. Marco n'ayant pas oublié, il désigna l'objet d'un signe de tête.

- Tu me la montrerais ?

Isaya sembla hésiter, se doutant sûrement que de nombreuses questions en résulterait mais elle accepta tout de même et lui indiqua qu'il pouvait la prendre. Le pirate ne se fit alors pas prier et déballa habilement l'arme.

Celle-ci était dans un fourreau de cuir sombre et renforcé par de l'acier, le même sceau présent sur sa bague y était également frappé. Il s'attarda sur le pommeau plat et légèrement arrondi où un symbole de dragon était taillé. D'ailleurs celui-ci ressemblait fortement à Ojutaï et ce détail le fit sourire. Il la dégaina alors prudemment. Ce n'était pas une épée longue comme celle de lance, mais une épée bâtarde. L'arme d'escrime ne faisait pas plus d'un mètre quinze de long.

Le pirate comprit qu'elle était faite pour l'estoc et la précision afin de pénétrer entre les pièces d'armure résistantes aux coups de taille. Son tranchant était double permettant des frappes plus variées et moins prévisibles, tels des revers. L'arme semblait également parfaitement équilibrée et affûtée sans être trop lourde. Il reporta ses yeux sur la fusée d'une longueur d'une main et demi, entourée de cuir vert foncé cette fois. À la jointure se trouvait une garde d'argent solide et légèrement courbe, permettant de protéger la main de son porteur.

Puis son regard glissa sur la lame et l'arrête centrale qui était gravée et légèrement colorée. On pouvait y voir de délicates arabesques se mêlant à des runes comme celles qui apparaissaient sur le corps d'Isaya quand elle utilisait ses pouvoirs à un certain niveau. Les motifs étaient teints dans des tons de vert d'eau et émeraude, allant du pastel au foncé. Marco ne put retenir un sifflement admiratif. Cette épée était tout simplement sublime.

- Je suis plus calé en katanas et sabres mais je sais reconnaître une lame d'exception quand j'en vois une. Avec Vista on se disait bien que ton style de combat se rapprochait de celui d'un épéiste. Par contre je n'y voit aucune éraflure ni ébréchure. On dirait presque qu'elle est neuve.

- J'ai appris le maniement de l'épée à l'académie auprès des instructeurs d'armement et je me suis perfectionnée avec mon propre maître. C'est la lame qu'on ma remise le jour de mon intégration dans l'Ordre des Dragonniers. Elle est faites de plusieurs métaux dont un inoxydable, le tout façonné avec le feu d'un dragon et ce par des artisans d'exception. Et attends tu n'as pas tout vu, passe la moi.

Il tendit l'arme à la jeune femme. Alors ous ses yeux ébahis, la lame sembla faiblement scintiller et les runes gravées pulsèrent d'une douce lueur lorsque Isaya activa ses pouvoirs.

- Il a fallu des mois pour la concevoir. Grâce à divers sorts et protections, la lame ne peut être brisée et son tranchant reste en tout temps affûté. Je pourrais la jeter dans de l'eau salée plusieurs années, elle en ressortirait intacte. Je peux même l'utiliser combinée avec un sort pour frapper mes adversaires.

- Comment l'as-tu perdue ?

- Pendant mon combat avec Jace, avant d'être aspirée dans ton monde.

- Et comment – qu'a voulu dire Lance hier soir ? Si c'est trop indiscret, tu n'as pas à me répondre.

Dans le fond Marco était avide de réponse mais il ne voulait pas brusquer la dragonnière, après tout lui-même avait ses propres secrets. Il la vit hésiter, se tenant les côtes pensivement puis elle se décala sur le sol, de manière à lui faire face à seulement quelques centimètres.

- C'est plus simple si je te montre. Grâce à un sort tu vas être en capacité de voir ma mémoire depuis mon point de vue. Je te préviens cela n'a rien à voir avec les illusions que j'ai pu utiliser jusque là, c'est bien plus intense. Tu n'auras que la vue car je couperai les autres sens et surtout les sensations afin de ne pas vivre les désagréments qui vont avec. Puisque c'est une expérience à laquelle tu n'es pas habitué, je vais devoir apposer mes mains sur toi et tu devras te laisser aller. Est-ce que cela te va ?

Intrigué le pirate hocha la tête et laissa Isaya poser délicatement ses doigts sur ses tempes, il ferma ses paupières à l'instar de la jeune femme. Il la sentit utiliser son pouvoir, le sort pénétrant les limites de sa conscience pour forcer une mémoire qui ne lui appartenait pas. Alors il se retrouva dans le noir. Puis soudainement une scène explosa dans son esprit et il fut persuadé de la vivre.

« Ses yeux se levèrent vers le ciel aux nuages presque rouge sang, il pleuvait. Puis son regard descendit sur le sol boueux. Les chevaux et les troupes s'y enlisaient dans un amas d'acier et de chair. Par delà le champ de bataille ravagé, l'ennemi avança de nouveau en rangs serrés, inlassablement. En surnombre.

Une volée de flèches s'abattit sur les premières lignes, beaucoup tombèrent. Puis quand la deuxième arriva, son bras se leva en l'air. Une fine barrière translucide engloba les combattants. Cette fois-ci les projectiles rebondirent sur la surface.

Au loin un dragon émeraude détruisit des machines de guerre ennemies dans une frénésie bestiale. Galvanisés, ses hommes chargèrent à leur tour, sautant au dessus des cadavres et des débris dans un élan de courage. Les deux rangées de soldats en armures se fracassèrent l'une contre l'autre, violemment.

Brusquement des masses enflammées percèrent le ciel. Son bras se souleva de nouveau mais la protection magique céda et le chaos éclata. La tourbe et les éclats volèrent dans toutes les directions. Son regard chercha le responsable et le trouva.

Une forme noire, ombre imposante et au visage casqué. Un fléau d'arme salua, impérieux et provocateur. L'adversaire traversa les combats ouvrant le passage confondant ennemis et alliés dans une macabre percée.

Alors son corps se tendit et fulgurant, survola les tranchées vers son opposant qui s'avançait dans sa direction. Puis d'une impulsion donnée par le vent lui-même, s'éleva avant d'abattre sa lame. Les regards durs se croisèrent le temps d'un instant.

L'avant bras armuré de noir contra l'attaque. Repoussé, son corps glissa longuement sur le sol instable. Il y eut un moment de flottement, coupé de tout, la danse pouvait commencer.

Légèreté contre puissance, esquives contre parades. Aucun n'arrivant à atteindre l'autre dans ce cercle dépourvu de vie. Mais les hommes tombaient, le temps était compté.

Alors la magie fusa de nouveau, la terre prêtant sa force et retint le géant. Une ouverture se créa, son bras prépara son coup mais un carreau d'arbalète frôla son visage. Le tir lui fit perdre l'équilibre et le sort se brisa.

L'ennemi se libéra, vif, il riposta. Une main gantée enserra sa gorge en plein vol et ses doigts lâchèrent sa lame pour se libérer de la poigne d'acier. Réussissant, son corps tomba lourdement au sol puis roula pour esquiver le fléau mortel.

Impossible de se relever, les coups implacables pleuvaient entre chaque esquives. Pourtant il le fallait pour survivre, pour continuer à combattre ne cédant rien à l'envahisseur. Une nouvelle ferveur et rage de vivre l'entraîna dans un dernier espoir désespéré à laisser exploser son pouvoir.

Chargeant le puissant sort pendant une trop courte accalmie, tandis que le redoutable adversaire ramassait sa propre épée. Sûrement pour l'humilier. Une course à la rapidité s'engagea.

Trop tard, l'erreur fut commise et l'énergie lui manqua. Alors son corps figé par la magie, n'esquiva pas la lourde main s'abattant. Triomphante et sûre d'elle.

Le bien trop fin plastron éclata en même temps que sa chair et ses os dans une effusion d'éclats d'argent et de sang. L'opposant terrible, ne l'acheva pas. Laissant son corps agonisant au milieu de la boue et des cadavres. Sa lame plantée à ses pieds.

La bataille était perdue, tous tombaient les uns après les autres. Ses yeux se portèrent une dernière fois sur le ciel, pleurant leur défaite. Sous le regard moqueur des corbeaux. Prêts pour un festin. »

Marco revint à la réalité dans un soubresaut. La vision encore terrible et violente, gravée dans son esprit. Il lui fallut encore de longues secondes pour se remettre de l'expérience et analyser tout ce qu'il venait de voir. En attendant la jeune femme s'était éloignée de lui, la mine sombre et sérieuse. Devant son silence elle prit la parole.

- Ce jour là, de nombreuses vies furent perdues inutilement. Cela a été la plus cuisante des défaites. Je m'étais beaucoup reposée sur mes pouvoirs et j'avais bien trop puisé dedans. Le dernier sort que je tentais de lancer m'a paralysé car je n'avais plus la force de le mener jusqu'au bout.

Fermant les yeux quelques instants, la jeune femme fit une pause. Puis elle reprit :

- Après tout cela, il aurait fallu une dernière séance auprès des guérisseurs pour totalement cicatriser ma blessure, infligée par ma propre lame. Mais je n'ai pas pu m'y résoudre, préférant garder une trace de mon échec par respect pour ces hommes tombés au combat.

Isaya reposa son regard sur l'épée à ses côtés, caressant distraitement la lame affûtée avant de la rengainer d'un coup vif. Ses yeux restaient durs même si le phénix sentait qu'elle avait fait le deuil et accepté la finalité de cette bataille. Elle semblait juste ne jamais vouloir oublier, afin d'honorer les morts.

- Merci de m'avoir montré tout cela, sincèrement. Dis, cette cicatrice, je peux la voir ?

La dragonnière soupira avant de soulever sa chemise et étirer son buste. Il put observer une balafre large, qui devait faire une vingtaine de centimètres de long et d'une couleur sombre, presque bordeaux. Elle partait du côté de son sein, cachée par le bandeau pour descendre dans une légère diagonale jusqu'au haut sa taille. La cicatrice était boursouflée comme si la peau n'était pas entièrement guérie. Mais cela n'avait quand même rien à voir avec ce qu'il venait de vivre dans ce perturbant échange de mémoire.

À ce souvenir il réprima un frisson car il savait que la cage thoracique de la jeune femme avait littéralement éclatée. Ses côtes broyées avaient dû percer ses poumons sous la puissance du coup et sa chair s'était largement déchirée. Elle avait eu énormément de chance de survivre à cette blessure, qui en tant normal aurait été fatale. Le pirate attendit qu'elle finisse d'abaisser son haut avant de lui poser une autre question.

- Les guérisseurs de ton monde sont incroyables pour avoir réussi à te soigner. Mais est-ce que ta cicatrice est incapacitante d'une quelconque manière ?

- Oui, leur magie est unique et indispensable. J'ai eu beaucoup de chance, Ojutaï a été très vif et m'a immédiatement emmenée auprès d'eux. Il aura fallu tout de même deux mages pour réparer mes organes et ressouder mes os. Je crois que je n'ai jamais été aussi proche de la mort que ce jour là. Sinon je n'ai gardé aucune séquelle, la peau est juste très sensible au touché. Ou lorsque je m'étire et parfois les jours de mauvais temps. Mais c'est tout, je me suis habituée à sa sensibilité décuplée. Même si Lance pense qu'il s'agit d'une faiblesse d'esprit, c'est pour moi un souvenir important.

- Je peux comprendre ton point de vue puisque cela ne t'empêche pas de te battre ou te déplacer.

- Merci Marco, d'être toujours si compréhensif et ouvert d'esprit.

Ils échangèrent un regard entendu mais Isaya semblait devenir un peu blême et de légers tremblements commençaient à prendre possession de son corps. À cette vue le phénix se leva rapidement tout en l'interrogeant.

- Isaya, ça va ?

- Mince, l'assimilation, je sens que ça commence. Je vais aller m'asseoir contre une racine.

Ils eurent à peine le temps d'atteindre l'arbre, à quelques pas, avant que la fièvre de la crise ne débute. Isaya se mit en tailleur en posant son épée au sol puis ferma les yeux. Le pirate savait qu'elle était entrée en phase de méditation pour contrôler le flux d'énergie qui se déversait en elle. Il resta accroupi à ses côtés en observant les ondes tentant de s'échapper d'elle et la faire frémir Une fine pellicule de transpiration apparut sur sa peau et son visage était terriblement pâle. De temps en temps il voyait la jeune femme pincer ses lèvres dans un murmure et serrer ses poings. Tout son corps était crispé. Il se sentit terriblement impuissant et ne put que rester là, à la regarder lutter.

Pendant ce temps, les nuages qui avaient commencé à se rassembler au dessus de leurs têtes toute l'après-midi, se mirent à cracher une fine bruine. Et les minutes furent très longues tandis que Marco attendait. Mais au bout de ce qui lui sembla être une éternité, le corps de la dragonnière se détendit progressivement avant de se relâcher totalement dans un soupir. Puis elle bascula sur le côté dans l'inconscience. Elle n'eut pas le temps de toucher le sol car il la rattrapa et s'adossa à l'arbre, le corps tremblotant de froid et de fatigue de la jeune femme entre les bras.

{-}

Quand Isaya reprit connaissance, elle fut surprise de ne plus sentir le bois dur de la racine contre laquelle elle s'était assise. À la place son dos reposait contre un torse - certes ferme et musclé - mais bien plus confortable. Se reconnectant à la réalité, son corps courbaturé fut pris d'un violent frisson et une paire de bras se resserra autour de sa taille, ceux de Marco. Elle se figea quelques secondes suite à la réalisation puis se détendit de nouveau dans l'étreinte réconfortante.

Le pirate resta silencieux, ce qu'elle apprécia car elle ne se sentait pas encore assez en forme pour une discussion. Alors elle se laissa totalement bercer dans ce contact physique qui lui paraissait chaleureux, confortable et pour l'instant plus que bienvenu. La jeune femme se sentait bien en sa présence qu'elle trouvait rassurante, c'était fou à quel point cet homme l'apaisait. Les yeux fermés elle respirait lentement pour chasser les derniers effets désagréables de l'assimilation. Soudainement elle sentit le menton du phénix se poser sur sa tête avant que sa voix profonde ne résonne dans son crâne.

- Ça va mieux ?

- Oui, ça commence. Je dois avouer que ce n'est jamais agréable mais on s'y fait et je maîtrise de mieux en mieux.

- Bien joué.

Les deux retombèrent dans le silence, ne bougeant pas et ne brisant toujours pas l'étreinte. Ils regardaient le brouillard et la bruine qui se déversaient sur le paysage, tout en étant à l'abri sous les frondaisons du saule pleureur. Mais au bout d'un moment Isaya ressentit le besoin de bouger son corps douloureux.

- J'ai besoin de m'étirer, j'ai mal partout. En tout cas merci beaucoup d'avoir été présent.

Tandis que les bras l'avaient relâchée et qu'elle sentait l'homme se redresser dans son dos, elle se figea soudainement de stupeur quand Marco lui déposa un baiser sur la joue. Exactement comme elle l'avait fait à l'infirmerie. Il finit alors de se dégager rapidement tout en lui murmurant au passage quelque chose à l'oreille.

- Merci à toi de m'avoir amené ici.

Et il se retrouva, debout à quelques pas d'elle, un fin sourire au coin des lèvres. La jeune femme dut alors réprimer un violent rougissement tout en évitant le regard diverti du pirate. Elle se releva raidement et s'éloigna pour entamer quelques étirements musculaires. Mais sous son calme apparent et concentrée à ses mouvements, Isaya cogitait intérieurement.

Elle se demandait comment elle avait pu temporairement oublier le geste qu'elle avait eu envers Marco l'autre soir. Mais surtout, elle était surprise qu'il le lui rende aussi malicieusement et qu'il en soit fortement amusé. Car ça oui, elle avait vu dans son regard plissé une certaine satisfaction et il ne s'en cachait absolument pas. La dragonnière était médusée de découvrir un un homme joueur et bien plus taquin qu'elle ne l'aurait imaginé. Mais est-ce que cela la dérangeait ? Non, en réalité elle trouvait cela – exaltant ? Elle repensa alors à la discussion qu'elle avait eu avec Ace à propos du commandant. Était-ce donc une confirmation de son attirance, qui était alors mutuelle ? C'était vrai qu'ils n'avaient jamais été aussi proches que depuis leur réconciliation. Et le phénix n'hésitait pas à rechercher sa compagnie, devenant de plus en plus tactile dans leur proximité naissante. Elle même l'avait encouragée par des paroles ou des actes.

Tandis qu'elle s'étirait une dernière fois, la jeune femme chassa ses réflexions en se disant que ce nouveau Marco n'était finalement pas pour lui déplaire. Après tout elle s'était promise de profiter de la vie et surtout d'arrêter de trop réfléchir. De toute façon elle était coincée dans le monde du pirate sûrement pour une très longue période. Alors advienne que pourra ! C'est sur cette dernière remarque qu'elle rejoignit, tout de même un peu gênée par ses pensées, le commandant qui avait rassemblé leurs affaires à l'abri. Heureusement pour elle, Marco était redevenu sérieux et semblait quelque peu dépité par l'état du sac contenant les vivres.

- Tout est trempé, on dirait bien qu'il faudra sauter le repas de ce soir.

- Tant pis. Mais ne t'inquiète pas, je nous ramènerais au Moby Dick avant que l'on meurt de faim.

Ils rigolèrent tous deux et se réinstallèrent confortablement sous leur abri de fortune, attendant que la pluie fine cesse.

[...]

Ce n'est que bien plus tard dans la nuit, qu'Isaya commença à se sentir mal. De violents maux de têtes l'étreignaient et une étrange sensation avait pris possession de son corps. Comme si chaque cellules de son organisme vibraient et ce n'était pas du tout agréable. Elle en fit part au pirate qui avait déjà remarqué son mal-être.

- Marco, je commence à ne pas me sentir bien. D'après toi, ça fait combien de temps qu'on est ici ?

- Je dirais un petit peu plus de 24h, sans en être sûr à cent pour cent.

- J'ai bizarrement faim aussi. Habituellement je peux passer plus de 48h sans éprouver forcément le besoin de me nourrir mais là c'est comme si mon corps réclamait une source d'énergie. Comme s'il luttait contre quelque chose. On dirait bien que ce monde ne va pas tarder à me rejeter.

- Si c'est douloureux ou trop désagréable mieux vaut peut-être arrêter l'expérience et rentrer ?

- Non, à part ma tête cela ne fait pas mal. Je ne veux pas déclencher le passage moi-même, je veux que ce soit le sort qui le fasse. Il faut que je tienne.

- D'accord c'est toi qui vois mais si ça devient trop dur à supporter, n'hésite pas.

Il se passa ainsi deux autres heures durant lesquelles le malaise d'Isaya prenait de plus en plus d'ampleur. Au point où elle commençait à avoir des nausées et des tremblements musculaires incontrôlables sous le regard grandissant d'inquiétude du pirate. L'effet atteignit son paroxysme quand elle fut prise de convulsions soudaines et inarrêtables. Alors son cerveau se déconnecta et elle n'entendit même plus l'affolement évident de Marco. Puis ils basculèrent tous deux en arrière, subissant les effets soudain du passage dans l'autre monde.

[...]

Satch était très content de lui, un sourire radieux barrait son visage tandis qu'il rejoignait gaiement Vista et leurs deux divisions. Ces derniers prenaient un repas bien mérité à la cantine du Moby Dick. Ils étaient rentrés de leur mission réussie, durant laquelle il avait eu la surprise de tomber sur un fragment de pouvoir appartenant à Isaya. C'étaient les jumeaux qui avaient reconnu le petit cube flottant dans un buisson, non loin de la rivière où ils étaient allé se rafraîchir sur une île de passage. Se rappelant de ne pas le toucher à main nue, Il s'était alors empressé de l'attraper grâce à son foulard avant de l'enfermer à clé dans un petit coffre. Il avait bien entendu les sortes de murmures que le cube émettait mais étrangement il avait été moins affecté que certains membres de la division.

Le commandant avait été un peu déçu d'apprendre qu'il avait manqué la dragonnière. Mais surtout le spectacle qu'avait dû être la jeune femme, complètement ivre après avoir passé une après-midi auprès de l'équipage de Shanks le Roux. Il se promit donc de se rattraper et de la saouler dès qu'il en aurait l'occasion car il devait voir ça au moins une fois dans sa vie. Sur ces réflexions quelque peu pernicieuses, il débarqua dans la grande salle de restauration.

Au moment où il s'apprêtait à s'asseoir à une table, un plateau repas enfin en sa possession, un flash aveuglant surprit les pirates présents dans la pièce. Il se prit alors de plein fouet la masse corporelle de Marco, le renversant au sol au passage. Le choc lui avait coupé la respiration et son repas avait volé plus loin. Le commandant de la quatrième division en fut outré mais n'eut le temps de rien dire lorsque le phénix lui vomit dessus. Il se tétanisa alors de dégoût puis trembla légèrement de colère. Enfin il explosa :

- PUTAIN MARCO ! Mais c'est dégueux ! C'est quoi ton problème ?!

Le concerné ne s'excusa même pas tandis qu'il se relevait en activant son pouvoir, ses flammes parcoururent son corps, le remettant d'aplomb. Satch s'apprêta alors à lui expliquer de nouveau sa façon de penser mais fut coupé par des exclamations d'inquiétude. Il dirigea alors son regard vers la source pour enfin voir Isaya au sol plus loin, en train de convulser. Marco fut le plus vif, en une fraction de seconde il était à ses côtés.

- MERDE ! Isaya, tu m'entends ? Isaya, Yoi ! Vite, allez chercher Gil !

Faisant fi de ses vêtements souillés, Satch accourut à leur niveau en créant un périmètre autour d'eux afin qu'ils aient de l'air et un minimum d'espace. La jeune femme était livide, son corps tremblait violemment mais surtout elle ne respirait pas. Il commença alors à réellement s'alarmer car le médecin de bord mettait du temps à arriver.

Heureusement les spasmes brutaux s'estompèrent avant de complètement disparaître. Le pirate fut soulagé quand la jeune femme ouvrit les yeux en avalant avidement de l'air. Elle s'était roulée sur le flanc, tremblotant comme une feuille et peinant à reprendre ses esprits. Il souffla alors pour évacuer la pression qui s'était temporairement emparée de lui.

- Eh bien petite, tu nous as fait -

Le commandant n'eut même pas le temps de finir sa phrase que Marco le coupa brusquement.

- Plus JAMAIS tu attends aussi longtemps Isaya ! Est-ce que c'est clair ? Plus jamais !

Satch était choqué de la colère dans sa voix et du ton intransigeant qu'il avait employé. En temps normal il le réservait pour les hommes sous son commandement, quand ils avaient fait une chose qu'ils n'auraient vraiment pas dû faire. Mais l'entendre parler ainsi à la dragonnière le surprit avant qu'il n'aperçoive sa main légèrement fébrile qui avait emprisonnée celle d'Isaya. Il comprit qu'il avait réellement eu peur et que cette espèce de crise de convulsions avait dû débuter bien avant leur arrivée ici. Toujours est-il que cela faisait des années qu'il n'avait pas vu son ami dans cet état de stress extrême. Son visage était pincé dans une expression d'inquiétude profonde.

Soudain Gil arriva en courant et dégagea tout le monde pour se pencher sur la jeune femme qui commençait à aller un peu mieux. L'homme à lunettes décida tout de même de la faire évacuer à l'infirmerie où ils seraient plus tranquille. Le quatrième commandant se fit donc pousser sans ménagement hors du chemin lorsque que Marco sortit de la salle en grande enjambées. Isaya dans ses bras et le médecin sur ses talons.

Il se retrouva alors là, les bras ballants et ahuri. Mais qu'est-ce qu'il venait de se passer ? Surtout qu'est-ce que c'était que cette attitude ? Où était passé le phénix habituellement impassible ? Il avait deviné depuis longtemps l'attirance qu'avait son ami envers Isaya. Mais là c'était encore autre chose. Un sourire goguenard prit alors place sur son visage, cela lui semblait grandement intéressant et il avait hâte de creuser tout ça. Puis il se rappela soudainement qu'on lui avait vomi dessus. Il releva alors la tête vers Vista et les hommes qui le regardaient bizarrement avant qu'ils se mettent tous à rire.

- Hey, arrêtez, ce n'est pas drôle ! Tu ne vas pas t'y mettre aussi Vista et la solidarité entre commandants ? Aaahh merde, il n'aurait pas pu se retenir ou je ne sais quoi ?!

Watson et Gabriel arrivèrent à sa rescousse avec des serviettes tout en secouant négativement de la tête.

- Eh non, quasiment impossible. Ce truc de passage, ça te retourne un homme. Même bien constitué.

- Je vous rappelle qu'on en a personnellement fait l'expérience commandant. Ce n'était pas beau à voir. Ce sont de drôles de sensations bien désagréables.

- C'est un peu comme si quelqu'un se servait de tes intestins comme d'une corde à sauter.

- Ou alors qu'on jouait de la flûte dans tes poumons.

- Et qu'on passait ton cerveau à la moulinette.

Les jumeaux conclurent sur des comparaisons très imagées, se remémorant leur propre vécu de leur aller-retour dans le monde d'Isaya. Maintenant avec tout cela, Satch fut sûr de ne plus avoir du tout faim. Il décida alors de prendre une douche et se changer avant de rejoindre tout ce beau monde à l'infirmerie.

Une fois propre et dans de nouveaux habits, il s'approcha à pas de loup afin d'écouter ce qu'il se passait dans le quartier médical. Là il y entendit le phénix gronder tandis qu'Isaya lui répondait. C'est qu'elle avait du répondant la petite dragonnière, tenir tête au second de Barbe Blanche n'était pas chose aisée. Il décida alors d'entrer sans frapper histoire de les surprendre et peut-être apaiser les tensions.

Malheureusement, son arrivée n'eut pas le l'effet escompté car ils ne le remarquèrent même pas. Ojutaï était également présent mais semblait somnoler, peu intéressé par ce qu'il se passait. Seul Gil leva un sourcil interrogateur avant de lui faire son fameux sourire en coin. Le médecin semblait suivre avidement la conversation, une lueur amusée dans les yeux. Alors le commandant de la quatrième division le rejoignit en retrait et suivit le match divertissant.

Marco agacé, avait les bras croisés, devant la table d'examen tandis qu'Isaya, les poings sur les hanches, campait sur ses positions. Les deux étaient très expressifs et semblaient maintenant en bien meilleure santé qu'avant.

- Isaya je t'avais dit de laisser tomber si ça devenait trop compliqué. Pourquoi tu n'as pas arrêté avant de finir dans cet état ?

- Mais comment voulais-tu que je sache à l'avance que ça allait finir ainsi ? Le but d'une expérience est d'expérimenter justement.

- Oui, au détriment de ta santé. Bon sang, tu ne respirais plus ! Et tu as commencé à convulser déjà bien avant à Erevan. Est-ce que tu as au moins écouté ce que Gil vient de t'expliquer ? Une telle crise peut laisser des lésions irrémédiables au cerveau.

- Certes mais au moins maintenant je connais les effets et jusqu'où je peux tenir. Et tout va bien, là je me sens déjà bien plus en forme. La prochaine fois il faudra que je retente le coup pour voir si je peux tenir plus de 26 heures. La sibylle a dit qu'avec de la volonté je pourrais augmenter petit à petit le temps de mon séjour là-bas.

- Hors de question que tu recommences ! C'est bien trop risqué. Imagine que ton corps flanche et que ton cœur s'arrête avant que tu ne puisses revenir ici ? Personne ne pourra te venir en aide si ça arrive.

- Comment veux-tu que j'obtienne des réponses à mes questions si je n'essaie pas ? D'ailleurs dois-je vraiment te rappeler que tu n'as aucune autorité sur moi et mes décisions ? Je ne suis pas l'un des membres de ta division.

Devant le regard ambré et assuré de la jeune femme, le phénix poussa un long soupir et décroisa les bras.

- Vraiment Isaya tu es agaçante.

- Et toi opiniâtre.

Il y eut un long silence, les deux se regardèrent. S'accordant au moins sur le fait qu'ils n'étaient justement pas d'accord. Marco sembla comprendre qu'il n'en tirerait rien alors il alla sur un terrain plus neutre.

- Pourquoi la cantine et pas le pont du navire ?

- Je pense que c'est parce que j'avais faim.

N'y tenant plus Satch explosa bruyamment de rire devant la réponse somme toute, logique. Gil le rejoignit dans son hilarité, finissant tout juste de noter des informations médicales concernant la dragonnière, dans son carnet en cuir.

Alors les deux débatteurs semblèrent enfin se rendre compte de leur présence et toute tension disparut comme par magie. Isaya se racla la gorge avant d'adresser un timide sourire au quatrième commandant et Marco reprit un air impassible avant de se diriger vers la porte. Il interpella tout de même la jeune femme avant de sortir.

- Repose toi, je vais faire un rapport à père et si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas. À plus tard.

Et il sortit à toute vitesse sous les yeux divertis de ses deux camarades. Ces derniers reportèrent alors leur attention sur la dragonnière.

- Salut Satch, alors cette mission ?

- Oh, jeune femme, pas de ça avec moi. On va plutôt parler de toi, tu as quand même réussi à nous rendre notre second ronchon. Ce qui est très rare, soit dit en passant. Alors ?

- Tu as entendu, on a simplement des avis divergents. C'est tout.

- Je veux bien laisser filer pour cette fois parce que j'ai une information très importante à te transmettre.

La dragonnière le regarda intriguée. L'incitant du regard à développer ses propos.

- Pendant notre mission, on a trouvé l'un de tes cubes étranges. Je l'ai remis au paternel pour qu'il veille dessus. Alors impressionnée ?

- Ce n'est pas vrai ! Satch, tu es le meilleur, merci beaucoup !

Isaya lui prit la main et la serra chaleureusement, réellement reconnaissante, un grand sourire sur le visage. Il en tira une grande satisfaction. Se glorifiant alors du compliment il se tourna vers le médecin de bord.

- De ce que j'ai entendu, elle a besoin de manger. Je peux la kidnapper pour un casse-croûte ?

L'homme à lunettes approuva avant de retourner à ses occupations.

- Allez viens dragonnière, allons manger un bout. J'ai moi-même sauté le repas et je commence de nouveau à avoir faim. Tu nous accompagne Ojutaï ?

Sortant de sa somnolence à l'idée d'un bon repas, le dragon s'étira longuement avant d'ouvrir la marche paresseusement. Le pirate offrit alors son bras à Isaya avant que le trio sorte dans le couloir.

- Alors comme ça on boit du saké en compagnie d'un équipage adverse ? Traîtresse va.

- Oh Satch, s'il-te-plaît !

Leurs pas et leurs rires finirent étouffés par les murs épais tandis qu'ils se dirigeaient vers la cantine.


J'espère avoir réussi à vous surprendre avec la venue de Marco à Erevan ! Et ne détestez pas Lance, ce n'est pas un mauvais gars dans le fond. Il est juste un peu obtus...

En attendant j'aimerais vraiment avoir vos retours, envoyez moi un message ou laissez moi une review même si c'est un seul mot. Je suis un peu désespérée là... :')

Je vous dit à la prochaine !

AprilAwake