CH31-Chasse aux rebelles.
Non, vous ne rêvez pas...
Je suis vraiment, vraiment, désolée pour cette longue absence. Je pensais avoir posté le dernier chapitre en février mais je me rends compte que le dernier date de novembre… PARDON ! :(
J'ai une année plutôt compliquée et épuisante, ce qui a clairement pompé mon énergie et ma motivation pour beaucoup de chose, notamment l'écriture qui a souffert d'un gros problème d'inspiration, de temps et d'envie…
J'espère de tout mon cœur que vous êtes toujours dans le coin et prêt à reprendre cette histoire avec moi, car je compte bien la terminer !
Si vous avez le courage de relire le précédent chapitre, je vous le conseille grandement pour vous remettre dans le bain avant celui-ci. ;)
Sinon, il faut se rappeler que Lexa et Clarke se sont mariées en secret, puis lorsqu'elles rentraient à Syracuse leur convoi s'est fait attaquer, et les enfants ont été tué... Lexa a sauvé Clarke, puis cette dernière à jurer de tuer tous les rebelles.
Sur ce, bonne lecture ! :D
Les éclairs de Zeus déchiraient le ciel sombre de cette fin d'été. Leurs rugissements faisaient trembler les murs de l'arène tandis qu'une pluie torrentielle martelait le sable rougi par le sang des combats. Dans les gradins l'eau ruisselait entre les jambes des spectateurs trempés jusqu'aux os mais ils restaient galvanisés par les jeux macabres se déroulant sous leurs yeux. Leurs cris excités par le spectacle de la mort rivalisant avec les grondements de Zeus. Sur le sable de l'arène, la mort dansait au rythme du fer claquant.
Les saïs de la championne de Syracuse bloquèrent un glaive abîmé par le temps puis l'arrachèrent violemment des mains frêles de l'esclave qui avait osé l'attaquer. La gladiatrice ignora ses supplications et son saï fendit l'air pour déchirer sa gorge. L'esclave se noyant dans son propre sang s'effondra sur le sable de l'arène. Le regard froid, la championne enjamba son corps pour se diriger sur sa prochaine cible. Un puissant éclair fendit le ciel, sa lumière éclairant le sol rougi. Son grondement fit trembler le sable sous les pieds de la gladiatrice ainsi que les corps qu'elle laissait sur son sanglant chemin.
Ceci n'était qu'une froide exécution. Des esclaves accusés de trahison envers Rome pour avoir aidé les rebelles. La brune trempée jusqu'aux os et couverte de sang les tuait les uns après les autres alors qu'ils tentaient vainement de se défendre, mais ils n'avaient aucune chance. Un vieillard et une jeune femme l'attaquèrent à l'unisson, espérant sans doute la dominer, mais elle esquiva aisément leurs armes avant de tailler leur chair, les tuant rapidement. Une vieille femme vint s'écraser dans un cri d'agonie sur le corps ensanglanté de la jeune femme. Un cri qui transperça le cœur de la gladiatrice alors que les cris de joie du public l'engloutissaient.
- Nous sommes innocents ! Hurla la vieille femme à son encontre.
La championne resta figée sur place, le regard vide et le sang coulant le long de ses saïs. Autour d'elle, les autres esclaves n'osaient pas l'attaquer. Couverte du sang de leurs compagnons, elle était la mort incarnée à leurs yeux. Ils étaient terrifiés.
- Vous n'êtes qu'un monstre ! Hurla-t-elle à nouveau à l'impassible gladiatrice.
Un monstre. Voilà ce que la championne de Syracuse était devenue aux yeux de son peuple. L'exécutrice, le bras armé des romains. Leur instrument. Son masque de glace craqua brusquement pour laisser place à une brûlante rage. Dans un cri de fureur, elle abattit ses saïs sur la vieille femme la réduisant au silence éternel avant de fondre sur ses prochaines victimes. La gladiatrice ne leur laissa aucun répit, la plupart n'eurent le temps de lever leur arme qu'il s'effondrait sans vie sur le sable. Elle les exécutât les uns après les autres avec une aisance déconcertante qui n'amusa guère le public. Leurs cris de joie s'éteignant au fur et à mesure des cadavres. Jusqu'à ce que ses saïs ne rencontrent une résistance inattendue.
Surprise, la gladiatrice fut repoussée et frappée à la mâchoire. Lorsqu'elle se retourna sur son adversaire, elle reconnut un visage familier : Milo. Dernier debout, le guerrier était également le seul véritable rebelle parmi tous ces innocents. Un nouvel éclair fit trembler le sable sous leurs pieds alors que la foule criait de joie sous les saïs bloquant le glaive émoussé qui se lança contre elle. Le rebelle était bien décidé à se défendre, refusant de mourir sans honneur dans l'arène. Le guerrier lança plusieurs farouches attaques, s'acharnant de toute sa force afin de ne lui laisser aucune ouverture. Bloquant sa dernière attaque, ses appuis glissèrent légèrement sur le sable trempé. Milo s'en aperçut et écarta de son glaive ses saïs afin de la pousser d'un puissant coup d'épaule.
La gladiatrice s'écrasa lourdement sur le sable trempé et rougi de l'arène. Les spectateurs se mirent à huer le rebelle qui surplombait dangereusement la championne de son glaive. Cette dernière roula sur le côté et se releva immédiatement. Milo n'eut pas le temps de retirer sa lame qu'il venait d'abattre sur le sable, que la brune le contournait tout en entaillant son flanc avec l'un de ses saïs. Il appuya une main sur la profonde entaille tout en levant son glaive entre lui et la championne.
- Qui aurait cru qu'on se retrouverait dans cette arène, Heda ! Ria-t-il tout en appuyant sur son titre de chef des rebelles.
Seuls au centre de l'arène, nul ne pouvait les entendre. Pas plus qu'on ne pouvait lire sur leur visage. Pourtant la gladiatrice ne laissa passer aucune émotion alors qu'elle affrontait un frère d'arme. Il rit amèrement à son manque de réaction puis il attaqua. Lorsque leurs lames s'entrechoquèrent, la gladiatrice sentit que le guerrier y avait mis moins de force qu'auparavant. Alors quand il retira son glaive pour à nouveau l'abattre, elle bloqua la lame entre ses saïs et le désarma avec facilité avant de le repousser d'un coup de pied au torse. Milo s'écrasa à son tour sur le sable de l'arène. Sous les encouragements de la foule, la championne avançait sur lui pour le coup de grâce. Le rebelle se releva pour s'agenouiller devant elle.
- Promets-moi que toutes ces morts ne seront pas vaines, lui demanda-t-il le regard tourné sur les cadavres de l'arène.
Il n'eut toujours aucune réponse de la part de la gladiatrice. Il hoqueta un rire amer avant de se redresser. Il gonfla fièrement la poitrine et braqua son regard dans le vert glacial de son bourreau.
- Pour la cause ! Cria-t-il fièrement.
Son cri s'éteignit brusquement alors que la froide aiguille d'un saï lui transperça le cœur. Une main sur son épaule l'empêcha de s'effondrer tandis que la vie le quittait. Il releva les yeux pour chercher le regard de son bourreau mais il ne vit qu'un plastron d'or rougis par le sang. La lame s'arracha à son cœur et il s'effondra sur le sable, ne ressentent plus rien alors que l'obscurité de la mort l'accueillit.
Sous les cris de la foule en liesse, la gladiatrice se détourna du cadavre du rebelle. La championne fit face à la loge de l'Editeur et des riches romains présidant le spectacle. Toujours impassible, elle brandit ses saïs en guise de salut et de respect. Tandis que les spectateurs l'acclamaient, la porte de l'arène s'ouvrit pour laisser entrer les gardes chargés de vérifier le décès des prisonniers avant de retirer leurs cadavres. Ce fut également son signal pour se retirer. Elle se détourna de la loge et quitta l'arène sans un regard en arrière.
La porte de bois se referma derrière elle, son bruit sourd brisant le froid silence de la pièce qui lui avait été attribuée en tant que championne dans les sous-sols de l'arène. Etant libre, elle n'entendit aucune clé tourner dans la serrure pour la priver de sa liberté. Elle avança silencieusement au centre de la petite pièce, où un banc au bois abîmé par le temps résidait d'un côté et de l'autre une table bancale accueillant une petite bassine ainsi qu'une cruche d'eau, des vieux chiffons et quelques baumes pour des soins superficiels.
La gladiatrice entreprit de retirer son plastron. Les boucles des lanières se détachant clinquant dans le lourd silence de la pièce. Son regard vert se posa sur le plastron qu'elle tenait maintenant en main. Auparavant brillant de mille feux, la dorure était maculée de sang. Son masque d'indifférence se voila d'une ombre aux souvenirs des cris et des visages de ses victimes. Ses doigts se resserrèrent sur son plastron alors qu'à l'abri entre ces murs, la gladiatrice laissait lentement fondre son cœur de glace. Chaque coup meurtrier asséné dans l'arène lacérait son cœur d'une douleur lancinante qui se muait en une sombre colère. Colère qu'elle expulsa en jetant violemment son plastron ensanglanté sur le sol. Les poings serrés, elle le fixait dans un souffle colérique. Elle finit par fermer les yeux et s'efforça de retrouver son calme.
Au bout de quelques instants engloutis par le silence, la gladiatrice se dirigea vers la table bancale. Elle délesta ses poignets de leur protection en cuir puis elle versa de l'eau dans la petite bassine avant d'y plonger ses mains couvertes du sang de ses victimes. L'eau se teinta lentement de rouge. Filets écarlates se détachant de sa peau pour tourbillonner dans sa pureté. Un amer spectacle qui hypnotisa lentement la gladiatrice.
« Promets-moi que toutes ces morts ne seront pas vaines » Résonna la voix de Milo.
Une promesse qu'elle s'était également faite lorsque ce cauchemar avait débuté. Elle commença à lentement frotter ses mains pour les nettoyer de ses crimes. Son esprit dérivant doucement vers les évènements qui l'avaient conduite à exécuter les siens au lieu de les protéger. Tout avait été si vite après l'attaque du convoi et leur retour à Syracuse. La voix impartiale et sans appel de Gaius qui avait scellé leur destin résonnait encore violemment en elle :
« J'ordonne la traque des rebelles, ainsi que de toutes personnes qui leur apportent leur aide. Ils seront emprisonnés, interrogés afin de trouver les coupables de l'attaque, puis exécutés dans l'arène ! »
Jamais elle n'aurait imaginé que les choses puissent aussi mal tourner. Elle avait été appelée à témoigner devant Gaius et les romains influant de Syracuse alors qu'ils se querellaient sur la manière de réagir à cette attaque. Face à eux, elle avait été aussi impuissante qu'un mouton face à une meute de loups. Elle pouvait encore sentir leurs regards perçants sur elle, tout comme l'angoisse qui l'avait lentement envahie. Bien évidemment, Russel et Quintus avaient tourné la situation à leur avantage en accusant sans retenue les rebelles et rejetant la faute sur Gaius qui a leurs yeux n'avait rien fait pour stopper cette rébellion. Elle serra la mâchoire aux souvenirs frappant de leurs arguments infondés et lâches. Elle accéléra lentement le frottement de ses mains dans l'eau, ses ongles éraflant doucement sa peau alors que l'envie de leur trancher la gorge pour les faire taire s'insinuait dans son esprit. Une envie aussi brûlante que ce jour-là. Elle avait silencieusement supporté leurs insultes, notamment lorsqu'ils l'avaient rabaissé à son statut d'esclave, balayant sa liberté d'un revers de la main afin de la discréditer.
Elle avait tenté de disculper les rebelles. Elle avait dangereusement argumenté en leur faveur, se mettant presque à découvert. Elle avait presque réussi à convaincre Gaius qui malgré sa peine cherchait la justice et non la vengeance aveugle contre des innocents. Lorsqu'elle avait assuré qu'il ne s'agissait pas des rebelles, ou du moins qu'on ne pouvait les identifier clairement, il l'avait cru. Lui faisant confiance malgré les autres romains qui refusaient d'écouter une esclave. Cependant, ce n'est ni Gaius, ni Russel et Quintus qui scella leur destin. Son cœur saigna au souvenir de cet instant. De cet ennemi qu'elle n'avait pas anticipé et qui en un instant avait plongé leur avenir dans les ténèbres. Elle avait essayé de protéger les siens mais elle n'avait pas été prête à affronter cet ennemi que la tragédie avait fait naître. Ce seul souvenir déchirait son âme alors que fermant les yeux, elle entendait cette voix si douce à son cœur frapper tel l'éclair de Zeus l'assemblée :
« C'était les rebelles ! »
Cette simple affirmation de sa compagne avait semé le chaos. La parole d'une esclave n'avait aucune valeur face à celle d'une romaine. Elle avait tenté de faire entendre sa voix mais elle avait été impuissante face à la haine et la peine de Clarke. Elle se mit à frotter plus fortement ses mains dans l'eau, accélérant au fur et à mesure du tumulte grandissant des souvenirs qui se bousculaient dans son esprit et de la douleur qu'ils apportaient :
Lexa comme toute l'assemblée se tourna pour découvrir une Clarke dont les yeux plein de douleur et de haine les transperçaient. Une aura glaciale enveloppait sa compagne alors qu'une froide détermination accompagnait chacun de ses pas vers Gaius et elle, tous s'écartant sur son chemin.
- Je les ai entendu crier « pour la liberté » lorsqu'ils nous ont attaqué, c'était les rebelles et je les veux tous mort, eux et leur chef, déclara-t-elle d'une froide vengeance.
Lexa ne put que rester silencieuse, déglutissant difficilement, son cœur se serrant d'angoisse alors que sa compagne était sur le point de sceller le destin de la rébellion et le sien avec.
- Lexa, peux-tu confirmer ? Demanda Gaius qui faisait preuve de raison malgré sa douleur.
Elle croisa brièvement le regard de Clarke cherchant en vain son soutien avant de se tourner vers le romain pour lui répondre :
- C'était le chaos et je n'étais concentrée que sur Domina et les enfants qui avaient réussi à fuir le convoi, déclara-t-elle sans pour autant soutenir la conviction de sa compagne et rappelant que cette dernière n'était pas restée sur le lieu de l'attaque.
Elle évita soigneusement le regard confus de Clarke lorsque les murmures s'élevèrent parmi l'assemblée. Tandis que Gaius pesait leurs déclarations en les observant une à une, une voix s'éleva parmi la foule :
- Etes-vous réellement en train de mettre en doute la parole de ma nièce ? La parole d'une romaine contre celle d'une esclave ? Pointa vivement Russel.
- Mon fils, penses-tu sérieusement que cette attaque est le fruit du hasard ? Qu'il s'agit d'une attaque opportuniste de quelques brigands, alors que des attaques d'esclaves rebelles pleuvent chaque jour sur la Sicile ? Releva Marcus qui jusque-là était resté silencieux.
- Ils sont probablement infiltrés dans nos maisons, chacun de nos esclaves est susceptible d'être un espion à leur solde. D'ailleurs c'est peut-être votre intendante en fuite qui les aura informés des déplacements de votre épouse et enfants, avant d'être assassinée pour la réduire au silence ! Argua Quintus.
- Cela suffit ! Claqua fortement Clarke, faisant taire tout le monde. Cessez immédiatement vos combats de coq, cela n'a pas sa place ici. Utilisez plutôt l'énergie de vos égos démesurés pour attraper ces rebelles et faire justice !
- Ma belle-fille a raison, concentrons-nous sur ces rebelles, je suis prêt à faire venir des soldats de Rome si cela est nécessaire pour renforcer vos effectifs, énonça Marcus.
Lexa sentit une soudaine panique l'envahir à l'idée de renforts romains. Ses émotions prirent alors le dessus sur sa raison et elle parla sans réfléchir :
- Dominus, pourquoi les rebelles attaqueraient les Tullius qui œuvrent pour l'amélioration de la condition des esclaves ? Ils n'y ont aucun intérêt ! Argua-t-elle vivement pour leur défense.
- Nous perdons notre temps alors que votre femme a clairement entendu leur cri de guerre qui est scandé à chacune de leurs attaques, argua avec ennui Quintus. Il est temps de prendre une décision, Magistrat, appuya-t-il avec dédain.
- Gaius, si les rebelles sont innocents… Continua Lexa avant d'être vivement coupée.
- Nos enfants étaient innocents, de cela nous en sommes certains ! Trancha avec colère Clarke.
Ses mains se figèrent dans l'eau alors que son souffle se coupa à ces mots qui la frappèrent aussi violemment que si elle était à nouveau face à Clarke. Au-delà de sa colère, elle avait vu le sentiment de trahison qu'avait ressenti sa compagne alors qu'elle s'opposait à elle. Cependant, ce jour-là, ce n'est pas l'amour de sa vie qu'elle avait eu en face d'elle, mais la romaine. Une romaine aveuglée par la vengeance.
« Je souhaite simplement la justice et que Domina, ne se perde pas sur le chemin de la vengeance, au risque de ne jamais retrouver les enfants aux Champs Élysées » Avait-elle tenté de lui faire entendre raison.
Mais c'était sans compter sur les serpents les entourant. Les voix de Russel et Quintus s'élevant à nouveau pour soutenir Clarke contre les rebelles. Elle vit Gaius hésiter puis vaciller face à leur véhémence pour enfin basculer de leur côté sous une dernière supplique de Clarke. Le Magistrat avait alors asséné sa sentence à l'encontre des rebelles et de tous ceux les aidant. Intérieurement terrassée par cette décision, elle était loin d'imaginer que le pire restait à venir. En laissant sa peur prendre le dessus, elle avait agi imprudemment en défendant les rebelles. Une attitude qu'une certaine vipère présente parmi les femmes silencieuses de l'assemblée ne perdit pas un instant à pointer aux yeux de tous :
- Cette décision à l'air de te contrarier, releva haut et fort Joséphine par-dessus les voix de l'assemblée.
Les regards qui se tournèrent brusquement sur elle, prirent par surprise Lexa qui se figea en se rendant compte des possibles conséquences de sa défense des rebelles.
- Ce n'est pas étonnant étant donné qu'elle tentait d'empêcher cette sentence, ajouta presque joyeusement Russel qui s'engouffra dans la brèche que sa fille venait d'ouvrir.
- Qu'as-tu à dire pour ta défense car tout pointe dans ta direction, esclave ? Renchérit Quintus en appuyant sur le mot « esclave ».
Lexa qui se sentait soudainement prise au piège, ne trouvait soudainement plus ses mots. Clarke la sortit de son tourment en venant se placer entre elle et l'assemblée pour prendre sa défense :
- Lexa n'a jamais caché sa volonté de défendre les intérêts des esclaves mais elle le fait en collaborant avec nous, pas contre nous !
La brune fut à nouveau déchirée par les paroles de sa compagne qui était bien ignorante de sa trahison envers elle.
- Je me porte garant de sa loyauté, asséna Gaius afin d'éteindre le moindre doute.
Mais c'était sans compter sur Russel qui souriant sournoisement, se rapprocha de Clarke pour regarder par-dessus son épaule et fixer de son regard perçant la gladiatrice :
- Alors si elle collabore avec nous, elle n'aura aucun problème à exécuter les rebelles dans l'arène, n'est-ce pas ?
- Cela confirmerait la confiance que vous placez en elle, appuya Quintus.
Russel jubilait alors que ni Lexa, ni Gaius et Clarke n'avaient le choix. Si Lexa protestait, elle continuerait d'attiser les soupçons à son égard, tandis que si le couple refusait, ils perdraient en crédibilité.
- Dominus, Domina, c'est avec honneur que j'exécuterai les rebelles en votre nom, déclara-t-elle avec toute son assurance de gladiatrice alors qu'intérieurement, une sombre haine envahissait son cœur.
Une haine qui la rongeait chaque jour un peu plus. Tout autant que le sentiment de culpabilité qui grandissait un peu plus à chaque coup de glaive qu'elle assenait dans cette arène pour exécuter des innocents aux noms des romains. Tout était parti en vrille ce jour-là et elle n'avait rien pu faire. Tant de vies perdues, tant de douleur, tant de sacrifices, qui ne prendraient sens que si elle réussissait à libérer les siens de la tyrannie romaine. C'est à cet espoir qu'elle s'accrochait, à cet unique objectif qui lui permettrait peut-être de racheter son âme. Elle n'avait pas le droit d'échouer. Elle devait aller jusqu'au bout pour tous ceux qui avaient perdu la vie afin de réaliser ce rêve de liberté.
Elle retira ses mains de l'eau et s'empara de l'un des vieux chiffons reposant sur la table afin de les essuyer. Tout en frottant, concentrée sur sa tâche, ses émotions se dissimulèrent à nouveau derrière un masque de froideur. Elle jeta négligemment le chiffon sur la table puis elle en prit un autre qu'elle imbiba d'eau à l'aide de la cruche. Elle s'éloigna ensuite pour s'arrêter devant son plastron gisant sur le sol. Après un instant à le contempler, elle le ramassa et entreprit de frotter le sang le couvrant. Elle lui rendit du mieux qu'elle put de son éclat, le blason des Griffin à nouveau visible. Elle l'enfila à nouveau, serrant les sangles avec conviction et comme s'il la protégeait du monde extérieur, Lexa laissa place à la championne de Syracuse.
Elle quitta la pièce, prête à jouer le jeu des romains. Rien ni personne ne pourrait l'arrêter. Elle devait réussir pour son peuple et peu importe le prix à payer.
Lexa essora le chiffon qu'elle venait de plonger dans une bassine d'eau. L'eau qui retomba dans le récipient éclaboussa la petite table de la chambre sur laquelle il reposait. Elle porta ensuite le chiffon au niveau de son épaule. Elle tenta maladroitement d'atteindre la légère coupure encore fraîche du glaive qui avait éraflé son omoplate lors de son combat qui avait suivi les exécutions. Elle marmonnait son mécontentement à force de batailler avec ses doigts lorsque le chiffon lui échappa des mains, la faisant souffler d'agacement.
- Laisse-moi t'aider, intervint Clarke qu'elle n'avait pas entendu entrer dans la chambre.
Avant qu'elle ne puisse répondre la romaine avait déjà ramassé le chiffon pour le replonger dans l'eau. Elle l'essora puis se tourna dans un timide sourire pour la brune qui lui présenta son dos afin de lui donner accès à la légère plaie. Lexa dégagea sa chevelure pour qu'elle ne la gêne pas puis Clarke posa ses doigts sur sa peau, la faisant frissonner avant d'être surprise par la brûlure du chiffon se posant sur la coupure.
- Tu t'es bien battue, souffla presque avec hésitation la romaine.
Lexa ravala sa réponse car elle ne voulait aucunement libérer la colère qui l'habitait constamment. Il y avait eu bien trop de disputes depuis leur retour et la mort des enfants. Elles semblaient ne plus être d'accord sur rien et marchaient constamment sur des œufs lorsqu'elles étaient ensemble.
- Le peuple était ravi… Ajouta Clarke en se tournant vers la table pour se saisir d'un petit pot d'onguent à appliquer sur la coupure.
- Ce n'est pas étonnant, ils ont eu leur lot de sang avec ces exécutions, mordit-elle avant d'immédiatement le regretter.
Clarke se figea brièvement avant de venir appliquer la crème sur sa plaie. La brune tressaillant sous les picotements provoqués par l'onguent.
- Tu sais très bien que je ne parlais pas de ça… Murmura-t-elle finalement, concentrée sur ses soins.
Lexa savait que sa compagne faisait allusion à son combat de gladiatrice qui avait ravi la foule malgré l'absence de mort. Mais à quoi bon continuer à œuvrer pour la cessation des combats à mort, si de l'autre côté, on exécute dans un bain de sang des esclaves innocents. Visiblement incapable de maitriser ses paroles, la gladiatrice préféra rester muette.
Clarke continua d'appliquer soigneusement l'onguent sous le lourd silence de sa compagne. C'est le cœur triste et fatigué par cette distance se creusant entre elles qu'elle vint doucement embrasser son épaule avant de tristement lui demander :
- Parle-moi s'il-te-plaît…
Elle sentit le corps de la brune se tendre sous ses doigts. Preuve du tumulte qui faisait rage au sein de la gladiatrice qui hésitait à se confier.
- Je ne suis plus sûre de rien, surtout quand je te vois te réjouir de leur mort… Finit-elle néanmoins par confesser dans un souffle.
- Je ne m'en réjouis pas, mais il faut bien leur rendre justice, protesta-t-elle d'une voix tremblante, blessée, et ses doigts se figeant sur la plaie de la gladiatrice.
Lexa secoua vivement la tête tout en contenant difficilement sa colère grondante.
- Ce n'est pas faire justice que de tuer des innocents. Personne ne peut assurer que leurs meurtriers sont parmi les condamnés, énonça-t-elle plus durement qu'elle ne le souhaitait et s'éloignant de quelques pas avant de lui faire face.
- Ce sont des rebelles… S'obstina Clarke qui attrapa de quoi s'essuyer les mains.
- Ce sont des esclaves ! Contra Lexa alors que la dissociation n'était plus faite depuis longtemps.
- Des esclaves en lien avec la rébellion, ils sont complices ! Retourna vivement Clarke en jetant le tissu pour ses mains sur la table.
- Rêver de liberté ne les rends pas responsable des actions de certains, ils n'ont pas tué Aden et Madi. Si on suit ton raisonnement alors je devrais être exécutée dans l'arène !
- Quoi ? Ne dis pas de bêtises veux-tu et laisse-moi finir tes soins, tenta-t-elle de la ramener à elle mais Lexa s'échappa.
- Je rêve aussi de cette liberté pour les esclaves et tu le sais très bien. De plus, j'étais présente et je n'ai pas réussi à les sauver alors que c'était ma mission, je suis aussi coupable que leurs meurtriers… Enonça-t-elle d'une voix se brisant de douleur.
- Oh Lexa… Réalisa Clarke, comprenant douloureusement la souffrance qui habitait sa compagne.
Depuis leur retour, Lexa s'était entièrement dévouée au bien-être de la romaine et Clarke s'était laissée faire alors qu'elle se noyait dans son chagrin sans penser un seul instant à celui de sa compagne. C'était la première fois que Lexa se livrait sur sa douleur et Clarke réalisait à quel point elle avait été égoïste.
- Tu n'es absolument pas responsable, lui assura-t-elle avec fermeté tout en franchissant la distance les séparant pour attraper son visage entre ses mains et plonger son regard dans le sien. - Et jamais, Ô grand jamais je ne t'ai blâmé. Tu as fait tout ce que tu as pu et tu m'as sauvé la vie. Sans toi je serais morte.
De son pouce, elle effaça une larme qui s'échappa sur la joue de sa compagne puis elle déposa un chaste baiser sur ses lèvres avant de replonger dans son regard.
- Je sais qu'on ne sera jamais d'accord mais crois-moi quand je te dis que je n'ai pas oublié ce pourquoi on se bat, la preuve en est que tes combats continuent, nos plans avec Titus continuent, la condition des esclaves s'améliorera, je te le promets… Mais la mort d'Aden et Madi ne peut rester impunie, je m'y refuse…
- Je ne te demande pas d'arrêter de chercher justice, précisa-t-elle en retirant ses mains de son visage pour les prendre dans les siennes. Mais cette quête t'a échappé et tes amis Romain en profitent en ne montrant aucun discernement…
- Ce ne sont pas mes amis, trancha-t-elle piquée au vif et se détournant de sa compagne.
Lexa ne rajouta rien car elle savait que cette discussion ne mènerait une fois de plus nulle part. C'est le cœur douloureux qu'elle observait sa compagne car elle savait que la rébellion devrait bientôt agir si elle voulait mettre fin au massacre. Lexa ne pouvait pas rester sans rien faire et cela voulait dire que tôt ou tard, elle perdrait Clarke.
- Je suppose qu'une fois de plus tu ne me rejoindras pas dans ma chambre, énonça tristement la romaine.
La vulnérabilité qu'affichait sa compagne brisa le cœur de Lexa mais pour le moment, elle avait besoin d'être seule afin de retrouver un semblant d'apaisement. Apaisement que la présence de sa compagne ne pouvait pas lui apporter alors qu'elle était à l'origine de ses tourments. Elle se détestait de devoir ainsi la repousser car si sa colère était forte, son amour l'était toujours autant. Une dualité qui la déchirait. Elle n'eut donc pas la force de lui répondre de vive voix, se contentant d'acquiescer silencieusement.
Elle vit le cœur de sa compagne se briser, faisant tristement écho au sien, avant qu'elle ne quitte la chambre.
Lexa changea à nouveau de position dans son lit et ferma les yeux en quête de Morphée. Cependant, les cris et les visages de ses victimes envahirent à nouveau son esprit. Elle finit par se rendre à l'évidence qu'elle n'arriverait pas à trouver le sommeil. Elle écarta donc les couvertures pour sortir du lit et décida d'aller s'aérer l'esprit. Si les éclairs de Zeus avaient cessé de déchirer le ciel, la pluie continuait de battre le sol. La brune frissonna légèrement sous la fraîcheur de la nuit, regrettant de ne pouvoir sortir dans les jardins à cause du temps. Elle décida tout de même d'aller marcher dans les couloirs de la demeure.
Lorsqu'elle quitta sa chambre, elle fut accueillie par le son de la pluie qui tombait dans l'impluvium situé au cœur de l'Atrium. Le rythme parfait des clapotis sur l'eau du bassin, brisait le lourd silence du milieu de la nuit. Lexa avançait vers les escaliers pour descendre dans l'Atrium lorsqu'elle discerna du bruit à travers la pluie battant la surface de l'eau. Elle tendit l'oreille et réalisa que cela provenait du balcon abritant la chambre de Clarke. Elle s'y dirigea, intriguée, et cette fois elle discerna clairement des paroles :
- Courrez… Dépêchez-vous… ils arrivent…
Elle reconnut la voix de Clarke, accélérant alors son pas en direction de sa chambre. Elle y entra sans hésiter et vit Clarke qui s'agitait dans son sommeil. Elle s'approcha du lit et vit le visage crispé par la peur et brillant de sueur de sa compagne qui se tordait entre les draps.
- Non… Non… Laissez-les… Gémit-elle désespérément.
Le cœur de Lexa se serra alors que ce n'était pas la première fois qu'elle trouvait sa compagne dans cet état. Depuis leur retour et la tragédie, ces cauchemars faisaient malheureusement partie de leur quotidien, revivant inlassablement les douloureux évènements. Elle se rapprocha pour la réveiller mais au même moment, Clarke se redressa brusquement. La respiration rapide, le regard plein de détresse, elle tentait de reprendre pied dans la réalité. Elle finit par croiser son regard et elle s'effondra en larmes. Lexa n'hésita pas un instant et s'assit à ses côtés avant d'ouvrir ses bras pour l'accueillir contre elle. Clarke se laissa aller dans cette étreinte réconfortante, s'accrochant à elle pour ne pas sombrer sous la douleur.
- Ça fait si mal… dit-elle entre ses larmes.
- Je sais…, répondit Lexa avant de l'embrasser sur le front et resserrer son étreinte, le cœur lourd et une larme silencieuse coulant sur sa joue alors que sa propre peine faisait écho à celle de sa compagne.
- Ne me laisse pas… Supplia Clarke tout en s'accrochant un peu plus à elle.
Lexa ignorait si cette douleur s'atténuerait un jour mais ce dont elle était certaine, c'est qu'elle serait toujours là pour sa compagne.
Phobos se cabra en hennissant son mécontentement lorsqu'Anya s'écrasa contre la barrière de bois de son box. Malgré la douleur du choc sur son dos, l'ancienne gladiatrice s'élança sur Lexa qui lui faisait face. Leurs armes s'entrechoquèrent à nouveau avec fracas, ignorant les plaintes des chevaux les entourant. Elles avaient appris à en faire abstraction depuis qu'elles avaient abandonné les jardins, au profit des écuries pour terrain d'entrainement.
La pluie qui s'abattait telle une malédiction sur la cité depuis la mort des enfants, ne leur laissait que peu de répit pour profiter de l'extérieur. Cela servait donc d'excuse à Lexa pour établir leurs entrainements dans les écuries, mais Anya n'était pas dupe, elle savait que la raison était tout autre. Les enfants avaient pour habitude de se joindre à leurs entrainements dans les jardins, ainsi Lexa ne pouvait empêcher les souvenirs de remonter à chaque fois qu'elles s'y entrainaient.
Les attaques de la brune étaient violentes, déterminées, elle ne laissait aucun répit à Anya qui se défendait plus qu'elle n'attaquait. Les évènements depuis la mort des enfants avaient réveillé une noirceur qu'elle pensait ne plus revoir dans le regard de Lexa et elle grandissait de jour en jour. Ainsi, elle acceptait d'être l'ennemi sur lequel elle pouvait se défouler lors de leurs entrainements. Du moins jusqu'à une certaine limite. En prise à une violente frénésie, Lexa enchainait les coups avec ses saïs. Anya les bloquait de plus en plus difficilement alors que la brune était aveuglée par la colère. Dans un habile mouvement, Lexa coinça son glaive entre les deux lames de l'un de ses saïs, puis elle profita de l'ouverture que cela lui offrit pour venir trancher sa chair avec son autre saï. Bien que superficielle, la vive douleur la déconcentra suffisamment pour que Lexa la fasse violemment tomber sur le sable de l'écurie. De son pied, elle écrasa brutalement son poignet, ce qui lui arracha un cri et lâcher son glaive. La championne de Syracuse leva ensuite son saï pour l'abattre sur elle.
- LEXA ARRÊTE ! Cria-t-elle tout en tentant de s'éloigner sur le sable, malgré son poignet toujours écrasé sous son pied.
Lexa se figea brutalement, le souffle rapide, et semblant peu à peu reprendre ses esprits et réaliser la scène sous ses yeux. La championne recula vivement, abaissant ses saïs, puis s'éloigna à l'autre bout de la pièce. Anya se redressa en position assise, et examina prudemment son poignet douloureux. Il n'était pas cassé mais il y aurait une belle marque durant les jours à venir. Elle tourna ensuite son attention sur la brune qui s'était rapprochée de Phobos pour le caresser, le cheval l'apaisant sans doute. Elle avait un lien avec cet animal qu'elle ne comprendrait jamais.
Anya finit par ramasser son glaive et se relever. Debout au centre des écuries, elle observait la brune qui ignorait maintenant sa présence. Elle savait qu'elle n'aurait aucune excuse, aucune inquiétude concernant ses blessures, et de cela elle s'en accommodait parfaitement. Elle acceptait la froide distance que Lexa avait instauré depuis qu'elle avait appris la mort de Gaïa, et aussitôt comprit qu'Anya en était responsable. Elle ne regrettait rien alors qu'elle avait uniquement agi pour la protéger et dans l'intérêt de la cause. Malgré tout, leur amitié lui manquait et elle espérait qu'un jour Lexa comprendrait que certains sacrifices sont nécessaires et lui pardonnerait.
- Lincoln a fait parvenir un message à Prisca, il leur est de plus en plus difficile d'échapper aux patrouilles, annonça-t-elle finalement, la rébellion étant le seul sujet de conversation leur restant.
- J'ai pu le constater en exécutant Milo dans l'arène, retourna avec sarcasme Lexa qui lui tournait toujours le dos.
- Il faut accélérer le plan.
- Et comment ? Alors que nous sommes aveugles sans Gaïa. Sans parler qu'Indra n'a plus de raison de se battre pour nous depuis la mort de sa fille, ajouta-t-elle avec une pointe de colère à son encontre.
- Je t'avais dit de ne pas lui dire, lui reprocha-t-elle à son tour.
- Tu as abandonné Gaïa dans une ruelle puis elle a purement et simplement été jetée dans une fosse commune, et tu aurais voulu en plus de cela qu'on retire à sa mère le droit de la pleurer et l'honorer ?
- Je te rappelle qu'elle a essayé de te tuer.
- Elle voulait seulement empêcher le combat pour sauver sa mère ! S'emporta-t-elle vivement.
Les chevaux s'agitèrent à nouveau et Anya fut une nouvelle fois heureuse qu'esclaves et gardes désertent les lieux lors de leurs entrainements car sinon il y a longtemps que quelqu'un aurait surpris leur conversation. Néanmoins, il ne fallait pas tenter les dieux.
- Calme-toi, tu parles suffisamment fort pour qu'on nous entende depuis la demeure.
Lexa inspira profondément pour se calmer et reporta son attention sur Phobos, le caressant.
- Ce qui est fait est fait, reprit Anya. Gustus peut continuer le recrutement des gladiateurs dans l'arène.
- Gustus ne sera pas aussi efficace qu'Indra, il est bien trop privilégié pour qu'ils lui fassent confiance. Indra avait l'avantage d'être autant asservie que les autres gladiateurs. Grâce à toi, il faut tout reprendre à zéro, et les personnes de confiance se font rares, piqua-t-elle.
Anya ne releva pas. Elle savait qu'elle avait perdu sa confiance et que Lexa ne la gardait auprès d'elle, uniquement parce qu'elle n'avait personne d'autre qui possédait autant de connexion qu'elle et de liberté de déplacement.
- J'ai peut-être une solution pour ton réseau de « petites souris » que tu as perdu. D'après Prisca quelqu'un aide des esclaves à s'échapper de la ville. Si cela s'avère vrai, cette personne se doit d'être bien informée avant d'agir.
Elle vit la méfiance dans le regard de la brune et cela commença à l'agacer :
- Va parler avec Prisca si tu ne me fais même plus assez confiance pour te transmettre une simple information ou bien oublie ce que je viens de dire, mais ta seule autre option c'est Gabriel, et tu sais tout aussi bien que moi qu'il ne sera jamais suffisamment fiable pour une telle tâche.
- Tu as raison, cette personne a forcément un réseau qui pourrait nous être utile, lui accorda-t-elle. J'irais voir Prisca pour essayer de rentrer en contact avec elle.
Anya retint son sourire lorsque Lexa la dépassa pour quitter les écuries. Ce n'était pas grand-chose mais la brune lui faisait suffisamment confiance pour ne pas vérifier ses informations. C'était une maigre lueur d'espoir pour leur amitié, tout en étant une base solide pour leur cause.
Gaius était penchée sur une grande table de bois qui avait été installée dans son bureau. Concentré, il observait silencieusement les cartes étendues devant lui. Des pions de bois étaient éparpillés sur plusieurs d'entre elles. Pions marquant l'emplacement de ses troupes, ainsi que les emplacements des différentes attaques rebelles contre leurs convois de prisonniers et esclaves. Bien que disparates, les attaques tournaient autour des principaux axes entre les grandes cités. Ce qui était plutôt logique car tout transitait par ces routes et cela ne demandait pas une grande préparation de la part des rebelles, ils leur suffisaient de surveiller les allées et venues, puis de définir leurs attaques. En revanche, les attaques de convois sur les routes annexes demandaient plus de préparation. D'autant plus qu'il s'agissait de changement de dernière minute suivant des attaques sur les routes principales. Les rebelles avaient sans aucun doute eu besoin d'aide pour cela, ce qui impliquait l'existence d'espion au sein de la cité. De traîtres se trouvant probablement dans les grandes maisons romaines, ou du moins suffisamment bien placés pour apprendre de tels secrets.
Son regard se posa sur un pion bien précis. Un lieu d'attaque qu'il ne comprenait pas. Eloigné de tous les autres et n'ayant aucune logique car absent de passage de tout convois. Hormis un. Celui de sa femme et de leurs deux enfants. Une attaque qui lui causait bien plus de préjudice que toutes les autres. Au-delà de la douloureuse perte des enfants, cette attaque lui portait un violent coup politique. Son indulgence envers les esclaves et son manque d'agissement contre les rebelles, lui était maintenant renvoyé en pleine face alors que tous pointait cette faiblesse d'esprit qui avait conduit à une attaque contre l'une des familles de Syracuse, et pas des moindres, celle du Magistrat. Alors même qu'il luttait avec son épouse pour améliorer la condition des esclaves, il avait été leur première cible parmi les familles. Un affront, il était la risée des autres nobles. Sa position était mise à rude épreuve alors que de toute part les crocs claquaient pour le faire tomber.
Les exécutions dans l'arène ne suffisaient plus pour les calmer et rappeler son pouvoir ainsi que son autorité. On lui demandait la tête des rebelles, mais fouiller toutes les maisons à la recherche de traîtres pour ensuite les trainer à leur mort, n'était plus suffisant. On lui demandait les guerriers attaquant leurs convois, et ils étaient trop peu nombreux à finir dans l'arène. Non pas parce qu'ils mourraient lors de leurs arrestations mais car ils n'arrivaient pas à anticiper leurs attaques et encore moins les capturer lorsqu'ils avaient une occasion. Ses soldats perdaient leur combat contre ces guérillas menés par des barbares dangereusement imprévisibles. Tout comme leurs attaques de convois qui ne suivait plus aucune logique de temps ou de lieu.
Non, on ne lui demandait pas la tête des rebelles, mais d'un rebelle, leur leader. Aucun des rebelles capturés n'avait donné son nom, pas une information à son sujet malgré la torture. Ils préféraient tous mourir plutôt que de le trahir. Gaius haïssait cela autant qu'il le respectait. Autant de loyauté était la marque d'un grand leader. Et cela ne faisait que compliquer la tâche de Gaius. Il fixait si intensément la carte qu'il aurait pu y faire un trou seulement par la pensée. Il se sentait acculé et seul contre tous. Il fut cependant brutalement sorti de sa contemplation à l'entente de pas approchant, puis de voix :
« Dominus, a ordonné de ne pas être dérangé ! » S'éleva la voix impuissante du nouvel intendant de la maison.
« Je suis certain qu'il fera une exception ! Alors où est ce bureau ?! » Rétorqua une voix d'homme qui lui sembla familière mais cela était impossible.
Pourtant un espoir le poussa à quitter son bureau pour voir ce qu'il en était.
- Dominus, je suis désolé mais cet homme…
- Faustus ?! Reconnu-t-il avec surprise l'homme en question.
Le général lui faisant face étira un petit sourire satisfait alors que son arrivée surprise faisait son effet. Gaius eut la furieuse envie de le lui effacer, mais devant témoin, il n'en fit rien, faisant preuve de respect dû à leur rang.
- Je vais recevoir le Général, tu peux disposer, ordonna-t-il à son intendant, tout en notant mentalement qu'il devrait s'occuper de faire remplacer cet incompétent. – Et qu'on ne nous dérange pas ! Est-ce bien compris ?! Ajouta-t-il avec autorité.
- Oui, Dominus, salua-t-il tremblant.
Gaius fut silencieusement signe au général de le suivre et ils entrèrent dans son bureau. Entrant en premier, il marcha jusqu'à la table de bois et si appuya nonchalamment.
- Que me vaut l'honneur de ta présence ? J'ai entendu dire que tu étais rentré à Rome.
- Tu as bien entendu, dit-il petit sourire en coin.
Sourire que Gaius voulu à nouveau faire disparaitre. Faustus s'avança alors lentement vers lui tout en reprenant son explication :
- Je suis rentré victorieux avec mes hommes à Rome…, précisa-t-il en bombant fièrement le torse et continuant d'approcher de Gaius.
Ce dernier se redressa légèrement alors que la proximité du général se faisait bien trop proche pour ne pas déclencher une certaine nervosité chez lui. Faustus s'en rendit compte et ne cacha pas son amusement.
- …Et je me reposais à Rome…, continua-t-il en réduisant un peu plus la distance entre eux.
Gaius déglutissant difficilement alors que les yeux sombres et perçant du général plongeaient dans les siens. Puis il dévia soudainement sa course pour se pencher sur la table et se saisir d'un pion de bois, le levant entre eux.
- … Lorsque j'ai entendu parler de tes problèmes, alors je me suis dit que j'allais venir aider un ami, appuya-t-il clairement sur le mot « ami ».
Saisissant clairement les intentions du Général, Gaius sentit une vague de soulagement l'envahir. Il l'attrapa soudainement par son plastron orné de dorure et l'attira à lui pour un profond baiser. Faustus n'offrit aucune résistance et se laissa tirer contre lui, se rattrapant à la table. Au travers d'intenses baisers, leurs corps se rappelaient l'un à l'autre. Gaius finit pourtant par rompre et calmer leur échange. Ils restèrent cependant quelques instants, front contre front, plongés dans le regard de l'autre. Savourant l'instant. Ils ne s'étaient pas revus depuis l'annonce de son mariage à Syracuse, puis son départ. Si leurs sentiments étaient toujours intacts, comme il avait pu le sentir sur ses lèvres, il ne voulait pas le prendre sur cette table comme il l'aurait fait avec un simple amant, car Faustus était bien plus que ça. Ce dernier le comprit parfaitement et fini par se reculer, malgré son désir en ébullition.
Gaius fit alors le tour de la table pour reprendre ses esprits, puis il fit de nouveau face aux cartes et à Faustus.
- Ces rebelles me créés bien plus de problème que je ne le pensais si l'on en parle déjà jusqu'à Rome, constata-t-il avec défaite.
- En vérité, c'est ton père qui m'en a parlé lors de sa dernière visite.
Bien que Gaius fut soulagé que Syracuse et les rebelles ne soient pas au cœur des ragots de Rome, il fut en revanche plus qu'agacé que son père en ait informé Faustus. C'était un moyen de plus de lui signifier qu'il prenait trop de temps à régler le problème rebelle, tout comme de lui montrer qu'il le jugeait incapable de s'en occuper seul. Marcus savait pertinemment qu'il y avait de grande chance que Faustus vienne lui porter son aide.
- Evidemment, il n'a pas pu s'en empêcher, grogna-t-il son agacement.
- Je ne suis pas sous ses ordres, c'est à toi que j'offre mon aide, mais si tu n'en veux pas…
- Non, non, ton aide est la bienvenue… je suis heureux que tu sois là, avoua-t-il sincèrement. C'est juste que mon père me met constamment la pression au sujet des rebelles depuis l'attaque contre notre famille, mais ce n'est pas si simple… et s'il n'y avait que ça, termina-t-il comme si le poids du monde l'écrasait.
- Tu veux parler de la pression qu'il te met pour un héritier ?
Gaius releva un regard surpris sur lui.
- Cela fait partie des ragots de Rome, lui dit-il dans une grimace désolé.
Gaius laissa échapper un lourd soupir alors que la liste de ses problèmes ne faisaient que s'allonger.
- Et si tu me racontais tout avec une bonne coupe de vin ? L'invita Faustus en allant leur servir deux coupes qui reposaient avec une cruche dans un coin de la pièce.
Gaius accepta cette pause bienvenue, et s'installa avec lui sur le canapé de la pièce, entamant alors le récit concernant les rebelles, ainsi que son problème d'héritier avec son épouse. Faustus écouta attentivement. Il ne le coupa presque pas, se contentant d'analyser la situation de son esprit affuté de soldat, ainsi qu'avec son regard d'ami, d'amant, souhaitant apporter aide et réconfort.
- Tu es un excellent soldat, bien meilleur que moi, commença Faustus une fois son récit terminé, tu aurais pu rayer ces rebelles de la carte en un claquement de doigts, et tu le peux encore, mais ta bienveillance et ta compassion t'en empêche. Ce sont des qualités que j'aime chez toi, crois-moi, mais elles parasitent tes actions. Tu ne peux pas être bienveillant et avoir de la compassion en tant de guerre et encore moins en politique. Tu veux satisfaire tout le monde, mais ce sont tes propres intérêts que tu dois satisfaire. C'est ta tête que tu dois préserver, pas les leurs.
Il vit parfaitement que cette vérité déplaisait à Gaius mais il continua :
- Il en va de même pour ton héritier. Tu as un devoir envers ton père, certes, mais c'est ta position et celle de ta famille que tu dois assurer et protéger. Je comprends les raisons de ton mariage, les tiennes comme celles de ton épouse, précisa-t-il alors que Gaius lui avait tout expliqué. Mais elle a également des devoirs envers toi, tu ne peux pas continuer à épargner ta femme, et ainsi vous fragiliser. Tu dois agir et trouver rapidement une solution à cet héritier.
Il vit ses paroles faire son cheminement dans l'esprit de Gaius, alors il continua pour le coup de grâce qui l'espérait-il le ferait réagir dans le bon sens.
- Tu n'es plus que l'ombre de toi-même que s'est-il passé pour que tu les laisses tous te contrôler ainsi ?
Gaius immédiatement touché dans sa fierté de romain, releva un regard perçant sur lui. Pourtant, il ne pouvait nier cette vérité, que cela soit son père, les nobles l'entourant ou bien même Clarke, tous avait profité des faiblesses de son cœur.
- J'étais seul… Donna-t-il simplement pour réponse.
- Et bien maintenant je suis là, répondit Faustus en venant prendre sa main dans la sienne. Tu vas t'occuper de ton problème d'héritier, pendant que je t'apporterais la tête du chef rebelle.
Sous le regard confiant de Faustus, Gaius sentit une nouvelle force l'envahir, le rendant déterminé à montrer au monde qui était au pouvoir.
- Je ne pensais pas te revoir en personne, énonça Prisca en refermant la porte de la chambre tandis que Lexa avançait au centre de la pièce.
- C'est une affaire importante qui m'amène ici, répondit-elle d'une voix solennelle.
- Elle doit être vraiment importante pour que tu prennes autant de risques, au lieu d'envoyer Anya jouer les pigeons voyageurs, releva-t-elle tout en se rapprochant de la gladiatrice.
Il est vrai que Lexa prenait d'énorme risques en se montrant à la taverne. Les allées et venues des esclaves, affranchis ou non, étaient des plus surveillés. Elle avait d'ailleurs dû demander une autorisation de circulation à Gaius et donc lui indiquer où elle se rendait. Le romain ne lui avait pas demandé plus d'explication, prouvant une nouvelle fois la totale confiance qu'il lui portait. Cependant, si l'on apprenait que la championne se rendait à la taverne, les spéculations sur la raison de sa présence s'enflammeraient, et elle n'avait pas besoin de ça.
- Mais le risque que tu as pris pour tranquillement boire à une table, me dit que tu es venue pour davantage qu'une simple affaire à régler, ajouta-t-elle en venant caresser de ses doigts le bras de la brune.
Avec l'instauration du couvre-feu, esclaves et affranchis étaient interdit dans les rues à la tombée de la nuit, de ce fait elle n'avait eu d'autre choix que de se rendre à la taverne en plein jour. Sans la protection de l'obscurité, elle était davantage a découvert, sa notoriété de championne attirant facilement l'attention. De plus, la taverne était quasiment vide, ses clients préférant également la discrétion de la nuit, ou bien profitant de leur liberté après une dure journée de labeur. Pratiquement seule dans la taverne, Lexa avait donc été remarquée dès son entrée dans la taverne, alors s'installer à une table pour boire tranquillement était des plus risqué.
- C'était uniquement pour me fondre dans le décor, mentit-elle en partie alors qu'elle avait dangereusement profité de ce bref moment de normalité une pinte à la main.
- Alors étant donné que les chambres voisines sont vides, il va falloir donner de ta personne pour convaincre le monde extérieur de la raison de ta présence avec moi dans cette chambre, susurra-t-elle à son oreille.
- Prisca, ça suffit, je n'ai pas le temps de jouer, trancha Lexa en imposant une distance entre elles.
- Détends-toi, je plaisantais, je vais faire tout le boulot ne t'inquiète pas, déclara-t-elle dans un clin d'œil avant d'émettre un gémissement qui fit immédiatement rougir Lexa et suffisamment fort pour qu'on l'entende depuis de l'autre côté de la porte.
Elle se déplaça ensuite jusqu'au lit, qu'elle poussa du plat de son pied pour le faire grincer.
- Alors que veux-tu savoir ?
- Ce n'est pas d'informations dont j'ai besoin…
Elle fut coupée par un autre gémissement de la part de Prisca, puis un second, la prostituée la fixant d'un regard amusé tandis qu'elle rougissait sans doute davantage.
- J'ai.. J'ai besoin que tu m'organises une rencontre avec la personne qui aide des esclaves à fuir la ville, se reprit-elle tout en réussissant à ignorer la mise en scène très convaincante de Prisca.
Cette dernière, se figea à sa demande. Oubliant momentanément son petit jeu.
- Ce que tu me demandes est dangereux, chuchota-t-elle soudainement.
- Je sais.
Elle reprit ses faux gémissements de plaisir mais abandonna le lit pour avancer sur la gladiatrice qui recula jusqu'à se retrouver acculée contre le mur. Prisca l'emprisonnant en posant ses mains de part et d'autre de son corps.
- Et qu'est-ce que j'y gagne ? Souffla-t-elle contre son visage.
- Mon éternelle reconnaissance.
- Il me faut plus, je vais devoir fouiner pour trouver cette personne et si je me fais attraper… précisa-t-elle avant d'effleurer ses lèvres.
- Je ne peux pas te donner ce que tu veux, la coupa-t-elle immédiatement.
- Tu es consciente que tu t'accroches à une romaine, d'autant plus à celle qui a ordonné la mort de la rébellion, par extension la tienne ?
- L'ironie de la situation ne m'a pas échappé, mais je l'aime.
- Et cela te perdra sûrement, déclara Prisca en s'éloignant et reprenant ses gémissements.
Lexa resta appuyée contre le mur tandis que la prostituée porta sa voix jusqu'à un faux orgasme qui en aurait fait pâlir de jalousie plus d'une. Prisca prit un malin plaisir à plonger dans le regard de la gladiatrice, ne cachant rien de ses pensées peu chastes lorsque sa voix atteignit la dernière note de son jeu d'actrice.
Le silence retomba ensuite sur la chambre.
- Je te ferais prévenir du lieu de la rencontre dès que possible, accepta-t-elle simplement sa mission -mais ça te coûtera deux bourses bien remplies.
- Marché conclu, merci.
Prisca hocha simplement de la tête et Lexa entreprit de quitter la chambre.
- Attends, l'arrêta la prostituée qui passa ses mains dans la chevelure de la brune pour la décoiffer, avant d'également désordonner sa tenue. Un orgasme pareil, ça laisse des traces, expliqua-t-elle dans un clin d'œil graveleux.
Lexa se contenta de sourire, amusée et reconnaissante, avant de lui dire :
- Fais attention à toi.
- Toi aussi, et n'oublie pas avec qui tu couches, rétorqua des plus sérieusement Prisca.
Lexa ne réagit pas et se contenta de sortir.
Clarke pouvait sentir l'odeur iodé de la mer, entendre le bruit de ses douces vagues roulant sur le sable fin, ainsi que sentir la chaleur du soleil sur sa peau tandis qu'elle immortalisait ce paysage sous ses coups de pinceaux. Elle gravait sur sa toile, ce souvenir de jours heureux, plus particulièrement le sourire plein de vie et de bonheur des deux enfants jouant sur la plage. Madi et Aden rayonnaient de vie sous ses coups de pinceau.
La romaine avait passé de nombreuses heures dans son atelier depuis son retour. Alors qu'elle l'avait délaissé par manque de temps, elle vivait maintenant presque recluse en son sein. Elle n'en sortait pratiquement que pour assister aux exécutions dans l'arène. Peindre, lui apportait la sérénité dont elle avait besoin. Son cœur souffrait moins lorsqu'elle peignait ses souvenirs avec ses enfants. C'est après l'un de ses cauchemars, où elle n'avait pu discerner leurs visages qu'elle s'était précipitée dans son atelier pour les peindre afin de ne pas les oublier. Depuis, elle n'avait cessé de peindre. Les tableaux représentant Madi et Aden s'entassaient aux quatre coins de l'atelier.
Elle avait inconsciemment suivi une chronologie bien précise, débutant avec le jour de leur rencontre. Peignant en fond le bateau qui les avaient amenés dans sa vie, tandis qu'au premier plan on pouvait les voir sourire, les yeux brillants d'une liberté nouvelle. Elle avait ainsi enchainé les scènes, passant d'un simple repas en famille, à un moment de lecture à la bibliothèque, à une de leur séance de combat avec Lexa. La belle brune faisait également partie de ses tableaux. Et elle y était bien plus présente depuis qu'elle peignait ses souvenirs de leur séjour à la villa. Avec les enfants, elles y avaient vécu telle une véritable famille. Clarke souhaitait ne pas l'oublier, bien que ces derniers jours de vie des enfants soient plus difficiles à peindre que les précédents souvenirs.
Tout en peignant ces dernières scènes, Clarke avait remarqué que si les visages de ses enfants étaient rayonnant de bonheur, il en avait été de même pour Lexa. Une joie de vivre qu'elle ne retrouvait plus dans le regard de sa compagne depuis les tragiques évènements. Une lueur qui avait probablement également disparue de son propre regard. Tout avait changé, elles avaient changé, et ces peintures la replongeaient dans un bonheur perdu dont elle ne voulait pas sortir. En vérité, elle pourrait également passer ses nuits à peindre, si elle n'avait pas chaque soir l'espoir que Lexa la rejoigne comme si rien n'avait changé. Et chaque nuit n'était que déception et cauchemars, la poussant un peu plus à se réfugier dans cette illusion de bonheur que lui procurait ses peintures.
C'est ainsi qu'elle se retrouvait à peindre, son pinceau glissant avec facilité, tandis qu'un sourire s'étirait sur son visage creusé par les larmes et la fatigue, répondant à celui des deux enfants la regardant sur la toile. Concentrée, elle n'entendit pas Gaius entrer et lorsqu'il se racla la gorge pour signifier sa présence, elle sursauta légèrement. Son pinceau dévia de sa course, dessinant une ligne disgracieuse sur la toile encore blanche non loin du visage de Madi.
- J'ai dit que je ne voulais pas être dérangée ! S'emporta-t-elle vivement.
- Je suis désolé mais c'est important, s'imposa Gaius.
- Qu'y-a-t-il d'aussi urgent ? S'agaça-t-elle dans un soupir.
- Mon père continue d'exiger un héritier…
- Je ne veux pas parler de ça, le coupa-t-elle fermement.
- Pourtant il le faut bien, Clarke, s'agaça-t-il à son tour. J'ai repoussé autant que possible cette discussion, mais nous arrivons dans une impasse, mon père veut un héritier !
- C'étaient eux les héritiers ! Et il n'y en aura pas d'autre ! Explosa-t-elle brutalement en pointant du doigt leurs enfants sur ses tableaux.
- Tu sais très bien que nous n'avons pas le choix ! Sans héritier, nous perdons l'appui de mon père, ainsi que de tous les romains qui lui sont fidèles ! Si tu veux continuer à changer les choses, mais surtout avoir le pouvoir de retrouver les meurtriers de Madi et Aden, tu dois l'accepter !
- Et que veux-tu que je fasse ?! Aurais-tu oublié que je ne peux donner la vie ?
- Non, bien sûr que non, mais il y a des solutions, répondit-il plus calmement.
- Des solutions ? À moins que tu te sois mis à aimer les femmes, tu vas avoir un problème.
- Ce ne sera pas un problème, si nous prenons cet enfant à une esclave ou une femme qui ne peut l'élever…
- Tu veux voler un enfant ?!
- Nous l'achèterons si tu préfères…
- Est-ce que tu t'entends Gaius ?! Tu veux arracher un enfant à ses parents comme on nous les a arrachés ! C'est hors de question !
- Très bien ! De nous deux, je suis le seul fonctionnel alors si je dois coucher avec une femme pour avoir un héritier, je le ferais.
- Sois sérieux veux-tu, répondit-elle sur un ton condescendant.
Cette remarque méprisante ébranla le calme de Gaius qui laissa apparaître sa colère :
- Je suis très sérieux ! Je n'ai pas le choix ! Nous n'avons pas le choix, les loups sont à nos portes ! Et ce n'est pas ton autorisation que je suis venu chercher mais ton soutien !
Clarke croisa les bras sur sa poitrine, se résignant à suivre son idée car bien qu'elle refuse l'idée de remplacer ses enfants, Gaius avait raison. L'absence d'héritier les rendaient vulnérables à leurs ennemis qui attendaient dans l'ombre. Ce n'était qu'un cruel jeu politique de plus et il était de son devoir d'épouse de l'aider. D'autant plus que son infertilité était la base du problème, elle était donc responsable du dangereux étau qui se refermait sur eux.
- Si tu veux vraiment faire ça, il te faudra quelqu'un de confiance qui ne révèlera rien de la supercherie, ni de tes préférences. Ce sont nos vies que nous mettrons entre ses mains car si l'on venait à apprendre que je ne suis pas la mère, ou que tu aimes les hommes… Ça en serait fini de nous ! La loyauté se fait rare de nos jours.
Clarke se tourna sur sa peinture, observant la ligne disgracieuse causé par l'arrivée de Gaius. Perturbant l'image de bonheur gravé sur la toile, comme cette discussion perturbait la sérénité qui l'avait habitée avant son arrivée. Elle recommença à peindre, le pinceau glissant sur la toile en espérant que son époux comprenne que cette discussion était terminée.
- Nous connaissons une telle loyauté, brisa-t-il le silence pour ramener son attention sur lui avant d'ajouter tel un coup de tonnerre qui fit lâcher son pinceau à la romaine : Lexa.
- As-tu perdu la tête ?! Je t'interdis de la toucher ! Cria-t-elle.
- Réfléchis Clarke ! Elle garde déjà nos secrets et a prouvé à de nombreuses reprises qu'on pouvait lui confier nos vies.
- Hors de question, tu m'entends ! Comment peux-tu songer un instant à lui infliger ça ?!
- J'ai un devoir envers mon père ! Nous devons tous faire des sacrifices !
- Tu parles d'un sacrifice ! Tu n'es qu'un lâche qui accoure la queue entre les jambes dès que son père le siffle !
- COMMENT OSES-TU ME MANQUER AINSI DE RESPECT ! Éclata brutalement Gaius.
- SI TU LA TOUCHE, JE TE JURE QUE JE TE LA COUPE ! Hurla Clarke, lui faisant face, sa colère répondant à la sienne.
La main de Gaius rencontra violemment la joue de la blonde. La force du coup la déséquilibra sur quelques pas. Elle porta sa main à son visage en feu. Clarke réalisait à peine qu'il l'avait giflée, que Gaius l'attrapa brutalement par les avant-bras pour l'attirer contre lui, obligeant leurs visages à se faire face.
- JE suis le maître de cette maison, alors tu me dois le respect ! La secoua-t-il.
Les yeux rougis de la romaine fixaient ceux plein de rage de son époux. Jamais elle ne l'avait vu dans un tel état. En cet instant, elle avait peur de lui.
- J'ai été plus que patient avec toi, je t'ai donné toute la liberté que tu désirais. Mais j'en ai plus qu'assez de tes caprices ! J'ai autorisé ta relation avec Lexa, mais je peux y mettre fin à tout instant. Un mot de ma part et tu ne la reverras plus ! Alors si je veux la baiser, je la baiserais !
Il la repoussa avec vigueur et son dos rencontra fortement le mur le plus proche, hoquetant sous le choc. Malgré les quelques pas les séparant, elle continuait de craindre ses réactions alors que rouge de colère, il la fixait d'un sombre regard, mais il en faudrait plus pour la réduire au silence :
- Elle… Elle ne se laissera pas faire…
- Elle ferait n'importe quoi pour toi, rétorqua-t-il froidement l'évidence.
À cela, Clarke se figea. Elle se figea autant d'horreur qu'il puisse utiliser leur amour pour ses intérêts, que pour la vérité de ces propos.
- Et d'après les rumeurs, ça ne lui a pas posé problème d'écarter les cuisses par le passé.
- Il s'agit de ton amie, énonça-t-elle choquée par ses propos.
- Il s'agit d'une esclave, et bien qu'affranchie, elle reste liée à cette famille, retourna-t-il froidement. Et tu devrais également lui rappeler à qui elle appartient, à moins qu'elle ait ton autorisation pour visiter les catins de la taverne ?
Surprise, Clarke ne comprit pas immédiatement, puis le choc de la présence de Lexa à la taverne et ce que cela impliquait, la frappa de plein fouet, la laissant sans voix.
- C'est bien ce que je pensais, conclut Gaius en quittant l'atelier et l'abandonnant ainsi à ses pensées tumultueuses.
Après plusieurs couloirs, Gaius sentit sa colère diminuer pour laisser place à un sentiment nouveau. Il se sentait galvanisé par une puissance nouvelle. Il avait le sentiment que plus rien ne pouvait l'arrêter. Dorénavant, il allait imposer son autorité, le nom des Tullius serait respecté. Pour cela, il allait assoir son pouvoir avec un héritier et peu importe la méthode employée pour arriver à ses fins. Il allait également écraser cette rébellion et ainsi assurer son ascension au pouvoir. Il allait rendre fier son père et conquérir Rome.
- Que fais-tu ici ? Demanda avec surprise Lexa à l'esclave qui se trouvait dans sa chambre lorsqu'elle rentra à la villa Tullius.
- Domina m'a ordonné de rester ici afin de vous dire qu'elle vous attend dans sa chambre, débita nerveusement le jeune esclave.
Lexa le fixa avec un sombre étonnement sur le visage alors que l'agacement s'emparait d'elle. Elle s'était absentée durant des heures, Clarke l'avait-elle réellement fait attendre ici durant tout ce temps ? Elle fut prise de pitié pour ce pauvre esclave qui avait subi un caprice de sa compagne.
- Et bien ta mission est accomplie, tu peux rejoindre tes quartiers, lui indiqua-t-elle gentiment.
- Domina m'a également ordonné de ne pas quitter votre chambre tant que vous ne l'aurez pas rejointe, refusa-t-il sa demande.
Clarke pensait réellement lui forcer la main de cette manière ? Elle sentit son agacement se muer en une douce colère.
- Il est un peu petit mais tu peux dormir sur le canapé, car je ne compte pas répondre à sa demande, offrit-elle bien décidée à tenir tête à sa compagne.
- C'est que… Domina m'a interdit de fermer l'œil de la nuit… Balbutia-t-il le dernier ordre de sa maîtresse.
Lexa fut révoltée par cet ordre. Comment Clarke pouvait-elle prendre cet esclave en otage afin de la faire céder ? Sa compagne savait pertinemment qu'elle n'irait pas jusqu'à sacrifier quelqu'un pour lui tenir tête. En revanche, Clarke n'avait aucun scrupule à jouer cette carte. Ce qui la révolta et la mit hors d'elle.
- Tu peux rejoindre tes quartiers car je vais de ce pas dire ma façon de penser à Domina, ragea-t-elle en quittant la pièce sous le regard médusé de l'esclave.
Depuis son balcon, Clarke observait la ville, une coupe de vin à la main. Toutes ses pensées étaient tournées sur sa compagne. La menace de Gaius à son encontre, ainsi que sa révélation sur sa visite à la taverne, l'avait laissée en proie à un tourbillon d'émotions contradictoires. Peur et colère s'étaient entrechoquées. Son instinct protecteur envers la brune souhaitait la trouver pour la mettre en garde contre le plan de Gaius, mais elle souhaitait tout autant la retrouver pour laisser éclater sa colère quant à sa trahison avec les catins de la taverne.
Depuis leur retour, Lexa la fuyait, elle lui échappait de jour en jour et Clarke était impuissante. Sa compagne avait instauré une froide distance entre elles. Une distance que Clarke avait du mal à accepter car elle avait besoin du soutien de sa compagne, elle avait besoin de la sentir près d'elle. Chaque nuit, le froid que son absence laissait dans leur lit était insurmontable, l'emportant dans un gouffre de solitude. Elle refusait de croire que sa compagne ne ressentait pas la même solitude. Il n'était donc pas impossible que la brune ait fini par aller combler cette solitude dans les bras d'une prostituée à la taverne. Quand Clarke espérait encore qu'elles se retrouvent…
La romaine en était à sa troisième coupe de vin, l'alcool lui montant à la tête, ses émotions tourbillonnants et s'obscurcissant. Et plus elle songeait à la possibilité que sa compagne lui soit infidèle, plus elle y croyait et plus sa colère s'accentuait.
- Tu me fais réellement du chantage, maintenant ? L'invectiva une Lexa furieuse, la sortant ainsi brutalement de ses sombres pensées.
- Si c'est ce qu'il faut pour te faire venir à moi alors oui, répondit-elle avec assurance en quittant le balcon pour revenir dans la chambre.
Elle braqua son regard sur sa compagne et remarqua immédiatement sa chevelure désordonnée malgré ses efforts pour les recoiffer, tout comme sa tunique débraillée sous son plastron qu'elle n'avait pas eu le temps de retirer. Ses convictions sur la raison de sa visite à la taverne se solidifiant. Une froide colère l'envahit puis son regard s'assombrit et sans la quitter des yeux, elle déposa sa coupe de vin sur l'une des petites tables en passant à côté.
- Tu es tombée bien bas, Clarke, utiliser ton autorité sur un esclave pour m'obliger à venir ! Tu es en train de franchir une ligne…
Ignorant la tirade colérique de sa compagne, ses mots sonnant comme un écho lointain, Clarke marcha tout droit sur elle et sans lui laisser le temps de réagir, elle attrapa son visage entre ses mains et captura ses lèvres dans un violent baiser.
Sa compagne referma de surprise ses mains sur ses poignets, tandis que Clarke la poussa de son corps contre le sien jusqu'à ce qu'elle rencontre avec force la commode de la chambre.
- Clarke… Non… Souffla Lexa en s'arrachant à ses lèvres avant qu'elle ne les capture à nouveau avec force.
La romaine l'emprisonnait avec son corps et la réduisait au silence avec ses lèvres. Clarke voulait la posséder, lui rappeler à qui elle appartenait, lui faire oublier tout autre corps. Elle se sentait revivre contre ces lèvres qui lui avaient tant manqué, contre ce corps qui épousait parfaitement le sien. Emportée par sa ferveur et son désir, elle n'entendit nullement sa compagne qui tentait de lui parler entre deux assauts. Pas plus qu'elle ne remarqua son absence de réponse à ses baisers. Ses lèvres se détachèrent à nouveau des siennes mais lorsqu'elle les pourchassa, la brune les éloigna, détournant la tête.
- Clarke non, arrête ! Réussit-elle à se faire entendre.
La blonde comprit soudainement qu'elle n'était pas désirée, réalisant alors le manque de réponse de sa compagne, mais au lieu de reculer de honte, une colère mêlée de jalousie s'empara de sa raison.
- Tu n'as surement pas dit non à ta catin ! Grogna-t-elle de rage avant de fortement refermer sa main sur sa mâchoire et ramener de force son visage à elle pour l'embrasser.
Elle agressa avec ferveur ses lèvres, tout en se collant de tout son poids contre sa compagne pour la bloquer de tout mouvement.
- Je te veux, je t'aurai… Souffla-t-elle sauvagement contre ses lèvres tandis que sa main libre descendait sans préambule entre les cuisses de sa compagne.
Cette dernière sortit soudainement de sa torpeur. Ses mains se refermèrent sur ses épaules et la repoussèrent avec force. Malgré son équilibre précaire contre la commode, Lexa réussit à suffisamment la repousser pour qu'elle puisse se détacher de ses lèvres et plonger dans ses yeux.
- Pas comme ça ! Lui dit-elle en cherchant quelque chose dans son regard.
- Tu es mienne, insista-t-elle en tentant de rattraper ses lèvres mais la poigne ferme de la brune la maintint à distance.
- Je suis tienne, oui, mais en tant que ta femme ou ton esclave ? Claqua-t-elle durement et craignant sa réponse.
Clarke fut frappée en plein cœur et recula subitement, se détournant honteuse de sa compagne. Elle réalisa avec horreur ce qu'elle avait eu l'intention de faire. Elle marcha jusqu'au lit pour s'y assoir alors qu'elle sentait ses jambes défaillir d'effroi. Des larmes commencèrent à couler lentement sur ses joues échauffées.
- Je.. Je suis désolée, bafouilla-t-elle d'horreur à sa compagne, ne sachant pas quoi dire de plus.
Lexa se décolla de la commode et fit quelques pas vers sa compagne, tout en gardant une douloureuse distance alors qu'elle accusait également le coup de ce qu'il venait de se passer.
- Pardonne-moi, je… je ne voulais pas… Gaius m'a dit que tu étais à la taverne… j'ai perdu la tête en songeant que tu étais avec une autre, déblatéra-t-elle sans cohérence.
- Je ne suis pas allée chercher de la compagnie à la taverne, seulement me changer les idées avec quelques pintes, clarifia-t-elle durement.
Clarke essuya ses larmes tout en hochant piteusement la tête à son explication.
- Je t'ai juré fidélité, Clarke, pour le pire et pour le meilleur, je t'aime mais…
- … pas assez pour être auprès de moi, finit-elle amèrement.
- J'ai juste besoin de temps pour…
Des cris provenant de la rue les interrompirent brusquement. Lexa se précipita au balcon, rapidement suivie par Clarke qui se retrouva penchée avec elle à la balustrade. Sous leurs yeux, plusieurs gardes frappaient un esclave qui était à terre, appelant à l'aide. La gladiatrice s'arracha à cet horrible spectacle dans l'intention de répondre à ses appels au secours.
- Non ! N'y va pas ! Ordonna Clarke en faisant barrière avec son corps pour l'empêcher de quitter le balcon.
- Ils vont le tuer ! Protesta vivement Lexa en pointant de la main le pauvre esclave.
- Il n'a pas respecté le couvre-feu, défendit Clarke.
- Et cela mérite un tel traitement ! Ils vont le tuer !
- Et toi avec, si tu y vas !
Lexa n'écoutait que son cœur, les cris de son peuple la poussant à agir. Elle voulut contourner Clarke mais à sa grande surprise, elle anticipa et lui bloqua à nouveau le chemin. Cependant, si elle s'était retenue lorsque la romaine s'était jetée sur elle, cette fois-ci elle n'hésita pas. Elle ne l'épargna pas en la poussant sans ménagement sur le côté afin de passer et se diriger vers la sortie.
- Si tu passes cette porte, je te fais arrêter et enchaîner par nos gardes ! Menaça très sérieusement Clarke à sa poursuite.
Lexa se figea, choquée, par une telle menace. La blonde se figea à son tour, le regard de la brune se posant sur elle, réalisant également la portée de ses paroles. Toutefois, elle ne regrettait pas si cela stoppait sa compagne dans sa folie, car elle refusait de la perdre à cause de son trop grand cœur. Leurs regards s'affrontèrent puis Lexa franchit le pas de la porte. Le cœur battant, Clarke la poursuivit dans le couloir.
- Lexa, arrête-toi ! Lui ordonna-t-elle vainement.
Sa compagne descendait déjà à vive allure les escaliers, prête à courir aider l'esclave dont les cris se faisaient toujours entendre. Alors Clarke n'eut aucune hésitation :
- GARDES ! ARRÊTEZ-LA ! Cria-t-elle aux soldats gardant l'entrée.
Lexa se tourna vers elle, la surprise et la trahison inscrites sur le visage, alors qu'elle ne l'en avait pas cru capable. Elle n'offrit aucune résistance aux gardes qui l'attrapèrent puis l'emmenèrent sous les ordres de sa compagne.
La porte de l'unique cellule de la villa s'ouvrit dans un grincement. Lorsque Lexa assise sur le sol releva les yeux, elle découvrit la romaine se tenant sur le seuil. Une désagréable sensation de déjà vu s'empara d'elle, alors qu'elles s'étaient déjà retrouvées dans cette situation. Seulement à l'époque, Lexa n'était qu'une esclave qui venait d'être condamnée par sa propriétaire aux jeux de l'arène. Et aujourd'hui, elle était libre et avait été enfermée dans cette même cellule par sa propre compagne. Elles avaient parcouru du chemin depuis leur rencontre, pourtant comme au premier jour, il y avait toujours quelque chose pour les séparer. Et alors qu'elle soutenait le regard de sa compagne, elle réalisait que comme en ce jour lointain, elle ignorait si elle pouvait faire confiance à la romaine lui faisant face.
Tout comme sa compagne, Clarke avait été tristement ramenée au souvenir de cette confrontation. Comme lors de ce jour lointain, elle tentait de la protéger et la brune semblait ne pas vouloir le comprendre. Elle la regardait avec la même méfiance dans le regard. Son cœur se serra en réalisant qu'au fond, elles seraient toujours séparées par leurs différences. Elle serait toujours une romaine et Lexa serait toujours une esclave. Mais cela ne l'avait pas arrêté par le passé, alors Clarke continuerait de se battre pour leur amour.
- Je suis désolée, mais tu ne m'as pas laissé le choix.
Pour toute réponse, Lexa secoua la tête dans un léger rire cinglant et détourna le regard.
- Que voulais-tu que je fasse ? Que je te regarde courir à ta mort ? S'agaça-t-elle de sa réaction.
- Tu aurais pu utiliser ton autorité pour le sauver ou lieu de l'utiliser sur moi ! Mordit-elle en tournant son regard furieux sur elle.
Clarke fut secouée par son reproche. Elle aurait pu sortir et stopper ces soldats mais cela ne lui avait pas un seul instant traversé l'esprit. Elle n'avait pensé qu'à Lexa. Ou bien n'avait-elle eu aucune envie de sauver cet esclave ?
- Les innocents ne sortent pas dans les rues après le couvre-feu, tenta de justifier Clarke.
- Le couvre-feu venait de tomber, il était peut-être seulement en retard ! Ta haine te fait faire des raccourcis ! Es-tu devenue sans cœur ?! L'agressa-t-elle bouillonnante de colère et se levant brutalement.
- Et où est ta haine, Lexa ? Si ce n'est envers moi ?! Retourna-t-elle vivement et avançant d'un pas provocateur.
- Je n'ai aucune haine envers toi, dit-elle plus calmement, choquée qu'elle puisse le penser.
- Tu me fuis, tu ne me touches plus, tu t'opposes constamment à moi ! Si ce n'est pas de la haine, ce n'est sûrement pas de l'amour ! Appuya-t-elle férocement et blessée.
- Si tu attends de moi, silence et obéissance aveugle, il ne fallait pas m'épouser mais m'enchaîner telle l'esclave que tu souhaites à tes côtés, claqua-t-elle froidement.
- Ce… Ce n'est pas ce que je veux, mais je ne te comprends plus… dit-elle acculée par sa remarque et brutalement calmée par la froideur de sa compagne. Pourquoi ne hais-tu pas ces rebelles comme je les hais, alors qu'ils nous ont tout pris ? Nos enfants, nous ! Appuya-t-elle d'une voix brisée. On dirait que tu t'en fiches ! Accusa-t-elle.
- Je ne m'en fiche pas ! Retourna-t-elle d'une vive douleur.
- Alors comment arrives-tu à les défendre ? Quel est ton secret ? Dis-moi ! La supplia-t-elle de lui expliquer, de l'aider à voir les choses autrement que par la haine.
Lexa se figea, le souffle coupé alors que les mots de sa compagne raisonnaient dangereusement en elle : « quel est ton secret ? ». La romaine n'imaginait pas à quel point cela la faisait trembler de terreur. Elle ne parlait évidemment pas de son secret concernant la rébellion mais pendant un instant, elle eut envie de tout lui dire, nourrissant l'espoir fou que Clarke la suivrait. Un jour son secret éclaterait au grand jour, et ce jour-là, Lexa savait qu'elle perdrait sa compagne. L'espoir qu'elle se joigne à sa rébellion n'était qu'une chimère. Alors comme toujours, elle dissimula la vérité :
- Contrairement à toi, je réfléchis avec ma tête et non mon cœur. Tu te focalises sur les rebelles, mais ils avaient tout à perdre en attaquant le convoi. Si l'on regarde leur stratégie jusqu'à présent, ils ont toujours été méticuleux, ils n'ont jamais attaqué de civils, alors il n'y a aucune logique.
Clarke l'écoutait enfin, la fixant avec attention alors Lexa continua son explication avec l'espoir de la convaincre, s'aventurant alors sur un terrain des plus dangereux :
- Ils avaient le convoi, pourtant ils vous ont poursuivis dans les bois, ils vous pourchassaient, et ils n'en avaient pas seulement après les enfants, ils en avaient également après ta vie.
- Qu'est-ce que tu insinues ? Demanda avec crainte, Clarke.
- Que nous sommes cernées par les loups, tu as beaucoup d'ennemis, à commencer par ton oncle…
- Non… tais-toi… Refusa-t-elle d'en entendre plus.
- … qui rêverait de te voir morte… Continua malgré tout Lexa car elle devait l'entendre.
- Pas un mot de plus… La coupa Clarke mais cela n'arrêta pas la brune.
- … pour récupérer ton héritage…
Lexa fut subitement réduite au silence par la main de Clarke qui se posa sur sa bouche tandis qu'elle plaqua l'autre sur sa nuque afin de la museler.
- Tais-toi, je t'en prie, tais-toi, asséna-t-elle avec force et la suppliant du regard.
La brune acquiesça tant bien que mal afin de la calmer, et Clarke la relâcha non sans ajouter avec fermeté :
- Ne t'avise plus jamais de porter de telles accusations. De telles paroles te conduiront à l'exécution.
- Je t'en prie, écoute-moi…
- As-tu la moindre preuve ?! La coupa-t-elle vivement.
- Non, mais tu sais que…
- Je ne sais rien, tu ne sais rien ! Sans preuve, c'est ta tête qui tombera !
- Envisage au moins cette possibilité, et stoppe cette folie contre la rébellion, insista presque désespérément la gladiatrice.
- Tu n'as aucune preuve, alors que tout accuse les rebelles ! Cesse donc de te voiler la face et accepte la vérité, aussi douloureuse soit-elle. Bon sang, Lexa, je devrais te dénoncer pour de tels propos, t'en rends-tu comptes ?! S'exclama-t-elle terrifiée à l'idée de la perdre.
Serrant les poings de colère face à l'obstination de la romaine, Lexa inspira profondément pour doser ses prochaines paroles mais sa compagne la devança :
- C'est un ordre, Lexa, tu m'entends, je ne veux plus jamais entendre ces accusations, oublie-les.
La gladiatrice fut réduite au silence. Désarçonnée par l'obstination aveugle de sa compagne. Elle ne s'autorisait même pas un instant de réflexion pour envisager la possibilité que son oncle ou tout autre ennemi puissent être derrière l'attaque. Son cœur se serra douloureusement alors que la femme qui lui faisait face n'était pas celle qu'elle avait épousée, mais la romaine consumée par la haine. Si jusqu'à présent, Lexa avait encore eu l'espoir que Clarke retrouve la raison et l'aide à changer les choses pacifiquement, il venait d'être violemment broyé par sa compagne. Seule la rébellion sauverait son peuple. Lexa n'avait plus le choix. Le doute n'était plus permis. Plus rien n'arrêterait la rébellion. Plus rien n'arrêterait Lexa, pas même Clarke.
Ne faisant pas confiance à ses émotions, Lexa se contenta d'acquiescer silencieusement à l'ordre de la romaine, se murant ensuite dans le silence.
- Je suis fatiguée qu'on se batte… Reprit avec défaite sa compagne. Je ne t'obligerai jamais à rien concernant notre relation, tu peux être mon égale, ma compagne… ou bien simplement ma garde du corps. Le choix t'appartient.
Clarke n'attendit aucune réponse et quitta la cellule en laissant la porte ouverte derrière elle. Lexa contempla ses paroles tout autant que la porte, puis elle la franchit à la suite de la romaine.
A suivre…
Voilà, voilà, c'est toujours pas la joie tout ça...
J'espère que ce chapitre vous a plu et que vous êtes toujours à bord pour la suite :)
La perte des enfants a chamboulé leur monde. Qu'avez-vous pensé de la réaction/attitude de Gaius ? Est-ce que vous croyez qu'il a parlé sous la colère concernant son plan pour un enfant avec Lexa ou pas ?
Et Faustus, vous le sentez bien ? :p
Et bien évidemment notre clexa, c'est compliqué pour elles :( Que pensez-vous de leur réaction ? De leur manière de réagir au deuil ? On déteste Clarke ou pas ?
J'ai seulement deux chapitres d'avance donc pour le moment, je ne posterais qu'une fois par moi, en espérant que cela me laisse le temps d'avancer dans l'écriture.
Donc si tout va bien, la suite arrivera en septembre :D
Merci d'avoir lu !
