Et voilà, le chapitre 3. Je ne sais pas encore s'il y aura un 4 (qui ne saurait être d'autre nature que citronnée, bien sûr…). Ça dépendra en grande partie du temps que j'aurai dans la semaine, et aussi du déchaînement de commentaires dont vous allez me couvrir. Ha, ha, ha...

ᚔᚔᚖᚔᚔ

Chapitre 3

« Stop, » he said, his breathing ragged. « Please. »

Hermione avait instantanément reconnu la pièce. Elle était composée de deux espaces. Le premier, auquel on accédait depuis les cachots était vaste, doté d'une double hauteur coiffée d'un plafond voûté. Le second, plus réduit, surplombait le premier et y était relié par un généreux escalier de bois. L'espace supérieur ouvrait de hautes baies sur le parc : c'était la salle dans laquelle elle avait passé son examen d'ASPICs en potions, quelques années auparavant. Le tout était rempli de la même odeur de cire d'abeille et de concoctions séveuses. Snape ne se retourna pas, gravissant les escaliers pour s'avancer d'un pas décidé vers l'une des fenêtres. Dehors, la nuit était obscure, mais pas complètement noire. Telle une veilleuse, la lune se découpait à intervalles irréguliers derrière la masse sombre des nuages. Snape s'assit finalement sur l'un des bureaux dont le palimpseste des graffitis rendait la surface rugueuse et bosselée. Il croisa les jambes, puis les bras et, avec un soupir, tourna le visage vers le parc qui n'était plus qu'ombres bleutées. Hermione, complètement déboussolée par l'ensemble de la scène qu'elle venait de vivre, flottait un peu. Elle le suivit et prit place près de lui, sans savoir vraiment si son épaule touchait la sienne, ou pas. Un silence interminable s'installa entre eux, de ces silences qui durent, durent tant qu'il est à chaque seconde supplémentaire encore plus difficile d'imaginer les rompre.

- Combien de temps devons-nous rester ici ? s'entendit-elle demander.

Snape tourna le visage dans sa direction, sans pour autant se risquer à croiser son regard.

- Autant qu'il en faudra pour que McLaggen se pense vaincu. J'imagine… autant de temps qui me faudrait pour venir à bout de votre ceinture, et de votre robe… soit… quelques minutes tout au plus, et…

Il secoua le visage, et Hermione ne parvint pas à cerner son attitude. Soudain, il avait paru un peu blasé. Qui pouvait savoir ce qui lui passait par la tête, à cet instant ? Ce qui lui était passé par la tête, une heure auparavant ? Il était si indéchiffrable, que même le peu de contact privilégié qu'elle pouvait se venter d'avoir eu avec lui depuis ces quelques années ne lui donnait pas la pierre de Rosette de ses émotions. Il avait été si badin, pendant cette danse. Même si c'était un rôle… Le cœur d'Hermione se serra légèrement. Elle ne savait pas faire semblant. Elle était incapable de simuler, au contraire de ce qu'il avait supposé. Elle était une foutue Gryffondor, rien qu'une foutue Gryffondor, aux sentiments tempêtants et aux larmes incontrôlables, au désir brûlant et à la rancœur assassine. Le détaillant, son visage masqué d'un rideau de cheveux raides et lourds, elle sembla faire enfin la connaissance de ce Snape adolescent que Harry lui avait décrit, plein de doutes, pas sûr de lui pour un sou, prêt à haïr aveuglément tant la blessure de son âme restait béante.

- Un peu plus longtemps, s'il est question de parvenir, pour moi, à défaire tous les boutons de votre redingote. Sans compter ceux… de votre braguette, se contenta-t-elle de rétorquer.

Snape leva vers elle des yeux pleins de perplexité. Alors, elle se redressa et vint se poster face à lui. Lentement, elle déposa une main sur sa jambe droite, qui couvrait la gauche, et la fit tomber mollement sur le côté. Puis elle s'avança davantage, entre le delta de ses cuisses, sans lâcher ses yeux des siens, et ses mains remontèrent de ses genoux aux plis de ses aines. Quand il décroisa les bras, ce fut pour se saisir de ses poignets.

- Arrêtez, dit-il, le souffle irrégulier. S'il vous plaît.

Elle se figea, sans pour autant se retirer.

- Hermione, vous… plus personne ne nous regarde. A quoi jouez-vous ?

- Je ne joue pas. Je ne sais pas jouer à ces jeux-là, se contenta-t-elle de rétorquer. Je ne suis qu'une… foutue Gryffondor. Incapable de subtilité, incapable de feindre quoi que ce soit.

Elle n'avait jamais autant lu d'incrédulité sur le visage de Snape. Ses sourcils avaient plongé l'un vers l'autre, sa bouche était légèrement retroussée en un rictus douloureux, comme par anticipation d'une souffrance à laquelle il se pensait destiné, tel Prométhée enchaîné à son rocher. Il posa ses yeux sur sa main gauche, enserrant entre deux doigts la bague qui ornait son annulaire, et la faisant légèrement glisser d'avant, en arrière. Un sortilège d'ajustement la rendait parfaitement malléable. Le mouvement, peut-être involontairement, était si suggestif qu'elle s'en mordit la lèvre.

- Pourquoi ? demanda-t-il, levant les yeux vers elle.

- Pourquoi ?

- Pourquoi ne pas cesser de porter votre alliance ?

Elle eut un petit rire en se contentant d'observer l'anneau, d'or blanc orné de trois pierres azur.

- En vérité… c'est celle de ma grand-mère. Ma mère a souhaité que je la récupère, à son décès, et…

Il avait relevé le visage vers elle et, soudain, elle se sentit dangereusement proche de lui. Son souffle était même perceptible, qui coulait contre sa joue. Sa main gauche était toujours dans la sienne, index et majeur serrés autour de la bague. Lentement, il se saisit de la droite, qui reposait sur sa cuisse, et la fit glisser le long de son abdomen, jusqu'à sa poitrine, où il la recouvrit de la sienne. Sous la laine de sa redingote, son cœur battait furieusement. Elle se souvenait, à présent, de ses vêtements déchirés, du sang, des chairs en lambeaux et de sa même main sur son cœur. Elle avait alors dû cesser de respirer elle-même pour en percevoir les palpitations éteintes.

- Ne surestimez pas mon flegme, Hermione, lança-t-il, la voix rauque.

Elle reçut ces mots tout contre sa bouche, alors qu'il y laissait enfin tomber des yeux indéchiffrables. Les narines d'Hermione palpitèrent légèrement et ses lèvres s'entrouvrirent, comme pour chercher l'air qui menaçait de lui manquer. Ou était-ce par anticipation de ce baiser qui tardait tant à venir, et dont elle prenait conscience qu'elle l'attendait depuis beaucoup trop longtemps pour ne pas en rougir ?

Mue par un élan inattendu, sûrement soutenu par le champagne d'ailleurs, elle vint écraser sa bouche contre la sienne. Ce fut si précipité qu'elle ne prit pas le temps de laisser ses paupières s'abaisser, et si gauche qu'elle le regretta immédiatement. Lui ne la lâcha pas du regard. Il affichait autant de surprise que d'incompréhension, sur un fond de froideur autoprotectrice. Contre toute attente, elle répéta son geste, fermant cette fois-ci les yeux pour ce soustraire à son analyse. Il ne broncha pas, pas jusqu'à ce qu'elle ouvre de nouveau les paupières, affichant une expression où se mêlaient honte et espoir, désir et regret. Et soudain, les mains de Snape remuèrent à peine dans les siennes, dont il se saisit plus fermement pour l'attirer davantage à lui. Elle sentit son mollet s'appuyer lentement à l'arrière de sa cuisse, comme un Filet du Diable aurait parfait sa prise. Ses lèvres frôlèrent alors les siennes, une, puis deux fois, mêlant leurs souffles. Son visage légèrement incliné laissa l'aise à son long nez de s'inventer une place contre sa joue, et sa bouche entrouverte vint se refermer sur sa lèvre inférieure, non sans que sa langue l'ait brièvement saluée. Elle expira lourdement pour se retenir de gémir, et se demanda s'il avait fait de même. Leur baiser prit fin tel qu'il avait commencé, sans brusquerie, sans brisure, sans qu'ils ne sachent non plus comment ils avaient pu se passer l'un de l'autre jusqu'à ce moment. Sans même se souvenir que cela avait été le cas. Elle ne lâcha pas ses mains, mais les amena jusqu'à sa taille. Alors, il l'embrassa de nouveau. D'un baiser identique au premier, étonnamment respectueux, furieusement brûlant par sa lenteur. Il paraissait savourer ses lèvres, et quand sa langue caressa enfin la sienne, il sembla ne plus vivre que par ce contact insatiable. Il se délectait littéralement de sa bouche, dans une volupté impudique, semblable à celle, ingénue et sans gène, que l'on afficherait en se léchant les doigts après avoir goûté un fruit particulièrement juteux et sucré.

Tout avait ralenti : leurs souffles presque retenus, leurs bouches si étroitement liées, décidées à ne pas perdre une once du contact acquis, les pressions souples de ses grandes mains sur ses hanches. Il esquissa l'un de ses rares sourires, qui se perdit dans leur baiser, et elle ne put retenir plus longtemps un long gémissement qui raisonna dans le fond de sa gorge. Merlin. Comment en était-elle arrivée là, elle qui, d'ordinaire, était totalement privée du courage et du sang-froid nécessaires à la traque amoureuse ? La faute au champagne, encore ? Celle de la ruse contre McLaggen ? Elle n'avait jamais été l'une de ces gourgandines que l'autorité faisaient fantasmer. Elle n'aurait jamais laissé ses hormones prendre le dessus sur sa cervelle. Jamais. Jamais… jusqu'à ce soir. Son bas-ventre, incandescent, se tordait de désir, alors qu'elle pressait sans pudeur son entrejambe contre le sien, brûlant, presque moite malgré l'épaisseur considérable de son habituel pantalon de laine. Elle le devinait-là, et sa tête n'en tournait que davantage.

N'y tenant plus, et alors que les ébats de leurs lèvres avaient pris un tournant légèrement plus fiévreux, elle poussa sa main jusqu'à l'échancrure de sa robe, pour qu'il l'y glisse. Il obéit, d'abord, jusqu'à ce que ses doigts se muent d'eux-mêmes le long de l'élastique de sa culotte, du haut de sa fesse, jusqu'au pli de l'intérieur de sa cuisse. Cette fois-ci, il avait gémi. Un gémissement qu'elle n'aurait jamais imaginé pouvoir venir de lui. Quelque chose d'incontrôlé, d'instinctif, bien moins sourd que son timbre habituel. Alors, elle se cambra à la rencontre de sa main, espérant secrètement qu'il pourrait, si ce n'était la caresser, tout du moins la frôler du bout des phalanges. Snape ouvrit des yeux acajou.

- Vous êtes trempée, Miss Granger.

- Oui.

Elle n'avait pas trouvé réponse plus perspicace. Lui, déglutit et prit fermement sa main dans la sienne.

- Retournons danser.