Chapitre publié le 29 juillet 2024

Et enfin le dernier chapitre ! Cette fic m'a pris neuf ans et demi à écrire, je suis tellement contente d'être arrivée au bout. Il ne manque plus que l'épilogue.

Chapitre 45 : Le don d'un destin

Quand elle se retrouva seule, Naminé tenta de ne pas laisser l'angoisse la rattraper. L'Organisation n'avait aucun moyen de savoir qu'elle se trouvait ici, après tout, et Riku lui avait assuré que les lieux étaient relativement sûrs. Elle laissa son regard se promener sur la petite pièce où ils venaient tout juste de prendre leur petit déjeuner, dont les vestiges – morceaux de pain et quelques abricots – décoraient encore la table sous ses yeux.

Décidemment, elle était destinée à toujours attendre entre les quatre murs d'un château ou d'un manoir.

Le soleil s'était levé, emplissant la pièce d'une lumière douce. Riku et Xion n'étaient certainement pas encore arrivés à leur destination. Elle espérait de tout son cœur que tout se passerait bien. Elle s'était retenue de le dire, s'était mordue la lèvre pour ne pas le laisser échapper, mais quand ils s'étaient engouffrés dans ce Couloir des Ténèbres, elle avait eu très clairement la sensation qu'ils se jetaient dans la gueule du loup.

Riku et Xion avaient dû le savoir, eux aussi.

Naminé laissa retomber son regard sur le lourd carnet à dessin poussiéreux posé sur ses genoux. Ses crayons trainaient sur la table, se mêlant aux miettes de pain. Aucun élan de motivation ne se fit sentir à leur vue. Au bout de quelques minutes, elle se leva, referma le cahier et le déposa sur la chaise avant de faire quelques pas vers la porte ouverte donnant accès au couloir.

La vue du large couloir désert courant le long de la façade du château la fit hésiter. Elle regrettait de se retrouver seule dans ce grand château vide dont l'histoire terrible se dissimulait encore sous ses murs et dans ses tréfonds. Ce lieu avait été le théâtre d'événements macabres auxquels elle n'avait pas besoin d'avoir assisté pour les ressentir. C'était ici, aussi, que le sort avait frappé Sora, Kairi et Riku.

A part sa propre respiration, elle n'entendait pas le moindre bruit. La jeune fille alla s'accouder à une fenêtre. D'autres sons, très faibles et assourdis, lui parvinrent alors : des martèlements très lointains, bien qu'elle ne puisse en voir l'origine. Elle pouvait cependant la deviner : Riku lui avait dit que le château était en train d'être restauré.

Le paysage s'étendait devant elle sous le ciel matinal, mer de toits en contrebas, à laquelle succédait les eaux miroitantes d'un lac et loin, très loin, comme paraissant flotter dans le ciel, la silhouette d'un bleu violacé d'une chaine de montagnes. En baissant les yeux, elle croyait pouvoir apercevoir de minuscules fourmis allant et venant dans les rues les plus proches des chemins envahis de décombres montant au château. Les habitants de la Forteresse Oubliée qui se remettaient probablement du désastre de la veille. Elle espérait que l'Organisation n'avait pas fait trop de dégâts avant que Kairi et Riku interviennent.

Naminé ouvrit la fenêtre. Non sans mal : la poignée froide était grippée et rechigna pendant quelques secondes avant de finalement céder brusquement, faisant vibrer la vitre dans son cadre. Quand une bouffée d'air frais la frappa au visage, elle réalisa à quel point cela lui avait manqué. Pourtant, elle n'était ici que depuis quelques heures. Il semblait que vivre au grand air, aux Îles du Destin, l'avait déshabituée à rester enfermée à respirer de l'air empestant le renfermé.

Elle demeura ainsi accoudée quelques instants, pour profiter de la chaleur douce des rayons de soleil sur son visage et de l'air pur qui lui apportait par intermittence quelques odeurs (pain chaud et viande grillée) de la ville en contrebas.

Quand le soleil eut bien monté dans le ciel, elle se détacha cependant de son poste d'observation à regret. Il était l'heure de se mettre au travail, comme elle l'avait promis à Riku.

Elle laissa néanmoins la fenêtre ouverte.

Reprenant son carnet sans grand entrain, Naminé se rassit et posa la mine de son crayon sur la feuille. Alors... par quoi devait-elle commencer ? Sora avait rencontré les membres du Comité de Restauration dans la Ville de Traverse. C'était le premier souvenir sur lequel elle pouvait travailler. Il cherchait alors Riku et Kairi. Peut-être parviendrait-elle à ébaucher les souvenirs de son aventure et l'inquiétude qu'il avait eue pour eux.

Naminé se mit au travail, faisant de son mieux pour s'appliquer, pas seulement par devoir mais également pour reléguer loin dans son esprit son angoisse persistante au fur et à mesure que s'égrenaient les minutes sans que ne se manifeste le moindre signe de Xion et Riku.

Les heures passèrent ainsi.

Naminé finit par relever la tête de son travail. Elle avait achevé son premier dessin, celui de la rencontre entre Sora et Léon, Yuffie et Aeris, cousu de traits de crayon qui étaient autant de fils de souvenirs. Elle en avait commencé un second, mais sans être réellement satisfaite. Ses dessins lui semblaient des ébauches, dénués de la lumière discrète qui emplissait généralement ses œuvres. Elle savait quelle en était la cause : du haut de son château, elle était éloignée des personnes qu'elle tentait d'influencer. Cela influençait son travail, dont l'action était plus affaiblie, plus lente. Oh, elle y arriverait, certainement, mais en prenant bien plus de temps.

Ce temps, l'avaient-ils seulement ?

Peut-être devrait-elle descendre en ville... mais Riku le lui avait fortement déconseillé. Les Similis et les Sans-coeur rôdaient encore dans les couloirs les plus obscurs du château et dans les allées désolées qui conduisaient à la ville. Non, elle ne devait bouger qu'en dernier ressort.

Sans enthousiasme, Naminé reprit son crayon et s'exhorta au travail.

A midi, il n'y avait toujours aucun signe de Riku et Xion, encore moins de Kairi, et elle redressa de nouveau la tête, trop agitée intérieurement pour continuer efficacement.

Elle se sentait vidée, malgré son travail médiocre. A quand remontait le dernier repas que Xion avait pris dans son corps ? Son regard se posa sur les quignons de pain, puis elle se leva, reposa son carnet et, prenant son courage à deux mains, sortit dans le couloir.

Tant pis. Elle avait vraiment besoin de se dégourdir les jambes, de toute façon. Elle serait prudente.

Néanmoins, elle redouta de se faire attaquer pendant tout le temps qu'il lui fallut pour descendre jusqu'au hall du château. Mais les couloirs et les escaliers poussiéreux demeuraient vides et silencieux, et pas une ombre ne bougea sur son passage. Ses sandales claquaient sur les dalles crasseuses mais rien ne répondit à leur écho.

Elle se perdit à deux ou trois reprises, évidemment. Elle se retrouvait au fond d'une impasse ou elle s'arrêtait au milieu d'un couloir, soupçonnant n'avoir pas choisi le bon. Des cages d'ascenseur avaient été installées un peu partout dans le bâtiment mais, par prudence, Naminé les évita. Certaines portes rechignaient également à lui livrer passage : elle s'arc-bouta à une porte résistante au bout d'un escalier qui s'ouvrit finalement à la volée après une longue lutte, l'envoyant s'écraser la tête la première sur le tapis.

Finalement, au bout de ce périple interminable et bien stressant, elle se retrouva dans le hall d'entrée. Sa fontaine était vide et une partie du lustre suspendu au plafond s'était écrasé à terre. Les doubles portes qui menaient à l'extérieur étaient entrouvertes et elle entendait des voix fortes de l'autre côté, trop fortes pour être celles de membres de l'Organisation, accompagnées de bruits sourds. Naminé hésita, puis se dirigea vers les portes et passa la tête à l'extérieur.

Elle croisa alors le regard surpris d'un duo d'ouvriers occupés à monter un échafaudage contre le mur voisin.

« Hé, qu'est-ce que tu fous là, petite miss ! l'apostropha l'un d'eux en s'immobilisant alors qu'il fixait une barre de métal. C'est pas un endroit pour les enfants !

-Excusez-moi, dit humblement Naminé. Je crois que je me suis perdue. Pourriez-vous m'indiquer le chemin de la ville, s'il vous plaît ? »

Les deux ouvriers échangèrent un regard éloquent.

« Tu y es, reprit l'ouvrier d'un ton qui signifiait clairement qu'il pensait qu'elle les prenait pour des idiots. Tu sais pas lire ? Le chantier est interdit aux civils ! » Il pointa du doigt le chemin qui s'éloignait devant ses yeux. Sans doute le panneau en question s'y trouvait-il.

« Oh, dit-elle, se sentant un peu idiote comme une enfant prise en faute. Désolée. Je vais vite rentrer.

-Tu ferais mieux de faire attention et de ne pas revenir par ici, intervint le second homme qui déjà se détournait pour reprendre sa tâche, estimant l'affaire close. C'est dangereux dans le coin ! Même si ça s'est calmé, ces monstres rôdent toujours. Et vu ce qui s'est passé hier...

-Oui, je le sais bien », dit Naminé. Elle se creusa les méninges pour tenter de trouver un mensonge convaincant puis ajouta, incertaine : « Euh, je... justement hier je m'étais réfugiée ici. Je ne voulais pas que les monstres me trouvent et je ne savais pas quand ce serait sûr de sortir.

-Pas le meilleur endroit pour se mettre en sécurité, si tu veux mon avis. Le pire, même. En tout cas, tu n'as pas de souci à te faire. La situation s'est rétablie en ville, les monstres ont été chassés, enfin, ils ont disparu, c'est l'essentiel. Le Comité de Restauration a fait du bon travail, y a pas à dire ! Tu ferais mieux de rentrer chez toi, ta famille doit être morte d'inquiétude !

-D'accord. Merci, messieurs et bonne journée. »

Elle s'éloigna tout en espérant qu'elle parviendrait à repasser en sens inverse tout à l'heure.

Le chemin jusqu'à la cité se révéla une agréable promenade. L'air était encore frais, la matinée lui caressant doucement les cheveux alors qu'elle marchait d'un bon pas sur le chemin en pente douce vers la ville. Comme une fille normale se rendant à l'école ou au marché. Cela lui allégea un peu l'esprit. Les premières rues qu'elle traversa étaient encore peu animées à l'exception de quelques commerçants qui s'activaient devant leur boutique et de deux ou trois bambins qui jouaient à se poursuivre. Elle laissa ses pas la porter au fil des rues, sans trop savoir où est-ce qu'ils comptaient la mener.

Elle songea aux habitants de l'Île du Destin. Pourvu que l'Organisation ait quitté les lieux dès sa capture et qu'elle ne leur avait pas causé trop de soucis.

De temps à autres, ses yeux croisaient des traces des combats de la veille. Çà et là, les murs et les pavés étaient noircis comme sous l'effet d'une explosion ; parfois, quelques briques ou dalles étaient même sérieusement endommagées, voire manquantes. Les dégâts demeuraient épars, cependant, ce qui était rassurant, et il semblait que les habitants avaient repris leur vie, après une longue nuit de sommeil. Certains encadraient de barrières les endroits abimés des façades tout en sifflotant gaiement ; d'autres avaient installé des échelles pour aller réparer les toitures endommagées et se passaient des tuiles neuves en discutant avec légèreté. Elle se sentit un peu envieuse.

Finalement, elle atteignit un marché sur une place aux abords des faubourgs et décida qu'elle s'était assez éloignée. Et si Riku et Xion revenaient pendant son absence ?

Naminé se plaça dans la file près d'un stand de nourriture, portant la main à sa poche. Ouf, elle avait toujours les quelques munnies que Riku lui avait laissés, au cas où.

Des bribes de conversations lui parvenaient parmi le doux brouhaha matinal.

« … et je vous jure, c'est pas possible, pas avec la catastrophe d'hier. Elle pense que je m'inquiète pas que ma propre fille aille se balader n'importe où ?

-... Thibault a dit qu'il allait passer cet après-midi pour regarder ça. Tu sais, le vendeur de bois, près du temple de l'eau, il a quelques portes de rechange, je pense que j'irai voir là-bas si jamais...

-... alors on s'est précipité vers la boutique juste à côté ! Une boulangerie, je crois ? Mais les gens à l'intérieur, ils voulaient pas qu'on ouvre la porte et...

-... pas à croire ce qui s'est passé. Et apparemment, il y avait même des monstres qui avaient forme humaine et qui...

-Non ?!

-Si, j'te jure, je les ai vus ! Enfin, non, pas vraiment, mais Lily si ! Elle dit qu'ils étaient habillés tout en noir et qu'ils commandaient les autres monstres !

-Mais qui ça peut être ? Des sorciers ? Tu crois qu'ils habitent dans la ville ?

-Aucune idée, mais moi, je le savais depuis le début. Je l'avais bien dit.

-... heureusement que le Comité de Restauration est là, hein. Faudrait peut-être envisager d'organiser des cours de défense et d'arts martiaux, parce que sans eux, je sais pas ce qu'on ferait. C'est les seuls qui savent bien se battre ici.

-Moi, j'ai un avis un peu mitigé sur eux. Je trouve qu'ils sont pas très professionnels. Ils me font plus penser à une bande de jeunes qui n'a rien de mieux à faire. L'autre jour, j'ai demandé de l'aide à cette fille du Comité parce que j'avais aperçu des monstres derrière chez moi et elle m'a juste envoyé bouler !

-Bah, comme l'a dit mon père, ils ne sont pas très nombreux. S'ils doivent gérer des problèmes dans toute la ville, c'est normal qu'ils peuvent pas être partout à la fois ! Moi, je suis bien content. Ils ont aidé ma tante quand son commerce était attaqué, hier.

-Oui, mais je trouve que...

-Chut, ils sont là ! »

Relevant la tête du carton que le commerçant attablé derrière son étal était en train de remplir de riz cuit et de légumes tranchés, Naminé suivit les regards du petit groupe de jacasseurs qui se tenait à deux pas d'elle. Cela lui prit quelques instants, mais elle finit par apercevoir, un peu plus loin au milieu de la foule circulant entre les stands, quelques personnages familiers car elle les avait dessinés le matin même. Les bras croisés, Léon écoutait les revendications d'une vieille dame et de son mari, tandis que d'autres personnes s'aggloméraient peu à peu autour d'eux, l'air impatient. Derrière lui, Aeris discutait elle aussi avec des habitants à l'air grave, un panier de légumes à ses pieds. Ils s'étaient fait alpaguer en allant se ravitailler, semblait-il.

Quant à Yuffie, elle avait décidé de se faire un petit pécule en profitant de l'occasion pour vendre des paquets de pansements et de bandages, empochant l'argent avec une mine satisfaite.

« Et voilà, jeune fille, ça fera 55 munnies.

-Ah ? Ah oui, voilà. »

Naminé tendit maladroitement l'argent et récupéra son carton. Après un dernier regard vers les amis de Sora – avaient-ils commencé à se souvenir de lui ? Non, son travail n'avait pas dû être suffisant – elle reprit le chemin du château.

La marche du retour fut légèrement plus difficile avec la montée et la chaleur – qui était tout de même de moindre ampleur que sur les Îles. Quand elle atteignit les portes du château, elle constata avec soulagement que ces dernières avaient été désertées. Les deux ouvriers n'étaient nulle part en vue. Elle se glissa cependant avec hâte entre les deux battants entrouverts.

C'était une bonne chose qu'elle ne se soit pas attardée en ville : à peine avait-elle posé son carton légèrement humide de graisse sur la table de l'antichambre qu'un chuintement s'éleva et sous ses yeux appréhensifs, un Couloir des Ténèbres s'ouvrit à l'endroit exact où l'autre s'était refermé plus tôt.

« Riku ! Xion ! Vous êtes rentrés ! » s'écria-t-elle en faisant deux pas dans leur direction.

Elle serra ses mains contre sa poitrine, horrifiée. Elle l'avait redouté toute la matinée, mais Xion et Riku faisaient un spectacle saisissant, qui n'avait rien à voir avec leur état du matin. Xion soutenait Riku, le front plissé par l'effort, pas en très grande forme elle-même : échevelée, des coupures zébrant son manteau noir et son visage... et ce qui ressemblait à une tache sombre à l'emplacement de sa cuisse. Riku... quand elle constata son état, Naminé s'élança en avant, la peur dépassant sa réserve. Il était affreusement pâle et une large estafilade sanglante s'ouvrait dans sa hanche droite, déchirant presque le manteau en deux.

« Mon dieu, mais... qu'est-ce qu'il s'est passé ?! »

Xion, concentrée à tirer Riku du Couloir des Ténèbres, releva la tête et lui lança un regard pressant où toute timidité s'était évaporée.

« Vite, il faut faire quelque chose ! Riku est blessé ! »

Le Couloir des Ténèbres se referma. Naminé se hâta de saisir Riku par son autre bras au moment où Xion semblait sur le point de le lâcher d'épuisement. Elle manipula son bras avec prudence, craignant les dégâts que pourrait causer un mouvement trop insistant.

« Saïx nous attendait, expliquait Xion d'une voix rapide, presque désespérée. On était à deux contre lui mais on a rien pu faire. Il n'a même pas voulu m'écouter... Pas comme s'il m'écoutait d'habitude, mais... Il a essayé de me tuer et Riku m'a protégée. Vite, il faut... il faut...

-Par ici », intervint Naminé, tout en les entraînant vers la porte de la chambre, soutenant du mieux qu'elle pouvait un Riku inerte sur ses frêles épaules.

Il semblait qu'il n'était pas complètement inconscient. Il releva la tête alors qu'ils se mettaient en route et murmura quelque chose, tentant de les aider en reprenant avec peine le contrôle de ses jambes.

Xion reprit :

« Il allait mieux quand on est partis, il pouvait encore marcher ! Mais là... »

Naminé ne répondit pas et serra les dents, aidant l'autre fille à porter leur ami jusqu'à l'intérieur de la chambre. Doucement, avec peine et précaution, elles parvinrent à l'allonger sur le lit.

« Pas nécessaire », dit-il dans un râle, d'une voix étrangement éteinte qui ne fit qu'amplifier les peurs de Naminé. Voir Riku dans cet état était étrangement affolant. « Ce n'est... pas grave. Il me faut simplement une autre potion.

-Qu'est-ce que tu racontes ? s'écria Naminé. Tu as vu dans quel état tu es ? Tu as besoin d'un médecin ! »

Il était horriblement pâle. Ses lèvres bougeaient à peine quand il parlait et toute son énergie habituelle, qui lui avait paru inépuisable, semblait absente. Elle jeta un regard rapide vers Xion. Cette dernière, figée à côté du lit, fixait Riku sans paraître consciente de l'émoi de Naminé. Elle répéta :

« Riku m'a protégée. Je... je suis désolée, je ne voulais pas que ça tourne aussi mal... C'est moi que Saïx voulait tuer...

-Ne dis... pas ça, murmura Riku sous les yeux interdits de Naminé. Il en avait après nous deux, tu... le sais bien. Et je... c'est moi qui t'ai embarquée là-dedans. J'avais promis de te protéger. »

Naminé se tourna vers Xion.

« Il a raison, tu sais. Ne culpabilise pas pour ce qui s'est passé. Vous avez fait ce que vous avez pu. »

Son regard s'attarda vers le fond de la pièce, cherchant machinalement quelqu'un d'autre mais ne trouvant personne. Xion devait avoir repris suffisamment ses esprits pour en comprendre la raison car elle dit alors, d'un air un peu moins égaré :

« Je... je suis désolée, Naminé. On a pas pu ramener Kairi. Ça a servi à rien, en plus...

-Ce n'est pas grave ! L'important, c'est que vous soyez revenus vivants. Maintenant, il faut que tu t'allonges, toi aussi, tu es blessée...

-Non, c'est pas ça, réagit Xion en secouant la tête. En fait... Kairi n'est plus prisonnière de l'Organisation ! Elle a réussi à s'enfuir !

-Quoi ? Mais... où est-elle allée ? Comment... ?

-Je crois qu'Axel l'a aidée. C'est ce que disait Saïx, en tout cas. Mais...

-Mais elle n'est pas venue ici, pourtant, s'écria Naminé.

-Kairi ne connait pas cette cachette », intervint à nouveau Riku, l'air de souffrir juste en prenant la parole. Les têtes des deux filles pivotèrent vers lui. « Elle a dû se rendre au manoir de la Cité du Crépuscule. Je dois... Il faut... » Il esquissa un geste pour se relever et s'immobilisa aussitôt avec une grimace de douleur qu'il ne parvint pas à masquer. Les deux filles se penchèrent aussitôt vers lui.

« Tu ne peux pas ! s'écria Naminé. Tu vas aggraver tes blessures !

-Tu n'arrives même pas à marcher, comment est-ce que tu comptes te rendre à la Cité du Crépuscule ? renchérit Xion avant de se tourner vers Naminé. Est-ce que... est-ce que tu as une trousse de soin, Naminé ? »

Naminé, qui était prête à se diriger vers le petit sac contre le mur où Riku conservait quelques potions, répliqua :

« Je peux lui donner une potion...

-Déjà fait, coupa Xion en secouant la tête. C'est pas suffisant. Naminé, est-ce que tu connais un médecin dans cette ville ?

-H... hé bien, il y a le Comité de Restauration dans les faubourgs, répliqua Naminé en tentant faiblement d'ouvrir un Couloir des Ténèbres, son cœur se serrant quand elle ne parvint, sans surprise, qu'à faire surgir qu'un mince filet de ténèbres dans l'air. Mais ils sont sans doute débord... »

Xion n'attendit pas la fin de sa phrase. Elle leva la main, invoqua un Couloir et disparut.

Le silence retomba. Naminé, désormais seule avec un Riku grièvement blessé, laissa retomber sa main. Il respirait, nota-t-elle, les muscles détendus, ses bras allongés de chaque côté de son corps. Elle baissa les yeux, son sentiment familier d'inutilité pointant de nouveau le bout de son nez. Sa robe blanche était maculée de traces de sang. Une vague nausée lui serra l'estomac. Elle donnerait beaucoup pour s'asseoir, mais n'osait pas s'asseoir sur le lit comme si ce simple mouvement dégraderait encore davantage l'état de Riku.

« Est-ce que... tu as besoin d'eau ? » demanda-t-elle d'une voix timide.

Il secoua la tête. L'odeur de sang taquina ses narines et elle serra les lèvres, respira profondément et reprit la parole :

« Qu'est-ce que... Est-ce que tu veux me raconter ce qu'il s'est passé ?

-Xion a dit l'essentiel, dit Riku dans un souffle. On a réussi à s'introduire dans la Citadelle et Xion m'a guidé, mais les cellules où l'Organisation gardent leurs prisonniers étaient vides. On a cherché Kairi dans la Citadelle... en vain, mais alors, Saïx, comme l'appelait Xion, était là et... il était bien déterminé à ne pas nous laisser nous échapper. Xion... elle a bien géré. C'est grâce à elle qu'on a pu s'échapper, ajouta-t-il avec un très faible sourire qui parvint à surprendre Naminé pendant une fraction de seconde avant que les urgences de la réalité ne la rattrapent.

-Xion est partie chercher un médecin. En attendant, ne bouge pas, dit-elle d'une voix plus ferme que celle qu'on lui connaissait ce qui les surprit brièvement tous deux.

-Tu me donnes des ordres, maintenant ? » dit-il mais son ton léger et son sourire en coin esquissé laissaient entendre qu'il plaisantait. La réplique n'aurait pas du tout eu le même poids dans la bouche de quelqu'un comme DiZ, par exemple.

Malgré elle, Naminé se sentit à son tour sourire.

« Hé bien, tu avais l'air d'être sur le point de repartir directement, alors... je me suis dit que je devais intervenir.

-Hmm... Je suis simplement inquiet pour Kairi. » Soudain, il fronça légèrement les sourcils. « Tu dis que Xion est partie chercher un médecin ? Dans son état ?

-Je... je ne sais pas ouvrir de Couloir des Ténèbres, admit piteusement Naminé, et elle est partie avant que j'aie le temps de lui proposer de l'accompagner. »

Riku expira profondément.

« Ce n'est pas bon, ça, dit-il dans un murmure. C'est moi qui l'ai un peu obligée à m'accompagner et elle a... Elle ne m'a pas laissé tomber, elle m'a protégé alors que je n'ai rien fait pour le mériter. Et en retour, je n'ai même pas pu en faire autant. C'est ma faute, tu sais, si elle est blessée.

-Tu as fait de ton mieux, répéta Naminé. Je sais que votre opposant était un redoutable adversaire. Le plus important, c'est que vous soyez revenus. »

En vie, n'ajouta-t-elle pas.

« Alors... Xion s'est battue contre son supérieur ? dit-elle à la place.

-Elle a été extraordinaire. »

Il y avait une nuance de quelque chose dans son ton qui retint brièvement l'attention de Naminé mais avant qu'elle ait pu s'interroger là-dessus, il fit un vague geste dans sa direction.

« Allez, assieds-toi. Je vois bien que tu en as besoin. Ton visage me fait peur. On dirait que tu es sur le point d'éclater en sanglots.

-C'est... c'est juste... » balbutia Naminé. Elle finit par céder et se laissa tomber doucement sur le bord du lit avec un soupir. « Je ne sais pas quoi faire. Je ne sais pas comment alléger tes souffrances et je... n'aime pas être inutile. J'en ai assez de rester de côté à regarder les choses se dérouler et...

-Mais Naminé, tu n'es pas inutile. Si tu penses qu'on peut t'en vouloir pour quelque chose comme ça, alors que dire de quelqu'un comme moi. » Il soupira à nouveau. « Je sais bien que DiZ n'a pas été très tendre avec toi et l'Organisation non plus, mais c'était une erreur de leur part et j'espère qu'ils s'en mordront les doigts un jour. Tu es littéralement en train de sauver Sora. Grâce à toi, il se réveillera sans doute plus vite que prévu.

-Oui... » Elle pensa au carnet délaissé dans l'antichambre et ressentit une pointe de culpabilité. Si seulement elle n'avait pas pris ce temps pour descendre en ville, chercher des aliments qui étaient probablement froids désormais et qu'elle n'avait de toute façon plus envie de manger. Elle aurait pu davantage progresser ! « Je... Je reviens tout de suite ! »

Riku ne dit rien alors qu'elle se précipitait dans l'antichambre, se contentant de la suivre du regard quand elle revint s'asseoir au bout du lit et ouvrit l'épais carnet à dessin poussiéreux.

« Tu es parvenue à travailler, même dans cet endroit ?

-Il faut bien. Si on veut que Sora se réveille, et... je ne veux pas que Xion ait à disparaître. Si je peux... Si je peux y faire quelque chose, alors je tiens à la sauver, elle aussi, ajouta-t-elle d'un ton ferme, tout en posant la pointe de son crayon sur le papier et commençant à dessiner.

-... Oui, dit-il après un instant de silence. Moi aussi. Elle ne mérite pas ça.

-Elle ne souhaite que retrouver ses amis », ajouta Naminé avec tristesse.

Les minutes s'égrenaient en silence, Riku demeurant silencieux et immobile sur le lit et Naminé travaillant, le grattement de son crayon seul son perceptible dans l'atmosphère lourde du vieux château. Elle sursauta ainsi quand un nouveau bruit, beaucoup plus sonore, se fit entendre. Un Couloir des Ténèbres apparut au beau milieu de la pièce. Xion en sortit, la démarche légèrement plus clopinante qu'à son départ, nota-t-elle avec inquiétude. Apparemment, les limites de son corps la rattrapaient.

Elle était suivie... Naminé se leva. Les deux individus sur ses talons lui étaient familiers, car elle avait passé ces dernières heures à les dessiner et les avait vus de ses yeux il n'y avait pas si longtemps... et ils ne portaient pas de manteau noir. En fait, la jeune femme aux longs cheveux châtains, vêtue d'une robe rouge et rose, l'air peu à l'aise elle-même, était contrainte de soutenir son compagnon, chose qu'il semblait haïr.

Ils parurent soulagés d'émerger dans la pièce et encore davantage quand le Couloir des Ténèbres se referma.

« Voilà, nous y sommes, dit Xion, le ton tendu et le regard alerte, comme si elle était en train d'effectuer une autre mission que l'Organisation venait de lui confier.

-Enfin... je sais pas par quoi tu nous as fait passer, mais c'est la dernière fois que je mets les pieds là-dedans, lâcha le jeune homme, Léon, en se redressant lentement, l'air étrangement égaré. Lâche-moi, Aeris.

-Tu ne nous avais pas menti, renchérit cette dernière avec un petit rire nerveux. C'était vraiment éprouvant.

-Je suis désolée, dit Xion, je sais qu'on est censé porter un manteau comme le mien pour être à l'abri des effets des Couloirs Obscurs, mais nous n'en avons pas et...

-Ne t'inquiète pas, répliqua Aeris, avec un sourire rassurant. Mais je crois que nous prendrons les escaliers pour repartir ! » Elle se tourna vers Riku et Naminé qui les fixaient sans mot dire. « Hé bien, Riku ! Tu n'as pas l'air aussi en forme qu'hier.

-Oui, dit Riku d'un ton blasé. La journée n'a pas été facile, comme vous pouvez le voir.

-Je vois ça, laissa tomber Léon d'un ton encore plus monotone. Où est Kairi, d'ailleurs ? On l'a vue tourner en rond dans les faubourgs l'air complètement affolée – il pointa Xion d'un geste sec – mais elle nous a pas reconnus quand on l'a abordée, alors on a su que ce n'était pas Kairi. Elle a dit que l'échange avait été annulé, donc... Kairi est retournée dans son corps ?

-C'est un peu compliqué », avoua Naminé. Les yeux des deux arrivants se portèrent sur elle et elle surprit leur air intrigué alors qu'ils se demandaient manifestement qui était cette autre jeune fille qui portait les traits de leur amie. « Kairi a eu des ennuis et ils... Riku et Xion sont partis l'aider, mais...

-Oui, c'est ce que cette jeune fille... Xion, c'est ça ? a laissé entendre », dit Aeris d'une voix douce en hochant la tête. Elle ajouta avec un petit sourire. « Enfin ! Quand elle s'est enfin décidée à nous adresser la parole ! Car quand on l'a approchée, elle était plutôt hostile.

-Je suis désolée, répéta Xion, l'air gêné, je ne savais pas où j'étais, ou ce que je cherchais, et je n'avais pas compris que vous connaissiez Kairi. J'ai préféré me méfier...

-Ne t'en fais pas, je te taquine, rit Aeris tandis que Léon levait les yeux au ciel. Bon, je vois que tu m'avais pas menti. Riku, je ne sais pas qui t'a fait ça, mais il ne t'a pas raté. Enfin, je suis là maintenant, heureusement pour toi !

-Quant à moi, je ne fais que l'accompagner, intervint Léon en reculant contre le mur, croisant les bras, ayant retrouvé son côté blasé. On n'est jamais trop prudent. Après tout, on ne pouvait être sûr d'où cette fille nous emmenait.

-Léon est très prudent », confirma Aeris avec un roulement d'yeux complice à l'intention des deux filles. Elle déposa une grosse trousse de tissu sombre sur le sol et se pencha vers Riku, une expression sérieuse tombant peu à peu sur ses traits. « Voyons voir ça... »

Aeris entreprit alors de s'occuper du jeune homme blessé, tout en conservant une certaine insouciance opposée à ses gestes nets et efficaces qui démontraient une grande expérience. Elle continuait de papoter avec légèreté tout en travaillant, sans que cela ne semble la gêner.

« Alors, tu es Naminé, c'est bien ça ? lui dit-elle tout en s'appliquant à nettoyer la plaie – Riku devait serrer les dents pour ne pas crier et Naminé crut se sentir mal. Tu ressembles énormément à Kairi.

-Je sais, répondit-elle en baissant les yeux, soudain un peu timide. Je suis sa Simili. C'est... une longue histoire, ajouta-t-elle quand Aeris lui jeta un regard surpris.

-Elle n'est pas...

-Non. Elle va bien, même si on ne l'a pas encore retrouvée. Elle est en sécurité, on l'espère... mais dans un autre monde.

-Ok ! Alors ravie de faire ta connaissance, Naminé ! »

Aeris ne lui posa pas plus de questions sur les mystères de sa nature, à sa grande surprise et son grand soulagement. A la place, elle s'intéressa au carnet à dessin sur ses genoux et Naminé finit, timidement, par lui révéler la véritable nature de ce qu'il contenait.

« Hmm, je vois », fit Aeris, pensive. Elle posa son chiffon et en reprit un propre. « Je comprends mieux ce que disait Kairi. C'est vrai que ce Sora... je ne m'en souviens pas tout à fait, c'est vrai, mais ce nom me dit quelque chose.

-Tu te souviens de quelque chose en particulier ? » demanda Naminé, le cœur battant.

Aeris prit son temps pour réfléchir et ce fut Léon qui répondit :

« J'ai des vagues images, dit-il, de là où il était adossé au mur. Ce serait pas un gamin aux cheveux châtain hérissés ?

-Si ! » De joie, Naminé battit des mains et faillit bondir sur ses pieds. « C'est lui, c'est Sora ! Vous commencez à vous en souvenir !

-Et visiblement, c'est toi que nous devons remercier, ajouta Léon de son ton sévère que démentait un discret sourire en coin.

-Ouaip ! Merci, Naminé ! » Aeris lui tendit un pouce dressé. « Continue ce bon travail ! J'ai hâte de me souvenir entièrement de lui. »

Naminé se sentit rosir.

« J'en conclus, dit péniblement Riku, tout en retenant une grimace de douleur quand Aeris lui appliqua sur sa plaie le chiffon recouvert d'une étrange pâte verte qu'elle tirait d'un petit pot posé sur ses genoux, que Kairi n'est pas venue vous voir.

-Non, dit Aeris avec regret. Nous ne l'avons pas vue, malheureusement. Il faut dire que nous courons à droite et à gauche depuis hier, alors on l'a peut-être manquée de peu...

-Non, je ne crois pas, continua Riku. Je crois savoir dans quel monde elle est. »

Xion, qui était demeurée silencieuse, debout près de Naminé, prit enfin la parole d'une voix timide :

« Comment... comment ça se passe en ville ? J'ai entendu dire que vous avez été attaqués par l'Organisation.

-Oh ! Merci de t'en soucier, mais tout est en voie d'être réparé...

-C'est la merde, asséna Léon et Aeris lui lança un regard furibond. Quoi ? Certains n'ont même plus de maison où vivre.

-C'est vrai, mais ce n'est que quelques personnes et elles ont été accueillies ailleurs en attendant. Les autres dégâts sont beaucoup plus légers.

-Je te trouve vachement optimiste comme toujours, mais... »

Naminé leva les yeux vers Xion, qui fixait le sol sans rien dire.

« Tu... tu ne te sens pas coupable, j'espère, murmura-t-elle, mais Léon et Aeris l'entendirent et cessèrent de se disputer. Ce n'est pas toi qui as attaqué la ville. Tu n'y étais même pas.

-Je sais, répondit Xion en lui offrant un petit sourire, mais c'était des gens que je connaissais. Et que je considérais comme... comme des collègues, pas vraiment des amis, mais...

-C'est sûr que ça doit faire un choc de les voir se livrer à ce genre d'atrocités, commenta Aeris avec douceur, mais comme l'a dit Naminé, tu n'y es pour rien. Ils sont assez grands pour ne pas avoir besoin d'être supervisés et prendre leurs propres décisions. C'est ce qu'ils ont choisi de faire. D'ailleurs, je te trouve au contraire très courageuse de t'opposer à eux alors que, d'une certaine façon, ils sont ta seule famille. »

Xion parut légèrement prise au dépourvu de ces paroles élogieuses qu'elle ne pensait pas mériter.

« C'est vrai, murmura Riku. Je ne t'ai même pas remerciée pour tout ce que tu as fait tout à l'heure. Tu as pris tous ces risques pour m'aider, alors que je t'avais donné toutes les raisons du monde de ne rien en faire. Alors, merci, Xion. »

Ce fut au tour des joues de Xion de se colorer de rose et Aeris changea heureusement de sujet :

« Les filles, vous pourriez me passer le gros paquet de bandages dans le sac ? Et les ciseaux ? Je pense que j'ai bientôt fini. »

Toutes deux se hâtèrent de s'exécuter et ce fut en silence qu'ils observèrent Aeris dérouler et couper des morceaux de bandages avec aisance. Elle les enduisit d'un autre baume d'une main d'experte puis entreprit de panser les plaies du jeune homme avant de se redresser et de s'étirer, un sourire satisfait sur son visage.

« Et voilà ! Je pense que j'ai fait ce que je pouvais... Ah non, il manque la touche finale ! »

Elle sortit une matéria de sa poche et lança un sort de soin. Une vive lumière verte entoura la plaie bandée de Riku, se diffusant dans toute la pièce.

« Oh, je n'avais jamais vu de sort de soin aussi puissant », fit remarquer Xion, une lueur impressionnée dans les yeux. Elle renifla. « On sent même les fleurs !

-Hé hé je te remercie. C'est un peu ma spécialité. Bon, Riku, écoute-moi bien ! Je sais que tu as hâte de repartir à l'aventure, mais c'est fini de vagabonder dans tous les sens pour les prochains jours, ok ? Tu as besoin de rester allongé et te reposer, sinon tes plaies ne cicatriseront jamais et tout mon travail sera inutile. »

Il fronça les sourcils.

« Me reposer, répéta-t-il à mi-voix. Je peux essayer, mais... j'espère que l'Organisation m'en laissera l'opportunité.

-Tu n'as pas le choix, de toute façon, fit remarquer Léon. Si tu essaies de te battre dans cet état, tu ne feras pas long feu. »

Riku ne répondit pas, ce qui était un signe d'acquiescement réticent de sa part, et Aeris se tourna vers Xion.

« Bon ! A ton tour, maintenant ! »

Xion la fixa, interdite.

« Hein ? ...Oh. C'est vrai. »

Elle baissa les yeux vers son manteau maculé de sang et passa la main sur le tissu déchiqueté, laissant aussitôt échapper une grimace de douleur quand elle effleura par mégarde la blessure qu'il dissimulait. Aeris se pencha vers elle en fronçant les sourcils.

« Je ne sais pas comment tu as fait pour rester debout tout ce temps, dit-elle d'un ton effaré.

-Ce n'est pas aussi grave...

-Tu plaisantes, j'espère ! C'est une chance que ta blessure n'ait pas empiré. Bon, voyons, est-ce que tu peux juste écarter... Voilà, merci. » Elle releva les yeux du rouleau de bandages qu'elle déroulait et ajouta : « Tu ferais mieux de t'asseoir. »

Xion obtempéra, se demandant vaguement si elle devait se préparer à souffrir.

Effectivement, quand Aeris entreprit de lui désinfecter sa plaie grâce à son étrange baume, elle crut sentir ses cheveux se hérisser sur son crâne. Ses doigts s'enfoncèrent dans la couverture jusqu'à en faire crisser le tissu.

« Désolée, dit Aeris avec un sourire. C'est une étape obligatoire.

-Ce... ce n'est rien », murmura-t-elle entre ses dents et Naminé lui lança un regard compatissant.

Elle laissa Aeris se charger des opérations en se forçant à fixer un point du mur opposé. Le ciel bleu par la fenêtre, tout au fond de la salle, lui parut digne d'intérêt.

Aeris fronça soudain les sourcils et s'immobilisa.

« C'est étrange... Ta peau... »

Xion suivit son regard et le regretta aussitôt. Aeris avait nettoyé le sang et sa plaie était plus qu'apparente, suintante et vilaine. Mais ce n'était pas cela qui avait attiré l'attention de la guérisseuse : non, sur la peau blafarde de sa cuisse, une tache noire était parfaitement visible.

« C'est rien, marmonna-t-elle. Ça a aucun rapport avec cette blessure. C'est juste mon corps qui se désagrège. »

Elle haussa les épaules, se forçant à étirer ses lèvres en un sourire sans joie.

« C'est comme ça. Kairi vous en a peut-être parlé, mais mon corps a été créé artificiellement par l'Organisation. Il a pas mal été malmené ces derniers temps.

-C'est vrai que Kairi n'avait pas l'air au sommet de sa forme, la dernière fois qu'on l'a vue dans ton corps », fit remarquer Léon.

Xion hocha la tête tandis qu'Aeris reprenait son travail sans commentaire. L'atmosphère était devenue plus lourde... à moins qu'il ne s'agisse que de son cœur.

Aeris acheva de nouer les bandages puis se redressa, claquant des mains, les yeux pétillants.

« Et voilà, c'est terminé ! Après quelques jours de repos, vous serez en pleine forme !

-Nous n'avons pas quelques jours devant nous, répliqua aussitôt Riku avec lassitude. On doit trouver Kairi. Je dois parler à DiZ.

-Tu comptes pas vraiment voyager dans cet état, j'espère ? lança Léon en haussant un sourcil sceptique.

-Il a raison, intervint Xion. C'est déconseillé de prendre les Couloirs des Ténèbres en étant blessé, même en portant un manteau ! Nos supérieurs nous mettaient souvent en garde.

-Alors comment est-ce que tu...

-Je peux y aller ! » lança Naminé. Elle se força à arborer un air déterminé quand tous se tournèrent vers elle. « Je vais y aller à ta place, d'accord ?

-Mais, Naminé, tu ne sais pas ouvrir de Couloir, fit remarquer Riku, l'air las.

-Dans ce cas, intervint à son tour Xion, je peux t'accompagner. Si vous acceptez que je me rende dans votre... quartier général.

-Je ne pense pas que ce soit le souci, après tout le temps que tu y as passé... ce n'est pas comme si on avait quelque chose à te cacher. Non, je m'inquiète simplement de la manière dont réagira DiZ en vous voyant arriver.

-Je... je pourrai expliquer la situation », suggéra Naminé.

Riku lui lança un regard blasé. « Je ne pense pas qu'il t'écoutera.

-Hé bien, s'il refuse, je serai là, argumenta Xion en copiant l'air faussement déterminé de Naminé. Et après tout ce qu'il a fait, il n'a pas intérêt à me chercher.

-De... de toute façon, on vient seulement chercher Kairi, appuya hâtivement Naminé.

-Et Roxas, ajouta Xion, d'un ton sans réplique.

-O... oui.

-C'est décidé ? » dit doucement Aeris.

Les deux filles échangèrent un regard et hochèrent la tête d'un commun accord.

« Alors je vous souhaite bonne chance ! lança gaiement la guérisseuse. Allez retrouver Kairi !

-Et quand vous aurez fini de sauver Sora, dites-lui de venir faire un détour par ici, ajouta Léon avec un sourire en coin. Histoire qu'on puisse le saluer un peu.

-Bien sûr. » Xion leva la main et fit apparaître un Couloir des Ténèbres...

-Attends, Xion. »

Surprise, Xion se retourna. A moitié redressé, Riku venait de lui agripper la main. Les muscles de son cou et de ses épaules se contractaient sous l'effort et de la sueur perlait sur son front.

« Hum... dit-elle sans trop savoir comment réagir. Euh, tu veux quelque chose, Riku ?

-Tu te souviens de ce dont nous avons parlé, siffla-t-il entre ses dents. Xion, ne... ne fais rien d'irréfléchi, d'accord ? Si tu pars, alors... alors pars avec en toi la volonté de revenir.

-Ah. » Ses lèvres s'étirent en un sourire sincère. « Si c'est ça... tu peux être assuré. »


Quand elles émergèrent dans le hall du manoir, le cœur de Naminé se serra. Elle ne ressentait aucune satisfaction à revenir sur les lieux, pas plus qu'elle n'en ressentirait à retrouver le manoir Oblivion. Même si son devoir se trouvait là, même si ses amis se trouvaient là. Quand elle tourna la tête vers sa compagne, elle se rendit compte que Xion parcourait les environs d'un regard où se lisait un trouble similaire.

« Tout va bien ? demanda-t-elle timidement.

-Je pense que oui. » Elle baissa les yeux vers son flanc dont les bandages étaient dissimulés par les pans de son manteau. « Aeris a fait un travail merveilleux, je n'ai presque plus mal.

-Je ne parlais pas que de ça, admit Naminé.

-Ah... Oui, je... j'avoue que j'aurais préféré ne pas revenir ici. Mais bon, c'est mon choix.

-Et je te remercie pour ton aide, lui sourit Naminé. Tu nous as beaucoup aidés aujourd'hui. Promis, une fois cela terminé, je pense qu'on aura l'occasion de se reposer un peu.

-Oui. » Xion lui rendit son sourire et fit un pas décidé en avant. « Allons-y. J'ai hâte de rencontrer Kairi et de retrouver Roxas ! »

Naminé la conduisit à travers le manoir, dans les couloirs du premier étage et jusqu'à la petite bibliothèque qui s'y trouvait – rien de plus qu'un leurre masquant l'entrée du repaire secret de DiZ. Personne n'était venu les accueillir et le manoir tout entier était plongé dans un silence oppressant ; elle ne ressentait personne à la surface, ce qui était étrange. Kairi était-elle en bas ? … Axel se trouvait-il avec elle ? Si c'était le cas, les choses ne pouvaient que mal tourner. Elle se surprit à se mordiller la lèvre pendant toute la durée du trajet, se demandant Xion sentait son trouble.

Quand les deux filles s'engagèrent dans le passage menant au sous-sol, un mauvais pressentiment se referma sur elle. Elle ne pouvait s'ôter de la tête l'impression très distincte qu'elle retournait s'enfermer, une fois de plus, dans une prison sans issue.

« Naminé ? Ça ne va pas ?

-Hein ? »

Naminé releva la tête. Légèrement devant elle, Xion s'était arrêtée au milieu des marches, la dévisageant avec inquiétude.

« Tu t'es arrêtée et... tu es très pâle », se justifia Xion.

Naminé secoua la tête.

« Ce n'est rien, ne t'inquiète pas... »

Xion se détournait pour reprendre son chemin quand Naminé ressentit le besoin irrésistible de reprendre la parole, comme pour se débarrasser de la toile de crainte qui enserrait son cœur.

« Xion, attends ! » Cette dernière se retourna, l'air interrogateur. « J'ai une dernière chose à te dire, avant. Ça rejoint un peu ce que Riku t'a dit tout à l'heure. Surtout, ne... ne te sens pas obligée de faire quoi que ce soit que tu ne souhaites pas. Peu importe tout ce que dira DiZ ! C'est... c'est très important. Tu sais, continua-t-elle, un peu plus maladroitement, ça me fait bizarre de te dire ça, parce que pendant longtemps, j'ai été obligée de faire usage de mes pouvoirs d'une manière qui ne me convenait pas. D'abord avec l'Organisation... puis DiZ aussi, même si c'était pour... pour le bien des mondes. Mais... j'ai réalisé ces derniers temps que... enfin, je n'étais pas obligée... je n'étais pas obligée de faire tout ce qu'on me demandait de faire. Je pouvais me faire confiance pour trouver ma propre voie. Et en faisant ainsi, finalement, les choses... étaient un peu mieux, même si ce n'était pas forcément la voie la plus facile. Je ne sais pas si tu as compris ce que j'essaie de te dire, mais...

-Est-ce que c'est... tu parles du fait que je me sacrifie pour rendre ses souvenirs à Sora ? lui demanda Xion sans détourner le regard, ce qui lui réchauffa un peu le cœur de soulagement.

-Oui ! Tu sais, j'ai trouvé comment lui rendre ses souvenirs de manière détournée, même sans ceux que Roxas et toi hébergez en vous. J'y ai beaucoup travaillé ces dernières semaines et... il reste encore pas mal de travail, mais ça avance ! Doucement, mais ça avance ! Si bien que... vous n'avez plus besoin de vous sacrifier, maintenant. Je... je peux y arriver seule. Riku et DiZ sont aussi au courant. Xion, tu n'as pas besoin de disparaître ! »

Xion la considéra un instant, puis un sourire sincère étira ses lèvres.

« Merci, Naminé. Je te dois beaucoup, je le sais bien. Merci d'avoir fait tout ça pour nous. »

Elle se détourna et lui glissa, son sourire s'élargissant.

« Mais comme je l'ai dit à Riku, je n'ai pas l'intention de faire une grosse bêtise. »

Ce fut l'esprit considérablement allégé que Naminé la suivit dans l'escalier. Tout irait bien. Elle le savait, maintenant. Elles allaient retrouver Kairi, et Roxas, puis elle achèverait de réparer au mieux la mémoire de Sora et enfin, ils seraient tous réunis !

Le sous-sol était sombre. Elle sentit une présence avant même qu'elles ne pénètrent dans la salle des ordinateurs et intima le silence à Xion d'une main douce sur le bras. Une seule présence, nota-t-elle avec un regain d'inquiétude, et pas celle de Kairi. Serait-elle partie ailleurs, finalement ? Où l'avait conduite Axel ?

Elles s'arrêtèrent sur le seuil de la petite pièce. Leur tournant le dos, DiZ était assis devant ses ordinateurs et ses écrans, comme elle l'y avait souvent vu. Il tapotait sur son clavier, cliquetis léger qui résonnait sinistrement entre ces murs. Les deux filles échangèrent un regard puis Naminé prit son courage à deux mains et fit un pas en avant.

Aussitôt, le cliquetis stoppa. DiZ se retourna dans leur direction, nullement surpris de les voir. Naminé se doutait bien que son système de sécurité l'avait informé de leur présence dès leur arrivée.

« Ça fait longtemps, Naminé, dit-il d'une voix rauque qui ne trahissait nullement ses véritables pensées. Tu t'es bien amusée ? »

Naminé déglutit et se força à soutenir ce regard jaune et perçant posé sur elle, au cœur d'un visage disparaissant dans les ténèbres. Mais la présence de Xion à ses côtés, légèrement derrière elle, lui donna le courage de parler d'une voix posée :

« Oui, ça fait un moment. Je m'excuse d'avoir disparu aussi longtemps. C'était indépendant de ma volonté. Mais je suis là à présent. Je n'ai pas oublié ma promesse et j'ai fait de mon mieux pour la remplir pendant mon absence. »

Elle inclina légèrement la tête, ne supportant plus le poids de ce regard perçant. Un coup d'œil de côté lui fit surprendre le regard bizarre, légèrement … indigné ? dérangé ? que lui lançait Xion.

DiZ la fixa un moment sans paraître prendre en compte ses excuses car il s'adressa ensuite à Xion :

« Et toi, Xion, création de l'Organisation XIII. As-tu enfin pris ta décision ? Es-tu venue rendre au Héros de la Keyblade ce qu'il lui appartient ? »

Naminé répondit alors que Xion ouvrait la bouche.

« Non, nous ne sommes pas venues pour ça, expliqua-t-elle en secouant la tête, se forçant à ne pas bafouiller. Nous sommes venues chercher Kairi. Est-ce qu'elle est là ? Nous avons découvert qu'elle s'était enfuie de la citadelle de l'Organisation, alors nous pensions qu'elle était revenue... »

DiZ laissa échapper un son méprisant, un son presque dégoûté. Elle se tut.

« Cette fille... est bel et bien venue ici, c'est vrai. Et elle nous a trahis. Elle a amené avec elle une de ces immondes créatures, un de nos ennemis, un membre de l'Organisation ! »

Naminé eut un mouvement de recul.

« Je... je ne pense pas qu'elle nous ait trahis. Elle avait seulement besoin d'aide pour... »

Elle s'interrompit à nouveau en constatant qu'elle gaspillait sa salive. DiZ ne l'écoutait même pas. Son regard s'attarda sur le reste de la pièce, et maintenant que ses yeux s'étaient suffisamment habitués à l'obscurité, elle remarqua des choses qui auraient dû lui sauter aux yeux.

Le sol, noirci par endroits, tout comme les murs. Les sillons qui creusaient les parois, les déchiquetaient comme si des lames s'y étaient enfoncées. Des éclats de béton qui s'étaient détachés du mur et gisaient un peu partout sur le sol. Et surtout, seuls deux écrans avaient survécu. La pièce lui avait paru plus sombre que d'ordinaire et c'était parce que tous les autres étaient éteints, noirs et craquelés. L'un des ordinateurs était enfoncé, des fils sortant du trou.

« Où est Kairi ? s'écria Naminé en même temps que Xion lançait : Où est Axel ?

L'œil visible de DiZ luisait d'une lumière sinistre.

« Je l'ai... congédiée, après l'avoir remerciée pour ses loyaux services, dit-il d'une voix bizarrement amusée. Ne vous inquiétez pas. Elle se trouve en ce moment bien en sécurité sur son Île et elle y restera à l'abri jusqu'à ce que le Héros de la Keyblade revienne de sa mission et que l'ordre des mondes soit rétabli. » Il avait levé les yeux en disant cela et Naminé suivit son regard vers le second écran qui avait survécu, le petit écran sous le plafond qui indiquait un état général de la restauration des souvenirs de Sora.

Restauration à 72%

Réveil envisageable mais non conseillé.

Effarée, elle ne put pas ajouter un mot. Elle comprenait très bien ce que ce pourcentage, qui ne devrait pas être aussi élevé, signifiait.

Xion, elle, n'avait rien paru remarquer. Elle prit la parole alors que Naminé demeurait muette.

« Où est Axel ? répéta-t-elle d'une voix forte. Le membre de l'Organisation que vous venez d'insulter, il s'agit de mon ami ! Où est-il ? Où est Roxas ? Oui, je sais qu'il est ici, Riku me l'a dit ! Je suis venue récupérer mes amis. Où sont-ils ? »

Elle fit à son tour un pas en avant, légèrement chancelant malgré la fermeté de ses propos ce que ne manqua pas de faire remarquer DiZ.

« Tu es blessée, dis-moi. Ce n'est pas un problème. Tu me rends la tâche plus facile.

-Plus facile pour quoi ? répliqua sèchement Xion.

-Hé bien... nous sommes sur la bonne voie pour envisager un réveil rapide du Héros de la Keyblade. L'Organisation est légèrement désorganisée – il parut rire de son propre jeu de mots – à cause des événements de ces derniers jours, et je pense que c'est l'occasion idéale pour que Sora se charge d'eux. Si nous avons de la chance et que tout se passe comme prévu, alors l'Organisation ne sera plus qu'un mauvais rêve dans quelques semaines. Mais pour ne pas manquer cette opportunité, il doit être opérationnel au plus vite et cela signifie, jeune... fille, qu'il est de ton devoir de lui rendre ce qu'il lui appartient. Les souvenirs, les pouvoirs que tu lui as volés et que tu conserves en toi. C'est dans ton intérêt, même. Ton corps, après tout, va continuer de se désagréger sans fin jusqu'à ce que tu ne sois plus qu'une coquille vide. L'Organisation, de son côté, souhaite te faire disparaître. Non, plutôt que d'attendre ta ruine inéluctable, tu ferais mieux de faire ce qui est juste. Sora se chargera de venger ton existence au même titre que celle de toutes les autres victimes des horreurs commises par l'Organisation, je t'en fais la promesse. »

Pendant une seconde éternelle aux oreilles de Naminé, Xion hésita. Mais quand elle répondit, le doute n'avait pas de place dans sa voix.

« Je ne vais pas faire ça. C'est hors de question. »

DiZ ne répondit pas, la fixant sans broncher, et elle continua.

« Je veux vivre avec mes amis. Riku m'a dit de bien réfléchir à ce que je souhaitais vraiment... Et je le sais à présent. J'ai survécu à tout ça, aux tentatives de Saïx pour me supprimer, Riku m'a protégée alors que rien ne l'y obligeait, et ce n'est pas pour disparaître tout de suite. J'ai... j'ai bien l'intention de vivre. Je ne connais pas Sora, mais je ne pense pas qu'il aurait souhaité ça, lui non plus.

-Tu n'es qu'une idiote. Je viens de t'expliquer pourquoi une telle issue est impossible, asséna DiZ, une pointe de fureur perçant dans sa voix. L'autre Simili, lui, n'a pas fait autant d'histoires avant d'accepter son sort !

-...Quoi ?

-Oh, tu n'es pas au courant, c'est vrai. Même si je pense que Naminé, elle, a déjà compris, répliqua DiZ d'une voix suave mais presque cruelle. Riku m'a amené Roxas hier. Et Roxas a parfaitement compris la situation. Il a fait preuve de bon sens, malgré le fait qu'il soit un Simili. Il n'a pas rechigné et est allé de lui-même retourner au Héros de la Keyblade.

-Pourquoi a-t-il fait ça ? gémit Naminé dans un murmure horrifié. Pourquoi... ? Ce n'était pas nécessaire. Il n'avait pas besoin de faire ça.

-Qu'est-ce que ça veut dire ? riposta Xion, les poings serrés. Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est Roxas ? Je refuse de croire...

-Le Simili du Héros de la Keyblade n'est plus là. Il a disparu, asséna DiZ d'une voix tonnante. Il est retourné là d'où il venait. Désormais, tous deux ne sont plus qu'une même personne, si on peut dire. »

Naminé n'osa même pas regarder la réaction de Xion. Elle ne voulait pas voir son cœur se briser. Même si elle n'avait rien à voir avec l'enchainement d'événements qui avait conduit au choix de Roxas, elle ne pouvait s'empêcher de sentir la culpabilité s'immiscer dans son cœur et lui faire plier l'échine.

« … Vous voulez dire, commença Xion d'une voix étranglée après un instant de silence, que je... qu'il... que je le reverrai plus jamais ? »

Sa question résonna dans l'air sans rencontrer autre réponse qu'un silence éloquent.

« Et c'est maintenant à ton tour. » La masse sombre de DiZ bougea dans un froissement d'étoffe alors qu'il entreprenait de se lever. Il esquissa une grimace et pesta dans sa barbe. « Ce Simili m'en aura fait voir de toutes les couleurs. Je regrette de n'avoir pas réussi à me débarrasser de lui. Enfin... »

Naminé jeta un rapide coup d'œil vers Xion qui n'avait pas bougé, mais arborait une expression brisée sur son visage livide, et elle sentit un peu de courage lui revenir. D'un pas, elle se plaça devant Xion, la soustrayant à la ligne de mire de DiZ.

« Non, stop ! » s'écria-t-elle, hébergeant encore l'espoir que DiZ prêterait l'oreille à ses suppliques. Elle avait tant contribué à sa cause, après tout. « Nous n'avons pas à faire ça ! La restauration de la mémoire de Sora est déjà bien avancée et je peux me charger du reste ! J'ai découvert un moyen de...

-Et ce ne sera pas assez rapide, l'interrompit DiZ. Nous manquons de temps et nous pouvons remercier la jeune Kairi pour cela car, désormais, nous pouvons considérer que toute l'Organisation connait notre quartier général. Je suis surpris que leurs forces n'aient pas déjà débarqué ici, pour être honnête. »

Naminé le considéra un instant puis fronça les sourcils et serra les poings.

« Tant pis !

-Je te demande pardon ?

-Tant pis, répéta-t-elle d'une voix un peu trop aigue. Je... je suis prête à prendre ce risque, mais je ne veux plus sacrifier qui que ce soit ! Je ne veux pas voir une amie disparaître pour réparer mes bêtises ! Je ne veux pas de ça ! Alors... alors tant pis. On n'a qu'à changer Sora de place, partir dans un autre monde pour échapper à l'Organisation, et...

-Ce serait trop long et trop compliqué. Impossible, avec tout le matériel à transporter. On risquerait de l'abimer.

-Mais je ne veux pas sacrifier Xion ! s'entêta Naminé. Je ne veux pas ! Et tu peux dire ce que tu veux, ça ne me fera pas changer d'avis ! » Elle plissa les yeux pour ne pas voir le visage de DiZ, probablement furieux. « Je sais aussi que Sora serait horrifié s'il apprenait que j'avais fait ça pour lui. Non, je refuse !

-Tu risquerais tous nos plans pour cet idéalisme idiot ? dit DiZ d'une voix méprisante.

-Ce n'est pas un idéalisme idiot... ! je...

-Bouge. »

Naminé prit une profonde inspiration, étira les bras de part et d'autre et planta les talons dans le sol. Elle avait une curieuse sensation de déjà-vu : ah oui, elle avait protégé Sora de cette manière quand l'Organisation désirait sa perte.

« Non.

-Ai-je bien entendu ? Me trahis-tu, toi aussi, Naminé ? tonna DiZ et elle put sentir la puissance de sa fureur tenter de la faire reculer. As-tu oublié à qui tu dois ta vie ? Ta liberté ? Sans Sora et sans moi, tu serais toujours entre les griffes de l'Organisation ! Et c'est comme ça que tu nous remercies ? Tu renonces à ta promesse ? Je pensais que lui, au moins, avait plus de valeur à tes yeux que...

-Oui, Sora m'a sauvée, dit Naminé d'une voix à moitié étranglée. Et je lui dois tellement de choses. Mais ne me parle pas de liberté ! Je n'ai fait que remplacer une prison par une autre ! Et je ne veux pas que d'autres personnes souffrent de mes bêtises et de mes pouvoirs ! Je m'étais juré que ça ne se reproduirait plus. Mais... pendant tous ces mois, ici, à suivre tes demandes... j'ai oublié ce qui comptait vraiment. »

Quand elle osa enfin croiser le regard de DiZ, elle n'y vit qu'une fureur méprisante et dégoûtée.

« Comme on pouvait s'y attendre de la part d'une Simili », furent ses seules paroles avant que DiZ ne lève le bras et qu'un éclair de lumière violacée n'illumine la pièce, les aveuglant en même temps que la déflagration assommait leurs sens.

Naminé avait rarement connu la douleur physique. La douleur émotionnelle, cela, elle connaissait, bien que ce soit ironique compte tenu de sa nature. Mais la douleur qui la traversa à cet instant était bien réelle. Elle eut l'impression qu'un immense pieu glacé s'était enfoncé dans sa poitrine, lui arrachant les poumons et le cœur, brûlant tout sur son passage. Un long cri lui échappa, mais même ceci ne parvint pas à atténuer la souffrance qui la ravageait. Elle entendit un cri de fille derrière elle et le regret se fraya un chemin parmi la douleur quand elle constata qu'une fois de plus, malgré ses belles paroles, elle se trouvait impuissante pour protéger...

Un coup de vent la balaya à l'instant où une seconde déflagration résonnait dans la pièce. Quand elle parvint à reprendre suffisamment ses esprits pour comprendre ce qu'il se passait, elle distingua, à travers la lumière, Xion qui lui tournait le dos, s'étant interposée entre DiZ et elle, la Keyblade brandie et entourée d'une énergie sauvage qui disparaissait peu à peu, ramenant la pénombre.

...Ah, elle avait paré le coup pour elle. Naminé sentit la tête lui tourner et elle se laissa tomber à genoux, certaine qu'elle allait s'évanouir. Elle baissa les yeux. Le trou béant que le projectile d'énergie avait creusé dans sa poitrine lui fit l'effet d'un coup de fouet. Si elle se concentrait, elle pourrait sans doute le refermer, mais... la douleur était si forte qu'elle brouillait toute sorte de pensée ou même la possibilité de parler pour implorer DiZ de cesser cette folie.

Xion et DiZ échangeaient quelques coups et ça faisait pitié à voir. En temps normal, Xion aurait eu aisément l'avantage – en dépit de son arme terrifiante, DiZ n'était guère un combattant ; qui plus est, il était visiblement blessé par son combat de la veille. Mais Xion sortait d'une épreuve redoutable et était elle aussi blessée, sans compter son corps qui se dégradait. C'était avec lenteur et gaucherie qu'elle se mouvait, surprenant de la part d'une Porteuse de Keyblade. Elle balançait le bras comme si cette dernière avait la masse d'un bloc de pierre et perdait légèrement l'équilibre à chaque coup. DiZ ne faisait pas vraiment mieux. Il esquivait et contrait ses attaques en grognant d'inconfort, reculant dans l'obscurité de la salle.

Alors qu'elle relevait le bras, bien trop lente, DiZ leva son arme, les traits tirés par l'effort.

« Stop ! » s'écria Naminé, retrouvant enfin l'usage de sa bouche.

Pendant une fraction de seconde, elle crut que Xion allait être touchée à son tour. Mais cette dernière, avec un cri, se jeta au sol et le projectile passa au-dessus de sa tête, venant heurter le mur, renversant un des écrans éteints qui vola en éclats, décochant une pluie d'étincelles jusqu'aux pieds de Naminé.

Xion la rejoignit soudain en quelques enjambées et, alors que Naminé contemplait la futilité de ce geste, fit apparaître un bouclier transparent devant elles. Il était temps. Le projectile suivant s'y écrasa avec une déflagration à réveiller les morts et la force de l'impact les fit reculer de quelques centimètres, mais le bouclier tint bon et les épargna. Xion n'attendit même pas que la lumière disparaisse ou que le silence retombe. Le front en sueur, elle se pencha vers Naminé et la tira par la main.

« Vite ! s'écria-t-elle. Relève-toi ! On ne peut pas rester là ! »

Elle n'attendit pas que Naminé réagisse. Xion leva sa main libre pour ouvrir un Couloir des Ténèbres quand DiZ tira une nouvelle fois, volatilisant les premiers fragments de Ténèbres qui s'étaient manifestés. Xion en resta interdite.

« Ne pensez pas que je vais vous laisser vous échapper », aboya-t-il. Il farfouilla dans sa poche et en tira une télécommande noire sur laquelle il appuya. Rien ne changea dans la pièce à première vue, mais Naminé sentit un frémissement dans les énergies qui la composaient, comme si elles se raidissaient en un filet impénétrable.

« Voilà. Peut-être que tu reconnais ce système de sécurité, dit DiZ à Xion qui se contenta de le fixer d'un air incertain. L'Organisation utilise le même, bien que plus performant et couvrant une plus grande zone. Quoiqu'on ne puisse même pas les en féliciter. Ils n'ont fait que me voler les résultats de mes propres travaux, marmonna-t-il avant de reprendre plus haut : Je viens d'activer le système interdisant toute ouverture de Couloir des Ténèbres en ce lieu...

-...Feu ! »

DiZ parut décontenancé que Xion ose l'attaquer avant qu'il ait fini son monologue et n'esquiva que de justesse la boule de feu qui fendait l'air. Cette dernière s'écrasa sur le mur à sa gauche, lui tirant un grognement de douleur. Xion tirait déjà Naminé en avant, visant la porte par laquelle elles étaient entrées. Naminé, quant à elle, tentait de faire fonctionner ses jambes flageolantes tout en ignorant le trou qui creusait son essence et menaçait de la renvoyer au néant dont elle était issue. Ça allait bien se passer. Elles y étaient presque.

Mais évidemment, DiZ se précipita vers elles. Son pistolet fusa, visant la tempe de Xion qui s'écarta précipitamment avec un petit cri. Le bouclier, déjà bien fragile, vola en éclats et Xion fit immédiatement volte-face ; elle entraîna une Naminé un peu plus consciente vers l'issue opposée, la petite ouverture noire qui menait encore plus profondément dans les sous-sols.

Une nouvelle déflagration. Xion se retourna pour parer. La collision de l'énergie contre sa lame aveugla Naminé et ce fut en titubant qu'elle se laissa tomber par l'ouverture. Elle se rattrapa au mur, chercha à tâtons...

« ...Xion ! Dépêche-toi ! » s'écria-t-elle en tirant de toutes ses forces sur le petit levier encastré près de l'entrée.

Xion obéit et se jeta à sa suite. Il était temps. Avec un chuintement, un mur tomba du plafond sur le seuil, bloquant l'accès à DiZ qui se dirigeait à grands pas vers elles, une rage terrible dans le regard.

Ouf. Naminé recula et se laissa tomber contre le mur de l'étroit couloir gris. Elles étaient seules et en sécurité. Elle savait que la porte ne céderait pas à ses assauts et en effet, aucun son ne lui parvenait de l'autre côté. Il ne tentait pas d'enfoncer la porte.

« On est en sécurité... pour le moment, souffla-t-elle en fermant les yeux, faisant peser tout son poids contre le mur. DiZ a mis ce système en place pour se barricader dans le dernier sous-sol en cas d'invasion par l'Organisation. »

Elle ne se faisait guère d'illusion. DiZ devait posséder un moyen de contourner le problème. Il pouvait même désactiver le système anti-Couloir des Ténèbres et apparaître devant elles à tout instant.

« Naminé... »

Naminé rouvrit les yeux. Sa Keyblade toujours à la main, Xion fixait sa poitrine d'un air horrifié aussi baissa-t-elle les yeux. Le trou dans son essence était toujours là ; aucun sang ne s'en échappait à l'exception de fragments lumineux qui disparaissaient doucement autour d'elles.

« Ne t'inquiète pas, mentit-elle sans grande conviction. Ça ne fait pas très mal. »

Elle inspira, se concentra autant que possible et au prix d'un immense effort de volonté, parvint à rapprocher les bords du trou et à le refermer. En surface, cependant ; elle sentait toujours au plus profond d'elle cette énergie néfaste qui l'avait transpercée et qui ne demandait qu'à éparpiller les fragments de son être.

Xion, qui venait de sortir une potion de sa poche, en resta bouche bée.

« Comment... tu peux guérir avec tes pouvoirs... ?

-Pas... complètement, tenta-t-elle d'expliquer, sentant ses forces lui revenir peu à peu. Je peux pas guérir des blessures normales. C'est juste... l'arme de DiZ détruit la matière qui constitue les Similis... ce qu'ils ont réussi à retenir dans le monde par leur volonté quand ils sont devenus des Sans-cœur. Elle est incroyablement dangereuse pour nous. Mais je pense que tu devrais t'en méfier, toi aussi. Si je me concentre bien... je peux réussir à limiter une partie des dégâts. » Elle s'épongea le front d'un revers de main et lui adressa un sourire tremblant. « Merci de m'avoir protégée. Est-ce que tu te sens bien ? Tu n'es pas blessée ?

-Ça ira, répliqua sèchement Xion. Mais c'est à toi que je devrais poser la question. Qu'est-ce qu'il lui prend ? Vous n'étiez pas alliés ? »

Naminé baissa les yeux.

« … Il n'a jamais aimé les Similis.

-Oui, et ben c'était pas une raison pour te traiter ainsi. Il a essayé de te tuer, s'indigna Xion.

-Pour lui, ça n'a sans doute rien à voir avec tuer, soupira Naminé. Il ne considère même pas que les Similis devraient exister, et n'a pas complètement tort sur ce point. Il doit simplement considérer qu'il ne fait que nous rendre au néant. »

Elle pressa ses mains contre sa poitrine. Ses paroles neutres ne reflétaient pas la réalité de la situation, qui était un vrai désastre. Comment les choses avaient-elles pu tourner ainsi ? Pourquoi ne parvenait-elle pas à lui faire entendre raison ?

« Je suis désolée, dit soudain Xion. Je me demande si ce n'est pas un peu ma faute. J'ai dû bien l'énerver ces derniers jours … quand il s'est rendue compte que j'étais une imp... imposteuse et quand je me suis enfuie...

-Non, répliqua aussitôt Naminé en secouant la tête. Tu sais bien qu'il n'en est rien. »

Xion garda le silence quelques secondes. On n'entendait que le son de leurs respirations.

« Dans ce cas, reprit-elle, qu'est-ce... »

Un claquement retentit du côté de la porte et, si elle ne bougea pas d'un pouce, les deux filles sursautèrent, alertes.

« Viens », ordonna Xion.

Elle l'attrapa par la main et l'entraina dans le couloir. Naminé serra sa main en retour, sentant la chaleur réchauffer ses doigts glacés.

Elle espérait sincèrement qu'elle n'allait pas mourir ici. DiZ n'avait-il pas besoin d'elle ? Ou considérait-il qu'elle n'avait plus de rôle à jouer ?

Les escaliers et les couloirs se succédèrent jusqu'à ce qu'elles se retrouvent sur le seuil de la salle finale, la très grande salle blanche où Naminé avait passé tant de temps, à contempler impuissante le corps de son premier ami. Et il était là, tout comme elle l'avait laissé : immobile, endormi, simple silhouette au cœur de sa fleur translucide repliée autour de lui.

Sora, je suis désolée que tu aies dû attendre si longtemps. Ce n'était pas censé se passer comme ça, mais... je te demanderais d'attendre encore un peu, d'accord ?

Xion regarda fixement Sora, elle aussi, puis se détourna brusquement.

« Voilà, dit-elle. Il n'osera rien faire de trop violent ici, j'espère. Ne t'inquiète pas, j'ai un plan pour nous sortir de là.

-Un plan ? »

Xion hocha la tête. « Quand il arrivera, il va falloir que je mette la main sur cette télécommande. Je vais probablement devoir l'attaquer pour ça.

-Ça me paraît bien dangereux, nota Naminé.

-Tu vois une autre solution ? »

Malheureuse, Naminé baissa à nouveau le regard.

« Je ne sais pas, dit-elle finalement. Je pense toujours qu'on peut discuter.

-Je pensais la même chose avec Saïx tout à l'heure, marmonna Xion, mais c'était futile. Je crois qu'il n'a pas l'intention de nous écouter.

-Je te saurai gré de ne pas me comparer à ces vermines de Similis. »

Elles se retournèrent en sursautant. DiZ entrait dans la pièce derrière elles, son arme étrange serrée dans son poing, tournée vers le sol pour l'instant. Il avançait d'une démarche clopinante, en trainant légèrement une jambe, mais cela n'entamait en rien la détermination froide qui émanait de lui. Ça... et quelque chose d'autre, remarqua alors Naminé. Il y avait une très légère aura, une très légère odeur derrière sa rage et sa rancœur. Elle la reconnaissait. Elle l'avait sentie, très récemment...

« Tout se termine ici, lança froidement DiZ en poursuivant son avancée. Il n'y a plus nulle part où aller. » Il farfouilla dans sa poche et, comme pour souligner ses mots, un autre mur tomba sur le seuil, coupant tout accès au couloir et les enfermant dans cette grande salle blanche. Naminé eut un mouvement de recul, mais Xion ne parut pas réagir. Non, elle demeurait les yeux rivés sur la poche dans laquelle la main de DiZ avait effectué sa manipulation.

« DiZ ! s'écria Naminé, tentant à nouveau sa chance avec l'énergie du désespoir. Arrêtons-nous là. C'est allé trop loin ! Nous ne devons pas nous battre entre nous et nous ne pouvons surtout pas nous battre ici ! C'est trop dangereux, Sora y repose.

-Nous battre entre nous ? » répéta DiZ d'un ton curieux où se mêlait une nuance de malveillance. L'aura de noirceur se renforça autour de lui. « De quel nous parles-tu ? Je ne fais que me débarrasser des ennemis de l'ordre des mondes, et accomplir ma mission envers l'univers. Et si je dois le faire seul... » Il brandit son pistolet. « Alors, soit. »

Naminé écarquilla les yeux.

Il tira. Les deux filles se jetèrent de côté d'un seul mouvement. Naminé manqua sa réception et s'écrasa à plat ventre par terre. La boule d'énergie rasa sa tête – ses cheveux se hérissèrent sous l'aura terrifiante – et frappa le sol sans laisser la moindre trace, s'effaçant en grésillant à quelques pas de la fleur de Sora.

Xion, elle, s'était reçue sur ses pieds, et utilisait à présent ses dernières forces pour foncer sur DiZ.

« Espèce de ... » Il leva son arme dans sa direction, un éclat de peur dans son regard, mais ne fut pas assez rapide. Xion balança sa Keyblade avec un cri guerrier. Son bras fut touché de plein fouet. Une exclamation lui échappa tandis qu'il lâchait son arme, qui glissa sur le sol avant de s'immobiliser quelques mètres plus loin, hors d'atteinte. Tenant son bras contre lui, DiZ recula de quelques pas chancelants, livide, mais Xion plongea aussitôt la main dans sa poche et recula précipitamment avec une exclamation victorieuse.

Dans sa main, elle tenait la télécommande.

« Naminé, attrape ! »

Naminé se releva hâtivement et tendit les mains quand Xion balança le petit objet à travers la pièce. Elle l'attrapa maladroitement – il faillit lui glisser entre les doigts. Une dizaine de boutons gris s'y alignaient, chacun souligné d'une ou plusieurs lettres. La panique obscurcissant son esprit, elle était sur le point d'appuyer au hasard quand elle remarqua le bouton intitulé S. anti-CT.

Elle eut à peine le temps d'appuyer dessus que DiZ laissa échapper un rugissement de rage.

Naminé redressa la tête dans sa direction juste à temps pour le voir... projeter Xion à travers la pièce en lui balançant une boule d'énergie noire émanant de sa main gantée. Prise par surprise, Xion vola sur quelques mètres et s'effondra lourdement sur le sol, très loin de Naminé. Cette dernière observa la scène, hébétée. Que se passait-il ? Depuis quand DiZ pouvait... ?

Ce dernier se redressa, le visage consumé par la rage, et elle eut un mouvement de recul. En un éclair, témoignant d'une rapidité qu'il ne devrait pas posséder, il se précipita vers son arme et la ramassa. Presque instantanément, il avait fait volte-face et visait Naminé. Cette dernière esquissa un geste, mais fut trop lente, bien trop lente. Le premier coup lui transperça le bras et fit exploser la télécommande ; le second l'atteignit en plein ventre.

Elle suffoquait. Elle ne pouvait sentir qu'une seule chose. Son essence qui se délitait.

Était-cela, de mourir, pour un Simili ?

Une brûlure glacée l'envahit, se répandant dans chaque recoin de son corps. Son corps... elle ne sentait plus les contours de son corps. La vision fugace d'un morceau de gruyère percé de trous passa en un éclair dans son esprit et elle en aurait ri si elle n'avait pas eu aussi mal.

Elle ne sut dire si elle était debout ou à terre. Probablement à terre, mais cette réflexion lui échappa. Elle ne savait pas ce que faisait Xion. Sa vision dansait, mais elle voyait distinctement les ténèbres qui émanaient de DiZ. Dans n'importe quel autre moment, elle l'aurait averti qu'il était sur le point de perdre son cœur aux Ténèbres, mais la capacité même de parler lui avait été arrachée.

« Espèces de... Vous... » écumait DiZ.

De légers tourbillons de Ténèbres naquirent sur le sol aux quatre coins de la pièce. Tiens donc. C'était la première fois qu'elle voyait apparaître des Sans-cœur dans cet endroit.

… Mais Sora était là, vulnérable !

Quelqu'un l'appelait. Une fille. Xion, peut-être ?

DiZ pointa une dernière fois son arme dans sa direction. Son œil jaune brillait tel un feu infernal alors qu'il appuyait sur la gâchette, sur le point de l'envoyer dans un monde où ni Sora, ni Roxas ni aucun autre ne l'attendrait.

Un éclair illumina le monde et tout disparut.

DiZ demeura quelques secondes figé sur place, son arme toujours pointée vers sa cible. Le coup aurait dû l'achever, et pourtant cette dernière se tenait toujours debout, même si vacillante. Et elle tenait dans sa main, protégeant son cœur, une Keyblade ornée de fleurs d'où s'effilochaient les derniers fragments grésillants de son tir.

« Une Keyblade ? marmonna-t-il. Depuis quand... depuis quand peux-tu manier la Keyblade, Naminé ? »

La jeune fille n'abaissa pas son arme et le regard de défi qu'elle lui lança de l'autre côté de la lame n'était en rien quelque chose qu'il avait l'habitude de voir sur le visage de Naminé.

« C'est parce que je ne suis pas Naminé, dit la fille. Je suis Kairi. »


Clic clac. Le claquement du sécateur s'élevait dans le petit jardin sous le soleil de plomb de ce début d'après-midi. Kairi leva machinalement la main pour ajuster son chapeau, s'épousseta ses épais gants de jardinage, puis reprit la taille de la haie sans grand enthousiasme, suivant d'une oreille distraite le bavardage de ses parents qui en faisaient autant à quelques mètres. Aujourd'hui, la mairie était fermée et son père à la maison. Enfin, normalement.

« … donc désolé, mais je vais devoir retourner à la mairie dans une heure, disait-il. Avec toute cette pagaille, j'ai dû prendre sur mes jours de congé, tu comprends. C'est assez urgent.

-J'espère tout de même que tu prendras un jour de vacances quand tout ça sera fini, dit la mère de Kairi d'un ton désapprobateur.

-Chérie, des gens se sont fait attaquer par ces créatures. J'ai déjà reçu plusieurs rapports de la police que je n'ai pas encore eu l'occasion de lire. La fille Farron, elle a été portée disparue pendant plusieurs jours. Tu sais, sa sœur est dans la police.

-Heureusement que Kairi et les autres l'ont retrouvée. Je n'arrive toujours pas à croire la chance qu'ils ont eue. Tu crois qu'on devrait peut-être... Je ne sais pas, mettre en place des pièges ?

-Des pièges ?

-Au moins pour la nuit ! Devant les portes, pour que si des créatures essaient d'entrer...

-Je ne sais pas si ce serait nécessaire. On n'a pas encore repéré de monstre en dehors de la petite île.

-Ils existent au moins, ces monstres ? Vous êtes sûrs que ce ne sont pas les témoins qui auraient mal vu ? Ou une mauvaise farce ?

-Enfin, notre propre fille les a vus, tu as oublié ? Et puis, je pourrais te montrer les rapports de la police. Ils y sont retournés ce matin et ont réussi à prendre quelques-uns de ces monstres en photo. D'ailleurs...

-Papa, maman, est-ce que je pourrais aller sur la petite île du nord ? »

Les deux adultes s'interrompirent et regardèrent leur fille d'un air confus.

« Vous savez, l'île tout au nord de l'archipel, expliqua-t-elle. Après ce qui s'est passé hier, je pense...

-Tu penses que tu pourrais y être en sécurité ? acheva son père avec douceur.

Elle acquiesça d'un signe de tête. L'histoire, relayée par ses amis, avait fait le tour de l'île. De méchants individus avaient lâché des monstres sur l'île et avaient tenté de kidnapper la fille du maire.

« Hé bien... » Ses parents échangèrent un regard. « Je pense que ce ne serait pas une mauvaise idée, pour quelques temps. La police affirme que ces gens en noir ont disparu, mais on n'est jamais trop prudent.

-C'était l'île où était resté Riku pendant tout ce temps, n'est-ce pas ? ajouta sa mère avant de se tourner vers Kairi avec vivacité. Oh, c'est vrai, Kairi ! Avec tout ça, tu n'as pas encore eu l'occasion d'aller le voir ! Tu t'en rends compte ? Tu avais raison, depuis tout ce temps, il était vraiment en vie ! Et il va bien ! »

Elle se força à sourire et à faire preuve du minimum d'enthousiasme requis par la situation.

« Oui. J'ai hâte de le revoir.

-Peut-être qu'il pourrait partir avec toi, suggéra sa mère. Il connait bien l'île, maintenant, et comme ça, tu ne te sentiras pas seule, là-bas.

-Oui. Oui, c'est une bonne idée.

-Tout de même, je me demande ce que voulaient ces individus. Et ces monstres ! Toi, tu les as vus, Kairi, il n'y a pas quelque chose que tu peux dire... ?

-Je crois qu'elle nous a déjà raconté tout ce qu'elle pouvait nous dire hier, répliqua son père et elle le remercia mentalement. Je pense qu'il faudrait la laisser se remettre de ses émotions. »

La veille... Oui, la veille avait été éprouvante.

Il y avait eu des cris quand Kairi, après avoir grimpé les rues agitées de la ville, était apparue devant chez elle. C'était la matinée même qu'elle était venue chez elle et qu'elle avait aperçu son père et pourtant, cela lui semblait dater d'une éternité. Selphie et les autres (Tidus, Wakka et d'autres camarades de classe, Fang et Vanille) étaient là et s'étaient précipités avec ses parents hors de la maison quand elle avait remonté l'allée du jardin. En un clin d'œil, elle avait été entourée par le petit groupe, certains se jetaient à son cou et d'autres lui criaient de joie dans les oreilles. Abattue par la fatigue et le chagrin, elle était restée stupéfaite, trop abasourdie pour tenter de se dégager.

Elle avait fini par comprendre la situation à travers le brouhaha qui l'entourait : Naminé et ses amis, en excursion sur la petite île, avaient été attaqués par des Sans-cœur. Ils avaient notamment retrouvé une Serah inconsciente, elle aussi victime de ces monstres et elle avait craint le pire avant que Selphie s'écrie qu'elle était parvenue à la réveiller – qu'est-ce que cela signifiait ? Qu'avait fait Naminé ? Mais le sujet principal avait été celui des hommes en noir qui les avaient attaqués et avaient tenté de la kidnapper. Elle avait disparu lors du débarquement sur la plage principale et plusieurs témoins auraient aperçu un grand homme vêtu de noir l'emmener de force, aussi Selphie et ses amis, incapables de la retrouver dans la foule, en avaient conclu le pire. Kairi... était demeurée évasive. Elle avait déclaré n'avoir pas connaissance de ce fait et avoir repris connaissance un peu plus tôt, seule sur la plage. Sans doute avait-elle été renversée par un mouvement de foule et abandonnée à son sort, avaient supposé ses parents.

Le reste de la soirée s'était déroulé dans une effervescence étourdissante. Ils s'étaient cloîtrés dans le salon de ses parents. Après que Kairi avait répété sa version des événements, répondu à leurs questions, approfondi des détails et écouté encore et encore les versions de ses amis, elle s'était tue, le cerveau dans le même état que son cœur. Elle était si fatiguée... Au bout d'un moment, elle n'avait plus su de quoi ils parlaient et, bien qu'elle ait initialement sincèrement apprécié retrouver ses amis, elle avait fini par accueillir avec soulagement le moment où ces derniers étaient finalement retournés chez eux, disparaissant dans la nuit noire.

Après cela, elle s'était retrouvée seule dans sa chambre. C'était étrange la manière décontractée avec laquelle ses parents lui avaient souhaité bonne nuit et s'étaient éclipsés, comme s'ils n'avaient pas été séparés depuis des semaines. Et une fois dans sa chambre, Kairi n'avait pu s'empêcher de promener son regard autour d'elle et de remarquer des détails qui lui paraissaient inhabituels – à moins qu'elle ne les ait seulement oubliés : les cahiers de cours soigneusement rangés dans un tiroir de son bureau, débordant de feuilles qui ne lui disaient rien, quelques objets posés çà et là sur les étagères – dont une boîte de crayons qui lui était inconnue – elle prit le temps de les observer avec curiosité – la brosse à dents et celle à cheveux qui n'étaient plus à la même place, la bouteille d'eau posée sur la table de chevet... Rien de bien flagrant, Naminé avait pris soin de laisser le moins possible de traces, semblait-il. Mais des détails qui lui rappelaient qu'une autre avait vécu à sa place.

Des brouillons et consignes d'examens étaient posées sur un coin du bureau. Elle y jeta un coup d'œil : Selphie avait laissé entendre que Naminé s'en était sortie. Oh, elle lui avait imposé tant de choses...

Ses parents lui avaient annoncé, avec l'air de ceux qui annoncent la meilleure nouvelle au monde, que Riku était revenu, sain et sauf. Elle avait fait de son mieux pour paraître réjouie.

Elle avait passé une heure à tourner en rond dans son lit, et ne s'était endormie qu'au petit matin, persuadée que lorsqu'elle ouvrirait les yeux, elle se retrouverait de nouveau piégée dans l'antre de l'Organisation.

Mais non. Quand Kairi s'était réveillée, c'était le soleil matinal traversant ses rideaux qui l'avait accueillie. Et bien qu'elle soit en sécurité chez elle et dans son lit pour la première fois depuis des mois, elle n'avait pas pu s'en réjouir. Elle ne devrait pas être là. Elle n'avait rien à y faire. Il y avait encore des choses qui n'étaient pas terminées. Pendant que les autres risquaient leur vie, elle était là... Et Riku ? Xion ? Naminé ? Axel ?

Ce fut le visage reflétant visiblement ses troubles et son épuisement qu'elle descendit dans la salle à manger emplie des odeurs de café chaud et de pain grillé, mais heureusement, ses parents ne posèrent pas trop de questions. Non, ils discutaient des courses à faire et des horaires de travail pour la semaine qui se profilait, en passant par les tâches à effectuer dans le jardin ainsi que les commérages des voisins. C'était si familier... même le pain grillé qu'elle mâchonnait éveillait un sentiment irrésistible de nostalgie. Kairi se força à jouer le jeu. Pour le moment, elle ne pouvait pas agir. Il n'y avait rien qu'elle puisse faire à présent... mais elle avait assuré ses arrières pour éviter d'être complètement impuissante.

Alors, autant profiter du moment présent autant que possible. Elle avait le pressentiment tenace que ça ne durerait pas.

« Kairi ? »

Kairi releva la tête. Sa mère la dévisageait, l'air incertain, et elle se sentit un peu coupable de lui avoir causé cette inquiétude.

« Oui, tout va bien, dit-elle en rajustant une fois de plus son chapeau après s'être épongé le front. J'étais juste dans mes pensées. Mais je suis contente qu'on... » Elle fit un geste vague avec son sécateur. « … jardine ensemble aujourd'hui.

-Tu voudras m'aider à rempoter les fleurs, après ? lui demanda doucement sa mère.

-Bien sûr, avec plaisir ! » répondit Kairi en lui souriant.

Ils continuèrent la taille de la haie, puis mère et fille se dirigèrent vers les plantes en pot posées sur la petite terrasse à l'arrière de leur maison.

« Il est où, papa ? demanda Kairi en sortant un lourd sac de terreau de la petite remise adjacente. Il est pas déjà reparti ?

-Oh, il est allé faire une petite course à l'épicerie, pour acheter du lait. J'ai l'intention de faire un gâteau cet après-midi, pour nous remettre de ces émotions, dit joyeusement sa mère en alignant des pots neufs sur les dalles de la terrasse.

-Vraiment ? Je pourrai t'aider ? » s'écria Kairi, les yeux pétillants. Les gâteaux de sa mère étaient les meilleurs.

« Oh, oui, bien sûr... Tu m'as l'air... plus énergique, ce matin.

-Ah, ah oui, dit Kairi avec une petite grimace en se penchant pour prendre de larges pelletées de terreau avec sa petite pelle, espérant qu'elle pourrait prétexter être occupée pour justifier les réponses vagues qu'elle serait contrainte de donner si la conversation s'aventurait sur ce terrain. Hé bien, je me sens mieux, aujourd'hui. Bon, on le fait à quoi, ce gâteau ?

-Je pensais... peut-être au citron. Ou à la banane et au chocolat ! L'ennui, c'est que je n'ai plus de chocolat et je ne sais pas si... »

Kairi s'immobilisa avec une grimace. Une douleur soudaine lui avait transpercé les entrailles sans aucune raison, piquante mais aussi étouffée, comme un cri qui lui parvenait d'une très longue distance. Sa mère n'avait rien remarqué, occupée à discuter de son futur gâteau auquel Kairi ne pourrait finalement pas participer.

Une nouvelle douleur se fit sentir. Sa tête tourna. La pelle tomba à terre avec un tintement sonore. Le jardin et sa mère s'effacèrent derrière un voile blanc, comme un rêve s'achevant.

Finalement... j'aurais préféré avoir encore un peu plus de temps.

Tout était blanc.

Elle y flottait, peut-être. Elle n'était pas certaine que son corps soit encore là. Ses pensées se formaient en des bribes étouffées, peu distinctes, si bien qu'elle ne pouvait même pas réfléchir posément à cette question.

Et puis, au loin, elle aperçut une forme menue. Une enfant ? Non, une forme recroquevillée sur elle-même. Ce n'était pas sa mère, cela elle en était certaine, mais c'était aussi quelqu'un qu'elle reconnaissait sans jamais l'avoir vue.

Des cheveux blonds couronnaient une tête enfouie dans des genoux relevés contre sa poitrine. Une simple robe blanche qui se mêlait au décor. Elle savait de qui il s'agissait.

Je te reconnais. Tu es une partie de moi.

C'était comme se voir dans un miroir, un miroir qui lui permettait d'apercevoir de nouvelles facettes de son âme, des facettes qu'elle ignorait, des facettes qu'elle avait oubliées.

La fille qui était devant elle, c'était une partie d'elle. Une partie d'elle qu'elle avait abandonnée après l'avoir refoulée, celle qui abritait ses traumatismes et les blessures auxquelles elle n'avait pas pu faire face. L'enfant qui pleurait alors que le Jardin Radieux tombait en ruines, la fillette désorientée jetée sur une île inconnue, la fille convoitée par les ténèbres qui cherchait désespérément ses amis.

Mue par une impulsion naturelle, Kairi entoura la petite forme frêle de ses bras. Tout va bien maintenant, voulait-elle lui dire, je m'occupe du reste.

La fille l'entendit car elle releva la tête et se redressa en la considérant avec étonnement.

« Mais, Kairi... ? » Ses yeux bleus identiques aux siens reflétaient les siens. « Qu'est-ce que tu fais ?

-Je m'en occupe, je te dis, répliqua Kairi en affichant un sourire assuré qui était cette fois fidèle à son cœur. Je prends les choses en main, d'accord ? Tu souhaites protéger Xion, n'est-ce pas ?

-Oui, mais... » Naminé se releva. Le bout de ses mèches et les pans de sa robe flottaient autour d'elle dans la blancheur immaculée. « … comment le sais-tu ?

-Je m'en doutais un peu, admit Kairi. Je voulais sauver Sora, mais toi, et Roxas, et Xion aussi. Tu crois que ça fait beaucoup ? Je pense que Riku dirait que j'ai le complexe du sauveur, tu ne crois pas ? Mais je peux pas m'en empêcher. Et je crois que je peux encore faire quelque chose pour vous.

-Roxas, chuchota Naminé.

-Oui, je sais. » Son sourire se tordit en une grimace mais elle s'efforça à ne pas laisser sa détermination être contaminée. « Alors, celle pour laquelle tu te bats, ça ne peut être que Xion, donc ?

-Oui, dit Naminé, l'air malheureuse. DiZ... »

Kairi fit signe qu'elle avait compris.

« Je te dis que je m'en occupe ! Mais avant, est-ce que tu pourrais juste répondre à une seule question ?

-Je vais faire de mon mieux, dit Naminé en paraissant surprise.

-Est-ce que Sora se réveillera bientôt ? » Quand Naminé hésita, elle la rassura : « Rien ne presse. C'est par simple curiosité. Après tout, il était la raison pour laquelle j'ai fait tout ça.

-Hé bien... il pourrait théoriquement se réveiller à présent, concéda Naminé, mais il lui manque encore beaucoup de souvenirs. Je peux prendre le temps d'arranger la situation, mais je ne pourrai jamais lui rendre tout, je le crains.

-Ce n'est pas grave. Prends le temps qu'il te faut. Je suis ravie de le laisser entre de bonnes mains », la complimenta Kairi, rayonnante.

Naminé rosit.

« Je vais faire de mon mieux.

-Prends soin de lui, d'accord ?

-Attends ! » Naminé tendit la main vers elle mais parut incapable d'avancer. Après tout, ce n'était plus elle qui décidait l'issue de cette rencontre. « Pourquoi tu fais ça ? Pourquoi tu... tu sais ce qui va se passer ? Pourquoi est-ce que tu... ? Tu as ta propre vie. Tu es revenue chez toi. Tu ne veux pas la vivre ? Pourquoi est-ce que tu jettes tout comme ça ?

-Bien sûr que si, j'y tiens, répliqua Kairi. Mais toi aussi, tu aimes cette vie, n'est-ce pas ? La vie que tu as menée quand tu étais à ma place ? Désolée pour ça, d'ailleurs, c'était la seule solution que j'avais trouvée, et je te remercie d'avoir si bien joué mon rôle, mais... est-ce que tu as apprécié vivre là-bas ? »

Naminé parut encore hésiter, non pas comme si elle ignorait la réponse mais comme si cette dernière était douloureuse à admettre.

« Oui, dit-elle finalement, mais... je sais que je suis une Simili. Je n'ai fait qu'emprunter ta vie. Je n'ai nulle part où aller, en réalité.

-Foutaises, répliqua Kairi. Tu as vécu des choses qui n'ont rien à voir avec moi, non ? Tu t'es fait des amis, et plein d'autres choses encore ! Tu as même sauvé une camarade de classe. Alors, je vais te proposer quelque chose. Que dirais-tu que je te confie une nouvelle fois ma vie, le temps que je revienne ?

-Tu comptes vraiment le faire ?

-Bah évidemment ! Et je vais ramener Xion en pleine forme, promis ! Ah, juste... j'aimerais que tu attendes que je revienne avant de révéler tout ça. Garde le secret pour le moment, d'accord ? » Elle se passa la main dans les cheveux, vaguement penaude. « Ça me ferait trop mal de causer du souci à Sora et Riku. »

Naminé la considéra un moment puis sourit, bien que la tristesse demeure dans son regard.

« D'accord, acquiesça-t-elle. Merci, Kairi. »

Kairi lui répondit par un large sourire.

« Prends bien soin de mes parents ! A plus ! »


Elle se sentait légère comme l'air.

Ce n'était pas seulement à cause des blessures qui lui trouaient le corps. Non, son être tout entier lui faisait l'effet d'une colonne de lumière. La salle elle-même lui semblait plus lumineuse.

La Keyblade, naturellement, était venue à sa rescousse dès qu'elle l'avait invoquée et elle avait pu se délecter de la mine abasourdie de DiZ.

« J'arrive au bon moment ! » lança-t-elle joyeusement. La douleur était en effet présente dans chaque parcelle de son corps, l'attachant à la réalité. Elle leva le bras gauche – il se disséminait lentement en fragments de lumière qu'elle suivit des yeux, fascinée. Elle pouvait même voir à travers son poignet, comme un fantôme.

-Qu'est-ce que... fulminait DiZ. Que se passe-t-il ? J'exige des explications ! »

Kairi se permit de le saluer nonchalamment d'une main. Peut-être Axel avait-il déteint sur elle mais la gravité de la situation lui autorisait bien cette petite familiarité, non ?

« C'est bien moi, Kairi ! Et si je suis là... disons que j'ai demandé une petite faveur à Yeul, hier.

-Encore un échange ? » Son visage s'assombrit et elle soupçonnait que ce n'était pas qu'une impression. Un rapide coup d'œil lui confirma la présence de quelques Sans-cœur aux quatre coins de la pièce. « Mais quelle idiote ! Alors que tu aurais pu rester en sécurité sur ton île, tu as décidé de venir me causer des ennuis encore une fois ? Une gamine comme toi n'a jamais appris à écouter ?

-Naminé est en sécurité, maintenant », dit Kairi en le regardant avec défi. Elle tourna la tête et croisa le regard perplexe d'une jeune fille aux cheveux noirs, vêtue du manteau de l'Organisation, au visage plus que familier. Le regard de la fille se teinta de suspicion et Kairi vit ses doigts se resserrer légèrement autour de la poignée de sa Keyblade.

« Tu dois être Xion, lui lança-t-elle aimablement. Je suis ravie de te rencontrer enfin ! Je suis Kairi, mais je pense que tu as compris. C'est fou comme tu me ressembles...

-Oui, répondit Xion après une seconde de silence. C'est parce que les souvenirs de Sora te concernant ont été utilisés pour me construire. Parce que c'étaient les souvenirs les plus forts que Sora possédait. »

Kairi rougit violemment.

« Ah vraiment... dit-elle, gênée en dépit de la situation.

-Désolé de vous interrompre, intervint DiZ d'une voix lugubre d'où émanait un écho qui n'avait rien d'humain, mais des choses plus urgentes se déroulent ici. Kairi, as-tu vraiment l'intention de t'interposer ? »

Kairi hocha la tête.

« C'est pour ça que je suis là, déclara-t-elle. J'avais déjà pris cette décision hier matin.

-Tu sais ce qui va se passer, non ? Tu as assisté au début de mon combat contre Axel, expliqua DiZ d'une voix curieuse. Cette arme... » Il leva le bras pour brandir l'étrange fusil de forme grossière. « … a été conçue dans le but de détruire les Similis. Le corps que tu habites a déjà été touché à plusieurs reprises. Il se désagrège à vue d'œil et je pense que tu le sens, n'est-ce pas ? L'énergie que j'utilise et qui se trouve à présent dans le corps de Naminé détruit la toile de filaments qui permet aux corps des Similis de demeurer dans notre réalité au lieu de disparaître comme ça aurait dû être le cas quand ils ont perdu leur cœur aux Ténèbres. A présent, tu es trop grièvement blessée pour pouvoir faire machine arrière ; même si aucun autre coup ne te touche, ton corps va disparaître. Que feront alors ton âme et ton cœur, sans corps pour les accueillir ? Je ne pourrai rien faire pour toi. C'est irrémédiable. »

Pour toute réponse, Kairi leva sa Keyblade, le fixant avec détermination. Il laissa échapper un soupir ostensible, mais l'expression terrible sur son visage était tout sauf un air de regret.

« Comme tu le souhaites », dit-il et il ouvrit le feu dans sa direction.

Kairi constata avec ravissement qu'elle n'eut aucun mal à contrer la boule d'énergie. Son entraînement avait fini par payer ! Le projectile s'écrasa en grésillant contre son arme, la faisant reculer d'un pas, mais un second arrivait déjà. Elle osa cette fois le renvoyer – il s'écrasa juste au-dessus de la tête de DiZ qui ne broncha pas et lui envoyait déjà de nouveaux projectiles.

Kairi esquiva en se jetant sur le côté. Elle se sentait si légère... elle avait l'impression de pouvoir courir à la vitesse de la lumière.

« Xion ! s'écria-t-elle. On y va ! Toutes les deux !

-C... compris ! »

Xion prépara sa Keyblade et s'élança, moins rapide que Kairi et puisant visiblement dans ses réserves. DiZ rugit et brandit sa main libre.

Le sol entra en éruption sous leurs pieds. Les deux filles sautèrent de côté tandis qu'un rayon d'énergie ténébreuse jaillit verticalement du sol à l'endroit exact où elles s'étaient trouvées. Il ne jeta pas l'éponge, et bientôt, le sol s'embrasa de nouveau sous leurs pieds, les contraignant à esquiver en tous sens.

BOUM ! Une explosion embrasa le sol juste à la droite de Kairi et elle leva sa Keyblade en urgence pour parer la seconde qui lui aurait arraché la tête. Déséquilibrée, elle faillit tomber à terre et ne dut son salut qu'à Xion qui se précipita, la rattrapa d'une main et renvoya la troisième boule d'énergie vers un pan de mur lointain.

DiZ, acculé contre un mur à l'extrémité de la salle, ne les visait plus. Son arme pendait dans sa main inerte. Son autre main était ouverte dans leur direction, et une aura malveillante de ténèbres l'entourait. Il semblait respirer difficilement. Son visage disparaissait à présent entièrement dans une ombre trop profonde dans cette salle lumineuse.

« DiZ ! cria Kairi. Vous êtes en train d'être consumé par les Ténèbres ! Il faut mettre un terme à ce combat ! »

DiZ ne répondit même pas et cela eut pour effet de l'alarmer davantage. Il serra le poing et Xion leva brusquement la tête.

« Attention ! » s'écria-t-elle en se protégeant de sa Keyblade.

Kairi l'imita et bien lui en prit, car une pluie de projectiles s'abattait sans crier gare sur elles. Xion enchaîna un ensemble rapide de moulinets que Kairi ne maîtrisait pas, les protégeant aussi efficacement qu'un parapluie. Un bouclier serait idéal, mais Kairi ne connaissait ce sort qu'en matéria et elle ne l'avait pas...

Accroupie sur le sol pour tenter de se défendre, elle regarda soudain le manteau de sa partenaire.

« Une seconde ! » dit-elle en plongeant la main dans une poche.

Xion parut surprise mais ne se déconcentra pas. Avec soulagement, Kairi sentit ses doigts se refermer autour de la matéria et lança immédiatement le sort, conjurant un immense bouclier transparent au-dessus de leurs têtes. DiZ cependant ne leur laissa pas le temps de souffler : déjà une boule d'énergie sombre fusait vers elle et elle la contra au dernier moment.

Le rugissement que poussa DiZ était inhumain.

Aussitôt, les Sans-cœur se précipitèrent vers elles. Du menu fretin... mais d'autres naissaient alors un peu partout dans la salle, comme invoqués par l'aura de DiZ. Et même si elle avait vu pire, dans l'état où se trouvait son corps, le combat ne pouvait s'éterniser.

« Kairi, dit Xion, les dents serrés, je suis blessée et je suis à bout. Je ne sais pas combien de temps...

-Oui, l'interrompit Kairi. Moi aussi. Il va falloir qu'on en finisse vite.

-Mais comment... ? »

Le bouclier vola en éclats. En faisant signe à Xion de la suivre, elle s'élança, mettant davantage de distance entre elle et DiZ, donnant des coups de Keyblade à l'aveuglette aux Sans-cœur qui tentaient de les approcher.

« On va pas y arriver, haleta Xion dans son dos. Kairi, la télécommande de DiZ est cassée. On peut ouvrir un Couloir... »

Mais Kairi ne l'écoutait plus. Un léger tintement lui parvenait aux oreilles. Une grande lumière s'emparait de sa vision. Était-elle en train de disparaître ? C'était déjà fini... ?

Non, non ! Kairi ferma les yeux tout en courant, abattant machinalement des Sans-cœur sur son passage. Elle avait juré d'accomplir son but. Sora... il était là, juste à côté. Oh, pourvu que la bataille ne l'ait pas touché...

Sora, s'il te plaît, aide-moi, pensa-t-elle très fort, mais elle ne reçut aucune réponse.

Les Sans-cœur étaient encore plus nombreux. L'air résonnait de leurs cris aigus et du bruit des déflagrations dont elle laissait Xion s'occuper. C'était un miracle qu'elles n'aient pas encore été touchées.

Elles étaient seules. Ni Sora ni Riku ne pourraient les aider à présent.

Un souvenir fugace traversa son esprit. N'avait-elle pas connu pareille situation, une fois, dans cette forêt sombre... ?

Je vais réussir ! Je vais accomplir la promesse que je me suis faite ! Je vais protéger Xion et Sora !

Un pouvoir immense se trouvait en elle, elle en avait vaguement conscience. Elle était une Princesse de Cœur. En théorie, les Ténèbres ne pouvaient rien contre elle si elle utilisait ce pouvoir.

C'est le moment que ça me serve à quelque chose ! Allez !

Elle avait cessé de bouger. Les yeux clos, une grande paix s'abattit sur elle. Même la douleur lui paraissait lointaine, de même que le chaos environnant. Quelque chose la toucha en pleine poitrine – elle tressaillit à peine.

Elle jeta un coup d'œil au fond de son cœur. Elle aperçut l'éclat d'une immense lumière.

La seconde d'après, une immense colonne d'énergie jaillit la submergea.

Une formidable puissance envahit ses membres, son corps comme trop petit pour la contenir. Elle sentit ses pieds se détacher du sol tandis que la force elle-même l'arrachait à la gravité. Toutes ses peurs et ses craintes furent balayées par la puissance pure, la certitude que tout lui était possible à présent.

Une mer lumineuse s'abattit dans la salle, noyant tout. Elle fut vaguement consciente que les Sans-cœur retournaient au néant et son bras se leva, sa Keyblade toute légère non plus une arme mais une extension lumineuse de son être.

Elle se précipita en avant. Ses pieds ne touchaient pas le sol, car elle fendait l'air. Peut-être avait-elle des ailes à présent, à moins que ce ne soit qu'une impression.

Elle croisa le regard de DiZ, épouvanté, épouvantable, alors qu'elle assénait son épée de lumière de toutes ses forces.

Il ne se défendit pas. Il recula en chancelant et s'écroula contre le mur. L'aura malveillante autour de lui disparut.

La magie reflua soudainement, presque aussi vite qu'elle était venue. Tout d'un coup, les limites de la salle réapparurent, ainsi que le tumulte de sentiments dans son cœur. Ses pieds se posèrent avec douceur sur le sol de la salle et le poids de sa Keyblade se réinstalla dans sa main. Elle baissa les yeux vers DiZ qui lui rendit son regard.

Elle ne sut lire ce qu'elle y trouvait, mais elle ne s'en souciait pas.

« Je ne sais pas ce que l'Organisation t'a fait pour que tu aies autant de rage en toi, dit-elle, mais dans ta quête de vengeance, je crois que tu as oublié la valeur de la vie. J'ai côtoyé l'Organisation pendant plusieurs semaines, et tu n'es pas aussi différent d'eux que tu aimerais l'être. »

DiZ ne répondit pas, mais elle sut que l'insulte avait été fatale.

« Les liens forgés entre les gens sont une chose puissante, continua Kairi d'un ton dur. C'est bien pour ça que Sora ne se réveille pas, parce que c'est ce qu'il lui manque. On ne jettera pas ces liens pour ta vengeance personnelle. Laisse-nous en paix, maintenant. Ne t'approche plus de Xion, ou de Naminé, ou d'autres de mes amis.

-Vos « liens » n'auront aucune valeur quand l'Organisation vous aura décimés, dit DiZ d'une voix rauque.

-Je ne pense pas que ça va se passer comme ça, tout simplement, répliqua Kairi. Je vais continuer de suivre mon cœur, comme je l'ai fait depuis le début. Tant pis si tu as quelque chose à y redire. Sora, Riku et moi avons commencé cette aventure ensemble et on la terminera ensemble. »

Il ne dit rien. Sans détourner le regard, il disparut soudainement quand un Couloir des Ténèbres s'ouvrit dans son dos, l'avalant avant de se refermer brutalement, les laissant seules.

« Kairi ? »

Kairi se retourna avec un sourire las. Bouche bée, Xion s'approchait à petits pas. Elle fixait quelque chose dans le dos de Kairi.

« Kairi, tu avais... Qu'est-ce que c'était ?

-Hé, dit Kairi d'un ton nonchalant en levant sa Keyblade. Je suis une Princesse de Cœur, tu sais.

-Ah. » Les questions tournoyaient dans les yeux de Xion, mais elle paraissait trop épuisée pour les poser. Elle fixa le pan de mur vide devant Kairi. « C'est fini ?

-Je pense qu'il ne nous embêtera plus. » Pour appuyer ses mots, elle fit disparaître sa Keyblade, imitée par Xion une fraction de seconde plus tard. « Je suis épuisée.

-Merci de m'avoir protégée. » Xion la rejoignit, l'inquiétude se peignant peu à peu sur ses traits tandis que ses yeux dévisageaient Kairi et s'attardaient sur certains endroits de son corps. « Mais, Kairi...

-Je sais, la coupa-t-elle en se forçant à sourire. Je le sens bien. »

En même temps que la lumière avait disparu, la douleur était revenue. Etouffée, comme si son corps perdait la capacité même de souffrir, mais bien présente. Elle baissa les yeux. Des petits trous étaient apparus çà et là dans sa poitrine et son ventre, et ses jambes devenaient transparentes. Elle voyait parfaitement le sol à travers ses pieds.

« Je ressemble à un morceau de gruyère », dit-elle d'un ton blasé et elle se mit à rire.

Xion ne paraissait pas savoir si elle pouvait l'imiter. Elle décida de ne pas choisir et lui tendit une potion, mais Kairi secoua la tête.

« Je crois que c'est inutile », dit-elle en pouffant encore. La fatigue des derniers jours émoussait sa raison, apparemment. « Tu te souviens de ce qu'a dit DiZ ? Il n'y a plus rien à faire, maintenant. »

Souriant toujours, elle dépassa Xion et se dirigea vers la fleur de cristal qui abritait son ami. Heureusement, elle ne semblait pas avoir souffert du combat qui avait fait rage. Elle se tint tranquillement devant lui, croisant les bras dans le dos.

« Hé bien, tu m'en auras fait voir de toutes les couleurs, mais c'est enfin terminé. Je suis tellement heureuse, tu ne sais pas à quel point. »

Xion vint se tenir à ses côtés. Son regard passait alternativement du visage lumineux de Kairi, l'air complètement indifférente à sa propre perte, au visage du garçon qu'on pouvait deviner à travers le cristal.

« Xion, qu'est-ce que tu veux faire ? »

Xion baissa les yeux, la nuque alourdie par un fardeau invisible. Elle eut l'impression d'assister à une répétition du moment où elle avait posé une question similaire à Naminé.

« Je suis désolée, s'excusa-t-elle à mi-voix, mais... Je sais que si je fais ça, il se pourrait que Sora ne se souvienne pas de toi... pas entièrement...

-Ce n'est pas grave, dit Kairi d'une voix douce. Tu as le droit de vivre, toi aussi. »

Xion releva timidement les yeux.

« Ça ne te dérange pas ?

-En y pensant, si, admit Kairi. Je veux dire, quand je réalise que peut-être, Sora va m'oublier, je... Non. » Elle secoua la tête, déterminée. « Moi, je me souviens de lui. Alors je suis sûre qu'il pourra se souvenir de moi, même juste un peu ! Et, quand je reviendrai, on pourra construire de nouveaux souvenirs ensemble. Rien n'est irrémédiable. Il n'y a nulle tragédie là-dedans. »

Les lèvres de Xion s'étirèrent en un léger sourire.

« Riku m'a dit aussi que la décision me revenait... Et je pense que quand je suis partie pour venir ici, il ne voulait pas que je me sacrifie. Il m'a demandé de lui promettre de ne pas faire de chose idiote. Il a vraiment insisté...

-Vraiment ? Ça m'étonne de lui. Je pense que Riku doit bien t'apprécier », la taquina Kairi. Elle lui donna un petit coup de coude en voyant les joues de Xion se colorer légèrement. « Hé, mais tu rougis ? Dis-moi, tu as un faible pour lui ?

-... Tu es sûre que c'est le moment de parler de ça ? marmonna Xion.

-Bah, parfaitement compréhensible ! Si tu savais le nombre de filles sur l'Île qui... Au fait ! J'ai demandé à ton ami Axel de m'emmener jusqu'ici hier. Mais... DiZ nous a attaqués et m'a renvoyée chez moi. Tu sais si... »

Xion lui épargna de terminer sa phrase.

« DiZ a laissé échapper qu'il était parvenu à s'enfuir. Il est vivant, ne t'inquiète pas ! »

Ouf. Elle se serait sentie très mal dans le cas contraire. Même si Axel était un ennemi, c'était elle qui l'avait conduit ici.

« J'aimerais le retrouver bientôt, acheva Xion avant qu'un voile de tristesse ne recouvre ses traits. Mais je ne pourrai jamais en faire autant avec Roxas.

-Je suis désolée, chuchota Kairi.

-Non, non », répliqua Xion en secouant la tête. Quand Kairi la regarda, elle constata que des larmes brillaient aux coins de ses yeux. « Ce n'est pas ta faute. Et grâce à toi, je suis toujours là. J'aurais pu disparaître aussi, mais... Tu es une fille incroyable, Kairi. Je comprends pourquoi ils tiennent tant à toi.

-Oh. Merci... »

Elles se retournèrent pour contempler le visage endormi de Sora.

« Viens avec moi », dit subitement Xion. Elle venait d'ouvrir un Couloir des Ténèbres. « Riku et Naminé sont à la Forteresse Oubliée, dans une zone sûre. Riku se repose – il a été grièvement blessé quand nous nous sommes introduits dans l'Illusiocitadelle... »

La tête de Kairi pivota vivement vers elle.

« Quoi ?

-Ah oui, tu n'es pas au courant... Naminé nous avait dit que tu étais prisonnière, alors nous avons essayé de te libérer ce matin, mais tu étais déjà partie... Ne t'inquiète pas, il n'est pas en danger ! Il a été soigné par une guérisseuse, il doit seulement prendre un peu de repos.

-Je vois », dit Kairi en grimaçant. Elle regarda le Couloir, combattant la volonté de s'y engouffrer pour vérifier de ses yeux l'état de son ami. « Je ne peux pas, admit-elle. Pas dans l'état dans lequel se trouve ce corps. Tu vois bien ? Je me dissoudrai dans les Ténèbres avant d'avoir fait trois pas. Et puis... » Son regard revint vers Sora. « … je ne veux pas le laisser ici tout seul.

-Je comprends, mais...

-Ecoute très attentivement. Naminé se trouve sur les Îles du Destin, dans mon corps. Elle est déjà au courant de la situation, je crois. Elle va continuer de travailler sur Sora. Va la rejoindre ! Elle pourra peut-être t'aider à... à arranger ton corps. Tu n'es pas perdue, contrairement à moi.

-Les Îles du Destin, répéta Xion. D'accord.

-Une dernière chose... » Kairi hésita mais le temps lui manquait, elle devait prendre une décision. « Est-ce que tu pourrais garder le secret sur moi et Naminé ? Ne le dis pas à mes parents, ni à Sora et Riku, s'il te plaît.

-Mais... pourquoi veux-tu le cacher à tes amis ? Ils pourraient peut-être t'aider...

-Je ne crois pas. Je pense qu'ils auront beaucoup de nouveaux défis à relever et je ne veux pas les distraire. Je ne veux pas qu'ils essaient de me retrouver et que... et que la même chose que l'année dernière se produise. Mais ne t'en fais pas. Je ne sais pas trop ce qui va m'arriver, c'est vrai, mais je vais trouver un moyen de revenir parmi vous.

-Si tu le dis... » Xion la considéra longuement sans bouger. « Kairi, tu es sûre de ta décision ?

-Pourquoi tout le monde me demande ça aujourd'hui ? soupira Kairi. Oui. Dépêche-toi d'aller te soigner, maintenant. »

Xion hocha la tête, puis se détourna.

« Très bien, alors... adieu. »

Kairi ne la contredit pas. Xion hésita encore une très longue seconde, puis elle s'engagea dans le Couloir qui se referma derrière elle.

C'était terminé à présent. Elle ne pourrait plus repartir, même si elle changeait d'avis.

Demeurée seule dans la grande pièce blanche silencieuse, Kairi se sentit soudain très fatiguée. Elle s'assit à même le sol et entoura ses genoux de ses bras. Ces derniers étaient à leur tour devenus transparents. Ce corps n'en avait plus pour longtemps, comme le lui avait dit DiZ.

Kairi leva les yeux vers la silhouette de Sora et sourit encore.

« J'ai réussi, finalement, n'est-ce pas ? murmura-t-elle. Je t'ai retrouvé et je t'ai protégé. Mais j'ai protégé d'autres personnes, aussi. Encore un peu de patience, Sora. Naminé va te réveiller. C'est dommage. J'aurais aimé être là à ton réveil, mais bon. On ne peut pas tout avoir. »

Elle continua de parler toute seule. Ça lui permettait d'ignorer un peu la peur qui grimpait en elle alors que de minuscules fragments de lumière continuaient de se détacher de son corps. Ses pieds avaient complètement disparu, de même que ses mains.

« Mais ce n'est pas mon corps, celui-là, dit-elle d'une voix un peu tremblante. C'est celui de Naminé. Je me demande où je vais aller, maintenant. Est-ce que je vais me retrouver dans mon corps ? Il faudra qu'on partage, avec Naminé ? »

Personne ne lui répondit. Le silence était un peu décourageant. Elle aurait aimé ne pas être seule dans un tel moment, mais elle n'aurait pu avoir le cœur de demander à Xion de rester.

« J'aimerais rester, vraiment. »

Les quelques fragments qui constituaient encore ses bras et ses cuisses disparurent. C'étaient sans doute ses dernières secondes, alors elle se força à être optimiste. Elle ne pouvait même plus respirer, mais l'oxygène ne lui manquait pas.

« On se reverra, en tout cas. Je ne sais pas encore comment, mais je vais tout faire pour revenir, tu peux me croire, Sora. C'est ma nouvelle promesse. »

Ses sens s'effacèrent et une immense légèreté la saisit. Elle flottait, flottait au sein des mondes, dans une grande lumière. Elle se sentait enfin bien.

Les derniers fragments lumineux s'évanouirent dans la grande salle blanche.


Près de la fenêtre, Yeul observait le paysage. Le soleil d'été descendait lentement à l'horizon. Un autre jour s'achevait.

Elle sentit la présence de Caius quelques pas derrière elle mais ne se retourna pas. Sur le sol de terre devant la maison, à quelques pas de la fenêtre, un petit oiseau vint picorer quelques miettes oubliées. Il s'envola subitement.

« Pourquoi as-tu fait cela ? demanda Caius.

-J'imagine que tu parles de mes différentes entrevues avec Kairi et du fait que j'ai accédé à ses requêtes.

-Oui. Est-ce que ça s'est terminé comme tu le souhaitais ? »

« J'aimerais... en plus de rompre le sort, j'aimerais que tu réalises un autre sortilège, dit Kairi. J'ai peur. J'ai peur que dès que je retrouverai mon corps, je ne puisse plus rien faire. J'ai peur de ce qui pourrait arriver quand je renoncerai au pouvoir de voyager entre les mondes. Je me sens tellement impuissante !

-Tu ne souhaites donc pas renoncer aux pouvoirs qu'offre ce corps », compléta Yeul, qui la regardait patiemment.

Les mains sur les genoux, Kairi hocha la tête.

« J'aimerais trouver le moyen de... Je ne veux pas que Riku se retrouve à faire tout le travail, quand je ne serai plus là pour l'aider. Et puis, je ne veux pas... j'ai déjà pas mal perturbé les choses. Je suis allée chez moi. Naminé, elle a retrouvé une seconde vie, depuis. Je ne veux pas la lui arracher. J'aimerais pouvoir faire en sorte qu'elle garde tout ce qu'elle a construit.

-Beaucoup de souhaits distincts, dans tes paroles.

-Je sais que je ne suis pas très claire, soupira Kairi, mais c'est ce que je pense. Et j'ai l'impression de passer à côté de quelque chose, de rater une opportunité en annulant le sort.

-Dis-moi, Kairi, que souhaites-tu vraiment ? Concentre-toi, et essaie de réfléchir. Je ne pourrai pas t'aider tant que toi-même ne le saura pas. »

La jeune fille avait longuement hésité, les yeux fixés sur la table, avant de donner sa réponse. Sa voix s'était cependant affirmée :

« Ça n'a pas changé, je veux toujours protéger Sora. Mais maintenant, je veux aussi protéger d'autres personnes. Naminé, cette Xion, même si je ne les connais pas. Roxas, aussi, et Riku... J'aimerais avoir le pouvoir de le faire.

-Et as-tu une idée de la manière dont tu voudrais t'y prendre ?

-Je pensais... si l'un d'eux se trouvait en danger, que je puisse me téléporter... peut-être revenir dans le corps de l'un d'eux...

-Je suis désolée, dit Yeul. Mes capacités sont limitées, comme je te l'ai dit. Je ne peux guère inclure dans la formulation de mon sortilège que ta Simili. »

Kairi réfléchit encore un peu, puis lâcha :

« Très bien. Alors, si Naminé se retrouve en danger, ou en détresse, que ça vienne de l'Organisation ou d'un autre, j'aimerais qu'elle puisse revenir ici, et j'aimerais prendre les choses en main. »

Yeul lui sourit.

« Je vois que tu as pris ta décision. »

« Oui, dit posément Yeul. J'avais vu ce qui allait se passer. Les visions me taraudaient depuis des mois, avant que Kairi ne franchisse cette porte pour la première fois. Kairi allait demeurer sur l'île, désespérée. Roxas et Xion allaient connaître leur perte et Axel les rejoindrait. Personne ne serait là pour se souvenir d'eux et pleurer leur sacrifice. Naminé disparaîtrait seule. Mais les souhaits de Kairi ont changé le futur et c'est pour cette raison que j'ai accepté. Je ne pouvais voir le futur qu'elle promettait et j'étais curieuse d'y assister.

-Tu as donc chamboulé le futur sans même savoir ce qui risquait de se passer.

-Leur destin est entre leurs mains. Je n'ai fait que leur ouvrir de nouvelles routes.

-Es-tu satisfaite, prophétesse ?

-Oui, comme je te l'ai dit. Même si toutes mes espérances ne se sont pas réalisées, il y avait un millier de futurs possibles et celui qui a été choisi n'était pas le plus sombre. Elle a réussi à arracher Xion et Naminé à leur sort. Quant à Kairi... » Elle regarda le ciel bleu où apparaissaient les premières lueurs du crépuscule. « … je sais où elle se trouve à présent.

-Tu connais son sort ? répéta Caius d'une voix intriguée. Après qu'elle ait perdu son corps ? Elle n'est pas morte ?

-Ce n'est pas aussi simple. » Elle l'avait vu en rêve, la veille. « Kingdom Hearts. S'ils s'y rendent, alors ils la retrouveront. Si elle ne les trouve pas avant. »


Une vague encercla leurs pieds, l'écume se répandant en frémissant, taquinant leurs chevilles. Leurs cheveux flottaient dans la brise marine, parsemés de grains de sable et de gouttelettes d'eau. Un temps magnifique, un ciel radieux sans le moindre nuage.

Il était si heureux de se tenir là, à ses côtés. Il glissa un coup d'œil vers la jeune fille qui lui retourna un regard complice et il sourit de toutes ses dents.

« Je suis tellement content d'être là avec toi, déclara-t-il.

-Moi aussi, dit la jeune fille. J'aimerais qu'on reste ainsi pour toujours et qu'on ne soit plus jamais séparés.

-Y a pas de raison », la rassura-t-il. Il regarda l'horizon, confiant. Une bonne journée s'annonçait. « Ne me dis pas que tu as l'intention de t'en aller ?

-Je suis contente de t'avoir retrouvé, dit la fille. Tout se passera bien, à présent. »

Elle lui prit soudainement la main, et Sora se retourna, mais elle ne le regardait plus, fixant à son tour l'horizon, d'un regard étrangement nostalgique.

Pourquoi n'as-tu pas répondu à cette question ? voulut-il lui demander, mais il avait peur de briser leur petit instant de paix.

« Tu ne me verras peut-être pas tout à l'heure, ajouta soudain la fille après un silence confortable, mais je ne t'aurai pas oublié. C'est certain. Je trouverai le moyen de revenir, je t'en fais la promesse. Alors, essaie de ne pas trop m'oublier, toi non plus.

-D'accord, mais... » Intrigué, Sora voulut lui demander pourquoi elle disait cela, mais l'éclat du soleil qui se réverbérait sur la mer l'aveuglait. Il voulait lui demander au moins son nom, mais une nouvelle vague s'engouffra entre leurs pieds, le déstabilisant brièvement. La fille ne parut nullement affectée : elle rit et resserra sa prise autour de sa main, l'empêchant de tomber à la renverse dans l'eau et elle avait l'air d'un ange.

« A plus tard ! »

Sora ouvrit les yeux. Il lui fallut quelques secondes pour comprendre où il se trouvait. La mer, la plage et la fille avaient disparu et... il se trouvait dans une grande pièce blanche ?

« Quoi... ? »

Bizarre. Pourtant, lui, Donald et Dingo étaient... Ah oui, ils cherchaient Mickey et Riku ! Et ils avaient décidé de passer la nuit à la belle étoile ? Alors pourquoi se réveillait-il dans cette étrange salle ?

Sora se frotta les yeux, s'étira et laissa échapper un long bâillement. Oh, il avait l'impression d'avoir dormi pendant des siècles !

« Sora ! »

Toute sa bonne humeur se rappela soudain à lui. Il tourna la tête et fit de grands signes à Donald et Dingo qui se précipitaient dans la salle par une petite porte.

« Te voilà, dit Dingo. On était dans un couloir et on savait pas où tu étais...

-Ouaip ! J'étais là ! »

Sora sauta à terre – il avait visiblement dormi dans une sorte d'immense niche en forme de... fleur ? Très étrange. Il n'avait pas le moindre souvenir d'être entré là-dedans, mais il se doutait bien que ses amis allaient l'aider à se rappeler ! Il se précipita vers ses ces derniers et se jeta sur eux, les bras grands ouverts. Donald faillit tomber à la renverse et rouspéta pour la forme tandis que Dingo l'intimait à ne pas s'énerver de bon matin.

« Qu'est-ce que c'est que cette chose ? dit enfin Donald en fixant la fleur de cristal d'un regard soupçonneux.

-Aucune idée, avoua Sora. Je me suis réveillé là-dedans. Vous savez où on est, au fait ? »

Les deux autres échangèrent un regard, puis secouèrent la tête.

« Non, dit Dingo. Nous, on dormait dans des espèces de petites fleurs en forme de tube, dans le couloir là-bas. Tu crois que quelqu'un nous aurait placés là ?

-Mais on a vu personne ! fit remarquer Donald. Oh non... Vous pensez qu'on aurait perdu nos souvenirs ?

-Bon, dit Sora. On n'a qu'à essayer de réfléchir très fort, les amis. Quelle est la dernière chose dont vous vous souvenez ? »

Silence.

« Bah, on s'était arrêtés dans cette grande prairie, pour passer la nuit, dit Dingo.

-Ouais, d'accord, et ensuite ?

-Bah... aucune idée.

-Alors ça ne nous avance pas du tout !

-Je crois, dit Sora. Je ne sais pas si ça peut nous aider, mais j'ai fait un rêve avant de me réveiller. » Les bras croisés, sourcils froncés, il fit de son mieux pour se souvenir sous le regard impatient de ses amis. « J'ai rêvé... d'une fille.

-Une fille ? Ta petite copine ? le taquina Dingo.

-Mais non, protesta-t-il avant de replonger dans ses pensées. Hmm... je crois qu'elle me disait qu'elle reviendrait. Peut-être que c'est elle qui nous a amenés ici ? Non, ça peut pas être ça. Elle me dit quelque chose... Ah mais oui ! C'est Kairi !

-Kairi ?

-Une amie d'enfance ! Une camarade de classe, sur les Îles du Destin ! Je me demande pourquoi j'ai rêvé d'elle... C'est très étrange...

-Humm, Sora ? »

Sora releva la tête. Ses deux amis le dévisageaient étrangement, puis Dingo risqua de pointer un doigt vers son visage.

« Sora, pourquoi tu pleures ? »