Chapitre LIV
Elle avait maigri et Hurley ignorait si c'était un effet secondaire du sevrage, anticipé et maîtrisé, ou si c'était elle qui refusait de se nourrir correctement. Il voyait une perfusion, mais il ne savait pas ce que ça lui apportait exactement. Était-ce plutôt un contrecoup vicieux de la substance dopante que Ray Dark avait fait mettre au point ? Le surfeur n'y connaissait rien et ne voulait pas vraiment savoir. Asha avait les traits tirés, creusés, le regard éteint, la tête basse et les épaules voûtées. En somme, elle paraissait vidée, amorphe. Ses yeux se posèrent pourtant sur lui lorsqu'il s'avança dans la chambre, et s'écarquillèrent tandis qu'elle se recroquevillait. Elle tira sur son drap, s'enroulant maladroitement dedans. Il n'en dépassa bientôt plus que son bras perfusé. Un bout de papier à la couleur criarde émergeait de son poing crispé. Hurley approcha lentement.
« Est-ce que tu reviendras me voir ? »
C'était le premier texto qu'il recevait d'elle depuis qu'il avait découvert le pot aux roses, le premier pas qu'elle faisait vers lui depuis qu'elle savait qu'il savait qu'elle l'avait trahi. Lui avait-elle envoyé ce message tout de suite après que les visites de tiers aient été à nouveau permises ? Ou avait-elle mis des jours à se décider, à y arriver, comme le surfeur pour venir jusqu'ici et lui faire face ? Il ne lui avait en tout cas pas répondu, aussi ne s'attendait-elle pas à le voir. Et même à présent qu'il se tenait là, debout près du lit, il ne disait toujours rien. Il aurait pu lui demander comment elle se sentait, si elle mangeait et dormait bien, si elle avait besoin de quoi que ce soit. Il aurait pu lui raconter ce qu'elle avait manqué, comme le match de Raimon contre ce qu'était devenue la Royale Académie. Il aurait pu lui arracher son drap et la forcer à le regarder dans les yeux.
Il aurait pu, oui. Il voulait ci ou ça. Tout et rien.
C'est alors qu'Asha ouvrit son poing, remuant les doigts jusqu'à ne plus tenir le post-it qu'entre le pouce et l'index. Elle prit la parole d'une voix grave, chaude, éminemment virile, peut-être la plus belle voix d'homme qu'Hurley ait jamais entendue. Mais pareille voix n'aurait pas dû être celle d'Asha.
-Tu veux… le reprendre ?…
Le surfeur considéra le papier, ce mot qu'il lui avait laissé et qu'elle semblait presque lui tendre. Il ne décolérait pas, non. Il ne pardonnait rien. N'aurait-il pas mieux fait de saisir cette chance qu'elle lui offrait de ravaler ses paroles et de passer à autre chose ? N'avait-elle pas utilisé sa voix précisément afin de le dégoûter, de le chasser ? Elle tressaillit aussi violemment qu'il s'assit brusquement à côté d'elle. L'instant suivant, il la serrait dans ses bras, enfonçant son visage dans son cou, grognant férocement contre le drap ;
-Non.
