Le lendemain, Juleka se réveilla si ensommeillée qu'elle décida de ne pas prendre de dormilove. Il fallait absolument qu'elle ait les idées claires pour mettre son plan à exécution. Elle ne fut prise que d'une seule quinte de toux en se brossant les dents, ce qui était plutôt encourageant. Cela voulait peut-être dire que sa maladie était en train de régresser.

Elle sentit son cœur s'envoler quand elle arriva dans la cour de l'école et qu'elle vit Rose qui l'attendait, rayonnante, radieuse, l'image même de la joie de vivre et de l'innocence. Quel ange… Elle avait tellement hâte d'être en fin de journée. Mais si jamais elle la rejetait… Non, elle préférait ne pas y penser.

Les cours commencèrent et Juleka réalisa qu'après tout, ne pas prendre son traitement n'était peut-être pas une si bonne idée. Sa gorge la démangeait horriblement et elle se sentait terrifiée à l'idée d'avoir une quinte devant tout le monde.

Elle réussit à rester assise à sa place et à patienter pendant une partie de la matinée. Cependant, à quelques minutes de la récréation, Rose se pencha à son oreille et lui poignarda le cœur en quelques mots :

- Tu sais, Ali m'a annoncé une super bonne nouvelle…

Juleka eut l'impression que le sol s'ouvrait sous ses pieds. Le souffle lui manqua, elle leva la main et s'écria :

- Madame ! S'il vous plait, je peux aller à l'infirmerie ?

Mme Bustier tourna la tête. Elle n'avait pas compris ce que Juleka venait de dire parce qu'elle marmonnait toujours autant mais elle vit au premier coup d'œil que celle-ci n'allait pas bien. Elle acquiesça et l'adolescente se précipita dehors. Sa gorge était devenue atrocement douloureuse et elle n'arrivait presque plus à respirer. Elle ouvrit la première porte qui se trouva devant elle, celle du placard où l'on rangeait les produits d'entretien, s'écroula à l'intérieur et vomit une montagne de pétales au goût doux-amer. Elle toussait, elle suffoquait et elle pensait que c'était fini.

Et puis elle sentit une main amicale se poser sur son épaule.

- Hanahaki ? demanda doucement la voix de Rose.

Juleka hocha la tête, la gorge trop douloureuse pour parler.

Rose l'enlaça par derrière en murmurant quelque chose qui ressemblait à « oh, non ! ». Evidemment, elle qui avait connu la maladie n'avait aucune envie de voir sa meilleure amie dans cette situation. Et puis, elle la fit pivoter avec une force surprenante pour une fille aussi délicate et elle l'obligea à la regarder.

- Ju, tu dois aller parler à cette personne.

- Rose…

- Tu DOIS le faire ! Si tu lui en parles pas, ça va te tuer et je ne veux pas perdre ma meilleure amie !

Meilleure amie. Ces mots furent comme un coup de poignard pour la pauvre Juleka. Il n'y avait donc aucune chance pour qu'elle devienne autre chose. Elle fut prise d'une nouvelle quinte et cracha une grosse poignée de pétales sur ses genoux.

Rose devint livide.

- Tout de suite ! cria-t-elle. Va le voir maintenant et dis-lui que tu l'aimes !

- C'EST TOI ! cria Juleka.

Et elle éclata en sanglots. C'était la fin.

Rose la fixa un instant, l'air stupéfait.

- C'est… moi ?

- Depuis la classe de quatrième, avoua très bas l'adolescente. Tu revenais de vacances, on était en classe et j'ai compris que ce serait toujours toi. Je suis désolée.

Rose ouvrit la bouche pour répondre, la ferma, puis attrapa Juleka par le cou et l'embrassa sauvagement. Juleka resta stupéfaite. Qu'était-il en train de se passer ?

- Moi aussi, énonça Rose, les larmes aux yeux. C'est toi. Je n'osais pas t'en parler parce que j'avais peur que ce ne soit pas réciproque.

Et elle la serra dans ses bras. Juleka ferma les yeux. Tout d'un coup, elle respirait mieux et le gout doux-amer dans sa gorge avait disparu. La maladie était vaincue.

Soudain, des applaudissements retentirent. Les deux filles tournèrent la tête et virent que leurs copines de classe étaient arrivées sans qu'elles les entendent. Marinette, Alya, Mylène et Alix, toutes arborant des sourires complices.

- Excellent ! s'écria Alya.

- Oui, félicitations ! ajouta Marinette.

- C'est tellement beau ! renchérit Mylène.

- Non mais, vous rigolez ? protesta Alix. J'avais fait des paris avec les garçons pour savoir quelle fille serait la prochaine à avoir son premier baiser. Personne n'avait prévu un ex aequo ! Merci, c'est sympa de me faire perdre cinq euros !

Elle ne râlait que pour la forme, ravie à la fois de voir ses amies heureuses et de contrarier Chloé, qui avait espéré être la suivante à se mettre en couple. Un peu gênées, Rose et Juleka se levèrent.

- Sinon, demanda Juleka en sortant du placard, c'est quoi, la bonne nouvelle avec le prince Ali ?

- Oh ! s'écria Rose. Son association va ouvrir une antenne à Paris ! Ils vont pouvoir aider des tas d'enfants malades ! C'est pas merveilleux ?

Ça l'était, en effet. Le prince ne pouvait pas annoncer une meilleure nouvelle.

- Il cherche des bénévoles, continua Rose, euphorique. On pourrait être bénévoles ensemble, non ? Tu pourrais jouer de la guitare pour les enfants !

- A propos de guitare, je t'ai écrit une chanson d'amour, ajouta Juleka à voix basse.

- Oh, c'est vrai ? J'ai vraiment hâte de l'entendre !

En riant, les filles rejoignirent leurs amies dans la cour, main dans la main. Le cauchemar était fini.

La fin!