CHAPITRE 11 : A chacun son combat, à chaque âme sa destinée

Depuis le sauvetage d'Harry, les journées de Severus étaient particulièrement plus longues, plus épuisantes et plus stressantes. En effet, subir les humeurs du Seigneur des ténèbres, exécuter ses ordres, n'avait jamais été aussi difficile. Ce dernier mettait littéralement le monde sorcier à feu et à sang et n'hésitait pas non plus à s'en prendre aux moldus. Sa colère et sa violence étaient sans précédent.

Faute de mieux, Severus était satisfait d'avoir réussi à transmettre quelques informations capitales à l'Ombre du Phoenix. Cela avait permis de sauver de nombreuses vies et de conserver des moyens indispensables à la résistance.

Néanmoins, tout cela le rendait terriblement las, il était temps que cela se termine car il en avait plus qu'assez.

La nuit était déjà bien avancée alors qu'il rentrait dans ses appartements pour tenter de prendre quelques heures de sommeil. Il se servit un verre de pur feu puis sélectionna un livre bien particulier dans sa bibliothèque et fut heureux de constater qu'Avry y avait déposé un nouveau message durant son absence.

Il s'agissait là, bien sûr, d'informations de la part d'Hermione. Il se posa dans son fauteuil et entreprit aussitôt de décacheter l'enveloppe et de décoder la missive.

Il s'agissait d'une bonne nouvelle. Potter avait partiellement recouvré la vue et s'entrainait d'arrache pieds afin d'être capable de se battre convenablement. Les troupes hétéroclites que l'Ombre du Phoenix avait rassemblées étaient prêtes à agir et certaines avaient d'ores et déjà pris place aux alentours de Poudlard. Kingsley Shacklebolt et Minerva McGonagall étaient parvenu à conclure des alliances difficiles mais essentielles. Désormais, ils n'attendaient plus que son feu vert pour se lancer à l'assault du château.

Severus fixa les mots qui noircissaient le papier et s'arrêta un moment sur le simple « H. » présent en bas de page puis, avant que son esprit ne s'égare trop loin, il recentra ses pensées car le temps était venu pour lui d'agir.

Ces derniers mois, il avait étudié plusieurs possibilités d'en finir avec Nagini et avait finalement choisit d'agir lorsque le serpent se rendrait sur son terrain de chasse préféré, à savoir, la forêt interdite. C'était le seul moment où le Seigneur des Ténèbres acceptait encore de se séparer de son familier. Le Serpent ne se lassait pas d'y chasser certaines victimes de son maître, qui prenait un malin plaisir à faire croire à ses prisonniers qu'ils avaient ainsi un infime espoir de s'échapper.

Quant à l'arme que Severus emploierait pour en venir à bout, elle s'était présentée à lui d'elle même. En effet, l'épée de Godric Gryffondor était apparu à lui une nuit. Bien entendu, il soupçonnait Dumbledore d'être derrière cela.

Il jeta le message dans l'âtre et le regarda partir en fumé. Il passerait bientôt à l'action et si tout se déroulait bien, le dernier horcruxe serait détruit et Harry mettrait un point final à l'existence de Voldemort.

Ensuite ? Ensuite, il pourrait lâcher prise une bonne fois pour toutes.

HG-SS

La nuit était noire et la demi-lune présente n'éclairait que quelques zones au travers du couvert des arbres si hauts et si denses de la forêt interdite. De la brume recouvrait partiellement le sol et semblait galoper devant lui. Severus s'approchait de Nagini l'épée serrée dans sa main droite et sa baguette dans la main gauche. Concentré au maximum, il ne lui semblait entendre que le glissement de l'animal sur le sol. Il réduisit encore la distance qui les séparait et attendit.

Le serpent avait trouvé une proie. Par chance, il ne s'agissait pas d'un être humain cette fois mais d'un animal. Severus se montra patient et guetta le moment où la vigilance de Nagini serait moindre. Il était quasiment indétectable pour la bête car il s'était aspergé au préalable d'une potion de sa composition qui réduisait son emprunte olfactive.

Quand la proie rendit son dernier souffle, étouffée, quelques instants plus tard Severus était prêt. Il s'élança et frappa de toutes ses forces. Malheureusement, cela ne fut pas suffisant et il prit de plein fouet la riposte de la bête qui l'envoya valser à plusieurs mètres. Il ne dut qu'à son habilité et ses reflexes aiguisés de ne pas être projeté contre un arbre et perdre connaissance. Néanmoins, il roula sur plusieurs mètres et le choc lui fit lâcher l'épée. Alors qu'il tentait de se remettre debout, une vive douleur irradia son épaule droite. Par Salazar, ce qu'il devait à tous prix éviter venait de se produire, il avait été mordu ! Malgré tout, réactif et prévoyant, il sortit de l'intérieur de sa redingote une fiole de couleur ambre et en but son contenu. Il allait lui falloir agir vite, son corps était habitué aux poisons mais le venin de Nagini était d'un tout autre niveau, il le savait pertinemment, lui qui avait réussi à sauver Arthur in extremis. Malgré tout ses efforts durant ces dernières années, il n'avait pas réussit à concocter un anti-venin digne de ce nom, simplement une potion qui en ralentirait les effets. Tout devait donc se jouer dans les prochaines minutes car petit à petit son corps commencerait par s'engourdir puis, il aurait d'affreux maux de têtes et enfin ce serait la paralysie.

Il entendait le serpent rôder autour de lui, son intérêt et son appétit aiguisé par un défi bien plus excitant à présent car il était bel et bien devenu sa proie. Il fit donc un effort considérable pour se relever, sa baguette toujours en main afin de se rapprocher de l'épée qui lui avait échappé. Mais, alors qu'il n'était plus qu'à un mètre à peine, il se figea en entendant une voix familière l'interpeller.

— Severus ! Que fais-tu ici ?! aboya Lucius Malfoy.

Puis une autre voix.

— Père, regardez, cette épée... constata Drago Malfoy.

"Misère que faisaient-ils là tout les deux", déchanta Severus que le doute de réussir sa mission assaillait soudainement. Il avait pourtant veiller à savoir où se trouvait tout les autres mangemorts. Des années à attendre ce moment, des jours à planifier son attaque et pourtant rien ne se passait comme il l'avait prévu. La situation devenait vraiment critique. Allait-il échouer ainsi aux portes de la délivrance ?

— Severus, explique toi !

— C'est tout toi, ça, Lucius ! cingla l'espion. Incapable de tirer tes propres conclusions même face à l'évidence.

— Tu essayes de tuer Nagini ?! Mais alors, depuis tout ce temps, c'est à cause de toi si j'ai perdu ses faveurs. Traître !

— Non, c'est impossible, pourquoi ferait-il une chose pareille ? questionna Drago abasourdi.

— Lucius, je te demande pour une fois dans ta vie de réfléchir à la situation dans laquelle tu te trouves et à l'avenir de ton fils ! Toi qui es venu requérir plusieurs fois mon aide. Reste en dehors de ça ! Laisse-moi faire ce qui doit être fait.

— Non, Severus, tu es fou ! Il nous tuera ! Drago, aboya-t-il. Ramasses l'épée ! Je vais l'appeler, dit Lucius Malfoy tout en relevant sa manche. Il est temps de reprendre la place qui est la notre à ses côtés.

— Père, attendez...

Mais avant que Drago n'ait pu développer davantage ou que Severus n'ait pu tenter quoique ce soit, le Seigneur des Ténèbres fit son apparition dans un tourbillon de noirceur.

— Ce ne sera pas nécessaire Lucius, siffla une voix sinistre avant de poursuivre en fourchelang.

Nagini le rejoignit, fière d'elle. Le mage noir avisa Severus blessé au bras et Drago tenant l'épée.

— Que se passe-t-il donc ici ? fit-il suspicieux.

— Maître, fit Malfoy en désignant Severus, il essayait de s'en prendre à votre familier mais fort heureusement Drago et moi sommes arrivés à temps.

Voldemort focalisa toute son attention sur Severus et ce dernier sentit que la situation devenait inextricable.

— Est-ce que c'est vrai, Severus ? questionna-t-il d'une voix étonnement calme.

Il se mit à lui tourner autour.

— Oui... on dirait bien que Nagini s'est défendue de toi et tu ne trouves rien à dire... Est-ce mon pouvoir que tu convoites ? Ouiiii, c'est cela, je le vois dans tes yeux à présent... fit-il impérieux en attrapant le menton de Severus. Tu pensais donc pouvoir profiter des derniers évènements pour prendre ma place ! Traître ! siffla le mage noir en le relâchant vivement. Endoloris !

Severus qui avait focalisé toutes ses forces sur son bouclier mental afin que le Seigneur des Ténèbres ne découvre pas ses véritables intentions, tomba à genoux et se tortilla sous l'effet du sortilège impardonnable qui lui mis tout les nerfs à vif.

— Severus, mon cher Sevreus... Je suis vraiment très déçu, toi que je considérais comme mon plus fidèle serviteur... Tu as cru pouvoir me détruire comme tu as détruit Dumbledore mais c'est moi qui décide du sort des autres ! C'est moi le plus puissant ! Qu'en dis-tu Nagini ? dit-il en lançant un maléfice coupant ce qui attisa considérablement l'envie de tuer du serpent.

Severus s'écroula complètement au sol cette fois. Du sang jaillissait abondamment de son cou et il tentait désespérément de contenir l'hémorragie en y plaquant ses mains.

— Repais-toi de lui, mène-le à l'agonie ! ordonna le mage noir en fourchelang.

Severus lança un regard à Drago et ce dernier se remémora les paroles de Severus la dernière fois qu'il l'avait remis sur pied alors qu'il était au plus mal.

"Drago, il viendra un jour où quelqu'un s'opposera à Lui. C'est pourquoi vous devez survivre encore et encore et alors peut-être que votre avenir pourra devenir moins obscur"

C'est ainsi qu'empli d'une rage sans nom et contre toute attente, Drago n'hésita pas, il combla la distance qui les séparait, brandit l'épée et trancha nette la tête du serpent qui s'était jeté sur Severus.

Le Seigneur des ténèbres qui n'avait rien vu venir, hurla et recula, comme ivre, tout en portant ses mains à sa tête. Sa fureur et sa douleur vibraient dans l'air.

— Drago, qu'as-tu fais ! s'exclama Lucius sous le choc.

Malgré la douleur qui le terrassait le Seigneur des ténèbres trouva le moyen de brandir sa baguette.

— Noooooon, cria Lucius tout en se jetant entre le sort mortel et son fils.

Drago qui tentait de venir en aide à Seveurs se retourna juste à temps pour voir son père tomber raide. Il venait de donner sa vie pour le sauver.

Avec le peu de lucidité qui lui restait, Severus, la main en sang, se saisit de sa baguette qui était au sol à ses côtés et jeta le sortilège de désarmement contre Voldemort.

Toujours déstabilisé et emprunt à une douleur déchirante ce dernier n'eut pas l'opportunité de riposter suffisamment tôt. Sa baguette voltigea dans les airs pour finir au sol plusieurs mètres plus loin.

— Drago, vite ! Avec moi ! Maintenant ! tonna Severus qui sentait plus que jamais ses forces l'abandonner.

Le jeune homme sous le choc, les larmes aux yeux, se détourna du corps sans vie de son père, saisit le bras tendu de Severus et ils disparurent en transplannant maladroitement.

HG-SS

— Le serpent est mort, c'est le moment pour Harry Potter et ses amis d'agir ! cria Avry à plusieurs reprises depuis la zone de transplannage du QG de l'Ombre où il venait d'apparaître en trombe.

Ce fut aussitôt le branle-bas de combat et un appel à la bataille résonna de tout les côtés, repris de ci et de là par tout un chacun.

— Miss, le maître est gravement blessé, poursuivit l'elfe alors qu'Hermione venait de le rejoindre, Harry sur ses talons.

— Hermione, tu dois aller auprès de lui.

— Mais Harry je ne peux pas te...

— Il n'y a pas de mais, enchaîna-t-il en prenant son amie par les épaules, ni aucune hésitation à avoir, occupe-toi de lui Hermione ! Ron et moi on se charge de Voldemort. Tu t'es occupée de presque tout jusqu'ici laisse-nous conclure cette guerre et occupe toi de Severus, il l'a plus que mérité. Je m'en voudrais jusqu'à la fin de mes jours si nous ne tentions rien pour lui et je sais que ce serait pareil pour toi.

Sans lui laisser le temps de protester, il l'embrassa sur la joue et parti rejoindre la première ligne. Hermione pouvait voir sur la passerelle supérieure Ron et Kingsley donner leurs ordres.

— Allons-y Avry ! dit Hermione qui ne comptait pas rester là à tergiverser des heures.

Le petit elfe pris sa main dans la sienne et ils transplannèrent au cottage. Aussitôt avait-elle mis le pied à l'intérieur qu'Hermione dégaina sa baguette.

— Malfoy, que fais-tu ici ! fit hargneusement la jeune femme en pointant sa baguette sur le blond qui s'en retrouva acculé contre le mur le plus proche.

Elle était prête à le tuer si nécessaire, la lueur dans ses yeux ne trompait pas.

— C'est Severus qui m'a amené ici, tenta-t-il de se justifier les mains levées en signe d'apaisement. Il nous a fait transplanner depuis la forêt interdite. Il, il a essayé de tuer le serpent, il était en mauvaise posture, le Seigneur des ténèbres allait le tuer et je.. je, j'ai ramassé l'épée puis mon père, mon père...

Le regard hagard de Drago fit comprendre à Hermione qu'il était en état de choc.

— Mon dieu qu'ai-je fais ! se lamenta le jeune mangemort en se recroquevillant sur lui même, se laissant glisser le long du mur de pierre.

La jeune femme lui colla alors une gifle retentissante et le remis sur pied avec autorité.

— Regarde-moi Drago ! Le serpent est bien mort ? Réponds ! Qu'en est-il de Nagini ?!

— Oui, il est mort et... mon père aussi.

Mais Hermione se détourna sans plus se soucier de lui car elle avait remarqué l'état critique de Severus sur le canapé. Il y avait du sang partout et Severus semblait évanoui.

— Par merlin, il faut arrêter cette hémorragie ! Dans cet état, c'est un miracle que vous ne vous soyez pas désartibulés !

Elle invoqua des bandages, déchira les vêtements du blessé pour voir l'étendu des dégâts, lança des sortilèges de soins rudimentaires tout en sachant que cela ne suffirait pas puis entrepris de panser du mieux possibles les plaies.

— Hermione, non, gémit Severus qui revenait peu à peu à lui.

Il avait du mal à parler et déglutissait difficilement. Son corps semblait très raide aussi.

— C'est trop tard, reprit-il laborieusement, le venin... condamné... va aider Harry... laisse-moi.

— Severus, je t'en prie laisse moi faire, fit-elle désespérée. Harry n'est pas seul et il ne veut pas que tu meurs, je neveux pas que tu meurs.

Sa respiration se faisait laborieuse à présent et il semblait avoir de plus en plus de difficultés à parler.

— Avry, vite ! Apporte-moi des potions de régénération sanguine et des anti-douleurs ! s'affola la jeune femme.

Le petit elfe se téléporta aussitôt dans le laboratoire de son maître et en reparu en à peine quelques secondes avec les flacons demandés.

— Tu dois me laisser partir, reprit cette fois Severus dans l'esprit de la jeune femme mais même en usant de la légilimencie il semblait très faible.

— Non. Je refuse. Pas tant que je n'aurais pas tout tenté, répondit-elle de vive voix.

— Ce n'est pas ce que je veux, tu le sais, poursuivit-il.

Mais elle ne l'écoutait pas.

— Je vais trouver un moyen de te garder en vie, il ne peut en être autrement !

D'un seul coup, Severus ferma les yeux et serra les dents de douleur. Au même moment, Drago se mit à hurler et à se tenir le bras sur lequel figurait la marque des ténèbres.

— Que se passe-t-il ? questionna la jeune femme.

— Il nous appel, il est déchaîné, il semble... acculé, répondit le blond avec difficulté. Raaaah c'est comme si toutes les cellules de mon corps aspiraient à le rejoindre, expliqua-t-il. J'ai l'impression que je vais me déchirer en deux.

Au bout d'une minute ou deux, qui parurent excessivement longues à nos protagonistes, l'appel sembla se calmer.

— Hermione, reprit Severus encore plus difficilement par la pensée, j'ai fait... ce que j'avais à faire et je n'ai pas peur de mourir, il y a des choses... des choses tellement plus atroces que la mort... et tu m'as offerts des instants merveilleux.

— Que serait hier sans demain ? repris Hermione les larmes aux yeux, tu m'as dit ça peu de temps après m'avoir sauvé, tu t'en souviens ? Je refuse de te laisser mourir sans rien tenter. Tu entends Severus, je refuse ! Severus ?

Mais il avait perdu totalement connaissance cette fois.

— Granger, que se passe-t-il ? Quest-ce que tout cela veut dire ? questionna le blond qui semblait avoir repris le dessus.

Elle s'affairait dans tous les sens afin de maintenir Severus en vie.

— Severus est un espion, répondit-elle machinalement. Harry est vivant et il est en train de se charger de Voldemort. Toutes les forces de la résistance sont engagées pour reprendre le château.

— Quoi ?! Mais alors... ma mère, je dois la rejoindre !

— Tu n'iras nulle part, dit-elle implacable en lui lançant un regard noir. Tu es en sécurité ici. Sans compter qu'Il pourrait t'utiliser contre nous.

— Tu ne comprends pas Granger, s'insurgea Drago aux abois, si le Seigneur des Ténèbres ne la tue pas alors tes amis s'en chargeront !

— L'Ombre du Phoenix n'est pas composée de tueurs sanguinaires, rétorqua la jeune femme. Si ta mère se rend, ou du moins agit intelligemment, il n'y aura pas de soucis.

— Elle ne sait pas pour mon père, elle ne sait pas que je suis en vie, elle va me chercher et...

— Avry peut la prévenir si Miss est d'accord, le coupa contre tout attente le petit elfe.

Hermione soupira et serra les poings de frustration. Comment pouvait-elle rester lucide alors qu'elle sentait la vie de Severus lui glisser entre les doigts. Elle devait garder la tête froide et réfléchir. Avry faisait preuve d'un courage exemplaire mais elle avait d'autres choses auxquelles penser. Elle devait sauver Severus ! Elle allait devoir recourir à la magie noire. Elle allait s'inspirer de ce qu'avait fait Severus pour Harry. Oui c'était ça la clef ! Une idée folle germa alors dans son esprit.

— Ta mère, elle ne porte pas la marque des ténèbres n'est-ce pas ?

— Non, en effet, répondit le blond.

— D'accord, alors Avry, tu la préviens et tu te débrouilles pour la ramener ici. Dis lui qu'il en va de la vie de son fils. Je vais avoir besoin de son aide pour sauver Severus.

— Avry s'en charge Miss, fit le petit elfe en disparaissant aussitôt.

— Merci Granger, merci.

— Ce n'est pas pour toi que je le fais Malfoy.

HG-SS

Les deux femmes étaient à bout de souffle. Elles avaient passé plusieurs heures à maintenir Severus en vie et à travailler de concert pour le plonger dans une léthargie salvatrice. A présent, il était dans son lit plongé dans le coma et les deux femmes étaient épuisées.

— Un verre ? demanda Hermione.

— Ce n'est pas de refus.

Elle s'approcha du bar et leur servit deux pur-feu.

— Sans votre aide j'aurais perdu un temps précieux. Vos connaissances en potion sont impressionnantes.

— Héritage familial. Je dois dire que vous avez un sacré potentiel pour...

— Pour une née-moldue ? compléta Hermione amère. Ne croyez-vous pas qu'il est plus que temps d'en finir avec vos préjugés ? Votre mari est mort Narcissa, Drago a subit l'enfer à cause de vous et de vos visions suprémacistes.

— Vous avez... plus que raison. Toutes mes excuses pour ces mots et pour... tout le reste.

Elles burent chacune une gorgée en silence après cela. La tentative de Narcissa semblait sincère mais trop de choses s'étaient passées depuis des années pour que cela ait un reel impact en cet instant. Toutes les deux le savaient pertinemment.

— Vous semblez beaucoup vous soucier de Severus, constata Narcissa au bout d'un moment.

— Oui. J'imagine que cela doit vous sembler déplacé ?

— J'ai vu des choses bien plus choquantes tout au long de ma vie. Severus est un homme bien. Sans lui, Drago et moi ne serions déjà plus de ce monde. A vrai dire, j'ai toujours senti quelque chose de différent chez lui sans pouvoir déterminer de quoi il retournait. Je comprends mieux aujourd'hui.

— Vous feriez bien de ne jamais l'oublier. Tout comme la clémence dont je fais preuve en vous laissant partir.

— Je suis loin d'être un modèle de vertu mais je sais ce que je vous dois Miss Granger, à vous et à Severus. Si je peux un jour vous prouver ma reconnaissance alors je le ferai.

Les deux femmes se fixaient intensément du regard sans animosité mais sans bienveillance non plus.

— Je crois qu'il est temps que Drago et moi partions, enchaina Narcissa après avoir posé son verre.

Elle s'empara de son manteau l'enfila et sorti sans plus de cérémonie. Une fois à l'extérieur Narcissa s'adressa à son fils.

— Drago, il est temps d'y aller.

— Comment va Severus ?

— Il est entre de bonnes mains. Je ne peux rien faire de plus pour l'aider. A présent, il nous faut quitter ce pays.

— J'aimerais dire un mot à Hermione.

— D'accord mais fais vite.

Il entra et s'avança, avec une attitude qu'Hermione ne lui avait jamais vu. Malgré la crasse et la fatigue elle eut la sensation de voir Drago tel qu'il était pour la première fois. C'était très étrange.

— Hermione, je sais que rien n'a jamais été simple entre nous, j'ai fait tout les mauvais choix. Mais aujourd'hui je veux te remercier. Sans ton aide, sans celle de Severus, sans Potter aussi... Je suis désolé. Si c'était à refaire, je me battrais à vos côtés et je veux que tu saches que cette chance que tu nous offres à ma mère et moi, je ne la gâcherai pas.

— Severus avait foi en toi, lui répondit-elle sincèrement. Ouvre les yeux sur le monde qui t'entoure Drago, deviens quelqu'un de meilleur et fais le pour toi avant tout.

Elle lui tendit la main. Surpris, il avança la sienne à son tour.

— Adieu Hermione, dit-il en lui serrant la main fermement.

A peine la porte du cottage fut-elle refermée qu'elle les entendit transplanner.

HG-SS

Hermione avait donc laissé Drago et Narcissa partir puis elle avait continué à veiller sur Severus jusqu'à ce qu'un patronus lui parvienne de la part de Minerva. Voldemort avait enfin péri, Harry et les membres de l'Ombre l'avait terrassé lui et ses mangemorts. Le château avait été repris. Les combats étaient finis. Ils avaient gagné cette guerre et une période de deuil et de reconstruction s'ouvrait.

Après cela Hermione resta au chevet de Severus, seule, encore quelques heures durant lesquelles elle guettait le moindre de ses mouvements, la plus infime variation dans sa respiration.

Une équipe de médicomages urgentistes fini par arriver. Hermione expliqua dans les grandes lignes les soins, sortilèges et potions qui avait été administré à l'espion, sans s'étendre sur la magie noire pratiquée pour le maintenir en vie. Les médicomages après s'être assuré que le patient était stabilisé, emmenèrent Severus laissant alors une impression de vide à la jeune femme. Sensation plus dérangeante encore qu'elle s'accompagnait du pressentiment qu'elle ne reverrait plus l'espion.

En effet, elle n'avait pas pu accompagner Severus à Sainte-Mangouste, surchargé et le protocole de l'hôpital magique lui interdisait de rendre visite au patient tant qu'il n'était pas réveillé et sorti des soins intensifs. Kingsley lui avait assuré avoir mis la chambre de Severus sous la surveillance de deux Aurors, elle ne pouvait donc rien faire de plus pour lui et elle détestait se sentir impuissante.

Résignée elle avait donc rejoint ses amis à Poudlard et s'était plongée dans diverses tâches allant de soins, à l'évacuation de victimes, en passant par l'organisation d'un gouvernement provisoire. La jeune femme avait été énormément sollicitée et lorsqu'elle eut le loisir de choisir que faire de sa personne, elle décida de retourner au cottage pour y prendre un peu de repos. C'était le seul lieu où elle avait envie d'être. Le seul lieu dans lequel elle se sentait proche de Severus.

Elle n'était pas la seule à avoir fait un choix singulier, certains souhaitaient être un peu seuls pour laisser retomber la pression, pour pleurer leurs morts ou tout simplement s'imprégner de la nouvelle réalité, a contrario d'autres voulaient faire la fête toute la nuit et plus encore, d'autres encore tentaient de rassembler leur famille dispersée au gré des conflits et des années.

Lorsqu'elle pénétra la demeure, il lui sembla bizarrement y entrer pour la toute première fois et ne pas y être à sa place. Severus était entre la vie et la mort et elle était là avec la perspective incertaine de pouvoir le revoir.

Avry avait déjà nettoyé toutes les traces de sang et le désordre qui y avait été semé dans l'urgence quelques jours plus tôt.

Hermione s'assit dans le canapé.

La cape de Severus, débarrassée de toute trace de la lutte qu'elle avait connue, était pliée adroitement sur la table basse et Hermione en caressa distraitement l'épaisse étoffe. Y percevrait-elle encore son odeur ?

— Miss, désirez-vous quelque chose ? questionna le petit elfe.

Mais Hermione ne l'entendit pas tant elle était plongée dans ses pensées.

— Miss, souhaitez-vous qu'Avry fasse quelque chose pour vous ? Miss ?

— La seule chose que je souhaite Avry, c'est qu'il se réveille, répondit-elle piteusement en prenant finalement conscience des tentatives du petit elfe.

Lorsqu'elle aperçu en se tournant vers lui, sa mine contrit, les bras le long du corps reflet total de son propre désarroi, Hermione compris qu'il se sentait impuissant lui aussi.

— Avry voudrait lui aussi que son maître se réveille, Miss.

— Oui, naturellement, je le sais bien, lui répondit Hermione en tendant la main pour la poser sur son bras mince.

En retour, il lui sourit chaleureusement.

— Quoi qu'il arrive au Maître à présent, Miss ne doit pas s'en vouloir car Avry sait que Miss à fait de son mieux. Le maître ne voudrait pas que Miss soit malheureuse et Avry non plus.

La jeune femme fut touchée par tant de sincérité.

— Merci Avry, répondit-elle émue, tu as raison, je ne dois pas me morfondre. Ca va aller, je te le promet, termina-t-elle en séchant ses larmes et en se voulant rassurante. Que dirais-tu de me préparer du thé, je vais aller prendre une douche et je serai heureuse de pouvoir en boire une tasse ensuite.

Le petit elfe, satisfait de son effet, acquiesça avant de s'éclipser.

HG-SS

Le lendemain alors que l'aube touchait à sa fin, Hermione fut réveillée par une visite inattendue.

Elle entendait depuis la chambre qu'Avry parlait avec déférence à quelqu'un. Etant donné qu'elle n'avait laissé les coordonnées du cottage qu'à Harry elle ne fut pas surprise de le trouver dans le salon.

— Harry.

— Hermione, j'ai une mauvaise nouvelle, dit-il de but en blanc.

— Severus ? interrogea-t-elle la gorge soudainement très sèche, s'attendant au pire.

— Oui. Il s'est réveillé, il va bien du moins d'après les derniers relevés automatisés.

— Que veux-tu dire ? questionna la jeune femme.

— Il a quitté Sainte Mangouste avant qu'un médicomage ne l'ausculte.

— Quoi ? Mais cela n'a aucun sens. Et puis, il n'est pas ici, dit-elle déconcertée. Où est-il allé ?

— C'est la raison de ma venue. Il semble qu'il soit parti, Hermione, qu'il ait même quitté Londres. Il a quitté l'hôpital en plein milieu de la nuit, les aurors ne s'en sont rendu compte que ce matin et en ont informé Kingsley. Severus a laissé des lettres. Tiens, voici la tienne.

— Qu'est-ce que... murmura la jeune femme décontenancée tout en se saisissant de la missive d'une main tremblante.

Hermione,

Je ne voulais pas survivre mais tu en as décidé autrement. Est-ce que je t'en veux ? Je n'en suis pas sûr. Mais, une chose est certaine, je dois faire avec et, pour cela, je dois partir.

Il est temps que tu vives ta vie. Une vie moins dangereuse et plus heureuse. Que tu fasses des projets d'avenir.

Contrairement à toi, je n'appartiens pas au monde magique de demain. Il te tend les bras, tu dois saisir cette opportunité de changer les choses comme tu l'as toujours voulu.

Je sais que c'est moi que tu aurais voulu réhabiliter mais je me suis perdu dans les affres de cette guerre il y a bien longtemps, tu le sais.

Pour la première fois de ma vie, je suis le seul maître de mon destin et je dois me confronter à cela, seul.

Sache que je n'ai ni excuses, ni regrets nous concernant. Jamais je n'aurais pensé ressentir cela à nouveau.

Ton avenir n'est pas avec moi. Oublie moi si c'est l'unique moyen pour toi d'avancer, je ne t'en voudrai pas.

J'aurai toujours une pensée pour toi, pour la femme si courageuse et déterminée que tu es. Je n'oublierai jamais combien tu m'as fait confiance et je te souhaite le meilleur.

N'essaye pas de me retrouver.

Severus

Un sanglot s'échappa de la gorge de la jeune femme qui ferma les yeux pour tenter de retenir ses larmes.

— Hermione, tu ferais mieux de t'asseoir.

Elle renifla bruyamment et tenta de garder contenance.

— Ca va aller, Harry, ne t'en fais pas mais je préfèrerais être seule si tu veux bien.

— Oui, je comprends. Je sais combien cela doit être difficile pour toi. Il m'a laissé une lettre à moi aussi. Si tu as besoin de quoi que ce soit... ft-il en lui serrant la main, je suis là.

— Merci, fit-elle sincèrement, mais je ne veux pas en parler pour le moment, j'ai besoin d'y penser.

— Entendu, je te laisse alors, je serai au château toute la journée avec Ginny et les autres.

Harry l'embrassa amicalement sur le front puis prit la direction de la sortie.

— Avry ? appela-t-il néanmoins après s'être éloigné.

— Oui, Monsieur Potter ?

— Prends soin d'elle.

— Toujours Monsieur.

HG-SS

Hermione était à l'extérieur du cottage. Debout face à l'immensité du paysage qui s'offrait à elle, les bras le long du corps. Dans sa main droite, elle tenait la lettre de Severus détrempée par la pluie battante qui venait de se mettre à tomber comme si son âme l'y avait incité.

Elle pensait à lui bien évidemment. A ses mots, à ses gestes, à la façon subtile qu'il avait de sonder son âme et son cœur. A tout ce temps passé à suivre son enseignement, à collaborer durant leur étrange partenariat. A tout ce qu'ils avaient ressentis mais qu'ils ne s'étaient pas dit. A cette nuit qu'ils avaient passé à s'aimer en laissant de côté leur peur, leurs doutes... en existant rien qu'au travers des sensations de l'autre.

Elle pensait à tout ce qu'il avait été dans sa vie, à tout ce qu'il avait fait et aujourd'hui, surtout, à l'homme derrière ce masque de froideur et de sarcasmes qu'il avait peu à peu laisser tomber au fil de leurs échanges.

Ses yeux d'un noir profond, son visage anguleux, son nez qui lui donnait tant de caractère, sa voix, sa prestance, son intelligence, sa combativité, même son côté sombre... Hermione aimait tout cela chez Severus. Elle aurait tant aimé pouvoir apprendre à mieux le connaitre sans ce poids qu'il avait eut à porter toutes ces années.

L'espoir avait été très maigre au départ puis les chances de Severus de s'en sortir avaient considérablement augmentées mais, malgré cela, il était parti loin d'elle.

La pluie tombait et emportait ses larmes. Son cœur semblait prêt à exploser car tant de sentiments s'y concentraient alors. De la joie car il était vivant. De la peine car il avait décidé de partir. De l'amour, du respect, de la compassion, de la frustration, de la tristesse...

Hermione laissa libre court à toutes ses emotions, elle se jurait de ne plus pleurer par lui ensuite. Malgré sa peine, elle comptait bien se tourner vers l'avenir car elle savait que, d'une certaine manière, il avait raison et elle en avait toujours eu conscience. Jamais il ne l'avait laissé espéré, toujours il s'était montré honnête. Leur rapprochement n'était qu'une parenthèse dans une période dure. Un moment de faiblesse, un besoin de réconfort auquel ils avaient cédé. Oh beaucoup de choses les rapprochaient, ils avaient bien plus de points communs qu'ils ne l'auraient pensé au premier abord. Tout deux possédaient une détermination sans faille. Avoir pu se donner à l'autre comme ils l'avaient fait était déjà exceptionnel, Hermione en avait conscience.

C'est pourquoi, elle conserverait ses souvenirs et les chérirait. Il avait décider d'avancer et elle devait en faire de même.

Elle parcourut une dernière fois les mots que Severus avait bien voulu coucher sur le papier, les dernières paroles qu'il avait pour elle.

— Miss, vous devriez rentrer avant d'attraper du mal, fit le petit elfe après avoir fait son apparition à ses côtés.

Il s'approcha davantage et saisit de sa petite main osseuse la main gauche de la jeune femme.

Hermione rendit à Avry son geste en lui serrant à son tour la main puis, elle leva le bras droit devant elle. Ferma les yeux et tout en ayant une dernière pensé pour Severus, elle laissa sa lettre partir au loin emportée par le vent.

— Rentrons, Avry. Du travail nous attend.

— A vos ordres Maitresse, Avry est là pour vous aider.

Le cœur lourd mais l'esprit plus léger, Hermione tourna les talons bien décidée à marcher vers son avenir car après tout c'était en quelque sorte la dernière volonté de Severus.

C'est ainsi que du jour au lendemain, Severus Snape avait disparu de leurs vies à tous. Et tous s'étaient fait une raison, même Harry. Qui étaient ils pour refuser à un homme la liberté à laquelle il avait toujours renoncé ? A l'anonymat qui lui permettrait de vivre enfin ? À l'exil et la solitude qui seules lui permettraient de trouver un semblant de paix ?