Auteur : Lady Zalia
Type : Post-Poudlard. Aventure, Romance. Pairing [Harry/Drago].
Résumé du chapitre précédent : Harry et Drago commencent à sortir ensemble mais plusieurs menaces les guettent…
Disclaimers : Ouiiii je sais j'ai une semaine de retard. En ce moment j'accueille mon neveu et bien entendu je ne peux pas passer des journées entières à écrire sur mon ordinateur. ^^ Malgré tout je suis contente de ce chapitre. La première partie est très fluff. Ensuite il y a un long POV de Drago, qui sera compensé par un long POV de Harry dans le chapitre suivant. 😉 Je ne vous en dis pas plus sur ce que j'ai prévu, mais j'ai été gentille XD. Bonne lecture, en espérant qu'il vous plaira !
Chapitre 6
Le dimanche matin, Harry s'était réveillé plus heureux qu'il ne l'avait été depuis bien longtemps.
Si quelqu'un lui avait dit 5 ans plus tôt qu'être en couple avec Drago Malefoy lui apporterait autant de bonheur, il lui aurait sans doute jeté un sort tant c'était invraisemblable, et pourtant c'était vrai.
La veille, en rentrant du concert, il avait annoncé sa volonté au Serpentard qui avait accepté avant de l'embrasser. Il s'était endormi en chérissant ce souvenir sur ses lèvres et aujourd'hui il avait hâte de recommencer.
Bien sûr, tout n'était pas idyllique. Il y avait Lucius Malefoy, dont Drago était persuadé qu'il le tuerait s'il apprenait la vérité. Et Ginny, qui s'était montrée si retors depuis leur séparation, qu'il ne pouvait s'empêcher de craindre un mauvais coup de sa part.
Durant la première semaine de vacances, Drago serait chez ses parents, et c'était malheureusement la seconde semaine où son ex-femme avait accepté de lui remettre James. Cela signifiait donc qu'ils devaient se garder de toute proximité devant son fils, s'il ne voulait pas que celle-ci l'apprenne, car confier un tel secret à un enfant de 4 ans restait hautement hasardeux.
En attendant, il restait encore 7 jours avant le 21 décembre, soit une semaine complète pour profiter de son nouveau "petit ami" avant qu'ils ne soient séparés. Tout cela était encore très nouveau pour lui et il ne savait pas trop comment réagir face à ce désir qu'il ressentait pour le potionniste, néanmoins il avait confiance en Drago pour ne pas le brusquer. Il se doutait que les choses allaient être différentes d'au début de sa relation avec Ginny, d'autant qu'ils étaient obligés de se cacher, heureusement ils pouvaient aller dans le monde moldu pour sortir ensemble, et le concert avait d'ailleurs été une délicieuse expérience.
Harry consacra sa matinée à corriger ses copies et préparer ses cours, mais il ne pouvait s'empêcher de penser au Serpentard, ce qui le déconcentrait fréquemment. Il voulait se débarrasser de son travail afin d'avoir l'après-midi de libre cependant lorsque l'heure du déjeuner arriva, il était loin d'avoir terminé.
Il reposa sa plume avec un soupir de dépit, et vérifia son apparence avant de quitter son appartement. Il pouvait déjà sentir la nervosité le gagner alors qu'il n'était pas encore dans la Grande Salle, allait-il seulement réussir à rester imperturbable lorsqu'ils seraient côte à côte à table ou en salle des professeurs ? Il le fallait. Il se concentra un instant sur sa respiration tandis que des petits groupes d'élèves le dépassaient en bavardant, et lorsqu'il arriva au rez-de-chaussée, il avait retrouvé sa sérénité.
Tout au bout de la salle, il pouvait déjà voir Neville et Drago côte à côte, en train de discuter ensemble. Il sourit largement et parcourut les derniers mètres en se répétant mentalement de rester naturel.
- Bonjour tout le monde ! Bon appétit.
La plupart de ses collègues avaient déjà commencé à manger et ils lui répondirent pareillement tandis qu'il s'asseyait aux côtés de Drago.
- Salut Harry ! Comment vas-tu ? Drago m'a dit que vous aviez passé une bonne soirée ?
C'était Neville qui avait pris la parole avec son habituelle bonne humeur. Il était en train de piquer ses frites avec appétit et Harry sourit en pensant à Ron.
- Ça va super, merci. Le concert était génial, j'ai hâte de recommencer. Et toi ?
- Une soirée et une matinée tranquille. J'ai hâte aux vacances pour pouvoir faire la grasse matinée. Je veux du silence et mes plantes pour seule compagnie.
- J'imagine que tu vas passer Noël avec ta grand-mère ?
- Ouai, je pars dimanche prochain comme Drago, mais je ne vais pas passer la semaine avec elle. Je compte bien voir Hannah aussi souvent que possible.
Ses joues avaient légèrement rosi à la mention de sa petite amie, et Harry se demanda comment il pouvait supporter cette relation épisodique.
- Tu la salueras de ma part. Ça fait longtemps que je ne l'ai pas revue, je crois même que ça fait plusieurs années. Il faudrait qu'on s'organise une petite réunion des anciens de l'AD.
Neville hocha la tête avec enthousiasme tandis que Drago avait froncé les sourcils.
- L'AD ? C'est l'acronyme pour quoi ?
- Armée de Dumbledore. Tu ne te souviens pas, en 5e année ? Toi tu faisais partie de la Brigade Inquisitoriale, et nous avions monté un petit groupe d'élèves. On se réunissait dans la Salle-sur-Demande jusqu'à ce que cette grosse truie d'Ombrage nous choppe.
Le potionniste fit la moue en hochant la tête.
- Ça me revient. Définitivement pas le genre de réunion où je vous accompagnerais, donc.
- Ce serait dommage. On pourrait faire une réunion des anciens de Poudlard, pas seulement de l'AD.
- Tu serais prêt à inviter d'autres anciens Serpentards ?
Drago ne semblait pas convaincu mais Harry était déterminé à ce qu'il ne se sente pas exclu.
- Et bien pourquoi pas ? Tout le monde a évolué, non ? Si nous qui étions des ennemis jurés arrivons à devenir amis, c'est bien la preuve que les autres le peuvent aussi.
Neville s'éclaircit la gorge en produisant un son qui ressemblait beaucoup à "Ron" et Harry roula des yeux.
- Je parlerai à Ron avant. Tu es resté en contact, Drago ? Que sont-ils devenus ?
- Pansy tient un nightclub sorcier en périphérie de Londres. Blaise est devenu avocat. Theodore Nott travaille au Département des Mystères. Daphnée a épousé Felix Rosier et ils ont eu un enfant. Je n'ai pas gardé contact avec Tracey, Millicent ou Pike, entre autres. Et Gregory, et bien j'imagine que tu sais qu'il est à Azkaban.
Un silence gêné succéda à cette réponse tandis que Harry avait acquiescé. Il avait lui-même fait partie des Aurors chargés de la capture et ne se souvenait que trop bien d'à quel point le Serpentard avait sombré après la guerre.
Neville tapa finalement dans ses mains pour attirer leur attention.
- Je pense que cette réunion des anciens élèves est une bonne idée. On pourrait privatiser une salle au Chaudron Baveur. On verra pour fixer une date au printemps, histoire de laisser à tout le monde le temps pour se rendre disponible.
Ils terminèrent de manger dans la bonne humeur, et alors qu'ils s'apprêtaient à monter dans les étages pour rejoindre son appartement, Harry s'aperçut que Drago avait amené avec lui une grosse boîte qu'il faisait léviter à l'aide de sa baguette.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Un tourne-disque enchanté ainsi que quelques vinyles de ma collection. Nous avons tout l'après-midi devant nous, n'est-ce pas ?
Son sourire était espiègle et bien que la phrase paraisse totalement innocente, Harry sentit un frisson d'anticipation le traverser. Neville les regarda tous les deux et paru sur le point de dire quelque chose avant de se raviser et fermer sa bouche. À la place, un large sourire illumina son visage, et Drago secoua la tête.
- Ne va rien t'imaginer. J'ai promis à Harry de lui faire découvrir la vraie musique et je compte bien tenir parole.
C'était sans doute une manière de rappeler au botaniste de tenir sa langue, car il semblait si heureux pour eux qu'il ne cessait de sourire en passant de l'un à l'autre.
- Oui je suis certain que Harry sera très attentif à tes leçons. Vous m'excuserez, mais moi et mes plantes nous préférons la musique douce. Je vous rejoindrais pour prendre le thé.
- Volontiers. À tout à l'heure.
Ils rejoignirent tranquillement les appartements de Harry, mais à peine la porte fut-elle refermée que Drago l'attira contre lui pour un baiser passionné. Immédiatement, il se sentit fondre dans son étreinte tant elle était douce. Les mains chaudes du Serpentard tenaient son visage, mais il n'y avait rien d'impérieux, et Harry se lova contre lui, enserrant sa taille de ses bras.
Il avait immédiatement répondu à son baiser, laissant sa langue envahir sa bouche avec cette délicieuse sensation d'apesanteur. Il pouvait sentir le goût de son repas. Drago aimait manger épicé et sa bouche était encore chaude du plat qu'il avait dégusté quelques minutes plus tôt.
Harry soupira de bonheur. Il avait cru que ce serait compliqué d'embrasser un autre homme, mais c'était si simple, si instinctif. Il pensait déjà ne plus être capable de s'en passer.
Ils se séparèrent finalement après plusieurs minutes pour rejoindre le canapé. Drago sortit son tourne-disque de sa boîte ainsi qu'un premier vinyle qu'il déposa précautionneusement sur l'appareil.
- Voici le groupe "A Perfect Circle". Il est étiqueté "métal alternatif" mais tu vas voir, la plupart de leurs musiques sont assez calmes, très mélodiques. C'est comme une colère contenue qui monte lentement en intensité avant d'exploser. Le chanteur chante en voix claire, porté par le rythme des deux guitares et de la basse. Le groupe compte 5 membres très doués musicalement. L'une de mes chansons préférées s'intitule "Imagine". Elle est à la fois triste mais aussi très belle.
Il semblait intarissable sur le sujet, et il lui fit écouter plusieurs albums, l'abreuvant d'informations sur les groupes comme il aurait pu parler de Quidditch ou de potions. Et pourtant, c'était des groupes moldus, des instruments qui n'existaient même pas dans le monde sorcier, pour ce que Harry en savait. Mais Drago s'était renseigné, avait discuté avec des moldus pour découvrir leur culture, sans préjugé, sans mépris.
Il ne restait plus rien de cette discrimination qu'il s'appliquant tant à exprimer du temps de leur scolarité, et Harry en fut impressionné. Drago avait été élevé dans ce milieu, bercé par ces paroles, et malgré toute son enfance, il avait réussi à faire table rase du passé pour se créer une nouvelle culture, une nouvelle identité.
- C'est fascinant toutes ces informations que tu as pu récolter. Tu es devenu incollable.
Le Serpentard secoua la tête en souriant.
- Oh non, il existe tellement, tellement plus de groupes et de styles ! Tu n'imagines pas. La culture moldue est inépuisable. Évidemment, ils sont bien plus nombreux que nous, mais je m'étonne tout de même régulièrement de découvrir de nouveaux groupes. C'est ce qui est si excitant. À chaque concert, il y a une première partie jouée par un groupe moins réputé, et c'est une découverte presque à chaque fois. Et tu ne sais jamais quelle musique va être jouée. Tu sais, après la guerre, je me suis plongé dans les études pour oublier. J'avais tellement de cauchemars, tellement d'angoisses. J'aurais pu devenir cinglé. Alors je me suis épuisé en lisant des centaines de livres, je me suis abruti pour ne plus penser, ne plus avoir ni le temps ni l'énergie de réfléchir à tout ce qui s'était passé pendant la guerre. Je voulais aussi être le meilleur pour prouver que je n'étais pas que ça, un Mangemort. Mais lorsque j'ai obtenu mon diplôme, je ne savais plus quoi faire. C'est à ce moment-là que j'ai commencé à fréquenter les bars moldus, essentiellement pour boire. J'étais déprimé par ce que je pensais alors être l'absurdité de ma vie. J'avais toujours fait des efforts pour les autres. Pour recevoir l'approbation de mon père, le respect du Seigneur des Ténèbres ou l'admiration de mes camarades. Bref… J'ai découvert la musique des moldus, et notamment le métal. Je me suis demandé s'il y avait une forme de magie dedans, j'étais stupéfait à quel point cela semblait être parfaitement adapté à mon humeur, à mon état d'esprit. C'était quelque chose que j'avais toujours voulu entendre sans le savoir. Ça m'a libéré.
- Je suis impressionné. Tu t'es plongé dans la culture moldue comme ça, sans personne pour te guider. Juste parce que tu étais curieux.
- Tout ce en quoi je croyais enfant, toutes mes certitudes avaient été détruites. J'avais besoin d'une nouvelle culture, de rebâtir une identité en quelque sorte. Et puis j'avais besoin de me cacher du monde sorcier. J'avais honte de mon homosexualité mais aussi du fait que j'étais un Mangemort reconnu.
Harry posa instinctivement son regard sur son bras gauche, là où devait se trouver la marque, ou tout du moins sa cicatrice. Drago était toujours manches longues quand il était à Poudlard, mais la veille il n'avait pas hésité à se mettre en t-shirt pour aller au concert.
- Aujourd'hui, plus personne ne te voit comme un Mangemort.
Le Serpentard referma ses bras autour de ses épaules en un geste instinctif, comme s'il voulait se protéger de l'extérieur.
- Toi peut-être, mais je t'assure que ce n'est pas le cas de tout le monde. La plupart de nos élèves sont trop jeunes pour le savoir, mais quand je me promène au Chemin de Traverse, je vois le regard des gens. Certains ne se privent pas pour me le rappeler, encore récemment. Toi-même en début d'année…
Le Gryffondor s'empressa de le prendre dans ses bras.
- Je suis désolé. Tu sais que je n'étais… pas bien. Mentalement. Je ne voulais pas de ce travail et je détestais tout le monde. Je voulais quelqu'un face à qui je pourrais cracher mon venin et me sentir légitime. J'étais stupide et je m'en suis voulu. Je m'en veux encore. Je ne laisserai personne t'insulter devant moi.
Drago sourit tristement.
- Je ne suis pas une demoiselle en détresse que l'Élu doit sauver. Je préfère les ignorer. Cela ne sert à rien d'argumenter, et cela amènerait des questions gênantes. Le simple fait que toi, Harry Potter, soit en couple avec moi… Ça me donne l'impression d'être invulnérable.
Il caressa doucement sa joue, et Harry prit conscience de sa position. Dans sa volonté de réconforter le Serpentard, il s'était installé sur ses cuisses, et Drago ne semblait pas vouloir le laisser s'éloigner à nouveau. Il avait entouré sa taille de son bras gauche avec un mélange de tendresse et d'espièglerie, et Harry se laissa faire. Ils s'embrassèrent davantage, perdus dans l'instant présent, juste à profiter l'un de l'autre, dans cette douceur et cette chaleur qui n'appartenait qu'à eux seuls.
Le Survivant aurait voulu graver dans sa mémoire cette insouciance qu'il n'avait que trop peu connue. Ils étaient si bien, juste l'un contre l'autre. Drago avait étendu ses jambes le long du canapé et Harry s'était allongé contre lui.
Ils restèrent sans doute plus d'une heure presque sans parler, uniquement bercés par la musique du tourne-disque, et lorsque quelqu'un vint frapper à la porte, le brusque retour à la réalité les fit simultanément sursauter.
Il se redressèrent et Harry alla ouvrir la porte, cependant il s'agissait seulement de Neville qui venait pour le thé.
Harry appela un elfe pour venir les servir et ce ne fut qu'une fois chacun devant une grande tasse fumante que le botaniste reprit la parole.
- Alors Harry, tu as prévu des choses avec James pour les vacances ?
- Je pense aller à la ménagerie magique de Pré-au-Lard et peut-être faire une grande promenade en balai s'il ne fait pas trop froid. Il faudrait que je prépare à la fois des activités calmes et des activités pour qu'il se dépense. Maintenant que je vais pouvoir l'avoir plus souvent, il va falloir que je lui achète des vêtements, des jouets et des livres qu'il pourra laisser ici, donc il y aura une bonne journée de shopping.
- Je suis certain que Drago voudra t'accompagner faire les boutiques, pas vrai Drago ? Et puis il faudrait demander au château de faire une chambre pour James. Je suis certain que c'est possible. Tu devrais poser la question à Minerva, Harry. Il ne peut tout de même pas continuer à dormir dans ton lit.
Neville avait un étrange sourire en disant cela, néanmoins Harry devait bien reconnaître qu'il avait raison, pour la seconde partie, tout du moins.
Drago hocha la tête.
- Je t'accompagnerai avec plaisir. Je sais où trouver les meilleurs magasins de jouets magiques de tout le Royaume Uni. Et à contrario, si tu veux lui faire découvrir des choses vraiment originales, pourquoi ne pas aller dans le monde moldu ? Toutes les grandes villes organisent des foires à l'occasion de Noël. Je suis certain que Ginny Weasley ne l'y a jamais emmené.
Son sourire était un poil méprisant, révélateur du peu d'estime qu'il avait pour son ex-femme, et Harry ne put s'empêcher de sourire à cette idée.
- Vous avez de super idées tous les deux, merci. Je vais vraiment m'ennuyer sans vous pendant la première semaine, mais je suis certain que la deuxième semaine de vacances va être mémorable.
Ils discutèrent de leurs idées jusqu'à l'heure du dîner où ils rejoignirent la Grande Salle, leur bonne humeur rechargée à bloc pour la dernière semaine à venir.
Cela avait été un excellent weekend pour Harry, et pourtant, lorsqu'il ferma les yeux ce soir-là, il ne put s'empêcher de frissonner d'effroi alors qu'un mauvais pressentiment le traversait. Il n'avait aucune raison de croire que quelque chose de néfaste allait arriver, néanmoins il eut des difficultés à trouver le sommeil…
***/+/***
Drago se leva et s'étira longuement, revivant avec une certaine nostalgie les événements qui étaient survenus dans sa vie. Le weekend précédent avait été merveilleux. Il avait profité d'un excellent concert, puis s'était mis en couple avec l'homme sur lequel il fantasmait, et ils avaient passé presque tout le dimanche après-midi l'un contre l'autre à s'embrasser.
Tout au long de la semaine, il avait eu l'impression de flotter sur un petit nuage de bonheur, mais comme souvent lorsqu'on redoute un évènement à venir, le temps avait semblé passer avec une rapidité surnaturelle. Drago aurait payé cher pour avoir un retourneur de temps capable de l'envoyer 7 jours plus loin, malheureusement une telle chose n'existait pas.
Il avait tout fait pour repousser l'échéance en refusant de faire sa valise jusqu'au tout dernier moment, comme dans une sorte de déni obstiné, mais le dimanche était finalement arrivé et désormais il ne pouvait plus reculer. Il allait devoir retourner au manoir Malefoy pendant une semaine entière et supporter les idées arriérées de ses parents qui voulaient à tout prix le marier afin qu'il conçoive un héritier de Sang Pur. La seule idée de coucher avec une femme lui donnait des sueurs froides, et pourtant son père avait été clair : S'il refusait ou faisait fuir la prochaine prétendante qui lui serait proposée, il allait "le lui faire regretter amèrement", et Salazar seul savait ce qu'il entendait par là.
Tout à ses sombres pensées, Drago prépara ses sacs pour la semaine à venir. Il avait récupéré plusieurs paquets de copies à corriger pour les vacances, afin d'avoir une bonne excuse pour s'exiler dans sa chambre pendant de longues heures, ainsi que plusieurs blocs de papier à lettres et diverses enveloppes afin d'envoyer des hiboux à Harry et ses amis. Du reste, il comptait aussi passer de nombreuses heures dans la bibliothèque afin de poursuivre ses recherches sur le maléfice qui dévorait la jambe du Survivant.
Il avait passé la veille en compagnie de son petit ami, tous deux enfermés dans son appartement, et lorsqu'il boucla sa valise, il sentit combien ce dernier lui manquait déjà.
Recomposant son masque de "parfait Sang Pur", il vérifia une dernière fois son apparence dans le grand miroir de son appartement, avant d'ouvrir sa cheminée au réseau. Inutile de tergiverser à présent. Il jeta une généreuse poignée de poudre dans l'âtre qui se teinta de vert et prononça clairement sa destination : Manoir Malfoy.
Un instant plus tard, il se trouvait dans le grand hall décoré pour les fêtes. Les murs de bois sombre étaient parés de guirlandes d'or et de cristaux délicats. Des sphères nacrées étaient suspendues de part et d'autre des tableaux et des couronnes de sapin ornées de rubis surmontaient chaque linteau de porte. Tout était enchanté pour briller et le plafond n'était pas épargné. Partout où il portait le regard se trouvait de l'or, du cristal ou des pierres précieuses. Chaque relief était décoré, chaque lustre surchargé.
Manifestement sa mère avait sorti le grand jeu, et pris d'un instinct terrible, il se rendit directement dans la salle à manger.
La grande table était parée de sa plus belle nappe et la vaisselle qui était sortie semblait neuve. La porcelaine blanche était frappée des armoiries familiales et 6 couverts étaient sortis, confirmant l'horrible pressentiment de Drago : Ils comptaient profiter du dîner de Yule pour lui présenter une nouvelle épouse.
Un elfe était en train de sculpter un serpent massif dans un bloc de glace et Drago l'apostropha avec rudesse.
- Toi, dis-moi qui sont les invités de ce soir.
- Il s'agit de la famille Krall, maître Drago.
Le Serpentard fit la moue. Ce nom de famille ne lui disait rien, mais il n'était pas impossible que ses parents soient allés chercher à l'étranger…
- Caly !
- Oui, maître Drago ?
- Transporte mes valises dans ma chambre. Mes parents sont-ils présents ?
- Maîtresse Narcissa se trouve dans la serre, et maître Lucius est absent.
Drago hésita. Il pourrait probablement retarder encore les retrouvailles avec sa mère de quelques heures en rejoignant sa chambre ou en se cachant dans la bibliothèque secrète, néanmoins il avait besoin d'informations. Il préférait savoir à quoi s'attendre avec un minimum d'avance. Il retrouva donc sa mère dans sa serre personnelle, pour la voir en train de créer elle-même un arrangement floral.
- Bonjour, mère.
- Bonjour, Drago. Te voilà enfin. Cet après-midi, un couturier doit venir au manoir. Tu as besoin de nouvelles robes. J'ai déjà commandé ta tenue pour ce soir, il l'ajustera en même temps.
Le potionniste étira ses lèvres en un sourire hypocrite parfaitement travaillé.
- Fort bien. Qui sont les invités de ce soir ?
- La famille Krall va fêter Yule avec nous. Ce sont des sorciers très respectables, et d'origine britannique, qui plus est. Tout le clan a quitté le pays en 1932 pour aller vivre en Allemagne, mais ils sont restés purs. Tu seras soulagé de savoir que leur fille parle parfaitement anglais.
Il hocha la tête. Au vu de la date, il s'agissait très probablement de descendants de partisans de Grindelwald, qui avaient quitté l'Angleterre pour suivre le mage noir de l'époque. Il s'efforça de se concentrer sur son Occlumancie pour rester imperturbable.
- Comment se prénomme-t-elle ?
- Lucretia Krall. Elle est un peu plus jeune que toi, mais cela ne posera aucun problème.
Drago pinça les lèvres. Si sa mère prenait la peine de le préciser, c'est qu'il était question de plus que de quelques années.
- Qu'entendez-vous par "un peu plus jeune que moi" ?
- Elle a 18 ans. Vous vous en accommodez parfaitement, j'en suis certaine.
- 10 ans de moins que moi ? Mais elle a l'âge de certains de mes élèves !
- Voyons Drago, vous êtes tous deux adultes. Je compte sur toi pour être un parfait gentleman ce soir. Tu sais ce que ton père a dit. Tu ne peux pas te permettre de refuser cette opportunité.
- Je sais. Cela ne m'empêche pas de le déplorer.
- Tu ne peux t'en prendre qu'à toi-même, Drago ! Si au moins tu nous avais présenté un parti convenable à épouser, j'aurais pu convaincre ton père. Mais tu es resté borné, tu as refusé tous ceux que nous te présentions. Il est temps de grandir, car il est hors de question que le nom des Malefoy disparaisse à cause d'un caprice de ta part. Déjà que le nom des Black est mort à cause de la bêtise de mes deux cousins… Notre patrimoine se réduit de générations en générations…
Le Serpentard soupira. Il ressentait un peu de compassion pour sa mère. Elle restait coincée dans ses principes, incapable d'évoluer malgré ce qu'ils avaient vécu à travers la guerre. Il aurait voulu qu'elle soit heureuse, mais c'était incompatible avec son propre bonheur, et il refusait de le sacrifier. Restait cependant à savoir comment il allait pouvoir y échapper… Sans doute ces vacances seraient-elles la dernière fois qu'il verrait ses parents en bons termes.
À l'issue de cette semaine, il couperait les ponts. Il allait profiter de sa présence au manoir pour rassembler toutes ses affaires, empaqueter les quelques souvenirs et possessions personnelles… et puis il partirait.
Au moins, avec son logement de fonction à Poudlard, il avait largement le temps de se trouver une demeure, et il restait protégé contre les visites impromptues. Il avait un salaire confortable qu'il n'utilisait presque pas, et ces dernières années à travailler en tant que prof avaient grandement aidé à l'amélioration de sa réputation dans la société sorcière.
Bien décidé à ne rien laisser paraître de son plan, il hocha sobrement la tête. De toute façon, il n'était plus à un mensonge près…
- Je ne vous décevrais pas, mère. Père va-t-il nous rejoindre pour déjeuner ?
- Non, il ne sera pas de retour avant ce soir. Tu peux vaquer à tes occupations jusqu'à ce midi. Nous déjeunerons dans le petit salon. Le couturier devrait arriver pour 14h.
- Merci, mère. À tout à l'heure.
Il tourna les talons et rejoignit directement la bibliothèque. Puisqu'il passait ses derniers jours au Manoir, il n'avait pas de temps à perdre s'il voulait découvrir de quel mal souffrait Harry. Il devait consacrer chaque moment de liberté à sa recherche.
Il s'empara du grimoire qu'il avait commencé à feuilleter la fois précédente et continua à parcourir les pages à la recherche de symptômes correspondants. Ce sortilège faisait bouillir les globes oculaires de sa victime, celui-ci provoquait une sensation de noyade, celui-là faisait flétrir les intestins… Chaque page recelait d'une horreur différente et Drago s'efforça de repousser la sensation de nausée, alors que des illustrations accompagnaient parfois les descriptions.
Lorsque son elfe de maison vint le chercher pour le prévenir qu'il était l'heure de déjeuner, il n'avait encore rien trouvé de concluant, mais il était loin d'être désespéré. Il avait toute une semaine devant lui, et cela serait bien suffisant pour passer au peigne fin la section des maléfices interdits. Et si vraiment il ne trouvait rien, il ne lui resterait plus qu'à fouiller directement dans le bureau de son père, avec tout le danger que cela représenterait…
Sans grande surprise, l'après-midi fut un calvaire interminable. Sa mère le garda sous son emprise de longues heures durant, tantôt pour choisir des tissus, tantôt pour essayer des vêtements et les ajuster, tantôt pour l'aider à coordonner la cohorte d'elfes de maison afin que tout soit parfait. Lorsqu'enfin Drago put regagner ses appartements, il lui restait tout juste le temps de se laver et de se changer avant l'arrivée des invités.
Sa mère avait choisi sa tenue, et il s'efforça de retenir tous ses instincts de provocation. Il devait rester dans ses bonnes grâces pour éviter qu'elle ne suspecte quoi que ce soit…
Avec un soupir, il plaqua ses cheveux en arrière et ajusta le pendentif serpentin qui terminait la chaîne en or blanc autour de son cou. L'heure était au théâtre.
Leurs hôtes venaient d'arriver et il se hâta de rejoindre le grand salon. Son père et sa mère s'étaient levés pour les accueillir en une chorégraphie soigneusement préparée dans laquelle il avait une place bien précise. Il s'inclina respectueusement devant Lord et Lady Krall et salua la jeune femme d'un baisemain évanescent tandis que son père prenait la parole.
- Lord Krall, Lady Krall, je vous présente notre fils unique, Drago. Drago, voici le Lord Cassius Krall, son épouse Lady Winifred Krall et leur fille Lucretia.
Bien qu'ils soient, pour Lord Krall tout du moins, d'origine britannique, leurs physiques respectifs étaient caractéristiques des pays nordiques. Lord Krall avaient les cheveux châtain clair et les yeux bleus, un visage sec et le teint rose. Son épouse avait les cheveux blonds, les yeux verts et la peau pâle, quant à leur fille, elle avait gardé les cheveux blonds et le teint clair de sa mère mais avait les yeux de son père. Drago devait bien reconnaître qu'elle était jolie, et malgré son âge elle avait perdu ses traits juvéniles.
Le potionniste lui adressa un regard appuyé à laquelle elle répondit par un sourire poli. Il semblait que tous deux jouaient un rôle qui leur avait été imposé. Drago lui tendit un bras.
- Mademoiselle. Il nous reste un peu de temps avant que les amuses-bouches ne soient servis. Puis-je vous faire visiter notre demeure ?
La jeune femme jeta un coup d'œil à ses parents qui hochèrent la tête. Elle attrapa alors timidement le bras tendu et Drago la guida en direction des serres.
- Ma mère cultive ici parmi les fleurs les plus belles du monde naturel. Nous utilisons différents sortilèges pour assurer les conditions les plus favorables à leur croissance. Quant à la serre suivante, j'y fais pousser plusieurs plantes rares nécessaires à la fabrication des potions.
Il songea distraitement qu'il aurait aimé pouvoir récupérer quelques-unes d'entre elles. Peut-être pourrait-il envoyer un hibou à Neville pour connaître la meilleure manière de procéder.
La voix fluette de Lucretia Krall le sortit de ses pensées.
- On m'a dit que vous étiez un potionniste émérite. Est-ce vrai ?
Drago lui jeta un regard étonné. Son anglais était parfait et son accent vraiment discret.
- C'est le cas. Je ne pensais pas qu'on vous ferait part de ce détail. J'enseigne les potions à l'école de sorcellerie Poudlard et j'aime mon métier. Je sais que mon père préférerait que je me lance en politique comme tout futur lord qui se respecte, mais je trouve que les potions et l'enseignement sont des activités bien plus stimulantes. Et vous, quels sont vos centres d'intérêt ?
Il savait qu'il prenait un risque en se montrant aussi honnête, mais s'il pouvait faire de la jeune femme une allier, cela lui permettrait de gagner du temps.
- J'aime la musique et la création d'enchantements. Mais j'aime encore plus ma liberté et mon pays. Ne perdez pas de temps à essayer de me séduire, je n'accepterai jamais de venir m'enterrer en Angleterre, loin de tous mes amis et encore moins d'épouser un homme de dix ans plus âgé. En revanche, rien ne nous empêche d'avoir une discussion agréable, bien au contraire.
- Bien que vous soyez une jeune femme tout à fait charmante, je ne nourrissais aucun désir de vous épouser non plus, si cela peut vous rassurer. Je ne souhaite pas d'un mariage arrangé, bien que cela semble inacceptable pour mes parents. Je ne sais pas quelle est la volonté des vôtres, mais si vous pouviez m'offrir un peu de temps… 7 jours seraient l'idéal… avant de donner votre réponse.
Lucretia Krall fit la moue.
- Une semaine… Vous m'en demandez beaucoup. Je vais voir ce que je peux faire. Tâchez donc d'être d'une compagnie plaisante et je serai sans doute plus encline à vous aider.
Drago hocha la tête et lui offrit une brève révérence. La jeune femme semblait avoir une mentalité de Serpentard. C'était quelque chose qu'il connaissait bien. Il pouvait gérer.
- Bien entendu. Vous étiez élève à Durmstrang, n'est-ce pas ? Mon père souhaitait m'y envoyer mais ma mère s'y était refusée. Comment était-ce ?
- Froid, mais diablement excitant. Il y a une grande fraternité entre les élèves de Durmstrang, pas comme chez vous je crois.
- C'est vrai. À Poudlard les élèves sont répartis dans 4 maisons différentes, et il y a une vraie rivalité entre chacune d'entre elles. Les élèves ont des liens forts au sein d'une même maison, mais il n'est malheureusement pas rare que des querelles éclatent avec d'autres. C'est quelque chose qui a été décidé par les fondateurs eux-mêmes. Je doute qu'un directeur prenne un jour la responsabilité d'abroger cela.
- Et selon quels critères sont répartis les élèves ?
- Grâce au Choixpeau magique, un puissant artefact qui lit en nous. Il répartit les élèves en fonction de leurs valeurs. Le courage pour les Gryffondors, la loyauté pour les Poufsouffles, la sagesse pour les Serdaigles et l'ambition pour les Serpentards. J'ai été réparti dans la maison Serpentard, comme mon père et ma mère avant moi. Chaque maison a son dortoir et sa salle commune, son emblème, son équipe de Quidditch…
- Je vois. Et comment se déroulent les cours ? Est-ce que les élèves sont encore séparés ?
- Chaque cours mélange deux maisons, de cette manière tous les élèves d'une même année se côtoient plusieurs fois par jour. En tant que professeur, nous essayons tout de même de maintenir une bonne entente.
Malgré son amour pour sa patrie, Lucretia Krall était véritablement curieuse sur le Royaume-Uni. Elle posait de nombreuses questions, et lorsqu'ils rejoignirent la salle à manger, Drago songea qu'il avait passé un agréable moment.
À table, ses parents ne tarirent pas d'éloges sur le foisonnement culturel du Londres sorcier, et si Drago trouvait que c'était très largement galvaudé, il n'en montra rien. Désormais, à ses yeux, rien ne valait le monde moldu.
Le repas fut d'une opulence rare, même au sein du manoir Malefoy. Lucius et Narcissa n'avaient manifestement pas lésiné sur les Gallions pour impressionner leurs hôtes et les mets servis furent excellents. Ses parents monopolisèrent la conversation en se gargarisant de l'influence du clan Malefoy dans la politique sorcière britannique, quant à Drago, il devait faire appel à ses meilleurs talents d'acteur pour les soutenir dans leur discours. Il savait d'ores et déjà que Lucretia Krall ne nourrissait aucun désir de le prendre pour époux, et seule la nécessité de préserver les apparences autant que possible le faisait participer à cette mascarade.
Après le dîner furent servis les digestifs, et Drago ne simula pas son plaisir alors qu'il pouvait, sans doute pour la dernière fois, profiter des meilleurs alcools de son père. Ce dernier buvait de petites gorgées de cognac sous l'œil avide de Lord Cassius qui attendait qu'on lui resserve son 3e verre. L'épouse et la fille sirotaient un délicat cidre de glace tandis que sa mère se contentait d'une liqueur à la menthe.
Le thé allait bientôt être servi et Drago savait pertinemment que les discussions décisives allaient avoir lieu dans les secondes à venir, il ne pouvait donc pas se permettre de relâcher son attention. Sans grande surprise, ce fut sa mère qui ouvrit le bal en s'adressant directement à la jeune femme.
- Et bien, Lucretia. Comment trouvez-vous Drago ?
Ce n'était ni subtile ni très élégant, et le potionniste leva un sourcil, gardant néanmoins le silence. La demoiselle lui adressa un bref sourire avant de se tourner vers son interlocutrice.
- Votre fils est charmant, Lady Malefoy. Il s'est comporté en parfait gentleman en me faisant visiter votre demeure. J'ai tout particulièrement apprécié ces serres dans lesquelles vous cultivez ces magnifiques fleurs.
La jeune femme avait définitivement tout d'une Serpentard. Drago relâcha un imperceptible soupir de soulagement. Il doutait que sa mère tombe dans un piège aussi grossier, néanmoins c'était un bon début.
- Je suis en effet passionnée de botanique, mais Drago y est pour beaucoup dans la beauté de notre serre. Il brasse lui-même les engrais et pesticides pour mes précieuses plantes. C'est un fin connaisseur…
Drago avait l'impression d'être un elfe de maison sur un marché aux esclaves. Sa mère vantait ses qualités comme dans l'une de ces réclames diffusées à la radio.
- Oh je ne doute pas qu'il a de nombreuses qualités. Pour moi qui craignais de m'ennuyer ce soir, notre discussion a même été étonnamment rafraîchissante.
- Dans ce cas, pourquoi ne pas passer quelque temps dans notre pays pour faire plus ample connaissance ? Vous êtes évidemment la bienvenue dans notre manoir.
Alors même que les raisons de leur présence étaient parfaitement limpides, Lucretia Krall feignit la surprise.
- Oh c'est fort aimable de votre part. Malheureusement j'ai quelques engagements dans mon pays. Il est hors de question pour moi de le quitter plus que quelques jours pour le moment.
Lucius gardait le silence, mais Drago pouvait lire son visage malgré son masque d'impassibilité, et il savait que la réponse de la jeune femme le contrariait. Sa mère, en revanche, ne sembla pas abandonner.
- Dans ce cas, serait-il envisageable que notre fils vienne dans votre pays pour vous courtiser ?
Les époux Krall hochèrent la tête et Lord Cassius reprit la parole avec un petit geste de la main.
- Bien entendu. Drago est le bienvenu dans notre demeure. En tant qu'ami du clan Malefoy, je ne tolèrerais pas qu'il en soit autrement.
Drago faillit s'étouffer avec son hydromel. Cette fois, il ne pouvait pas garder le silence.
- Pardonnez-moi, mère, mais je ne peux pas quitter mon emploi comme cela. Je suis professeur, je dois rester à Poudlard jusqu'à la fin de l'année scolaire.
Narcissa pinça les lèvres et lui jeta un regard glacial.
- Voyons, Drago. Ce n'est pas comme si tu avais besoin de travailler. Un loisir doit rester ce qu'il est, un loisir. Ne te salis pas avec ces contraintes plébéiennes. Ils seront parfaitement capables de trouver un nouvel enseignant pour prendre ta place.
Le potionniste s'efforça de maîtriser sa colère, mais il avait une furieuse envie de jeter son verre à la tête de sa mère. Il inspira profondément, répétant mentalement "juste une semaine, une dernière semaine…" comme un mantra pour l'aider à se canaliser. Il n'avait bien évidemment aucune envie d'abandonner sa fonction, néanmoins il devait penser en Serpentard. Manipuler, mentir, faire ce qu'il fallait pour survivre et servir ses intérêts. Que valait sa fierté face à sa sécurité ? Il avait besoin de temps pour mettre en ordre ses affaires et trouver un remède à la malédiction qui rongeait Harry. Une fois à Poudlard, ils ne pourraient plus rien faire contre lui.
Il était un excellent occlumens, il n'était pas question qu'une manipulation aussi grossière ait raison de son self-contrôle. En un éclair, son visage se détendit et toute trace de contrariété disparut.
- Bien, mère. Je ferai comme il vous siéra.
Le visage de sa mère se tordit d'un sourire factice, signe qu'elle n'ignorait rien de l'hypocrisie de ses propos.
- Fort bien, voilà une excellente nouvelle. Tu écriras ta lettre de renonciation dès demain. Ainsi tu pourras profiter de l'hospitalité de Lord et Lady Krall pour découvrir leur pays et courtiser convenablement Lucretia.
Il avala péniblement sa salive. Bien évidemment, sa mère allait faire en sorte qu'il n'ait aucune porte de sortie.
- Je le ferai, mère. Lord et Lady Krall, je vous remercie par avance pour votre générosité. Je vous informerai dès que j'aurais la date exacte de ma venue.
Manifestement, les époux semblaient nourrir les mêmes ambitions pour leur fille que Lucius et Narcissa pour lui, car ils s'étaient empressés d'accepter de l'accueillir sans même faire la moue face à cette pratique pourtant peu conventionnelle. Il était de tradition que les parents du mari accueillent la future épouse, mais Lucretia semblait avoir une plus grande marge de liberté que lui, car elle s'était montrée inflexible quant au fait de quitter son pays et ils n'avaient même pas tenté de la raisonner.
Le reste de la soirée se déroula dans un concert de mondanités creuses, puis les Krall rejoignirent la suite qui leur avait été allouée pour la nuit tandis que Drago regagnait sa propre chambre.
La soirée avait été mouvementée, et une fois dans son lit, il ne put s'empêcher de tourner et retourner dans sa tête, la conversation qui avait potentiellement scellé son destin.
Sa mère lui avait arraché la promesse de démissionner de son poste de professeur à Poudlard, et sans doute allait-elle vérifier qu'il écrive bien la lettre en question…
Il avait besoin d'un plan, mais tout ce qu'il parvint à obtenir fut une insomnie…
***/+/***
Le lendemain matin, sa situation ne s'était pas miraculeusement arrangée durant la nuit, ce fut donc de bien méchante humeur qu'il se leva. Il avait envie de s'enfuir par la première cheminée venue ou courir jusqu'à la sortie pour transplaner, malheureusement ce n'était pas une option envisageable. Il devait attendre le bon moment. Ne pas montrer à son ennemi combien il était terrifié.
Il se doucha, se rasa et s'habilla avec les vêtements choisis par sa mère, profitant de ces gestes monotones pour s'évader mentalement. Il n'était parti que la veille mais cela lui semblait être une semaine entière, et Harry lui manquait déjà. La seule idée de ne plus jamais le voir lui tordait l'estomac, et pourtant il devait faire bonne figure. Porter le masque du parfait héritier Serpentard.
Dans la salle à manger, il salua leurs hôtes ainsi que ses parents qui étaient déjà à table. La famille Krall avait réservé un Portoloin international de bonne heure et Drago avait hâte qu'ils retournent chez eux. Il voulait profiter de son temps libre pour continuer ses recherches, mais c'était sans compter son père qui le convoqua dans son bureau en milieu de matinée.
Comme à son habitude, Drago s'installa confortablement face à lui, un sourire poker face au visage. Il n'était plus un enfant et il était hors de question de le laisser voir combien il l'impressionnait encore.
- Père ? Vous avez requis ma présence ?
Lucius s'était redressé à son arrivée et il croisa les jambes, toisant son héritier de ses yeux glacés.
- Drago. Je voulais discuter. Je suis satisfait de la décision que tu as prise. As-tu déjà écrit ta lettre ?
- Je comptais le faire justement.
- Bien. Tu me la feras lire avant de l'envoyer.
Le potionniste hocha la tête. Il était infantilisé à nouveau, mais ce n'était pas grave. Juste une semaine à attendre avant d'être débarrassé d'eux…
- Je le ferai. Mère voulait aussi s'en assurer. Aviez-vous d'autres questions à me poser ?
- Oui, j'aimerai parler de Harry Potter.
Le sang de Drago se glaça. Il était impossible que son père ait deviné leur relation. Absolument impossible, et pourtant il ne put s'empêcher d'angoisser. Comme si un serpent l'enserrait progressivement, l'empêchant de respirer.
Il serra les accoudoirs de son fauteuil et leva un unique sourcil, feignant la perplexité.
- Potter ? Pourquoi par Salazar voulez-vous me parler de lui ?
Lucius eut un sourire cruel.
- Tu as bien dû le côtoyer, puisqu'il est devenu professeur à Poudlard, n'est-ce pas ?
- En effet, mais je ne vois pas où vous voulez en venir. Nos relations sont strictement professionnelles, et je ne le fréquente pas à moins d'y être obligé.
Il avala péniblement sa salive et se retrancha derrière un masque de mépris. Il devait faire croire à son père qu'il détestait toujours autant le Survivant.
- Que penses-tu de sa jambe ? J'imagine qu'on a bien dû solliciter ton avis, vu tes compétences ?
- L'infirmière de Poudlard m'a demandé d'y jeter un œil, oui. Mais Potter est comme un ours mal léché, il se méfie tellement de moi qu'il a refusé le baume que je lui ai préparé. Je doute de pouvoir vous apporter beaucoup d'informations à ce sujet.
- Oh rassure-toi, je sais parfaitement quelle est la magie à l'œuvre. En vérité j'étais plus curieux de savoir si cela progressait. C'est un maléfice conçu pour tuer et non handicaper…
À ces mots, Drago sursauta.
- Vous savez quel sort l'a touché ?
- En effet, mais il vaut mieux pour toi que tu l'ignores. Alors, que penses-tu de son évolution ?
- Potter a eu de la chance que le sortilège ne touche que sa jambe. Elle semble se nécroser progressivement. De ce que je sais, Sainte-Mangouste n'a aucune solution à lui apporter. Il souffre et peine à se déplacer. Il sera sans doute amputé tôt ou tard. Mais pourquoi s'acharner sur lui ? Il n'est même plus Auror.
Lucius fit un geste vague, signe que cela ne le concernait pas. Mais Draco avait appris à le décrypter. Il était évident qu'il en savait plus qu'il ne voulait le dire.
- L'Auror Potter était tout aussi fouineur que lorsqu'il s'opposait au Seigneur des Ténèbres. Je suis persuadé que nombreux se sont réjouis de sa reconversion forcée. Mais j'imagine que pour ceux qu'il a envoyés à Azkaban, une jambe coupée est encore une vengeance trop douce.
Drago se força à ricaner, comme s'il trouvait la situation terriblement ironique, alors même qu'il avait envie de maudire son père. Il était évident qu'il détenait la réponse qu'il cherchait, cependant il ne pouvait guère le plonger sous Imperium pour le forcer à le lui révéler.
- Je vois. Une fois le Seigneur des Ténèbres détruit, cet idiot aurait dû rester tranquille, mais il a décidé de se faire encore plus d'ennemis. Il faut croire qu'il est suicidaire, m'enfin ce n'est pas mon problème. Je dois aller écrire ma lettre. À plus tard.
Il se leva et rejoignit sa chambre où il jeta un sort de Silence avant de se mettre à hurler. Même malgré la guerre, malgré la manière dont cela s'était terminé, son père restait obstinément ancré dans la haine. Comme s'il était incapable d'évoluer…
Et dire que c'était le mensonge de sa mère qui avait permis la survie de Harry lors de la Bataille de Poudlard… Un mensonge qui aurait pu changer le cours de l'histoire à lui tout seul…
Il se défoula durant quelques minutes puis sortit de sa chambre pour regagner la bibliothèque. Il devait écrire cette fichue lettre, heureusement il n'y avait que deux semaines de vacances. Il n'aurait jamais pris un tel risque pendant les vacances d'été, mais il savait pertinemment que Minerva ne trouverait jamais quelqu'un pour le remplacer en si peu de temps, au beau milieu des fêtes de fin d'année. Il n'aurait qu'à lui expliquer la situation une fois de retour à Poudlard…
Il récupéra le papier à lettres estampillé au blason de la maison Malefoy et sortit une plume et un encrier. Il n'avait jamais imaginé écrire cette lettre un jour car il adorait véritablement son travail, mais il était pieds et poings liés. Il espérait que Minerva comprendrait et ne lui en tiendrait pas trop rigueur.
Sa missive terminée, il se dirigea vers le bureau de son père pour trouver porte close. Manifestement il n'y était pas, or il avait bien précisé qu'il voulait lire sa lettre avant qu'il ne l'envoie… Il rejoignit le petit salon où sa mère était en train de lire la Gazette du sorcier.
- Mère, j'ai terminé ma lettre. Sauriez-vous où se trouve père ?
- Il a dû partir pour une affaire urgente. Il m'a prévenu qu'il n'était pas certain d'être présent au dîner. Montre-moi cela.
Narcissa Malefoy lut attentivement la lettre avec un hochement de tête appréciateur.
- Tu as bien écrit. Je vais immédiatement l'envoyer.
- Je ne devais pas attendre de la montrer à père ?
- Non. Ne perdons pas de temps. À présent que ta décision est prise, il ne sert plus à rien d'essayer de louvoyer. Tu es un homme et tu dois t'y tenir.
Drago serra les dents. Sa mère lisait en lui comme dans un livre ouvert, à son grand dam. Contrairement à son père, elle n'avait jamais cherché à lui faire du mal physiquement, cependant sa manière de vouloir "le meilleur pour lui" ne souffrait d'aucune demi-mesure.
Il retint un soupir de dépit. Il regarda sa mère se lever et se diriger vers la volière, puis il se rendit dans la bibliothèque la mort dans l'âme avec l'idée de continuer ses recherches. Mais alors qu'il passait devant le bureau de son père, une idée lui vint : Lucius Malefoy avait laissé entendre qu'il connaissait le maléfice qui frappait Harry, il y avait donc une chance que l'information se trouve dans son cabinet privé. Il savait désormais qu'il allait être absent tout le reste de la journée, ce qui lui laissait le temps nécessaire pour fouiller la pièce sans stresser. Il n'aurait peut-être pas d'autre occasion, il devait en profiter maintenant !
Sortant sa baguette de sa tunique, il jeta quelques sortilèges de détection sur la porte. Manifestement, son père n'y avait apposé qu'un vulgaire sortilège de verrouillage. Parfait !
D'un informulé, il débloqua l'entrée avant de refermer derrière lui et jeter un sortilège d'impassibilité par mesure de sécurité. Il ne voulait pas risquer que sa mère passe par là et s'étonne d'entendre du bruit…
Retroussant ses manches, il commença par soigneusement cartographier tout ce qui se trouvait sur le bureau. Son père était un véritable caïd de la pègre sorcière, et les nombreuses "affaires" qu'il gérait couvraient en vérité tout un tas de trafics. Malgré sa fierté, il restait intelligent et prudent, de ce fait Drago ne devait laisser absolument aucune trace de son passage, s'il ne voulait pas que Lucius s'en aperçoive.
Même au sein du bureau, un coffre-fort caché renfermait les informations les plus sensibles, cependant ce n'était pas les livres de compte qu'il était venu chercher mais un potentiel grimoire de magie noire, et il s'intéressa aux livres présents sur les différentes étagères. Bien entendu, ils étaient enchantés pour paraître anodins aux yeux d'un visiteur, mais Drago savait précisément quel sortilège utiliser pour dévoiler leur véritable contenu.
Il scruta chaque tome avec attention sans trouver néanmoins ce qu'il cherchait.
Après le déjeuner, il prétexta vouloir se renseigner sur l'Allemagne sorcière pour fuir la présence de sa mère, mais à nouveau il pénétra dans le bureau de son père. Avec d'infinies précautions, il ouvrit les dossiers un par un, lisant leur contenu en diagonal. Ici une rançon pour une riche héritière, ici un groupe de braconniers recrutés, ici les chiffres d'un trafic de poussière de fée.
Finalement, il allait perdre espoir lorsqu'un dossier plus épais que les autres attira son attention. Il était rangé dans l'un des placards du bureau, et lorsqu'il l'ouvrit, le cœur de Drago faillit s'arrêter : Le dossier concernait entièrement Harry. Des dizaines de photos de lui, manifestement du temps où il était Auror. On le voyait dans les couloirs du ministère ou en ville. Parfois seul, parfois avec ses collègues ou sa famille. Il y avait même une photo de son ancienne demeure, des informations sur ses habitudes, sur ce qu'il consommait, où il passait ses temps libres... Et puis une photo de lui inanimé dans son lit d'hôpital. Une autre à la sortie de Sainte-Mangouste. Manifestement, son père avait fait surveiller Harry pendant de longues semaines. Par chance, aucune photo ne semblait dater de cette année, mais la quantité d'informations récoltées lui donnait froid dans le dos. Lucius Malefoy était-il donc si obsédé par Harry que cela ? Drago savait qu'il lui vouait une rancune tenace, mais était-il le commanditaire de l'attaque qui l'avait failli le tuer ?
Il feuilleta fébrilement les différents parchemins jusqu'à finalement tomber sur l'information qu'il cherchait : "Putrescarnes". Un maléfice qui attaquait les chairs pour les ronger lentement, comme une malédiction de putréfaction. Le parchemin ressemblait à la page arrachée d'un grimoire antique, et Drago la duplica d'un Geminio. À partir de ces informations, il allait pouvoir travailler sur un contre-sort ou, à défaut, trouver des sorciers qualifiés pour le faire.
Il plia soigneusement le morceau de parchemin et le glissa dans la poche intérieure de sa robe avant de tout remettre en place. À présent qu'il avait cette information, peut-être pourrait-il partir plus tôt que prévu… Le 25 décembre tombait un jeudi soit 4 jours plus tard. Ce serait sans doute la dernière fois qu'il reverrait ses parents, mais il pourrait partir dès le vendredi matin… Prétexter devoir retourner à Poudlard pour mettre en ordre ses affaires, rendre ses copies, récupérer ses grimoires et ingrédients. Il allait s'enfuir la queue entre les jambes, mais il ne se sentait absolument pas capable d'affronter son père, et c'était sans aucun doute la solution la plus sûre.
Il leva le sortilège d'Impassibilité et déverrouilla à nouveau la porte avant de sortir en catimini pour rejoindre la bibliothèque, comme s'il y avait passé l'après-midi. Maintenant, il ne lui restait plus qu'à prier Merlin, Salazar et Morgane que ni son père ni sa mère ne découvrent son objectif avant la date…
Fin du chapitre 6
Alors, des pronostics sur la suite ? 😏 Qu'est-ce que vous en avez pensé ? Encore désolé pour le retard. ^^ Le chapitre 7 viendra dans environ 2 semaines. XD Merci pour votre fidélité et vos gentils commentaires ! 😘
