Evidemment, cela n'avait pas payé : à peine Peter et Pietro avaient-il franchi les portes du bâtiment où ils avaient cours à la première heure le lundi matin que tous les regards s'étaient braqués sur eux, et ils s'étaient retrouvés affublés de questions en tous genres. Fort heureusement, le mensonge simple du sportif avait convaincu quiconque ayant cherché à en savoir plus concernant les blessures du plus jeune. Pietro avait naturellement pris les devants en expliquant à qui voulait l'entendre ce qui était –soi-disant– arriva tandis que Peter s'était contenté d'acquiescer pour confirmer ses dires, le trouvant bien meilleur que lui à ce jeu. Au petit matin, il s'était difficilement réveillé, levé et préparé lorsque leur réveil avait sonné, et avait eu du mal à s'habiller, à enfiler un t-shirt propre et un pull, mais pour ce qui était de son attelle, Pietro lui avait filé un coup de main sans même attendre que Peter le lui demande.
Il avait également eu droit à un commentaire de la part de certains professeurs, qui étaient tous aussi surpris que leurs étudiants de le voir dans cet état. Lui qui était plutôt de nature discrète, calme et relativement prudente –du moins à leurs yeux–, ils avaient été perturbés de le découvrir ainsi. Cela avait pas mal détourné l'attention des élèves pendant les cours, ce qui était à la fois compréhensible mais également frustrant pour les enseignants qui cherchaient à maintenir un certain ordre au sein de leur classe. Peter aurait volontiers pris la poudre d'escampette mais il ne voulait pas sécher les cours. Il n'y avait qu'un petit groupe de personnes avec qui ça l'avait moins dérangé de s'étendre sur le sujet : ses amis. En les voyant débarquer dans le couloir où ils attendaient que leur professeur vienne ouvrir les portes du laboratoire, ils s'étaient précipités vers le duo, stupéfaits.
–La vache ! s'était exclamé Flash, les yeux écarquillés. Qu'est-ce qu'il s'est passé, t'es passé sous un bus ?
–C'est pas trop grave ? s'était inquiété Ned tandis qu'MJ avait froncé les sourcils, le regard verrouillé sur l'attelle de Peter.
–P'tit accident de skate ce week-end, leur avait répondu Pietro avec assurance, se montrant très convaincant. 'Vous en faites pas, j'ai si bien joué les secouristes que l'hôpital s'est contenté de constater qu'une brillante carrière de docteur s'offrait peut-être à moi, avait-il plaisanté. Je sais vraiment tout faire, c'est dingue.
–Et ça va ? avait doucement soufflé la jeune fille, visiblement inquiète, en levant les yeux pour croiser eux de Peter.
–… Ouais, ce n'est pas trop grave, avait-il menti, étant obligé –pour la première fois depuis qu'il avait des pouvoirs– de prendre des anti-douleurs pour oublier la peine qu'il éprouvait au bras, due à la nature « surnaturelle » des flammes responsables de sa brûlure.
–Mais vous êtes sortis, du coup ? les avait interrogés Ned.
–Vite fait, samedi, lui avait dit le sportif. On est partis faire un tour, puisque la conférence avait de toutes façons été annulée.
–Vous êtes sortis samedi ? avait répété Ned. Vous êtes au courant qu'il y a justement eu un nouvel assaut ? avait-il lancé, ce à quoi ils avaient dû prétendre qu'ils n'avaient absolument rien à voir avec ça en affichant des airs quelque peu surpris, ne pouvant cependant s'empêcher d'échanger un bref coup d'œil entendu. Encore heureux qu'il y avait le couvre-feu… C'était peut-être pas une si mauvaise idée… avait-il songé à haute voix.
–C'était dingue ! s'était exclamé Flash. Y'a eu des images, Spider-Man et l'autre gars mystérieux ont fait face ensemble au groupe de terroristes, leur avait-il « appris ». Vous croyez que maintenant qu'ils ont collaboré une première fois, ils vont pouvoir s'occuper de tout ce bordel plus rapidement ?
–Bah, espérons, avait lancé Pietro avec entrain, appréciant toujours autant l'enthousiasme avec lequel le plus jeune s'exprimait vis-à-vis de leur alter-égo. Je pense qu'ils ont de bonnes chances de s'en sortir, même si ça risque de prendre un moment. Mais franchement, je suis confiant.
Cela avait rassuré Peter de l'entendre dire cela, car il en avait bien besoin. Il avait entièrement confiance en son colocataire, alors si ce dernier affirmait qu'ils y parviendraient, il le croyait dur comme fer et avait hâte qu'ils en terminent avec cette menace pour pouvoir poursuivre tranquillement leur année et éventuellement tenter de se focaliser sur leur scolarité. Bien sûr, rien ne les empêcherait de poursuivre leur carrière de justiciers, mais s'ils pouvaient de temps en temps souffler et penser à autre chose qu'à sauver le monde, ils étaient preneurs.
–Tu en as pour longtemps ? l'avait alors interrogé MJ en fixant à nouveau son attelle.
–Je ne suis pas sûr, lui avait avoué Peter. Ça a l'air d'être bien parti pour guérir assez rapidement, alors je ne m'en fais pas trop… Je vais essayer de ne pas faire trop d'efforts d'ici les prochains jours et… Ça devrait le faire. Mais je suis toujours dispo pour un café. Enfin, si ça te dit… avait-il ajouté, un peu gêné.
–Ouuuuuuuh, avait lancé Flash en se frottant les mains, apparemment très intéressé par ce qui se passait potentiellement entre les deux individus. Un café, hein ? avait-il répété, un sourcil arqué et un sourire amusé au coin des lèvres. Faites attention à ne pas vous faire chaperonner par Monsieur Savannah, il serait capable de vous interdire de sortir après le carnage de samedi soir en ville…
–Mais laisse-les, avait soupiré Ned en levant les yeux au ciel, néanmoins habitué aux remarques de son acolyte, après quoi il avait focalisé son attention sur les concernés. Mais plus sérieusement, faites quand même attention si vous sortez, on ne sait jamais, avait-il reprit avec sérieux.
–Dans le pire des cas, ils se feront secourir par les Starsky et Hutch masqués, avait embrayé Flash. Ça serait trop cool, en fait ! Dites, si ça arrive, vous croyez que vous pourrez chopper un autographe ? leur avait-il demandé, mi-sérieusement, mi-blagueur. Nan, Ned a raison, faites gaffe. Au pire, s'il y a un problème, je ne doute pas des capacités d'MJ à faire fuir les gens pour se débarrasser de cette jolie bande de tarés… avait-il dit un ton plus bas, mais pas suffisamment pour que la jeune fille ne l'entende pas, ce qui la motiva donc à lui donner un coup dans l'épaule. Ok, ça va, je rigole ! s'était-il empressé d'ajouter afin d'éviter de recevoir le moindre coup supplémentaire.
Sur ces belles paroles, ils étaient entrés en classe et avaient repris leurs travaux là où ils s'étaient interrompus le vendredi, comme si de rien n'était, supervisés par le professeur Richards, lui-même assisté de Miss Stacy, qui passait régulièrement entre les tables afin de voir si tout le monde était bien concentré et s'en sortait ou si, au contraire, certains avaient besoin d'un léger rappel à l'ordre ou d'un coup de pouce pour avancer. Puisque c'était devenu leur habitude, le groupe de cinq s'était installé à la même table rectangulaire, suffisamment pour les accueillir, eux, leurs livres, les outils et matériaux divers avec lesquels ils travaillaient. S'ils étaient à présent réputés pour être une table de bosseurs, ils ne se retenaient pas de discuter calmement et se lancer de temps à autre une petite plaisanterie lorsque l'un ou l'autre s'en sentait d'humeur.
La journée s'était déroulée à une vitesse éclaire, si bien que lorsque Peter avait quitté son dernier cours, il n'avait absolument pas vu le temps passé à force de ressasser mentalement ses aventures du week-end et endurer silencieusement et poliment les questions parfois invasives des curieux. Comme prévu, il avait retrouvé MJ juste devant la cafétéria où Pietro et lui prenaient presque tous les jours leur petit-déjeuner et, ensemble, ils avaient quitté le campus pour se rendre dans un café en ville –sans forcément trop s'éloigner de l'école, préférant rester prudents en ces temps compliqués–. A la sortie de l'établissement, on leur avait rappelé d'être bien rentrés avant vingt-deux heures tapantes, après quoi les portes demeureraient verrouillées jusqu'au lendemain matin.
Ils étaient donc désormais installés face à face, dégustant chacun leur boisson chaude en conversant calmement.
–Je ne savais pas que tu faisais du skate, lança MJ en sirotant son chocolat chaud avec une paille.
–… Matt a essayé de m'y initier, tenta de se justifier Peter, étant moins doué que Pietro pour ce qui était de mentir sans rien laisser paraitre. J'ai un mauvais équilibre.
–Bizarre. On ne dirait pas, en te voyant.
Il ignorait comment elle faisait pour constamment lui donner l'impression qu'elle était capable de sonder son esprit et lire dans ses pensées, y décelant n'importe quelle forme de mensonge. Savait-elle que cette histoire d'accident avait été inventée de toutes pièces ? Si oui, comment ? Peter se disait qu'elle était simplement fidèle à elle-même : elle était observatrice. Cependant, en dépit du nombre astronomique de surprises auxquelles il avait eu droit dernièrement, il doutait fortement qu'elle soit au courant de ce qu'il faisait pendant son temps-libre. Il était prudent. La raison pour laquelle Pietro savait était complètement différente et impliquait un changement express d'univers.
–Tu crois que les garçons ont raison ? reprit-elle, puis elle enchaina presque immédiatement lorsqu'elle vit Peter froncer les sourcils, ne comprenant pas vraiment le sens de sa question. Quand ils disent que ces deux héros vont réussir à arriver au bout de leur… Leur « mission », quelle qu'elle soit ?
–J'espère, soupira Peter, plongeant son regard dans son café au lait. Je n'ai pas envie qu'ils réduisent tout en cendres juste parce que… poursuivit-il, cherchant alors rapidement une justification quelconque susceptible de convaincre MJ de sa « non-implication ». Parce que la fin du monde, ça craint un peu, déclara-t-il, ayant envie de se donner une claque tant il trouva sa propre réponse ridicule. Est-ce que… Tu leur fais confiance ? En ces héros, justement ?
–J'en sais rien, répondit-elle en regardant à travers la baie vitrée qui donnait sur l'extérieur. Les justiciers masqués bravant tous les dangers et recevant des louanges dégoulinantes de bons sentiments venant d'absolument n'importe qui, c'est pas vraiment mon rayon. Ned, lui, il adore, précisa-t-elle. Et Flash est carrément ce qu'on pourrait qualifier de groupie dès qu'il s'agit des Avengers, mentionna-t-elle, ce qui fit sourire le jeune homme. J'ai vu deux-trois images, ils avaient l'air de s'en sortir pas trop mal, alors… Oui, pourquoi pas, dit-elle en haussant les épaules. Mais comme je te l'ai dit, ce n'est pas mon truc, les héros.
–Oh, souffla-t-il simplement, laissant ce mot suspendu pendant un court instant. Pourquoi ?
–Parce que je ne les comprends pas, je crois. C'est un peu comme s'ils vivaient dans un monde qui leur est propre et que personne d'autres que leurs « semblables » ne pouvait y accéder. Ils doivent bien avoir essayé de s'intégrer aux pauvres mortels que nous sommes, affirma-t-elle d'un air un peu théâtral, mais au bout du compte, ils restent ce qu'ils sont, et ils ne quittent pas cette espèce de bulle dans laquelle ils évoluent perpétuellement, ils ne parviennent jamais vraiment à se mêler aux autres. C'est un peu triste, en fait.
–C'est comme ça que tu vois les choses ? l'interrogea-t-il, surprit qu'elle ait ce point de vue.
–C'est l'impression qu'ils donnent, en tous cas, dit-elle un peu sèchement en reposant sa boisson.
–Certains… Sont très dévoués à leur travail, concéda Peter, se souvenant parfaitement de la ferveur avec laquelle agissait Steve Rogers sur le terrain, faisant constamment régner la justice en ne prenant que très peu de temps pour se focaliser sur sa vie personnelle. Mais je ne pense pas qu'ils soient tous comme ça. Tu sais, j'ai… j'ai fait un stage à Stark Industries, il y a quelques années, avoua-t-il, sachant qu'il devrait choisir ses prochains mots avec discernement pour n'éveiller aucun soupçon. J'ai un peu côtoyé Tony Stark, et sa vie ne tournait pas exclusivement autour d'Iron Man… Et quand on y fait attention, on se rend compte que pas mal d'Avengers avaient d'autres occupations, en dehors de sauver le monde… Le docteur Banner, par exemple, on ne le voit pas tous les jours dans les rues à écraser des aliens sous des voitures…
–C'est vrai, admit-elle après un court temps de réflexion. Alors… Tu crois que Spider-Man et… Cet autre gars, ils sont comme ça ?
–Sûrement. Si tu veux mon avis, insista-t-il en se réajustant sur sa chaise, je crois que tous les super-héros tiennent à cœur leur vie en dehors de celle qu'ils vivent lorsqu'il s'agit de combattre et défendre. C'est ce qui leur rappelle ce que c'est d'être humain, et je suis persuadé qu'ils ont justement besoin de cette banalité pour ne perdre de vue la réalité… Peut-être qu'ils… Qu'ils doivent faire beaucoup de sacrifices, que c'est douloureux, mais… Parfois nécessaire, mais…
Il se tut un instant, sentant l'émotion monter. Leur discussion avait pris une tournure qui l'affectait plus qu'il ne l'aurait cru. Il ne pensait pas être comme MJ voyait la plupart des super-héros, et il était convaincu de ce qu'il avançait. Par exemple, même s'il savait que le si célèbre Captain America était en effet autrefois réputé pour être quelqu'un d'entièrement dévoué à son travail, il avait choisi de passer le restant de ses jours aux côtés de la femme dont il était tombé amoureux dans les années quarante. Il était un symbole de droiture et d'exigence, mais comme Peter l'avait précisé, il était avant tout un être humain.
–… Mais ça ne veut pas dire qu'ils oublient qui ils sont en dehors du champ de bataille, reprit-il. A un moment ou à un autre, ils ont tous besoin de retrouver un semblant de normalité et se poser quelque part où ils se sentiraient chez eux, en sécurité.
–J'aime bien cette vision des choses, déclara MJ d'une voix douce après l'avoir écouté sans l'interrompre.
Ils se sourirent et Peter sentit son cœur se comprimer dans sa poitrine, alors il baissa légèrement la tête. Il la retrouvait, sans vraiment la retrouver. Il ne parvenait pas à l'atteindre alors qu'elle était juste là, assise juste en face de lui. Ils s'étaient promis, avec Pietro, de chacun trouver le courage de renouer avec leurs proches. Même s'il avait réussi à refaire naitre l'amitié qui existait entre MJ, Ned et lui, en incluant cette fois-ci Flash dans le lot, ils lui paraissaient si distants, comme si un million de kilomètres les séparaient. Une galaxie toute entière.
Lorsqu'il releva les yeux, il se rendit compte qu'MJ, elle, le regardait toujours. Qu'elle souriait toujours, mais différemment, comme si elle cherchait à le rassurer, lui faire comprendre qu'il n'avait pas à s'inquiéter et que, d'une façon ou d'une autre, tout finirait par s'arranger. Elle fut par ailleurs sur le point de lui dire quelque chose, mais un son provenant de son portable, déposé face contre la table, la stoppa. Elle le consulta donc et soupira en secouant la tête en retenant un rire. Quoi qu'elle vienne de lire, cela sembla la mettre de bonne humeur, et cela ravit Peter de la voir ainsi. Au moins, il n'y avait que lui qui était malheureux, dans l'équation.
–Ned se demande si on est encore en vie, dit-elle, amusée, avant de ranger son téléphone dans sa poche. Il voudrait qu'on bosse sur la dissert' de Savannah, ajouta-elle en s'étirant, visiblement ennuyée par la simple évocation du nom de son professeur, puis elle entreprit d'enfiler sa veste. Peut-être qu'on devrait rentrer ? Il n'est pas encore tard, mais il fait sombre de plus en plus tôt, et si jamais je dois passer la soirée à écrire un tas de bla-bla ennuyeux à mourir, mieux vaut m'y mettre rapidement pour éviter de faire une nuit blanche…
Peter acquiesça et ils se levèrent en même temps, s'apprêtant à s'en aller. Tandis qu'elle remit convenablement son manteau et ferma la tirette, il se contenta de simplement passer le sien par-dessus des épaules car, d'une part, il n'avait pas si froid que ça et, d'autre part, il ne pouvait évidemment pas enfiler une des deux manches. Ils replacèrent correctement leurs chaises, puis ils se dirigèrent vers la sortie, l'étudiant écoutant MJ lui parler du sujet qu'elle avait à traiter dans ladite dissertation. Il poussa la porte de sa main valide, faisant sonner la clochette, et invita la jeune femme à passer la première. Elle le remercia de faire preuve d'autant de galanterie et, une fois dehors, elle frissonna et mit ses gants.
–J'ai l'impression d'être en Alaska en pleine période de Noël, fit-elle remarquer, expirant de la buée à cause du froid glacial et mordant accentué par le vent qui soufflait et faisait virevolter les quelques feuilles mortes qu'il n'avait pas déjà emportées lors de ses précédents passages. Je ne savais même pas qu'il était possible qu'il fasse aussi froid, commenta-t-elle en regardant vers les cieux qui s'assombrissaient, tandis qu'ils se mirent à marcher en sens inverse pour regagner le campus.
Peter l'entendait, mais il n'écoutait pas vraiment. Il l'observait silencieusement, la trouvant magnifique. Même si elle était du genre pessimiste à souvent voir le mauvais côté des choses et renvoyer aux autres une image plutôt négative du monde dans lequel ils vivaient, il pouvait voir ses yeux briller lorsqu'elle regardait le ciel. Elle aussi se cachait parfois derrière une assurance un brin excessive pour faire abstraction de ses doutes et insécurités. Pourtant, en dépit de ses airs de « je m'en fous du sort du monde puisqu'on est tous condamnés à finir de la même façon », une certaine chaleur émanait d'elle et embellissait la grisaille des rues.
Elle lui manquait. Peter voulait qu'elle se souvienne de lui, d'eux, qu'ils reprennent leur histoire là où elle s'était si abruptement interrompue. Marchant à un rythme tranquille et régulier sur le trottoir pavé, une main en poche, il avait le sentiment que son cerveau était en ébullition. MJ parlait toujours, n'ayant pas remarqué que l'esprit du jeune homme divaguait loin, très loin. Elle s'exprimait avec une passion qui lui était propre, parlant de leurs cours, de la manière dont certains points avaient changé dans sa vie depuis qu'elle avait quitté le lycée, combien elle trouvait l'ambiance à la fois déroutante et hypnotique, ce qu'elle avait l'intention de faire une fois qu'elle aurait obtenu un Prix Nobel puisque, selon elle, il était impossible qu'ils n'en obtiennent pas à l'issue de leurs futures nombreuses années de recherches assidues… Tout ce dont une étudiante normale pouvait parler.
Sauf que Peter, lui, n'était pas un étudiant si normal que ça. Il y avait des jours où il aurait aimé que cela soit le cas, même s'il aimait profondément assurer la sécurité de celles et ceux qui en avaient besoin. Et alors que la jeune femme continuait de développer les propos qu'elle tenait concernait les articles qui seraient un jour écrits sur eux pour mettre en valeur elle travail de leur vie, il se dit qu'il en avait assez de laisser ses sentiments de côté, car ça le rendait plus morose qu'autre chose.
–MJ, je t'aime bien.
C'était sorti tout seul. Mais Peter ne le regrettait pas. Il dut arrêter de marcher, MJ s'étant soudainement immobilisée. Il craignait de peut-être aller trop vite. Il lui avait fallu longtemps, la première fois, pour oser lui dire ce qu'il ressentait pour elle. Peut-être l'avait-il effrayée, peut-être qu'il ne lui plaisait pas, peut-être qu'elle n'éprouvait plus du tout le même chose qu'avant et qu'elle ne le verrait jamais autrement qu'un ami, un camarade de classe, un partenaire de travail. Peut-être qu'elle trouvait que les choses étaient précipitées, qu'elle ne souhaitait pas du tout se lancer dans quelque chose avec qui que ce soit. Comme toujours, trop de questions auxquelles Peter ne pouvait pas obtenir de réponses dans l'immédiat se bousculaient dans sa tête.
Il se mit à fixer le sol sous ses pieds, alors que quelques flocons se mirent à tomber. Il avait toujours bien aimé la neige. Il adorait virevolter dans les rues en hiver, allant si vite qu'il pouvait presque passer entre les flocons. Il les sentit effleurer ses cheveux légèrement en bataille et il fit parcouru d'un frisson qui remonta le long de son dos. Ok, peut-être avait-il un peu froid, finalement. Cependant, ce ne fut rien à côté de l'immense chaleur qui se propagea dans l'intégralité de son organisme au moment où il eut droit à un rapide baiser sur la joue de la part d'MJ.
–… Moi aussi, je t'aime bien, Peter.
Il releva les yeux et vit un petit sourire un peu gêné se dessiner sur son visage. Il eut à peu près la même réaction et se gratta nerveusement l'arrière du crâne. Il lui proposa ensuite qu'ils se remettent en route, ce qu'elle accepta sans rien ajouter de plus.
Avec ses inlassables « peut-être », Peter en avait presque oublié que le destin n'était pas toujours contre lui.
