Warning : Beaucoup de Angst et langage grossier
20. Esprit (2p!FrUK)
Il s'enfila un nouveau verre de vin. Le liquide bordeaux coula dans sa gorge comme une goulée salvatrice. Il ne savait plus quelles émotions étaient véritablement à l'origine de son état actuel ; était-ce la joie ou le malheur ? Mais était-ce vraiment très important après tout ? Pourquoi s'apitoyait-il pour ça ? N'était-ce pas lui qui lui avait clairement fait comprendre qu'il ne l'avait jamais aimé ? N'était-ce pas lui qui l'avait toujours traité comme une sous-merde avec comme but de le faire s'en aller ? Oui, maintenant qu'il y repensait, il avait vraiment été un enfoiré ; mais il l'avait toujours était… avec tout le monde… tout le temps…
Mais LUI, lui avait était le seul qui l'avait jamais supporté, qui était resté même s'il était des plus exécrables. Il n'avait jamais cédé devant la méchanceté – la cruauté – dont il avait fait son quotidien. Non, LUI avait toujours affiché ses grands sourires en guise de bouclier, sa bonne humeur comme arme. Même lorsqu'il se montrait plus imbuvable encore ; les jours où son humeur était aussi noir que les nuages d'un ouragan ; même si son visage perdait parfois la face, qu'il se décomposait, qu'il perdait, même l'espace de quelques secondes, son sourire brillant qui fanait sur cette bouille d'ange pâle, jamais, au grand jamais n'avait-il baissé les bras. Et c'est sans aucun doute ce qui lui avait toujours plu, au fond. Parce qu'il était le seul à jamais être entré dans son jeu du « je te fais mal, fais-moi pire encore », le seul à n'avoir jamais haussé le ton avec lui et à s'être trouvé lassé de son comportement, le seul à jamais être parti avec ses clics et ses clacs, abandonnant le cas désespérément asocial qu'il était derrière lui sans plus d'autre pensée que celle de « je suis libre, ce connard n'a cas se débrouiller sans moi ».
Et c'est pour tout ça ; son caractère écœurant de bons sentiments, niais et aussi rose que la guimauve avec laquelle il garnissait ses pâtisseries ; son affection certaine pour les couleurs pastelles qu'il haïssait tant, ses attentions toujours trop poussées, son visage débordant d'une joie vomitive à son goût, son corps frêle et moite qui collait durant l'amour, couvert de taches de rousseur dont il était si complexé au point de se cacher le visage derrière des tonnes de fond de teint, ses grand yeux d'un bleu ciel qui brillaient des étoiles de la vie… Il aurait dû les voir s'éteindre, il aurait dû voir sa peau d'habitude pâle devenir cireuse comme celle des mourants, il aurait dû le voir moins joyeux, moins lumineux… moins lui-même…
Il aurait dû voir tout ça, c'est vrai ; mais puisqu'il n'a rien vu de tout ça, puisqu'il avait préféré rester aveugle à son état de santé qui se dégradait, puisqu'il était de toute façon toujours trop bourré ou con pour voir que le mec qu'il aimait était en train de crever sous ses yeux parce qu'il n'était pas foutu de le traiter comme il le méritait vraiment… Pour tout ça, il se tapa un autre verre qu'il but d'une traite sans avoir la moindre idée que depuis tout ce temps, il était observé par l'esprit de celui de qui il avait causé la mort et qui le regardait depuis l'arrière du fauteuil sur lequel il était assis, à se bourrer pour oublier celui qu'il avait aimé mais à qui il ne l'avait jamais dit… Parce qu'il n'était jamais rien d'autre qu'un connard…
