26. Réflexion (2p!Rochu)

Xiao n'était pas connu pour être quelqu'un de très intellectuel, ni très fin lorsqu'il se mettait à réfléchir. La preuve, la plupart du temps, il ne disait rien pendant les réunions et se contentait d'écouter ce que les autres disaient. Peut-être était-ce que tout cet opium qu'il fumait avait fini de faire voler en éclat ses neurones, ou peut-être était-ce simplement parce qu'il prenait les choses plus légèrement que les autres et que les gros problèmes des autres lui semblaient si superficiels, et qu'un petit peu d'opium pouvait les aider à oublier.

Mais quand il se perdait dans sa tête, dans ses moments de lucidité, c'était sans doute pire que tout. Tout ce à quoi il ne pensait pas quand il était ailleurs lui revenait dix fois plus violemment que pour n'importe qui d'autres.

Il jeta un regard à son amant, allongé dans leur lit commun et toutes ses interrogations lui revinrent comme un boulet de canon. Au fond, que connaissait-il de cet homme qu'il aimait ? Ils ne parlaient pas - à peine s'ils passaient directement de la porte d'entrée au lit la plupart du temps. Ils ne se regardaient pas - à peine étaient-ils des corps à utiliser à leur guise l'un pour l'autre. Et pourtant, il l'aimait. Du moins c'était ce à quoi ressemblait l'amour pour lui, lui qui n'avait jamais rien connu d'autres que les conflits et les trahisons. Une vieille nation, peut-être, mais qu'y connaissait-il à l'amour ?

La seule autre nation constante dans sa vie était Viktor. D'aussi loin qu'il se souvenait, il était le seul à ne l'avoir jamais laissé tomber comme Hong Kong ou Corée ou poignardé dans le dos comme Japon.

Les autres nations, il les connaissait à peine. Des siècles sur cette planète et il ne s'était jamais véritablement ouvert aux autres qu'il y a deux siècles. Il n'avait lié aucun lien avec personne.

Il n'y avait que Viktor. Il n'y avait toujours eu que lui. Mais lui, y avait-il toujours eu que lui à ses yeux ? Non, bien sûr que non. Il y avait eu l'époque où François et lui avaient été très proche. Puis il y avait Gilen, qu'il avait maintenu des années avec lui. Et en même temps, il y avait ce crétin d'Allan. Leur histoire avait fait le sujet de conversation des nations pendant près de trente ans... Et lui dans tout ça ? N'avait-il jamais été qu'un remplacement ? Ou peut-être un retour au source, puisqu'il avait été le premier de Russie ? Mais finalement, comptait-il vraiment ou n'était-il que l'une des nombreuses victimes de l'une des nations les plus sanguinaires ?

Au final, est-ce qu'il avait vraiment besoin de réfléchir à tout ça ? Pourquoi se faire du mal à penser quand sa spécialité était... d'oublier ?