Chapitre 1 : Le Procès.

Draco avait toujours froid au milieu de la salle d'audience. Après deux mois entiers confié aux soins des Detraqueurs, ce n'était pas étonnant.

Malgré la certitude qu'il avait que cela deviendrait son quotidien pour plusieurs années encore, il n'était pas sûr de pouvoir s'y habituer un jour. Il finirait par ressembler à une ombre, une coquille vide. Il en était sûr.

Ce n'était pas l'horrible uniforme rayé qui laissait sa marque parfaitement apparente qui plaiderait en sa faveur.

L'avocamage qui lui avait été commis d'office lui avait plus que conseillé de partager ses souvenirs concernant sa place auprès de… Du seigneur des Ténèbres. Draco l'avait fait de mauvaise grâce, peu désireux que l'on le voit de cette façon.

Ce que son avocamage avait qualifié ni plus ni moins de viol n'y ressemblait pas pour lui. Il ne s'était pas débattu. Il l'avait laissé faire, encore et encore, paralysé par la peur. Mais le fait est que l'avocamage, Keller Wilgreen l'avait convaincu. Cependant, il avait promis que le procès se déroulerait à huis clos.

Draco recula légèrement, faisant tinter ses menottes lorsqu'il aperçut la horde de journalistes dans la salle d'audience. Poussé par les deux Aurors à ses côtés, il continua d'avancer en cherchant désespérément son avocamage des yeux.

Il ne voulait pas que ses souvenirs soient visibles par tous. Il refusait. Il préférait le baiser du Detraqueur.

-Je suis désolé Monsieur Malfoy, la demande de huis clos a été refusée malgré les circonstances, fit Wilgreen en apparaissant à ses cotes.

-Il faut que je récupère mes souvenirs.

-Je sais que c'est difficile mais on ne peut plus rien faire maintenant, ils font parti des pièces à convictions.

-Non, vous ne comprenez pas. Il faut que je les récupère !

L'éclat de voix paniqué attira l'attention sur lui avant l'heure. Ça n'allait pas du tout.

-Je suis vraiment désolé Monsieur Malfoy, je ne peux rien faire.

Le blond combattit les larmes qui menaçaient de sortir de ses yeux, prêtes à être capturées par les appareils photos présents.

-Silence !

La voix d'Amelia Bones, accompagnée du son des coups de son marteau acheva de faire taire les nombreux chuchotements que Draco n'avait même pas remarqué jusque là.

Ses oreilles continuaient de bourdonner seules alors que sa bouche s'asséchait de seconde en seconde, rendant ses déglutissements difficiles.

-Nous sommes ici pour traiter du dossier numéros 3445. Draco Malfoy, vous êtes accusé de participation à une organisation criminelle ayant perpétré un complot contre l'Etat ainsi qu'ayant participé à des crimes et actes de torture multiple. Vous êtes également accusé de complicité dans le meurtre d'Albus Dumbledore. La séance peut commencer, nous entendrons d'abord l'Etat, partie prenante de l'accusation.

-Merci votre honneur. Je pense que toute personne ici est dotée du sens de la vue et est par conséquent capable de voir la marque des ténèbres qui orne le bras gauche de l'accusé.

Cassius Verley, l'avocamage de l'accusation s'avança sans une hésitation vers Draco pour lui faire lever le bras en l'air, obtenant une exclamation surprise du blond.

Celui qui ne se sentait déjà pas très bien senti sa respiration devenir plus laborieuse encore. Son cerveau s'était déconnecté, il n'était plus vraiment dans la pièce. Frottant ses mains moites sur son pantalon rayé sale, Draco posait son regard hagard sur chaque personne de la pièce sans les voir.

Sa tête dodelinait toujours légèrement lorsque son avocamage lui mit un léger coup de coude pour le faire revenir à lui.

-Monsieur Malfoy ?

C'était la voix d'Amelia Bones. Draco cligna des yeux plusieurs fois pour revenir à lui, peinant à se concentrer.

-Monsieur Malfoy, vous êtes avec nous ?

Il hocha la tête faiblement avant de se rappeler de l'endroit où il se trouvait et qu'on exigerait certainement une réponse à voix haute. Il se racla la gorge, ce qui n'empêcha pas son « oui » de sonner enroué.

-Bien, pouvez vous répondre à la question de Maître Verley je vous prie ?

Ah. Bon, ça il ne pouvait pas. Il n'avait aucune idée de la question qu'on avait bien pu lui poser.

-Quelle était la question s'il vous plaît ?

-Je vous conseille d'être plus attentif Monsieur Malfoy, vous jouez votre avenir ici. Maître Verley, veuillez répéter la question.

-Bien sûr votre honneur. Monsieur Malfoy, est-il vrai que c'est vous qui avez fait entrer les mangemorts à Poudlard en 1996 le soir de la mort d'Albus Dumbledore ?

Draco se mordit la lèvre. Il ne pouvait pas mentir sur les faits.

-Oui.

-Et est-il vrai qu'à ce moment, vous aviez déjà rejoins les rangs des Mangemorts ? Autrement dit, vous étiez déjà marqué ?

-Oui.

-Et est-il vrai que vous aviez prévu de tuer Albus Dumbledore vous-même ce soir là ?

-Le seigneur des ténèbres m'en avait confié la mission mais je…

-La n'est pas la question Monsieur Malfoy. Aviez vous oui ou non prévu de tuer Albus Dumbledore ?

-Je… Non enfin oui mais je n'ai…

-C'est tout pour moi, le coupa l'avocamage de l'accusation.

Draco envoya un regard désespéré à son propre avocamage qui n'avait pas encore eu le droit à la parole. Il n'avait pas tué Albus Dumbledore. Il ne l'avait même pas voulu ! Il n'avait pas eu le choix ! Il avait envie de hurler et de fondre en larme en même temps. Il n'était pas un meurtrier. Il n'avait pris part à aucune véritable activité des mangemorts. Ce n'était pas à ça que le seigneur des ténèbres le réservait.

-Le Mangenmagot a entendu l'accusation. Il donne à présent la parole au Maître Wilgreen pour la défense.

-Merci votre honneur. Comme l'a souligné Maitre Verley, mon client a pris la marque des ténèbres. Cependant, il n'a jamais commis aucun crime, ce que concordent des témoignages de Mangemorts dans des procès précédents. J'aimerais également rappeler que mon client était mineur au moment des faits et que ses parents avaient accueillis sous leur toit Celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Ça ne laissait pas beaucoup de choix quand aux décisions à prendre pour sa survie. Auriez vous préféré que cet enfant meurt ? Que plus de sang encore ne soit versé dans cette guerre ? Je ne le crois pas.

-Objection votre honneur, nous avons eu confirmation qu'une aide a été proposée à Draco Malfoy par Albus Dumbledore lui-même !

-Objection retenue. Autre chose Maitre Wilgreen ?

-Oui, j'ai des questions pour l'accusé.

-Je vous en prie, faites donc.

-Merci votre honneur. Monsieur Malfoy, confirmez-vous qu'Albus Dumbledore vous a proposé son aide à vous et à votre famille ?

Draco déglutit. Son avocamage était-il la pour l'enfoncer ou pour l'aider ?

-Oui.

-A quel moment ?

-Juste avant de mourir.

Repenser à ce moment lui donnait encore des frissons. Voir l'un des plus grands sorciers le l'histoire de la magie tomber de la tour d'Astronomie à la suite d'un simple sort n'était pas anodin.

-Vous confirmez donc qu'Albus Dumbledore a été incapable d'honorer sa promesse de vous protéger, même si vous aviez eu le temps d'accepter ?

Il acquiesça, les yeux dans le vague. Comme il aurait aimé que ça ait pu être possible. Parce qu'après ça, le seigneur des ténèbres lui avait trouvé une toute nouvelle fonction.

-Et que s'est il passé pour vous après avoir échoué votre mission alors que, je le rappelle, vous étiez toujours un enfant ?

Draco, qui s'était mis à se triturer les doigts depuis quelques temps, se mit à les tordre plus douloureusement. Il secoua la tête, balançant ses cheveux devenus longs et sales qui avaient autrefois fait sa fierté. Il ne voulait – ne pouvait pas répondre à cette question. Il ne pouvait pas le formuler à voix haute, certainement pas devant tout le monde.

-Monsieur Malfoy, répondait à la question s'il vous plait.

C'était Amélia Bones, la cheffe du Mangenmagot qui avait parlé.

-Il faut que je récupère mes souvenirs.

-Les pièces à conviction sont sous scellé, vous ne pouvez pas les récupérer. Veuillez répondre à la question.

Le souffle cour, Draco sentait son cœur au bord de ses lèvres. Il allait vomir, c'était un cauchemar.

-Monsieur Malfoy…

-Je… J'ai subi le Doloris.

-Oui, et ensuite, insista son avocamage.

-J'ai… Il…

Oubliant complétement les flashs des appareils photos, Draco fondit en larmes, retenant la bile de monter plus encore dans sa gorge. Ils ne pouvaient pas le forcer à le dire.

-Votre honneur, je demande la visualisation des pièces à conviction numéro 5 ;6 et 7.

-Non, avait murmuré Draco dans un son à moitié étranglé.

Ils allaient voir. Tout le monde allait savoir. Il détestait son avocamage. Il se détestait.

Il se cacha davantage derrière ses cheveux. Tandis que son avocamage le quittait pour aller visionner des souvenirs dans une pensine, accompagné de l'avocamage de l'accusation, Amélia Bones et deux membres du Mangenmgots qui viendraient résumer les souvenirs vus à la fin du visionnage.

L'attente était interminable. Les murmures avaient repris partout autours de Draco qui vomit finalement en voyant les membres du Mangenmagot revenir, prêt à faire leur récit.

Il y eut du mouvement dans la salle. Toujours plus de flashs d'appareils photos et enfin, le silence fut exigé par Amélia Bones. Le vomis fut nettoyé d'un seul coup de baguette, comme si Draco n'avait jamais été malade, et enfin, les plumes à papote commencèrent à s'agiter furieusement, ne perdant pas une miette de ce qui était raconté.

Ce fut néanmoins les propos de Verley qui finirent de faire sangloter le blond sans plus aucune retenue. Verley avait appuyé le fait qu'à aucun moment, on ne voyait l'accusé de débattre ou se plaindre sous la main de Celui-don- on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom.

-Objection votre honneur. Je rappelle que mon client n'avait que seize ans au moment du premier souvenir et que Tom Jedusor en avait déjà atteint soixante-dix. La remarque est déplacée et impertinente.

-Retenue. Maître Verley, la cour vous demande de faire preuve d'un peu plus de respect à l'égard des souvenirs confiés.

Verley réduit ses lèvres en une ligne fine par contrariété. Lui n'avait aucun doute que le Mangemort présent dans la pièce avait donné son corps par pur fanatisme.

-Nous faisons une pause le temps de laisser Monsieur Malfoy reprendre ses esprits. Il est quatorze heures dix, la séance reprendra à quinze heures.

Le marteau claqua contre le bois et tous se levèrent. Draco fut conduit dans l'une des petites cellule du ministère où on lui proposa un verre d'eau sur demande de son avocamage. Il sentait qu'il allait encore vomir.

-Ca se passe plutôt bien.

L'avocamage était gêné face à son client qui semblait inconsolable. Il hésita un peu avant de poser sa main sur l'épaule sale qu'il pressa légèrement.

-Je sais que vous ne vous en rendez pas compte maintenant mais ça valait le coup. Attiser la pitié était notre seule option.

Reniflant, Draco releva ses yeux gris clair cerclés de rouge sur son avocamage.

-Vous l'avez fait exprès. Vous… Vous n'avez jamais demandé le huis clos.

-J'étais obligé de te dire ça si je voulais que tu donne tes souvenirs. Mais le huis clos nous aurait desservi. L'opinion publique est très importante dans ce genre d'affaire.

-Tout le monde va savoir, insista-t-il dans un sanglot pathétique.

-Justement. Les gens défendent les victimes, ils raffolent de s'offusquer pour des peines perdues. Je serais sûrement le seul avocamage à faire valoir gain de cause pour son client Mangemort.

Draco ferma les yeux, vaincu. Il s'était fait avoir. Encore. On ne cessait de le manipuler dans tout les sens depuis toujours, il ne savait même pas pourquoi il était encore étonné.

La délibération avait pris une journée de plus. Apparement, les médias avaient fait leur une de son histoire sordide qui avait révulsé l'Angleterre sorcier tout entier.

Cela avait rendu le verdict plus difficile.

-Je le sens bien, lui avait de nouveau confié Wilgreen avec un petit sourire suffisant. Il avait très certainement été à Serpentard durant ses années Poudlard.

-Au vu des éléments qui nous ont été confiés, le Mangenmagot a décidé de retenir l'implication de Draco Malfoy dans les éléments concernant la nuit du 30 juin 1997 qui ont entraîné la mort d'Albus Dumbledore. Il est donc déclaré coupable. Pour les faits d'appartenance à un groupe criminel, la cour déclare Draco Malfoy coupable. En revanche, au vu des éléments supplémentaires qui nous ont été confiés, la cour reconnaît des circonstances atténuantes a Draco Malfoy et consent à un allègement de peine.

Le sourire de Wilgreen s'était légèrement crispé, dans l'attente du verdict final. Son tour de force n'avait pas fonctionné aussi bien qu'il ne l'aurait voulu.

-Le Mangenmagot a donc conclu à une peine aménagée. Draco Malfoy sera en probation sur une durée de cinq ans avec une obligation de repasser ses aspics à Poudlard cette année. Le ministère lui fournira une baguette bridée avec interdiction de posséder sa propre baguette sur la durée de sa probation, auquel cas, ce droit sera réétudié en rapport avec sa conduite. De plus, le Mangenmagot rappelle à Monsieur Malfoy qu'aucun écart de conduite qu'il s'agisse d'un petit délit ou d'un crime ne sera toléré, ou il sera envoyé à Azkaban pour le reste de sa peine. La séance est levée.

Abasourdi, Draco fut forcé de se lever et emmené dans une petite salle attenante à la salle d'audience. Son avocamage avait l'air plutôt fier de lui tandis qu'on lui retirait les lourdes menottes et que des documents furent poussés contre ses doigts pour qu'il les signe, d'une main tremblante. On lui remit la fameuse baguette bridée ainsi que les vêtements qu'il portait durant son arrestation.

-La totalité de vos vêtements ne pourrons pas vous être rendus mais vous aurez une allocation du ministère pour vos différentes fournitures et besoins.

Draco hochait à peine la tête, dans un état second.

Il ne retournait pas à Azkaban.

Les Detraqueurs allaient cesser de le torturer.

Il eut un faible sourire.


C'est reparti pour une longue histoire ! Vous l'avez sûrement remarqué si vous êtes arrivés jusque là mais les sujets seront difficiles, j'invite donc les âmes les plus sensibles à ne pas poursuivre. Pour les autres, bonne lecture !