Il se passa bien dix minutes avant que Stiles ne se décide à faire quelque chose. Il sortit de sa vieille carlingue et décida d'inspecter à nouveau les roues avec un espoir un peu nul : que les trous se soient résorbés tous seuls. Ou qu'ils aient disparu comme par magie, comme si rien ne les avait crevés. Evidemment, la réalité le rattrapa assez vite. Pire encore, l'un des pneus s'était complètement affaissé, vidé de son air. Passablement déprimé par la situation et le fait qu'il ne pouvait appeler ni une dépanneuse, ni son père, Stiles souleva le capot de sa Jeep en attendant qu'une voiture passe. Son idée, c'était qu'il demande au premier venu de l'aider, de lui prêter son téléphone pour pouvoir le sortir de ce pétrin sans nom. Il décida alors par avance de noter mentalement toutes les pannes et usures potentielles de la Jeep pour s'occuper et, plus tard, s'atteler aux réparations de sorte à éviter un prochain arrêt involontaire. Cette fois-ci n'était pas complètement de sa faute, mais il ne voulait rien entendre. Il songea d'ailleurs à changer certains de ses morceaux de scotchs pourris qui montraient clairement des signes d'usure et pour quelques-uns, de rupture. Et c'est en se dirigeant vers le coffre de sa Jeep pour chercher son gaffeur qu'il entendit le Graal… Le bruit d'un moteur.
Stiles réagit de façon atrocement lente, si bien qu'il n'eut pas besoin de faire quelque geste que ce soit pour attirer l'attention du conducteur… Que celui-ci s'était déjà arrêté à sa hauteur. L'hyperactif ne regarda même pas la voiture : ses yeux fixèrent simplement la vitre qui se baissait. Sa lenteur d'esprit était terrifiante… A tel point qu'il la mit sur le compte de son moral à nouveau dans les chaussettes.
Le fait est qu'il finit par ressentir un semblant de surprise couplée à une lassitude certaine en reconnaissant le visage sempiternellement fermé de Derek Hale. Sa raison le poussa à se réjouir un minimum : il avait de l'aide à portée de main… A condition qu'il ne l'agace pas. Parce qu'il le connaissait, le bougre. Celui-ci serait capable de le laisser tomber s'il décidait de l'embêter, même pour rire.
- Qu'est-ce qui t'arrive ? Demanda l'ancien alpha, une main sur son volant.
Son moteur ronronnait.
- Tu vois pas ? Fit Stiles d'un air complètement je-m'en-foutiste en désignant sa voiture d'un geste vague. J'attends le déluge.
C'était bête parce qu'à peine sa précédente réflexion faite et pensée, voilà qu'il jouait déjà avec le feu. Sauf que son attitude et sa façon de parler devaient être inhabituelles… Assez en tout cas pour que Derek ne fasse rien de plus que froncer les sourcils. Il finit par jeter un œil derrière lui, froncer davantage les sourcils et ouvrir la portière de sa Camaro – dont il coupa le moteur. Son regard accrocha très vite les clous. Il comprit le problème.
- C'était déjà là, tout ça ?
Sa question pouvait bien sûr paraître idiote, mais elle sous-entendait une idée que Stiles lui confirma rapidement.
- Oui.
- Et tu n'as rien vu ?
- J'ai pas fait gaffe. J'étais ailleurs, maugréa l'hyperactif.
Sa bonne humeur du début de matinée était définitivement loin de lui. Il finit même par douter de son existence tant il s'en trouvait éloigné.
Derek s'accroupit, regarda l'état catastrophique des pneus. Il finit par relever la tête en direction de l'hyperactif.
- D'autres problèmes à signaler ? S'enquit-il d'un air indifférent.
- Non, répondit Stiles en soupirant.
Il avait déjà oublié ce qu'il avait notifié. Mais Derek avisa le capot ouvert avant de se lever et d'aller examiner… Ce qui relevait d'un chantier impressionnant. Et s'il devait avouer que Stiles n'était pas mauvais en termes de réparations de fortune, il était clair que certaines étaient lentement mais sûrement en train de lâcher. Il se fit une réflexion simple : soit Stiles était aveugle, soit il était vraiment ailleurs.
- Tu allais où comme ça ?
- Au lycée.
Derek jeta un coup d'œil à son téléphone portable. Hmm. Ça se tenait. Il s'étonna tout de même d'une chose :
- Et tu n'as appelé personne pour t'aider ?
- Plus de batterie, répondit Stiles en haussant les épaules.
Sauf que celles-ci lui semblaient étrangement lourdes, comme chacun des maigres mouvements de l'hyperactif. Derek finit par se dire que Stiles avait de la chance qu'il passe par là et à le penser davantage encore en remarquant qu'il ne disait rien. Ne s'imposait même pas de lui-même dans sa Camaro alors que c'était justement ce qu'il aurait fait en temps normal.
- Prends tes affaires, lui dit-il en ouvrant la portière de sa voiture.
Stiles le regarda, un air perplexe collé au visage. L'absence de sa vivacité d'esprit habituelle continua de perturber Derek. L'hyperactif devait être fatigué… Sacrément fatigué.
- Je t'emmène au lycée, andouille, lâcha l'ancien alpha en s'installant devant le volant.
- Et ma Jeep ? Balbutia l'hyperactif, perdu.
Pas d'insulte, pas de sarcasme, pas de provocation. Juste une désorientation claire et nette. Derek se félicita intérieurement pour s'être bougé et obligé à aller acheter des fruits dans la rue d'à côté. Sans cela, il ne serait pas tombé sur cet idiot au retour. Idiot qui n'avait vraisemblablement pas essayé de chercher de l'aide dans le quartier alentour. Ne l'avait-il pas trouvé à vaguement inspecter ce qu'il y avait sous le capot de sa voiture, le regard vide, l'air d'attendre il ne savait quoi ? Si, et c'était peut-être le plus perturbant dans cette histoire. De mémoire, Stiles ne restait jamais sans rien faire de concret, sans chercher de véritable solution à ses problèmes. Il n'aimait pas les pauses, s'échinait à rester perpétuellement actif – quelle que puisse être la situation à laquelle il devait faire face.
- J'appellerai une dépanneuse, lui certifia Derek.
Stiles eut l'air de prendre le temps de réfléchir avant de se diriger mollement vers sa Jeep, d'attraper son sac. Il verrouilla sa précieuse carlingue et se glissa côté passager dans la Camaro de Derek. Lorsque ce dernier démarra, l'hyperactif se permit une remarque qui, cette fois-ci, lui ressemblait davantage que cette attitude étrangement molle et passive :
- Tu caches un truc, tu ne peux pas réaliser un acte aussi charitable sans arrière-pensée.
Derek ne l'attendait tellement plus qu'il dut retenir un rictus amusé.
- Il faut bien que je remplisse mon quota de bonnes actions de l'année, finit-il par répondre.
- Et tu y gagnerais quoi, sincèrement ?
- La satisfaction de t'avoir fermé le clapet.
Stiles le regarda, bouche bée, avant de finalement la refermer et se taire. Là, ça lui ressemblait moins. Mais Derek profita tout de même de l'occasion pour lui passer son téléphone. Il lui demanda, puisque lui conduisait, de chercher sur internet les coordonnées d'une entreprise de dépannage. Une fois que Stiles les eut trouvées, il lui rendit son cellulaire sans un mot. De là, il regarda le paysage défiler sous le regard passablement perplexe de Derek. Enfin, ce dernier appela le service qu'il visait et donna la localisation approximative de la Jeep de Stiles, de laquelle il fit une description assez précise – il leur donna également sa plaque d'immatriculation. A force de traîner dans cette meute hétéroclite et d'exécuter certaines missions en la charmante compagnie de l'hyperactif, il avait fini par retenir cette série lambda de chiffres et de lettres. Ça l'occupait et lui évitait d'écouter ses élucubrations sans fin qui, cette fois, brillaient par leur absence.
Ce matin, Stiles n'avait rien du bavard qui avait l'habitude de lui casser les oreilles.
