Mon cher journal, la vérité est que j'aurais aimé avoir un beau mariage.
Pas comme celui de Lizzie, non. Mr Darcy est un homme riche. Et, j'ose le dire maintenant, en le connaissant mieux, qu'il est aussi riche de coeur que de fortune.
Pas même un mariage comme celui de Jane. Mr Bingley n'est pas aussi riche que Mr Darcy. Mais, et, j'ose le dire également, il est plus jovial.
J'aurais aimé me marier. Quitter la maison de mes parents. Oui, j'en ai envie, mon cher journal.
J'aimerais qu'on cesse de me voir comme la fille Bennet qui restera à jamais une vieille fille.
C'est ce que tout le monde pense ?
Le sais-tu ?
Même mes sœurs, derrière leurs sourires et leur incroyable gentillesse, le pensent.
Je l'ai toujours su.
Je l'ai toujours ressenti.
A chaque fois que je jouais du piano parce que personne ne m'invitait jamais à danser et que je préférais jouer du piano.
C'est à cela que je pense lorsque je m'exerce au piano.
Mieux je jouerai, moins on verra que j'ai le coeur serré parce que personne ne m'invite à danser.
Mr Lucas fut le seul à le faire.
Mr Lucas fut le seul à me regarder. Il aurait pu regarder Kitty. Il aurait pu lui demander sa main.
Je doute qu'elle aurait accepté.
Mr Lucas est trop sérieux pour elle. Elle épousera certainement un homme fortuné qui l'aimera et la fera rire, comme Lizzie et Jane.
Et moi ?
Moi, je n'aurais pas d'époux.
Est-ce que je pardonne à Mr Lucas de m'avoir fait rêver pendant quelques mois ? De m'avoir fait croire que j'aurais pu être une vraie Dame ? De m'avoir donné, pendant quelques mois, le statut de fiancée ?
Oui, je lui pardonne.
Lui-même essayait de s'extirper de sa condition… comme moi…
Tu sais, mon cher journal, je crois que j'aurais pu être heureuse avec lui. J'aurais, peut-être, pu être heureuse même en connaissant ses mensonges et ses espoirs.
Dimanche soir, nous dînerons tous chez les Lucas. Et, la semaine d'après, j'irai à Londres… Enfin…
