Bonjour bonjour,
C'est l'été, tout le monde ou presque est en vacances et il fait trop chaud pour sortir.
Comme j'arrive pas à écrire grand chose, j'ai ressorti un one-shot de mes cartons, sait-on jamais. Dépoussiéré, réécrit, corrigé (lol) et voilà, je vous propose ça en attendant d'autres choses.
Informations importantes :
Trigger Warning : langage grossier, plaies et cicatrices, mentions de violences, mentions de drogue.
Juré c'est un truc sans violence, même si on dirait pas comme ça. Du fluff, c'est bien le fluff.
Ca reste un petit truc sans grandes ambitions donc je suis passée un peu vite sur certains points, j'espère juste ne pas avoir été trop maladroite pour autant. Je suis ouverte à la critique, sans soucie et je ne manquerais pas de corriger/modifier certains passages si j'ai manqué quelque chose.
Si vous passer ici avant Carpe Diem, ça n'a aucun rapport.
Si vous êtes en cours de lecture de Carpe Diem ou que vous souhaitez le lire, il y a deux gros spoils en un ici.
J'ai réfréné la militante L en moi, juré.
Law x Ace dans un classique Café UA.
C'est la première fois que je poste un One-Shot, ça fait un peu bizarre. Ne vous attendez à rien, j'espère que vous passerez un bon moment quand même.
Mdr la prochaine fois ça sera un Salon de tatouage UA. Je plaisante même pas.
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Amor Omnibus Idem
L'amour est le même pour tous.
Omne adeo genus in terris hominumque ferarumque et genus æquoreum, pecudes pictæque uolucres, in furias ignemque ruunt amor omnibus idem.
« Oui, toute la race sur terre et des hommes et des bêtes, ainsi que la race marine, les troupeaux, les oiseaux peints de mille couleurs, se ruent à ces furies et à ce feu : l'amour est le même pour tous. » - Virgile
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Ça, c'était vraiment une journée de merde.
Law estimait ne pas avoir fait beaucoup d'erreur dans sa encore courte vie.
Peut-être que se lancer dans des études de médecine qui allaient occuper douze années de son existence sur Terre n'était pas une idée judicieuse.
Sans aucun doute, accepter d'enchaîner une semaine de garde aux urgences, c'était dangereux pour sa santé physique et mentale.
Mais accepter d'être model pour la nouvelle ligne de vêtement de son adorable et horrible amie Viola, ça c'était vraiment la pire des décisions qu'il aurait pu prendre ce mois-ci.
Il n'aurait jamais pensé que la campagne de publicité internet qu'elle avait lancé marcherait autant sur les réseaux sociaux, son visage se rependant comme une traînée de poudre. Quelles genres de retouches avaient donc été faites ? Il n'en avait aucune idée, mais du jour au lendemain, les gens s'étaient mis à le reconnaître dans la rue.
Chicago était une grande ville bon sang ! Il ne devait pas être le seul type cerné et tatoué du coin, si ? Même ses patients qui avaient peur de lui d'ordinaire s'étaient métamorphosés en fans. Mais Law préférait quand même quand ses collègues et ses patients l'ignoraient, intimidés par sa taille et sa dégaine de faux bikker mal réveillé.
Au moins il avait la paix.
Il n'aurait pas eu à courir à dix heures du matin dans les ruelles embrumées de Chicago pour échapper à toute une bande de jeunes filles en fleur qui s'étaient soudain mises à pousser des cris suraigus en le pointant du doigt.
Il allait tuer Viola.
Il s'était fait avoir comme un bleu avec son sourire suppliant et ses grands yeux de biche.
Au moins la météo était clémente : c'est-à-dire brumeuse et l'air était plus épais qu'une purée de pois. Dès que la bande fut hors de vu à un croisement, il s'engouffra dans la première boutique qu'il vit.
Un café dont il n'eut pas le temps d'admirer le décor pour se précipiter vers le comptoir, sauter agilement par dessus et s'asseoir à même le sol pour se cacher.
Le tout, sous le regard intrigué et amusé du serveur accoudé à côté de lui, qui avait suivi des yeux ses gestes sans frémir.
Et maintenant, il le regardait de toute sa hauteur avec une moue moqueur.
- Pitié, cache-moi.
Il plissa les yeux sans se départir de son sourire.
- Quoi, tu as volé un sac à main ou quelque chose comme ça ?
- Est-ce que j'ai la dégaine d'un voleur ? s'agaça Law en désignant ses vêtements.
Qui était ceux de la dernière collection de Viola, fait sur mesure pour lui, dans des tissus riches. Et sûrement ce qui avait aidé ses « fans » à le reconnaître.
Il ajouta « s'habiller avec les vêtements de Viola car c'étaient ses seuls vêtements propres parce qu'il n'avait pas fait de lessive depuis deux semaines » à la liste des mauvaises idées.
- L'habit, le moine…
Law fronça les sourcils au ton particulièrement narquois du serveur.
- S'il te plaît, je te payerai.
- Inutile de me sortir le grand jeu, rit-il en agitant vaguement la main dans sa direction. Garde tes mots doux et ferme-là un instant.
Piqué au vif, il s'apprêtait à faire sauter sa couverture pour se lever et lui dire le fond de sa pensée quant à son attitude, lorsque la clochette de la porte d'entrée résonna dans la pièce et coupa court à sa diatribe. A la place, il se calfeutra encore sous l'évier, aux pieds du jeune pendant que des bruits de pas et des respirations essoufflées se rapprochaient.
- Bien le bonjours mesdemoiselles, les salua le barmaid dans un timbre de voix outrageusement volubile. Que puis-je pour vous par une si belle matinée ?
- Vous n'auriez pas vu passer Trafalgar Law ? demanda l'une d'elle.
- Qui ?
La pointe d'insolence dans sa voix grave et légèrement éraillée sonnait presque comme une insulte.
- Grand ? Taillé comme une statue ? Tatoué ? C'est simple, y'a sa photo partout sur internet.
- Connaît pas.
De plus en plus dépitée.
- Vraiment ? s'étonna une autre fille qui semblait soudain dédaigneuse à son encontre. Il faut sortir un peu. Ou alors on est jaloux ? T'as pas une gueule de top model toi c'est clair.
- Aoutch, garde tes remarques pour toi, rit le serveur en mettant une main sur sa poitrine comme s'il était blessé mais rien dans son attitude le confirmait vraiment. Certains n'ont pas le temps de courir après des fantômes de top model, certains travaillent dans des cafés… vous savez comme celui dans lequel vous êtes et où vous devez consommer pour rester ?
La bande de fille se tue une seconde.
- Et qui nous dit que vous ne le cachez pas pour le garder pour vous tout seul ? attaqua une autre fille en s'appuyant sur le comptoir pour se pencher en avant et chercher à regarder derrière.
La réaction du barmaid la fit immédiatement reculer en levant les mains. Il lui posa sous le nez une tasse de café brûlant qui tanguait dangereusement.
- Deux dollars pour s'installer au comptoir.
Les filles abandonnèrent et reculèrent.
- C'est bon pas la peine d'être aussi désagréable ! De toute façon, qui vient dans pour un café, alors qu'il y a un Costa à deux rues d'ici ?
Et sur ces belles paroles, la cloche sonna à nouveau.
- Y'en a qui aime vraiment payer cher pour pas grand-chose… mes cappuccinos sont excellents et cinq dollars moins chers…
Le silence tomba quelques secondes, puis il se recula jusqu'à lui faire face et lui tendre la main pour l'aider à se lever.
- Elles sont parties.
- Merci, soupira Law en saisissant sa main pour se redresser.
Il se rendit soudain compte qu'il avait beau être grand, le jeune homme l'était presque autant que lui, ce qui était rare. Il était bien battis aussi, pas le genre montagne de muscles mais bien le genre athlétique. Un boucle d'oreille lui aussi. Enfin, Law en avait quatre et lui juste un hélix discret. Un tatouage sur la main (une couronne ?).
Il réalisa que s'il voyait aussi bien sa main, c'était parce qu'il tendit la paume vers lui.
Law leva un sourcil, incertain. Il voulais une poignée de main ? Ils avaient pas passé ce stade ?
- Quoi ?
- J'ai besoin de liquidité.
Law perdit immédiatement le peu de sympathie qu'il aurait pu avoir pour le jeune homme et son foutu sourire en coin qui se semblait pas vouloir effacer.
- Je n'ai pas des milles et des cent sur moi.
- Quoi, ça ne gagne pas bien sa vie, top model ? se moqua-t-il.
Et merde.
- Non, je ne suis pas top-model. Mais je peux te payer plus tard.
Il jeta sa main toujours vide par-dessus son épaule.
- Bah, je n'y croyais pas vraiment. Mais qui ne tente rien n'a rien.
Law plissa le nez, croisant les bras. Le jeune homme semblait détendu et sans réelle mauvaise intention, mais Law n'aimait pas du tout l'humour du jeune homme.
- Hey, tu es pressé ?
- Pressé ? répéta Law sans comprendre.
- Ta horde de fan ne doit pas être loin, alors si tu veux on peut faire un échange.
Ça plaisait de moins en moins à Law… Mais le serveur n'avait pas tord alors il attendit sans rien dire.
- Je te fais goûter ma dernière création et tu me donnes une réponse honnête. Ça paiera ta dette.
C'était quoi encore ce coup fourré ?
- C'est tout ?
- Ben oui ? Ah, et si tu pouvais repasser de l'autre côté du comptoir ça m'arrangerai aussi, si mon patron voit ça, ça va pas lui plaire.
Il obéit avec plaisir, s'éloignant de ce type un poil trop joyeux pour être honnête pour s'installer au bar du bon côté (enfin du coté client). Law n'était pas vraiment sûr de savoir s'il s'agissait d'un test ou d'un piège. Il semblait affreusement sincère à tel point que s'en était déconcertant mais son regard était brillant d'un éclat particulier dans le noir profond de ses pupilles.
Il s'éclipsa sans répondre pour revenir l'instant d'après avec une tasse fumante.
- Café, lui présenta-t-il avec une courbette.
Il hésita. Un peu trop longtemps.
- Si tu préférais un café glacé, il fallait me le dire avant, insista-t-il en poussant encore la tasse vers lui.
Law prit une autre seconde pour le détailler. Il avait un aplomb qui en disait long et des fossettes si profondes qu'il se demandait s'il se les était faite à force de sourire comme ça en permanence.
« Ace » était le nom inscrit sur son badge.
Lentement, se sentant légèrement épié par « Ace », il se saisit de sa tasse et la porta à ses lèvres.
La première gorgée fit fondre en lui toute la tension accumulée. A la seconde, il était accro. A la dernière, toutes ses pensées négatives s'étaient diluées dans le breuvage.
- Alors ?
- C'est le meilleur café que j'ai bu de ma vie.
Ace eut un geste de victoire sans retenu et il frappa dans ses mains avec entrain.
- Cool ! Merci.
Law se lécha la lèvre inférieure, toujours légèrement grisé de ce qu'il venait de boire.
- Je pourrais en avoir une autre ?
Ace se fit un plaisir de le resservir et il prit cette fois son temps pour la déguster sous le regard pétillant du jeune homme.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Du café ?
Il leva les yeux au ciel.
- Sérieusement.
- Du café, insista Ace en riant. J'avais envie de changer de recette et si j'en bois une autre goutte, je vais faire une nouvelle insomnie.
- Je suis quoi, un goûter ?
- Exactement, affirma-t-il en remontant ses manches et en posant ses mains sur les hanches. J'ai finit la recette ce matin, j'avais encore besoin d'un avis avant d'en faire la spécialité de la semaine.
Law examina son visage, à la recherche d'un signe d'une mauvaise blague mais il était mortellement sérieux. Il décida que la situation lui convenait.
- C'est un délice. Et j'accepte d'être à ton cobaye à nouveau, si tu m'en ressers une tasse.
Il leva un sourcil.
- Trois d'un coup, tu es sûr ? Je suis flatté mais légèrement préoccupé par ta tension.
- J'ai dormis sept heures en trois jours. Et je paierai pour chaque tasse.
Il haussa les épaules.
- Si tu paies alors…
Il le resservie, puis s'accouda au comptoir face à lui, sortant son téléphone pour y taper assez vite. Law le laissa faire quelques secondes, détournant son regard pour admirer le café.
C'était exactement ce qu'il aurait imaginé si on lui avait dit « petit café chic de Chicago ». Tout en bois clair laqué et papier peint vert sauge, tout en sobriété mais sans prétention. Les lumières étaient chaudes malgré le temps poisseux.
Il n'y avait qu'un seul autre client, un jeune homme blond qui écrivait furieusement sur son ordinateur, écouteur dans les oreilles et qui ne prêtait aucune attention à eux. Et devant lui, une cafetière bien entamée.
- Je suis où, au fait ?
Il leva un sourcil étonné mais répondit quand même d'une voix enjoué.
- L'Oro Jackson.
L'établissement en jetait mais il était anormalement vide.
- On est en heures creuses ?
- Yep, mais c'est surtout un café d'habituéz ici, on a la même clientèle depuis des années, ils vont arrivées dans une petite demi-heure. Mais nous sommes ouvert de six heure à minuit non-stop. Et les habitués m'adorent.
- Parce que ton café est le seul buvable du quartier et que tu ne cherches pas à nous faire la conversation, intervint le blond sans quitter son travail des yeux.
- Merci Sab', le rembarra Ace en lui jetant un torchon humide dans la tête sans que le Sab' en question ne l'esquive ou ne s'en préoccupe, se contentant de le poser à côté avant de continuer à pianoter sur son ordinateur sans leur prêter plus d'attention.
Law ne le regarda qu'une seconde de plus en dégustant une autre gorgée. Et il trouvait la remarque du jeune homme comme le pire des euphémismes. C'était au-delà de « buvable ».
Law soupira de plaisir et pour la première fois de sa semaine interminable, il se sentait apaisé et tranquille.
- Vous faites du café à emporter ?
- Bien sûr, mais seulement si tu amènes ta propre thermos. On ne fait pas dans l'usage unique.
Law réfléchit. Il avait peut-être trouvé un moyen de survivre à son internat finalement.
- J'ai bien un thermos quelque part…
- Vous n'avez pas de cafetière, à ton travail de top-model ? le taquina Ace.
Law s'assombrit.
- Je te l'ai déjà dit, je ne suis pas un top model. Je suis interne au UChicago Medecine. Et le café y est infâme.
A nouveau, le visage si souriant du jeune se fissura dans un sourire plus moqueur que joyeux.
- Pauvre petite chose. Mais oui, si tu viens avec ta thermos, je veux bien te la remplir.
Law se promit de venir dès la reprise de ses gardes.
- Et moi aussi je pourrais avoir ma thermos de café ? intervint Sab' avec un sourire dans la voix, dardant sur le barista un regard malicieux.
- Si tu veux que je te l'envoie directement dans la figure, tu peux toujours essayer…
Il ricana et repris son travail en les ignorant à nouveau. Ace soupira dans sa direction et secoua la tête.
- Vous faut-il autre chose, monsieur le pas top-model interne ?
Law nota son changement de ton. Il semblait plus calme et il se demanda une seconde pour quelle raison avant de capter son regard pétillant. Il cligna des yeux, un peu interloqué.
- Est-ce que ma dette est payé ?
- Autant que ton café, oui.
Law lui adressa un sourire en coin amusé par son attitude si peu professionnelle et s'inclina légèrement.
Sans grande surprise (il commençait à cerner sa personnalité), le jeune homme lui répondit de même dans une fausse révérence, un sourire plus franc éclairant son visage. Et étrangement, Law se sentit plus léger, lui aussi.
- Au fait, il y avait de la cocaïne dans ton café, j'espère que tu aimer triper.
- Quoi ?!
Ace éclata de rire, fier de l'expression absolument horrifiée d'un pauvre Law qui n'avait définitivement pas assez dormi. Dont le cerveau mit une seconde de trop à comprendre la blague.
Il leva les yeux au ciel devant la joie exagérée du serveur mais à son tour, tira un sourire en coin.
- Ouais, j'ai le diagnostique, lança-t-il. Abus de caféine.
Cette fois, le rire de Ace était plus grave mais tout autant sincère.
- Merde, je peux même pas nier.
Éclatant. Tout chez lui était lumineux et jovial, même dans ses pics de sarcasme. Law n'avait jamais vu ça et il avait grandit avec une sœur particulièrement solaire. Mais lui, c'était plus… naturel. Il irradiait et Law se prenait tout de plein fouet.
Mince, pensa Law, surprit par le pic de chaleur qu'il ressentit soudain sans pouvoir l'attribué au café ou à sa courte nuit.
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Pourtant, il revint au café.
6h30, un samedi matin en partant pour l'hôpital, il fit un détour pour passer à l'Oro Jackson.
Il passa la porte, seul client cette fois et si personne n'était derrière le comptoir, c'était parce que Ave était installé sur une table au fond de la pièce avec une pile de livres et un cahier.
Il leva le nez au son de la cloche et le dévisagea, le reconnaissant et troquant à la seconde sa moue endormie pour un sourire en coin déjà familier.
- Tu t'es perdu ?
- Non, je viens pour un café.
- Y'a vraiment pas de café plus proche de l'hôpital ?
La remarque se voulait piquante mais rien dans son expression ne l'était. Au petit matin, Ace avait même l'air un peu plus serein et Law sentit sa gorge se serrer.
- Pas aussi bon que le tien.
Le jeune homme prit le compliment, sourit, se leva pour passer derrière le comptoir et le servir. Il paya et lui commanda une tasse à boire sur place. Il se servit également et s'installa en face de lui pour le siroter. Le tout dans un silence de mal réveillé. D'ailleurs, il n'y avait pas la moindre musique dans l'établissement et ce silence, loin d'être lourds, était bienvenu lorsque l'on sort du lit et que l'on se prépare à une dure journée.
Law jeta un regard vers la pile de livres sur laquelle Ace était penché un instant plus tôt.
- Il faut faire autant de recherches que ça pour faire du café ? Tu fais des études sur la torréfaction ?
Ace dégluti sa gorgée et secoua la tête.
- Nan, je suis à Illinois Tech, j'étudie la chimie et les sciences appliquées. La biochimie pour être exacte.
Law fronça les sourcils.
- C'est pas vraiment à côté d'ici.
Ace haussa les épaules.
- J'habite pas loin du café et j'ai besoin de tunes. Et j'ai une moto.
A moto en effet, ça devait pas faire plus qu'un quart d'heure.
- C'est marrant, commenta Law. J'habite pas loin non plus.
- Whoua c'est fou, ironisa Ace. C'est si petit Chicago. Et y'a si peu d'étudiants.
- Tu peux couper court aux sarcasmes, le reprit Law en secouant la tête sans plus s'attarder au ton de Ace. C'était une remarque en l'air.
Ace eut quand même un sourire moqueur.
- Tu es aussi désagréable avec tous tes clients ou j'ai droit à un traitement de faveur ? lui demanda-t-il tout de même.
- Que ça ne te monte pas à la tête, le top-model, le rassura-t-il avec un clin d'œil avant de bailler. Je ne suis juste pas du matin. Désolé, je voulais pas être méchant.
Il secoua la tête sans un mot.
Il n'allait certainement pas avouer qu'il appréciait parler avec quelqu'un qui ne se laisser pas démonter par ses mots ou impressionner par son apparence. Il appréciait le regard tout à fait neutre qu'il posait sur lui et son attitude distante mais familière.
Il était un drôle de paradoxe, mais il aimait cet incertitude.
- Je suis inquiet pour ta paie ceci-dit, reprit-il. Tu fais un super café mais je suis étonné qu'un client ne t'ai pas encore fait virer.
A nouveau, il sourit, toutes canines dehors cette fois.
- Il y en a bien un ou deux qui ont essayé.
Il n'ajouta rien et Law se contenta de cette réponse. Il garda cette information en tête sans vouloir chercher plus loin pour le moment : il était trop tôt pour chercher le loup.
- Alors ce café ? demanda-t-il tout de même.
- Aussi bon qu'hier. Seul le service laisse un peu à désirer, le taquina-t-il et il prit la mouche avec plaisir.
- Veillez m'excuser, monsieur le top-model ? Est-ce qu'il faut que je vous demande un autographe ? Un selfie peut-être ? A côté d'une de tes publicités, ça rendrait bien j'en suis sûr.
Law leva haut un sourcil (et pour la première fois depuis le début de la campagne, il eut un élan de gratitude pour Viola).
- Oh, donc tu as vu ces publicités ?
Ace ricana derechef.
- Bien sûre que je sais qui tu es, Monsieur Trafalgar Law, je suis étudiant, pas ermite.
Il n'aurait jamais cru qu'il apprécierait soudain d'être reconnu.
- Ça ne semblait pas le cas hier.
- C'était juste pour faire dégager la bande de gamines surexcitées, avoua-t-il en passant une main fatiguée dans sa tignasse de mèches noires. C'est un café pour les habitués, comme je te disais hier. La clientèle vient ici chercher le calme. C'est pas tous les jours qu'un homme connu passe la porte.
- Connu, n'exagérons rien, marmonna Law. Une fois j'ai accepté de jouer les models pour une amie, depuis je vis un enfer.
- Oh oui, un enfer sûrement… ironisa Ace. Je suis à deux doigts de te plaindre.
Toutefois, Law avait pu décelé entre les lignes du petit laïus pro du serveur quelque chose qu'il ne saisissait pas.
Alors il jeta discrètement un regard autour de lui en finissant sa tasse. Mais le lieu, bien entretenu et propre n'avait rien de spécial à ses yeux. Il passait à côté de quelque chose, mais quoi ?
Ace finit sa propre tasse sans un mot et lorsque Law du se lever pour partir prendre sa vacation, il la salua d'un geste de la main.
Il lui sourit, répondit au geste et lui lança d'une voix plus calme un « Bonne journée » qui était trop sincère.
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Il était sur son jour de repos, jogging sweat au fond de son canapé et pourtant au lieu de zapper sur une série ou de réviser, la seule chose à laquelle son esprit s'accrochait, c'était ce fichu café.
Il y pensa en se levant.
Il y pensa en se servant un café définitivement moins bon.
Il y pensa en baillant.
Il y pensa en scrollant sur son téléphone…
C'était envahissant. Peut-être, se dit-il, que c'était pas particulièrement à cause du serveur mais parce qu'il n'arrivait pas à mettre le doigt sur ce petit truc qui lui échappait ?
Il mit la tête en arrière, croisa les jambes sur la table basse… et dans le silence de son appartement, fixa le plafond sans le voir.
Oh et puis merde, il était seul et personne n'allait le juger.
Reprenant son téléphone, il tapa le nom du café. Il n'y avait pas de site web mais les caractéristiques sur Map. Horaires d'ouvertures, numéro de téléphone, adresse… bien noté malgré le peu de commentaire. En fait, sur la petite centaine, il n'y avait qu'un commentaire négatif.
« Serveur bizarre ».
Law eut un rire bas.
Le propre son de sa voix le fit presque sursauter et il se traita d'idiot. Revenir à la réalité lui déplu fortement. Il se voyait stalker- regarder ce petit café tout seul dans son appartement au lieu de profiter de sa journée.
Mais alors qu'il allait abandonner, il descendit en bas de la page dans un geste de frustration et soudain, la couleur lui sauta au yeux.
« LGBT friendly »
Un drapeau à six couleurs.
Ah… et si…
Le cœur battant un peu trop fort, il remonta vers les commentaires et cette fois les lit.
« Safe place », « tranquille », « agréable ».
Et dans les activités du café, il remonta jusqu'au mois de juin précédent. Un photo montrait une pancarte « Happy Pride Month » bariolée.
C'était ça, la question des « habitués ». Ce lieu était une safe place pour les personnes LGBT du coin où ils n'avaient pas à se soucier de se faire regarder de travers par les serveurs ou juger par les autres clients s'ils avaient le malheur d'être amoureux ou d'avoir une apparence qui ne rentrait pas parfaitement dans les canons.
Un pic de chaleur monta directement de la poitrine de Law jusqu'à ses joues et le besoin urgent de bouger le saisit si vite qu'il eut un vertige en se levant d'un bon.
C'était ça.
Et Law pouvait à peine réfléchir.
Est-ce que Ace… ?
Pourquoi il voulait savoir en fait ?! Ça ne le regardait pas… n'est-ce pas ?
Il n'arrivait pas à réfléchir.
Par réflexe, il saisit son téléphone… et le fixa sans rien faire. Lorsqu'il le déverrouilla, ce fut pour tomber à nouveau sur la page qu'il lisait et il la ferma rapidement en sentant une nouvelle montée d'adrénaline le prendre de court. A la place, il ouvrit ses message.
Pen ? Non.
Viola ? Jamais de la vie.
Lamy…
Oui, Lamy.
Il appuya sur le contact et mit le haut parleur. Elle décrocha à la première sonnerie.
- Salut salut mon frère préféré ! Je te manque déjà ?
- Dis Lamy… murmura Law qui réalisa qu'il n'avait même pas réfléchit à ce qu'il allait bien pouvoir lui dire. Tu crois que tu pourrais passer chez moi ?
Un bref silence.
- Ouh là, c'est pas la forme. J'arrive. Prépare le café.
Il eut un rire sourd.
- Ça sera du thé.
De nouveau, elle eut un instant de silence.
- J'arrive.
Et elle raccrocha.
Simple, efficace, direct : Lamy.
Law eut à peine le temps de prendre une douche pour évacuer le surplus d'émotion qu'elle sonna et entra.
Immédiatement, elle se saisit de ses bras et l'examina sous tous les angles.
- T'as pas l'air malade. Qu'est-ce qui se passe ?
Il grimaça et évita le regard plein d'inquiétude de sa petite sœur.
- Installe toi, je te sers le thé.
Elle obéit sans le quitter des yeux et lorsqu'il lui tendit sa tasse, elle n'y toucha pas tout de suite.
- Tu commences à me faire flipper Law, parle-moi.
Elle était si inquiète et lui se sentait si bête. Alors il s'assit en face d'elle et fit tourner son mug aux effluves de bergamote sans pour autant arriver à lui rendre son regard.
- C'est complètement con, lui dit-il en riant jaune de lui-même.
- Pour te mettre dans un état pareil, c'est certainement pas con. Prend ton temps.
Il inspira, soupira.
- Tu crois que papa et maman réagiraient comment si leurs deux enfants n'étaient pas hétéro ?
Choc.
Lamy ouvrit la bouche, la referma.
- Law tu- quoi ? J'ai raté quoi ?
Law soupira, le cœur en berne et une drôle ,de culpabilité qui lui serrait la poitrine. Il massa ses sinus.
- Je suis dans la merde.
- Stop, le coupa Lamy. Explique moi.
Alors il lui expliqua. Elle l'écouta religieusement et lorsqu'il se tut, les joues rouges et un embarra qu'il n'avait jamais ressentit avant brûlant dans sa nuque, il se rendit compte qu'il avait quand même appelé la bonne personne.
- Oh Law…
Elle le prit dans ses bras et l'y serra. De tout son cœur, il lui rendit son étreinte. Lorsqu'elle s'écarta, elle avait un sourire mais les yeux humides sous ses sourcils froncés.
- Ça te ressemble tellement de te prendre la tête sur des choses pareils.
- Définit « choses pareils » s'il te plaît, souffla-t-il d'une voix étranglée.
- Tout Law, absolument tout. Tout est un problème de math pour toi, tout est un diagnostique, tout a une solution. C'est pour ça que ça ne l'a jamais fait avec aucune de tes petites amies. Tu es sortie avec quoi… une demi-douzaine de filles depuis le lycée ?
- Plus ou moins.
Il préférait oublié les coups d'un soir au milieu.
- Ça n'a jamais duré plus d'un mois parce que même si tu clamais les aimer, tu ne pouvais pas t'empêcher de chercher dans une relation avec elles… je sais pas, comme si tu voulais résoudre le problème « d'aimer quelqu'un » justement.
Law fronça les sourcils. Elle lui avait déjà parlait de ça, mais là il ne voyait pas le rapport.
- Ce que je veux dire, poursuivit Lamy qui avait bien remarqué l'interrogation de son frère. C'est que cette fois tu n'es pas sous le charme d'une personnalité ou d'une situation où tu te sens juste suffisamment bien pour penser être amoureux. Cette fois, tu n'as rien à résoudre ou à calculer, tu es juste sous le charme.
Il réfléchit une seconde à ses paroles et il dut se forcer de concéder qu'il voyait exactement de quoi elle parlait.
- Mais c'est un homme.
Lamy eut un sourire triste.
- Ça mon grand, j'ai peur que dans ton cas, ce soit un détail.
- Un détail ? s'étrangla-t-il. Pardon mais un détail d'un mètre quatre-vingt à fossettes et sans poitrine.
Lamy éclata de rire.
- J'ignorais ton attirance des 95D.
Il se sentit à nouveau rougir et secoua la tête.
- Tu vois exactement ce que je veux dire.
- Oui, pardon, j'arrête.
Elle toussota et reprit son sérieux.
- C'est quoi le problème pour toi ? Que tu pensais être hétéro ? Que tu l'es ? Que ce soit un homme ?
Law secoua la tête.
- En fait, je crois que je ne sais même pas quel est le problème. Je n'ai jamais ressentit le besoin d'affirmer quelque chose ou de rentrer dans une case précise. Je ne me suis jamais posé la question. Je crois… ouais, que c'est la première fois et que je pensais pas à mon âge remettre ça en question alors que ça n'a jamais été une question avant lui.
Lamy haussa les épaules.
- Alors ne cherche pas ? Juste, suis ton instinct ? Qui ça intéresse les dénominations et les petites cases ?
- Toi pour commencer.
Elle leva les yeux au ciel.
- Si je clame si haut et si fort que je suis une lesbienne, c'est pas tant pour moi qui suis fiancée avec la femme de ma vie que pour que les mecs me lâchent. Pour que les jeunes filles qui se cherchent et se pensent différente ne se sentent pas seules. Tu crois vraiment que dans mon intimité avec Lamy, ma petite case importe ? Bien sûr que non.
Elle sourit et lui prit la main.
- Au fond, c'est juste elle et moi, le reste n'existe plus lorsque nous nous embrassons Law. On se fiche bien du reste du monde. Je suis amoureuse Law, elle est amoureuse. Et si tu craques pour un gars, je comprends que ça te chamboule. Mais si tu ne peux pas encore répondre à la question de « ce que tu es », peut-être qu'elle peut attendre que tu es répondu à « qui tu aime » ?
Mince, elle était drôlement forte sa sœur.
Il la prit dans ses bras et la serra avec force.
- Tu es ma sœur préférée, tu le sais ça ?
- Ouais, rit-elle.
Il souffla un bon coup avant de la relâcher.
- Putain j'ai pas le temps pour ces conneries.
- On a toujours le temps pour l'amour.
- Parle pas d'amour, je le connais pas vraiment.
Elle leva les yeux au ciel. Ils avaient tous deux pris ce tic de leur mère, c'était plus fort qu'eux.
- Tu sais ce qui te reste à faire. Et puis, s'il travaille là-bas, tu as toutes tes chances ?
Ouais… sauf…
- Sauf s'il est déjà en couple.
Elle grimaça.
- Ça, tu ne le sauras qu'en continuant à le fréquenter. Je t'aurais bien suggéré de l'inviter à prendre un café mais ça me semble compromis.
Malgré lui, il rit, le cœur plus léger.
- Ça va aller ? s'inquiéta Lamy, bien moins tendue.
- Ouais. Je n'ai qu'une crise existentielle par jour.
- Super, j'aurais pas eut les nerfs pour une deuxième. J'ai le diagnostique.
Elle le saisit par les épaules et le fixa, soudain mortellement sérieuse.
- Je suis désolée, c'est incurable. Et ça va faire mal. Il s'agit d'un coup de foudre.
Law sentit tout l'air quitter ses poumons et il se prit la tête dans les mains.
- Lamy…
- Bon, maintenant que je suis là, on regarde un film ? l'ignora-t-elle.
Il secoua la tête mais ne pouvait nier que c'était une journée de repos rêvé de la passer à mater un bon film.
- Tu penses à un film en particulier, lui demanda-t-il.
- Voyons… Brokeback Montain ou Pride ?
Il soupira.
- Tu vas plus jamais me lâcher avec ça, hein ?
- Jamais, confirma-t-elle en levant son nez mutin.
- Va pour Les Évadés, je sais que tu ne résistes jamais à Morgan Freeman.
- Tu me connais bien…
.
Law se disait que non, il n'était pas encore un habitué du Oro Jackson. Non, il ne reconnaissait pas le visage concentré de Sab' qui lui souriait en entrant. Non, il n'appréciait pas tant que ça le café.
Non, il ne revenait pas juste parce que le barista avait ce quelque chose qui l'intriguait. Et un cynisme à toute épreuve. Et des yeux brillants d'esprit. Et un sourire aussi éblouissant que ses dents. Et des bras athlétiques. Et une langue acérée.
Après tout, il n'était jamais venu aux horaires de grandes influence, simplement le matin lorsqu'il n'y avait que Ace. Il n'était donc pas encore un « habitué ».
Par contre, il était de sûr, dans le déni le plus total.
Mais il n'avait pas le temps !
Pas l'envie !
Il avait déjà une vie suffisamment remplit pour penser au regard couleur de charbon d'un serveur étudiant en biochimie aux pupilles pétillantes et au caractère entre deux eaux.
Il avait juste besoin de caféine.
Juste ça, la caféine.
Hum.
De sûr.
Il s'en persuada en entrant dans le bar un mois et demi déjà depuis la première fois. Il fut accueilli par le sourire de du serveur, accoudée au comptoir avec un livre dans la main.
Bon sang.
- Bienvenu.
Depuis la discussion qu'il avait eut avec sa sœur, Law dormait encore moins bien qu'avant. Mais à chaque fois qu'il rêvait de Ace, ça n'égalait jamais le fait de le voir en vrai.
Il s'installa en face de lui et lui présenta son thermos, comme il en avait pris l'habitu- et mince.
Mais le serveur fut interrompue dans la diatribe matinale qu'il allait lui donner par la clochette de la porte et un pas rapide.
- Ace !
Le nouvel entrant n'était autre que Sab', un immense sourire sur les lèvres qui se jeta au cou du serveur jusqu'à le soulever dans une grande étreinte.
- Sab' ? Ouf !
Il semblait avoir la respiration coupée, ses cheveux légèrement ébouriffés par la violence du choc.
- Mon manuscrit a été validé ! s'écria le jeune homme en riant.
Aussitôt, le jeune homme s'illumina dans un sourire que Law n'avait jamais vu et n'aurait jamais pensé voir un jour sur son visage alors qu'il avait déjà vu tant de sourire différent sur ce visage imberbe. Il éclata de rire et rendit son accolade à son… ami ?
- Sab', c'est génial !
Il le fit tourner et le reposa par terre.
- Tournée générale, c'est moi qui invite ! lança Sab' avant de constater que sa tournée générale se limitait à Law et qu'il n'était pas encore sept heures du matin. Oh.
Law lui sourit avec un peu trop de force et tendit sa tasse vide au serveur qui leva les yeux au ciel mais le servit tout de même.
- Tant pis ! s'écria à nouveau Sab' en se tournant vers son ami. Ce soir, on sort fêter ça !
- Si par « on sort » tu veux dire « toi et qui tu voudras mais pas ceux qui ont une thèse à écrire ».
- Roh, allez Ace, supplia le jeune homme. Tu passes ton temps à travailler ces dernier temps, sortir un soir trinquer à mon succès ne va pas te mettre si en retard pour ta thèse, si ? Ça fait si longtemps !
Ace fit mine de réfléchir, puis lui sourit.
Il prit donc ça pour une réponse positive à son invitation et planta un baisé bruyant sur la joue du barista qui lui rendit son étreinte en riant.
Et Law se traita d'idiot.
Il aurait dû le voir plus tôt. Pourquoi même n'y avait-il pas pensé avant ?
Il se leva en récupérant son thermos encore vide.
- Quoi que vous fêtiez, amusez-vous bien, leur dit-il en forçant un sourire pour la première fois depuis qu'il avait mis les pieds ici.
Il passa la porte lorsque la voix de Ace lui parvint.
- A bientôt !
Ce fut une longue journée, sans café.
.
Law ne trouva le temps de revenir que plusieurs jours plus tard. Ce n'était qu'une histoire de temps libre hein, ce n'était pas du tout parce qu'il était presque sûr que le barista qui le faisait reconceptualiser l'entièreté de sa vie avait pour petit ami un blond angélique.
Pas du tout.
Il fut tout de même accueilli avec ce sourire en coin amusé et ce regard brillant qu'il trouvait aussi chaleureux que tranchant.
- Comme d'habitude ?
Il haussa la tête, n'essayant même pas de démentir « l'habitude ». Dans son geste, il aperçut la table que Ace utilisait pour travailler. Elle débordait de papiers en tous genres.
Il plissa le nez.
- J'ai l'impression que tu es toujours ici, où trouves-tu le temps d'aller en cours ou de travailler ?
- Je ne suis pas tout le temps ici, répondit-il simplement. Et dormir, c'est surfait.
Il hocha la tête : il voyait très bien ce qu'il voulait dire. Il lui servit une tasse de son café.
- Tu n'en prends pas pour toi ? remarqua-t-il.
- Si j'avale encore une goutte, mon sang sera du café pur.
Il semblait en effet assez fatigué et ses cernes étaient creusés. Law essayait de se dire que s'il ne lui avait pas lancé une pic taquine avec son énergie habituelle, c'était parce qu'il l'appréciait, et non parce qu'il était à deux doigts de tomber dans un profond sommeil.
Il trouva tout de même la force de lui sourire. Un sourire comme en avait l'habitude. Tordu, moqueur… lèvres fines et déséquilibrées mais décorées de fossettes et qui devait avoir un goût de café.
Lèvres qui modulaient sa voix grave légèrement éraillée qui roulait des répliques acerbes sur un ton toujours railleur lorsqu'ils discutaient de tout -les journées de Law, la passion de Ace pour la mécanique et sa moto, les films que Law prenait toujours le temps de regarder malgré ses études…
- Tu ne serais pas en retard toi ?
7h02.
- Et merde !
.
Il était tôt, vraiment trop tôt pour des cris.
Lorsque Law passa la porte du café pour sa dose de caféine quotidienne, une femme se tenait à sa place pour crier haut et fort sur Ace. Celui-ci était impassible, bras croisés et regard ennuyé. C'était la première fois que Law voyait une telle expression, sans la moindre bienveillance dans ses yeux noirs.
- C'est inadmissible ! s'égosillait la cliente mécontente.
- Mais oui mais oui… soupirait Ace.
- Vous êtes… comment osez-vous afficher une telle propagande à moins de cent mètre d'une école ! Espèce de dégénéré ! Malade mentale ! Anomalie !
Law accusa les insultes comme s'il les avait prit lui-même. C'était quoi ça ?!
Ace ne semblait pas plus désarçonné que ça par l'expression de pur haine qui déformait les traits de la femme.
- Faites gaffe de pas trop traîner ici, releva Ace comme s'il parlait du temps qu'il faisait. Qui sait, vous pourriez attraper la même maladie que moi.
Et pour la forme, il toussota dans sa main.
Outrée, la femme hurla et fit demi-tour dans un mouvement de dégoût si violent que Law qui n'était pourtant pas facilement impressionnable ne put plus bouger pendant une seconde.
Le grognement de rage de la cliente se dissipa lorsqu'elle défonça presque la porte pour sortir en la claquant derrière elle, jetant au passage un regard mauvais à Law qui était juste là.
Ace, pas du tout impressionné, la suivit du regard avec lassitude.
Puis son regard tomba sur Law qui était resté complètement abasourdit à l'entrée et son expression changea du tout au tout.
Son regard s'éclaira, son sourire revint.
- Tiens, le top-model.
- Mais c'était quoi ça ?! souffla Law avec tout l'air de ses poumons, complètement dépassé par la disproportion de la colère de cette femme.
Ace s'assombrit un peu.
- Juste un matin comme il y en a de temps en temps. Le patron a rajouté un nouveau sticker sur la porte, le dernier a été arraché il y a un moment. Tu ne l'as pas vu en entrant ?
La dernière phrase avait été prononcé… avec retenue. Comme un test ?
Law avisa la porte et par transparence, vit en effet un minuscule drapeau des fiertés sous les différents moyens de paiement.
Oh…
- Quoi, elle a peur d'un peu de couleur la vieille peau ?
S'il avait répondu avec toute la légèreté dont il était capable, il sentait toujours sa tête et sa poitrine pris dans un drôle de sentiment. Colère, adrénaline, incompréhension et peine se mélangeaient désagréablement dans son esprit.
Des réactions… aiguës, sa sœur en avait déjà souffert de trop nombreuses. Regards, remarques, moqueries… mais jamais avec autant de virulence devant lui. Il n'avait même pas pu intervenir.
Il était tellement… dans l'incompréhension qu'il n'avait pas pas pu dire ou faire quoi que ce soit pour aider Ace.
Quoi qu'il n'avait pas eut besoin d'aide. C'était comme si la haine de cette femme avait coulé sur lui sans jamais l'atteindre.
- Laisse tomber, ajouta Ace pour le sortir de sa torpeur. Viens goûter mon dernier essaie de mélange. J'y ai rajouté des petits trucs…
- Laisse tomber la coke.
Ace ricana en préparant la tasse alors que Law s'installait enfin au comptoir comme s'il était… un habitué. C'était presque… sa place. Et il en était peut-être un peu fier.
Il eut droit à une tasse de café chaud qu'il dégusta sans attendre.
- Hum… c'est la texture qui est différente et c'est plus moelleux… qu'est-ce que tu as changé ?
- Beurre de coco maison, dosé par mes soins. Et un nouveau mélange de grains pour se marier avec. Alors ?
- Un délice. Tu m'en fait un autre ?
- Tu es sûr qu'autant de café est bon pour la santé ? J'ai comme des doutes quant à ta formation de médecin quand je vois ce que tu t'avales.
Law lui rendit son sourire.
- Je suis à deux doigts de dire que c'est l'hôpital qui se fout de la charité.
- Oh oh, ah ah. Elle est bien bonne celle-ci. T'as un grain.
- Venant de toi, c'est un peu fort de café.
- Que veux-tu, je suis sans philtre.
Law laissa échapper un sourire sans rien rajouter.
- Et bien quoi, tu en as déjà « marc » ? Pas de bol, je travaille dans un café depuis suffisamment longtemps, j'en ai encore plein.
- Je m'incline, avoua Law.
Il aimait cette moue joueuse qu'il arborait avec fierté dans son visage au menton pointu et constellé de tâches de rousseurs.
- Au fait, dit-il distraitement en le regardant travailler. De quoi parlait Sab' l'autre jour ? Il travaille sur une thèse lui aussi ?
- Il est dans le métier du livre, il écrit des essais de littérature. Me demande pas, j'y comprends rien à son charabia, trop de mots compliqués.
- Dixit l'étudiant en biochimie, se moqua Law.
- La chimie c'est simple, se défendit Ace. Composant A plus composant B égale composant C. Donnée, mélange, résultat. Rien de plus facile.
Law qui avait fait de la chimie lui aussi dans ses études, trouvait que c'était drôlement simplifié par rapport à ses souvenirs mais bon, quand on était doué dans un domaine, tout paraissait simple. Et pour arriver jusqu'à une thèse, Ace devait être même très bon dans son domaine.
Mais l'humilité de Ace n'était pas exactement ce qu'il voulait savoir. Et le brusquer non plus, n'était pas une bonne idée. Surtout après un épisode aussi violent.
- Vous n'êtes pas dans la même université mais vous êtes proches, souligna Law en toute innocence. Vous vous connaissez pas du café.
- Bien vu Sherlock, ricana Ace. Je connais cet emmerdeur depuis la naissance : c'est le fils de mon parrain, on a grandit dans la même maison depuis l'enfance. C'est comme mon frère.
Comme son frère. Pas son petit-ami donc. Bien.
Il ignora et refoula comme il pouvait le sentiment de soulagement qu'il ressentait et se contenta de terminer son café.
- Je connais bien le problème, offrit-il en échange de cette information. J'ai une petite sœur. Enfin plus si petite maintenant, et qui me lâche pas puisqu'on travaille au même endroit. Elle commence son internat.
- Wouah, vous êtes une famille de gens intelligents alors ? Laisse moi deviner, tes parents aussi été médecins ?
Law eut une grimace coupable et Ace éclata de rire.
- Mais quel cliché !
- Ouais, et me lance pas sur mes grands-parents…
Le rire de Ace ne fit que s'intensifier, mains sur le ventre et larmes aux yeux. Law ne pu se retenir de pouffer de la situation, lui aussi.
- En parlant de médecin, tu ne serais pas en retard toi ? souligna Ace lorsqu'il se reprit.
- Je commence plus tard aujourd'hui, je vais pouvoir profiter du café pour de vrai et pas le prendre en coup de vent.
Et du serveur qui croisa la bras. Le tatouage n'était pas si vieux mais pas récent non plus. Law lui-même étant assez lourdement tatoué, il pu sans mal reconnaître que le travail était fin et sans bavure, un déssins délicat et qui durerait dans le temps.
Il dut regarder un instant de trop car Ace finit par suivre son regard.
- Mon tatouage te plaît ? J'ai bien vu que tu n'étais pas en reste lorsqu'il s'agissait d'encre.
Law leva la main.
- Coupable, c'est du beau travail.
- Une amie spécialisée en cicatrice.
- En cicatrice ?
Ace lui tendit sa main (comme pour un baise main, ne pu s'empêcher de remarquer Law qui déglutit avec difficulté) et il dut fixer le dos quelques secondes avant en effet de constater que l'encre couvrait des plaies pas si fines que ça mais fondues dans la couronne avec habileté. Le médecin en Law ne pu s'empêcher de reconnaître ce type de marques.
Et peut-être que Ace se souvent lui aussi à qui il avait à faire car il retira sa main avec un peu trop de vivacité.
- Une sombre histoire de vitres casées dans une bagarre quand j'avais seize ans, toussota-t-il avec un brin de gêne dans son sourire en coin. J'ai gagné qu'on ne m'emmerde plus jamais sur ma vie privé et dix points de sutures. J'étais un peu impulsif au lycée.
Un tempérament de feu oui, c'était ce que Law percevait surtout derrière l'apparence calme et détendu du Ace au travail.
- J'aurais bien fait un concourt de cicatrice avec toi, reprit Law pour détendre l'atmosphère peut-être un poil moins professionnel et un poil plus privé, mais j'ai bien peur de n'avoir qu'un cicatrice d'appendicite à exhiber.
Ace éclata de rire, pari réussit. Et Law en était fier.
Mais déjà la réalité le rattrapait.
- Tu me remplis mon thermos ? Il faut que j'aille travailler.
- Aye aye doc.
Il s'exécuta et Law l'observa faire, maître de son impassibilité.
Comme toujours, ses gestes étaient précis, sûrs, entraînés. L'expérience s'exprimait. Il passa une main dans ses mèches noires légèrement ondulés. Il tapotait du pied lorsqu'il attendait, bras croisés mais sans montrer d'impatience pour autant.
Et lorsqu'il lui tendit, c'était avec un sourire peut-être un brin moins professionnel.
Mais il se sentait un peu plus léger en arrivant au travail.
.
Un autre matin. Un matin de repos cette fois. Comme il avait fait une énième insomnie, il était là tôt, comme à son habitude.
Il était huit heures lorsqu'il poussa la porte du café un dimanche.
Mais derrière le comptoir, une parfaite inconnue se tenait là.
- Bonjour, bienvenu au Oro Jackson !
La voix était claire, le sourire professionnel.
Law était désappointé. Il ne répondit pas tout de suite.
- Oh là là, lui parvint une voix grave et familière à sa droite. En voilà un qui s'est levé du mauvais pied.
Ace n'était pas derrière le bar car il s'était installé avec tout son travail à sa table. Il était penchée sur un papier, faisait jouer un stylo dans ses doigts et le saluant avec un sourire fatigué lorsqu'il croisa son regard.
Toute contrariété disparut.
Il mit quelques secondes à remarquer que Sab' était là lui aussi, à côté de lui, lui-même profondément penché sur son ordinateur. Et la serveuse qu'il avait ignoré s'agitait, un peu mal à l'aise. Retrouvant un peu sa placidité habituelle, il se reprit et salua la jeune femme avec un bonjour poli avant de désigner la table de Ace et elle comprit, s'éloignant.
- Je peux m'installer avec toi ? Vous ? se reprit-il en jetant un regard à Sab' qui, absorbé, ne l'avait de toute façon pas remarqué.
Ace leva haut un sourcil.
- Nous ne sommes pas dix clients, il y a une dizaine de table de libre, mais tu veux quand même t'asseoir à ma table ?
Il était toujours aussi moqueur, mais peut-être aussi un peu étonné.
Law hocha la tête.
- S'il te plaît. J'ai de l'angoisse sociale, murmura-t-il en cachant sa bouche dans un moment de complicité. Je n'aime pas changer mes habitudes.
Ace l'étudia une seconde mais le gratifia finalement de ses fossettes et le pointa de son stylo.
- Menteur. Mais il me plaît, dit-il en lui indiquant la chaise en face de lui pour l'inviter à s'asseoir.
Il s'y installa et salua poliment Sab' qui enfin, leva le nez de son travail pour le regarder se joindre à eux avec un air hébété et des cernes qui rivalisait avec les siennes. La bouche légèrement ouverte, il plissa les yeux, répondit vaguement à son salut et se replongea dans son travail.
Ace et Law échangèrent un regard face à la réaction de ce zombi bourreau de travail et pouffèrent de concert.
- Je vous sers quelque chose ? demanda au loin la barista.
- Ouais s'il te plaît. J'ai fait une carafe en arrivant, tu peux nous l'apporter avec trois mugs.
- Ça marche.
Elle déposa le plateau un instant plus tard et Ace la remercia d'un clin d'œil avant de les servir tous les trois.
- Je ne vais pas être d'une grande conversation, tu sais, reprit Ace. Il faut vraiment que je finisse ce papier.
Law ne pouvait ignorait le petit malaise et il se traita d'idiot. Il était un peu mal à l'aise il aussi. Il avait agit… sans vraiment réfléchir (une mauvaise habitude qui semblait perdurer quand il côtoyait le jeune homme qui n'était pas dans sa personnalité). Il s'était un peu trop imposé. Alors il ferait tout pour ne pas le déranger. Il sortit un livre de médecine de sa poche.
- T'inquiète, je ne vais pas te déranger et je ne prendrais même pas de place. J'ai du travail moi aussi.
Ace hocha la tête, hésita, puis se pencha sur son devoir avec application. Toujours un peu mal à l'aise mais plus confiant. Bien.
Après une heure, Law réalisa qu'il avait passé plus de temps à chercher à nommer tous les tics de réflexion du jeune homme plutôt qu'à lire son livre. Il se reprit mais sans surprise, la pharmacologie n'était pas aussi passionnante que les tâches de rousseurs de Ace.
Le temps passa trop rapidement et lorsque son estomac commença à se tordre de faim, il abandonna. Il n'arrivait pas à lire et il refusait de s'imposer plus.
Il se leva discrètement pour ne pas les déranger.
- Il doit pas être loin de midi, expliqua-t-il à Ace qui levait ses yeux fatigués de son travail en le sentant partir et le voyant déposer la monnaie sur le plateau. Je vais manger et aller faire du sport sinon je vais finir par balancer ce livre sur quelqu'un.
Ace rit et s'étira.
- A demain ?
La plus belle question qu'il ne lui avait jamais posé et Law sentit son estomac se tordre sans que la faim n'y soit pour quelque chose.
- Ouais…
Mais alors que Ace levait la main pour le saluer, la porte d'entrée tinta et Law manqua de se prendre la nouvelle venue de plein fouet en se retournant.
- Ouf ! Regardez où vous allez- Law ?!
- Bonney ?
Il se tenait très près d'elle et le bleu de son uniforme de police lui parasitait les yeux.
- Ben qu'est-ce que tu fiches ici toi ? l'apostropha-t-elle dans sa délicatesse habituelle.
- Je révisais en buvant du café, se justifia-t-il en levant son livre (et se retenant de vraiment le balancer dans sa figure à elle). Et toi ?
- Ben ouvre les yeux, mon uniforme est pas assez clair ? Je travaille et je viens chercher du jus de chaussette pour tenir la distance.
Ce qu'elle pouvait être désagréable.
- C'est mon café que tu qualifies de jus de chaussette Bonney ?! s'insurgea Ace.
- Qui aime bien châtie bien, lui répondit-elle ne faignant l'innocence.
Bordel c'était pourtant grand Chicago.
- Vous vous connaissez ? demanda-t-il à Ace en désignant Bonney.
- Hey, je suis une habituée ! lui répondit-elle à sa place en plissant les yeux. On a fait notre premier rendez-vous ici avec ta sœur, y'a des années que je viens. Mais c'est bien la première fois que je te vois.
Law se prit le visage dans les mains, le cœur au bord des lèvres. Bonney était bruyante et bavarde. Elle allait forcément dire une connerie.
- C'est à cause de Viola et de sa putain de compagne publicitaire, lui dit-il et devant son incompréhension flagrante il soupira. Je t'expliquerai ce soir, si tu viens toujours à la soirée pizza.
- Pour que tu m'expliques comment à cause de Viola tu te retrouves à boire dans un café LGBT avec le serveur le plus mignon de l'Illinois ? Je serais même en avance pour une fois tiens.
Derechef, Law se prit le visage dans les mains.
Les gros sabots de Bonney le plat.
- Mais t'es pas possible toi, marmonna-t-il avant de se tourner vers Ace qui les observait, bras croisés et adossé à son siège. Ace, ma belle-sœur bruyante. Bonney, le serveur qui m'a sauvé d'une horde de fan.
- Qui t'a quoi ? s'étonna Bonney sans relever l'adjectif.
- Je connais le personnage, confia Ace avec un sourire… étrange.
Et Law n'était pas du tout sûr d'aimer ce sourire là. Mal à l'aise, il hésitait entre partir en courant et ne surtout pas laisser Bonney et sa grande bouche seule avec Ace.
La barista lui sauva la mise en arrivant à ce moment-là pour récupérer les thermos que Bonney tenait et les remplir de café à une vitesse éclair. Merci mademoiselle.
Un klaxon devant l'établissement finit de le sauver.
- Merde, j'ai laissé mon collègue seul en warning. J'y vais. A ce soir Law, à plus tout le monde. Merci pour les cafés.
Et elle disparut en coup de vent au grand soulagement de Law.
- Je file aussi, lança-t-il sans arriver à vraiment réprimer sa grimace.
Ace ne répondit pas, il se contenta d'agiter sa main dans un au revoir silencieux et Law sortie enfin de cet enfer. Mais l'air frai qui lui brûla le visage une fois dehors ne l'aida pas vraiment à se reprendre.
.
Il évita le café une semaine.
Il n'arrivait pas à décrypter le regard de Ace et plus il se repassait les images de ses pupilles noires, moins elles faisaient de sens. Avait-il été souriant ? Il ne pouvait même plus le dire.
Alors il prit son courage à deux mains et un énième matin, il entra dans le café à peine ouvert.
Il y avait quelques personnes déjà installé à une table, et surtout, Ace derrière le comptoir.
- Je commençais à me demander si tu évitais plus Bonney ou moi…
Lui lança-t-il en guise de bonjour, bras croisé et sourcil levé. Pas si souriant que ça. Plutôt dépité ?
Law en eut un coup au cœur encore pire que ce qu'il avait pu imaginer.
- Ni l'un ni l'autre, même si éviter Bonney est devenu un sport à part entière. Juste beaucoup de boulot.
Ce n'était même pas un mensonge, il avait vraiment eut des journées très longues cette semaine.
- Mais toujours partant pour un café ? offrit-il avec le plus de légèreté possible. Voire une de tes créations.
Ace resta impassible une seconde de plus puis se détendit, une épaule basse et la tête légèrement penchée.
- Arabica à la vanille et noix de pécan. C'est même plus du café à ce stade.
- Je prends quand même, confirma Law en s'installant au comptoir, comme à son habitude.
Il fut servit et il sirota cette fameuse création, qui avait en effet plus de parfum de vanille que de café. C'était tout aussi agréable.
- Délicieux.
- Merci.
Clairement, il y avait comme un malaise. Et Law, dans le regard charbon du serveur se comprit sans mal découvert. Il n'était pas là à cause du café.
Alors que le regard de Ace ne le lâcher pas, il abandonna.
- Est-ce que tu veux bien que je t'invite boire un verre ? Après ton travail ?
A nouveau, il avait parlé sans réfléchir. A nouveau, il se surprit lui-même à ne plus décortiquer chaque élément autour de lui avant d'agir. A nouveau, le charme solaire du jeune barista avait prit le dessus sur lui.
Et dans le regard de Ace, il put suivre tout son cheminement de pensée.
Stupeur.
Consternation.
Colère.
- Non.
Et Law sentit ce qui restait de son cœur se réduire en cendre.
.
« Non ».
il lui avait dit non.
Le barista du Oro Jackson, étudiant à l'Illinois Tech lui avait dit « non ».
Un « non » au goût de charbon.
Il avait ce caractère qui lui avait tant plus. Ce même caractère qu'il venait de se prendre en pleine figure comme un retour de flamme de sa soudaine montée de confiance.
Depuis, il buvait le café de l'hôpital et ses cernes s'étaient encore creusés. Il détestait les urgences le samedi soir.
- Tout va bien ? lui demanda sa sœur qui passait devant lui. Tu as encore plus l'air d'un zombi que d'habitude.
- Merci Lamy, j'apprécie ta considération. Donne-moi plutôt les résultats du bilan de mon patient.
Mais son adorable et têtue petite sœur lui retira le dossier des mains sans préambule. Elle avait le droit, elle était médecin elle aussi.
- Law. Qu'est-ce qu'il se passe ?
Law soupira.
- Rien.
C'était vrai.
Il ne s'était rien passé.
Il était rentré dans le premier café qui passait, il y avait rencontré quelqu'un dont il était tombé sous le charme. Il avait cru que lui aussi. Il s'était mangé un râteau.
Fin de l'histoire.
Et en prime, il avait perdu la possibilité de boire le meilleur café de la ville.
Mais sa sœur le connaissait bien.
- Ça, c'est ton histoire de barista. Toi et moi, à la fin de ta garde, à ton appart' avec une pizza.
Ce n'est pas comme s'il avait le choix. Il soupira pour confirmer le rendez-vous, comme il soupira douze heures plus tard en la voyant sur le pas de sa porte avec sa pizza et heureusement, sans sa fiancée.
- Raconte tout à ta petite sœur.
- Il n'y a pas grand-chose à raconter, marmonna-t-il mais il s'exécuta tout de même.
Et pour toute réponse, elle semblait passablement blasée.
- Tu me tues, Law, se plaignit-elle. Vraiment, tu me tues. Quelle heure est-il ?
- Vingt-heure, pourquoi ?
- Lève-toi, tu vas m'emmener à ce bar.
- Quoi ? Non !
Lamy lui jeta son manteau dans la figure et saisit elle-même les clefs de sa voiture et le thermos qui traînait dans sa cuisine.
- Ce n'est pas comme si je te laissais le choix, mon frère adoré. Bouge tes fesses.
Il soupira derechef mais obtempéra tout de même, mort de honte.
Il se gara devant le bar.
- Je ne sais même pas si il travaille ce soir, lui dit-il mais Lamy était déjà sortie de la voiture sans un regard en arrière, emportant avec elle son thermos à lui et le sien, rose bonbon.
Il n'eut pas d'autre choix que d'attendre son retour en jouant avec ses piercings, la fatigue le prenant de court.
Enfin, Lamy revint, deux tasses de café dans les mains.
Elle se glissa à ses côtés avec un immense sourire.
- Oh je comprends ce que tu veux dire, ricana-t-elle. Il est adorable ce garçon.
- Ne commence pas, marmonna Law. Tu as vraiment commandé deux cafés ?
- J'ai pris une nuit d'astreinte ce soir alors ne rêve pas, les deux sont pour moi, minauda-t-elle. Tu me mènes à l'hôpital, s'il te plaît ?
Law leva les yeux au ciel mais mit le contact.
En chemin, elle but son café en silence. Law jouait des mâchoires.
- Tu m'expliques à quoi tout ça à servit ?
- A vérifier les goûts de mon frère en matière de gente masculine, affirma Lamy. C'est tellement rare que tu trouves quelqu'un qui te plaise, je voulais voir quel genre de personne il était.
- Du genre à dire « non », voilà le genre, fit-il en grinçant des dents.
Mais Lamy eut un rire.
- Tu crois ? Je ne suis pas sûre.
Law quitta la route des yeux une seconde pour la dévisager, interrogateur. Elle se contenta de hausser les épaules et de lui montrer son thermos encore remplit.
- Il ne m'a pas poser de questions, mais je peux te dire que la seule émotions qu'il a laissé transparaître en la reconnaissant, c'était de la culpabilité.
- Hein ?
Elle leva les yeux au ciel.
- Le genre de culpabilité, tristesse et regret qu'on a quand on a fait une connerie.
- Mais il n'a pas fait de connerie.
- Si, il t'a rembarré et maintenant il regrette.
Law refusait de la croire. Refusait d'écouter la pointe d'espoir qui perçait en lui.
- J'ai peur que tu n'es vu que ce que tu voulais voire Lamy…
Elle haussa les épaules.
- J'insiste, dit-elle. Tu devrais peut-être y retourner un jour.
.
« Un jour » sous-entendait qu'il avait encore des jours à passer en dehors de l'hôpital ou de ses cours.
Mais qu'importe le travail qu'il avait, qu'importe le peu de sommeil qu'il accumulait et le stress… il avait toujours cette sensation atroce qu'il passait à côté de quelque chose.
Le temps passait mais au lieu d'effacer souvenirs et culpabilité, il ne faisait que renforcer la sensation toujours plus présente qu'il y avait quelque chose de plus.
Il allait craquer, il le savait.
Il allait passer par le café.
Il allait lui parler.
Il se devait d'essayer.
Il voulait vraiment le voir.
Et il refusait de manquer de courage.
C'était décidé.
Il voyait un dernier patient et sa garde aux urgences se terminait.
Un dernier patient et il partait pour le café.
Juste quelques minutes et il quittait le service.
Il saisit un dossier au hasard.
- Accident de moto, l'informa l'infirmière en charge. On lui a déjà fait rappel tétanos et radio, RAS. Il a une belle dermabrasion, c'est tout. Si c'est ok pour toi, je lui fais un pansement et on le libère.
- Pas de choc crânien ?
- Aucun, il portait un casque. Juste le bras. Il a de bon réflexe le jeune.
- Tant mieux.
Une situation facile et rapide. Il entra dans le box avec la ferme intention d'expédier cette consultation vite et bien.
- Bonjour, je suis le Docteur Trafalgar et je-
Il se figea en tombant nez à nez avec Ace.
Celui-ci semblait aussi étonnée que lui. Mais il se reprit le premier.
- Salut.
Pas de moquerie, pas de sourire, pas de regard brillant.
Law sentit toute sa vitalité fondre comme neige au soleil.
- Salut.
Silence.
- Accident de moto ? fut tout ce qu'il trouva à dire.
- Un con m'a grillé la priorité, rien de grave et j'ai une bonne assurance.
Hum. Sa voix manquait de chaleur, mais Law ne pouvait pas lui en vouloir.
Law fronça les sourcils et regarda les résultats de son bilan et des examens qu'on lui avait déjà fait. En effet, il semblait aller bien, en dehors d'un sérieux manque de sommeil.
- C'est quand la dernière fois que tu as fait une vraie nuit complète ?
Il grogna.
- Et toi ?
Il ne répondit pas.
Il était de mauvaise humeur. Mais il évitait aussi son regard.
Law désigna le brancard où il était installé.
- Je peux ?
Il leva un sourcil, suspicieux, mais accepta. Il s'assit en face d'il, une jambe repliée, miroir de sa position.
- Ace ?
- Law ? reprit-il avec un léger malaise.
Il secoua la tête, le cœur lourd.
- Je suis sincèrement désolé pour mon comportement.
Ace se redressa soudain, surpris.
- Tu n'as pas à t'excuser, lui dit-il sans même réfléchir. Tu n'as rien fait de mal. J'ai juste… un sale caractère.
Il soupira, passa une main dans sa tignasse noires légèrement collée à son crane à cause du casque. Il rougit un peu et Law trouva ça adorable.
- Tu sais pourquoi je t'ai dit non ?
Il haussa les sourcils, interrogateur. Son cœur battait peut-être un peu fort.
- Parce que je suis une imbécile avec un sale caractère. J'ai cru que tu voulais… te servir de moi pour explorer je ne sais quel fantasme homo comme certains types en ont.
- Quoi ? Non ! Pourquoi ?!
Law avait peut-être un peu surréagit mais il ne s'attendait pas du tout à ça.
Ace grimaça.
- Parce que tu as changé de comportement en comprenant que tu étais dans un café LBGT. Et de ce que j'ai comprit de Bonney, tu es parfaitement hétéro. J'ai cru que que tu étais de ce qui pensent que tout leur est dû, parce qu'ils ont le physique et le charisme.
Law cligna des yeux, surprit.
- Tu me trouves beau et charismatique ?
- Est-ce que tu t'es vu dans un miroir récemment ? s'énerva Ace mais retrouvant enfin son sourire à fossettes. Ou est-ce tu as bien regardé ces publicités avec ta tête partout ?
- J'ai trois heures de sommeil dans les jambes et des tatouages partout, c'est retouché jusqu'au moindre détail ces photos.
Il balaya l'argument d'un geste de la main.
- Bref, j'étais tellement sous le choc que quelqu'un comme toi me demande une telle chose… à quelqu'un comme moi… j'ai cru à une mauvaise plaisanterie.
Law fronça les sourcils, perdu.
- Mais je-
- Je sais, le coupa Ace en rougissant de plus belle. Je sais, je me suis laissé dépasser par ma fierté.
Il se tut, soudain honteux. Il prit une grande inspiration.
- Enfin. Je suis désolée pour… mon manque de tact. Et d'avoir assumé que tu voulais juste t'amuser avec moi.
Law ne la laissa pas tomber dans une cascade d'auto-flagellation. Il se pencha vers lui jusqu'à ce qu'il lève les yeux vers lui.
- Je ne peux pas t'en vouloir sur un point. Je ne sais pas ce que je suis et jusqu'à présent, je ne suis sorti qu'avec des femmes. Mais tu-
Il se racla la gorge, mal à l'aise et en même temps tellement plus léger.
- Disons que tu es spécial. J'aime ce spécial là. Et je me fiche pas mal que tu sois un homme.
Ace eut un sourire timide sous ses taches de rousseurs rendues écarlates. C'était bon signe ? En tous cas tout en Law voulait le croire.
- Si je te demandais maintenant, là, sur ce brancard si tu acceptais de sortir avec moi. Est-ce que tu accepterais ?
Ace cligna des yeux, le regard brillant que Law trouvait si intriguant reprenant le dessus. Il pinça les lèvre.
- Oui.
Law prit une grande inspiration, comme si tout son corps se délié et s'ouvrait, déferlant une énergie comme il n'en avait pas ressentit depuis des lustres. En face de lui, Ace retrouvait un sourire comme il ne lui en avait jamais vu. Plus doux.
- Ace… mince, je ne connais pas ton nom de famille.
- Gold, rit-il. Gold Ace.
Law se pencha encore un peu. Il savourait l'odeur de café brûlé et de bitume qu'il dégageait mais ce fut lui qui ouvrit la bouche le première.
- Est-ce que je peux t'embrasser maintenant ? Je commence à trouver le temps long sur ce brancard.
Il rit et combla les quelques centimètres qui les séparait.
Ses lèvres étaient douces. Avec le goût du café qu'il préparait. Evidement.
Il passa une main sur sa joue, il fit jouer la sienne dans ses cheveux.
C'était libérateur.
C'était vrai.
C'était vivre l'instant présent, qu'importe le reste.
Qu'importe leur vie et leur peu de temps.
Qu'importe.
Pour l'instant, Ace et Law s'embrassaient comme pour sceller la promesse que ce n'était que le début.
Qu'importe.
Ils n'étaient qu'un autre couple dans la cité des vents.
