Cher journal,

Voir des voisins, c'est fatigant.

Je ne parle pas de la fatigue physique des visites. Je parle de la physique mentale.

Mes voisins parlent beaucoup ! Enfin mes voisines parlent beaucoup. Vraiment beaucoup !

Surtout ma Tante Mrs Phillipps.

C'est bien simple. J'avais préparé un tas de sujets de conversations en rapport avec mes dernières lectures.

J'ai lu énormément de choses ces derniers temps et j'espérais pouvoir lui faire profiter de mes lectures.

Ma tante, Mrs Phillips, ne lit pas du tout. Je ne l'ai jamais vu avec un livre entre les mains, et pourtant, dans son salon, il y a une grande bibliothèque.

Elle n'a pas arrêté de parler et j'ai à peine pu placer le nom d'un livre. Avec maman, elles ont parlé pendant des heures. J'ai crû ne jamais pouvoir partir. Heureusement, le thé était excellent.

C'était tout de même très long.

J'ai su toute la vie de la moindre personne de notre entourage. Elle m'a posé des questions sur chacune de mes sœurs. Et, j'ai dû me rappeler du moindre détail de chacune des lettres que nous avons échangées avec elles.

Note pour moi-même : Pour ma tante, plutôt lire les lettres de mes soeurs que des livres sérieux avant de venir la voir.

Mon défi pour la prochaine visite : Réussir à ne pas la laisser monologuer et tenir une conversation avec elle.

Ensuite, nous sommes allées chez les Lucas. Le petit William Collins se porte apparemment à merveilles et Charlotte devrait venir à Noël prochain. Dans deux mois.

Je sais ce que tu te demandes, cher journal. Est-ce que je suis jalouse de Charlotte ? Est-ce que je me serais mariée avec Mr Collins s' il m'avait fait une demande à moi plutôt qu'à Lizzie ?

J'aurais dit oui, bien sûr.

J'ai lu qu'avec le mariage vient l'amour. Et, je crois que cela aurait été mon cas.

Tous les livres nous le disent : les femmes doivent se marier et avoir des enfants. Les femmes doivent apprendre à aimer leur époux.

C'est ainsi que cela doit se passer et c'est ainsi que cela se serait passer si Mr Collins m'avait fait une demande en mariage.

Et, être la maîtresse de Longbourn m'aurait parfaitement convenu.

Et puis, si Mr Collins ne m'a pas demandé à moi de l'épouser alors que je suis la troisième sœur de la famille et que je lis autant que lui, qui me demandera de m'épouser ?

Oui, mon cher journal, je broie du noir aujourd'hui.

Je sais qu'il ne faut pas jalouser les autres et je jalouse mes sœurs mariées et Charlotte. Que vais-je devenir si personne ne me demande de m'épouser ?

Je n'aurais aucune ressource. Je serais ballotée du logement d'une de mes sœurs au logement d'une autre de mes sœurs.

Je serais un poids.

Que vais-je devenir, mon cher journal ?

J'aimerais connaître l'avenir.

Pour me changer les idées, je vais lire un livre ou deux. Je vais lire Hannah More, peut-être m'apportera-t-elle un peu de réconfort dans ce monde cruel.