Cher journal, j'ai réfléchi depuis hier.

(Eh oui !).

Je ne dois pas m'abandonner à la dépression. Tous les livres le disent : la dépression est pour les faibles.

Et, je suis tout sauf une femme faible.

Je ne dois pas faiblir dans mes résolutions. Une femme doit sans cesse aller de l'avant et ne jamais montrer ses sentiments.

Broyer du noir alors qu'il y a tant à faire n'est pas digne de moi. Une femme ne doit pas s'apitoyer sur son sort.

Cela aussi est conseillé par tous les livres.

Mes lectures m'ont fait comprendre une chose : il faut sans cesse se demander ce que pourrions faire pour les autres.

Je suis donc allée voir Papa pour lui faire la conversation mais c'était une mauvaise idée. Il semble que rien ne lui fasse plus plaisir que lire seul dans sa bibliothèque, et, je ne pouvais donc pas l'aider sauf en m'en allant de la bibliothèque.

Je suis allée voir Maman et cette fois c'était une bonne pioche. Maman venait de recevoir une lettre de Lydia et croyait déceler entre les lignes de cette lettre que Lydia avait des difficultés financières et qu'elle avait "certainement" besoin d'aide. Elle me demandait mon opinion.

Voici ce que Lydia disait :

"Malgré nos efforts, nous ne parvenons pas à payer nos créanciers. Il semble qu'encore une fois, le sort s'acharne contre nous. Bien sûr, nous réussissions à faire bonne figure et à sauver les apparences. Je me suis achetée une jolie robe pour ne pas montrer à nos voisins le manque d'argent. Malgré cela, nos difficultés persistent. Et, George est parfois d'humeur orageuse."

Cela continuait sur plusieurs lignes.

J'ai dit à Maman que Lydia devait apprendre à réagir face à l'adversité et que les épreuves infligées lui permettraient de démontrer sa force de caractère.

Cela n'a pas eu l'air d'aider Maman.

En réalité, elle a pleuré lorsque je lui ai dit ça, et, elle a répété que Lydia était trop loin d'elle (chose qu'elle répète deux à trois par jour).

Elle m'a demandé de demander à Papa de l'argent et Papa a répondu non.

Maman a pleuré de nouveau.

J'ai donc pris la plume et écrit une réponse à Lydia.

Je suis assez fière de ma lettre.

Je lui ai répondu que j'espérais que mes mots guériraient ses maux et que je pensais que ma lettre serait plus réconfortante que de la monnaie.

Là je t'avoue, cher journal, que je n'ai pas eu la présence d'esprit de faire un jeu de mot sur le billet (la monnaie) et mon billet (la lettre) que je lui écrivais.

C'est dommage car je pense que cela l'aurait fait sourire et que cela aurait pu lui apporter un certain réconfort.

Le reste de ma matinée fut consacrée à l'écriture des lettres pour Jane et Lizzie. Je dois dire que la lecture de leurs lettres sont un peu plus divertissantes que celles de Lydia.

Kitty nous a appris qu'elle resterait chez Jane jusqu'à Noël.

J'avoue m'être réjouie de cette nouvelle.

Je serais, donc, seule avec Maman lors de nos visites pendant au moins deux mois et j'espère mettre ce temps à profit pour pouvoir me lier à nos voisins.