Mon cher journal, les journées ne m'ont jamais paru aussi longues. Cela fait une semaine que je n'ai pas écrit à l'intérieur de tes pages.
Je n'ai pas grand chose à dire mis à part cela : les journées ne m'ont jamais paru aussi longues.
Je lis et je joue du piano. Je n'arrive guère à me concentrer longtemps sur aucune de ces activités.
Je fais des visites.
Pleins de visites.
A ma tante Philipps. Chez les Lucas. Et, j'ai dû mal à suivre les conversations. Heureusement que Maman parle beaucoup et répond aux questions qu'on me pose.
Je me promène chaque matin car je sais qu'il est bon pour la santé de marcher. Je me promène et je ne rencontre personne d'intéressant.
Pour l'instant, il n'y pas d'autres bals en vue (qui aurait crû que j'attendrais que des bals se préparent, moi qui voyais cela, comme une corvée d'y aller ?).
J'ai très peu vu Edward Lucas, ces derniers temps. Il est rarement chez lui lorsque j'y vais. Et, je ne le vois jamais seule. Comment nouer une relation durable lorsque nous ne sommes jamais seuls.
J'aimerais que Papa l'invite à chasser comme il le faisait pour Mr Bingley.
J'aimerais que Maman l'invite à dîner comme elle le faisait pour Mr Bingley.
Je t'avoue, cher journal, que j'ai l'impression d'être la seule personne de la famille à me dire qu'Edward Lucas pourrait tomber amoureux de moi.
Peut-être que je me suis fait des illusions. Peut-être que Edward est simplement quelqu'un de gentil.
Peut-être que je devrais arrêter de penser à lui mais comment faire pour arrêter de penser à lui ?
Je lis des livres de conseils mais aucun n'a de conseil pour cela.
J'arrête de t'écrire, mon cher journal. Maman m'appelle.
Je peux reprendre la plume.
Nous sommes allées jusqu'à Meryton. Chez ma Tante Philipps. Mon oncle était présent et avec lui son nouveau clerc.
Figure-toi, mon cher journal, que bien que nous ayons été présentés, il m'a été impossible de me souvenir de son nom.
Quel manque de politesse de ma part ! J'ignore où j'avais la tête ces derniers temps. Pendant toute la visite, j'ai été au supplice.
J'avais peur de devoir lui parler et de ne pas savoir comment m'adresser à lui. J'attendais, espérant, que quelqu'un l'interpelle mais quand ma Tante Philipps lui parlait, elle ne s'adressait à lui que par son prénom (chose que je n'aurais pas pu faire bien sûr).
Cette visite a été une horreur.
Personne et je ne dis bien personne n'a prononcé son nom et lui m'appelait Miss Bennet (ce qui était élégant de sa part) les seules fois où il m'a adressé la parole.
Quel affreux sentiment que celui de sentir que nous sommes sur le point de commettre une bévue.
Heureusement, je n'ai pas eu à l'appeler par son nom et je crois qu'il ne s'est pas aperçu de mon état d'esprit.
Figure-toi, mon cher journal, que j'ai dû me relire pour savoir que ce jeune clerc s'appelait Thomas O'Brien…
Je suis si confuse !
Mon cher journal, ce matin a commencé de meilleure manière que les autres matins. Nous sommes allées jusqu'à Lucas Lodge.
Et devine ?
Edward était là.
Je m'étais préparée à ne faire aucun commentaire comme toutes les dames doivent le faire. Mais Edward m'a dit de lui-même : "nous nous sommes à peine croisés depuis le bal. Quelle excellente soirée nous avons passé alors."
S'en est suivie une conversation sur le piano : il m'a dit avoir beaucoup aimé m'entendre jouer et qu'il avait hâte de m'entendre jouer de nouveau.
Je suis, de nouveau, confiante. Je ne sais pas si Edward est quelqu'un de simplement gentil ou quelqu'un qui pourrait s'intéresser à moi mais je sais que je l'apprécie de plus en plus.
