Mon cher journal, quelle journée mais quelle journée !

Je suis passée par tous mes états aujourd'hui. Je ne sais toujours pas si je dois être heureuse, malheureuse, enjouée, ravie, triste.

Tout est allé si vite.

Je ne pensais pas que je pouvais passer d'un état de bonheur à un état de tristesse puis de nouveau à la joie.

Mais, bien sûr, tu ne comprends pas de quoi je parle mon cher journal. Tu ne sais encore rien.

Dans quelques lignes, tu comprendras mieux.

Et, tu te réjouiras certainement avec moi.

Il est près de 23 heures ce soir et je commence à peine à reprendre mes esprits et à, de nouveau, pouvoir réfléchir calmement.

Tout a commencé ce matin quand Edward Lucas est venu à la maison. Chose extraordinaire puisque, tu le sais, Edward ne vient jamais seul.

Maman et moi étions seuls au salon et il nous a fait la conversation. Je voyais bien que cela ennuyait Maman cette visite peu ordinaire et je dois bien t'avouer qu'elle s'est montrée peu avenante avec lui.

Le mot adéquat serait peut-être : "méprisante".

Edward a bien senti qu'il devait écourter sa visite et j'ai voulu le raccompagner pour excuser Maman et lui dire que Maman était malade ce matin, ce qui expliquait son comportement (je pense que le mensonge n'est pas grave quand nous voulons éviter d'offenser quelqu'un).

Mais avant même d'avoir ouvert la bouche, Edward m'a dit ceci : "Je ne suis venu que dans le but de vous voir et j'aimerais par-dessus tout obtenir votre main".

Quel bonheur m'a envahi, mon cœur s'est emballé comme jamais.

J'ai crû qu'il allait exploser.

Je crois que jamais je n'oublierai ces mots et ces instants.

Mais, comme je suis une dame, je lui ai simplement répondu que si mes parents acceptaient sa demande, je l'accepterais avec joie.

Nous avons convenu qu'il reviendrait dans l'après-midi demander ma main à Papa.

Et, je me suis donnée pour mission de l'annoncer à Maman. De toute façon, il était impossible pour moi de cacher mon état d'esprit à Maman.

Mais voilà, mon cher journal, jamais je n'aurais envisagé que Maman refuserait catégoriquement mes fiançailles.

Elle s'est mise dans une colère noire : "comment avais-je eu la sottise d'accepter de me marier avec un Lucas ? "

Voici ces mots exacts.

Lorsque j'ai dit à Maman que j'avais conditionné ma réponse à son acceptation à elle et à Papa, Maman s'est un peu calmée et s'est empressée d'aller annoncer la nouvelle et son refus à Papa.

Pendant ces quelques instants, je me suis morfondue. je ne savais pas quoi faire, je ne comprenais pas les raisons de cette colère si imprévue ni celles de ce refus si catégorique.

Je voyais mon seul rêve de bonheur s'envoler, mon cher journal.

Je suis restée seule pendant dix voire quinze minutes. Puis, Maman est revenue et m'a dit d'un ton hautain que Papa souhaitait me voir.

Je suis, donc, allée dans la bibliothèque (quelle angoisse m'étreignait alors) et Papa m'a demandé si Maman disait vrai et si Edward Lucas m'avait bien demandé de l'épouser.

Je lui ai répondu par l'affirmative.

Ensuite, il m'a demandé : "Comprends-tu que ta mère puisse émettre des réserves à ce mariage ?".

Je lui ai répondu, avec la plus grande honnêteté : "Non" !

Papa m'a alors expliqué que Maman ne voulait pas que nous nous marions parce que Edward Lucas venait d'une famille pauvre et que nous aurions de grandes difficultés financières si nous nous marions ensemble.

Je n'y avais absolument pas pensé, mon cher journal.

Et ces mots m'ont effrayé.

Comme je te l'ai écrit, mon cher journal, je pense être amoureuse d'Edward et je crois que je serais heureuse avec lui.

Mais comment être parfaitement heureuse si nous vivons dans la pauvreté ?

Je l'ignore.

Papa m'a, donc, dit que nous devrions réfléchir à cela et qu'il verrait avec Edward ce qu'Edward pense de notre future situation financière.

Le repas qui a suivi fut glacial.

Je n'arrêtais pas de réfléchir à ces questions et nous attendions tous la venue d'Edward avec appréhension.

Edward est arrivé dans cette ambiance morose et a, tout d'abord, été reçu par Papa.

Ils sont restés ensemble un bon moment et Edward a, ensuite, vu Maman.

Après ces entretiens, j'ai senti que l'atmosphère avait changé du tout au tout. Maman souriait et était vraiment gentille avec Edward. Elle m'a annoncé qu'Edward reviendrait diner et elle m'a autorisé à rester quelques instants avec lui.

C'est alors que tout s'est éclairci pour moi : Edward m'a annoncé qu'il rentrait dans la milice et qu'il ne désirait pas que nous nous marions tout de suite.

Il avait bien réfléchi et il souhaite que nous ayons de longues fiançailles afin qu'il ait une situation avantageuse lors de notre mariage.

Papa et Maman ont, donc, bien compris qu'Edward était une personne intelligente qui avait pensé à tout.

Je suis heureuse ! Tellement heureuse.

Je te raconterai, plus tard, le dîner, mon cher journal, car je suis fatiguée d'avoir éprouvé tant d'émotions.

Je vais dormir mais avant de dormir, je dois l'écrire :

Mon cher journal : Me voici donc fiancée !