Mon cher journal, peux-tu croire que demain, le premier bal organisé pour moi et juste pour moi aura lieu ?

Je peux, à peine, le croire.

Un tel bonheur me paraissait impossible, il y a encore deux ans.

Un tel bonheur me paraissait impossible, il y a encore deux semaines.

J'aimerais que mes sœurs soient là ce soir et, en même temps, je sais que si mes sœurs avaient été là, je n'aurais pas connu un tel bonheur.

Cela va te paraître étrange ou bizarre, car chacune de mes sœurs est profondément gentille.

Oui, même, Lydia. Aussi inconséquente soit-elle et aussi égocentrique qu'elle peut-être, Lydia n'a jamais voulu faire de mal à personne.

Aucune de mes sœurs n'aurait voulu me faire de l'ombre mais chacune d'entre elle m'éclipse quand elle est dans une salle avec moi.

On remarque la beauté de Jane, la répartie de Lizzie, la naïveté touchante de Kitty et la gaieté de Lydia…

Et moi ? Que remarque-t-on chez moi ?

Tu sais, mon cher journal, j'ai souvent fait et je fais toujours comme si je ne le savais pas mais je sais ce qu'on dit de moi.

La pauvre Mary Bennet.

Celle qui n'a ni beauté, ni répartie, ni naïveté charmante, ni gaieté…

Celle qui n'est pas aussi jolie que Jane, aussi vive que Lizzie et tu connais la suite...

Chacune de mes sœurs m'éclipse car je suis, sans cesse, comparée à elles.

C'est quelque chose d'étrange d'aimer des sœurs et de préférer qu'elles ne soient pas en public avec vous…

C'est quelque chose que jamais je n'avouerai à personne, mon cher journal.

Car, qui pourrait me comprendre ?

Mais pourquoi est-ce que je te parle de mes sentiments un peu négatifs alors que je suis heureuse ?

Je n'ai pas eu le temps de te l'écrire hier soir, car j'étais toute à ma joie mais Edward a invité ma Tante et mon Oncle Philipps. Quelle joie de les voir assister à ce bal organisé pour moi. J'espère qu'enfin ma Tante comprendra que je peux être aimée moi aussi.

Aujourd'hui, je vais m'acheter une robe avec Maman.

Elle est ravie.

J'ai l'impression que rien ne fait plus plaisir à Maman que d'avoir une fille à marier.

Et moi, qui découvre le monde des fanfreluches, eh bien je me rends compte que moi aussi j'aime me faire belle.

Car, je le sais, mon cher journal, moi aussi je peux être jolie quand je suis bien habillée et bien coiffée.

N'en déplaise à ma Tante Philipps. Moi aussi, je sais être belle.

J'ai hâte, tellement hâte.

J'ai envie que tout le comté sache, enfin, que je suis fiancée. Je veux que tout le monde me dise que j'ai de la chance d'épouser Edward et que tout le monde dise à Edward qu'il a de la chance d'épouser "Miss Bennet".

Je veux, mon cher journal, être vue comme une fiancée.

Je veux que tout le monde me regarde lors de ce bal.

J'ai tellement envie d'y être.