Le dîner s'est bien passé.
Edward a été, comme à son habitude, gentil et prévenant. Papa a fait l'effort de lui parler assez régulièrement et je ne l'ai quasiment pas vu lever les yeux au ciel pendant tout le repas.
Je pense qu'il commence à l'apprécier à sa juste valeur.
Maman a, comme souvent, monopolisé la parole et a parlé de Lizzie et de Jane pendant tout le repas.
Elle a parlé de Mr Darcy et de Mr Bingley.
Beaucoup aussi.
Et, j'ai eu peur qu'Edward souffre de cette comparaison. Qu'il se dise qu'il n'avait pas la même situation qu'eux.
Dans mon coeur, bien sûr, Edward ne pourra jamais souffrir de la comparaison mais ai-je besoin de te le préciser, mon cher journal ?.
Edward est très patient et a posé beaucoup de questions à Maman, ce qui a semblé la satisfaire. J'aimerais qu'ils s'entendent tous bien. J'ignore où nous habiterons Edward et moi lorsque nous serons mariés mais si nous habitions proche de Papa et Maman, je crois que nous passerons régulièrement de bonnes soirées ensemble.
Cela augure vraiment de bons moments.
A la fin du dîner, Edward et moi nous sommes retrouvés seuls quelques instants et j'en ai profité pour lui donner la mèche de cheveux.
Il m'a dit qu'il la garderait précieusement et il a semblé très content de l'avoir avec lui. Elle sera un réconfort pour lui lorsque la distance entre nous lui semblera insupportable.
C'est ce qu'il m'a dit.
Et voilà, mon cher journal. Une journée de plus s'envole…
Trois jours, cher journal.
Tu connais la musique maintenant.
Dans trois jours, Edward partira.
Dans trois jours, je retrouverais la monotonie de mon existence. Comment en si peu de temps, Edward a t-il pu prendre tant de place ? Je l'ignore.
Mais il semble que les romanciers appellent cela l'amour.
Deux jours, cher journal.
Je ne t'ai pas écrit plus tôt car Edward et moi avons fait une longue promenade hier après-midi et nous avons tellement marché que j'ai été trop fatigué pour t'écrire.
C'était une merveilleuse promenade.
Nous étions tous les deux à parler piano et j'ai découvert que, comme moi, il appréciait William Byrd.
J'ai, donc, décidé d'apprendre d'autres airs de ce grand compositeur lorsque Edward serait parti.
Il y a encore tant d'airs que je ne connais pas et même s' ils ne se prêtent pas tous au jeu sur piano, je ferais de mon mieux.
Je serais tellement fière de lui montrer ce que je sais faire à son retour.
Aujourd'hui, Edward ne viendra pas, il me l'a dit hier lors de notre promenade. Il a trop à faire. Comme je le comprends.
Il va quitter les siens et me quitter, pendant des mois, et il me dit avoir le cœur lourd.
S'il savait que le mien avait l'impression d'être en miettes à cette pensée.
Aujourd'hui j'expérimente son absence et je sais, déjà, au fond de moi que ces prochains mois ne vont être que tristesse.
J'ai même dû mal à imaginer ma vie sans Edward dans les parages.
Un jour, cher journal.
C'est le jour des Adieux.
Je dînerais chez Mr Lucas ce soir et nous nous dirons au revoir.
Edward partira aux aurores demain matin.
Tu connais la chanson, mon cher journal. Aujourd'hui, Grace m'a dit avoir une seule mission : tout faire pour que je passe une merveilleuse soirée.
Cela sera, donc, essayage de robes et essais de nouvelles coiffures. Qu'il est agréable de parler à Grace de mes sentiments.
Elle me comprend tout à fait et elle veut simplement mon bonheur.
Déjà, elle m'appelle.
Mon cher journal, j'espère que cette soirée sera parfaite.
