Mon cher journal, tu le croiras ou non : le dîner d'hier soir s'est bien passé. Étonnamment bien passé. Merveilleusement bien passé.
Oui, mon cher journal, j'ai presque honte de dire que malgré l'absence de mon cher fiancé, de mon cher Edward, j'ai souris et même ris à plusieurs moments de la soirée.
Pour tout te dire, mon cher journal, j'étais même heureuse lorsque ma Tante Philipps nous a invité, à son tour, à dîner dans trois jours.
Oui, que me prend-il, dois-tu penser ? Si tu étais un humain, tu me ferais certainement les mêmes yeux ronds que Grace m'a fait ce matin lorsque j'ai commencé à lui raconter notre dîner dans les détails.
Grace savait, bien sûr, que je n'étais pas ravie à l'idée de ce dîner mais elle m'a déclaré, avec un grand sourire, qu'elle était ravie que le dîner se soit bien passé.
Elle est vraiment adorable. Elle évite de me parler d'Eward pour que je ne sois pas triste à l'évocation de son prénom.
Elle fait preuve d'une telle délicatesse.
Mais, mon cher journal, je te fais languir alors que tu dois te demander si j'ai un reçu un coup sur la tête dernièrement (ou si c'est ma Tante qui en a reçu un, je sais, mon cher journal, ce n'est pas très chrétien de ma part ce genre de pensée).
Eh bien, ma Tante Philipps est arrivée accompagnée de mon Oncle et de M. O'Brien et je m'étais répétée que mon sourire ne devrait pas quitter mon visage.
Ma Tante m'a, donc, très naturellement dit que l'absence de mon fiancé n'avait pas l'air de me chagriner outre mesure et que si Lydia avait été à ma place, elle aurait eu besoin d'un grand bal et de danser avec tous les hommes des environs portant une tunique rouge pour avoir un tel sourire sur son visage.
Puis, elle a ajouté, que peut-être Edward Lucas était lui-même en train de danser en ce moment-même.
On aurait dit que ma Tante Philipps avait pour principal objectif de me destabiliser ou de me faire pleurer.
Ce matin, la nuit aidant et la surprise passée, je sais ce que j'aurais dû lui répondre que même les jours les plus beaux n'étaient point sans tristesse, ou qu'il n'y a que le Démon qui gagne à la tristesse ou encore que les pleurs aggravent bien souvent le mal.
Il arrive si souvent que la répartie me vienne qu lorsqu'il est trop tard, que cela me mine souvent. Avant de m'endormir, j'ai refait la scène dans ma tête et je me voyais lui répondre bruyamment.
Cela m'a apaisé.
Mais, comme tu le devines, mon cher journal, autre chose m'a apaisé hier soir. Il s'agit, bien évidemment, de M. O'Brien.
Il l'a simplement dit qu'il était heureux de voir que je ne m'apitoyais pas sur son sort et qu'il ne souffrait point les personnes qui se lamentaient et n'étaient pas agréables de profiter d'un long dîner.
Puis, il a demandé des nouvelles de ma plus jeune soeur à ma Tante et à Maman bien qu'il ne l'ai jamais rencontré.
J'ai l'impression que M. O'Brien a pris l'habitude de protéger les personnes des différentes vexations que pourrait leur fair ma Tante.
Il doit, donc, être un allié précieux à l'étude de mon Oncle et j'imagine que c'est, pour cela, que mon Oncle a dit à plusieurs reprises qu'il ne pourrait plus se passer de M. O'Brien. Il est vrai que ce jeune clerc sait tenir une conversation.
Je suis convaincue que les personnes se présentant à l'étude, viennent autant pour ses conseils que pour sa conversation.
En tout cas, nous avons longuement bavardé tous ensemble et ma Tante a été de plus en agréable. Nous avons reparlé du Bal donné en mon honneur chez les Lucas et m'a dit qu'elle ne s'était jamais rendue compte que je dansais aussi bien.
Elle s'est même demandée si elle ne donnerait pas elle-même un bal bientôt mais comme Maman lui a rappelé que je devais bientôt me rendre à Pemberley, elle a dit qu'elle attendrait mon retour et celui de Kitty (nous pensons que Kitty reviendra bientôt parmi nous).
Ma Tante a même fini par me dire que j'étais de plus en plus jolie et qu'effectivement il était agréable de me voir sourire.
Nous nous sommes donc quittées dans les meilleurs termes et je me suis même proposée pour aller la voir cet après-midi.
