Les jours se suivent et ne se ressemblent pas ici. J'ai, à peine, eu le temps de t'écrire ces derniers jours. Lizzie veut que je me plaise ici et elle a prévu toutes sortes de réjouissances pour moi.
Nous avons, donc, été très occupés.
Nous sommes allés deux fois au concert cette semaine. Et, je te le dis tout de suite, mon cher journal, j'ai été, à chaque fois, captivé.
Les musiciens ont joué avec une justesse peu commune. Depuis que je les ai entendus, je ne cesse de répéter les airs que nous avons entendus sur le piano de Lizzie, mais, je dois bien t'avouer que, pour le moment, je suis loin du niveau de ces musiciens.
Pourtant, je répète encore et encore. Mais, je sens que mes doigts sont moins rapides que les leurs.
Lizzie me dit de m'aérer et de ne pas m'user en répétant ces airs mais je sais que seul la répétition me permettra de m'améliorer et de jouer aussi bien qu'eux.
Quelle joie cela serait, pour moi, de jouer un tel morceau pour Edward lorsque nous serons, enfin, réunis.
Nous voyons Jane et Kitty tous les jours. Nous n'arrêtons pas de parler et de parler encore. C'est tellement agréable.
J'ai écrit à Papa et Maman ce matin même et Lizzie a réussi de Maman une lettre qu'elle nous a lu.
Même si la lettre semblait longue, Maman demandait seulement à Lizzie des nouvelles de notre santé à toutes les quatres et nous donnait quelques nouvelles du voisinage.
Il semble que tout va bien pour tout le monde.
En parlant de lettres…
(Tu me vois venir, mon cher journal ?)
Je reçois des lettres d'Edward quasiment tous les jours. Si tu étais humain, tu te moquerais de moi en me rappelant que j'avais peur de venir à Pemberley et de "rater" des lettres de mon cher et tendre fiancé.
Il n'en est rien.
Edward me demande des nouvelles dans chacune de ces lettres et il ne cesse de me recommander de lui écrire.
Il veut tout savoir de ma vie à Pemberley. Comme je le comprends, pour moi aussi, Pemberley a souvent été source d'interrogations : entre le parc immense et le nombre incalculable de domestiques, tout me semblait insolite et incompréhensible lorsque j'en entendais parler.
Maintenant que j'y habite, depuis quelques jours, je me dis que la vie est comme partout ailleurs.
Il est vrai que la richesse ne fait pas le bonheur et que nous ne sommes pas différents que nous soyons riches ou pauvres.
C'est ce que je ne cesse de répéter à Edward. Ici, la vie est comme ailleurs. Ce que je n'ose pas lui écrire, encore, est que je me moque de l'argent avec lequel nous vivrons. Je sais que nous serons heureux quoiqu'il arrive.
Oui, je sais, mon cher journal, je commence à parler comme une héroïne de romans. C'est peut-être les romans que je lis depuis quelques temps qui me montent à la tête. D'ailleurs, Lizzie a été surprise de me trouver avec un roman.
Elle m'a dit qu'habituellement je ne lisais que des livres sérieux. Je lui ai donc parlé des recommandations de Mr O'Brien et elle m'a dit qu'il avait bon goût. Je me suis fait la réflexion que j'aimerais qu'il me donne d'autres conseils de lecture. Peut-être que je devrais demander à Maman, dans une prochaine lettre, de lui passer le message. D'ailleurs, il me semble qu'elle n'a pas donné de ses nouvelles.
J'espère qu'il va bien.
Mon cher journal, la vie est douce ici. Ne m'en veux pas si je te délaisse un peu pendant quelques temps. Nous parlons tellement avec Lizzie, Jane et Kitty que le soir je me sens vidée de mes mots et je n'ai plus le courage de t'écrire.
Je peux te dire une chose pourtant : entre la vie à Pemberley et les lettres d'Edward, je vais définitivement très bien.
