Mon cher journal, je ne t'ai pas tout dit hier car je n'avais plus la force de t'écrire. Plus je t'écrivais et plus la douleur devenait plus forte.
Aussi ai-je préféré sortir et marcher. L'oisiveté étant, comme chacun le sait, mère de tous les vices.
Je suis sortie sans parler à personne de ma découverte. J'avais rangé, auparavant, la lettre de Lizzie dans mon journal.
Marcher m'a fait du bien, je dois l'avouer. L'effort physique serait un baume pour le cœur. Est-ce vrai ? Je commence à le croire, mon cher journal car j'ai commencé par pleurer, seule, et à me laisser envahir par les sentiments, puis, peu à peu, mon esprit reprenait le dessus et je parvenais à réfléchir sans que les larmes ne me viennent plus.
C'est alors que j'ai croisé Mr O'Brien.
Les yeux rougis, je n'ai osé croiser son regard lorsque nous nous sommes salués, mais, il a vu que j'avais pleuré et m'a demandé le plus gentiment du monde si je me sentais mal et si je désirais qu'il appelle quelqu'un.
"Non" lui ai-je répondu un peu trop vivement peut-être.
J'ai continué en lui disant que j'étais partie marcher parce que je désirais un peu de solitude.
A peine avais-je parlé que je me suis rendue compte de la gaffe que je venais de commettre.
Mr O'Brien, en véritable gentleman, m'a dit que si tel était mon souhait il partirait immédiatement et qu'il ne voulait en aucun cas m'importuner.
"Non" lui ai-je dit de nouveau.
"Veuillez m'excuser, je ne suis plus moi-même aujourd'hui et je manque à mes devoirs".
Mr O'Brien a répliqué que j'avais totalement le droit de manquer à mes devoirs devant lui, il ne voulait simplement que m'aider si je le souhaitais.
J'allais lui dire que je ne pouvais pas me confier à lui et je me suis souvenue de son attitude quasi chevaleresque lorsque Maman avait annoncé mes fiançailles à ma Tante Philipps.
Je lui ai, donc, simplement dit que je venais de découvrir que ma Tante avait eu parfaitement raison.
"A quel propos ?" demanda t-il.
"Eh bien, personne ne désire sincèrement m'épouser".
Les mots se sont échappés tout seuls. J'ai su que ce que je disais était une trahison. Une trahison pour Edward, qui est toujours mon fiancé, et, une trahison pour ma famille puisque jamais je n'aurais dû m'épancher devant un étranger.
Mr O'Brien a paru surpris et m'a demandé de m'asseoir. Je me suis excusée en lui disant que je ne devrais pas lui dire cela mais il m'a répondu qu'il ne répéterai à personne notre conversation.
Je l'ai cru immédiatement.
J'ai toujours vu, en lui, une personne pleine de gentillesse et je pense ne pas m'être trompé sur ce point.
Alors, je lui ai raconté ce que je venais de découvrir.
Je lui ai dit que mon fiancé avait sûrement demandé ma main uniquement pour obtenir de l'avancement rapidement.
J'ai ajouté que si je rompais mes fiançailles, je finirais vieille fille et que c'est quelque chose que je ne désirais pas.
Et, il m'a gentiment répondu que ce ne serait certainement pas le cas, que j'étais jeune et que j'avais le temps de trouver un fiancé que je mériterais.
Il m'a dit surtout de souffler et m'a dit : "Pourquoi ne pas en parler à votre père ? Il pourra certainement vous donner de bons conseils sur la conduite à tenir."
Il m'a affirmé aussi que si Edward était tel que je le pensais en ce moment, il ne méritait pas tant de larmes.
Cette discussion m'a calmé.
Mr O'Brien a jugé préférable de me raccompagner jusqu'à chez moi car il ne voulait pas que je rentre seule et nous avons continué à converser de sujets plus légers.
Lorsque nous nous sommes quittés, il m'a seulement dit : "Faites ce qui vous rend heureuse."
Et, je suis bien décidée à suivre son conseil.
