Mon cher journal, je viens d'écrire à celui que je dois toujours appeler mon fiancé. Cela m'a coûté du temps, des mots et bien des larmes.
Faire ce qui me rend heureuse, tel, est le conseil de Mr O'Brien.
Ce qui me rendrait heureuse, aujourd'hui, serait de ne jamais avoir parlé avec Edward Lucas, de ne pas avoir croisé ses yeux.
Mais, bien sûr, cela ne fonctionne pas comme cela.
Je ne peux pas simplement souhaiter qu'une chose qui s'est passée ne se soit pas passée. Cela serait bien trop simple.
Alors, je souhaiterais que cette histoire soit derrière moi.
Ne plus y penser.
Ne plus m'imaginer entrant dans une église remplie de mes proches et dans une robe de mariée blanche.
Je suis Mary Bennet.
Je suis celle qui devrait être la plus intelligente. Celle qui aurait dû se méfier des hommes. Celle qui sait, depuis toujours, qu'aucun homme ne pourrait la regarder pour sa beauté.
Avant d'écrire à Mr Lucas, je me suis ouverte à Kitty.
Cette dernière s'étonnait de me voir revenir avec Mr O'Brien et me demandait pourquoi il avait tenu à me raccompagner.
En aucun cas, je ne voudrais que sa réputation souffre à cause de moi.
Mr O'Brien est un vrai gentleman.
Son amitié m'est précieuse.
Je lui ai, donc, dit : la lettre que j'avais découvert de Lizzie, cette impression de m'être fait tromper par Edward.
D'être la seule à ne pas avoir compris que dans le mariage, il ne recherchait qu'à s'absoudre de sa condition en obtenant de l'avancement dans sa carrière militaire grâce à l'aide que Mr Darcy ne manquerait pas de fournir à celui qui deviendrait son beau-frère.
"Oh Ma Mary", fut la première réaction de Kitty.
Et, dans son regard reflétait les larmes que j'essayais tant bien que mal de retenir dans le mien.
"Oh ma Mary, nous ne savons pas. Nous ne savons rien. Lorsque Maman nous a annoncé ton mariage dans sa lettre, nous étions toutes les trois ravies pour toi. Mais, dans sa lettre, Maman sous-entendait aussi qu'elle aimerait que Mr Lucas obtienne vite un grade supérieur dans la milice".
Mon cher journal, jamais Maman n'aurait accepté ce mariage s'il elle avait craint que je ne vive dans la pauvreté.
Je comprends tout à présent. Je comprends pourquoi Maman qui avait refusé le mariage avec tant de véhémence, l'avait accepté ensuite.
Maman ne veut que le bonheur de ses filles et sait que le bonheur passe aussi par le confort matériel.
Elle a, donc rédigé une lettre où elle a demandé à Lizzie de demander l'aide de Mr Darcy pour mon fiancé.
Lizzie, Jane et Kitty ne pouvaient voir qu'un funeste présage dans cette lettre.
Kitty a continué en me disant que ne connaissant pas Edward Lucas, elles ne pouvaient se faire une opinion, et, que ma joie en parlant de lui les avaient toutes convaincues de la sincérité de mes sentiments.
Dans le récit de Kitty, je comprenais une chose qu'elle n'aurait jamais osé me dire. Mes soeurs se sont dit, toutes les trois, que j'étais amoureuse et même si elles n'étaient pas sûres de l'amour que me portait mon fiancé, elles n'avaient pas eu le coeur de me dire leurs craintes et de me faire renoncer à un mariage qui serait certainement le seul auquel je pourrais prétendre.
Alors, j'ai répondu à Kitty comme une Dame doit le faire. Une Dame. Je serai une Dame à défaut d'être une épouse.
Je lui ai dit que je la remerciais et que même si mes fiançailles devaient se rompre, cela ne serait pas une tragédie. Après tout, lui dis-je, je n'ai jamais rêvé de mariage.
"Oh Mary" m'a répété Kitty en me serrant fort dans ses bras.
Je l'ai quittée en la rassurant et me suis enfermée dans ma chambre pour écrire à Edward et pour t'écrire.
A l'heure qu'il est, Kitty doit avoir répété notre conversation à nos parents, ce qui m'évitera de leur donner des explications qui me feraient encore pleurer.
Quel soulagement.
A Edward, j'ai écrit une lettre que j'espère aussi subtile que lui l'a été lors de sa demande en mariage.
Je lui explique que les longs mois d'absences me font prendre conscience que nos fiançailles ont été précipité et que j'avais eu le temps d'examiner chacun de mes sentiments à l'aune de son absence.
(Je regrette qu'il n'y ait pas dans la maison de manuels expliquant comment rompre des fiançailles par lettres car j'ai passé deux heures à réécrire ma lettre.)
Je lui dis aussi qu'il me semble préférable de suspendre nos fiançailles. Mes sentiments ne semblant pas répondre aux siens.
(Peut-être que j'ai piqué une ou deux phrases dans un roman que j'ai lu récemment.)
J'avais le regret de lui annoncer cela dans une lettre parce que je ne savais malheureusement pas quand nous nous reverrions l'un en face dans l'autre. C'est, donc, avec tous mes regrets que j'avais choisi ce moyen mais il aurait été inélégant, de ma part, de continuer une correspondance dans de telles condtitions.
Dans un prochain pli, je lui renverrai ses lettres et j'espérais qu'il fasse de même ou qu'il brûle mes lettres selon son choix.
J'espérais qu'il ne tiendrait pas rigueur de ma lettre et je lui souhaitais tout le meilleur dans sa vie future.
(Peut-être devrais-je écrire moi-même un manuel de rupture de fiançailles, il me semble que j'excelle dans ce domaine.)
Voici, mon cher journal, comment se termine cette romance entre Mr Lucas et moi.
