Mon cher journal, comme un (mauvais) clin d'œil du destin, une lettre de Mr Lucas est arrivé cet après-midi alors même que je revenais de poster la mienne.
Ne voulant pas pleurer, ne voulant plus rien savoir de Mr Lucas, j'ai pris la lettre et l'ai donnée à Kitty.
Encore une fois, elle m'a serré dans ses bras et m'a promis de la garder sceller dans sa chambre.
Ensuite, je suis allée dans ma chambre, ai pris toutes les lettres de Mr Lucas (certaines se déchirent tant je les ai ouvertes et fermées auparavant) et les ai mis sous plis. Dans trois jours, je les enverrai.
Je ne veux pas prendre le risque qu'elles arrivent avant la lettre que je viens d'envoyer.
Je te mentirai, mon cher journal, si je te disais que je n'ai pas pleuré à de multiples reprises aujourd'hui.
Toujours seule dans ma chambre.
Je dois te laisser, mon cher journal. Papa m'a demandé de venir lui parler quand je m'en sentirai le courage et je pense qu'il est temps que j'y aille.
Mon cher journal, je t'écris après la discussion dans la bibliothèque de Papa. Cela sera peut-être fouillis mais je ne veux pas oublier cette conversation.
Tout d'abord, Papa m'a dit qu'il avait été surpris d'apprendre la fin de mes fiançailles et m'a demandé si je voulais en parler. Sentant les larmes monter, je n'ai pu que faire un non de la tête.
Alors, papa a parlé.
Papa, n'a pas l'habitude de monologuer, et je sais que c'était aussi difficile pour lui de parler que pour moi de l'entendre.
Il m'a parlé de Lydia.
Il m'a raconté à quel point il avait été soulagé lorsque Lydia s'était finalement mariée. C'est un sujet dont nous ne parlons jamais pour des raisons évidentes. Il m'a dit que pourtant, même maintenant, il regrettait au plus profond de son être ce mariage. Parce que même quand il faisait tout pour les retrouver, même quand il souhaitait que Lydia fut marié, jamais il n'avait imaginé que Lydia puisse être heureuse avec un homme comme Wickham.
Parfois, il se demandait s'il avait vraiment bien agi. Bien sûr, après la fuite de Lydia, le mariage était la seule chose à faire mais, en tant que père, voir sa fille mariée avec un tel homme, était une déchirure.
Je t'avoue, mon cher journal, n'avoir jamais vu les choses sous cet angle. J'ai toujours pensé que Lydia serait heureuse avec Wickham. Elle l'aimait. Cela devait être suffisant.
C'est ce que j'ai répondu à Papa.
"L'amour", m'a t-il dit, est une chose curieuse.
L'amour ne suffit pas au bonheur. Il s'effrite avec le temps et alors reste des choses telles que l'amitié, la complicité et la tendresse.
Si il n'y a pas tout ça, dès le départ, je pense, a t-il continué, que le mariage est voué à l'échec.
J'ai, alors, compris qu'il parlait de moi.
Il a poursuivi en me disant qu'il n'avait jamais su quoi penser de Mr Lucas. Son empressement au mariage lui avait paru suspect dès le départ.
Mais, il ne connaissait pas assez bien mon ex-fiancé pour savoir si il avait un mauvais esprit ou non.
Peut-être Mr Lucas sincère.
Peut-être pas.
Comment le savoir ?
En tout cas, il pensait que j'aurais fait un mariage bien imprudent en me contentant de promesses et de lettres.
Papa a ajouté qu'il pensait attendre le retour de Mr Lucas pour se faire une meilleure opinion de lui et qu'il ne m'aurait pas laissé me marier avec lui s' il avait eu le moindre doute.
Lydia avait été une bonne leçon pour lui. Papa désirait, pour moi, un mariage heureux.
Mon mariage était, donc, en sursis dès le départ.
Papa me surveillait de loin et c'est quelque chose d'étrangement réconfortant.
Malgré cette conversation avec Papa, je reste seule avec ma crainte, la seule dont Papa n'a pas parlé : qui voudra m'épouser, moi, la seule laide des filles Bennet ?
