Ce matin, ma Tante Philipps est venue.
Moi, qui ne voulais plus penser à tout cela, j'ai été plus que servi.
Car, figure-toi, mon cher journal que ma Tante Philipps est venue à la demande de Maman. Maman voulait lui annoncer la rupture de nos fiançailles (j'en suis bien aise car je ne voulais pas lui annoncer moi-même).
Maman n'a évidemment pas pensé que la famille Lucas ne connaissait pas encore la nouvelle et que ma Tante allait répandre la nouvelle comme une trainée de poudre. Je n'oserai plus sortir de la maison à présent.
Je ne veux pas croiser un seul Lucas (pourvu que Mrs Lucas n'ait pas l'audace de venir ici, je n'ose imaginer ce qu'elle va raconter). Sera t-elle en colère contre moi ou sera t-elle soulagée ?
Je ne veux plus y penser mais encore une fois les pensées tournent dans ma tête malgré moi.
Comme une mauvaise qui reste dans la tête, j'imagine tout le monde parlait de mes fiançailles et dire la même chose que ma Tante.
Mais, je ne t'ai pas encore raconté la visite de ma Tante, mon cher journal.
Je l'ai vu arrivée, tel un oiseau de mauvais augure, de la fenêtre. Je n'étais pas encore habillée et comme je n'avais pas envie de lui annoncer une telle nouvelle, je suis restée dans ma chambre demandant à Grace de prendre son temps pour me coiffer.
Je n'étais pas pressée.
Maman était déjà en bas. Kitty aussi. Et, ma Tante ne pouvait, donc, pas prendre ombrage de mon absence.
Lorsque je suis, enfin, descendue, j'ai entendu ma Tante.
"Es-tu sûre, ma chère sœur, que Mary t'a dit toute la vérité ? Je ne l'imagine pas une seule seconde refuser un mariage."
Le choc de la phrase m'a laissé pétrifié, c'est pourquoi je ne suis pas entrée et j'ai entendu, presque malgré moi, la suite de la conversation. Maman a expliqué la situation, dans les moindres détails, à ma Tante.
Elle lui a expliqué les raisons qui me poussaient à rompre mes engagements. Enfin, ma Tante a retrouvé l'usage de la parole.
"Vois-tu", disait ma Tante, "j'ai trouvé que, dès le départ, c'était une erreur de ta part de ne pas accepter l'offre de Mr Lucas. Certes, il n'a pas une bonne situation. Certes, il n'est pas riche. Certes, ton cher époux a des doutes sur sa volonté d'épouser Mary mais Mary recevra t-elle une autre offre de mariage ?
Je ne le dis pas de gaieté de coeur mais Mary a toutes les chances de devenir vieille fille, il faut lui faire retrouver la raison. Qu'elle accepte d'épouser Mr Lucas. Elle ne trouvera peut-être pas le bonheur mais elle aura une place dans la société."
Je n'ai pas pu entendre la suite. J'entendais des bruits de pas et j'ai préféré remonter dans ma chambre. Je ne pouvais affronter leurs regards.
Je ne peux plus affronter le regard de quiconque, mon cher journal. Je suis épuisée de tout cela.
J'ai fait dire, par Grace, que j'étais malade et personne n'osera remettre ma maladie en question.
Je reste sur mon lit contemplant le plafond ou t'écrivant. Je ne souhaite voir personne.
