Note de l'auteur :Bonjour à tous ! L'hiver a été inspirant comme vous pouvez le constater, l'inspiration a été au rendez-vous ! Je vous remercie tous pour vos adorables commentaireset je suis heureuse de savoir que vous voulez toujours suivre cette histoire. Bonne lecture !


-RESERVE DE LA MONTAGNE BLANCHE-

Gérant: Ivan Desclare (dragon bronze Norlith)
Intendante des Cavernes Inférieures : Gwendolyn Steenwich

Chef des Candidats : Adrian Montemps (dragon brun Goleth)
Maitresse des Aspirants : Amber Stevens (dragon vert Legith) –compagne de Rebecca -

Aspirants : Valentine Lassauge (dragon vert Dinth - lézard de feu or Delilah)
Harry Potter (reine dragon or Talath- lézard de feu brun Moineau)

Chevaliers: Charlie Weasley (dragon bronze Derianth- lézard de feu vert Jade) –Second de la 4eme Escadrile-
River (dragon bronze Carenath, lézard de feu bronze) -4eme escadrille-
Cyan (dragon bronze) -4eme escadrille-
Damian (dragon brun Emlith) – 4eme Escadrille-
Reyn Li (dragon brun Gendrath) -4eme Escadrille-
James O'Connel (dragon bronze Regileth) – Capitaine de la 1ere escadrille-
Ronan Watteau (dragon bronze Kyreth)- 1ere Escadrille-
Edmund Deiricht (dragon bronze Arenth)
Rebecca (dragon bleu Farlith) –compagne de Amber Stevens- - Maitresse des Armes-
Mortimer Cadwell (dragon vert Hellth) – Apprenti Guérisseur -

Candidats : Dennis Crivey

-CHATEAU DE NURMENGARD-

Severus Rogue (lézard de feu vert Absinthe) –époux de Sirius Rogue-
Sirius Rogue –époux de Severus Rogue-

-ORDRE DU PHENIX-

Albus Dumbledore
Remus Lupin
Maugrey Fol-Œil
Nymphadora Tonks
Arthur et Molly Weasley
Bill Weasley

-CHATEAU DE POUDLARD-

George Weasley
Frederick Weasley –petit ami de Hermione Granger-
Ronald Weasley (lézard de feu bleu Thot)
Hermione Granger –petite amie de Frederick Weasley-
Ginevra Weasley

-GARDE DES VERTS GALLOIS-

Capitaine: Austen (autrefois chevalier du dragon bleu Victorius décédé, tué par la Reine Talath)
Sous Capitaine : John Sewell (dragon bleu Romanus)
Sergent : Elizabeth Austen (dragon vert Athena)


Chapitre 46 : De la Guerre et de la Connaissance

Durant le mois de février, quelques petits groupes de chevaliers dragons étaient partis afin de rejoindre les réserves de l'Accord qui se trouvaient à distance respectables de la Grande Bretagne, afin de les informer sur ce qu'il s'était passé à la Matra et sur leur propre assaut envisagé sur le Ministère britannique.

A ce stade, personne ne s'attendait à ce qu'une autre Réserve vienne leur prêter main forte. C'était une mine politique sur laquelle les différents dirigeants allaient devoir s'entendre avant de sauter dessus, réduisant ainsi l'effet de surprise que Desclare affirmait essentiel.

Mais au moins, cela réduisait le risque qu'une ou plusieurs autres Réserves leur tombent dessus durant l'attaque.

Toutefois, les premières réponses vinrent sous forme de hibou et de lézard de feu au mois de mars. Elles indiquaient majoritairement la volonté de chaque Réserve d'aller enquêter sur les évènements de la Matra, et avec ces parchemins plutôt décevant, vint aussi un contingent de la Réserve voisine.

Harry était occupé à nettoyer Talath avec quelques candidats et enfants des Cavernes Inferieurs quand un grondement en trompette leur fit regarder en direction du ciel. Quelques minutes plus tard, cinq grands dragons très reconnaissables, escortés par deux de leurs longwings bruns, firent leur apparition et planèrent jusqu'à la grande corniche d'arrivée.

-Des cornelongues ! S'exclama avec enthousiasme Dennis en lâchant son balai brosse.

/Est-ce un moment pour visiter ?/ Gémit avec chagrin Talath alors qu'elle était encore toute recouverte de sable et donc pas aussi royale et étincelante qu'elle ne l'aurait souhaité.

-Finissons vite alors, ordonna Harry en ramenant sur leur tâche ses aides qui avaient du mal à ne pas fixer les nouveaux venus et leurs longues cornes torsadées.

Avec la motivation d'invités, ils terminèrent de frotter la peau de sa dragonne en un temps record, et celle-ci put se rincer dans le lac et en ressortir plus brillante que le soleil, à son grand plaisir. Elle se fixa ensuite sur l'une des corniches les plus en vue de la Réserve (en chassant au passage un bronze qui lui laissa galamment la place) pour s'assurer que ses visiteurs puissent ainsi la saluer comme il le fallait et l'admirer à leur aise.

Harry, lui, vérifia que tout le matériel de pansage était bien rangé à sa place avant de rejoindre ses appartements. Il se changea pour des vêtements propres et présentables, loin du simple survêtement qu'il portait pour les tâches potentiellement salissantes, aussi prestement qu'il le pouvait avec Moineau qui gazouillait avec excitation autour de lui.

/Ivan veut que vous veniez accueillir le chef de la réserve du Canyon Perdu./ Fit Norlith au bout d'un moment, lui faisant rouler des yeux car le maitre et le dragon étaient vraiment bien apparié quand il s'agissait d'être là pour donner des ordres.

-Oui, oui, je m'en doutais, fit-il au plafond en passant une main dans ses cheveux pour essayer de les arranger même si c'était toujours une peine perdue.

Encore une fois il allait être le dernier arrivé ! Tous les bons potins auraient déjà été racontés et il était certain que des choses devaient se dire à son sujet pendant son absence…

Heureusement, ses appartements n'étaient qu'à quelques pas de la caverne principale qui donnait sur la grande corniche d'où arrivaient et partaient les dragons. Il courut donc hors de ses pièces, faisant s'illuminer les différents cristaux de lumières à son passage, le couloir sinuant jusqu'à une grande ouverture où il calma son pas et se donna une contenance, sortant depuis une saillie en hauteur arrangée par magie et sculpture de la roche en balcon qui donnait sur le grand espace aménagé en zone de convivialité.

Ce fut là qu'il retrouva la délégation du Canyon Perdu et un certain nombre de chevaliers curieux qui faisaient semblant de se détendre dans les fauteuils et les banquettes présentes ici et là.

Son arrivée fut très rapidement remarquée lorsque les hommes se tournèrent dans sa direction.

-Jeune Seigneur Harry, le salua le Chef Cezar avec son accent chantant. Merci de nous recevoir à l'improviste.

Un sourire se dessina aussitôt sur les lèvres d'Harry qui descendit les marches de pierres pour les rejoindre :

-Sir Cezar, vous savez que vous et vos chevaliers peuvent venir à tout moment ici. Vous accueillez suffisamment des nôtres vous-même.

L'homme, construit comme beaucoup de chevaliers en muscles compacts avec une silhouette solide, son visage traversé par une large cicatrice qui avait évité de peu son œil, était le premier chef d'une autre Réserve que Harry avait rencontré. Il était présent le jour de l'Eclosion de Talath et se trouvait être l'un des rares à l'avoir félicité pour lui avoir donné l'Empreinte sans émettre la moindre grimace, riant même un peu au nez de Desclare.

Cela avait été une sympathique pause entre Fudge qui piaillait alors son indignation et Edmund qui l'évitait adroitement.

-Alors j'ai entendu dire que ta première visite diplomatique officielle a failli mal tourner pour toi, lança t'il l'air de rien.

-Nous avons eu beaucoup de chance… Et en grande partie grâce à Sir Aron, termina Harry avec un soupir.

La main du Chef Cezar se posa lourdement sur son épaule en réponse, compatissante :

-Je connaissais bien Aron, crois-moi, il a eu la fin qu'il a toujours souhaitée. Mourir dans la bataille en protégeant ce qui est important.

Harry répondit d'un hochement de la tête même s'il se sentait toujours déséquilibré entre la colère et la peine. Il laissa alors les deux représentants actuels de leur réserve à leur discussion, sachant qu'il ne serait pas exactement utile et rejoignit Gwendolyn pour l'aider à organiser la présence des cinq chevaliers en plus.

-Cela prend beaucoup plus de temps que je ne le pensais, affirma t'il finalement à l'Intendante alors qu'ils faisaient un point sur les réserves de nourritures et d'autres biens utilitaires, assez mises à mal par le séjour prolongé des Verts Gallois sans aucun remboursement ou remplacement effectué par le Ministère britannique en retour (un remboursement qui, au vu des évènements, ne risquerait pas d'arriver de bon cœur).

-Quoi donc ? Demanda la femme distraitement.

-Faire la guerre, répondit Harry. Je pensais qu'une fois décidé… Eh bien, on y allait. Mais ça fait plusieurs semaines maintenant et on ne fait que préparer et comploter. Je me suis déjà plaint de ça à Maitresse Stevens, tu sais ? Elle m'a dit que la guerre c'est comme un jeu d'échec, on doit bouger sa pièce décisive qu'une seule fois, et que si on se loupe, si on n'a pas préparé le terrain en avance en bougeant les autres pions, et bien on est fichu. C'est incroyablement frustrant !

-C'est juste. Chaque bataille est une manœuvre à un seul coup dans le grand ensemble d'une guerre. Il y a beaucoup de paramètres à prendre en compte et pas seulement la force et les qualifications des combattants. Le terrain, les conditions météorologiques, le potentiel de retraite ou de siège, les éventuelles forces de soutien de l'ennemi… As-tu déjà lu l'Art de la Guerre de Sun Tzu ?

-Non, mais ça me dit quelque chose. Ce n'est pas lui qui a dit quelque chose comme « connais-toi et connais ton ennemi » ?

-Quelque chose comme ça, s'amusa Gwendolyn en lui faisant signe de le suivre vers la petite grotte où l'on stockait les livres.

Il n'y avait pas grand-chose comparé à la bibliothèque de Poudlard, ou même à ses archives, et les livres étaient tous assez usés à force de passer entre les mains de différents chevaliers, mais c'était quand même agréable de pouvoir avoir accès à quelques livres qui ne parlaient pas forcement de dragon.

Gwendolyn trouva presque immédiatement un petit livre rouge qu'elle lui mit entre les mains. En l'ouvrant, Harry se rendit compte que c'était des listes de conseils.

-Habituellement, ce sont les chevaliers bronze qui l'étudient s'ils veulent devenir un jour chef d'escadrille, ou même chef de la Réserve, mais je pense que tu devrais le lire aussi. Tu comprendras peut être mieux alors ce que nous faisons en ce moment et l'importance du ravitaillement ou le cout d'une guerre, qu'il soit financier ou humain.

/Elle fait bien de nous donner cela. Desclare ne devrait pas être le seul à savoir faire la guerre./ Approuva Talath.

-Merci Gwen, fit de son côté Harry en coinçant le petit livre dans sa ceinture. Retournons au travail alors.

Cela lui donna à réfléchir juste avant le petit banquet qu'on donnait pour leurs invités, renonçant à rejoindre ses amis pour lire quelques pages du petit livre contre le museau de Talath qui en faisait de même.

Harry s'était attendu d'un livre sur la guerre qu'il soit un genre de manifeste extrêmement pompeux et verbeux, mais c'était étonnement simple et concret, quoique parfois retranscrit dans des termes poétiques. Cela abordait toutes les facettes du combat, dont certaines à laquelle il n'avait effectivement pas beaucoup réfléchi, du moral des troupes au comportement de son général.

Cela lui fit penser un peu à son propre caractère, ainsi qu'aux critiques que lui avait fait Desclare à son retour de mission et qui n'étaient pas tout à fait infondées. Harry réalisait cependant que du plus loin qu'il se souvenait, il avait surtout dû se battre seul. Il avait eu bien sûr Ron et Hermione pour l'épauler à un moment, mais il était tout seul lorsqu'il a dû affronter Quirell, et il était aussi seul dans la Chambre des Secrets avec Tom Jedusor et le Basilic.

Il y était habitué, d'une certaine façon, c'était pourquoi il ne réfléchissait pas trop à ce que les autres pouvaient penser et s'était accoutumé à les laisser dans son sillage en se disant que ça irait et qu'il trouverait un moyen de s'en sortir et de sauver tout le monde.

-On dirait que je ne sais pas vraiment jouer en équipe, Fit Harry d'un ton un peu ennuyé à Talath.

/Jouer en équipe signifie être égaux. Vous n'êtes pas égaux avec les autres. Vous êtes un leader, vous devez apprendre à agir en leader. Je suppose que ça signifie effectivement un peu plus de réflexion sur ce que veulent ou ont besoin vos subordonnés… Et… Un certain niveau de responsabilité vis-à-vis d'eux./

Harry pencha la tête en arrière pour se reposer contre le plat de son museau, fredonnant en accord.

Ils ne pouvaient pas se précipiter, malgré la colère qui les rongeait tous, parce que la guerre coutait cher, comme l'avait dit Gwendolyn, en vie humaine et dragons, bien sûr, mais aussi en argent, ce à quoi il n'avait pas du tout pensé, et il serait idiot de se lancer dans un combat qui pourrait laisser la Réserve dans une situation où elle ne pourrait plus nourrir ses habitants. Et comme la Garde des Vert Gallois s'était bien servie lorsque Ombrage avait été nommée Grande Responsable des Affaires du Ministère, ils étaient déjà dans une situation un peu compliquée.

Harry se demanda un instant si la fortune de sa famille pouvait venir à leur aide, puis il se rappela des montants sur le livre des comptes et se mit à ricaner un peu de sa naïveté. Tout son argent ne suffirait pas à servir de budget à la Réserve, même pour un an. Les sommes étaient colossales et la guerre ne ferait que les augmenter. Il faudrait plus d'acier pour remplacer les armures abimées par les combats, plus de bétail pour la viande et le cuir, plus d'herbes médicinales et de potions…

Et plus de renseignements sur l'ennemi aussi…

Lorsqu'il rejoignit un Hall des Repas bien animé, il eut l'impression de le voir pour la première fois du point de vue de Desclare et de Gwendolyn en scrutant avec inquiétude la bière et le vin, ainsi que la nourriture dont se servaient copieusement les chevaliers. Il voyait l'argent que coutait la moindre de ces choses et se rappela avec horreur avoir grogné sur Gwendolyn sur l'inutilité des inventaires de leurs réserves et sur leurs chipotages.

Mais il savait désormais aussi que de telles dépenses étaient nécessaires : c'était pour le moral des troupes.

Il avait du mal cependant à ne pas se sentir comme un maitre de maison qui dépensait plus que son niveau de vie.

-Allez-vous bien Jeune seigneur Harry ? lui demanda Sir Cezar quand il s'installa à côté de lui avec un air un peu misérable.

-Oui, oui, je me fais juste un peu de soucis.

Il regarda l'homme lui verser du vin – son vin ! - et en rire un peu.

-Ma Dame se fait toujours aussi beaucoup de soucis ! Mais il y a un temps pour les soucis et un temps pour la fête ! Et il y a toujours une assez belle compagnie à la Montagne Blanche !

Il lui fit signe de regarder l'estrade où jouaient leurs musiciens à résidence et les quelques chevaliers qui battaient la cadence non loin en secouant leurs chopines. Harry se contenta de murmurer en accord en sirotant son vin, appréciant la chaleur qu'il mettait dans son ventre.

Au vu des derniers évènements, il était content de voir que ses chevaliers semblaient de plutôt bonnes humeurs et se mêlaient les uns avec les autres sans trop de disputes ou hostilités. Bien sûr, Ronan, comme à son habitude, faisait son ténébreux dans un coin, ayant du mal à se mêler aux chevaliers de l'escouade de O'Connell. Au contraire Edmund semblait à l'aise dans son équipe et Harry mâcha un élan de jalousie en voyant Damian s'agiter entre Charlie et Reyn, les faisant rire aux éclats d'une quelconque histoire.

Son regard croisa alors celui de Charlie et la façon dont les yeux du chevalier bronze semblèrent s'embraser de soif, de besoin, en le regardant lui donna l'impression d'avoir bu plus qu'un verre. Il retourna vivement son attention sur un autre coin de la pièce, les joues brulantes, se demandant comment il n'avait pas pu comprendre, avant, que Charlie nourrissait plus qu'une simple affection fraternelle pour lui.

*Je suis un idiot…* Se grommela t'il à lui-même, pas pour la première fois depuis qu'il était revenu, alors que plusieurs chevaliers commençaient à joindre leurs voix à une ballade celte célèbre.

Un cri d'indignation féminin connu lui fit regarder en direction de Valentine qui se tenait dans un coin avec plusieurs autres verts, dont Amber Stevens et Mortimer. Il se demanda un instant de quoi ils discutaient, mais ça ne semblait pas être particulièrement préoccupant vu que Mortimer arborait un rictus moqueur au coin des lèvres.

Un temps pour se soucier et un temps pour s'amuser ? C'était vrai, mais Harry voulait protéger ce qui était sa maison, et sa maison incluait toutes ces personnes, ceux qu'il aimait, ceux qui le gênaient et même ceux qu'il détestait.

-Vous ne vous joindrez pas à notre bataille contre le Ministère, affirma alors Harry à Sir Cezar.

Ce dernier fronça un peu des sourcils, des rides naissant sur son front et déformant sa cicatrice.

-Pas sans aval du Conseil… Non… Affirma-t-il. C'est trop important. Ce que vous allez faire risque de détruire l'équilibre des Accords de Défense Europe-Ouest. Même si je vous crois, et que je n'ai pas besoin de laisser un contingent à la Matra pour me voir révéler les mêmes conclusions que celles que vous avez déjà faites. J'en ai discuté avec Desclare et il comprend.

Harry jeta un regard au Gérant de l'autre côté de l'homme qui discutait avec Gwendolyn.

-Mais si vous pouviez nous aider d'une autre façon ? Une qui n'impliquerait pas l'envoi de troupe ou de parti pris flagrant ? Demanda Harry. Est-ce que vous le feriez ?

-Cela dépend de la nature de l'aide en question, lâcha Sir Cezar en le regardant désormais avec curiosité et surprise.

-Je ne sais pas si Desclare vous en a parlé, ou s'il a laissé de côté cette partie-là, mais nous avons besoin d'un soutien financier. La dime ne sera pas versée avant l'automne prochain et l'occupation que nous avons subie nous a laissé très juste. Si une Réserve acceptait de nous aider à reconstituer une partie de nos stocks de fonctionnement habituel, elle ne pourrait certainement pas être accusée de venir en soutien à une opération contre les Accords. Et si cette aide était un peu plus généreuse que nécessaire, personne n'en saurait rien, après tout, peu connaissent les couts réels de gestion d'une Réserve…

Harry garda un visage soigneusement neutre en versant un nouveau verre à son voisin, comme s'il ne discutait que de la pluie et du beau temps, mais lorsqu'il releva avec prudence les yeux vers Sir Cezar, il ne put probablement pas cacher tout à fait ce qu'il ressentait.

L'homme le fixait comme s'il ne l'avait jamais vu avant. Il était bien conscient qu'il ne l'avait côtoyé que dans des moments où Harry avait pris sur lui et avait montré autant que possible de l'obéissance envers Desclare. Mais cela était terminé depuis qu'Harry avait appris toute la portée de son rôle, du Vol à la Guerre qui se mènerait contre Voldemort et la Dame Blanche.

-C'est une chose dont je dois discuter avec la Dame de la réserve du Canyon Perdu, finit par dire Sir Cezar avant de retourner au contenu de son assiette.

Harry le surprit cependant à jeter des petits coups d'œil dans sa direction à plusieurs reprises, étonné, prudent et peut être même légèrement ébloui.

Si cela pouvait porter des fruits, Harry serait pleinement satisfait de leur visite, mais rien n'était encore gagné.

-D-

Les questions d'approvisionnement mises à part, c'était le manque de renseignements qui rendait Desclare frileux à se rendre sur le champ de bataille. Si la question de la réaction et de la riposte du Ministère britannique n'était pas vraiment une inconnue, il y avait un élément perturbateur et imprévisible dans la mise au point de leur tactique :

-Le sorcier noir Voldemort serait donc derrière tout cela ?

La voix de Desclare rebondit un instant dans la salle du conseil, s'attirant des murmures de la part des Chevaliers et Maitres présents.

-C'est la seule possibilité qui ait du sens, appuya Harry. Cela ne peut pas être une coïncidence que le plan de tenir en otage la Matra vienne de Lucius Malefoy et nous savons tous que le Ministre Fudge n'a jamais eu de colonne vertébrale et qu'il a toujours suivi les « Conseils » des puissants qui l'entouraient, que ce soit le Directeur de Poudlard ou la figure de proue des Sangs Purs.

-Essaie-t-il de rejouer le scénario de Gellert Grindelwald ? Demanda le Maître Tapissier en fronçant les sourcils.

-En tout cas il est plus ambitieux que lors de sa première montée de pouvoir, intervint Charlie. Alors il s'était contenté d'imposer son régime de terreur sur la Grande Bretagne uniquement. D'après ce que nous a appris l'Aspirant Harry, il a tissé une plus grande toile cette fois-ci.

-C'est un problème, continua Desclare, car si nous savons où se trouve le Ministère de la Magie britannique, et quels pourraient être les objectifs politique et les moyens du Ministre Fudge, nous ignorons tout de ceux de Voldemort. Nous ne savons pas ce qu'il veut, nous ne savons pas quelle est sa puissance de feu, bien qu'il semble posséder un allié capable de décimer une Réserve en une poignée d'heure et nous ne savons pas depuis où il opère.

-Nous connaissons néanmoins certains de ses alliés, fit le Capitaine Lucian. Il y a tous ces évadés d'Azkaban, mais aussi ce Lucius Malefoy. Chacun d'entre eux est susceptible de nous mener à son Maître. Si nous faisons tomber Fudge, Malefoy perdra l'appui du gouvernement et nous pourrons faire pression sur l'objet de sa puissance.

-Donc… Le plan est de faire tomber Fudge, puis de fondre sur ce Malefoy pour le faire parler ? Demanda O'Connel en se frottant le menton.

-Weasley, vous connaissez mieux les familles anglaises que nous, qu'avez-vous à en dire ?

-Je suis gêné, avoua Charlie en se frottant la nuque. Mon père et Lucius Malefoy sont en mésententes sur des questions idéologiques et nos deux familles se haïssent…

-Toute cette histoire avec Lucius Malefoy est très étrange, le coupa Harry en fixant la carte du Monde sur la table.

Quelque chose ne collait pas dans son esprit. Il était beaucoup trop simple et réducteur de frapper sur Lucius Malefoy comme le pantin sang pur diabolique de Voldemort.

-C'est pourtant toi qui a insisté… Commença Desclare avant qu'Harry ne reprenne la parole.

-Lucius Malefoy ETAIT un ancien mangemort, il porte la marque. Ça c'est sûr, une personne bien informée me l'a confirmé. Mais… Il y a une autre personne que je connais : c'est son fils, Drago Malefoy, et ce dernier a disparu depuis maintenant presque deux ans sans que personne n'en dise un mot… Sans que son père ne le recherche. Son fils UNIQUE. Il y a quelque chose là-dessous, mais je n'arrive pas à savoir quoi, d'autant plus qu'il y a quelque chose chez Lucius qui a changé entre le moment où je l'ai vu avant de devenir Candidat et la fois où je l'ai revu au Tournoi des Trois Sorciers.

Bon sang c'était frustrant… D'après la réaction de Moineau, ce n'était pas quelqu'un d'autre sous polynectar.

-… Peut-être qu'il était sous le sortilège d'imperium ? Continua-t-il en haussant les épaules d'un air vaincu. Je ne sais pas, mais il y a quelque chose qui cloche chez lui. Il faut être prudent.

Son regard tomba sur Charlie qui le fixait avec force, comme s'il voyait quelque chose qui ne lui plaisait pas, mais Harry n'était pas prêt à pointer du doigt sur une cible et les laisser se jeter tous dessus sans être certain que c'était amplement mérité. Oui, Lucius était définitivement suspect, mais ils ne savaient pas à quel point et il ne participerait pas à la vendetta de famille personnelle des Weasley.

Il sortit machinalement la baguette qu'il portait maintenant dans un étui à son bras et se mit à jouer avec. La baguette de Drago.

Son ancien rival possédait probablement les réponses à la plupart de ses questions.

Mais la plus grande d'entre toute était effectivement : Qu'est-ce que voulait Voldemort ?

-D-

C'était la question qu'il se posait encore le soir même, dans ses appartements, affalé sur son lit à observer le plafond étoilé tandis que Moineau rodait le long des poutres. Une lettre inachevée depuis plusieurs jours trainait sur un coin du lit, celle qu'il tentait d'écrire à Sirius et Rogue pour leur parler de leur future attaque sur le Ministère.

Il aimerait tant en ce moment pouvoir revenir au Château de Nurmengard pour se poser dans la cuisine et écouter les conseils des deux hommes. La voix un peu rauque de Sirius, rassurante avec un brin de moquerie et de sourire ironique au coin des lèvres, et celle feutrée au ton mélodique de Severus comme du poison recouvert d'un voile de velours.

Il semblait à Harry qu'aucune des personnes assistant à leurs conseils de guerre ne pouvaient comprendre aussi bien que lui, et que ces deux hommes, ce que signifiait Voldemort. Pas même Charlie, emmêlés dans les liens d'une vieille rancune familiale.

Harry l'avait déjà affronté deux fois en personne, trois fois si l'on comptait la fois où il était un bébé, et il n'avait pas pour autant l'impression d'avoir compris pourquoi le sorcier le hantait comme un esprit vengeur ou même quel pouvait être son plan de bataille dans ce qui semblait être son ambition de conquête du monde sorcier et la poursuite des idéaux de Salazar Serpentard en tant qu'héritier.

Il y avait entre eux deux quelque chose que personne d'autre dans cette guerre n'avait.

Un lien.

Il était pratiquement palpable, et Harry posa inconsciemment ses doigts sur la cicatrice de son front. Un lien physique, magique, d'esprit ? Il ne savait pas ce que c'était.

En revanche il savait qu'il avait pu voir les actions de Voldemort durant le moment où son lien avec Talath avait été fragilisé par la Dame Blanche.

Il pensa à sa dragonne qui dormait tranquillement dans sa caverne et qui lui procurait une protection confortable contre ce lien direct entre eux…

Et alors il se souvint d'une chose qu'avait dite la Reine Myrtha pendant son délire dû aux drogues, quelque chose qui s'était bien imprimé en lui avec une sensation de terreur…

Voir et Etre vu.

-Si tu veux avancer… Murmura-t-il en répétant les mots de la vélane. Tu devras accepter de voir et d'être vu.

Il savait ce que ça voulait dire. Il allait devoir renoncer à la protection de Talath et replonger dans les visions de Voldemort. Et peut-être que cette fois-ci, malheureusement, Voldemort pourrait aussi le remarquer. Non. C'était certain, Voldemort saurait. Il en avait le pressentiment.

Moineau réapparut aussitôt à ses côtés en sentant son désarroi et roucoula doucement en frottant sa tête contre sa joue. Il se replia contre lui pour un peu de réconfort et tira sa couverture sur lui pour une nuit aux rêves certainement agités.

-D-

De façon pas très étonnante, Talath n'aimait pas du tout le nouveau plan.

-Tu sais que c'est la seule façon d'obtenir des informations… Et tu as entendu Desclare, nous avons besoin d'informations.

/Nos espions n'ont qu'à faire un meilleur travail !/ Répliqua Talath en faisant les cents pas sur sa corniche. / Vous n'êtes pas un espion vous, vous êtes le Seigneur de la Réserve ! /

-Je ne suis qu'Aspirant…

Il s'obligeait à le répéter même si lui-même se disait que ça n'avait plus beaucoup d'importance. De la plus haute caverne aux plus distant champs et pâturages plongés actuellement dans une brume matinale, tous le traitaient comme le seigneur des lieux. Il ne comptait plus le nombre de personnes affairées qu'il avait vu passer devant l'entrée de leur caverne depuis qu'il s'y trouvait avec sa dragonne et qui s'étaient inclinés pour les saluer.

/Toujours pas un espion !/

-Est-ce que nous devons demander à Desclare de trancher entre nous deux ? Demanda-t-il en la taquinant alors qu'elle repassait devant lui le dos rond comme un lion agacé.

/Ils n'ont qu'à suivre le Mangemort pale et trouver comment il communique avec son maitre !/

-Tu sais que c'est ce qu'ils font et que ça ne donne rien. Lucius ne fait que des allers retours entre le Ministère et son Manoir.

/ Dans ce cas qu'ils l'attrapent et le torturent ! Je sais que vous n'aimez pas l'idée de retourner dans la tête de ce Monstre, pourquoi insistez-vous donc pour le faire ?/

-Parce que, ma toute beauté dorée, je dois participer à l'effort de guerre comme tout un chacun et c'est quelque chose que je peux faire ! De plus, la disparition soudaine de Lucius attirerait l'attention du Ministère.

Elle grogna pour elle-même qu'ils pourraient aussi tout aussi bien bruler tout Londres et comme ça, ça réglerait leur problème, mais elle savait que ce n'était pas une solution. C'était juste elle qui boudait et ronchonnait. Soudain il sentit de sa part une certaine tournure de pensée qui n'était pas sans lui rappeler la façon dont il se sentait quand il allait se lancer dans quelque chose de sournois.

/Très bien, mais vous devez en parler d'abord au Gérant et au Mauvais Professeur !/ Annonça t'elle.

Harry plaisantait tout à l'heure quand il avait affirmé vouloir faire intervenir Desclare. Il n'avait pas eu vraiment l'intention de dire à qui que ce soit qu'il tentait quelque chose de son côté. Il s'agissait après tout juste de demander à Talath d'écarter son filtre de protection durant ses temps de sommeil… S'il se passait quelque chose alors ou s'il ne se passait rien, Harry serait le seul à décider quoi en faire.

Au pire, il avait pendant un instant songé à mettre dans la confidence Mortimer, mais il s'était alors rappelé que c'était en faisant intervenir l'autre homme, l'obligeant à garder ses secrets, qu'il avait fait éclater son couple avec Reyn…

Il se souvenait encore de l'expression blessé du chevalier brun lorsque Harry l'avait exclu, lui et les autres chevaliers de son escorte, de sa route à l'intérieur de la grotte des Vélanes.

/ N'avez-vous pas décidé d'arrêter de tenir les autres à l'écart de vos plans ?/ Appuya Talath avec malice en se retournant d'un geste élégant et recherché. / Etre un bon général ?/

-Je déteste lorsque tu es plus intelligente que moi, grogna Harry sans venin avant de gémir : Ca va impliquer TELLEMENT de discussions. Et je ne vois pas POURQUOI je dois en parler aussi à Rogue !

/Vous mentez, vous savez parfaitement pourquoi le Mauvais Professeur doit être informé./

-Je n'arrive même pas à écrire ma lettre à Sirius, alors écrire à Rogue ?!

/Faites d'une pierre, deux coups. Ces deux-là sont accouplés, non ? Si vous en mettez un au courant, l'autre le sera aussi./

C'était vrai, mais ce ne serait pas la même chose et curieusement, Harry éprouvait désormais plus de réticence à décevoir Rogue que Sirius. Peut-être parce qu'il savait qu'il serait toujours jugé plus durement par lui ? Ou parce qu'il était l'ami d'enfance de sa mère ?

Quelle ridicule situation l'avait mis Sirius avec son choix de compagnon !

Mais quels autres adultes de confiance Harry avait-il ? S'il ne voulait pas impliquer Mortimer et Reyn, il n'y avait plus que Charlie… Et les choses étaient trop bizarres en ce moment entre eux pour qu'il fasse tomber ça sur ses épaules. En plus ce dernier avait été envoyé avec Damian à la Réserve des Hébrides afin de calmer autant que possible les chevaliers des Regal Copper, les plus dangereux protecteurs de la Grande Bretagne.

Mais le chevalier bronze lui manquait. Avant il avait toujours pu compter sur lui et se dire que s'il avait un problème, il pouvait aller le voir et que les choses iraient mieux, rien qu'en étant avec lui.

Se sentant démoralisé par sa situation avec le rouquin, il s'avança machinalement vers sa Moitié qui captant son désarroi, tendit sa tête vers lui pour qu'il puisse l'attraper et se serrer à son museau.

/Tout ira bien Harry. Je ne vous laisserais jamais tomber et personne ne vous aimera jamais autant que je vous aime./

-Je sais Talath… Je t'aime moi-même plus que ma vie.

Il posa la joue contre le cuir doré et chaud de son arrête frontale, sentant la pulsation forte de son corps alors qu'il se résignait en son for intérieur à commencer une nouvelle lettre pour Rogue.

Il imaginait déjà la tête que ferait son ancien professeur quand il lui parlerait de prophétie vélane. L'homme ne serait certainement pas d'accord avec le fait qu'Harry commence à jouer avec son lien avec Voldemort et invite le criminel dans ses pensées. Il allait encore le traiter de gamin idiot.

Mais Harry voulait le tenter. Si ça lui permettait de pouvoir sauver au moins une personne, comme il l'avait fait pour Arthur Weasley, il pensait que ça en valait le coup.

Cette lettre fut plus simple à écrire au final, avec Rogue, il n'avait pas besoin de parler de sentiments. Il la confia à Moineau pour son caractère urgent, s'attirant une œillade indignée de Hedwige qu'il caressa en excuse, la laissant lui pincer le doigt avant de lui confier sa correspondance à Ron et Hermione, elle totalement dépourvue de tout ce qui concernait la guerre, mais pas moins importante à ses yeux.

Avec eux deux, il pouvait juste parler des gens qu'il appréciait et de ses ressentis, et en échange ses deux amis de Poudlard lui donnaient des nouvelles de ses anciens camarades sorciers. Recevoir leurs lettres était un moment de paix bienvenue dans sa routine. Il riait à leurs anecdotes de Poudlard et pouvait presque imaginer la chaleur de la cheminée de la cabane d'Hagrid sur sa peau, ou l'odeur de la salle commune de Gryffondor et le tissu usé de ses fauteuils confortables sous ses doigts.

Leur vie était simple pour l'instant et Harry souhaitait qu'elle le reste tant que c'était possible : Hermione et Fred passant tout leur temps possible ensemble, conscients que c'était leur dernière année commune, George étant un peu jaloux mais se tenant bien, Ron surpris que Fleur demande de ses nouvelles et se concentrant sur son poste dans l'équipe de quidditch…

Loin d'Harry ils pouvaient avoir cela, mais il suffirait qu'il s'approche pour que les ennuis arrivent, pour qu'ils se sentent concernés… Il n'avait aucun doute que s'ils savaient que la Réserve de la Montagne Blanche s'apprêtait à entrer en guerre contre leur propre peuple, ils essaieraient de tout arranger. L'ordre… Dumbledore… Ses amis… Ils ne pouvaient pas comprendre ce que lui et ses chevaliers avaient ressenti à la Matra.

Ils ne le pourraient jamais.

Sirius et Rogue non plus, mais ils seraient quand même de son côté, ça il le savait.

Harry n'eut cependant pas l'occasion de pouvoir parler à Desclare ce jour-là ce dernier s'était souvenu qu'il lui devait une punition, et le soi-disant seigneur de la Réserve passa le reste de la journée à brasser du baume soignant avec les Candidats.

Valentine s'était violemment esclaffée de son expression dépitée et sa grimace marquée face à la terrible odeur qu'il savait s'infiltrer sur lui pendant plusieurs jours, faisant que tout le monde s'enfuirait loin à son approche. Elle avait cependant rapidement déchanté lorsque Amber Stevens lui avait rappelé qu'elle même était toujours une Aspirante et avait fait tomber sur elle une montagne de pièces de cuir à huiler et réparer.

Il aurait cependant échangé avec elle sans aucun problème. Il détestait toujours autant les potions et son amour propre en prit un coup en voyant tout le monde plisser le nez avec dégout quand il entrait dans une pièce.

Cela lui permit cependant d'être seul quand Absinthe, la lézard de feu verte de Rogue, apparut avec une lettre qui commençait très à propos par :

« Stupide Garçon !»

Harry poussa un soupir et alla rejoindre Talath avant d'en lire plus. Heureusement elle était revenue des Grandes Thermes, parce qu'il n'était pas certain qu'il y aurait été bien accueilli avec son odeur actuelle.

Les dragons avaient un sens de l'odorat très différents et ils n'étaient pas particulièrement gêné par lui, faisant d'eux les seuls compagnons acceptable en ce moment (en dehors des Candidats qui puaient aussi comme lui, mais Harry les voyaient déjà assez durant la préparation des potions).

-La réponse de Rogue est arrivée, lui annonça t'il en secouant la lettre, Absinthe accrochée à son épaule et roucoulant de fierté.

Talath se coucha dans son creux pour que Harry puisse s'asseoir contre elle et lire ensemble.

De façon peu étonnante, Harry pouvait sentir le profond scepticisme du sorcier concernant ce qu'il appelait les « divagations d'un fantôme » (et « seul vous pourriez penser qu'il s'agirait d'une chose à expérimenter ») , suivi d'un faux soucis sur sa santé mentale face à son idée d'ouvrir son esprit à un Seigneur des Ténèbres et de ne pas retenir des leçons passées (la Dame Blanche…), mais derrière tout ça, il y avait une réelle panique qui s'échappait de l'écriture étroite et pointue de l'homme quant à la perspective d'une attaque de dragon sur Londres.

Les guerres de dragons avaient été de véritables traumatismes pour les créatures magiques qui avaient eu le malheur de se trouver sur le chemin. La période Grindelwald avait particulièrement marqué les esprits avec des morts se comptant par millions et des dégâts matériels tels qu'il avait fallu plusieurs décennies pour qu'on considère les réparations terminées.

C'était pourquoi les dragons étaient une force de dissuasion dont les Etats s'efforçaient de ne jamais avoir besoin. Pareille à l'arme atomique pour les moldus, le premier qui lancerait la bombe serait responsable de l'envoi de toutes les autres.

Mais Harry ne considérait pas que la Montagne Blanche était celle ayant appuyé sur le bouton. C'était les responsables du massacre de la Matra qui l'avait fait, autrement dit le Ministère de la Magie et les forces de Voldemort. Quoi que pourraient en penser les sorciers, il n'y avait plus moyen de revenir en arrière.

Ou peut être qu'une Dame de la Réserve douce et angélique aurait pu le faire, mais Harry n'était pas cette personne et si tout ça était destiné à se produire, alors il allait agir selon sa conscience.

Rogue concluait cependant ainsi : « Malgré toute la dangerosité de ce dans quoi vous désirez vous fourrer, si découvrir les desseins du Seigneur des Ténèbres pouvaient vous permettre d'arrêter cette guerre ou de laisser l'Ordre du Phénix agir en votre nom, alors je vous conjure de vous y prêter, avec cependant la plus grande prudence. N'oubliez pas votre expérience avec la Dame Blanche, l'esprit peut être trompeur. Restez sur vos gardes et tenez-moi au courant de tout ce que vous découvrirez. Je vous laisse Absinthe à cette fin.

Et si vous n'êtes pas prudent pour moi, soyez le au moins pour Sirius. »

Sirius… L'argument choc. Harry roula le petit parchemin proprement et bascula la tête en arrière pour plonger ses yeux dans ceux de sa moitié :

-Satisfaite ? C'est pour ainsi dire un oui.

/Juste parce qu'il a peur./ Répliqua Talath, mais il sentait qu'une part d'elle était satisfaite de ce constat.

Les sorciers devraient avoir peur des dragons. A juste titre.

Mais Harry pensait qu'il y avait aussi toutes les raisons d'avoir peur de la guerre.

-D-

Il lui fallut cependant quelques jours de plus pour pouvoir en parler avec Desclare. Le temps que sa punition se termine, laissant le pauvre Dennis qui lui avait tenu tout ce temps compagnie à son triste brassage, et le temps que Valentine et Damian lui assurent qu'il ne sentait plus comme s'il avait plongé la tête la première dans un marécage nauséabond.

C'était une autre discussion compliquée. Jusqu'ici Harry avait tenu sous silence les parties les plus bizarres du fait d'être le Garçon qui a survécu, se limitant au fait que sa cicatrice réagissait quand il était proche de Voldemort. Il ne voulait pas particulièrement expliquer les étranges ressemblances entre lui et Tom Jedusor, ou justement le fait qu'il s'était mis à avoir des visions de lui.

/Legilimencie…/ Cracha Norlith comme si c'était un gros mot lorsque Harry eut fini d'expliquer ses séances de travail avec le professeur Rogue.

/Je sais… Je n'aime pas ça non plus./ Approuva Talath.

Toutefois, Harry put voir que Desclare prenait au sérieux sa proposition et y réfléchissait en tout bon chef de guerre. Assis derrière son bureau, il fixait une série de parchemin de compte rendu qui le laissait insatisfait. Ses sourcils se rencontrèrent au milieu de son front quand il en prit un et le regarda un instant avant de le rabattre sur la surface.

-Je VEUX savoir où veut en venir le Serpent Anglais avec le Ministre, MAIS je suis d'avantage inquiet à l'idée qu'il puisse apprendre ce que nous préparons à travers toi, grogna-t-il avec contrarié. Voir et être vu, pas vrai ?

-Je sais, mais j'ai réussi à avoir une bonne base d'occlumentie, je pourrais sentir sa présence et à défaut de pouvoir l'arrêter, Talath pourra couper la connexion.

-Ça semble très aléatoire…

-Nous n'avons pas de solution à 100% sûre, non ? Le professeur Rogue semble penser que je pourrais y arriver…

-Le professeur Rogue est terrifié, répliqua sèchement le Gérant avec une grimace pour la lettre que Harry lui avait fait lire. Et je ne connais pas cet homme, je n'ai aucune raison de lui faire confiance… Tu ne voudrais pas plutôt te concentrer sur les préparatifs de l'Investiture de Valentine ?

Il lui proposa cela de la façon dont il avait toujours l'air quand il aurait aimé vouloir le voir pratiquer les activités les plus féminines et inoffensives de son rôle de Dame de la Réserve, plutôt que de lui provoquer des nœuds au cerveau. Harry avait arrêté de rager dans ces moments-là car il savait mieux maintenant que rejeter bêtement ses attributions.

-Tout ce qui pouvait être prêt l'est, cracha t'il sans permettre à quiconque de le remettre en question. Nous attendons désormais que Rebecca termine les finitions de son arme et une date propice.

Il se retint de dire qu'il était désormais désœuvré, car Desclare serait capable de le remettre derrière un chaudron.

-Je peux donc me concentrer entièrement sur notre problème actuel, conclue-t-il à la place.

-Et Talath pense qu'elle pourra l'arrêter s'il essaie d'entrer dans ta tête ?

Talath n'avait pas d'hésitation, se sentant indignée d'être considérée comme plus faible psychiquement qu'un stupide cadavre monté sur un piédestal.

/C'est parce que je n'aime pas qu'il puisse être dans l'esprit d'Harry que je le jetterais comme le malpropre qu'il est dès qu'il essaiera de se rapprocher !/

-Elle a l'air plutôt catégorique, résuma Harry à Desclare qui entendait son dragon approuver de son côté.

-Bon très bien, j'autorise des essais. Mais à la moindre invasion incontrôlée ou au moindre doute que pourra avoir Talath, tu stoppes tout, je me suis bien fait comprendre Harry ?

-Parfaitement, approuva Harry.

-D-

Voldemort sortit toutefois de son esprit quand sortant du bureau de Desclare, il fut interpellé par Dinth et Delilah.

La petite reine lézard lui tourna vivement autour en couinant d'excitation tandis que la dragonne verte scandait son titre comme si elle avait oublié qu'il pouvait l'entendre et essayait d'établir un lien mental entre eux.

/Est-ce que tu veux bien cesser ça ?!/ Grogna Talath à sa sœur de couvée.

*Je t'entends Dinth, qu'il y a-t-il ?*

/Jeune seigneur ! Valentine veut que vous veniez avec nous !/

/Cette dinde et sa dame dragon sont sur la grande corniche./ Précisa Talath avec l'équivalent télépathique d'un roulement de yeux.

Harry se dirigea donc dans cette direction avec curiosité, constatant une certaine excitation dans l'air. Il espérait que ce n'était pas un problème avec les Verts Gallois. L'autre faction de chevalier s'était heureusement tenue tranquille depuis la mort de Victorius.

Une fois à l'extérieur, il repéra sans trop de difficulté Dinth montée par Valentine et courut vers eux :

-Stevens ne vous avait pas envoyé en patrouille ?

-Eh bien justement ! Répondit Valentine avec un grand sourire radieux. Il faut que tu voies ça. Est-ce que Talath est harnachée ?

-Non, on n'avait pas d'entrainement aujourd'hui.

-OK, alors montes avec moi.

Harry fit la moue, puis s'empara des lanières de cuirs du harnais de la verte et s'en servit pour grimper derrière Valentine qui secouait la tête d'un air désespérée.

-Tu avais le temps d'enfiler ton baudrier…

-Pas quand tu ne me diras rien de cette histoire, grogna t'il en réponse en entourant sa taille de ses bras.

Elle n'insista pas, sachant pertinemment qu'il était capable de chevaucher Talath a cru sans sourciller. Et de juste, il ne trembla pas une seconde lorsque Dinth s'élança le long de la corniche et se jeta dans le vide pour remonter en chandelle et s'élever de quelques coups d'ailes suffisamment haut pour passer au-dessus des sommets de la Montagne Blanche.

Au-delà, les vallées et les hauteurs couvertes de forêts de conifères s'offrirent à eux, ainsi que certaines zones déboisées pour les diverses plantations de la Réserve. C'était encore leur territoire sur plusieurs kilomètres, couverts par une protection magique mise en place il y avait de cela des siècles.

Une ombre les enveloppa et Harry leva les yeux pour sourire à Talath qui volait au-dessus d'eux, toute aussi curieuse que lui.

Ils n'eurent cependant pas à aller loin car au-delà la hauteur suivante, Harry put apercevoir le long convoi qui cheminait le long du seul chemin menant à la Réserve.

Habituellement, un tel spectacle ne se produisait qu'une fois l'an, à l'automne, lorsqu'ils recevaient la dîme envoyée par les différents Etats membre des Accords.

Il y avait plusieurs chariots remplis de caisses en bois, d'autres de barils, au moins deux cents bœufs cheminant en troupeau, et un millier de moutons et chèvres les suivants, dix charrettes contenant chacunes trois énormes cochons et deux autres des cages de poulets et de canards. L'excitation ne tarda pas à contaminer Harry quand il réalisa que tout ça était pour eux et qu'il avait une solution pour le moment à leur problème de provisions.

Dinth plongea vers la tête de la cohorte où se tenaient trois hommes montés sur des chevaux probablement élevés dans une Réserve au vu du peu de réaction qu'ils eurent à son approche. Les yeux des cavaliers suivirent sa descente et son atterrissage précis devant eux, avant de s'arrêter à leurs tours, criant des ordres aux autres hommes derrières eux.

Harry et Valentine se laissèrent alors glisser sur les flancs de Dinth jusqu'à terre pour accueillir leurs invités.

-Je vous souhaite le bonjour, chevaliers, salua l'homme du milieu. Je suis le Compagnon Eleveur Prosper, je suis ici au nom de la Dame du Canyon Perdu. Et voici le Compagnon Guérisseur Faldorn et l'Apprenti Eleveur Carl. Vous…

Il se tu en un instant alors qu'il apercevait Talath qui les fixait depuis le ciel.

-Je suis heureux d'entendre que Dame Sylvina a entendu et répondu positivement à ma requête, intervint Harry en s'avançant. Je suis l'Aspirant Harry, seigneur de la reine dorée Talath et voici l'Aspirante Valentine, dame chevalier de Dinth.

-Nous retiendrons vos noms, répondit le Compagnon qui le fixait désormais avec attention.

-Vous n'êtes plus très loin de la Grande Porte, continua Valentine. Nous vous attendrons là-bas.

Harry hocha de la tête et suivit son amie avec la sensation d'être sur un nuage, un grand sourire refusant de quitter ses lèvres. Il avait tenté quelque chose avec Sir Cezar, mais il n'avait eu que peu d'espoir de voir aboutir sa demande qui n'avait rien de conventionnelle. Il y était même plutôt allé au culot. Et cela avait marché ! Il pouvait se sentir soulagé d'un poids, même si cette aide ne serait pas sans contrepartie.

Une fois arrivés à la Grande Porte qui perçait la façade extérieure de leur volcan jusqu'à sa caldeira, plusieurs autres chevaliers, le Maitre Eleveur, et des compagnons artisans et apprentis étaient déjà là prêt à réceptionner les provisions.

Ils interrogèrent avec excitation Harry et Valentine sur ce qu'ils avaient vu afin de confirmer les rumeurs qui étaient arrivées jusqu'à eux. Les pronostics mirent tout le monde en joie et sembla aussi soulager les compagnons et surtout le Maître Eleveur qui ne tenait plus en place à l'idée d'accueillir de nouveaux cheptels. Harry n'avait apparemment pas été le seul à se sentir tendu ces dernières semaines.

-Tout cela nous vous le devons Seigneur Harry, lui fit l'homme en posant une grande main sur une de ses épaules. Les Maitres ont entendu dire que cette demande était à votre initiative.

-Qui vous en a parlé ? Demanda Harry, surpris qu'autant de monde soit au courant.

Il en avait juste discuté avec Valentine et Damian…

Ah. Oui…

-Non laissez tomber. Je sais qui.

Damian et sa grande gueule… A tous les coups il avait bavassé dans les cuisines.

Le Maitre Eleveur répondit en éclatant de rire et lui donna une bourrade dans le dos.

-Peu importe ! Je sais désormais que je pourrais nourrir les dragons sans devoir sacrifier mes meilleurs reproducteurs !

Et comme le convoi arrivait, il se précipita en avant avec ses compagnons et ses apprentis pour saluer ses confrères du Canyon Perdu. Harry et Valentine restèrent dans les environs par curiosité et un peu d'oisiveté alors que les caisses étaient déchargées et ouvertes, l'inventaire des contenants passant de mains en mains selon les spécialités de chacun.

Mortimer fit son apparition à son tour en tant qu'Apprenti Guérisseur et s'appropria très rapidement les caisses contenant les herbes médicinales et les ingrédients de potion. Il y avait aussi tout un tas de peaux prêtes à être tannées qui ne sentaient vraiment pas bon, différents minerais qui partiraient pour la forge, des sacs de grains et de tubercules, des tonneaux de poissons salés et de bière. Harry fut satisfait de voir quelques caisses de bougies, de parchemins, de plumes d'écriture, de duvet qui servait entre autre à la doublure des blousons et de laine non filée.

En moins d'une heure, toute la Réserve ne parlait plus que de l'arrivée inespérée de ravitaillement et humains comme dragons trainaient autour des chargements que l'on déplaçait en vue du rangement. Gwendolyn avait fini par en avoir vent elle aussi et posa un baiser bruyant sur le front d'Harry avant de se mettre à gronder tout le monde pour organiser les choses comme elle l'entendait en tant qu'Intendante des Cavernes Inferieures.

Valentine donna un bref coup de coude dans les cotes d'Harry avec un sourire en coin et ce dernier fit la moue en réponse.

-Regardes, tu es leur héros à tous aujourd'hui !

-Je n'ai rien fait de particulier…

-Non, mais c'était une chose très « Seigneur de la Réserve ». Ce qui leur manquait tellement depuis la mort de Leslie. Tu as peut être tiré le plus court bâton le jour de l'éclosion avec tout ce qui t'es tombé dessus, mais tu peux être fier de toi.

Harry ne répondit rien, absorbant la joie autour de lui, mais au fond de lui, il savait qu'il pouvait faire bien plus. Cette petite voix qui avait la taille et la force de Talath lui disait que ce n'était que le début.

Il s'accorda cependant un répit jusqu'au moment où il devrait se coucher et mener un autre genre de miracle.

-D-

Il ne s'attendait pas à ce que cela fonctionne dès la première nuit, se mettant au lit assez serein et demandant à Talath de s'écarter légèrement de son esprit. Cela lui prit plusieurs essais pour arriver à revenir dans une position d'arrière-plan, comme lorsque leur lien était endommagé et Harry se sentit un peu mal à l'aise de ne plus être complétement connecté à elle. Comme si une part de lui essentielle lui avait été retirée.

Il savait que Talath devait ressentir la même chose.

Mais les fortes émotions de la journée, ainsi que la longue soirée de fête impromptue pour la délégation du Canyon Perdu l'avait vidé et il réussit finalement à s'endormir.

Il réalisa toutefois qu'il s'était trompé, car il était attendu…

La pièce semblait immense, à peine éclairée par les lueurs mouvantes de flammes claires à l'intérieur de milliers de petits globes de cristal rangés sur des étagères. Harry tourna sur lui-même, envahi par un sentiment de familiarité, comme s'il était déjà venu.

Puis il se souvint…

Des écailles glissant sur le sol. Le sang chaud d'Arthur Weasley dans sa bouche, en giclure sur les dalles lisses.

-Te revoilà enfin Harry ?

Il se tourna et alors se tenait un homme enveloppé dans une cape noire à capuche à quelques mètres de lui dans l'allée. Il n'avait pas besoin qu'on lui dise qui il était. Il le SAVAIT. Ses yeux s'écarquillèrent alors que des mains délicates, claires, vinrent tirer la capuche en arrière et que le visage de l'Ennemi se dévoila à lui.

C'était Tom Jedusor. Plus âgé de plusieurs décennies par rapport à la version qu'il avait rencontrée dans la Chambre des Secrets. Mortellement beau, des traits symétriques, nets, droits, une peau claire et intacte, des vagues de cheveux sombres soulignant ses tempes et des sourcils adroits surmontant des yeux aux iris rouges qui semblaient étinceler comme les facettes d'un rubis.

Un sourire soulevait légèrement la commissure de ses lèvres, froid, amer et tranchant.

C'était étrange comme Harry pouvait faire face à un Magyar à Pointes avec rien que de l'appréhension et de l'adrénaline, et se sentir glacé d'effroi par juste un homme.

*Oui, c'est JUSTE un homme…* S'efforça-t-il de penser.

Un homme comme le tranchant d'un sabre, comme l'acide qui ronge et comme la nécrose qui pourrie les chairs. Parfois un agent microscopique pouvait être bien plus dangereux que la plus immense des menaces.

-Tu n'es rien comme je l'attendais, continua Tom Jedusor en tournant légèrement pour le contourner et l'observer. Bien sûr il aurait fallu que je pense que tu aurais pu survivre pour m'interroger à quoi pourrait ressembler mon adversaire quand il aurait grandi…

-On dirait que vous m'attendiez, le coupa Harry avec un regard de défi.

Il avait espéré pouvoir espionner encore sans être découvert, mais apparemment sa présence avait été remarquée. Ce n'était pas grave, il pouvait improviser à partir de là tant que Voldemort gardait ses distances.

Un nouveau sourire méprisant.

-Et voilà les manières des chevaliers dragons, cracha Tom Jedusor. Quelle étrange race, frustre, sauvage, perdant tout sens des réalités dès qu'on en vient à s'attaquer à leurs reptiles… Et pourtant…

Harry l'avait gardé à l'œil, ne l'avait pas lâché un instant, et pourtant, tout d'un coup l'homme était devant lui et s'était emparé avec une poigne de fer du bas de son visage pour le lever vers le sien.

Il se figea instinctivement alors que ses yeux ne pouvaient plus se détacher des profondeurs grenat qui le détaillaient. Harry leva aussitôt ses défenses en imaginant sa mère protégeant son berceau. Il se sentait à bout de souffle comme s'il avait plongé dans un lac glacé. Les mains sur sa peau brûlaient comme le givre mais le souffle de l'homme sur ses propres lèvres était étrangement chaud.

-… Qu'as-tu de si extraordinaire pour que le destin te place face à Lord Voldemort ?

Sa poigne sur son menton se resserra avec violence et la douleur réveilla suffisamment Harry pour qu'il le repousse et s'écarte.

-C'est vous qui êtes venu à moi le jour où vous avez assassiné ma famille ! S'écria Harry en essayant de ne pas penser à la prophétie des vélanes ou au miroir d'obsidienne. Et vous êtes revenus encore et encore ! Je n'ai jamais demandé à me tenir contre vous !

Il se tint en mouvement pour éviter de se faire à nouveau avoir, mais c'était Voldemort qui était désormais immobile et qui le fixait avec circonspection.

- Non, décida-t-il. Il y a autre chose.

Il se détourna élégamment et lui fit signe :

-Viens, suis-moi.

Et il s'éloigna dans l'allée.

Harry hésita un instant, puis contre toute sa meilleure raison, il emboita prudemment le pas de son ennemi.

-N'es-tu pas curieux ? Demanda l'air de rien Voldemort. On t'a décrit plus volubile. Je pensais que tu aimerais savoir où nous nous trouvions.

-Je suis dans une phase contrariante, lança du tac au tac Harry en se demandant jusqu'où il pouvait aller avant que l'esprit de l'autre homme cherche à le déchirer.

-Ah, oui. L'adolescence j'ai entendu que cela pouvait avoir cet effet.

C'était accordé avec beaucoup de condescendance et un peu de dépit, laissant entendre que Lord Voldemort n'était pas du tout impressionné par lui. Harry haussa intérieurement les épaules, heureux tout de même que l'homme lui fasse dos.

-Ceci est la Salle des Prophéties, annonça alors ce dernier en levant les bras d'un air grandiloquent. Elle se trouve au plus profond du Ministère de la Magie, dans le Département des Mystères.

-Oh ! Lâcha Harry qui se rappelait avoir entendu Voldemort en parler avec ses mangemorts lors de l'une de ses visions avant de continuer : vous voulez venir ici. Ou vous voulez quelque chose d'ici… Une prophétie ? Pourquoi ? Les prophéties sont… (il fit la grimace) des nœuds au cerveau et beaucoup de temps perdu pour pas grand-chose…

-Habituellement, je serais plutôt d'accord avec cela, mais c'est une prophétie qui a fait de toi l'enfant qui m'a réduit à l'état d'une ombre pendant plus d'une décennie… Comprends que je suis plutôt désireux de savoir pourquoi.

-De quelle prophétie parlez-vous ?

-Je pensais que Dumbledore t'en aurait peut-être parlé. Il ne te fait pas aussi confiance que je le pensais… Insinua insidieusement Voldemort avec un rictus narquois.

-C'est moi qui n'ait pas confiance en lui, répliqua Harry alors que l'autre homme se détournait et continuait sa route.

-Quelle curieuse créature tu es, Harry Potter… Voyons voir…. (Il entra dans une travée et passa ses longs doigts le long des globes en cristal) Quelques temps avant ta naissance, une voyante a fait une prophétie à Dumbledore. Cette prophétie prédisait qu'un enfant naitrait à la mort du 7eme mois, de parents m'ayant plusieurs fois défiés, et qu'il aurait le pouvoir de me défaire…

Harry resta silencieux depuis l'entrée de la travée d'où il observait l'homme. Il était surpris, bien sûr, car il n'avait jamais pensé que Voldemort ait pu chercher à assassiner toute sa famille pour une raison autre que celle d'être des opposants dans la guerre. Il n'était cependant pas étonné que Dumbledore ne lui ait rien dit, car après tout… Cet homme avait des secrets qui avaient des secrets.

Quant au fait qu'il y ait une autre prophétie… Eh bien, la reine Myrtha le lui avait dit : sa naissance semblait avoir fait des émules du côté des voyants.

-Donc au cas hypothétique où cette prophétie aurait raison, vous vous êtes dit que vous alliez tuer cet enfant avant qu'il ne devienne assez puissant pour devenir un danger…

-Dumbledore y croyait suffisamment pour prendre des mesures, annonça son vis-à-vis froidement comme s'il le trouvait idiot de se penser meilleur que lui ou que le Grand Dumbledore.

Bien sûr il savait quelle avait été la relation entre Tom Jedusor et Dumbledore, ayant vu quelques-unes de leurs interactions dans le Journal intime du seigneur des ténèbres adolescent. Colère, méfiance, déception et désir de reconnaissance. Si seulement ils n'avaient pas mis Harry et le reste du monde sorcier au milieu de leur guerre d'influence…

-On parle de l'homme qui protège une pierre philosophale avec des protections qui peuvent être passée par trois sorciers de premières années et qui est incapable de trouver un basilic géant qui se promène dans son château ? Mais, peu importe, je veux dire, cette prophétie est passée, qu'est-ce qu'elle pourrait vous apprendre de plus ?

Le regard de Voldemort se fit sombre et Harry sentit presque physiquement sa colère comme si une chape de plomb lui était revêtue.

-Je n'ai eu connaissance de cette prophétie que parce qu'un de mes hommes l'a entendu… Mais de façon incomplète. Il n'est pas resté jusqu'à la fin. Et si j'ai certainement manqué quelque chose, cela doit être dans cette partie manquante. On me dit que cela parle d'une arme…

D'accord, c'était intriguant, et Harry n'était pas à l'aise de ne pas savoir ce qu'était cette partie manquante et comment Voldemort pourrait s'en servir contre lui.

Il y avait quand même quelque chose qui n'avait pas de sens :

-Et comment cela se fait-il que vous n'avez pas encore mis la main sur cette prophétie alors que vous savez où elle se trouve ?

En revenant de façon obsessionnelle à cette salle dans son esprit ?

Un sourire revint sur les lèvres de l'homme.

-Ca y est, on devient curieux ? L'une des raisons est très simple : chacun de ces globes est enchanté pour que seuls les principaux concernés par une prophétie, ainsi que le témoin, puisse le toucher… Cela je l'ai appris au dépend du sorcier que j'avais envoyé. Ce sera donc toi ou moi. Et maintenant que tu sais tout cela, à ton avis… Quel sera le premier d'entre nous deux à s'emparer de cette prophétie ?

L'esprit de compétition chanta en Harry, même s'il était évident que ce n'était rien d'autre qu'un profond piège à son attention.

-Cela pourrait faire basculer la guerre, continua Voldemort en le fixant avec défi. Eviter tant de morts… Comme ce qu'il s'est produit à la Matra… (son sourire s'étira de façon cruelle à cette mention, retournant l'estomac d'Harry) Mais je ne t'attendrais pas indéfiniment. Je vais te laisser jusqu'à la veille du solstice d'été. Viens ou ne viens pas, je récupèrerais la prophétie et ses secrets.

Le décor autour de Harry commença à s'embrumer et les derniers mots de Voldemort semblèrent s'éloigner comme venant d'un long couloir. Il se sentit étrangement paniqué comme s'il avait l'impression que le temps lui manquait et se demanda s'il devait se raccrocher à l'esprit de son ennemi pour en apprendre plus. En savoir plus pour éviter les morts.

Pour éviter que le massacre de la Matra ne se reproduise…

Peut-être que s'il…

Mais alors qu'il cherchait à pénétrer l'esprit du Seigneur des Ténèbres, une douleur punitive éclata au niveau de son front, comme si quelque chose cherchait à sortir de force de son crâne et un cri de pure souffrance lui fut arraché de la gorge.

/Tout va bien, je vous ais./

*Talath !*

Une obscurité apaisante l'enveloppa et il se sentit tomber en douceur, comme un dragon se laissant aller dans l'étreinte des vents.

-Voldemort sera au Ministère de la Magie Britannique le 20 juin, annonça Harry le lendemain en entrant dans le bureau de Desclare où avait lieu une réunion restreinte des capitaines.

Les hommes, coupés dans leurs discussions le fixèrent d'un air légèrement interloqués, lui et le bandage qui recouvrait la moitié de son front. Harry les regarda un instant et en aurait bien ri, mais il repartit plutôt aussitôt sans attendre leur réponse.

Il avait beaucoup de choses à préparer.

A suivre…

Alors c'était la première réelle rencontre de Voldemort et de Harry ! J'ai dû penser à une autre façon pour lui d'attirer Harry dans le département des mystères étant donné que 1. Le Harry de cette histoire vérifierait clairement avant de se précipiter à la rescousse d'un Sirius prisonnier, le livre, le lien entre Harry et Sirius et d'autres infos sont donnés par Kreattur et que Sirius ne vit pas dans l'Ancienne Maison des Black.
Et je tape aussi un peu sur Dumbledore au passage, mais ça c'est mon petit plaisir personnel ! (j'ai dû relire l'avant dernier chapitre du tome 5 et ça a été une torture comme à chaque fois, grr, stupide homme arrogant et autocentré sur ce qu'il croit être le mieux !)
Ce chapitre était surtout pour mettre les évènements du canon en place, pour les chapitres suivants on aura pas mal de Charlie qui repart à l'attaque…