N.d.A. :

Voici le chapitre 2,

Merci à tous ceux qui suivent et aiment cette histoire !

(Je vais essayer au mieux de publier chaque semaine)

Bonne lecture !


Chapitre 2 : Les joies de la célébrité

Le lendemain matin, Hermione se mit sur son trente-et-un professionnel, ses cheveux relevés dans un chignon. La jeune femme avait gardé l'habitude de faire son shopping dans des boutiques londoniennes, étant plus sensible à la mode moldue et au confort des fibres synthétiques. Elle se rendait toujours à son travail dans un ensemble veste de tailleur, le plus souvent associé à un pantalon élégant et confortable, de taille haute, fluide et ample, ou de coupe cigarette. Mais elle possédait aussi une paire de jupe tube de longueur genou, dans des tons clairs à foncés, en passant par le taupe et l'anthracite. La sorcière portait généralement dessous un chemisier ou une blouse (du coton au satin: uni, bi-matière ou à imprimés rayés ou floraux discrets; du blanc au noir, avec quelques variations colorées, dans des teintes froides ou ocres) et se chaussait de bottines ou de chaussures ouvertes. À côté, Hermione était heureuse de passer le week-end en jean, chandail et sneakers.

L'ancienne héroïne de guerre se rendit au ministère comme à son habitude, si ce n'est peut-être juste un peu plus tôt, évitant ainsi l'heure de pointe des apparitions. Hermione se prépara à affronter sur son passage les œillades et les murmures avec indifférence, et à traverser sa journée comme si de rien n'était. Elle avait largement suffisamment de quoi s'occuper l'esprit. L'atmosphère à son département était peut-être un peu plus pesante qu'habituellement - ses collègues l'abordant maladroitement - mais aucun ne se permit de lui faire ouvertement de remarque déplacée, alors elle fit fi de leur embarras.

La brunette reçut sur son bureau davantage de courrier que d'ordinaire, ainsi qu'un exemplaire de Sorcière-Hebdo. Un article de Pansy Parkinson surfait sur la vague du prétendu adultère, et dénigrait Hermione en rappelant désagréablement les propos que - la retraitée mais non regrettée - Rita Skeeter avait déjà tenus sur la jeune fille il y a des années de cela. Comme son "habileté à mettre la main sur des personnalités pouvant servir ses ambitions, au moyen de procédés douteux, compensant pour un manque de charme apparent". La reporter à scandale suggérait clairement que Miss Granger était attirée par la fortune d'une des plus anciennes familles de Sang-Pur et comptait coucher pour gravir les échelons au sein du ministère, sans se soucier des retombées de ses actes sur la vie du pauvre homme abusé. Parkinson espérait qu'une enquête serait ouverte au sein de la hiérarchie de la jeune femme. L'absurdité de tels propos aurait presque fait rire Hermione, si seulement ses chances d'obtenir une promotion n'étaient pas aussi inexistantes que l'épanouissement de sa vie amoureuse. Se doutant que les lettres ne portant pas le cachet officiel du ministère étaient envoyées par des lectrices souhaitant lui faire savoir ce qu'elles pensaient de son ascendance et de ses mœurs, Hermione les jeta sans même les ouvrir, ainsi qu'une paire de Beuglantes, qu'elle brûla dans sa corbeille à papier avant qu'elles n'aient eu le temps de lui exploser à la figure. La sorcière espérait au moins que la branche sectaire et intolérante des familles de Sang-Pur faisait passer un sale quart d'heure équivalent à Malefoy, lui reprochant de s'être abaissé à se rouler dans la fange et le stupre avec une simple "Sang-de-Bourbe".

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Les jours suivant se déroulèrent presque normalement, sans anicroches majeures, si ce n'était une légère et incommodante augmentation de l'attention que Hermione suscitait autour d'elle en se déplaçant dans les couloirs du ministère. Des regards curieux la suivaient, parfois méprisants ou réprobateurs, parfois lubriques ou moqueurs, accompagnés de chuchotements outrés ou de sourires en coin… Hermione n'avait que faire de l'opinion de personnes que ni elle ne fréquentait, ni ne la connaissaient, mais espérait sérieusement que les rumeurs se calmeraient bientôt avant que tout cela ne finisse par affecter son humeur ou son travail. Dès qu'il était dans le coin et avait du temps de libre, Harry venait la chercher dans son bureau dans le temps de midi et la convaincre de sortir et de faire une pause, le temps d'attraper un sandwich et un café dans la rue côté Moldus.

Cela faisait plusieurs semaines que Hermione harcelait régulièrement la secrétaire de Kingsley Shacklebolt pour essayer d'avoir un rendez-vous. Pour avoir la paix, la vieille sorcière parvint finalement à caser la jeune juriste sur une plage de quelques minutes entre une réunion et une pause déjeuner. Mais lorsque Hermione se présenta à l'heure devant son bureau, la secrétaire la stoppa et refusa de la laisser entrer.

— Je suis navrée, Miss Granger, mais finalement le ministre de la Magie ne pourra pas vous recevoir aujourd'hui.

— Pardon ? s'exclama Hermione. Pourquoi ?

— Il est très occupé, et…

— Il est dans son bureau ?

— Oui, mais… Hey ! Attendez, vous n'avez pas le droit !

Furieuse, Hermione avait dépassé la secrétaire et poussé la porte pour débouler dans le bureau de Kingsley. Le sorcier à la peau d'ébène était assis derrière son bureau et feuilletait des parchemins. Il portait toujours à l'oreille sa boucle d'or. Lorsque Hermione entra, Kingsley releva à peine la tête.

— Désolé Hermione, dit-il, mais je te verrai un autre jour. J'ai un autre rendez-vous qui…

— Vous avez reçu mon rapport ?

— Oui, mais je n'ai pas le temps de…

— Et ma demande de transfert ? demanda la sorcière d'un air buté, le coupant de nouveau.

Kingsley soupira, légèrement agacé sous son calme habituel. Il semblait épuisé.

— Hermione, tu fais de l'excellent travail, c'est indéniable. Mais tu dois comprendre que malgré tes années d'ancienneté, ton profil est toujours considéré comme "junior" d'après les critères du ministère.

Le sorcier avait parlé très lentement, en détachant chaque mot, comme s'il s'adressait à une enfant.

— Je ne demande pas un poste de directrice de service, Kingsley ! Un simple rôle d'assistante administrative ou de greffière, pour commencer, si possible…

Hermione

— Savez-vous combien de nés-Moldus siègent au Magenmagot ? Aucun ! Parce que ce n'est même pas légal ! Alors que de nombreux sorciers et sorcières qui ont collaboré sciemment lorsque Voldemort était au pouvoir travaillent toujours au Département de la justice magique.

— On en a déjà parlé, répondit Shacklebolt en se levant. Tu sais très bien qu'il était impossible après coup de faire un procès d'intention pour différencier ceux qui soutenaient volontairement Voldemort de ceux qui souhaitaient simplement protéger leurs familles, sans risquer de créer une nouvelle "chasse aux mages noirs" à la Barty Croupton et de diviser davantage la communauté magique.

— La guerre est terminée depuis plus de sept ans maintenant, dit Hermione, et rien n'a changé…

— Tu es injuste là, et tu le sais, la sermonna Kingsley en pointant un doigt autoritaire dans sa direction. De nombreuses mesures ont été prises pour reconstruire notre monde et empêcher qu'un schisme d'une telle ampleur se reproduise de nouveau. Je comprends ta frustration, mais il faut laisser le temps au temps. De nombreuses personnes cicatrisent encore des blessures de la guerre.

Hermione s'apprêtait à répondre lorsque la secrétaire passa la tête par la porte entrebâillée.

— Monsieur le ministre ? Votre rendez-vous de treize heures est arrivé.

— Merci, répondit Kingsley. Hermione, si tu permets maintenant, nous reprendrons cette conversation une autre fois.

Le sorcier lui désigna poliment la sortie et, bien que non-convaincue, Hermione se résigna et fit demi-tour. Comme si son désappointement ne suffisait pas, lorsqu'elle passa la porte, la jeune femme tomba nez-à-nez avec Lucius Malefoy en personne. Encore confuse de son entretien animé avec Shacklebolt, Hermione lui lança un regard interloqué. C'était la première fois qu'elle le revoyait depuis sa fuite hors de la chambre d'auberge samedi dernier. Le fait que le Sang-Pur soit impeccablement vêtu d'une lourde robe de sorcier en velours noir, ses cheveux lisses ramenés en arrière, rappela à la jeune femme une image beaucoup plus dénudée et moins tirée à quatre épingles du sorcier. Sentant la chaleur monter à ses joues, Hermione espéra que son visage était suffisamment rouge de son récent emportement pour qu'il ne remarque rien. Malefoy posa sur elle un regard froid et dur comme l'acier, presque indifférent. Avait-il perçu des brides de sa conversation avec le ministre ?

— Mr Malefoy, le salua-t-elle finalement - bien que peut-être un peu sèchement - pour mettre fin à l'embarras de la rencontre importune.

— Miss Granger, lui rendit-il poliment avec détachement et un léger signe de tête.

Hermione pouvait presque sentir la haine émaner de lui. Un lourd silence s'installa entre eux et la brunette jeta un regard à la secrétaire de Kingsley qui, bien qu'elle faisait mine de trier des parchemins, les écoutait attentivement. Hermione pinça les lèvres, sachant que leur entrevue serait rapportée et que les ragots iraient bon train. Malefoy suivit son regard et sembla partager son raisonnement. Le sorcier corrigea légèrement sa posture, redressant les épaules, et un muscle de sa mâchoire se contracta. Son langage corporel semblait partagé entre la colère et l'agacement.

— Si vous voulez bien m'excuser, lâcha soudainement Hermione d'une voix sans timbre, avant de se détourner et de disparaître à grandes enjambées dans le couloir sans se retourner.

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Hermione ne se demanda que bien plus tard quelles affaires pouvait avoir Shacklebolt avec Lucius Malefoy. Dans les jours qui suivirent, La Gazette du sorcier s'intéressa davantage aux élections qui se préparaient, laissant un peu de répit à la jeune sorcière, les conversations dérivant sur le débat politique en cours plutôt que sur sa vie amoureuse. Il semblait dorénavant certain que Edna Shafiq faisait l'objet de suffisamment de soutiens pour pouvoir se présenter face à Kingsley. Hermione ne connaissait que très peu la sorcière, et seulement de réputation. Shafiq avait été directrice du Département des mystères dans les années 1990, et siégeait actuellement au Magenmagot. Hermione était curieuse d'assister à l'assemblée, organisée dans une quinzaine de jours, où les candidats présenteraient publiquement leurs programmes. Elle avait reçu un mémo précisant que les employés du ministère pouvaient faire la demande auprès de leur direction pour être présents à l'évènement à leurs heures de bureau.

Malheureusement, son cerveau, quant à lui, semblait ne pas vouloir oublier l'expérience que la Gryffondor qualifierait de hautement traumatisante. Certaines nuits, Hermione était hantée de rêves érotiques extrêmement osés et embarrassants. C'était comme si la sorcière était condamnée à revivre cette fameuse nuit encore et encore. Ces rêves la laissaient généralement dans un état d'excitation et de frustration totale, la jeune femme refusant de se masturber sur les "prouesses sexuelles" de Lucius Malefoy. Une fois sous une bonne douche froide, Hermione essayait de se convaincre que cela était dû à la potion si elle avait trouvé ses ébats avec le sorcier aussi… si bons !

Au plus grand soulagement de la sorcière, le week-end arriva enfin. Hermione avait reçu un hibou de Mrs Weasley l'invitant à venir manger au Terrier. Toute la famille serait là normalement. Hermione était heureuse et se faisait une joie de tous les revoir, même si ce ne serait pas facile. Pendant un instant, elle avait craint que la une qu'elle avait faite avec Mr Malefoy ne la place pas en état de grâce auprès de la famille Weasley. Mais il semblerait que Harry et Ginny leur ai expliqué la situation.

Mrs Weasley l'accueillit ainsi chaleureusement sur le perron lorsqu'elle transplana au Terrier.

— Hermione, ma chérie ! s'exclama Molly en la prenant dans ses bras. Quelle affreuse, quelle sordide affaire ! Ma pauvre enfant… Comment vas-tu ?

Hermione avait définitivement perdu ses parents lorsqu'elle leur avait effacé irrémédiablement tout souvenir d'elle l'été de ses dix-huit ans, dans le but de les éloigner et de les protéger de la dangereuse guerre des sorciers qui faisait rage. Ainsi, elle était toujours reconnaissante et touchée que les Weasley la considèrent comme faisant partie de leur famille. Même depuis la mort de Ron, trois ans après la guerre, alors que plus personne ne s'attendait à un tel malheur. Une descente du Bureau des Aurors qui avait mal tourné. Ron travaillait alors avec Harry. Hermione et lui venaient de se fiancer. Dans une courte nécrologie de La Gazette qui ne lui rendait pas honneur, Pansy Parkinson avait qualifié Hermione de "veuve avant l'heure".

— Au moins, il n'y a pas eu d'autres articles sur le sujet.

Bill apparut accompagné de Fleur, la petite Victoire se cachant derrière les genoux de sa mère. Le couple lui sourirent et l'embrassèrent.

— C'est ce petit prétentieux de Drago Malefoy qui doit être vert ! intervint Georges avant de la saluer à son tour avec un clin d'œil.

— Lucius Malefoy a toujours été homme à savoir tirer son épingle du jeu, retentit la voix de Mr Weasley. Et un homme aussi fier ne pardonne pas facilement. Je ferais attention à mes arrières si j'étais toi, Hermione. Qu'il n'ait pas l'idée de vouloir se venger.

Puis il l'embrassa, lui demandant comment elle allait. Charlie n'avait pas pu se libérer.

— C'est le début de la saison des éclosions chez les Cornelongues roumains, leur expliqua Mrs Weasley en leur montrant la carte qu'il avait envoyée.

Le repas se déroula à merveille et les conversations allèrent bon train. Mr Weasley et Percy débâtèrent du prochain déroulement des élections ministérielles, Bill et Georges commentaient le dernier match de Quidditch, tandis que Mrs Weasley essayait d'attirer l'attention de Ginny sur ses recettes "spécial grossesse", Fleur leur racontant des anecdotes sur la venue au monde de Victoire. Vers la fin du repas, Hermione demanda en aparté à Harry (qui faisait sautiller le petit James sur ses genoux) s'il avait pu avancer sur l'enquête du philtre d'amour.

— J'ai vu Abelforth et interrogé toutes les personnes supposément présentes ce soir-là, chuchota Harry, ça n'a rien donné pour l'instant. Du coup, je me concentre sur les boutiques vendant ce type de potions, ou les ingrédients nécessaires à leur fabrication.

— Et le sorcier qui discutait avec Malefoy ce soir-là, demanda Hermione, vous avez son identité ?

— Il faut dire que Lucius Malefoy n'a pas été très coopératif pour l'instant. Il a retiré sa plainte et semble se méfier du Bureau des Aurors comme de la peste.

Étrange, pensa Hermione. Se pouvait-il qu'il sache qui avait fait le coup ?

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La semaine suivante, Hermione eut le déplaisir de voir apparaître dans La Gazette du sorcier de nouveaux articles traitant plus largement de sa supposée liaison avec Mr Malefoy. Dans une brève interview, Narcissa Malefoy annonçait qu'elle et son mari étaient en réalité séparés depuis de nombreuses années - souhaitant sûrement mettre l'accent sur le fait que les agissements de son époux ne la concernaient plus - et qu'elle vivait dorénavant dans un manoir appartenant à la famille Black. La journaliste Pansy Parkinson se permit tout de même de préciser que - le divorce n'étant pas permis chez les sorciers - Hermione Granger entretenait malgré tout une relation avec un homme officiellement toujours marié.

Dans un autre article, Hermione fut étonnée de voir Lucius Malefoy lui-même s'exprimer sur le sujet et répondre aux journalistes. Le sorcier nia l'existence d'une plainte pour usage d'un philtre d'amour, affirmant qu'il était grotesque que quiconque ait jamais pu l'inciter à agir contre sa volonté avec pareils moyens. Il déclara qu'il n'avait nullement l'intention de s'expliquer sur le sujet, et qu'il était consterné par les préjugés qui sévissaient encore au sein de la société sorcière.

Hermione se demanda à quoi il pouvait bien jouer et mit un moment à mettre le doigt sur ce qui la dérangeait dans la déclaration du sorcier - mis à part le fait que personne ne semblait s'intéresser à sa version des faits à elle. Harry lui avait dit que Lucius Malefoy avait retiré sa plainte, il ne pouvait donc plus s'appuyer sur l'hypothèse du philtre d'amour…

De prime abord - notamment si on avait connaissance des faits réels et de la personnalité de Lucius Malefoy - on pouvait croire que le Sang-Pur voyait le fait d'avoir été piégé comme une faiblesse et préférait montrer le visage d'un homme qui n'avait rien à se reprocher, s'indignant que l'on puisse lui prêter des intentions malhonnêtes sous prétexte qu'il s'agisse d'un ancien Mangemort repenti. Cependant, si on lisait entre les lignes - et pour ceux qui voulaient croire en la théorie de sa repentance - on pouvait aussi s'imaginer que, loin de nier une relation intime avec la célèbre née-Moldue, le sorcier semblait confirmer son existence, et même s'attrister que la société juge encore d'un mauvais œil l'association de deux personnes de statut différent.

Lorsque Hermione la retrouva pour déjeuner, Ginny était d'accord avec son amie sur l'ambiguïté de ses propos.

— Il me semble évident qu'il compte tirer le meilleur parti de la situation, affirma la rouquine.

— Comment ça ?

— Eh bien, il ne peut pas prouver qu'il a agi sous le contrôle d'un philtre d'amour, expliqua Ginny. Et je ne suis même pas certaine que son ego l'accepterait, à moins qu'il doive se défendre en justice. Donc il a sûrement fait le calcul que le mieux était d'assumer et laisser supposer une flatteuse, bien que brève, relation avec une jeune et séduisante sorcière - ce que personne ne pourrait lui reprocher - qui s'avère être en plus une déjà célèbre née-Moldue à la carrière prometteuse !

Hermione ne put retenir un son dubitatif et peu élégant lui échapper à l'entente des compliments et allégations de son amie.

— Tu serais la parfaite excuse pour prouver qu'il a renié définitivement la doctrine raciale de Voldemort ! ajouta Ginny.

— Mais je pourrais contredire qu'il y ait jamais eu une quelconque liaison entre nous, précisa Hermione.

— Non, parce que maintenant, quoi que tu dises, les gens se feront leur propre idée de l'histoire. Si tu interviens après les articles de Parkinson, on pensera que c'est de dépit parce que tu ne seras pas parvenue à tes fins, ou que tu as quelque chose à te reprocher.

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Hermione accéléra le pas pour atteindre la grille de l'un des ascenseurs de l'atrium du ministère, qui venait de se vider, avant qu'elle ne se referme. À peine s'était-elle faufilée à l'intérieur, soufflant en contrôlant l'heure à sa montre, que le pommeau d'argent d'une canne à tête de serpent empêcha à nouveau la grille de se refermer. À l'apparition de Lucius Malefoy, Hermione se redressa quelque peu, s'étant affalée contre la rambarde. Le sorcier entra d'un pas lent, croisant le regard de la jeune femme, et la grille se referma sur eux dans un grincement sinistre. La sorcière se demanda un instant s'il regrettait son choix de cage d'ascenseur et avait hésité à en changer. Trop tard, maintenant.

— Miss Granger, dit Malefoy de sa voix traînante, comme pour reconnaître sa présence, en pressant d'un doigt ganté le bouton doré du deuxième niveau.

Il ne lui demanda pas où elle se rendait. Soit il s'en fichait, soit il se doutait qu'ils descendaient au même endroit. Hermione lui adressa un vague signe de tête et il se retourna, lui tournant à moitié le dos.

Au moins, pensa-t-elle, l'homme avait maintenant la décence de chercher à l'ignorer plutôt que de la regarder comme si elle était une saleté particulièrement déplaisante sur sa botte - comme cela avait été son habitude auparavant. Du point de vue de la sorcière, il s'agissait d'une nette amélioration.

— J'ai entendu dire que vous aviez donné une interview à La Gazette, dit Hermione sans préambule.

Elle ne put s'empêcher de faire une remarque sur l'article. Elle avait dit cela sur le ton des banalités, essayant de dissimuler tout reproche ou amertume dans sa voix. Malefoy ne se retourna même pas pour lui répondre.

— "Entendu" ou "lu", Miss Granger ? Et veuillez être plus précise. Je suis une personnalité publique, je donne de nombreuses interviews.

Hermione préféra ne pas relever la suffisance du sorcier.

— Vous auriez pu être plus… clair, au sujet de la situation.

Il posa enfin les yeux sur elle, haussant un sourcil interrogateur. Hermione pinça les lèvres, cachant de son mieux son agacement.

— Vous auriez pu dire la vérité, insista-t-elle

Cela sembla piquer l'intérêt du sorcier.

— Et de quelle vérité parlez-vous ? demanda-t-il.

— Qu'il n'y a rien entre vous et moi.

— Ah oui, dit-il, ses lèvres s'étirant en un dangereux sourire en coin.

Malefoy daigna finalement lui faire face dans un bruissement de sa cape, et il sembla soudainement à Hermione que la cage d'ascenseur était toute petite.

— Mais voyez-vous, dit-il de sa voix traînante, il me semble que la vérité, comme vous dites, est que je possède malgré moi de nombreuses connaissances intimes concernant votre personne. Tout comme vous de moi.

Le sorcier planta ses yeux dans ceux de la jeune femme pour souligner ses propos. Hermione était choquée. C'était la première fois qu'il faisait référence à ce qu'il s'était passé. Se moquait-il d'elle ? Hermione se retint de rougir d'embarras alors qu'elle maintenait son regard brûlant et indéchiffrable du mieux qu'elle pouvait. Était-ce cela qu'il lui reprochait ? Qu'elle ait pénétré son intimité sans son autorisation ? On aurait pu couper l'air au couteau.

L'ascenseur atteint le niveau deux dans un grincement, faisant légèrement sursauter Hermione. Malefoy se détourna d'elle pour ouvrir la grille, et la sorcière eut l'impression désagréable et infantile d'avoir perdu une bataille de regard. À son grand étonnement, le sorcier lui maintint la grille ouverte pour qu'elle puisse passer. Hermione hésita un instant. Son petit Maugrey intérieur n'aimait pas l'idée de tourner le dos à l'ennemi. Le couloir devant eux était désert. Aucun témoin à l'horizon. À quoi bon jouer la comédie du parfait gentleman, dans ce cas ? Au moment où Hermione le dépassa, Malefoy se pencha pour lui murmurer d'une voix dure.

— Alors dites-moi, Miss Granger, quels propos souhaitez-vous me voir tenir en public ?

Hermione frissonna en saisissant la menace sous-jacente. Il la mettait au défi d'oser lui dicter sa conduite.

Alors qu'elle avançait en direction du tribunal magique, Malefoy sur ses talons, Hermione réalisa que si on les voyait arriver ensemble, cela pourrait donner une fausse impression et faire jaser. La brunette pressa donc le pas, refusant de donner au sorcier l'occasion de lui tenir de nouveau la porte, mais cette fois-ci devant une salle remplie de spectateurs. Arrivée à l'assemblée, la jeune femme repéra de loin Mr Weasley dans les gradins, au milieu de la foule et des journalistes, et se faufila jusqu'à lui. Elle espérait sincèrement que l'émulsion ambiante avait dissimulé le fait qu'elle était arrivée quasiment en même temps que Lucius Malefoy.

Kingsley Shacklebolt et Edna Shafiq étaient présents pour débattre de leurs campagnes respectives au poste de ministre de la Magie et répondre aux questions de la presse. Kingsley possédait un charisme et une assurance certaine, s'exprimant d'un ton grave et posé. Néanmoins - bien que très respecté, et d'un professionnalisme et d'une efficacité sans faille - son image souffrait encore d'être plus considéré comme un homme de terrain. L'opposition lui reprochait aussi d'être trop "doux" dans sa politique.

Ms Shafiq était une femme grande et mince, d'âge moyen, aux cheveux poivre et sel coupés courts et au menton osseux légèrement proéminent. Son air strict et quelque peu austère rappela un peu à Hermione son ancien professeur de métamorphose. Le ton d'autorité avec lequel elle s'exprimait lui donnait un air très sûr d'elle. Sa tenue était sobre, bien qu'à la mode sorcière.

Autant Kingsley - en tant qu'ancien Auror, désigné ministre de la Magie juste après la fin de la guerre - mit l'accent sur le retour à la sécurité : les nombreuses captures et condamnations de Mangemorts, toutes les mesures "anti-mages noirs" mises en place, telle l'augmentation des restrictions et le contrôle des artefacts vendus dans certaines boutiques de l'Allée des Embrumes ; autant le discours de Shafiq intrigua au plus haut point Hermione.

La sorcière parla en chiffres, rappelant le bilan des pertes causées par la guerre pour la communauté magique, et le faible taux des naissances qui avait suivi par rapport à la croissance démographique moyenne des sorciers de Grande Bretagne ces dernières décennies. Elle rappela bien entendu l'importance de reconstruire et de stabiliser une société après un état de crise. Elle dériva brièvement sur un sujet souvent tabou chez les sorciers : l'apparition croissante d'enfants Cracmols dans les familles de Sang-Pur. Et elle en vint au préjudice et à la dette du ministère envers les minorités lésées de la population au cours de ses heures sombres, notamment par la Commission d'enregistrement des nés-Moldus. La sorcière semblait parfaitement bien maîtriser le discours politique. Et bien que Shafiq ne semblait pas prêter à la sympathie au premier regard, Hermione fut étonnée et intéressée par ce qu'elle entendait et semblait décrypter entre les lignes. Cette femme, issue d'une grande famille de Sang-Pur reconnue, parlait-elle réellement d'évolution des mœurs sorcières ? d'abolition des privilèges et d'égalité ? de métissage encouragé avec les Moldus ? Comment pouvait-elle garder le soutien des familles les plus influentes avec de pareilles idées? Elle était douée ; sachant comment amener son discours pour encourager au lieu d'effrayer, pour flatter au lieu d'accuser. Cette femme ne se reposait pas sur ses acquis. Elle regardait vers l'avenir.

Beaucoup de questions et d'incertitudes se bousculaient dans la tête d'Hermione lorsqu'elle sortit du tribunal sous les flashes des appareils photo et le brouhaha ambiant. Cette conférence l'avait bien plus chamboulée que ce à quoi elle s'était attendue. Accompagnée par un groupe de collègues sur le retour à leurs bureaux, Hermione se retint néanmoins de partager avec eux les détails de son analyse et ses embryons d'espoirs, craignant de se méprendre.

Au détour d'un couloir, elle aperçut un peu plus loin un petit groupe de sorciers haut placés qui s'entretenaient avec Edna Shafiq. Parmi eux elle reconnut Lucius Malefoy. La soutenait-il ? Comme s'il sentait Hermione le fixer, le sorcier leva les yeux et ils échangèrent un regard, tous deux interrompant momentanément leurs conversations respectives dans un échange silencieux. Puis Hermione se détourna prestement, ne voulant pas donner l'impression de l'espionner, reportant son attention sur ses collègues, et Malefoy en fit de même.

La jeune sorcière grimaça au souvenir de leur tête à tête dans l'ascenseur. Elle espérait sincèrement ne pas avoir tout juste gagné une nouvelle salve de rêves inavouables.

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— C'est quoi cette histoire ?

Hermione avait été convoquée avec Harry dans le bureau de Shacklebolt après avoir reçu un parchemin la désignant comme l'un des "prix" aux enchères de Noël.

— Il s'agit seulement d'un dîner, Hermione, précisa Kinglsey, tout ce qu'il y a de plus respectable, rien d'inconvenant. Certaines personnalités et employés du ministère se prêtent au jeu pour aider à réunir des fonds pour les orphelins de guerre.

— Oui, Hermione, pense donc à Teddy ! lança Harry en lui souriant comme si tout cela l'amusait beaucoup.

La Gryffondor lui lança un regard noir, avant de reporter son attention sur le ministre.

— Mais comment j'ai pu être sélectionnée ? Je ne me suis même pas inscrite !

La sorcière trouvait cela parfaitement ridicule, voire un peu dégradant. La communauté magique pouvait être tellement vieux jeu par moment !

— Allons, dit Harry, vois plutôt cela comme une bonne action, moi aussi je participe !

— Ainsi que Davies, du Département de la coopération magique international, ajouta Shacklebolt. Il semble qu'il soit très apprécié par les lectrices de Sorcière-Hebdo

— Et Gwenog Jones, l'ancienne capitaine des Harpies, qui travaille maintenant aux jeux et sports magiques.

— Bon, très bien ! concéda Hermione. Mais à une seule condition.

Elle pointa Kingsley du doigt.

— En échange, vous acceptez de reconsidérer mon projet de loi pour examen auprès du Magenmagot.

Le sorcier sembla hésiter, considérant la chose. Si son image devait servir au ministère, Hermione vendrait chère sa peau.

— Je peux simplement te promettre de le déposer pour révision auprès des services administratifs, précisa Kingsley. S'ils le jugent éligible, il pourra être ajouté à l'ordre du jour.

— Marché conclu !

En sortant du bureau de Kingsley, Hermione était toujours mal à l'aise à l'idée de vendre sa compagnie à de parfaits inconnus - ne serait-ce que pour un soir - mais au moins se disait-elle qu'elle n'avait pas totalement perdu sa journée pour une fois.

— Cela pourrait jouer en ta faveur, lui dit alors Harry.

— Comment ça ?

— Être vue comme une célibataire potentiellement disponible, et en compagnie d'un éventuel nouveau rencard, ne peut faire que du bien à ta réputation actuelle.

— Tu veux dire : faire taire les rumeurs sur ma relation charnelle avec un certain Sang-Pur et ex-Mangemort de deux fois mon aîné ? dit Hermione avec sarcasme.

— Oh, il y en a un autre ?

Harry lui sourit et ils explosèrent de rire lorsque leurs regards se croisèrent, incapables de rester sérieux. C'est dans ces moments-là que Hermione pensait le plus à Ron. Et elle était persuadée que Harry aussi. Ron avait toujours été le boute-en-train du groupe. Qu'est-ce qu'il lui manquait…

— En parlant de ça, demanda la jeune femme une fois redevenue sérieuse, du nouveau de ton côté avec mon affaire ?

— Mes pistes pourraient peut-être rejoindre une autre de mes affaires en cours. On essaye de démanteler un important marché illégal de magie noire…

— Et… comment Ginny prend cette nomination aux enchères ? le taquina-t-elle, changeant de nouveau de sujet.

— Oh, très bien ! Elle sait que je redoute beaucoup trop son maléfice de Chauve-Furie pour se fatiguer à être jalouse. Et je crois aussi qu'elle compte un peu sur la détermination des frères Crivey à réussir à réunir suffisamment d'argent pour m'acheter…

Hermione rit de nouveau.

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N.d.A. :

Merci d'avance pour vos retours !

Et à très bientôt pour la suite...

- LL.