N.d.A. :
Certains mots écrits en bulgare sont traduits à la fin du chapitre.
(On se demande bien qui va faire son entrée...)
Chapitre 3 : Le prix à payer
"Vous êtes très bel homme, Mr Malefoy…"
"Vous allez tellement le regretter demain matin, Miss Granger…"
Ce matin-là, Hermione se réveilla au souvenir des gestes à la fois fougueux et calculés avec lesquels Lucius Malefoy l'avait manipulée au lit. Elle se rappelait la moiteur de leur sueur se mêlant, le torse du sorcier collé dans son dos… la poigne de sa main sur sa cuisse et l'étau de son bras autour de sa taille… ses baisers humides et la meurtrissure de ses dents contre la peau de son épaule… le contact de son aine contre ses fesses…
Le sorcier avait semblé presque tendre dans sa sauvagerie. Ils avaient fait l'amour comme deux pèlerins assoiffés tombant sur une oasis après la traversée du désert, et ils avaient été insatiables. Foutue potion.
Depuis son entrée à Poudlard, Hermione avait toujours adoré passer la saison d'Halloween dans le monde des sorciers. Mais depuis qu'elle travaillait à la régulation des créatures magiques, il s'agissait aussi d'une période de l'année où elle croulait littéralement sous les rapports et les autorisations. Il semblait que nombre de créatures avaient gardé l'habitude centenaire - et octroyée exceptionnellement pour la nuit du 31 octobre - de pouvoir se promener en toute impunité parmi les Moldus. Chaque année, Hermione se démenait du mieux qu'elle pouvait pour défendre la liberté de ses clients tout en préservant le Code International du Secret Magique (la sorcière avait beau avoir beaucoup de travail, elle n'enviait pas l'emploi du temps des Oubliators…). Hermione avait aussi remarqué que c'était la période de l'année où bon nombre d'espèces semblaient plus réceptives à l'application de leurs droits, entraînant une profusion de demandes de toutes sortes.
Alors qu'elle relisait la dernière réclamation des centaures de Grande Bretagne d'augmenter leur territoire protégé, Hermione repensa à son week-end prévu de longue date avec Luna et son mari, Rolf Dragonneau. Ils partaient faire du camping dans le Nord de l'Europe pour observer les aurores boréales, les deux époux naturalistes souhaitant observer la faune magique en agitation sous le phénomène nocturne.
Hermione adorait le camping sauvage. C'était son exutoire, son refuge, auquel elle ne pouvait s'adonner que trop peu souvent. Elle aurait pu s'attendre, comme cela a été le cas pour Harry, à ne plus supporter d'être sous une tente après leur expérience de la chasse aux Horcruxes. Mais elle devait avoir trop de bons souvenirs de vacances avec ses parents pour que cela la traumatise de façon permanente.
Environ un an après la mort de Ron, Hermione avait ressenti plus douloureusement que jamais la perte de ses parents. Un été, par nostalgie, elle s'était rendue dans le quartier où elle avait grandi. Assise sur une balançoire du square, elle était tombée sur une ancienne connaissance.
"Hermione ? Hermione Granger, c'est bien toi ?"
Il s'agissait du fils des voisins de ses parents. Ils avaient été dans la même école lorsqu'ils étaient enfants.
"Mes parents m'ont dit que tu avais fait tes études à l'étranger, ou dans un collège privé, quelque chose comme ça. Ça fait drôle de te revoir. Qu'est-ce que tu deviens ?"
"Je suis avocate dans un cabinet à Londres."
"Et comment vont tes parents ?"
"Ils sont… décédés… lors d'un voyage en Australie."
"Oh ! Je… je suis désolé…"
Ils avaient discuté. Le jeune homme lui avait offert un café et proposé de la revoir. Lui aussi aimait camper. Ils avaient passé de très agréables moments ensemble. Cela avait été rafraîchissant de parler avec quelqu'un qui partageait sa culture moldue et ne connaissait rien du monde des sorciers, ni de la guerre. Puis quelque chose avait fini par lui manquer. Comme quoi, elle appartenait réellement au monde de la magie, après tout. Ils n'avaient été ensemble que quelques mois.
xxx
Hermione profita d'une douce après-midi ensoleillée - peut-être une des dernières belles journées de l'année - pour faire quelques emplettes sur le Chemin de Traverse. Elle avait notamment une liste de grimoires qu'elle souhaitait se procurer chez Fleury et Bott. La cloche tinta lorsqu'elle entra dans la boutique. La brunette flâna parmi les rayons à l'odeur familière, ses doigts glissant sur les reliures de cuir alignées sur les étagères. Elle avait déjà sélectionné plusieurs livres et s'était arrêtée devant un étal, à mi-chemin entre l'entrée et le comptoir, pour feuilleter un nouveau tome disposé sur présentoir. La jeune femme ne releva pas les yeux lorsque la clochette retentit derrière elle.
— Tiens, tiens, tiens, Miss Granger. Comme nous nous retrouvons.
Hermione reconnut tout de suite à qui appartenait cette voix traînante et fit un effort colossal pour détacher ses yeux des pages qu'elle lisait et les poser avec la plus grande indifférence sur le visage d'un Lucius Malefoy vêtu de pied en cap.
— C'est un pays libre, Mr Malefoy.
— Oui, grâce à vous.
Le sorcier afficha un petit sourire narquois et Hermione eut du mal à lire la réelle intention de son propos dans ses yeux gris. Cela serait beaucoup plus simple de lui faire face, pensa-t-elle, si seulement elle ne se remémorait pas le mouvement de va-et-vient de ses hanches entre ses cuisses. Elle avait souvenir d'un temps où ce regard était bien moins froid et entièrement concentré sur elle. Elle savait les sons qu'il émettait lorsqu'il jouissait. Elle ne devrait pas avoir connaissance de ce genre de choses. Elle ne devrait pas avoir à voir cet homme comme un… comme un homme.
— Si vous permettez ?
Devant son silence, Malefoy la délesta des livres qu'elle tenait à la main et se dirigea jusqu'à la caisse avant qu'elle n'ait eu le temps de protester. Ravalant une réplique cinglante, Hermione le suivit devant le vendeur et paya ses achats. Elle se retint de faire une scène en public lorsqu'il s'empara de nouveau de ses ouvrages, emballés dans du papier kraft, et la raccompagna galamment jusqu'à la sortie. Une fois au dehors, elle attendit qu'il crache le morceau sur ce qu'il pouvait bien lui vouloir.
— Si vous y consentez, Miss Granger, finit-il par dire lentement, je souhaiterais m'entretenir avec vous.
— N'est-ce pas déjà ce que vous faites ?
Hermione fusilla du regard un espace vide dans la rue devant elle, faisant mine d'ignorer le sorcier.
— Je voulais dire… dans un endroit plus privé, insista-t-il. J'aimerais vous inviter à dîner.
Hermione lui lança un regard sceptique. Elle s'était attendue à tout sauf à ça.
— Et pourquoi diable devrais-je accepter ?
L'étonnement et la dérision raisonnèrent sans honte dans sa voix.
— Êtes-vous au courant de l'avancée - ou plutôt devrais-je dire de l'absence d'avancée - de l'enquête des Aurors ?
Cela la prit de court et elle devint méfiante.
— Pourquoi me demandez-vous ça ?
— Oui, sûrement votre ami, ce cher Potter, vous aura tenue informée, sourit-il en la détaillant.
— Vous savez quelque chose à ce sujet ?
Malefoy ne dit rien de plus et se contenta de lui rendre son regard en souriant. Cela énerva profondément la sorcière. Elle ne le laissera pas jouer avec elle.
— Si vous possédez la moindre information utile, Mr Malefoy, je vous conseille d'aller en informer le Bureau des Aurors. Sur ce, je vous souhaite une bonne journée.
Hermione tendit fermement la main devant elle, espérant signifier clairement qu'elle s'attendait à ce qu'il lui rende ses livres pour qu'elle puisse prendre congé. Malefoy hésita, puis lui lança un dernier regard avant d'y consentir.
— Dois-je comprendre que vous déclinez mon invitation ?
— Vous êtes très perspicace.
La jeune femme fit mine de s'en aller.
— Je crois savoir que votre département a récemment déposé une nouvelle demande de budget ? lança le sorcier d'une voix forte. Les finances du ministère sont tellement restreintes ces derniers temps… Il est triste de voir quel manque d'enthousiasme semble susciter le droit des elfes de maison.
Hermione s'arrêta net dans son élan et se retourna pour lui lancer un regard flamboyant. Elle savait que son visage devait commencer à être rouge de colère et d'indignation.
— Vraiment, Mr Malefoy ?
Comment osait-il prétendre utiliser un système corrompu qu'elle méprisait pour l'amadouer ?
— Je requiers simplement le plaisir de votre compagnie le temps d'une soirée.
Son ton laissait sous-entendre qu'il trouvait sa compagnie tout sauf plaisante. La Gryffondor refusait de se laisser mener à la baguette, surtout lorsque le Sang-Pur l'insultait à moitié avec ses sarcasmes. Il n'avait rien à exiger d'elle.
— Même si mon temps était à vendre, je vous assure que vous ne pourriez pas vous l'offrir !
Et sur ce, elle partit. Pour qui la prenait-il ? Si Mr Malefoy croyait qu'il pouvait la menacer, la soudoyer ou la faire chanter, il se fourrait le doigt dans l'œil !
xxx
Lundi matin, Hermione fut étonnée d'apercevoir sur son bureau un magnifique bouquet composé de lys flamboyants, de roses blanches et d'autres fleurs qu'elles ne connaissaient pas. Il était beau comme un coucher de soleil et sentait divinement bon.
— Hermione ! siffla d'admiration l'un de ses collègues avec qui elle partageait son bureau. Qui t'a offert ça ?
— Aucune idée, répondit sincèrement la jeune femme en commençant à ouvrir son courrier tout en jetant au bouquet un regard quelque peu suspicieux.
— Il n'y a pas une carte livrée avec ? s'enquit avec curiosité une autre sorcière.
Mais Hermione stoppa toute réflexion devant la lettre d'aspect officiel qu'elle venait d'ouvrir et tenait à la main.
— Qu'est-ce que… ?!
— Ah oui, tu as vu ça ? On a droit à un audit budgétaire ! Pour tout le service ! Tu parles d'une bonne nouvelle pour démarrer la semaine…
Hermione lut alors la carte du bouquet.
"Dans l'attente de votre hibou,
L.M."
Hermione grimaça de dégoût en froissant la note dans son poing.
— Arrogant salopard !
Elle s'empara du bouquet et le jeta dans sa corbeille.
— Il peut toujours courir…
— Hermione, se scandalisa sa collègue, un si beau bouquet !
— Tu le veux ? Je t'en fais cadeau !
La sorcière le récupéra, l'arrangea et le mit en évidence sur une étagère de leur bureau.
— Quand on n'a pas de fenêtre, on ne fait pas la difficile !
Hermione eut l'impression que le bouquet lui brûla la nuque toute la journée.
xxx
Finalement les fêtes de fin d'année arrivèrent, avec le froid et la neige ainsi que le bal du ministère, le vendredi soir de la semaine avant Noël. La décoration de la salle de réception était grandiose, avec ses murs recouverts de houx et de sapins étincelants aux branches poudrées de neige magique et de stalactites de glace perpétuelle, des fées vêtues d'argent voletant en transportant des lanternes dorées en guise de boules de Noël. Une estrade avait été dressée pour accueillir les remerciements, les remises de prix et l'orchestre de chambre. À l'autre bout de la salle, en face d'un somptueux buffet, étaient présentés les différents lots placés aux enchères en faveur des orphelins victimes de la seconde guerre des sorciers. Aux côtés de diverses reliques d'art et magiques, Hermione pouvait observer son propre portrait en noir et blanc, animé et souriant d'un air timide au milieu d'autres visages affichés. Sous chaque prix étaient disposés un parchemin et une plume enchantés où les convives pouvaient surenchérir en tout anonymat jusqu'à l'annonce des résultats. On pouvait aussi lire une courte description du lot présenté, ou dans son cas une brève biographie de ses exploits : "Hermione Jean Granger, 26 ans, juriste… meilleure amie du célèbre Harry Potter… lauréate de sa promotion à Poudlard… Commandeur du Grand-Ordre de Merlin… héroïne de guerre…"
Une coupe de champagne à la main, Hermione soupira en se demandant encore une fois comment et pourquoi elle avait bien pu accepter tout cela, pendant que Harry et Ginny riaient autour d'elle. La sorcière fut néanmoins soulagée de voir que Angelina Johnson s'était elle aussi prêtée au jeu, Georges Weasley ne cessant de plaisanter à ce sujet. Au cours de la soirée les Gryffondor retrouvèrent d'anciens camarades de classe, comme Ernie Macmillan qui travaillait maintenant aux transports magiques, Seamus Finnigan qui était devenu Langue-de-Plomb au Département des mystères, ou encore Lee Jordan et Dean Thomas qui étaient chroniqueurs, respectivement pour la radio RITM et le magazine Attrapeur-Hebdo.
Pour l'occasion, Hermione portait une robe bleu nuit courte et moulante dont les franges et sequins rappelaient un peu les années folles moldues. Elle était chaussée de spartiates en cuir réhaussées, sa masse chevelue entièrement remontée sur sa nuque en un chignon tressé et complexe. Pour seuls bijoux brillaient à sa gorge et à ses oreilles trois modestes perles d'un gris argenté, formant un élégant ensemble que Ron lui avait offert autrefois pour leur anniversaire.
Après un discours de Shacklebolt présentant les vœux du ministère où tout le monde porta un toast, l'orchestre entama une valse, les couples prenant petit à petit place sur la piste de danse. Hermione dansa un peu avec Harry et Georges. Alors qu'elle riait à une plaisanterie de Lee sur le buffet, la brunette balaya la salle du regard et accrocha par inadvertance celui de Lucius Malefoy qui se tenait à quelques dizaines de mètres de là dans une riche robe de soirée sombre parfaitement taillée, au col et manchettes blanches, ses longs cheveux attachés par un catogan. Le sorcier était en train de discuter tranquillement avec son fils et s'interrompit le temps d'observer la jeune femme à son tour. Drago se rendit compte de l'échange silencieux et lança un regard noir et accusateur à Hermione, son visage blafard se déformant en une grimace de colère et de dégoût. La sorcière se doutait sans peine que la haine du garçon à son égard n'avait pas dû diminuer récemment. Elle observa les lèvres du Serpentard bouger rapidement et, étant habituée à son venin, l'imagina aisément rappeler sèchement son père à l'ordre. Celui-ci sembla lui répondre sans se formaliser, enflammant les joues de son fils qui se détourna en se mordant la joue. L'avait-il rabroué ? Ce n'est qu'alors que le sorcier brisa le contact visuel, retournant à ses affaires. Hermione n'eut pas le temps de s'interroger ou de s'étonner de la scène, une main calleuse se posant délicatement sur son bras nu.
— Herrrmioneûh ?
Dans un léger sursaut, Hermione se retourna pour être accueillie par le regard sombre sous des sourcils noirs de Viktor Krum.
— Viktor ! s'exclama la sorcière, sincèrement surprise et ravie, avant de l'enlacer pour le saluer. Je ne savais pas que tu étais en Grande Bretagne !
Le bulgare sembla agréablement étonné et touché par son accueil chaleureux. Toujours aussi svelte, le jeune homme semblait néanmoins plus large d'épaules que la dernière fois où Hermione l'avait vu, toutes ses années auparavant, au mariage de Bill et de Fleur. Il portait d'ailleurs toujours cette petite barbe qu'il s'était laissé pousser et qui dessinait sa mâchoire carrée. Son nez semblait quant à lui porter le douloureux souvenir du cognard qu'il avait reçu en pleine figure lors de la défaite que la Bulgarie avait essuyée contre l'Egypte trois ans auparavant. Hermione avait lu que cela semblait avoir mis fin à sa carrière d'attrapeur, mais elle n'avait pas ravivé la correspondance entre eux à l'époque.
— Je suis ici pourrr affairrre de Quidditch, expliqua Krum, mais pas pourrr longtemps.
Le sorcier détailla la tenue de la jeune femme d'un air appréciateur en lui tenant les mains.
— Tu es trrrès belle, la complimenta-t-elle avec un grand sourire.
Hermione lui offrit un beau sourire à son tour, se sentant rosir avec plaisir. Harry et Ginny échangèrent un regard entendu et s'éloignèrent poliment en s'excusant après avoir amicalement salué Krum. Un elfe-serveur passa près d'eux en brandissant un plateau à bout de bras et Viktor usa de ses réflexes d'ancien attrapeur pour se saisir vivement de deux coupes, avant d'en tendre une galamment à Hermione.
— Que deviens-tu, krasavitse ?
La sorcière but une gorgée pour se donner contenance avant de répondre, les fines bulles lui chatouillant le nez.
— Je travaille ici au ministère, en tant qu'avocate. Et toi ?
— Je suis sûrrr que tu es trrrès bonne. Tu as toujourrrs été trrrès intelligente.
Le jeune homme semblait ne plus vouloir la quitter des yeux.
— J'entrrraîne maintenant, dit-il avec autodérision en haussant les épaules. Je viens en Angleterrrre pourrr obserrrver de nouveaux joueurrrs. Tu veux danser ?
Krum lui tendit la main et Hermione accepta, déposant son verre sur la table du buffet. Elle avait toujours apprécié le franc parlé de l'ancien élève de Durmstrang, ainsi que sa modestie, en dépit de son côté un peu "rustre". Malgré sa célébrité, le jeune bulgare avait su rester simple et honnête, parlant de lui presque avec timidité alors qu'il était capable de la complimenter ouvertement et sans détour.
— J'ai vu qu'il y a un rrrendez-vous avec toi en vente ce soirrr.
Hermione sentait la chaleur de la main de Viktor dans le bas de son dos, l'autre tenant fermement la sienne alors qu'il la faisait tourner sur la piste, menant la danse.
— Un simple dîner, précisa-t-elle.
— Je devrrrais peut-êtrrre parrrticiper, plaisanta-t-il, j'ai des sous maintenant, je finance des équipes.
Hermione rit de bon cœur.
— Si tu veux, répondit-elle. Mais si tu souhaites que l'on se voie, Viktor, tu sais qu'il te suffit de me le demander. J'accepterais avec plaisir.
Le sorcier sourit à sa réponse et s'apprêta à dire quelque chose lorsqu'ils furent interrompus.
— Excusez-moi, intervint une voix froide et traînante, vous permettez ?
Lucius Malefoy venait d'apparaître à leurs côtés et de s'adresser à Viktor Krum tout en désignant Hermione. La sorcière sentit les mains de Viktor se resserrer possessivement sur elle par réflexe avant d'hésiter. Le bulgare ne connaissait pas Lucius Malefoy mais semblait suspecter qu'il s'agisse d'une personnalité importante au sein du ministère. Il ne souhaitait pas commettre de bévue diplomatique. Hermione, bien que choquée par l'aplomb du Sang-Pur, essaya de faire discrètement signe à son partenaire de refuser, mais en vain.
— Euh, oui… Je vous en prrrie, misterrr.
Se tournant vers Hermione, Krum prit sa main dans les siennes et la porta à ses lèvres, plongeant ses yeux dans les siens.
— Je vais aller te gagner, lyubov. Et aprrrès tu choisirrras le rrrestaurrrant.
Puis il la salua avant de s'éloigner de sa démarche gauche.
Hermione se retrouva seule avec Mr Malefoy qui regarda Krum s'en aller.
— Voilà qui me semble bien présomptueux, dit dédaigneusement le sorcier.
Puis il se tourna vers la jeune femme et présenta une main baguée. Hermione lui donna la sienne avec réticence, ne cherchant pas à lui dissimuler son mécontentement. Dire qu'elle avait seulement commencé à apprécier la soirée !…
— Que voulez-vous dire ? rétorqua-t-elle.
Malefoy saisit sa main et l'attira à lui avec assurance, tout en l'observant, avant de galamment caler le dos de sa main libre entre les omoplates de sa partenaire et de commencer à l'entraîner sur la piste.
— Que ce jeune homme semble bien certain d'être en mesure de s'offrir de votre temps, railla-t-il en reprenant les propres mots de la sorcière.
Hermione détourna avec animosité son attention de l'air goguenard du sorcier, s'admonestant qu'il était ridicule de rougir. Une main posée sur le bras du Serpentard, elle se concentrait sur ses pas tout en faisant son possible pour que son touché reste le plus léger qui soit. La jeune femme observa la masse des invités qu'elle voyait tournoyer au-delà de leurs mains jointes, essayant d'oublier les picotements qui commençaient à courir le long de ses doigts comme si le contact de la main de Lucius Malefoy la brûlait. Rongeant son frein, Hermione essaya de ne pas songer aux qu'en-dira-t-on.
— Il en a parfaitement les moyens, répondit-elle alors, toujours sans le regarder. Et j'apprécie de passer du temps avec lui. Bien que cela ne vous regarde en rien, Mr Malefoy.
Toujours furieuse, la sorcière fusilla du regard la broche en argent présente sur la poitrine de l'homme et qui représentait un serpent s'enroulant sur lui-même.
— Oh, mais cela me regarde, Miss Granger, dit Malefoy à voix basse, portant son regard au loin, sur la salle qui les entourait. Surtout lorsque toute la société pense que vous entretenez actuellement une relation avec ma personne.
Hermione émit un son dédaigneux, bien qu'elle se sentît piquer un fard.
— Personne ne croit ça !
Malefoy baissa le regard sur elle, haussant un sourcil sceptique.
— Allons, vous ne lisez donc pas les journaux ?
Hermione lança un regard noir par-dessus l'épaule du sorcier mais ne répondit pas. Elle pinça les lèvres, se sentant rougir de plus belle.
— Dois-je comprendre que vous avez participé aux enchères ?
Malefoy redressa la tête, guidant toujours leurs pas sur le rythme de la musique.
— Évidemment, sourit-il en coin à la perspicace remarque de la sorcière. Cela est attendu d'un sorcier dans ma position.
— Et vous faites toujours ce que l'on attend de vous ?
Hermione avait posé la question sans réfléchir. Étonnée de ne pas recevoir de réponse, elle se tourna vers le sorcier et s'alarma de l'intensité et de la sévérité qu'elle lut dans le regard qu'il posait sur elle. La musique prit fin et Malefoy stoppa leur valse. Hermione voulut s'éloigner de lui mais il la retint fermement, resserrant son emprise. Elle sentit les doigts du sorcier serrer sa main presque douloureusement, et sa paume venir se plaquer soudainement dans le creux de son dos. La jeune femme trouva soudainement la proximité de leurs corps indécente et… dangereuse. Comme si elle se souvenait tout d'un coup que le sorcier, bien que vaincu, avait autrefois été un redoutable Mangemort, et tous les crimes qu'il avait commis. La Gryffondor écarquilla les yeux et vit avec stupeur le regard de l'homme glisser lentement jusqu'à ses lèvres puis jusqu'à son cou, où devait palpiter le galop de son pouls. Quand ses yeux remontèrent pour venir s'accrocher aux siens, la respiration de la sorcière se coupa. Leur mépris froid et habituel avait été remplacé par un autre sentiment. Du désir ?
Un employé du ministère s'avança alors sur l'estrade pour annoncer les résultats des enchères et Malefoy la libéra prestement, sauf sa main qu'il garda discrètement dans la sienne.
Hermione jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour apercevoir Krum finir d'inscrire son nom sur le parchemin sous son portrait. Elle soupira de soulagement et se retint de rire et de lancer une pique moqueuse à Malefoy. Peu importe qu'il ait participé aux enchères, tant que Viktor était le dernier à surenchérir, le Serpentard ne pouvait gagner. La jeune femme écouta d'une oreille distraite les résultats des premiers lots, ignorant par-là même la légère et distrayante caresse du pouce du sorcier sur le dos de sa main. Elle aurait cependant dû se méfier du petit sourire en coin que le Sang-Pur affichait avec sérénité.
— Et Mr Lucius Armand Malefoy remporte le prix d'une soirée en compagnie de Ms Hermione Jean Granger, pour la coquette somme de 500 gallions !
La mâchoire de la sorcière se décrocha.
— Il n'y a rien que je ne puisse acheter, Miss Granger, lui murmura-t-il.
Hermione n'en revenait pas… Il avait truqué son enchère ?!
— Je vous recontacterai pour fixer une date.
Et sur ce, il lui lâcha la main et s'éloigna.
Hermione aurait dû lire plus en détail le maudit contrat magique qui la liait à ce rendez-vous.
xxx
Hermione se vengea en passant le reste de la soirée en compagnie de Viktor Krum. Le sorcier était lui-même quelque peu dépité du résultat des enchères, mais se consola rapidement. Le champagne commençait à légèrement monter à la tête de la jeune femme, mais au moins commençait-elle une fois de plus à profiter de la réception - et à oublier pendant un temps qu'elle devrait bientôt de nouveau avoir affaire à Lucius Malefoy. Mais il s'agissait du souci d'un autre soir. Pour l'instant, la sorcière était occupée par la douce caresse de la main de Viktor le long de son bras et à ce qu'il lui murmurait à l'oreille et qui la faisait sourire.
— Quand repars-tu ? demanda-t-elle.
— Demain, avoua-t-il tristement.
Hermione se décida et se hissa légèrement sur la pointe des pieds pour venir déposer un baiser sur la joue rugueuse du jeune homme.
— Il se fait tard, dit-elle, tu veux me raccompagner chez moi ?
La sorcière vit le désir assombrir davantage les yeux déjà noirs de l'ancien joueur de Quidditch.
— Cela me ferrrait trrrès plaisirrr, lyubima, acquiesça-t-il.
Hermione alla chercher son sac en perles et son gilet cache-cœur, que Krum lui déposa sur les épaules. Puis ils s'enfuirent main dans la main pour se diriger vers l'atrium, rejoindre une cheminée et apparaître dans son appartement. Et cette fois-ci, Hermione n'avait cure des qu'en-dira-t-on.
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Une fois chez elle, Hermione déposa ses affaires, alluma une lampe et fit mine de se diriger vers la cuisine, tandis que Viktor observait son entourage.
— Tu as une trrrès jolie maison.
— Merci. Tu veux boire quelque chose ?
— Non.
Le bulgare s'approcha d'elle et la saisit délicatement par la taille. Il l'étudia attentivement dans la pénombre, comme s'il cherchait à lire une émotion, demander une permission. Il posa une main contre sa joue.
— Moya krasavitse, murmura-t-il tendrement, moya umna krasavitse…
Puis tout doucement, Krum se pencha pour venir déposer ses lèvres sur les siennes. Hermione se souvenait du premier baiser, timide et chaste, qu'ils avaient partagé ce fameux été de son adolescence, quand elle était venue lui rendre visite en Bulgarie après sa quatrième année à Poudlard. Il avait été le premier garçon à l'embrasser et à éveiller chez elle des appétits romantiques et sexuels. Puis elle était tombée amoureuse de Ron…
Maintenant, ils étaient deux adultes sans attaches. Le baiser s'approfondit rapidement et leur étreinte gagna en passion, enflammant leurs sens. Hermione glissa ses mains autour de son cou et Viktor la souleva dans ses bras. La jeune femme enroula ses jambes nues autour de son buste et il la guida à l'aveuglette jusqu'à la chambre. Sans cesser de s'embrasser, ils commencèrent à se déshabiller mutuellement avec des gestes confus et pressés. Viktor lui caressa les seins avec rudesse avant qu'elle ne s'allonge sur le dos et qu'il la rejoigne dans le lit. La sorcière écarta les jambes pour lui faire de la place et le jeune homme fit courir sa langue le long de ses cuisses avec ferveur. Hermione gémit et se cambra à la caresse espiègle de sa barbe contre son entre-jambe. Elle était tellement impatiente qu'il fut rapidement en elle. Le sorcier en perdit alors tout son anglais et se mit à marmonner en slave avec incohérence. Hermione s'imagina qu'il lui disait des mots coquins, ce qui l'excita au plus haut point. Krum lui souleva les jambes par-dessus ses épaules et accentua ses coups de rein avec ardeur. Hermione sentit qu'il était proche et se caressa d'une main pour l'accompagner. Ils crièrent à l'unisson lorsqu'ils jouirent ensemble.
En nage, épuisés mais satisfaits, les deux amants se glissèrent sous les draps l'un contre l'autre. Hermione s'endormit rapidement dans les bras du jeune homme, se sentant apaisée pour la première fois depuis des mois.
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Le lendemain matin, après une bonne nuit de sommeil, Hermione partagea avec Viktor un petit-déjeuner léger dans sa cuisine avant qu'il ne doive s'en aller. Les deux jeunes gens se sourirent avec complicité et burent leur café en silence. La jeune femme avait revêtu une douillette robe de chambre et des pantoufles assorties, et lui avait enfilé ses habits de la veille après avoir demandé à emprunter sa salle de bain.
Au moment de prendre congé, Krum se pencha, prit son visage en coupe d'une main, comme il l'avait fait la veille, et déposa un chaste baiser sur sa joue.
— Je t'écrrrirrrai, promit-il avant de transplaner.
Une fois seule, Hermione soupira d'aise et se sourit à elle-même, méditant sur l'engageant commencement de ses congés. La nuit passée avait été… agréable ! Pas exceptionnelle, mais bien ! Cela lui avait fait du bien, lui avait pendant un instant vidé la tête de ses soucis. La sorcière avait l'impression de doucement reprendre les rênes du cours de sa vie.
À l'instant où elle hésitait entre aller prendre une douche ou un bain, un hibou grand-duc se présenta à sa fenêtre. Le retour à la réalité la heurta durement de plein fouet lorsqu'elle reconnut l'élégante écriture. Il s'agissait bien entendu d'une lettre de Lucius Malefoy stipulant qu'il sollicitait sa présence pour la soirée du 31 décembre, l'enjoignant à annuler tout autre engagement qu'elle aurait pu prévoir ce même soir. Décidément, le cruel sorcier ne lui laissait aucun répit. La voilà maintenant condamnée à passer le réveillon du Nouvel An avec un homme qui la méprisait et qu'elle avait en horreur. Ne pouvait-il choisir un autre soir ? Au dos de la lettre était précisé un horaire ainsi que l'adresse d'un restaurant gastronomique sur le Chemin de Traverse. Au moins pourrait-elle manger aux frais du ministère. Hermione se demanda si Mr Malefoy était réellement enclin à de tels extrêmes dans le seul but d'entretenir son image, et elle s'inquiéta soudainement qu'il veuille parler du fameux incident qui l'avait mise dans cette situation en premier lieu.
Puis ses pensées dérivèrent et l'entraînèrent à comparer ses deux derniers amants. Hermione se fit la réflexion que sa nuit avec Viktor Krum ne semblait pas aussi mémorable que sa malencontreuse aventure avec Lucius Malefoy. Il semblait en effet que le désir à l'état brut engendré par le philtre d'amour avait fait place à la meilleure expérience sexuelle de toute sa vie ! Libre de toute retenue, doute, honte ou malaise, totalement désinhibée... Sans avoir à se demander ce que son partenaire pouvait bien penser d'elle, s'inquiéter de son apparence physique ou des conséquences du lendemain… il ne restait plus que le plaisir à l'état pur, et rien d'autre.
xxx
N.d.A. :
J'espère que ça vous a plu !
A la semaine prochaine pour la suite...
Traductions (approximatives) en bulgare :
- krasavitse : beauté, beauty, beautiful, gorgeous
- lyubov : amour, love
- lyubima : bien-aimée, beloved, sweetheart
- moya krasavitse : ma belle, ma beauté, my beauty
- moya umna krasavitse : my smart/clever beauty (intelligente)
