N.d.A :

Et voici !

Un très très grand merci pour toutes vos reviews positives, ça me fait extrêmement plaisir et me touche beaucoup :)

Je n'ai pas encore pris le temps de répondre en détails à toutes, mais vais m'y atteler...

Bienvenue aux nouveaux&nouvelles lecteurs/trices !

Et je vous souhaite comme toujours une bonne lecture,


Chapitre 5 : Mission séduction

Le lundi matin, Hermione se rendit à son bureau comme à son habitude. Une tasse de café à la main, elle souhaitait la bonne année à ses collègues, lorsque son patron fit son apparition dans leur département. Ce dernier semblait plus échevelé que d'habitude et portait ses lunettes de travers.

— Granger, que faites-vous ici ? demanda-t-il tout d'un coup.

Hermione cligna des yeux, prise de court.

— Euh, je m'apprêtais à rouvrir le dossier sur ces prétendues apparitions d'un Sinistros dans le Dartmoor, Monsieur. A priori, il s'agirait d'un simple cas de Croup redevenu sauvage et attaquant des Moldus. Je serais à même de vous remettre mon rapport dès…

— Non, je veux dire, ici, à votre bureau, s'étonna-t-il. Vous n'étiez pas censée être en vacances ?

— Euh… si, répondit la sorcière, surprise. Mais elles sont terminées, Monsieur, et je…

— Non non non, l'interrompit-il nerveusement. Nous avons un audit budgétaire sur le dos et vous n'avez pas pris tous vos congés de l'année. Prenez deux semaines supplémentaires, je ne veux plus vous voir d'ici là !

Et il sortit en claquant la porte.

Sans voix, Hermione regarda ses collègues avec des yeux ronds, ces derniers se contentant de hausser les épaules en buvant leur café.

Décidément, pensa la jeune femme en réunissant ses affaires avant de s'en aller, dernièrement, les lundis matin ne lui réussissaient guère…

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De retour chez elle, Hermione eut à peine le temps de se demander ce qu'elle allait bien pouvoir faire de son nouveau temps libre, lorsqu'on sonna à sa porte. Allant ouvrir, la sorcière fut surprise de se retrouver nez-à-nez avec Lucius Malefoy, élégamment vêtu de sa cape et d'une toque de fourrure, les cheveux attachés en catogan et son éternelle canne à tête de serpent à la main.

— Miss Granger, la salua-t-il, comment vous portez-vous ?

Hermione le regarda, bouche bée, lorsqu'il la dépassa pour entrer sans qu'elle ne l'ait invité.

— Mais je vous en prie, Mr Malefoy, dit-elle d'une voix lourde de sarcasme, faites comme chez vous.

Refermant la porte derrière elle, la jeune femme observa avec un mélange de malaise et de défi le sorcier, debout au milieu de son appartement, toiser son environnement avec un intérêt mitigé, tout en retirant ses gants.

— C'est ici que vous vivez ? demanda-t-il de but en blanc.

— Oh non, plaisanta la sorcière, il ne s'agit là que de l'un de mes nombreux pied-à-terre londoniens !

Malefoy renifla légèrement, comme si l'air autour de lui l'incommodait. Hermione le vit observer avec un sourcil levé sa cuisine américaine et s'attendit à ce qu'il fasse une nouvelle remarque, avant qu'il ne se tourne vers elle pour lui faire face.

— Si je me présente chez vous aujourd'hui, Miss Granger, dit-il, c'est pour vous demander de m'accompagner à un voyage d'affaires dans le Sud de la France.

Hermione croisa les bras sur sa poitrine avec scepticisme.

— Me demander ?

Malefoy sourit d'un air entendu.

— Disons que, étant donné notre récent arrangement, votre présence est exigée.

— Quand aurait lieu ce voyage ? demanda-t-elle.

— Cette semaine.

Ce fut au tour de la sorcière d'hausser les sourcils.

— Et qu'est-ce qui vous dit que je suis libre ?

Bien entendu, Hermione savait qu'il s'agissait là d'une occasion à ne pas manquer pour se renseigner sur les affaires en question. Mais elle ne voulait pas se montrer trop enthousiaste non plus.

— Je crois savoir que vous êtes actuellement en congés, avança le sorcier.

Hermione retint un rire jaune. Bien sûr, il était au courant, elle aurait dû s'en douter…

— Je n'y crois pas, murmura-t-elle. Vous avez fait pression sur ma direction ?!

Lucius Malefoy ignora son accusation indignée et fit quelque pas dans son salon.

— Qu'est-ce que ceci ? demanda-t-il en marquant un arrêt.

— Un écran de télévision, répondit Hermione, voyant ce qu'il désignait. Les Moldus s'en servent pour diffuser des informations audiovisuelles, expliqua-t-elle naturellement, suspectant que le sorcier ne devait pas avoir la moindre idée de ce dont elle parlait.

Malefoy renifla de nouveau avant de se rapprocher d'elle.

— Puis-je compter sur votre compagnie ? insista-t-il avec suffisance, revenant à ses affaires comme s'il ne s'agissait pour lui que d'une simple formalité. À moins que vous n'ayez d'autres engagements de prévus ?

Hermione se contenta de lui lancer un regard noir, en réponse à son air confiant. Bien entendu, le Serpentard savait parfaitement que ce n'était pas le cas.

— C'est ce que je pensais, sourit-il avec malice d'un air satisfait face à son silence. J'attends donc votre venue à mon manoir demain matin pour 9h. Nous voyagerons par Portoloin, ne soyez pas en retard.

Et il s'en fut comme il était venu.

Son attitude de despote irriterait davantage la sorcière si cela ne suivait pas précisément ses propres plans... Game on !

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Bien que le ciel ait été dégagé ce matin-là, Hermione frissonna sous le soleil glacial en remontant l'allée rectiligne impeccablement délimitée par de hautes haies d'ifs. La jeune femme n'avait eu aucun mal à transplaner jusqu'au Wiltshire, se souvenant de sa dernière visite forcée en ces lieux comme si c'était hier. Chargée de sa valise, elle s'était présentée devant l'imposant portail en fer forgé, qui fondit en fumée devant elle, comme s'il l'attendait. À peine eut-elle atteint l'entrée de l'intimidant manoir, qu'un petit elfe de maison portant une veste courte et sans manche vint lui ouvrir pour l'inviter à l'intérieur, sans qu'elle n'ait eu à frapper à la porte. Hermione suspecta qu'un sortilège de Révélation de Présence Humaine soit jeté sur les frontières du domaine. Le hall d'entrée, immense, n'avait pas changé. La sorcière se tint debout avec sa malle au centre du magnifique tapis qui en jonchait le sol, ne retirant ni gants, ni bonnet, et tournant délibérément le dos à la porte qu'elle savait donner sur un salon aux murs violet foncé qui hantait encore ses cauchemars. Mais elle n'eut pas à attendre longtemps, Lucius Malefoy apparaissant rapidement par une porte dérobée pour la rejoindre. Il était vêtu d'un costume complet trois pièces à la mode du siècle dernier.

— Vous avez tout ce dont vous avez besoin ? demanda-t-il en désignant son unique bagage.

Hermione acquiesça. Malefoy consulta une montre à gousset en or qu'il sortit de sa poche, avant de récupérer la cape de voyage et la canne que lui tendait respectueusement l'elfe de maison. Puis il fit signe à l'elfe et celui-ci fit disparaître la valise d'Hermione d'un claquement de doigt, avant de faire apparaître à la place une petite table sur laquelle se tenait une coupe en fer rouillé.

— Les elfes vont s'occuper de faire livrer nos bagages directement à l'hôtel, dit Malefoy. Si vous voulez bien vous donner la peine.

Il indiqua le guéridon sur lequel était posé ce qu'Hermione devina être le Portoloin et elle s'en approcha. La sorcière savait à quel point le réseau des Portoloins était réglementé et combien pouvait coûter ce type de services à domicile pour les particuliers. Mais elle ne s'étonnait pas que quelqu'un comme Lucius Malefoy puisse aisément se le procurer. Le sorcier vint se placer à ses côtés.

— Vous êtes prête ? Dans trois, deux, un…

Hermione toucha l'objet qui luisit d'une lumière bleue, et eut l'impression qu'un crochet l'agrippait au niveau du nombril pour l'aspirer en avant dans un tourbillon de couleurs, le vent sifflant à ses oreilles. Lorsque ses pieds entrèrent de nouveau durement en contact avec sol, elle fut assaillie à la fois par l'odeur du bord de mer et par une averse glacée sous un ciel gris qui la fit crier de surprise. Malefoy fut le plus rapide à réagir, lâchant le Portoloin qui tomba bruyamment au sol, il attrapa vivement la jeune femme par la taille et leva sa baguette au-dessus de leurs têtes pour les abriter de la pluie par magie.

— Cramponnez-vous, lui dit-il, je vais nous faire directement transplanner à l'intérieur.

Hermione n'eut pas le temps de répondre avant de sentir la sensation typique d'écrasement la saisir. Collée contre le sorcier, le visage contre son manteau, la seule pensée cohérente qui lui vint fut : du cachemire ?

Ils se retrouvèrent aussitôt au sec et à l'abri du vent sur le parquet impeccablement ciré d'un grand hall ovale, devant un large escalier de marbre blanc, la pluie battant contre la verrière au-dessus de leurs têtes.

— Lucius !

Hermione sursauta et s'éloigna prestement de l'embrassade de Malefoy. Un homme aux cheveux noirs et raides, les tempes grisonnantes, s'avançait vers eux pour les accueillir. Il tendit une main que Malefoy saisit.

— Xander, comment vas-tu ?

Le sorcier jeta un coup d'œil curieux et amusé à Hermione, qui se tamponnait les joues rosies par le froid.

— Je ne savais pas que tu devais venir accompagné ?

Lucius sourit et posa une main caressante dans le dos d'Hermione. La jeune femme se raidit instinctivement sous le geste inhabituel.

— Je te présente Miss Hermione Granger, dit-il. Tu as dû entendre parler d'elle par ta fille, Pansy.

Mr Parkinson rit franchement.

— Oui ! Vous avez fait couler beaucoup d'encre tous les deux !

Puis il ajouta, avec un clin d'œil à l'attention de Malefoy :

— Tu as bien de la chance de pouvoir mêler travail et plaisir.

Malefoy sourit en coin tandis qu'Hermione s'efforçait de ne pas avoir l'air outrée ou gênée.

— Opale n'est pas avec toi ? demanda poliment le sorcier.

— Non, l'air marin à cette saison ne l'attirait guère. Fergus est déjà là, ainsi que les Macmillan et Alexus Fawley. Nous n'attendons plus que Bartholomew Abbot et les Bones.

Puis Mr Parkinson prit un air de conspirateur et ajouta à voix basse :

— Il faut conclure ce contrat, Lucius !

Il rit de nouveau.

— Je vous laisse vous installer. Nous vous voyons au dîner, ce soir ?

Malefoy acquiesça et le sorcier s'éloigna. D'un air satisfait, il conduisit dans les étages supérieurs une Hermione qui fulminait silencieusement. Arrivés dans leurs appartements privés, la sorcière découvrit un petit salon, faisant aussi office de salle à manger, aux murs recouverts de panneaux en bois et aux hautes fenêtres décorées de vitraux colorés semblant donner sur un balcon privé.

— Votre chambre se situe sur la droite, lui dit Malefoy en lui indiquant une porte. La mienne se trouve en face, sur la gauche. Vous disposez aussi de votre propre salle de bain.

Hermione fut soulagée d'apprendre qu'ils feraient chambre à part, se rendant compte avec un haut-le-cœur qu'elle ne s'était pas posé la question jusque-là.

— Vous êtes libre de vous rafraîchir. Une collation nous sera apportée dans deux heures.

Hermione se dit qu'elle ne serait pas contre un bon bain chaud. Pénétrant dans sa chambre, elle découvrit sa valise déjà déposée au pied de son lit. Tout en déballant ses affaires, puis en se prélassant, la jeune femme commença à se demander comment elle devrait procéder pour découvrir la nature des affaires dans lesquelles trempait Malefoy, sans éveiller ses soupçons. Elle en apprendrait sûrement davantage au fameux dîner de ce soir.

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La sorcière ressortit quelques temps plus tard, vêtue de propre et de sec, portant un jean en velours marron et un haut à col roulé, ses cheveux noués en une tresse africaine. Elle découvrit Mr Malefoy installé dans un fauteuil et lisant Le Cri de la Gargouille, l'équivalent français de La Gazette du sorcier. Ne cherchant pas à engager la conversation avec le sorcier, Hermione se dirigea vers la petite bibliothèque qu'elle remarqua alors, et commença à en parcourir les ouvrages rédigés en anglais. Les étagères contenaient quelques traités de magie élémentaire, parmi les plus connus ou répandus, et que la sorcière avait pour la plupart déjà lus, ainsi que quelques grimoires historiques classiques. Mais ce fut les recueils de poésie qui attirèrent son attention. Hermione n'avait quasiment jamais lu de poésie sorcière. Elle en sortit un premier de son rangement pour commencer à le feuilleter, lorsqu'un crac ! retentit derrière elle. La jeune femme se retourna et vit que leur déjeuner venait d'être servi. Malefoy replia son journal et se leva, s'approchant des plats pour en soulever la cloche et en humer le fumet.

— J'espère que vous aimez le ceviche, dit-il.

Puis il s'installa à la table et l'invita à en faire de même. Hermione se rendit compte qu'elle était affamée. Ils commencèrent à manger en silence. Les mets étaient délicieux et Hermione se resservit généreusement sous l'œil amusé du sorcier. Après quoi, la Gryffondor estima qu'il était temps de briser le silence du cliquetis des couverts.

— Je ne crois pas que vous m'ayez dit en quoi consistait ce voyage d'affaires ? commença-t-elle sur le ton de la conversation, sans lever les yeux de son assiette.

— Non, en effet. Je ne vous l'ai pas dit, répondit Malefoy d'un ton léger.

Lorsqu'il ne poursuivit pas, Hermione le regarda en face.

— Eh bien ! Est-ce secret ? Dois-je m'inquiéter que vous m'embarquiez dans quelque chose louche ?

Malefoy eut un petit sourire.

— Il n'y a rien de louche, Miss Granger. Je ne pensais tout simplement pas que cela vous intéresserait.

Au sourcil levé de la sorcière, il posa ses couverts et s'essuya le coin des lèvres avec sa serviette.

— Que pensez-vous que je fais pour vivre, Miss Granger ?

Hermione cligna des yeux.

— Sincèrement ? Rien, répondit-elle. À part dépenser votre fortune familiale.

— Et comment pensez-vous que je dépense ma fortune ?

— En pots-de-vin et en artefacts de magie noire ?

Malefoy lui lança un regard sévère.

J'investis, Miss Granger. J'achète du patrimoine, je finance des projets, je soutiens…

— Du trafic d'influence.

— Des politiques, corrigea-t-il d'un œil noir. Cela a toujours été au sein de notre société…

— Ce n'est pas parce que quelque chose a toujours existé que c'est forcément bien.

— Et ce n'est pas parce que cela ne fait pas partie de votre culture que c'est forcément mal, non plus. De votre point de vue, je dirais que je suis un mal nécessaire.

Hermione croisa les bras devant elle.

— Je crois en une morale universelle, dit-elle.

Malefoy étouffa un petit rire méprisant, comme si cela ne l'étonnait guère.

— Et je suis certain que nous pourrions débattre longtemps du bien fondé de vos illusions, si je n'avais une réunion qui m'attendait.

Il se leva et réajusta sa veste.

— Je suis une sorcière au même titre que vous, Mr Malefoy, rappela-t-elle. Je vis dans ce monde aussi.

Le sorcier soupira avec irritation, comme si le sujet commençait à le lasser.

— Justement non, Miss Granger. Peu importe que vous soyez dotée de talents magiques et leur niveau de compétence : vous avez été élevée chez les Moldus. C'est donc à travers le prisme de leurs principes que vous jugez sans cesse notre société.

Hermione lui lança un regard dur.

— Vos préjugés envers les nés-Moldus viendraient donc plutôt, d'après vous, d'un problème d'éducation plutôt que de sang ?

— En effet, sourit-il comme s'il était satisfait qu'elle comprenne son point de vue. Bien que les deux soient souvent inévitablement liés.

Et sur un dernier échange de regards, il prit congé.

Hermione se leva à son tour, jetant sa serviette sur la table d'un geste rageux. Elle se rendit compte avec dépit que le sorcier s'était débrouillé pour éluder sa question et qu'elle ne connaissait toujours pas le but réel de son séjour ici. Oh, comme la jeune femme prendrait plaisir à faire tomber ses airs supérieurs et sa morgue au sorcier quand elle découvrirait ce qu'il manigançait !

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Il plut toute l'après-midi, que Hermione passa tranquillement à lire après s'être calmée, confortablement installée dans l'un des fauteuils - ne se sentant pas encore de s'aventurer en dehors des appartements privés pour espionner au hasard. Et ce ne fut que lorsque le ciel gris s'assombrit derrière les fenêtres que Malefoy refit son apparition. Hermione ne fit aucun geste pour attester de sa présence, l'ignorant délibérément, trop rancunière de leur dernier échange. Le sorcier entra dans sa chambre sans un mot, puis en ressortit au bout de quelques minutes, ajustant ses boutons de manchettes.

— Je vous conseille de commencer à vous préparer, dit-il. Nous sommes attendus dans la salle de réception pour dix-neuf heures, et je ne souhaite pas que l'on se fasse remarquer par notre retard.

Hermione baissa son livre pour jeter un coup d'œil aux aiguilles de l'horloge, puis se leva sans un mot et rejoignit la porte de sa chambre. Lorsqu'elle entendit la voix autoritaire et suffisante de Malefoy derrière elle :

— J'espère que vous avez apporté avec vous quelques toilettes décentes…

Avant de refermer la porte derrière elle dans un claquement.

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Pour l'occasion, Hermione avait pris avec elle l'un des rares articles de vêtements sorciers qu'elle possédait : l'indispensable petite robe noire des sœurs Patil ; se doutant qu'une tenue de soirée lui serait réclamée. La jeune femme avait trouvé la gamme de prêt-à-porter des jumelles de Sang-Mêlé fort ingénieuse, s'inspirant de grands classiques de la mode moldue pour les mettre au goût d'une tendance sorcière plus progressiste. Le tissu noir de la robe de cocktail en question était enchanté de manière à pouvoir aisément se métamorphoser : du coton à la soie, ou doublé de dentelles, avec ou sans manches, bustier ou asymétrique, moulante ou patineuse… La sorcière n'avait plus qu'à l'agrémenter d'une ceinture au besoin, d'attacher ses cheveux en un rapide chignon, et elle était prête. Hermione savait que sa tenue était plus courte et moderne que des robes traditionnelles, mais elle était néanmoins bel et bien sorcière, et elle se sentirait parfaitement à l'aise dedans.

Quand Hermione ressortit finalement, finissant de fixer une montre à son poignet, Malefoy l'attendait dans le petit salon, ses cheveux noués en catogan et sa canne au creux du bras. Il se retourna pour la détailler et son visage se figea.

— Est-ce que ceci vous semble suffisamment approprié, Mr Malefoy ? demanda la jeune femme avec une pointe d'ironie face à son silence.

Le Sang-Pur se contenta de se racler la gorge et de détourner le regard. Il semblerait que l'absence de critique soit le plus haut niveau d'approbation qu'elle puisse obtenir de sa part.

— Je souhaiterais ajouter une touche finale, dit le sorcier d'une voix rauque en s'approchant d'elle, et que vous portiez ceci.

Il tendit alors une boîte rectangulaire qu'il ouvrit devant elle, et la bouche d'Hermione s'assécha, son cœur manquant un battement. Le sorcier lui présenta un torque asymétrique en or blanc, composés d'entrelacs chatoyants ornés de feuilles de vigne parmi lesquelles rampait un serpent aux yeux incrustés d'émeraudes. La jeune femme dût se rappeler de fermer la bouche, avant de retrouver la parole.

— Un collier ? souffla-t-elle d'une voix incertaine. Je ne crois pas que cela soit nécessaire…

— La réussite d'une bonne mascarade, Miss Granger, se trouve dans les détails.

Délicatement, Malefoy sortit le collier de sa boîte et déposa cette dernière sur la table. Avec des gestes lents et précis, il passa le collier autour du cou de la sorcière qui restait immobile, le regard perdu dans le vide.

— Il vous plaît ?

— Là n'est pas la question… Il est magnifique, répondit-elle précipitamment. Mais tout ceci me semble un peu… vaniteux.

Malefoy sourit d'un air satisfait en observant son œuvre.

— C'est tout le but de la chose, ma chère. Vous seriez bien la première à refuser pareil présent pour de telles raisons.

Hermione lui rendit son regard, ignorant la légère caresse du bout de ses doigts contre sa clavicule.

— Je n'aime pas l'idée d'être parée comme une vulgaire possession, Mr Malefoy. Ni de donner l'impression de pouvoir être achetée.

— Oh, je puis vous assurer qu'il n'y a absolument rien de vulgaire là-dedans, plaisanta-t-il, avant d'ajouter plus sérieusement : Bien entendu, ce bijou envoie un certain message… Mais pour l'heure, c'est exactement ce que nous souhaitons.

Il lui tendit son bras en affichant un petit sourire narquois.

— Vous n'avez qu'à voir cela comme… un gage de mon inclination.

Hermione souffla en levant les yeux au ciel avant de passer son bras dans le creux du sien. Et en plus, le satané sorcier avait le culot de se moquer d'elle ! Dans quoi s'était-elle embarquée ?

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Lorsque Hermione et Lucius Malefoy arrivèrent, les autres invités - une dizaine de personnes en tout - étaient déjà réunis. Ils entrèrent dans un petit cabinet meublé de sofas et d'un bar, servant de vestibule à une salle à manger plus vaste. Hermione avait remarqué une autre porte attenante au hall d'entrée, notant mentalement d'aller vérifier ce qu'elle dissimulait.

Malefoy se dirigea vers un groupe constitué de quatre sorciers, parmi lesquels Hermione reconnut Mr Parkinson, ainsi qu'un garçon aux larges épaules et à la mâchoire carrée qu'elle avait déjà croisé à Poudlard, Marcus Flint. À ses côtés se tenaient un sorcier plus âgé et présentant une carrure similaire, bien qu'un peu plus petit, qu'elle suspecta être le père de Flint, et un homme maigre aux cheveux blonds cendrés qu'elle ne connaissait pas.

— Bonne soirée, messieurs, salua Malefoy. Fergus, ajouta-t-il en tendant une main en direction de Mr Flint.

— Ravi de te revoir, Lucius, répondit celui-ci d'une voix bourrue en lui rendant son salut. Tu connais déjà mon fils ?

Marcus Flint tendit une main à Malefoy.

— Je crois savoir qu'il a récemment rejoint les Faucons de Falmouth, en tant que poursuiveur ? acquiesça Malefoy en lui serrant la main.

Puis Mr Flint se tourna vers Hermione.

— Miss Granger, je suppose ? le sorcier la salua poliment d'un signe de tête. Il me semble que vous étiez à Poudlard en même temps que Marcus ?

Hermione confirma d'un signe de tête et porta son attention sur Marcus Flint qui la détailla ouvertement de la tête au pied avec un petit sourire goguenard que la jeune femme n'apprécia guère.

— Hermione, laisse-moi te présenter Alexus Fawley, Directeur-adjoint du Département de la coopération magique internationale.

Hermione sursauta presque en se tournant vers le petit sorcier grisonnant que lui indiquait Malefoy. C'était la première fois que ce dernier l'appelait par son prénom et s'adressait à elle de façon aussi familière. Encore une fois, la sorcière fut choquée du naturel avec lequel Lucius Malefoy parvenait si facilement à simuler leur intimité. Une duplicité, se rappela-t-elle, qui faisait partie intégrante du caractère du Serpentard. Cet homme ne se montrait-il donc jamais honnête avec qui que ce soit ?

Malefoy alla saluer les autres convives, entraînant Hermione avec lui, après qu'ils se soient fait servir un verre de xérès. Hermione rencontra ainsi le père de Hannah Abbot, et sa petite sœur, Fiona, qu'elle ne connaissait pas, les saluant chaleureusement et leur demandant des nouvelles de son ancienne camarade de Poufsouffle qu'elle n'avait pas eu le plaisir de revoir depuis longtemps. Mr Abbot sembla se montrer froid bien que courtois envers Mr Malefoy, tandis qu'il salua la sorcière avec respect et enthousiasme, déclarant que c'était un véritable honneur de rencontrer une héroïne de guerre et proche amie de Harry Potter. Touchée, Hermione le remercia avec modestie, se rappelant que la mère de Hannah avait été retrouvée assassinée par des Mangemorts lors de leur sixième année.

La jeune femme reconnut aussi Ernie Macmillan, qui s'enquit très cordialement de sa santé, avant de lui présenter avec grand plaisir ses parents, Mr et Mrs Macmillan, usant de cet air un peu affecté qui lui était propre.

Puis Malefoy lui présenta un jeune couple qu'elle ne connaissait pas, Nigel et Harmony Bones.

— Vous êtes de la famille d'Amelia Bones ? s'enquit la sorcière.

— C'était ma mère, répondit Nigel d'un air un peu tendu.

— Toutes mes condoléances, dit aussitôt Hermione. Je n'ai pas eu le plaisir de la rencontrer personnellement, mais on m'en a dit le plus grand bien. Ainsi que de votre oncle, Edgar Bones. Albus Dumbledore lui-même soutenait qu'il s'agissait de très grands sorciers.

— Merci, répondit alors sincèrement le sorcier, semblant ému, sa femme posant une main affectueuse sur son bras en affichant un faible sourire.

Engageant alors la conversation, Hermione manqua le regard appréciateur que Malefoy posa sur elle.

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Hermione n'aurait pu imaginer assemblée plus hétéroclite de Sang-Purs. Lucius Malefoy s'étant éloigné pour s'entretenir de nouveau avec Mr Flint et Mr Parkinson, la sorcière discuta plus longuement avec les Bones, les Abbot et les Macmillan. Melvin Macmillan, le père d'Ernie, dirigeait le Service des importations du Département des transports magiques, et connaissait de longue date le père de Hannah, un ancien conjureur de sorts de Gringotts et expert international d'authentification d'œuvres d'art en tout genre, avec lequel il lui était arrivé de travailler. Quant à Nigel et Harmony, ils travaillaient tous deux au Département de la justice magique, au Service des usages abusifs de la magie. Il était d'ailleurs déjà arrivé à Nigel de travailler sur des dossiers de détournement d'artisanat moldu avec Arthur Weasley.

Quand il fut l'heure de passer à table, ils migrèrent tous ensemble dans la salle à manger, une pièce spacieuse pouvant accueillir bien une cinquantaine de personnes. Une longue table en chêne pouvant servir confortablement pas moins de vingt convives était dressée et décorée de couverts en argent massif. Bien qu'il fasse nuit noire dehors, Hermione aperçut les ombres de nombreux arbres et arbustes dans les jardins éclairés de lanternes qu'elle pouvait observer à travers une grande baie vitrée, parcourue de représentations de Selkies nageant dans le verre des vitraux. Au-delà, elle devina la mer, à l'aplomb des reliefs découpés par la faible lueur de la lune à travers les nuages.

La jeune femme fut installée entre Harmony et Ernie, eux-mêmes assis respectivement aux côtés de Nigel et Fiona. Lucius Malefoy était placé face à elle, entre Mr Fawley - entretenu sur sa droite par Mr Parkinson, près des Flint - et Mr Abbot, assis à côté de Mr et Mrs Macmillan. Hermione caressa d'un doigt distrait son couteau, avant de se rendre compte que le manche était gravé d'un blason représentant un serpent, lui rappelant les armoiries de Serpentard. La sorcière se régala d'huîtres gratinées au vin blanc et à la crème, et de langoustines flambées, buvant peut-être plus de vin que de raison, mais ne regretta pas d'avoir gardé de la place pour le dessert : un assortiment de croquembouches. À la fin du repas, Hermione souhaita que sa robe soit davantage extensible, craignant d'exploser.

— C'est un réel plaisir de vous avoir rencontrée, Hermione, l'entretint Harmony. Vous savez, Nigel avait hésité à répondre à cette invitation. C'est votre présence qui l'a convaincu.

— Vraiment ? s'étonna la sorcière.

— Papa aussi avait hâte de vous voir, intervint Fiona. Il disait qu'après l'acquittement de Mr Malefoy, votre association avec lui était un véritable signe de confiance.

— J'avoue ne pas avoir tout d'abord cru au premier article de La Gazette relatant votre, hum, relation, dit Ernie, que le vin rendait plus commère qu'à l'ordinaire. Cela semblait tellement improbable ! Et soudain ! D'ailleurs, tout le monde se demande : comment est-ce arrivé ? Ce n'est pas comme si vous étiez proches ! rit-il.

Mal à l'aise, Hermione tenta maladroitement de s'expliquer :

— Euh, c'est-à-dire que Malefoy… enfin, je veux dire Lucius, et moi… C'est un peu compliqué…

La jeune femme commença à piquer un fard, se rendant compte que le concerné, bien que tenant une conversation à l'autre bout de la table avec Mr Fawley, semblait l'observer très attentivement. Ce n'était pas comme si elle avait préparé une histoire toute faite !

— Allons, coupa Harmony, vous n'avez nullement à vous justifier ! Tout à fait entre nous, je trouve tout cela réellement admirable ! Vous êtes un exemple pour la société sorcière moderne…

— Ah bon ? s'étonna de nouveau honnêtement Hermione avec des yeux ronds.

Ernie se racla la gorge d'un air gêné avant d'ajouter en précision :

— Enfin, n'oublions pas que Mr Malefoy est toujours marié…

— C'est tellement romantique ! soupira Fiona d'un air rêveur.

— Ah ? Euh oui, je trouve aussi ! se rattrapa Ernie avec empressement en se tournant vers la jeune fille.

Mortifiée, Hermione se cacha derrière son verre. Sincèrement, elle ne savait pas ce qui était le pire : les insultes et insinuations des lectrices de Sorcière-Hebdo, ou qu'on les dépeigne avec Lucius Malefoy comme des "Roméo et Juliette" des temps modernes ! Dans tous les cas, elle trouvait que leurs actes apparaissaient bien égoïstes... À cet instant, la sorcière aurait simplement souhaité disparaître sous la table.

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À la fin du repas, on les invita à se rendre de nouveau dans le petit salon pour prendre un dernier verre et poursuivre les discussions. Puis les différents convives commencèrent à partir les uns après les autres, jusqu'à ce qu'Hermione se rende compte qu'elle commençait à piquer du nez. Aussitôt, Malefoy réapparut à ses côtés, l'enlaçant par les épaules.

— Si vous voulez bien nous excuser, dit-il au reste de l'assemblée encore présente, je crois que Miss Granger et moi-même allons nous retirer pour la nuit.

Presque reconnaissante que la soirée prenne fin, Hermione se laissa escorter dans les escaliers, jusqu'à leurs appartements privés.

Arrivés dans le salon plongé dans le noir, Hermione se mit à bailler ouvertement.

— Vous savez, dit-elle, je n'ai pas tant bu que ça.

La jeune femme faisait référence à la main du sorcier qui la tenait toujours par le coude, comme s'il craignait qu'elle ne puisse pas tenir debout ou marcher toute seule.

— Vous vous en êtes étonnamment bien sortie ce soir, dit-il à voix basse d'un ton presque approbateur, ignorant sa précédente remarque.

Hermione le regarda. Dans la pénombre, il était difficile de distinguer ses traits ou son expression. Était-il réellement en train de la féliciter pour s'être conduite comme la parfaite compagne mondaine ? Il pensait peut-être qu'elle pourrait en être flattée ?

— Vous trouvez ? demanda-t-elle d'un air dubitatif. À quoi vous vous attendiez ? Que je vous mette mal à l'aise ?

— Je ne savais pas si vous en seriez capable, murmura-t-il presque pour lui-même. De jouer la comédie, précisa-t-il.

— Vous voulez dire de mentir ?

Ils se regardèrent en silence.

— Je ne suis pas certaine d'apprécier l'idée que vous vous rachetiez une conscience à mes dépends, ou de donner l'impression de soutenir vos actions sans savoir de quoi il en retourne. Qu'attendez-vous de ces personnes ?

— Ils servent mes intérêts.

— Comme nous tous ? rétorqua-t-elle.

Le silence s'installa. Hermione se rendit compte qu'elle était bien trop lasse pour se lancer dans une nouvelle joute verbale, ou de l'interroger sur ses fameux intérêts. Malefoy la fixait sans dire un mot, sa main toujours serrée fermement sur son bras. Hermione sentit le pouce du sorcier commencer à caresser doucement la peau dénudée au creux de son coude, telle une invitation. Elle déglutit.

— Bonne nuit, Mr Malefoy.

Puis elle se détourna, dégageant d'un geste son bras de l'étreinte, pour rejoindre sa chambre sans se retourner, refermant la porte à clef derrière elle.

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Elle s'était réveillée une fois de plus, ressentant toujours une soif inextinguible. Une soif de lui. Elle le trouva tel qu'elle se souvenait l'avoir laissé : nu et assoupi à ses côtés. Glissant sa tête sous les draps immaculés, elle l'éveilla au monde des vivants par la plus douce des gâteries, avant qu'il ne jure par le nom du fondateur de sa maison d'école et n'empoigne sa chevelure pour accompagner ses mouvements. Puis elle prit place au-dessus de lui et le chevaucha, plantant ses ongles dans son torse… Son regard flamboyant posé sur elle, il la laissait prendre le contrôle… Avant qu'elle ne prenne dans les siennes ses mains posées sur ses hanches, pour les guider jusqu'à ses seins…

Hermione ouvrit doucement les yeux au pâle rayon de soleil qui perçait faiblement à travers les rideaux diaphanes de sa fenêtre. Encore un de ces rêves, pensa-t-elle… Elle soupira dans une grimace, puis rejeta les couvertures pour se lever et s'étirer. La pluie semblait avoir cessé au dehors. La sorcière prit une douche, attacha ses cheveux avec une barrette, puis enfila une jupe beige en velours côtelé avec des collants en mérinos, une petite blouse à boutons et aux manches légèrement bouffantes, avec une paire de bottes.

Elle découvrit le salon éclairé d'une belle lumière naturelle. Se rendant sur le balcon pour admirer la vue dégagée, Hermione put enfin observer en détails leur lieu de résidence. Ils se trouvaient dans une belle villa de style baroque, mêlant avec goût des éléments d'architecture d'Art nouveau pour former un ensemble hors du temps comme seuls savaient le faire les sorciers. Tout était riche et charmant : des jardins sauvages plantés de figuiers et d'oliviers, au mobilier en bois finement ouvragé et aux lampes en verre fumé. L'hôtel était dissimulé au milieu des chênes verts, des pins et des genévriers de la garrigue, au creux d'une calanque. L'étroit vallon calcaire, escarpé et profond, donnait sur un bassin submergé en partie par la mer d'un bleu gris étincelant, et dont les vagues étaient doucement agitées par le vent qui venait lui fouetter le visage.

— Il s'agit d'une plage privée, s'éleva une voix derrière elle.

Hermione se retourna pour découvrir qu'elle avait été rejointe sur le balcon par Lucius Malefoy. Ses cheveux étaient détachés et il était vêtu modestement d'une épaisse robe de chambre d'un vert Serpentard. Troublée de le découvrir dans une tenue si peu conventionnelle après son rêve, la jeune femme reporta son attention sur le paysage en se raclant la gorge.

— L'une des rares d'Europe, poursuivit le sorcier sans sembler remarquer sa gêne. Le site est incartable et protégé par de puissants sortilèges Repousse-Moldus.

— À qui appartient cet établissement ?

Hermione se souvint du blason représentant un serpent sur les couverts.

— À moi, répondit Malefoy. Enfin, en partie. J'ai aidé à le financer. Ces appartements sont ceux de ma famille. Les Parkinson détiennent une autre aile. Et les Lestrange aussi, autrefois.

— Vous êtes déjà venu ici avec votre femme et votre fils ? s'étonna Hermione.

— Bien entendu. De nombreuses fois.

Hermione se sentit soudainement mal à l'aise à l'idée de se trouver dans la maison de vacances des Malefoy. Comme si elle pénétrait illégalement dans une propriété privée. Le sorcier devait posséder de nombreux souvenirs ici… La présence d'une étrangère en ces lieux ne le dérangeait donc pas ? Puis Hermione contempla de plus près son étrange sentiment de culpabilité : après tout, elle n'avait rien à se reprocher. Elle n'était pas la cause de la séparation des Malefoy. Elle n'était même pas réellement la maîtresse de Lucius Malefoy. Elle était en mission pour le Bureau des Aurors. Et il était l'ennemi.

— Vous avez faim ?

La voix de Malefoy la tira de ses pensées. Il retourna dans le salon et se dirigea vers la table où était dressé un copieux petit-déjeuner, composé d'un large choix de thés, de café, de jus, de viennoiseries, de fromages et de fruits exotiques de saison. L'estomac d'Hermione gargouilla, répondant de lui-même.

— Je me suis permis de commander une spécialité, dit-il avec un étrange sourire.

Lorsqu'elle fut repue, Hermione jura intérieurement qu'elle pourrait sans problème démarrer sa journée par des crêpes Suzette toute sa vie.

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Lorsque Malefoy retourna dans sa chambre pour s'apprêter, Hermione découvrit sur une petite table basse de la documentation, dont quelques prospectus du ministère français des Affaires magiques. L'un d'eux représentait un fier Abraxan dressé sur ses pattes arrière et faisait la publicité de l'hôtel où ils se trouvaient, Le Palomino Ailé. La sorcière apprit ainsi que la plage dont lui avait parlé Malefoy se situait dans La Crique du Kelpy. Un autre l'informa qu'ils se trouvaient à proximité des quelques plus beaux villages de Provence et de la Côte d'Azur, ainsi que de l'unique musée de cette partie de l'Europe entièrement consacré à l'art sorcier. Après tout, pourquoi ne pas profiter au mieux de ses vacances forcées, en plus de sa mission ? Un dernier flyer rappelait les mesures de conduite et de sécurité à adopter en présence de Moldus (dont des conseils vestimentaires) et les règles élémentaires pour le maintien et le respect du Code International du Secret Magique.

— Je vais être pris toute la journée, précisa Malefoy en réapparaissant. Vous déjeunerez seule. Je peux compter sur vous pour vous occuper jusqu'à ce soir ?

— Très bien, répondit Hermione avec indifférence. Je pensais visiter un peu la région côté Moldu. J'ai vu qu'il y avait un musée…

— Non, je préférerais que vous ne quittiez pas l'enceinte du domaine.

Son ton ressemblait clairement à une interdiction et braqua Hermione.

— Pardon ? s'étonna-t-elle. Pourquoi ?

— Parce que je ne serais pas avec vous et que je préfère vous savoir ici. On ne sait jamais.

— C'est ridicule, se moqua-t-elle, offusquée. Je suis parfaitement capable de…

— Ce n'est pas ainsi que l'on fait les choses ici, un point c'est tout, s'énerva-t-il en la rabrouant avec autorité. Si vous voulez que cet accord tienne, vous allez devoir commencer à suivre quelques règles !

Hermione ouvrit de grands yeux outrés. Quelle mouche l'avait piqué ? La sorcière se retint de lui dire où il pouvait se fourrer son accord et croisa les bras en signe de silencieuse protestation, bien qu'elle se résigna.

— Ai-je le droit de sortir prendre l'air, au moins ? Ou est-ce trop demandé à mon geôlier ?

Malefoy dissimula difficilement un sourire face à sa bouderie.

— Très bien, mais ne vous éloignez pas.

Et il s'en fut. Grand seigneur, en plus de ça, pensa Hermione avec amertume. À croire qu'elle était à Azkaban ! Si le sorcier s'attendait à ce qu'elle vive en recluse pour la durée de leur arrangement, il se fourrait le doigt dans l'œil ! Les sorciers et leurs satanées habitudes de ne jamais sortir des sentiers battus...

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Dès qu'elle fut prête, Hermione quitta la chambre, prit les escaliers et descendit dans le hall. Celui-ci étant désert, la sorcière regarda autour d'elle avant de se diriger vers la porte non-identifiée. Elle sortit discrètement sa baguette. Aucun sort de protection ne semblait avoir été jeté. Rangeant silencieusement sa baguette dans sa poche, Hermione se pencha pour écouter. Elle entendit des voix étouffées et crut reconnaître entre autres celles de Mr Parkinson et de Mr Flint. Bingo ! pensa-t-elle. Il s'agissait bien de la salle de leurs réunions. La Gryffondor se félicita d'avoir pensé à apporter une paire d'Oreilles à rallonge, resserrant sa main autour de la ficelle couleur chair roulée en boule dans sa poche. Si seulement elle pouvait trouver un moyen de glisser…

Hey !

Hermione se retourna pour découvrir Marcus Flint qui s'approchait d'elle à grands pas dans le hall, affichant un air soupçonneux sous ses épais sourcils froncés. La jeune femme adopta instantanément une attitude innocente.

— Que fais-tu là ? demanda-t-il. Tu cherches quelque chose ?

— Non. Enfin, oui, répondit-elle avec surprise. Je cherchais Lucius. Mais ce n'est pas important, je repasserai plus tard.

Elle fit un vague signe de la main, essayant de sourire d'un air détendu, avant de sortir dans les jardins, se sentant parfaitement stupide. Hermione avait toujours été maladroite en improvisation, surtout lorsqu'il s'agissait de mentir. Elle essaya de ne pas trop accélérer le pas, sentant le regard de Flint dans son dos. Tant pis, elle devra réessayer plus tard…

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Hermione profita de son escapade pour prendre un peu l'air, se disant que cela ne pouvait pas lui faire de mal. Elle rejoignit la plage à pied et se promena le long d'un chemin de halage. L'air était frais et le vent lui fouettait agréablement le visage. Elle s'était vêtue chaudement et avait enfilé de bonnes chaussures. La sorcière crapahuta dans les rochers et profita de la vue. L'endroit était désert et réellement paradisiaque, même à cette saison. L'exercice lui éclaircit les idées et lui permit de prendre un peu de recul sur la situation. Assise en haut de la falaise, la jeune femme observa longuement l'horizon, ses réflexions bercées par le son des vagues, et elle regretta un instant de ne pas avoir pensé à emporter avec elle l'un des recueils de poésie pour lui occuper l'esprit. Puis, quand elle sentit ses pensées commencer à dériver vers des souvenirs plus tristes, et le froid la transpercer à travers ses vêtements, Hermione décida de rentrer.

Ronald

Se rapprochant de l'hôtel, Hermione décida de couper à travers les jardins, cherchant à rejoindre en catimini une des fenêtres de la salle de réunion. Accroupie derrière un buisson, la sorcière vit que les trois hommes étaient toujours présents à l'intérieur. Elle jeta un sortilège de Désillusion et sortit une Oreille à rallonge de sa veste, plaçant une des extrémités dans son oreille, l'autre se faufilant sous le cadre de la fenêtre close. Hermione perçut alors leur conversation aussi distinctement que si elle se tenait à côté d'eux.

— Cela représente tout de même un sacré investissement, sembla s'inquiéter Mr Flint.

— Mais qui peut nous rapporter beaucoup ! dit Mr Parkinson d'un ton enjoué.

— Il faut se battre pour nos principes, Fergus, s'éleva calmement la voix de Malefoy. Il en va de l'honneur des sorciers, après tout. De notre histoire

— Et pour ce qui est des autres créatures magiques ? demanda Mr Flint.

— Chaque chose en son temps... Avançons pas à pas…

— Et si nous n'obtenons pas les soutiens nécessaires au sein de ministère ?

— Je m'occupe de nos contacts au sein du ministère, dit Malefoy.

— Et pour les élections à venir ?

— Nous avons encore des cartes à jouer…

— Le problème, c'est qu'il ne s'agit pas seulement d'une opération au niveau national, dit Mr Flint. Cela peut s'étendre à toute l'Europe ! Voire, plus…

— Et pourquoi crois-tu que j'ai invité le vieux Fawley ? intervint Malefoy. Il suffit de le convaincre du bien-fondé de la cause.

— Comment est sa position ?

— Elle est stable.

— Melvin Macmillan et Barthy Abbot ont semblé séduits par l'idée…

— Tu m'étonnes ! Avec l'intérêt des possibles retombées ? dit Mr Parkinson.

— Mais les Bones ont émis des retenues… à cause des risques d'infraction au Secret Magique et de conflits avec les gouvernements moldus…

— C'est pourquoi la dérogation sur la loi Shacklebolt aux importations illicites doit passer ! dit Parkinson.

— D'où l'importance du nombre de signatures au dossier…

— Qu'importe, il y aura sûrement bientôt des remaniements drastiques au sein du ministère et de la justice magique.

— Et si cela ne suffit pas ?

— Tout dépend toujours de la façon dont on présente les choses, intervint de nouveau la voix traînante et posée de Malefoy. Si tout se passe comme prévu, officiellement, rien ne sera fait dans l'illégalité, et nous aurons toutes les assurances possibles. Ce qu'il nous fallait c'était un expert, un homme de terrain, et nous vous l'avons fourni. Pour ce qui est de l'aspect moral ? Pour ma part, je considère que nous sommes dans nos droits les plus fondamentaux et que nous parlons là de justice. Il ne s'agit plus d'un simple investissement financier… mais bien de récupérer ce qui nous appartient !

— Et si tout ne se passe pas comme prévu ?

Il y eut un silence.

— Alors il nous sera toujours possible d'agir, dit Malefoy, en usant de persuasion et de notre influence… comme nous l'avons toujours fait. Pour le plus grand bien.

Ils mirent là un terme à leur entretien et sortirent de la pièce. Et Hermione, figée dans sa position accroupie sous la fenêtre, retira d'une main tremblante le cordon de son oreille, le cœur battant.

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N.d.A :

Aïe, aïe, aïe !...

PS. Vous avez repéré la référence au "Chien des Baskerville" de Sherlock Holmes ? ;)